Parodie · 1782

Agis

de Jean-François-Thomas Goulard

Représentation
≈ 25 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
165
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Agis H 35 ≈ 6 min 7
Léonidas H 40 ≈ 5 min 6
Agésistrate F 22 ≈ 4 min 7
Lysander H 11 ≈ 3 min 4
Emphasés H 23 ≈ 3 min 6
Chélonis F 16 ≈ 2 min 4
Sénat N 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Agis
Agis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Léonidas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Agésistrate absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lysander absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Emphasés absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Chélonis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Sénat absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Agis

Scène Prèmiere

Agésistrate

Air : Du Noël Suisse.

Agésistrate

Ah ! le coeur me bat ; Car mon fils combat Contre un fier tyran, Qui pis est son parent. Sparte, je rougis D'aimer mon cher Agis : Hélas ! c'en est fait, Peut-être il est défait : S'il vit, je le pleure, Ou dans ma demeure Je mourrai sur l'heure, À moins qu'il ne meure : Ah ! ce n'est qu'ici, Qu'on se console ainsi. J'aperçois Lysander, l'ancien précepteur de mon fils : cet homme-là n'est point sans mérite ; d'ailleurs, il fait fort bien les nouvelles.

Scène 2

Agésistrate, Lysander

Air : De Joconde.

Agésistrate

Sparte enfin, prudent Lysander, Ressuscitera -t-elle ?

Lysander

Ah ! ce bien à nos coeurs si cher, La liberté chancelle. J'entre au Sénat : dans mon ardeur ; Je parle, je pérore ; Mais ils m'ont pris pour un plaideur ; Car ils dorment encore.

Air: Du pas redoublé de l'infanterie.

Agésistrate

Ah ! combien nous comptions pourtant Sur leurs décrets suprêmes !

Lysander

Mais qu'aperçois-je en cet instant ? Parbleu ! ce sont eux-mêmes.

Agésistrate

Pourquoi dans mon appartement, Leurs faces parasites ?

Lysander, écartant les fauteuils.

Lysander

Ah ! c'est qu'ils sont apparemment Dans leur cours de visites. N'allez pas les faire asseoir ; ils s'endormiraient encore.

Agésistrate

Eh ! Comment les en empêcher, s'ils en ont envie ?

Lysander

Parlez-leur de la Patrie, de la vertu, de la gloire.

Agésistrate

Ils dormiraient debout : quoi qu'il en soit, essayons une petite mercuriale, à la manière, accoutumée.

Scène 3

Agésistrate, Lysander

Air : Tout roule aujourd'hui.

Air: Pour la Baronne.

À Lysander.

Agésistrate

Je suis de vous Très mécontente, Entendez-vous ? Vous craignez un tyran infâme ; Vous moliriez, s'il était là : Faut-il que ce soit une femme Qui vous reproche ces torts-là ? Chacun pour soi dans cette affaire ; Aucun n'est Grec ni Citoyen : Les uns agissent pour mal faire, Et tous les autres ne sont rien. À la buvette, Vous oubliez votre pays, Et la besogne n'est pas faite, Que l'on vous voit mener Thémis À la buvette. Ces Messieurs ne disent rien.

Air : Souvenez-vous en.

Lysander

Mais attendons Emphases Pour concerter nos projets. Je l'ai vu tantôt vraiment, Méfions-nous-en, Méfions-nous-en : Pour moi je le crois tout bas, Ami de Léonidas : Il semblait sous le fer endormir la victime. Ils n'en pensent pas moins.

Lysander

Je l'aperçois.

Agésistrate

Voilà ce que c'est que d'en parler !

Scène 4

Emphasés, Agésistrate

Air : Des trembleurs.

Emphasés

On récit va les surprendre ; Mais hélas ! Quel détour prendre ? Comment puis-je leur apprendre Un si déplorable sort ? Que la mère m'intéresse ! Mettons-y beaucoup d'adresse, Et ménageons sa tendresse... Ah ! Madame, Agis est mort.

Air : Des drapeaux.

Agésistrate

Quel plaisir ! Ah ! mon désir S'accomplit : je suis heureuse, Mon fils meurt : C'est un malheur Pour Sparte, et non pour mon coeur. Il est mort !

Haut.

Emphasés

La tête lui tourne : rassurons-la. Mais, écoutez, Madame, il n'est peut-être que battu, blessé légèrement, et d'ailleurs en très bonne santé.

AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.

Agésistrate

Qu'entends-je ! Ne me cache rien Du malheur qui m'accable : Ah ! Si mon fils se porte bien, Je suis inconsolable. Au reste, dans l'art des combats Je ne suis pas novice. S'il n'est plus, je cours sur ses pas Demander du service.

Scène 5

Emphasés, Sénateurs

Emphasés

Pour vous, Messieurs, je vous conseille de prendre votre parti : je sais de très bonne part que Léonidas se prépare à vous remercier.

AIR : Quel désespoir.

Sénateurs

Quel désespoir, D'être sans état à notre âge ! Quel désespoir, Que faire du matin au soir !

Scène 6

Emphasés, Lysander

Du Duo des deux Avares.

Emphasés

Profitons du malheur de tous, De moitié nous serons ensemble... À Nous deux maintenant.

Lysander

Que dis-tu ? Quoi, tu trahis l'État ?

Emphasés

Un peu ; mais qu'importe ?

AIR : Belle Raimonde.

Lysander

Quand c'est sur toi que se fonde Notre commun intérêt !

Emphasés

La fortune me seconde, Mon sort n'est pas encor fait : Chacun pour soi dans ce monde, Le sceptre est beau tel qu'il est.

AIR : On compterait les diamants.

Lysander

Nous mourrons courageusement, Sans que tu sois de la partie. Je ne t' écoute pas ; laisse-moi, traître, ne compte plus sur mon amitié.

Emphasés

J'en suis indigne assurément ; Admire au moins ma modestie.

Lysander

Te parlant encor, je croirais Partager ton ignominie. Reste tout seul.

Emphasés

Ah ! je pourrais Être en meilleure compagnie.

Scène 7

Emphasés

Emphasés

Il m'émeut avec sa vertu : je sens.... Allons, allons, point de faiblesse ; les petits scrupules dérangent les grands projets. J'entends Agis et les boucliers des soldats. Défait, proscrit, chassé, comment, peut-il rentrer dans Lacédémone ? Le tyran est trop prudent pour le lui permettre. Ah ! J'ai bien peur que ce ne soit point la faute de Léonidas.

Scène 8

Agis

AIR : Du Vaudeville des chasseurs.

Ils sortent.

Agis

Tenez, parlez-moi des grands-hommes Pour n'être jamais abattus. Messieurs, je pense que nous sommes Assez bruyants pour des battus. Ceci finira la campagne ; Tant que j'ai pu, j'ai bataillé : Nous jouions au Roi dépouillé ; Mon beau-père est celui qui gagne. Allez, mes chers amis ; je suis très reconnaissant de vos services, et je vous réforme.

Scène 9

Agis, Chélonis

AIR : De Joconde.

Agis

C'est ma femme : enfin plaignons-nous De son humeur légère ; Vous aviez quitté votre époux.

Chélonis

Non, j'ai suivi mon père. Tu souffres ; je dois partager Ton malheur et ta chaîne. Peut-on voir, sans le soulager, Un homme dans la peine ?

Agis

Ces sentiments là sont très-beaux, et vous êtes justifiée. J'aperçois ma mère.

Scène 10

Agis, Agésistrate

Agis

Eh bien, ma mère ?

Agésistrate

Eh bien, mon fils ?

AIR : Ah ! vous dirai-je maman.

Agis

Cet échec est déplaisant, Que faut-il faire à présent ? Pendant qu'un tyran prépare Un supplice affreux, barbare, Je crois qu'il serait malin De me tuer de ma main.

AIR : Faut d'la vertu.

Agésistrate

Faut d'la vertu, pas trop n'en faut, L'excès partout est un défaut, bis.

AIR : Quand on est mort c'est pour longtemps.

Agis

Quand on est mort, c'est pour longtemps, L'on est affranchi des méchants, De l'esclavage et des tyrans.

Agésistrate

Faut d'la vertu, etc. Tu ne m'entends donc pas, mon cher Agis ?

Agis

Soyez donc d'accord avec vous, ma mère. Vous désiriez impatiemment ma mort, si j'étais battu : je le suis, vous m'engagez à vivre,

Agésistrate

Ah ! J'ai tort, j'ai tort ; c'est une petite inconséquence maternelle, dont je rougis. Fais tout ce que tu jugeras à propos, je ne t'en empêcherai pas.

Agis

Maintenant je suis refroidi ; d'ailleurs, j'aperçois Léonidas qu'il faut que j'insulte un peu pour humilier sa victoire.

Scène 11

Léonidas, Agis, Chélonis, Agésistrate, Emphasés, Choeur, Un Jeune Spartiate, Une Jeune Fille, Un Laquais, Tous

AIR : Chantons Laetamini.

Léonidas

J'ai puni ton audace Et la mort où tu cours...

Agis

Je ris de ta menace, Et crains peu pour mes jours.

4 fois.

Léonidas

Çà n'durera pas toujours.

Chélonis

Ah ! Puissai-je en ce jour, me montrant fille et femme... Mon cher Agis, mon père !

À Agis.

Léonidas

Crois-tu que mon courroux dissimule l'affront, Que mon sceptre brisé fit jaillir sur mon front. Mais, mon cher enfant, c'en est aussi trop à la fois. Et toi !

AIR : Regardez ces traits.

Chélonis

Hélas ! pouvez-vous voir, sans en être attendri, Ces vêtements de deuil, ce visage flétri ? Regardez ces traits Pâles et défaits. Hélas ! Mon oeil est éteint : Pleurer, a gâté mon teint. Voyez ma douleur, Je tombe en langueur. Ah ! papa, si j'avais su, J'aurais eu Moins de vertu. Encore un coup, mon père, ne dites pas de ces folies-là.

AIR : C'est la petite Thèrèse.

Léonidas

Pourquoi donc, ma chère fille, M'étourdir de tels regrets ? Ta mine est toujours gentille, Tes appas sont toujours frais : Plus d'un que ta bouche frappe, Épris de cet oeil mutin, Mordrait encor à la grappe Dans la vigne du voisin.

Chélonis

Mon père, laissons la bagatelle, et daignez accorder à mon mari...

Léonidas

Que demande- t-il ?

AIR : Des portraits à la mode.

Agis

Selon les anciens usages des tyrans, Prendre nos biens sans nuls ménagements. Goûter les plaisirs toujours à nos dépends, C'était ton ancienne méthode : Aujourd'hui rends-nous la douce égalité, Que chacun ici trouve la liberté, Et mettons nos femmes en communauté, Par-là nous serons à la mode.

Léonidas

L'égalité ! Chimère : et sur qui régnerais-je ?

Agis

Sur toi-même.

Léonidas

Le bel empire !

Agis

Décide-toi, Léonidas.... Où suis-je ?

Léonidas

Ici, je crois.

Agis

Licurgue ressuscite, Sparte renaît triomphante.

Léonidas

Qu'a-t-il donc ?

Agésistrate

C'est une vision ; il est sujet à cela depuis son enfance, ce ne sera pas la dernière.

Agis

Eh bien, Léonidas, sommes-nous égaux ?

Il amené Emphasés au bord de la scène.

AIR : Va-t'en voir s'ils viennent.

Léonidas

D'un héroïsme plaisant. Chacun d'eux s'entête ; Cherche un Sénat complaisant, Et pas trop honnête : Je te fais dès-à-présent Le Roi de la fête. Je ne dis pas non, seulement qu'Emphasés approche et que je lui dise deux mots à l'oreille. Il faut user de ruse pour me défaire de tous ces gens-là ; les Sénateurs me contrarieraient, anéantissons-les.

Emphasés

Bien obligé, Monseigneur.

Léonidas

Emphasés, encore un mot.

Emphasés

Monseigneur !

AIR : Va-t'en voir s'ils viennent.

Léonidas

Agis peut nuire aux projets Que j'ai dans la tête : Il a pour lui nos sujets, Et l'émeute est prête. Toi, dans l'instant, En sortant, Prends soin qu'on l'arrête.

Emphasés

Monseigneur, comptez sur mon exactitude.

Chélonis

C'est-il fait ?

AIR : Or écoutez petits et grands.

AIR : Du Vaudeville de la Rosière.

Léonidas

Or écoutez petits et grands ; Nous finirons en bons parents ; Je rends, en abdiquant l'empire, L'égalité qu'Agis désire : Admirez comme en un moment S'est fait en moi ce changement ! Chantez, dansez, moi désormais Je quitte un rang que je dédaigne ; Je me détrône : oui, qu'à jamais Seule ici la liberté règne. J'y suis.

Agis

Ah ! Je ne demande plus rien ; Tout était mal, et tout est bien.

Choeur

Ah ! nous, ne demandons plus rien ; Tout était mal, et tout est bien.

AIR : De la fanfare de Saint-Cloud.

Agis

Ô Ciel ! Quel retour prospère ! Un Roi nous, rend tous égaux ; Amis, chantons mon beau-père ; Rimons lui... cent madrigaux : Embrassons tous mon beau-père, Certes il l'a bien mérité ; Faisons danser mon beau-père ; Pour fêter la liberté.

AIR : Un Cordelier dit à Lisette.

Un Jeune Spartiate

Depuis que j'ai brisé les chaînes, Et des pédants et des tuteurs, J'ai mangé mon bien dans Athènes, Entre l'amour et les prêteurs : J'ai tes mains nettes ; Mais en tout cas L'égalité paiera mes dettes : Ce système a beaucoup d'appas.

Léonidas

Danse toujours, mais n't'y fie pas, Danse toujours, etc.

Même air.

Une Jeune Fille

Cléandre par l'hymen me tente, Comment prétendre à ce lien ? Ma mère est esclave indigente, Son père est riche et citoyen : Chose importune ! J'étais sans bien, L'égalité fait ma fortune ; Que notre hymen aura d'appas !

Léonidas

Danse toujours, etc.

Même air.

Un Laquais

J'abjure l'humble ministère Qui m' attachait à Monseigneur ; Sa Grandeur ne sommeille guère, Et je souffrais de son humeur. Mais s'il l'agrée, De très grand coeur, Ce soir, je lui rends sa livrée ; Vivre sans, maître a tant d'appas !

Léonidas

Danse toujours, etc. Fort bien, mes amis ! Allez maintenant vous asseoir au banquet qu'Emphasés a fait préparer par mon ordre ; c'est le verre à la main que nous ratifierons nos traités.

AIR : Allons à la Guinguette.

Ils sortent.

Tous

Allons, allons, allons nous réjouir, allons.

Scène 12

Léonidas

AIR : Je me suis levé par un matinet

Léonidas

J'ai la balle en main, Je suis en bon train ; Mais il faut enfin Mener tout à la fin. Heureusement qu'Agis n'est pas malin, Il n'en serait pas dupe. Emphasés arrive avec l'air empressé ; je gagerais bien que mon Sénat est fait.

Scène 13

Léonidas, Emphasés

AIR : Des simples jeux de l'enfance.

Léonidas

Eh bien, faut-il que je te nomme ? Tout est-il prêt, peut-on siéger?

Emphasés

Je n'ai pu résoudre un seul homme À s'asseoir ici pour juger.

Léonidas

Comment ! Répugnance absolue ! Quel est leur motif ou leur but !

Emphasés

Ils ont peur que Sparte ne hue : Tout acteur tremble à son début.

Léonidas

Point d'hommes !

Emphasés

Cela ne m'a pas empêché de faire un Sénat.

Léonidas

De femmes, peut-être ?

Emphasés

Précisément.

Léonidas

Tu te moques.

Emphasés

Non, Monseigneur, un très joli sénat, oh s'y trompera, soyez-en bien sûr.

Léonidas

Comment pourront-elles juger, trancher, décider, condamner sans appel ?

AIR : Vous l'ordonnez.

Emphasés

Comptez d'ailleurs sur un profond mystère Elles auront l'air décent et posé. Eh ! Monseigneur, elles ne font que cela toute la journée.

Léonidas

Leur rôle ici ne sera pas aisé.

Emphasés

Pourquoi, Seigneur ?

Léonidas

C'est qu'il faudra se taire. Mais quelles femmes as-tu choisi ?

AIR : Monsieur le Prévôt des Marchands.

Emphasés

J'ai des coquettes pour briller, Du bel-esprit pour babiller, Des médisantes à prouesses, Pour instruire et pour démêler ; Pour condamner j'ai des Lucrèces, Et des minois pour consoler.

AIR: Philis demande son portrait.

Léonidas

Je doute fort qu'à ce cadeau Sparte entière applaudisse.

Emphasés

L'amour n' a-t-il pas un bandeau, Ainsi que la justice ? Sera-ce la première fois, Au bon temps comme au nôtre, Que l'un aura dicté les lois Et les arrêts de l'autre. Pourquoi pas !

Léonidas

Des femmes !

AIR : Tu croyais en aimant Colette.

Emphasés

N'ayez aucune inquiétude, Allez, tout ira pour le mieux ; Ne fût-ce que par habitude, Mon Sénat fera des heureux.

Léonidas

À la bonne heure, où sont-elles ?

Emphasés

Dites donc, où sont-ils ? Feignez de ne pas les reconnaître.

Léonidas

Fort bien, allons, fais-les entrer, que je les installe chez-moi, cela me fera beaucoup plus commode.

Scène 14

Léonidas, Sénat

AIR : Du petit mot pour rire.

À Emphasés.

AIR : Réveillez-vous, belle endormie.

AIR : Du Vaudeville du Roi et le Fermier.

Léonidas

Bonjour, la compagnie, Bonjour, Bonjour, la compagnie. Gentil Sénat, écoutez-moi, Respectez Et dictez Ma loi ; N'allez pas contredire, Et fâchez que s'il ne me faut Pour vous créer qu'un petit mot, Un petit mot, Un petit mot Suffit pour vous détruire. Contre Agis Sparte se récrie ; Sénat, il faut, par équité, Punir un traître à la Patrie, Qui nous parle d'égalité. Oui, je suis sûr que ce grand Maître Proscrit cet art ingénieux : Pour paraître belle à nos yeux, Regarde donc, il faudra l'être. Je suis content de leur silence ; prenons-les par la coquetterie. L'égalité : ce mot seul m'indigne ; c'est qu'outre les malheurs sans nombre dont il affligerait l'État, il entraînerait nécessairement la décadence de la toilette, cet art enchanteur de corriger la nature ou d'ajouter à ses dons.

Sénat

Il est coupable, il a grand tort ; La mort, la mort, c'n'est pas trop fort.

Même air.

Léonidas

La brillante et riche Aspisie Doit renoncer à la douceur De voir sa compagne ou sa soeur, Mourir cent fois de jalousie. Plus de toilette, plus d'opulence.

Sénat

Il est coupable, il a grand tort ; La mort, la mort, c'n'est pas trop fort.

AIR : On ne peut aimer qu'une fois.

Léonidas

Agis doit être en ce moment Dans la chambre prochaine ; Allez, qu'il paroisse humblement, Sans oublier sa chaîne. Elles me paraissent bien préparées.

Scène 10

Sénat, Agis, Sénateurs, Léonidas

Suite de l'air.

Sénat

Ô Ciel, comme il est équipé ! Quel attirail gothique !

AIR : Du Port Mahon.

Agis

C'est un Peintre qui m'a drapé ; Je suis d'après l'antique. On ose m'arrêter, J'aurais dû m'en douter ; Ma prudence est légère ; Tyran, tyran, tyran sanguinaire, Ah ! du moins ma colère Te dira bien ton fait. Mais à propos.

Sénateurs

Qu'est-ce que c'est, etc.

Léonidas

Le Sénat t'interroge.

AIR : Guillot un jour trouva Lisette.

Agis

Ces Messieurs n'ont pas l'air auguste. Oui dà ! Je suis donc au Sénat! La belle jeunesse ! D'honneur, mon cher tyran, la mascarade est gaie.

Léonidas

Au Sénat parle décemment ; Il se pique au moins d'être juste.

Agis

Je leur en fais mon compliment.

Léonidas

Ma foi, lui-même il nous engage À punir cet amer langage. Prononcez son arrêt sans peur.

Agis

Tu les fais trop durs. Moi je gage Qu'on ne meurt pas de lour rigueur.

Léonidas

Insolent ! Tu sentiras tout-à-l'heure....

AIR : Jardinier ne vois-tu pas.

AIR : Que ne suis-je la fougère.

En montrant le Sénat.

Agis

De leur courroux impuissant, Lorsque tu me menaces, Tu te crois bien imposant, Tu n'as l'air que d'un pédant En classes, en classes, en classes. Ô toi qu'ici je retrouve ! Et pour nous deux j'en rougis, Feu Licurgue, accepte, approuve, L'hommage et les voeux d'Agis. Tes vertus font effacées Le crime a seul de l'éclat. Dans quelles mains sont placées Les affaires de l'État ! Tout tourne autour de moi ; je m' élance, où suis-je ?

Léonidas

Encore une vision ; ce tic-là ne laisse pas que d'être désagréable.

AIR : De Zémire et Azor.

Agis

Dans ce nuage qui s' entr' ouvre, Postérité je te découvre : C'est toi, là' bas, là-bas, là-bas, La terre s'enfuit sous mes pas.

Léonidas

Il est timbré.

AIR : Au coin du feu.

Agis

Messieurs, voyez la gloire, Consacrant mon histoire....

Léonidas

Qu'on lira peu.

Agis

Ciel ! La race future Redit mon aventure Au coin du feu. (bis.)

Scène 16

Un Garde, Léonidas

AIR : Mes chers amis, pouvez -vous m' enseigner.

Un Garde

Ah ! Monseigneur, arrivez promptement ! Le peuple a battu votre Suisse ; Il est déjà dans votre appartement, Et prétend se faire justice : Il est puissant, Pressant ; Dans son dépit Il dit, Que Monseigneur est celui qu'on abhorre : On nous demande Agis, Le fils : Et partout réclamé, Nommé, Chacun le bénit et l'adore.

Même air.

Léonidas

Je n'aurai pas un moment de repos ! Mais à la fin c'est un martyre : Cet accident vient d'ailleurs à propos ; Car Agis n'a plus rien à dire. Soyez certains, Mutins, Que dans ce cas, Mon bras, Saura punir cet insolent caprice. Que l'on amené Agis, Mon fils ; Qu'il soit dûment coffré, Serré. Gardes, allez ; qu'on m'obéisse.

Scène 10

Premier Sénateur, Second Sénateur, Troisième Sénateur, Quatrième Sénateur, Tous

AIR : On dit qu'à quinze ans.

Premier Sénateur

Eh bien, qu' dis-tu d' çà ?

Second Sénateur

Moi, mon coeur, j'en ai la migraine.

Troisième Sénateur

Écouter tout çà, Sans répondre un seul mot à çà !

Quatrième Sénateur

Mais comme Agis nous mène ! Comme nous souffrons çà !

Premier Sénateur

Dam' ! C'n'était pas la peine De nous, créer pour çà.

Tous

Puisque c'est comm' çà, Quittons la morgue qui nous gêne ! On peut s'passer d'çà, N'est-on pas à nos pieds sans çà ?

Scène 18

Lysander

AIR: Lison, jeune et timide.

Avec humeur.

AIR : Y a coups de pieds, etc.

AIR : Des Trembleurs.

AIR : Par pitié daigné vous rendre.

AIR : Venez vous de Chantilly.

AIR : Soeur Martine, soeur Martine.

Un cor finit l'air.

AIR : R' lantamplan tirelire.

AIR : Lison dormait.

Lysander

Ne perdons point la carte ; Je suis long, Mais pardon ; Un vieillard même à Sparte N'est pas toujours concis, Quand il fait des récits. Seul.... qu'en croire ? L'Auditoire Pressé de défiler.... Quand j'apporte une histoire, Personne à qui parler ! Nous sommes pris par trahison, Le tyran nous jette en prison. Partout nombreuse Si bonne escorte : Le peuple, impatient, troublé, Lui demande assez haut la clef: Patapan, patapan, Nos amis ont brisé la porte. Sparte, entre ses Rois, balance, Quand Léonidas s'élance, Et porte- cent coups de lance, Qu'Agis reçoit sans compter; Déjà le cruel l'embrasse, Mon -héros s'en débarrasse, Le prend au col, le terrasse, Et s' amuse à lui chanter: Par pitié daigné vous rendre, Que mou sang se fasse entendre. Léonidas lui dit oui, Terminons dès aujourd'hui, L'amitié parle, elle opère : Fais-tu grâce à ton beau-père ? Vraiment, mon beau-père, Oui. Tout a l'air d'être fini, point du tout. Car le traître prend le large, Et partout, Tout-à-coup, Fait sonner la charge. Fait sonner la charge. Des deux côtés à l'instant, En plein, plan, R' Lan tan plan tireli ramplan ; On s'approche en combattant, Moi, je regarde faire. Longtemps chacun espère Pour le fils, pour le père ; On se rosse en attendant, En plein, plan, R' lan tan plan tireli ramplan ; Un cri part, c'est le tyran Prêt à frapper la mère. Agis en deux pour fond le traître Un bras par-ci, l'autre par-là..... À mon dernier récit. Personne, pas seulement un Sénat ! Narrons toujours Imaginez donc, Monsieur ou Madame. Le tyran dit qu'il l'a perdue ; prétexte gauche et ridicule ! Ces tyrans n'ont jamais de bonnes raisons. Oh ! Qu'a-t-on fait ? Mais c'est lui-même, qu'on apporte, je reprendrai ce récit-là.

Scène 19

Agis, Chélonis

AIR : Je voudrais bien détaler.

AIR : Où s'en vont ces gais Bergers.

Agis

Je penche tout d'un côté. Mes amis, je crains la chute, Et je dois, en vérité, Vivre encor une minute. Mon bouclier est là-bas ; C est-là ce qui m'importe.

Chélonis

Ah ! Meurs tranquille ; à son bras Un des nôtres, le porte.

Agis

Cherche le, car je ne mourrai pas Qu'on ne me le rapporte.

AIR : Palsambleu, M. le Curé, etc

Chélonis

Grands Dieux ! Sous tes coups abattu, Faut-il que mon père meure !

AIR : Du serin qui te fait envie.

Agis

Plaisants regrets ! Et franchement crois-tu Que ma santé soit meilleure ? Mon trépas n'a rien qui t' étonne, C'est le cas de prendre un parti ; Chélonis à Lacédémone, Peut encor faire un bon parti ; Mille amants assiégeant ta trace, Auprès de toi cherchaient accès ; Qu'un d'eux par l'hymen me remplace.

Chélonis

Cher Agis, hélas ! J'y pensais.

Agis

Ma bonne amie, vous êtes une femme de précaution je l'ai toujours dit.

Scène Dernière

Agésistrate, Choeur, Agis, Chélonis

On entend un air gai.

AIR : Que Pantin serait content.

Agésistrate

Ah ! que mon coeur, est content Cher Agis combien on t'aime ! Sparte est libre en nu moment, Mon fils doit mourir gaiement; Un fait tout particulier, C'est que j'ai sans bouclier, Triomphé d'Emphases même, Dans un combat singulier. Allons, mes amis.

Choeur

Que notre coeur est content! Cher Agis, combien on t'aime! Sparte est libre en un moment, Agis doit mourir gaiement.

Agis

Ma mère, modérez cette joie, je n'en mourrai peut-être pas.

Agésistrate

Oh que si, mon bon ami, défie-toi moins de la bonté des Dieux.

Chélonis

Vous êtes cruellement Lacédémonicienne.

AIR : Ton, humeur est Catherine.

Agésistrate

Imitez-moi ; dans mon âme, C'est l'honneur qui fait la loi.

Chélonis

C'est qu'entre nous deux, Madame, Vous perdez bien moins que moi.

Agésistrate

Mon fils meurt, mais dans l'histoire Il n'aura jamais d'égal.

Chélonis

Ah ! Plusieurs, malgré sa gloire, Diront qu'Agis finit mal.

AIR : Des paniers.

Agis

Mesdames, vous parlez toujours ; Défaut que je déteste!

Agésistrate

Mon cher fils...

Chélonis

Mes tendres amours...

Agis

Dans mon état funeste, Ma mère, je n'ai pas tout dit, Et je sens bien que mon esprit,

Agésistrate

Mon fils, mettez vite à profit Le peu qui vous en reste.

AIR: Lise voyait.

Agis

Il est donc temps que je quitte ces lieux ; Ah! recevez mes plus tendres adieux ; Ce n'est pas tout de montrer du courage, De bonne grâce Agis doit s'en aller. Or, d'un mourant ai-je bien l'équipage ? La voix touchante, et l'air et le langage !

Chélonis

Un peu plus bas, je crois qu'il faut parler.

Agis

Si bas qu'il faudra, même pas du tout.

AIR : Sans cesse à la Ville, à ta Cour.

Chélonis

Ah! je le perds, quel affreux sort ! Puisqu'il se tait, il est bien mort ; Blâmez ces pleurs, si vous l'osez ; Des maris là fleur m'est ravie. Étouffons-le de nos baisers Pour le rendre à la vie. Tenez, ma mère.

AIR : C'est la fille à Simonette.

Agis

Grands Dieux, je renais, où suis-je ? Quand mes jours étaient finis ; Qui fait donc un tel prodige ?

Chélonis

Un baiser de Chélonis.

Agis

Mon amour t'en félicite ; Ce trait-là fera cité.... Voilà comme on ressuscite Dans les bras de la beauté.

Agésistrate

J'ai tout-à-l'heure, en guerrière, Supporté la mort d'Agis ; Je reprends un coeur de mère, Et crains peu pour les jours d'un fils, Mourant pour Sparte agitée, S'il remplissait mes désirs, Je serais aussi flattée Qu'il vécut pour vos plaisirs.

Même air.

Chélonis

Honneur à la Tragédie Qui mérita des succès. Grâce pour la Parodie, Toutes deux font des essais. Et bon parent, sans malice, Agis, tout récemment me, Demande qu'on l'applaudisse, En faveur de son aîné.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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