Comédie · 1673 · 3 actes

Amsterdam hydropique

de P.V.C.H.

Représentation
≈ 45 min
Distribution
3 femmes, 10 hommes
Répliques
249
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Médecin H 56 ≈ 18 min 5
Amsterdam H 62 ≈ 12 min 3
La Comtesse F 46 ≈ 6 min 4
L'Avocat H 19 ≈ 3 min 2
Le Ministre H 10 ≈ 2 min 1
Uvic H 10 ≈ 1 min 2
Vambeunin H 10 ≈ 1 min 4
Le Chirurgien H 7 ≈ 1 min 3
L'Apothicaire H 10 ≈ 1 min 2
Un Laquais H 8 ≈ 1 min 3
La Frise F 4 ≈ 1 min 2
La Zélande F 4 ≈ 1 min 3
Le Notaire H 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIII
Le Médecin absentabsentabsent
Amsterdam absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Comtesse absentabsentabsentabsent
L'Avocat absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Ministre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Uvic absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Vambeunin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Chirurgien absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Le Médecin, La Comtesse, Le Chirurgien

Le Médecin

Madame, ne vous fâchés pas, Nous trouverons bien en tout cas Du remède au mal qui le presse ; Quittez quittez cette tristesse, Et laissez-nous conduire enfin.

La Comtesse

Hélas ! Monsieur le Médecin, Amsterdam est si déplorable, Si défait et si pitoyable, Qu'à peine le connaîtrez-vous ; Ha ! C'est fait de mon pauvre époux, Le destin va couper la trame, Et peut-être a-t-il rendu l'âme.

Le Médecin

Mais qu'est-ce qu'il a ?

La Comtesse

Bien du mal. Un débordement général, Une tumeur,une décente, Un fièvre très violente, Un mal de coeur, un tremblement, Un furieux redoublement, Un mal de reste, une migraine, Un grand suffoquement d'haleine, Un flux de ventre, un mal de reins, Une pesanteur sur les mains, Une colique épouvantable, Une oppression qui l'accable, Une révolte en ses esprits, Il vide tout ce qu'il pris, Il regorge, il vomit, il crache, Il ne désespère,il s'arrache, Il sent une piqûre au dos, Qui lui trouble tout son repos, Il se plaint d'une sciatique Qui le rend comme frénétique. Enfin, Monsieur, il a le corps Tout pourri dedans et dehors.

Le Médecin

A-t-il fait des excès ?

La Comtesse

Sans doute ; Et pour vous dire vrai, je doute Que ce désordre sans pareil, Ne provienne que du soleil : Il en faisait son badinage ; Et bien lion de paraître sage, Et retenu dans ses discours, Il le raillait presque toujours, Son esprit faible et satanique, Osait bien lui faire la nique, Il s'exposait à son ardeur, Sans point de conduire et de peur, Et son audace était si fière, Qu'il lui disputait sa lumière ; Qui lui disputait, Amsterdam ? Si avez mal vitre dam, Vous verrez à la fin du conte, Finir le tout à votre honte : Prenez garde, songez à vous.

Le Médecin

Le soleil est bénin est doux ; Mais après tout je vous avoue, Qu'il ne faut pas que l'on s'y joue ; Cet astre à ne déguiser rien, Fait le mal autant que le bien, Sa chaleur qui nous vivifie, Sait donner et ravir la vie, Il faut mesurer son beau feu, D'un poids qui ne soit ni peu ; Car lors qu'on est si ridicule, Que de l'approcher trop, il brûle : Son feu pourtant a des effets Qui sont également parfaits, Et sa lumières si seconde, Ne rend qu'à faire bien au monde, La mal ne vient pas de sa part, Quand il le fait c'est par hasard, Son influence est tout bonne, Et ne saurait nuire à personne ; Si la malice des humains Ne lui mettait le foudre en mains : Ce bel astre entretient la terre, Et ne nous fait jamais la guerre Que lorsque nous la lui faisons ; Il luit en toutes les saisons ; Ainsi revenons la puissance Du Soleil, et surtout de France, Parce qu'en effet son éclat, Est dangereux en ce climat. À parler en termes d'école, Voilà ce qu'en dit Mathiole.

Le Chirurgien

Avicenne en assure autant.

Le Médecin

Quoi qu'il en soit il est constant, Sans consulter la médecine, Que le fin bien souvent s'affine, Mais qu'est ce que veut Vambeunin.

Scène 2

Vambeunin, Le Médecin, La Comtesse, La Zélande

Vambeunin

Vite, qu'on apporte du vin, Amsterdam se meurt il expire.

Le Médecin

Qu'est-ce donc, que vous voulez-nous dire ?

Vambeunin

Il se pâme, le coeur lui faut.

Le Médecin

Hé, Fallait-il crier si haut.

La Comtesse

Ha mes filles !

La Zélande

Ha notre mère !

La Comtesse

Vous n'aurez donc pas de père.

Le Médecin

Madame, tout ceci n'est rien.

La Comtesse

Hélas je vous le disais bien !

Le Médecin

Cela n'est à ce que je pense, Qu'une petite défaillance.

Vambeunin

Non, Monsieur n'est pas encore mort.

Le Médecin

Pourquoi donc clabauder si fort, Ha ! Je suis forcé de vous dire Que vous brouilleriez un Empire, Et pour vous parler net, Monsieur, Vous êtes un mauvais crieur. Ce n'est pas ainsi qu'on en use, Et si mon esprit ne s'abuse, Le feu qui parait en vos yeux Tient beaucoup du séditieux[.]

Vambeunin

Trêve, Monsieur, à ces injures, Vos paroles sont un peu dures.

La Comtesse

Taisez-vous Vambeunin.

Le Médecin

Suffit. Voyons le Malade en son lit, Et tâchons par notre remède De lui donner quelque peu d'aide.

Scène 3

Le Médecin, Amsterdam, La Comtesse, La Zélande, La Frise, L'Apothicaire

On tire le rideau, et l'on voit une chambre, dans laquelle Amsterdam paraît couché avec un bonnet de nuit, et les autres embarras d'un malade.

Le Médecin

Bonjour Monseigneur Amsterdam.

Amsterdam

Bonjour Monsieur.

Le Médecin

Bonjour, bon an, Ça, quittez ce triste visage, Et prenez un peu de courage.

Amsterdam

Ha Monsieur ! Je n'ai point de coeur.

Le Médecin

Comment, Amsterdam a-t-il peur, Lui qui faisait jadis la guerre En tous les endroits de la terre, Qui promenait ses étendards Dans les plus fameux champs de Mars, Qui se piquait d'armer les Princes , De bouleverser les Provinces, Qui s'était battu tant de fois Contre la flotte des Anglais, Qui par une fière arrogance Prétendait la prééminence De tout l'Empire de la Mer ; Lui, dis-je, peut-il s'alarmer D'une chétive maladie, Que voulez-vous Seigneur qu'on die si vous mettez Pavillon bas, Vous qui parmi tant de combats Avez montré votre puissance, Qui le disputiez à la France, À l'Espagne, à l'Empire enfin, Et qui faisiez tant le mutin Contre les coups de la fortune; Vous qui sembliez mordre le Lune, Et qui par un excès d'orgueil En vouliez encore au Soleil : Ah ! Reprenez Seigneur de grâce Le feu de cette fière audace, Et ne soyez point abattu.

Amsterdam

Ô Ciel comment me traites-tu ! Toute ma force est presque morte.

Le Médecin

Quoi, vous étonner de la sorte, Vous dont les voyages divers Ont parcouru tout l'Univers ; Vous qui poussâtes vos conquêtes Malgré la fureur des tempêtes Aux pays les plus éloignés : Vous Seigneur, vous vous étonnez ?

Amsterdam

Il est vrai Monsieur, je m'étonne, Et je sens aller ma personne Dans un extrême désarroi.

Le Médecin

Mais qu'avez-vous ? Répondez-moi ?

Amsterdam

Une étrange douleur de tête, Un feu violent qui s'arrête Au milieu de mon estomac, Un marteau pesant qui me bat, Et qui m'assomme la cervelle, Une guerre rude et cruelle, Qui se fait dans tous mes boyaux, Une diversité de maux, Que j'ai peine enfin enfin de vous dire, Je vois mon corps qui se retire, Et qui se réduit presque à rien : Hélas quel malheur est le mien ! J'endure, j'enrage, je souffre, Je brûle comme dans le soufre, Et sans un brasier sans pareil Que me fomente le soleil ; C'est cet Astre qui me tourmente Qui me cause une fièvre ardente, Qui me déchire tout le corps, Et me met au nombre des morts.

La Comtesse

Seigneur, ayez plus de constance, Et souffrez avec patience Ce qui part de la main de Dieu.

Amsterdam

Ah ma chère Comtesse ! Adieu, Le destin veut que je te quitte, Il faut enfin changer de gîte , Tu me vois, et je ne suis plus Que l'ombre de ce que je fus ; Que mon affliction est grande ! Mon épouse, ma chère Hollande, Mon coeur, mes tendresses, mon bien; Nous ne serons jamais plus rien : Console-toi pauvre Comtesse.

La Comtesse

Que ce discours fatal me blesse.

Amsterdam

Où sont les états mes enfants ? Qu'ils viennent les pauvres dolents, Je les veux baiser tout à l'heure, Et les voir avant que je meure, Hélas ! Je souffre bien pour eux.

La Comtesse

De sept, Monsieur, en voici deux, Et nous ferons venir les autres.

Amsterdam

Peut-être ne font- ils plus nôtres Madame ne me flattez pas, Amsterdam n'a plus des États.

La Comtesse

Patience, il faut s'y résoudre.

Amsterdam

Ô juste Ciel, quel coup de foudre ! Pauvre homme qu'es-tu devenu : Ton corps misérable est tout nu; Il ne paraît plus qu'à ta honte, Et te voilà gueux non pas Comte.

La Zélande

Consolez-vous mon beau papa.

La Frise

Job fut touché, Dieu le frappa, Et triompha de sa misère.

Amsterdam

Cela ne me console guère, Job fut mal, il fut mieux après, Et je ne ferai bien jamais : Mais réponds-moi ma chère Frise, Qui t'a mise en lambeaux ?

La Frise

La bise.

Amsterdam

Ha ! Dis plutôt sans te flatter, Que c'est l'Évêque de Munster ; C'est lui qui t'a raflé tes villes.

Le Médecin

Tous ces discours sont inutiles. Au reste, Seigneur Amsterdam, Vous deviendrez sec comme un Gan[d], Si vous ne chassez de votre âme Les soins, et d'enfants et de femme ; N'altérez point votre repos, Vous êtes mal en peu de mots, Il ne faut pas que je vous flatte ; Avancez la main, que je tâte Si votre pouls est agité : Il l'est beaucoup en vérité, Et vous avez sans raillerie Un grand trouble d'intempérie, Votre estomac embarrassé Rend votre cerveau tout blessé, Une réplétion extrême Fait que votre coeur l'est de même, Il faut vider et embarras, Et purger le haut par le bas ; Sus donc, Monsieur l'Apothicaire, Préparez-lui vite un clystère Comme je vous l'ordonnerai.

L'Apothicaire

Hé bien, Monsieur, je le ferai.

Amsterdam

Ah bon Dieu que de mal de tête.

On ferme le rideau.

Le Médecin

Voyons si votre langue est nette, Ouvrez la bouche s'il vous plaît, Voici bien du mal en effet, Et plus que je n'en ose dire : Or sus, que chacun se retire, Et qu'on en use doucement, Afin qu'il repose un moment. Cependant tout ce que l'ordonne Est, qu'exactement on lui donne D'heure en heure un petit bouillon, Surtout, qu'on ne fasse du bon, Et n'est pas mal qu'on le mélange Avec un peu de jus d'Orange, Parce qu'il le rafraîchira, Et ce frais lui profitera : Quant à ses repas, l'abstinence Est tout ce qu'il lui faut, je pense, Et c'est assez qu'à huit, à neuf Il avale deux jaunes d oeuf, Ne le chargez pas davantage : Adieu, Seigneur, prenez courage, Et tâchez un peu de dormir, Que si vous venez à vomir Ne vous faite point de contrainte.

Scène 4

La Comtesse, Le Médecin

La Comtesse

Monsieur, avouez moi sans feinte En quel état est mon époux.

Le Médecin

Assez mal, mais rassurez-vous, Et ne vous troublez point, Madame.

La Comtesse

Il faudrait songer à son âme, Et le porter tout doucement, À résoudre son testament, Car à vous dire vrai, sans doute, Tout son bien irait en déroute, Et serait en piteux état, S'il décédait ab intestat

Le Médecin

Il n'est pas encor temps qu'il tete, Que s'il le faut, je vous proteste Que je volis en avertirai.

La Comtesse

Pourtant, Monsieur, je vous dirai Qu'il est tout à fait nécessaire Qu'il fasse tôt ce qu'il doit faire, Parce qu'il a des créanciers.

Le Médecin

Il n'a donc pas d'héritiers Sans qu'il en cherche davantage.

La Comtesse

Monsieur, vous êtes bon et sage Mais, j'appréhende, avec raison Un grand désordre en sa maison ; Outre que je ne puis vous taire, Qu'il a certain mauvais affaire, Qu'il s'est fait depuis quelque temps, Dont il est tombé des dépens Pour le fait desquels ses parties, Lui sont tous les jours des saisies.

Le Médecin

Et quel affaire est celui-là ?

La Comtesse

C'est un méchant procès qu'il a Avec l'Angleterre et la France, Qui lui cause bien des dépense, Et le met dans un grand souci.

Le Médecin

Il faut donc pourvoir à ceci : Prenez votre conseil, Madame ; Pour ce qui regarde son âme C'est à lui de s'y préparer, Après il doit nous déclarer Quelle est sa volonté dernière, Je verrai de quelle manière Il voudra disposer le tout, Et le presserai jusqu'au bout ; Car, quoi que le destin vous livre, Vous avez grand besoin de vivre,

La Comtesse

He bien, donques, jusques au revoir.

Le Médecin

Je vous reverrai sur le soir.

La Comtesse

Adieu Monsieur.

Le Médecin

Adieu Madame.

Scène 5

Le Médecin, L'Apothicaire, Le Chirurgien

Le Médecin

Par ma foi cette bonne femme Est digne de compassion, Et son extrême affliction M'est en vérité bien sensible, Je voudrais qu'il me fut possible De pouvoir sauver son mari ; Et plut à Dieu qu'il fut guéri, Mais il n'est que trop véritable Que ce pauvre homme est incurable.

L'Apothicaire

Je l'estime bien dangereux.

Le Médecin

Il est flambé le malheureux, Et puisqu'il faut que je m'explique Je crains qu'il ne soit hydropique : Mais commençons premièrement Par apaiser l'embrasement, Qui l'enflamme et qui le dévore ; Et tâchons d'arrêter encore Ces noires valeurs du cerveau, Desquelles il se forme en eau Qui le pénètre et qui la mine, Et qui tombant dans sa poitrine Rend son bas ventre constipé, Après ajoutez y du plomb, De la poudre fine à canon, D'huile d'acier, de hallebarde, De quintessence de bombarde, D'antimoine, du sel de mer, Et d'aloès le plus amer : Qu'on mêle le tout, qu'on l'assemble ; Qu'on le réduise bien ensemble, Et qu'on en fasse un lavement, Il profitera grandement ; Allez, Monsieur l'Apothicaire : À propos, il faut encor faire Un autre remède demain.

L'Apothicaire

Et quel ?

Le Médecin

Lui mettre sur le sein Un cataplasme d'un fromage, Parce que l'esprit de l'airage Est un remède sans pareil Contre les ardeurs du Soleil ; Cela ne vous doit point surprendre.

L'Apothicaire

Je suis bien aise de l'apprendre, Et crois, qu'il lui fera du bien.

Le Médecin

Et vous, Monsieur le Chirurgien, Il faudra demain qu'on lui pique Un peu la veine céphalique ; Préparez votre petit fait, Et faite que vous soyez prêt À faire bien cette saignée.

Le Chirurgien

En quel temps ?

Le Médecin

À la matinée, À peu près en tre neuf à dix, Il prendra la clystère à six, Et s'il allait trop de selle, Qu'on m'avertisse et qu'on m'appelle ?

Le Chirurgien

Monsieur, nous n'y manquerons pas.

Le Médecin

Allez, ménagez bien vos pas, Et faits que mon ordonnance, Soit dans une juste balance.

Acte II

Scène 1

Amsterdam, Un Laquais, Uvic, Vambeunin

Amsterdam

Hola ? Qu'on se dépêche tôt, Vite, qu'on m'apporte le pot, Et qu'on le mette à la ruelle Afin que j'aille sur la selle.

Un Laquais

Que vous plaît-il, Seigneur ?

Amsterdam

Coquin Donne-moi tôt mon casaquin, Mes pantoufles, ma chemisette, Ma cane d'Inde et ma brayette, À cause de ce lavement Ma presse furieusement ; Veux-tu faire diligence.

Un Laquais

Ayez un peu de patience.

Amsterdam

Fais vitement, traître maudit Où je va[is] chier dans le lit.

Uvic

Bon Dieu, que cet homme est revêche.

Amsterdam

Dépêche-toi.

Un Laquais

Je me dépêche Tenez, voilà ce qu'il vous faut.

Amsterdam

Ô Ciel ! On me livre un assaut, Quelle bourrasque est dans mon ventre, Tout sort en même temps qu'il entre. Toute ma substance périt, Et je n'ai plus rien que l'esprit, Hélas, on dirait que j'en serre Tout le théâtre de la guerre ! Et que deux cent mille lutins ME déchirent les intestins, On dirait que plusieurs armées Sont dans mon bas-ventre enfermées, Et qu'on me tire rudement Des villes par le fondement ; On dirait qu'on me les arrache, Que toute ma chair se détache, Et qu'elle s'écarte de moi : Ô Dieux ! Je vais chier Orsoi, Buric, Vesel, et Reimbergue, Je vide ab ante, à post, à iergo, Je me sens traverser l'Issel, J'ai craché L'île de Bomel , Mastrich est tout prêt de se rendre, Je le digère, on le va prendre ; Nimègue me met aux abois, Je l'ai vomie à cette fois ; Qu'elle m'a donné de la peine ; Laissez-moI prendre un peu d'haleine, Il me semble ô pauvre mesquin ! Que je vide Le fort de Squin ; Tant ce remède me travaille : soutenez-moi traître ,canaille ; Je n'en puis plus, je suis à sec : Ha ! Je rends le Duché d'UTRECHT. Que de furieuses tranchées Me causent EMERIC et RÉES, Tout mon pauvre corps se détruit, GRAVE fort, CRÈVE-COEUR le suit, ZUTPHEN, CAMPEM en fait de même, BOISLEDuc me met à l'extrême, BREDA, L'ESCLUsE et BERGOPÇON Me sanglents jusques à l'arçon, ET malgré tout mon artifice Il faudra que je les vomisse : Je n'ai plus rien, tout s'est rendu, Et je suis un homme perdu ; Que la peste soit le clystère, Et du maudit Apothicaire, Qui me l'a méchamment donné, Je crois qu'il est empoisonné, Et que ce voleur, cet infâme, L'a fait pour me dérober l'âme : Ah détestables assassins ! Apothicaires, médecins ! Tous les onguents de vos boutiques Sont des pestes aux Républiques ; Vous ne m'attraperez jamais Et ne m'aurez pas désormais ; Mais qu'elle misère est la mienne ; Je n'en puis plus, qu'on me soutienne, Et qu'on me mette sur le lit.

Uvic

Je crois qu'il a rendu l'esprit, Il tourne les yeux, il se pâme.

Vambeunin

Amsterdam songez à votre âme ?

Uvic

Réclamez le Dieu de bonté.

Vambeunin

Et pensez à l'Éternité ?

Uvic

Nous entendez-vous, notre Maître, Faites-le s'il vous plaît connaître Avec un signe de la main.

Vambeunin

C'en est fait nous crions en vain, La mort a mis fin à sa trame.

Uvic

Laquais,faites venir Madame, Allez vite, courez toujours.

Un Laquais

Au secours, Madame, au secours.

Scène 2

La Comtesse, Un Laquais, Uvic, Vambeunin

La Comtesse

Qui fait tant de bruit ? Qui m'appelle ?

Un Laquais

Amsterdam est mort sur la selle.

La Comtesse

Amsterdam est mort ?

Un Laquais

Il est mort.

La Comtesse

Ô loi inhumaine du sort ! Quelle perte, quelle disgrâce, Amsterdam, que je vous embrasse, Que je vous baise, ô chez époux, Et qu'au moins j'expire avec vous : Et toi sort inhumain ? Achève, Prends encore sa triste veuve, Et le reste de ses États.

Uvic

Vos pleurs ne le guériront pas Madame, et cette forte d'aide Est un inutile remède : Il faut se consoler enfin ; Mais voici notre médecin.

Vambeunin

Il vient à propos, et je pense Qu'il fera tout par sa présence, Et nous ôtera de souci.

Scène 3

Le Médecin, Le Chirurgien, La Comtesse, Un Laquais, Vambeunin, Amsterdam, L'Apothicaire

Le Médecin

Que vois-je, Messieurs, qu'est ceci ? C'est, Monsieur, que votre clystère N'était pas ici nécessaire, Celui qui l'a pris en est mort.

Le Médecin

Ne vous alarmez pas si fort, Jamais un malade qui chie Ne fut surpris d'apoplexie, Ce serait un cas inouï ; Sans doute il n'est qu'évanoui, Et ce n'est qu'un peu de faiblesse Que cette vidange lui laisse, Qui par son agitation Lui cause cette passion ; Quoi qu'il en soit, que l'on s'apprête À faire jouer la lancette, Sus donc, Monsieur le Chirurgien, Coupez vite, et n'épargnez rien.

Le Chirurgien

Si vous voulez qu'on le découpe, Il faut au moins avoir d'étoupe, Et préparer mieux notre fait.

La Comtesse

Ne vous peinez pas, tout est prêt. Appliquons donques la ventouse.

Le Chirurgien

La chose est pourtant bien jalouse, Et j'appréhende justement Quelque mauvais événement ; Consultons un peu mieux l'affaire, Le bain serait plus nécessaire, Et j'estime qu'à force d'eau On lui remettrait le cerveau ; Hasardons ce point, il n'importe ; Ça, vite, donc qu'on en apporte.

Un Laquais

En voici...

Le Médecin

Ce n'est pas assez, Toutefois ami, commencez De le baigner par le visage.

Vambeunin

En voici, Monsieur, davantage.

Le Médecin

Bon, Messieurs, ne l'épargnez pas, Versez, devant, derrière, en bas, Aux pieds, aux mains, à gauche, à droite, Sur les épaules, sur la tête Sur les épaules, au milieu du sein, Versez, versez jusqu'à demain, Au front, à la bouche, aux oreilles, Voilà qui se passe à merveilles.

La Comtesse

Il revient, il a remué...

Amsterdam

Ah bon Dieu ! Que j'ai bien sué, Je me sens percé la chemise, Et je pense que j'ai fait crise, L'eau découle de mon cerveau : Du linge, je suis tout en eau ; Ô Ciel ! Quelle sueur étrange, Qu'on me sèche, que l'on me change, Et que l'on m'ôte cet habit.

La Comtesse

Voulez-vous qu'on vous porte au lit, Mon coeur, mon amitié, mon âme.

Amsterdam

Tout ce qu'il vous plaira, Madame.

La Comtesse

Or sus qu'on fasse doucement, Et qu'on le change promptement, Mais quittez, Seigneur, je vous prie Cette noire mélancolie, Et reprenez cette fierté, Où vous avez été, Vous êtes froid comme de la glace, Souvenez vous de cette audace Que vous aviez eue autrefois, Que vous dressiez contre les Rois Des alliances et des brigues, Des partis et des triples ligues, Et faisiez mille autres projets Contre eux et contre leurs sujets ; Quand par vos publiques peinture, Vous leur vomissiez des injures, Et parliez en vos sobriquets Plus de deux milles perroquets ; Qu'est ce maintenant qui vous fâche ? Et qui rend si mol et si lâche Le coeur du fameux Amsterdam, Vous êtes triste comme Adam, Reprenez cette humeur hardie.

Amsterdam

Hélas ! Que veut-on que je die, Le soleil étourdit mes sens, Et fait tout le mal que je sens ; Mais quoi, n'est-il point de ressource, Peut-on point arrêter sa course En faisant venir Josué ?

Le Médecin

Hé, Seigneur, vous feriez hué Si vous avanciez cette chose ; J'ai honte qu'on nous la propose, Et qu'un homme de si bon sens Parle si fort à contre-temps. Raisonnons d'un[e] autre manière , Le soleil pousse sa carrière Et c'est follement contester, Que de le vouloir arrêter son essence est presque Divine, Il n'est qu'un Dieu qui la domine, Et Josué ni Gédéon Ne peuvent rien sur Apollon.

Amsterdam

J'ai lu pourtant dans l'Écriture, Que par une étrange aventure Josué le fit arrêter.

Le Médecin

Il le ferait ici hâter Pour vous tourmenter davantage ; Cherchons un remède plus sage, Et laissant le soleil à part, Usons des règles de notre Art. Il faut aujourd'hui qu'on vous saigne ; Car Hippocrate nous enseigne Que lorsque le sang est pourri, Il ne saurait être guéri Si l'on n'use de la saignée : La forme nous en est donnée Par le sublime Galien, L'esprit duquel n'ignorait rien, Et qui traitait la Médecine Avec une force Divine ; Il faut donc commencer par là, Et préparer après cela Des onctions bien assorties Pour fortifier vos parties ; Mettons donc la chose en effet, Et faisons notre petit fait Avec une égale ordonnance. En premier lieu, que l'on commence Les fomentation du coeur Après, réprimons cette ardeur Par une puissance contraire, Ainsi, Monsieur l'Apothicaire Notre cataplasme est-il prêt ?

L'Apothicaire

J'estime bien, Monsieur, qu'il l'est.

Le Médecin

Apposez-le donc tout à l'heure.

Amsterdam

Qu'est ceci, veut-on que je meure, Que m'applique-t-on là-dessus ?

L'Apothicaire

Un remède.

Amsterdam

Je n'en veux plus, Retire, toi maudite engeance, Je perds enfin la patience, Et je n'ai que trop bien appris Par le lavement que j'ai pris...

L'Apothicaire

Mais ceci n'est qu'un cataplasme.

Amsterdam

Je te rouerai, sur mon âme.

La Comtesse

Chez époux laissez vous guérir.

Amsterdam

Ô Dieux ! Vous me faire mourir Madame, ce discours me choque, Ce cataplasme me suffoque, Et m'empêche de respirer.

Le Médecin

Si faut-il pourtant attirer La malignité qui vous tue, Qui en saurait être abattue Que par ce remède pesant.

Amsterdam

Par ma foi, le conte est plaisant, On veut donc me donner la vie Après qu'on me l'aura ravie.

L'Apothicaire

Mais cela vous fera du bien.

Amsterdam

Va apothicaire de chien, Tu chantes trop, oiseau sinistre.

Un Laquais

Madame, Monsieur le Ministre Demande s'il pourrait entrer.

La Comtesse

Oui-dà.

Scène 4

Le Ministre, Le Médecin, Amsterdam, La Comtesse

Le Ministre

C'est très bien rencontrer Que de trouver un si beau monde ; Toute l'Écriture se fonde Sur la parole et l'oraison, Et l'Apôtre avecque raison...

Le Médecin

Ho, Monsieur, trêve de prière, Notre malade n'entend guère, Et n'a pas besoin de parler, Vous feriez ici reculer Les effets de notre remède.

Le Ministre

Que le bon Dieu soit à son aide : Je lus un passage autrefois Dans le second livre des Rois , Qui vient à propos, ce me semble.

Le Médecin

Attendez, Monsieur, qu'on s'assemble Pour venir ouïr vos sermons.

Le Ministre

Mes discours ne seront pas longs, En deux mots je vais vous les dire : Il faut que le pécheur soupire, Disait le Prophète Royal En bénissant Dieu dans son mal, Qu'il reçoive avec révérence Le partage de la souffrance ; Cela se trouve mot à mot Au livre de Clément Marot ; Car comme nous disons au prêche, Sept fois au jour le juste pèche, Et devant le souverain bien Toutes nos oeuvres ne font rien.

Amsterdam

Hélas Seigneur ! Je vous l'accorde.

Le Ministre

Implorez sa miséricorde Amsterdam, et vous dépêchés À lui déclarer vos péchés ; Dites d'une douleur profonde, Seigneur, j'ai failli dans le monde, Je mérite votre rigueur, Et suis un extrême pêcheur ; Mais lorsque je vous le confesse Ayez pitié de ma faiblesse, Et ne voyez point mon délit.

Le Médecin

Monsieur, que ce soit assez dit, Sa cervelle est assez défaite, Sans que vous lui rompiez la tête, Vous l'avez assez consolé, Suffit, il n'a que trop parlé , Ne l'obligez pas davantage À mettre la langue en usage ; Car en vérité ses discours. Lui causent la fin de ses jours.

Le Ministre

Hé bien, Monsieur, je me retire.

Amsterdam

Attendez, je veux encor dire Quelque chose de bien secret.

Le Ministre

Et qu'est-ce ?

Amsterdam

J'ai bien du regret D'avoir abandonné la Messe, Et pour dire vrai, je confesse Que ce qui me fit révolter, Fut, que je ne pus supporter L'observation du Carême, J'en avais un[e] horreur extrême, Et le gibier et les perdrix Me plurent fort les Vendredis La Confesse, la Pénitence, Gênaient beaucoup ma conscience : J'eus une forte aversion A faire restitution, Et la licence illégitime De ne payer jamais la dîme, s'accommoda fort à mon goût ; D'ailleurs ce qui me plût surtout, Fut le revenu de l'Église, Sans lequel j'étais en chemise, Les droits et les biens dérobés Des abbesses et des abbés, Les évêchés, les monastères Augmentèrent fort mes affaires, Et pour me rendre souverain Je quittai le parti Romain ; Enfin je devins hérétique Par un mouvement politique.

Le Ministre

Monseigneur, que dites-vous là, Ah ! Rétractez-vous de cela, Un pareil discours m'épouvante, Sans doute Belzébuth vous tente, Et votre esprit est obsédé, Saül fut ainsi possédé : Ô que le bon Dieu vous assiste,

Amsterdam

Non non, je veux être Papiste, Toute votre Religion N'est qu'une sotte illusion, Et je commence de connaître Qu'il est bon d'appeler un prêtre, Vos songes ne font que d'abus.

Le Ministre

Ah Seigneur !...

Amsterdam

Ah ne parlez plus !

La Comtesse

C'est assez Monsieur le Ministre, Il faudrait avoir un registre Pour contrôler vos discours.

Le Ministre

Mais...

La Comtesse

Mais, parlerez-vous toujours, Brisez-là je vous en supplie, Vous augmentez sa maladie En le faisant mettre en courroux.

Le Ministre

Adieu donques, salut à tous.

Scène 5

Le Chirurgien, Le Médecin

Le Chirurgien

Que cet homme a mauvaise grâce.

Le Médecin

Cependant le temps nous menace, Si nous ne le ménageons bien, Ainsi Monsieur le Chirurgien, Commençons en cette journée De faire une bonne saignée, Pourtant ce serait mon dessein D'attendre jusques à demain, Parce que cette maladie Penche fort dans l'hydropisie, Et si vous vous en étonnez, Amsterdam saigne trop du nez, Il est enflé, pesant, et lâche, Tout lui fait ombrage, et le fâche, Outre que depuis cet été Il est grandement humecté, Pour moi je le crois hydropique, Et prêt à devenir éthique, Son corps,sa voix et son chagrin, . . . . . . Et cette ardeur qu'il a de boire Est une marque assez notoire, Que cet homme ne vivra pas : Mettons-le donc entre les bras De la providence Divine ; Qu'on me conserve son urine, Car je me prépare aujourd'hui À faire consulter pour lui. Pour ses repas, une rôtie Raisonnablement assortie, Sera tout ce qu'il doit manger, Et l'on ne doit pas le charger, Puis qu'il n'a que trop d'immondices : Travaillons à guérir ses vices, Et réparons de tous côtés Ses membres pourris et gâtés, Son mal sera quoi qu'on en die, Une fâcheuse maladie, Madame, je vous dis adieu Recommandez le tout à Dieu, Et tâchez par votre prière Qu'il n'ait pas un sort plus contraire.

Acte III

Scène 1

Le Médecin, La Comtesse

Le Médecin

Après avoir bien consulté, Nous avons enfin arrêté, Qu'il faut qu'en toute diligence Amsterdam change d'air en France ; C'est un pays qui sera bon Pour lui délasser le poumon Son estomac est fort débile, Il n'a qu'amertume et que bile, Son corps est beaucoup altéré, Mélancolique, intempéré, Chargé de matières fécales, Et d'obstructions inégales Accablé de beaucoup de maux, Et tout plein de flegmes et d'eaux ; Enfin, Madame, je m'explique, Votre malade est hydropique.

La Comtesse

Que doit-il faire en cet état ?

Le Médecin

Il faut qu'il change de climat, Et que chargeant la troupelande, Il vide la terre d'Hollande : Ce pays n'est pas bon pour lui, Il l'a gâté jusqu'aujourd'hui, Et s'il y fait plus sa demeure, Il est à craindre qu'il n'y meurs.

La Comtesse

Mais en quel lieu doit-il aller ?

Le Médecin

À Paris, parce que c'est l'air Le plus subtil qui soit au monde, Il perdra ce qu'il a d'immonde, En même temps qu'il y sera, Et sans doute il s'y purgera : Il ne saurait mieux se commettre ; Tâchons donques de le remettre, Et dès lors qu'il sera refait ...

Scène 2

Uvic, La Comtesse, Le Médecin

Uvic

Madame venez s'il vous plaît.

La Comtesse

Qu'est cela ?

Uvic

Votre mari rêve, [Il parle de pain et de] trêve Il crie, il se gêne l'esprit, Et l'on ne sait pas ce qu'il dit, Il nous prend tous pour des fantômes.

La Comtesse

Juste Ciel !...

Le Médecin

Ce sont des symptômes, Madame, ne vous troublez pas.

La Comtesse

N'aurais-je point de trêve, hélas ! Mon coeur, arme toi de constance.

Uvic

Monsieur le chirurgien le pense, Il met un emplâtre au front, Et beaucoup de messieurs y sont.

La Comtesse

Et qui ?

Uvic

Monsieur l'Apothicaire, Monsieur l'Avocat, le Notaire Mes dames vos filles aussi, Et chacun est en grand souci De la voir troublé de la sorte.

Le Médecin

Il faut donner ordre qu'on forte, Et qu'on ne l'incommode pas ; Et je trouve bon en tout cas Qu'on rédige un petit sommaire, Du testament que l'on doit faire, Puisque tous vos gens sont ici.

Scène 3

Le Médecin, Amsterdam, L'Avocat, La Comtesse, Le Notaire, Le Chirurgien, L'Apothicaire, La Frise, La Zélande

Amsterdam apparaît sur une lit, accoudé sur les bras du Chirurgien et de l'Apothicaire, avec un gros emplâtre qui lui couvre la moitié du visage, pendant que tous les Acteurs sont autour de son lit.

Le Médecin

Hé bien Monseigneur, qu'est ceci ? Perdez-vous ainsi le courage ? Et lors que vous voyez l'orage Abandonnez vous le timon, Répondez nous ? Que dira-t-on Lorsqu'on saura votre faiblesse, Voulez-vous souffrir qu'on vous presse ? Parlez, Seigneur ? Êtes vous sourd ?

Amsterdam

Hola ? Marquis de Brandebourg Amenez-vous le Duc de Saxe ? Il nous faudra faire une taxe, Afin de payer vos soldats.

Le Médecin

Quoi vous ne me connaissez pas, Monseigneur.

Amsterdam

La belle demande, Vous être l'Armée Allemande.

Le Médecin

Non je suis votre médecin.

Amsterdam

Ah, vous êtes un fantassin De Monsieur le Duc de Lorraine, Et que fait ce grand Capitaine, Ne pense-t-il pas à venir ? Il devrait bien se souvenir Que ses ordre sont nécessaires À nos troupes auxiliaires.

L'Avocat

Ce bon homme est bien égaré.

La Comtesse

Mon coeur...

Amsterdam

Monsieur de Monteray.

La Comtesse

Je suis votre chère compagne.

Amsterdam

Vous êtes le secours d'Espagne ; Ah, que vous êtes attendu ! Sans vous je me serais rendu ; J'ai bien besoin que l'on me guide Je suis sur un cheval sans bride, Et je ne sais point où je vais, J'entreprends, je veux, je ne sais Ce que le Ciel veut que je fasse , Je commande la Populace Et personne ne m'obéit.

Le Notaire

Où Diable va-t-il son esprit.

Le Chirurgien

Regardez, Seigneur,qui nous sommes.

Amsterdam

Avons nous soixante mille hommes, Et nos gens sont-ils aguerris ?

L'Avocat

Il a pris Corbeil pour Paris ; Allez deviner sa pensée.

L'Apothicaire

Sa cervelle est bien offensée, Il ne faut pas le déguiser.

Le Médecin

Son mal n'est point à méprise, Il est aussi grand qu'il peut l'être.

La Frise

Mon Papa...

Amsterdam

Fermez la fenêtre, Les Français entreront par là ; Je vois le Soleil, le voilà.

La Zélande

Qu'est cela ? Que voulez-vous dire ?

Amsterdam

Je dis que Vienne est dans l'Empire, Et que l'Empire doit venir.

L'Avocat

Que sert-il de l'entretenir, Il est toujours plus ridicule.

La Comtesse

Mon bon mari.

Amsterdam

Monte Cucule. Vous envoie-t-on à mon secours ?

La Comtesse

Hé changez, Seigneur, de discours, Je ne suis pas Monte Cucule.

Le Notaire

Au lieu d'avancer il recule.

La Comtesse

Parlez donc sans tant hériter ? Qui suis-je ?...

Amsterdam

L'Amiral Ruyter.

La Comtesse

Voilà bien chanter sur mon âme. Je suis l'Hollande votre femme.

Amsterdam

Ah, je m'étais doncques mépris.

La Comtesse

Réveillez un peu vos esprits ? Et tâchez de vous reconnaître ?

Amsterdam

Attendez, j'écris une lettre, Tout à l'heure je suis à vous.

L'Avocat

Certes les rêveurs sont bien fous : Quelle pitié de ce pauvre homme ! Et moi comme est-ce qu'on me nomme ?

Amsterdam

Vous êtes Monsieur l'Avocat.

L'Avocat

Il est, Madame, en bon état ; Mais voyons encore s'il erre ; Voudriez -vous aller à la guerre. Seigneur Amsterdam ?

Amsterdam

Je ne puis Dans le triste état où je suis.

Le Médecin

Il se remet, prenons courage.

L'Avocat

Interrogeons-le davantage ; Monseigneur parlons franchement, Voudriez-vous faire un Testament ?

Amsterdam

Je suis bien aile de le faire, Mais il faut avoir un Notaire.

L'Avocat

Il est ici...

Amsterdam

Cela va bien.

Le Médecin

Or sus, qu'on ne néglige rien, sa connaissance est inégale, Et je crains un autre intervalle, Il est vrai qu'il est un peu mieux, Mais je remarque dans ses yeux Une certaine intercadence, Qui me met dans la défiance : J'appréhende fort pour tantôt , Messieurs, qu'on se dépêche tôt, Et pendant que je vais en Ville Qu'on ne s'applique qu'à l'utile ; Dans un'heure je reviendrai, Et d'abord je lui donnerai Certaine potion amère, Qui lui sera fort salutaire, Adieu, faites votre devoir.

Scène 4

L'Avocat, Amsterdam, La Zélande, La Frise, Vambeunin, La Comtesse, Le Notaire

L'Avocat

Hé bien, Seigneur, il faut savoir Ce que vous désirez de faire, Tout est prêt, voici le notaire.

Amsterdam

Avons nous assez de témoins ?

L'Avocat

Remettez cela sur nos soins, Nous en avons plus de cent mille Qui sont autour de cette ville.

Amsterdam

Il n'en faut pas tant, c'est assez.

L'Avocat

Sus donc, Monseigneur, commencez : Que laissez-vous à votre femme ?

Amsterdam

Beaucoup de peine, sur mon âme, Et pour tous ses droits nuptiaux, La meilleure part de les maux, . . . . . . . . . . De se remarier en France, Et la charge en mon testament De ne tarder pas longuement.

L'Avocat

Que léguez-vous à la Zélande ?

Amsterdam

Un Monarque qui la demande, C'est un Prince des plus puissants ; Qu'elle l'accepte, j'y consens Et c'est le plus grand avantage Qu'elle aura de mon héritage.

La Zélande

Cet époux est à mon plaisir, Et je ne puis mieux le choisir.

L'Avocat

Que laisserez-vous à la Frise ?

Amsterdam

Ses biens, les droits, et sa franchise, Mais elle doit les disputer Avec l'Évêque de Munster.

La Frise

C'est donc un procès qu'on me lègue ! J'ai bien peur de suivre Nimègue.

L'Avocat

Que léguez-vous à Vambeunin ?

Amsterdam

Une potence à ce coquin, Il n'aura point d'autre salaire, Écrivez Monsieur le Notaire.

Vambeunin

Ce légat, Seigneur, me déplaît, Je vous le remets tel qu'il est, Et de bon coeur, vous en fais quitte.

Amsterdam

Va, peste méchante et maudite.

L'Avocat

Ne laissez-vous rien à vos gens ? Valets, domestiques, agents, Administrateurs des affaires, Bourguemestres, pensionnaires ?

Amsterdam

Je leur fais un légat à tous.

L'Avocat

Et qu'est-ce que leur donnez vous ?

Amsterdam

Je les donnes au cent mille diables, Ils m'ont perdu les misérables, Et m'ont si méchamment conduit, Qu'ils m'ont mis où je suis réduit.

La Comtesse

Ce n'est pas un petit salaire, Mettez-là Monsieur le Notaire ?

L'Avocat

Que donnez-vous à vos soldats ? Qui durant ces derniers combats Vous ont montré tant de vaillance ?

Amsterdam

Je souhaite pour récompense, Qu'au premier combat des Français Ils périssent tous à la fois ; Et plaise au grand Dieu qu'il arrive Que nul d'eux à l'autre survive.

La Comtesse

Certes ce légat n'est pas sot, Couchez-le, Monsieur, mot à mot, Afin qu'on le leur signifie, De crainte que l'on ne l'oublie.

L'Avocat

Or sus, tout va bien jusqu'ici, Mais les choses étant ainsi, Il faut bien que votre héritage Soit régi par une homme sage, Hardi, judicieux, entier ; Qui nommez-vous pour héritier ?

La Comtesse

La chose vaut bien qu'on y pense.

Amsterdam

J'institue le Roi de France.

La Comtesse

Et vos enfants...

Amsterdam

Retirez-vous, Mes enfants ne sont que des fous, Des insolents, et des volages, Cet héritier les fera sages, Je veux, j'entends, j'ai résolu, Qu'il en soit le maître absolu, Qu'il n'ait rien à leur rendre compte, Et s'ils font les sots qu'il les dompte...

L'Avocat

Seigneur, cela ne se peut mieux, Vos enfants seront glorieux D'être sous un si grand Monarque, Et votre choix est une marque De l'amour que vous leur portez, Soyez constant et persistez, En un sentiment tant illustre, Vous augmenterez votre lustre, Et la gloire de votre nom En celle du sang de Bourbon ; Cette race est toute éclatante, Généreuse autant que puissante, Et c'est d'elle d'où tant de Rois. On[t] prescrit au monde des Lois : Celui qui vous livre la guerre, Est un demi-Dieu sur la terre, Mais avecque cette fierté Il est tout rempli de bonté ; C'est un Prince très débonnaire, Et vous ne pouvez pas mieux faire, Que de choisir votre agresseur Pour votre illustre successeur . Achevez un dessein si mâle, Mais qu'est-ce ? Vous êtes si pâle, Qu'avez-vous Seigneur ?

Amsterdam

Mal au coeur, Et je sens finir sa chaleur, De grâce que l'on me soutienne !

L'Avocat

Faites vite, Messieurs, qu'on vienne ! Afin qu'il signe promptement La teneur de ce testament.

Le Notaire

Tenez, Seigneur, voilà la plume ?

Amsterdam

Hélas ! Tout mon feu se consume, À peine ma tremblante main Peut ici vous donner mon sein, J'ai souscrit, mais je ne sais comme.

Scène Dernière

Le Médecin, L'Apothicaire

Le Médecin

Comment se porte ce bon homme ? Il a bien mauvaise couleur.

L'Apothicaire

C'est qu'il succombe à son malheur, En vain se fait-il violence Pour retenir la défaillance, Elle revient, il n'en peut plus.

Le Médecin

Parlons net, tout est superflu, Ne traitons plus cet hydropique, Il faut seulement qu'on s'applique, À le faire voir au Soleil, Je remarque et lis dans son oeil, Qu'il a besoin de sa lumière, C'est la médecine dernière Donc nous pouvons encore user : Et pour ne pas nous abuser, Je le vois dans un grand désastre, S'il n'a du secours de cet astre. Qu'il songe donc à recourir À l'objet qui le fait mourir ; Et puisqu'il faut qu'il le guérisse, Qu'il se montre sans artifice Mais cependant qu'une autre fois, Amsterdam révère les Rois, Et que surtout il considère, La grandeur de leur caractère, Qu'il sache que les potentats Sont les Dieux vivant ici-bas, Qu'ils tiennent en main le tonnerre Quand il faut châtier la Terre, Et que lorsqu'ils sont outragés Il est juste qu'ils soient vengés ; Ayons pour ce flambeau du monde Une révérence profonde, Ces discours s'adressent à tous ; C'est assez dit retirons nous.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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