Comédie · 1866

Après le bal

de Delacour, Choler Siraudin

Représentation
≈ 34 min
Distribution
2 hommes
Répliques
337
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Caudebec H 167 ≈ 19 min 6
Henriette N 162 ≈ 15 min 5
La Voix H 8 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Après le Bal
Caudebec absentabsent
Henriette absentabsentabsent
La Voix absentabsentabsentabsentabsentabsent
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Après le Bal

Scène 1

Henriette

Au lever du rideau, Henriette, en toilette de bal, couronne de fleurs sur la tête, est endormie dans un fauteuil placé près de la table.

Se réveillant.

Se levant.

Voyant la pendule placée sur la cheminée.

AIR. de Lauzun.

Elle sonne à la cheminée.

Elle prend la bougie qui était sur la tablE et sort par la porte du fond. La scène reste éclairée par les lampes de la cheminée.

seule

Henriette

Être persécutée ainsi... À quoi donc en suis-je réduite ? Soit à la promenade, ici, Partout il est à ma poursuite, Sans cesse... le jour ou la nuit... Pour moi plus de repos, ni trêves; Enfin cet homme me poursuit, Me poursuit jusques dans mes rêves ! Rien que n'y penser... Sonnons Augustine !... Non... Éloignez-vous... Augustine !... Augus... Ah ! Mort Dieu ! Quel rêve !... Je dormais... Je vois ce que c'est... La fatigue m'aura gagnée... et je me suis endormie avant d'avoir appelé Augustine... Sonnons-la bien vite !... Quatre heures ! C'est impossible !... Quatre heures !... Et mon bal a fini à une heure ! Comment !... Voilà trois heures que je dors sur ce fauteuil... Et, sans ce maudit rêve... Conçoit-on cela ?... Rêver de Monsieur de Mérinville, ce voisin d'en face... dont j'ai refusé de devenir la femme... et qui, hier encore, m'a écrit, en me menaçant de me compromettre... d'empêcher à tout prix mon mariage avec Gaston !... Le vilain homme !... La pauvre fille sera sans doute venue pendant mon sommeil... et elle n'aura pas osé me réveiller... Personne... Ni elle, ni Joseph !... Ils se sont sans doute endormis dans l'antichambre... Ils ont fait comme moi... Allons les réveiller... et renvoyons-les bien vite dans leurs chambres !....

Scène 2

Caudebec

Aussitôt après le départ d'Henriette, on entend un ronflement sonore derrière le rideau de la fenêtre.

Il entrouvre le rideau, et on le voit, en costume de bal, blotti dans un fauteuil.

Se levant et venant en scène.

S'arrêtant.

Reprenant.

S'arrêtant.

Reprenant.

Il se place devant la glace à gauche. Henriette rentre par le fond.

Caudebec

Qui est-ce qui ronfle donc comme cela ?... Je suis seul... Ça doit être moi... Je me reconnais bien là !... J'ai le sommeil si tumultueux, que je me réveille moi-même !... Le fait est que j'avais besoin de ce petit moment de repos ! Parti hier soir de Caen... Puis-je me faire ce récit à moi-même ?... Oui... Ils dansent là... Ils jouent à la bouillotte !... Parti hier soir de Caen... C'est une habitude que j'ai de me raconter le lendemain mes faits et gestes de la veille... Parti hier soir de Caen, j'arrive ce matin à Paris... après une nuit passée en chemin de fer... Je descends rue de Tivoli... 24... chez mon neveu... qui, par parenthèse, est absent pour quarante-huit heures... J'étais encore à table ce soir... au dessert... je mangeais un pruneau... cru... quand tout à coup Bernardot, un vieil ami, arrive et me dit : « Veux-tu passer la soirée avec moi ?... » Je lui réponds : « Je veux bien ! » Bernardot me repartit : « Alors, mets ton habit noir et tes souliers vernis... je t'emmène au bal ! » Je fais observer à Bernardot que je ne suis pas venu à Paris pour aller au bal... Mais il insiste en me disant que je rencontrerai à ce bal un fonctionnaire du Ministère de la Justice... dont j'ai le plus grand besoin... pas de la justice... ni du ministère... mais du fonctionnaire... J'accepte, et nous voilà, à dix heures faisant notre entrée chez Madame Dumonteil... Une jeune veuve... que je ne connaissais pas... Étant veuf moi-même, j'aime assez les veuves ! Être vainqueur dans ce duel à mort qu'on appelle le mariage, je la prouve une certaine supériorité... Bernardot me présente, et nous nous mettons, au milieu de la foule, à la poursuite de mon fonctionnaire... Je reçois des coups de coude... J'en donne... Au bout d'un quart d'heure de ce libre échange, Bernardot me dît ! « En attendant ce fonctionnaire, je vais mettre à la bouillotte ! Toi, va faire la cour à la maîtresse de la maison ! » Je lui réponds : « Oui...» Et je n'y vais pas... pour deux raisons : la première, parce que je n'aime pas causer avec les femmes... Ça me rappelle la mienne... qui ne m'a que trop causé... d'ennuis ; la seconde, parce que j'avais passé la nuit en chemin de fer, que j'étais fatigué... Aussi, qu'ai-je fait ?... J'ai guigné... non, guetté... Bah ! Je suis seul... J'ai guigné un coin dans ce boudoir... et je m'y suis endormi pendant quelques minutes... Pourvu que mon fonctionnaire, qui n'était pas encore arrivé tout à l'heure, ne soit pas déjà reparti !... Il y a des fonctionnaires qui ne savent pas rester en place !... Remettons mes gants... Rajustons ma cravate...

Scène 3

Henriette, Caudebec

Apercevant Caudebec.

Henriette

Personne !... Il parait qu'ils n'ont pas attendu mes ordres, pour remonter chez eux !... Ils auront cru que je les avais oubliés !... Ah ! Quelqu'un ici ?...

Caudebec

Oh ! La maîtresse de céans !...

Henriette

Monsieur... Qui êtes-vous ?...

Galamment, prenant la lampe qu'elle tient à la main et la posant sur la table.

Caudebec

Caudebec... Isidore Caudebec... Mais permettez donc, Madame.... Présenté ce soir par Bernardot... Vous savez... Bernardot... qui a un grand nez...

Henriette

Oui, monsieur... Je me souviens.., Mais... que faites-vous dans ce boudoir ?...

Caudebec

J'étais venu respirer un moment... parce que la chaleur... mais je rentre dans le salon...

Henriette

Pourquoi faire ?

Caudebec

Mais pour danser, Madame... car je danse encore... je polke même...

Henriette

Danser... mais avec qui ?

Haut, galamment.

Caudebec

Je suis pris. Elle veut se faire inviter... Avec vous, Madame, si vous voulez me faire l'honneur...

Henriette

Mais, Monsieur... mon bal est fini...

Caudebec

Bah !... Déjà ?

Henriette

Il est quatre heures du matin.

Regardant sa montre.

Caudebec

Quatre heures !... C'est juste, quatre heures cinq... Je vais comme la Bourse.

Henriette

Mais qu'avez-vous fait toute la nuit ?... Où étiez-vous ?...

Il remonte en indiquant la fenêtre.

Caudebec

Je me suis... isolé... un moment... derrière cette tapisserie...

Henriette

Je devine... Vous avez dormi ?...

Caudebec

Oh ?...

Henriette

Allons ! Ne vous en défendez pas.

Caudebec

Probablement...

Henriette

Et, pendant ce temps, tout le monde est parti...

Caudebec

Comment ?... Bernardot... Le fonctionnaire ?...

Henriette

Il n'y a plus personne.

La saluant.

Il va prendre son chapeau derrière les rideaux de la fenêtre.

Caudebec

Alors, madame... Il ne me reste plus qu'à faire comme eux. Veuillez agréer...

Henriette

Ah ! Mon Dieu !... Mon appartement est fermé... Mes domestiques sont montés chez eux...

Caudebec

Nous allons les appeler.

Henriette

Et le concierge, auquel on a dit qu'il n'y avait plus personne.

Caudebec

Je frapperai à son carreau... Le cordon, s'il vous plaît !... Je le réveillerai...

Henriette

Y pensez-vous ?

Caudebec

Les concierges sont faits pour être réveillés... D'ailleurs, je lui donnerai vingt sous... Je connais les usages...

Henriette

Mais c'est impossible, monsieur !... Que dira-t-on en vous voyant sortir de chez moi... Quand tout le monde est parti depuis plus de trois heures ?...

Caudebec

Pardon... mais... Je pense que vous n'avez pas la prétention de me retenir ?...

Henriette

Oh ! Monsieur...

Caudebec

Alors, Madame, partons d'un principe ; pour sortir d'une maison, il n'y a que la porte.

Elle fait quelques pas en la montrant.

Henriette

Ou... ou la fenêtre...

Caudebec

Oui, quand on est au rez-de-chaussée ; mais quand on est au deuxième...

Henriette

Au premier... au-dessus de l'entresol...

Caudebec

Je disais bien... au deuxième.

Henriette

Monsieur... vous êtes un galant homme ?...

Caudebec

Moi ?... Oh ! Non, je suis marchand de laines.

Henriette

Vous ne voudriez pas rendre une femme victime d'une situation que vous-même avez créée...

Caudebec

Moi ?

Henriette

En vous endormant ?

Caudebec

C'est juste... j'ai eu tort.

Lui montrant la fenêtre.

Henriette

Vous ne pouvez donc pas me refuser... Essayez...

Caudebec

De descendre par la fenêtre ?... Permettez, madame... Il y a des propositions qu'on n'a pas le droit de faire à un marchand de laines... qui frise... la cinquantaine... qui l'a même passée...

Henriette

Monsieur... Il y va de mon honneur... C'est vous qui m'avez compromise...

Caudebec

Mon Dieu, Madame... Si vous n'aviez pas d'entresol... certainement... Je me dirais : Il n'y a que le premier... qui coûte...

Henriette

Je vous en prie !... La nuit est sombre... La rue déserte...

Ils se sont rapprochés de la fenêtre ; Henriette entr'ouvre le rideau et le laisse retomber vivement en voyant la croisée d'en face éclairée.

Caudebec

Êtes-vous macadamisée ?

Henriette

Ah !... Retirez-vous ! :

Caudebec

Hein ?... Quoi ?

Henriette

Il y a de la lumière en face.

Caudebec

On n'est pas encore couché.

Henriette

On me guette... On m'épie.

Caudebec

Qui cela ?

Henriette

Un monsieur... qui a juré de me perdre. Il ne faut pas qu'il vous voie !

Il va s'asseoir sur le canapé à gauche.

Caudebec

Alors, nous renonçons à la fenêtre ?... Tant mieux !

Henriette

Ah ! Nous sommes sauvés !

Caudebec

Vraiment ?

Henriette

Il est quatre heures et demie.

Caudebec

Trente-cinq... Je vais comme la Bourse.

Henriette

Restez ici jusqu'à demain.

Il se lève.

Caudebec

Jusqu'à demain ?

Henriette

Je veux dire jusqu'à ce que le jour paraisse. À sept heures, mes domestiques descendront... Le concierge ouvrira la porte de la rue... Vous pourrez sortir sans être remarqué.

Caudebec

Impossible, Madame !

AIR. de Mademoiselle Garcin.

Henriette

C'est un service, eh bien ! Je le réclame, Veuillez rester ici jusqu'à demain. N'hésitez pas !... L'avenir d'une femme Est tout entier remis en votre main. Restez, restez... quand je supplie et pleure, De votre oubli dois-je subir les coups ? Si vous passez le seuil de ma demeure. Vous emportez mon bonheur avec vous ; Oui, mon bonheur va partir avec vous. Oh ! Monsieur... au nom de mon bonheur !... car, s'il faut faut vous dire, je suis sur le point de me remarier... d'épouser une personne que j'aime... et... j'ai ma réputation à garder.

Caudebec

Moi aussi, Madame... j'ai ma réputation à garder.

Henriette

Oh ! La réputation d'un homme...

Caudebec

Il y a homme... et homme... Je suis très moral, moi... Tel que vous me voyez, Madame, je suis arrivé à cinquante-trois ans sans avoir passé une nuit hors de chez moi.

Henriette

Vraiment ?

Caudebec

Si je ne rentre pas, que pensera mon concierge ?

Henriette

Il pensera la vérité... que vous êtes allé au bal.

Caudebec

Vous croyez ?

Lui prenant doucement son chapeau.

Lui indiquant un fauteuil près de la cheminée.

Henriette

J'en suis sûre. Oh ! Ne me refusez pas ! Mettez-vous là... D'ailleurs, c'est votre faute, il ne fallait pas vous endormir dans mon boudoir.

Caudebec

Vous en parlez à votre aise... Si vous aviez passé toute une nuit en wagon, avec un voisin qui s'étalait dans tous les sens.

Henriette

Je vais rallumer le feu.

Caudebec

Ne vous donnez pas cette peine.

Henriette

Voici du bois.

Caudebec

Que je suis donc fâché d'être venu à votre bal.

Henriette

À sept heures vous serez libre.

Caudebec

Jusque-là, ça ne va pas être amusant.

Henriette

Deux heures seront bien vite passées.

Caudebec

Certainement, Madame. Il y a vingt-cinq ans, je n'aurais pas mis le fait en doute... j'aurais même trouvé que deux heures... mais aujourd'hui... à mon âge... je préférerais mon lit...

Henriette

Tenez, monsieur... mettez ce coussin-là... derrière vous.

Caudebec

C'est plus doux.

Henriette

Ce tabouret sous vos pieds...

S'installant dans son fauteuil.

Caudebec

Vous êtes trop bonne... C'est égal, je suis bien fâché d'être venu à votre bal !...

Henriette

Je le comprends... Je suis moi-même désolée...

Il ferme les yeux et se retourne dans son fauteuil.

Caudebec

Enfin... c'est un malheur...

Elle baisse les deux lampes de la cheminée.

Henriette

L'éclat des lumières vous fatigue peut-être ?... La !... C'est mieux, n'est-ce pas ?...

Caudebec

Oui... oui... c'est mieux.

Elle va près de la table et s'occupe de ses écrins. - Moment de silence.

Henriette

Y a-t-il longtemps que vous n'étiez venu à Paris ?

Caudebec

Oui.

Henriette

Aimez-vous notre ville ?

Caudebec

Non.

Henriette

Vous habitez la province, je crois ?...

Caudebec

Pardon, Madame... Est-ce que vous tenez beaucoup à causer ?

Henriette

Mais non, Monsieur... Je ne le fais que pour vous... Je cherche a vous distraire...

Caudebec

En ce cas, Madame, je vous demanderai de suspendre votre conversation... Je tombe de fatigue... et je ne serais pas fâché de dormir un peu...

Henriette

Volontiers, monsieur.

Caudebec

Vous-même, ne vous gênez pas... Rentrez chez vous... Couchez-vous...

Henriette

Oh ! Monsieur !...

Fermant les yeux.

Caudebec

Oh ! Ne craignez rien... enfermez-vous... Mettez le verrou... Bonsoir, Madame !

Le regardant.

Elle se place devant la glace qui est à gauche, et retire successivement de ses cheveux plusieurs épingles. Elle cherche à enlever, sa couronne, qui se trouve retenue.

Henriette

Bonsoir, Monsieur ! Au fait, ce que j'ai de mieux à faire, c'est de le laisser dormir !... Comment !... Elle tient encore !...

Il se retourne.

Caudebec

C'est agaçant !... Ce frou-frou continuel... Voulez-vous que je vous aide ?

Henriette

Ne vous dérangez pas... J'ôte ma coiffure... mais il y a tant d'épingles...

Il enlève la couronne.

Caudebec

Je sais bien... Il y a des femmes qui ont plus d'épingles que de cheveux... Je ne dis pas cela pour vous... bien entendu. Voilà.

Henriette

Je vous remercie...

Caudebec

Pendant que j'y suis, voulez-vous que je désagrafe votre robe ?...

Henriette

Oh ! monsieur...

Il dispose son coussin, et se remet dans son fauteuil.

Caudebec

Je vous propose cela... vous ne voulez pas, c'est fini...

Henriette

Adieu, monsieur... et bonne nuit.

Caudebec

Oh ! Bonne nuit... enfin !... Mettez le verrou.

Haut.

Henriette

Comme il me dit cela !,.. Je vous éveillerai à sept heures.

Caudebec

C'est peut-être moi qui vous éveillerai...

ENSEMBLE.

AIR. de Croquefer.

Henriette

Lui !...

Henriette

C'est étrange vraiment... Ah ! Quel pressentiment ! Non, je ne puis le taire, J'entrevois un mystère ! J'ai presque de l'effroi.... J'éprouve malgré moi Une certaine atteinte De terreur et de crainte. Jusqu'à demain ne disons rien, Partons ! Demain nous verrons bien !

Henriette entre à gauche.

Caudebec

Rentrez tranquillement Dans votre appartement; Qu'un sommeil salutaire Ferme votre paupière. De ma nuit j'ai l'emploi, Je m'en vais rester coi ; Près de la lampe éteinte Je dormirai sans crainte. Bonsoir, Madame, dormez bien, Et ne vous inquiétez de rien.

Scène 4

Caudebec

Se levant.

Il va à la porte de gauche.

Confidentiellement.

Il tire de sa poche un foulard, avec lequel il s'enveloppe la tête.

Regardant autour de lui.

Pendant cette dernière partie du monologue, il est retourné vers son fauteuil, s'y est commodément installé, et recommence à dormir. Après un court silence, il rouvre les yeux, et porte la main à son estomac.

Se levant.

Prenant une lampe sur la cheminée.

AIR. de l'Artiste.

Il sort par la porte du fond, en marchant sur la pointe des pieds. Au même instant, Henriette entr'ouvre doucement la porte de gauche, et entre en scène en le suivant des yeux.

Caudebec

J'ai vu là dans l'office Certain buffet garni, Je lui rendrai service, Il sera dégarni. J'ai vu mainte bouteille Qui semblait s'ennuyer ; Le Champagne sommeille, Je vais le réveiller. On appelle ça... aller dans le monde... Pourvu qu'elle ne vienne pas encore me troubler... Mettons nous-même le verrou... Bon... bien !... Il n'y en a pas de ce côté... Avec tout cela, je n'ai pas vu mon fonctionnaire... Et dire que je serai obligé de retourner en Normandie sans avoir réussi... Car voici ce qui m'amène à Paris... c'est entre nous... je ne l'ai dit qu'à Bernardot... Je suis en instance auprès du ministre pour obtenir l'autorisation de prendre le nom de Caudebec... Isidore Caudebec... Ce n'est pas que mon vrai nom soit ridicule... loin de là... À Saint-Petersbourg, il serait très bien porté... C'est un nom russe... qui vient de roubles... Il n'y a personne... Je me nomme Roublardin... Isidore Roublardin !... Ça sent son moscovite... Moi, du reste, ça m'était égal... voilà cinquante-trois ans que j'y réponds, et je ne m'en porté pas plus mal, Dieu merci... C'est à cause de mon neveu... Un garçon très fort... qui veut se lancer dans les grandes affaires... les affaires de finance... Il hésite à se faire appeler Roublardin... Je ne sais pas pourquoi... Je lui ai écrit : « Renonce à ton mariage, et je renoncerai à mon nom... » Car il voulait se marier... Mais je lui ai défendu de m'en parler... Une Parisienne dans ma famille ?... Jamais !... Ce n'est qu'en province qu'on peut espérer trouver une femme fidèle... et encore... depuis les chemins de fer... Il y a tant d'embranchements !... Tiens ! Qu'est-ce que je sens là... une crampe ?... Si j'allais être malade chez cette dame... obligé d'envoyer chercher un médecin... C'est alors qu'elle serait compromise... Ça ne va pas bien du tout... Ah ! Je sais ce que, c'est... j'ai faim !... Pendant que les autres papillonnaient autour du buffet, moi je dormais, voilà... Il me faudrait une forte application de pâté de foie gras... Allons voir si je ne pourrais pas nouer connaissance avec quelque fragment de dinde truffée... ou faire la cour à quelque aimable galantine...

Scène 5

Henriette

AIR. de la Hairie d'unefemme.

Caudebec rentre tenant la lampe et un plateau, sur lequel est un perdreau une bouteille de vin et un couvert.

Elle se tient à l'écart près de la cheminée.

Henriette

Quoi ! cet homme que je déteste, Il est là !... Je me sens trembler ! Faut-il fuir ?... faut-il que je reste ? Non, je ne veux pas reculer. Dans ce danger où je m'engage, Le calme seul me soutiendra, Et pour conserver l'avantage Il le faut... j'aurai du courage; C'est une lutte, et l'on verra Qui de nous deux l'emportera. Où va-t-il donc ?... Décidément, il y a dans tout ceci quelque chose d'extraordinaire... Ce monsieur qui feignait tout à l'heure un sommeil profond, qui insistait pour me renvoyer dans ma chambre... et qui, maintenant, se promène dans mon appartement... cette indifférence qu'il affectait en ôtant ma couronne, en me proposant de désagrafer ma robe, en parlant de ses cinquante-trois ans... tout cela n'est pas naturel... Serais-je tombée dans un piège ? Ce Monsieur de Mérinville... si c'était lui ! Je ne le connais pas... je l'ai à peine aperçu une fois à sa fenêtre... Il m'a paru plus jeune... mais qui me dit qu'il ne s'est pas déguisé pour se faire présenter chez moi ?... On ne s'endort pas dans un boudoir une nuit de bal... Le voilà !

Scène 6

Caudebec, Henriette

Caudebec

J'ai trouvé un perdreau qui ne demande qu'à causer.

Henriette

Il va souper.

Caudebec

Je ne suis pas fâché de prendre un peu de forces.

Henriette

Hein ?

Caudebec

Allons, bon !... J'ai dérangé ma perruque.

Elle passe au fond.

Henriette

Sa perruque !... Je m'en doutais.

Caudebec

Heureusement que la jeune veuve ne s'est aperçue de rien... Elle repose tranquillement.

Elle s'approche de la table et dispose le couvert.

Henriette

Que faire ?... Du sang-froid...

Caudebec

Vous, madame ? Vous ici ?... Je vous croyais endormie.

Henriette

Mais vous-même, Monsieur ?

Caudebec

Il est vrai qu'à cette heure-ci... Mais la faim... l'occasion... le perdreau... Je vais chercher un autre couvert...

Henriette

C'est inutile... je n'ai pas faim.

Caudebec

Ce perdreau ne vous dit rien ?... Moi, j'avoue qu'en le regardant, je me sens un appétit féroce.

Henriette

Un appétit de jeune homme.

Caudebec

Vous avez dit le mot... de jeune homme.

Henriette

Eh bien, monsieur, mettez-vous à table.

Lui montrant une chaise.

Caudebec

Avec plaisir. Mais avant, donnez-vous donc la peine...

Henriette

Je vous remercie... je vous verserai à boire.

Mangeant.

Caudebec

Très bien... Convenez qu'il est fâcheux que je n'aie pas vingt-cinq ans de moins ?

Henriette

Pourquoi donc, Monsieur ?

Il boit.

Caudebec

Parce que... un perdreau... du Champagne... un tête-à-tête avec une femme charmante...

Henriette

Nous y voilà !

Caudebec

Supposez un moment que je n'ai pas cinquante-trois ans.

Henriette

Vous avouez ?

Il boit encore.

Caudebec

Je n'avoue pas, je suppose... je ne fais que supposer, malheureusement...

Henriette

Oh ! Je le forcerai bien à se trahir.

Caudebec

Nous voilà donc tous deux à cinq heures du matin... vous, me versant à boire... sans défiance...

Haut.

Henriette

Oh ! Sans défiance !... Savez-vous, Monsieur, ce qui rend les femmes fortes ?

Caudebec

On dit que c'est le gymnase Triat...

Henriette

C'est leur apparence de faiblesse... on ne se méfie pas... on avance témérairement... et souvent on se laisse prendre...

Caudebec

Je ne comprends pas.

Henriette

Voulez-vous un exemple ?

Caudebec

Racontez... Je vous écoute en mangeant... ou plutôt non... Je mange en vous écoutant...

Henriette

C'est une histoire arrivée à une de mes amies.

Caudebec

Madame de Maintenon a dit qu'une histoire remplaçait un plat... La vôtre me servira d'entremets sucré.

Henriette

Mon amie était jeune.

Caudebec

Comme vous.

Henriette

Veuve...

Caudebec

Comme vous.

Henriette

Et, comme moi, sur le point de se remarier.

Caudebec

Les femmes ne deviennent veuves que pour cela.

Henriette

Un soir, elle était seule à la campagne... lorsqu'elle reçut la visite d'un monsieur... à la tournure respectable... de cinquante-deux à cinquante-trois ans...

Caudebec

Comme moi.

Henriette

Comme vous... Il se donnait pour un notaire... et, en effet, il lui parla de l'état de sa fortune, du placement de ses fonds... de propriétés... Que sais-je ?... Bref, l'heure avançait... la nuit était venue... et mon amie ne put mieux faire que d'offrir à dîner à ce monsieur... Les voilà donc à table...

Caudebec

Avec un notaire... elle a dû bien s'ennuyer !

Henriette

Mon amie était trop inquiète pour s'ennuyer.

Caudebec

Inquiète ! Pourquoi ?

Henriette

Parce que... à certains signes... à la légèreté de la démarche... à la vivacité des yeux, elle s'était aperçue que ce prétendu notaire était un jeune homme déguisé.

Il lance sa serviette sur la table et fait un mouvement comme pour se lever ; Henriette étend la main pour l'arrêter.

Caudebec

Bravo !... Je devine le dénouement !... Le vieillard ôta sa perruque et se jeta aux genoux de la dame.

Henriette

Non !

Il prend son verre.

Caudebec

Ah ! Quoi donc ?

Montrant le verre fïe Caudebifc.

Henriette

Il n'en eut pas le temps... Car, dans le vin qu'il avait bu, la dame avait versé du poison.

Caudebec

Empoisonné !...

Haut.

Avec sévérité.

Henriette

C'est lui !... Non, Monsieur, rassurez-vous ; mais... Croyez-vous que votre conduite soit celle, d'un galant homme ?

Caudebec

Mais, madame... J'ai vu ce perdreau... sur le buffet...

Henriette

Je vous ai refusé ma main... Est-ce ma faute si j'en aime un autre ?... Est-ce une raison surtout pour me perdre aux yeux du monde ?

Caudebec

Moi ?... Mais je vous jure...

Henriette

Ce déguisement est inutile... Vous ne vous appelez pas Monsieur Caudebec.

Haut, très troublé.

Caudebec

Comment ! Elle sait ?... Il est vrai, Madame... que ce nom...

Henriette

Ôtez cette perruque.

Caudebec

Hein ?

Henriette

Ne me parlez plus de vos cinquante-trois ans, Monsieur de Mérinville.

Caudebec

Qui ça, Mérinville ?... Moi ?

Henriette

Mais sans doute.

Caudebec

Il y a erreur, Madame... il y a erreur... J'ai bien cinquante-trois ans... Malheureusement... j'ai la patte d'oie... Malheureusement... et je porte perruque depuis dix ans... malheureusement.

Henriette

Mais alors... je me suis trompée.

Caudebec

Probablement.

AIR. Faut l'oublier.

Bis.

Gracieusement.

Henriette

Ah ! monsieur, je suis sans excuse ! Comment devrai-je réparer L'erreur où j'ai pu me livrer ? J'en suis encor toute confuse. On n'est pas maîtresse de soi, La peur m'avait saisie... en somme, Dans mon trouble, dans mon effroi, Je vous prenais pour un jeune homme. Pardonnez-moi ! Remettez-vous donc à table, je vous en prie.

Caudebec

Merci... je n'ai plus faim.

Henriette

Ne craignez rien, je ne suis pas une Lucrèce Borgia.

Caudebec

Je n'ai plus soif... Votre histoire de tout à l'heure...

Henriette

Oh ! Pure fantaisie.

Il s'assied sur le fauteuil près de la cheminée.

Caudebec

N'importe ! Arrivant par-dessus le perdreau... On m'a troublé... Je ne me sens pas à mon aise.

Henriette

Ah ! Mon Dieu ! Vous vous trouvez mal ?

Caudebec

De l'éther !... De la fleur d oranger !

Elle entre précipitamment dans sa chambre.

Henriette

Mon flacon de sel !... Attendez... je reviens...

Scène 7

Caudebec, La Voix

Se levant.

Il ouvre la fenêtre.

La fenêtre de l'appartement en face s'ouvre violemment.

Caudebec

J'en ferai une maladie... bien sûr. Et on appelle ça aller dans le monde !... Je crois que le grand air me fera du bien ; on ne respire pas ici... Le jour ne parait pas encore !... Monsieur !...

À demi-voix.

Caudebec

Oh !... Le monsieur d'en face ! Il n'est pas encore couché !

La Voix

Vous me rendrez raison de votre conduite !

Caudebec

Allons, bon ! Il me provoque.

La Voix

Vous avez beau vous cacher. Je vous connais, monsieur Roublardin.

Caudebec

Mon nom !... Il sait mon nom !

La Voix

Je serai chez vous à dix heures du matin, rue de Tivoli, 24.

Se précipitant vers la fenêtre.

Caudebec

Mon adresse !... Mais, monsieur...

La fenêtre d'en face se ferme.

La Voix

Bonsoir !

Caudebec

Permettez...

Scène 8

Henriette, Caudebec, La Voix

Henriette

Me voilà !... Que vois-je ?... Cette fenêtre ouverte...

Caudebec

Excusez-moi, je manquais d'oxygène...

Henriette

Et Monsieur de Mérinville vous a vu ?...

Caudebec

Il m'a même défié.

Henriette

Un duel !

Caudebec

C'est singulier... Ce monsieur me connaît.,.

Henriette

Vous ?...

Caudebec

Il sait mon adresse, 24, rue de Tivoli...

Henriette

Comment ?... Vous demeurez...

Caudebec

24, rue de Tivoli, chez mon neveu, Gaston Roublardin, de Caudebec...

AIR. Ducroquet (dans Un Mari à la porte, d'OFFENBACH).

ENSEMBLE.

Henriette

Mais c'est charmant ! Plus de danger ! Démon coeur la frayeur s'efface; Le bonheur va prendre sa place, Et maintenant tout va changer. L'oncle de Gaston !...

Henriette

Mais c'est charmant ! plus de danger ! De mon coeur la frayeur s'efface ; Le bonheur va prendre sa place, Et maintenant tout va changer.

Caudebec

Mais c'est affreux ! Pour m'égorger, À me défie et me menace ; Dans mon coeur tout mon sang glace, Comment conjurer le danger ?

Henriette

Le pauvre homme bat la campagne ! Il tremble fort, et moi je ris...

Caudebec

Et voilà donc ce que l'on gagne, À courir le monde à Paris !

Henriette

Quand à la frayeur il succombe, Cachons-lui bien notre dessein.

REPRISE ENSEMBLE.

Caudebec

Tout joyeux j'arrive et je tombe Entre les mains d'un spadassin !

Caudebec

Où m'a-t-il vu ?... Où m'a-t-il connu ?... Voilà vingt-trois ans que je ne suis venu à Paris.

Haut.

Henriette

Il l'a pris pour son neveu... C'est bien simple... ce monsieur était sans doute ce soir ici, dans la foule... Il vous aura entendu nommer... et il vous a provoqué...

Caudebec

Oh ! Ne craignez rien, je me connais ; je ne me battrai pas ; je ferai des excuses...

Jouant le désespoir.

Henriette

Des excuses !... Mais demain, monsieur, je n'en serai pas moins la fable de tout Paris... mon mariage sera rompu... Et c'est vous... Vous aviez bien besoin d'ouvrir cette fenêtre...

Caudebec

Ce n'est pas ma faute... c'est l'oxygène ; je manquais d'oxygène... et d'azote.

Henriette

Que voulez-vous que je devienne !...

Caudebec

Elle pleure...

Henriette

Quand l'avenir se présentait à moi souriant et beau... Ah ! Je suis perdue, je n'ai plus qu'à mourir...

Caudebec

Permettez, Madame.

Henriette

Oh ! Je sais bien ce que vous allez faire. Vous allez me proposer de m'épouser...

Se reprenant.

Caudebec

Moi ?.. Oh ! Jamais, Madame... J'ai fait veuf de rester voeu. Non... J'ai fait voeu de rester veuf...

Henriette

Cependant, Monsieur, si je l'exigeais ?...

Caudebec

C'est impossible, Madame... Je vous rendrais malheureuse. J'ai des moments où je suis insupportable.

Henriette

Mais alors vous avez un fils ?

Caudebec

Le ciel m'a refusé cette douceur... jusqu'ici ; et comme je suis veuf, je ne pense pas.

Henriette

Vous avez peut-être un frère... un neveu ?...

Caudebec

Un neveu... Oui, j'ai un neveu.

Henriette

C'est à lui de réparer le tort que vous avez fait à mon honneur...

Caudebec

Au fait, il veut se marier...

Henriette

Ah ! Vraiment ?...

Caudebec

Et moi je m'y oppose... Le vrai moyen qu'il n'épouse pas sa Parisienne, c'est de l'obliger à vous épouser... C'est une bonne plaisanterie à lui faire...

Henriette

Une plaisanterie...

Caudebec

Non, non... je veux dire... une bonne farce... Il vous épousera.

Haut.

Henriette

Il y vient... Mais s'il refuse ?...

Caudebec

S'il refuse... je le déshérite. D'ailleurs, pourquoi refuserait il ?... Il est très bien... un cavalier fort élégant... Vous, de votre côté, vous êtes jeune...

Henriette

Vingt ans...

Caudebec

Vous n'êtes pas mal... Riche... Car vous devez être riche ?...

Henriette

Quarante mille livres de rente...

À lui-même.

Haut.

À lui-même.

Haut.

Caudebec

Quarante mille !... Charmante... car vous êtes charmante !... Quarante mille livres !... Mais voyons donc ; au fait, je ne vois pas pourquoi, puisque c'est moi qui vous ai compromise... Quarante mille !... J'irais forcer ce pauvre garçon à vous épouser...

Henriette

Hein ?...

Caudebec

Quand je suis là... Car je suis là...

Henriette

Vous !...

AIR. Connaissez-vous le grand Eugène.

Caudebec

Quand malgré vous je me suis fait votre hôte, Combien je dois le déplorer ! Mais puisque j'ai commis la faute, C'est à moi de la réparer, Je suis prêt à tout réparer. Plus de regrets, de plaintes importunes, Rapprochons-nous tous les deux de bon coeur ; Unissons-nous : avec nos deux fortunes, Nous en ferons peut-être du bonheur.

Henriette

Mais, Monsieur, permettez...

Marmottant.

Caudebec

Pas un mot de plus !... Je vous épouse... Quarante mille...

Henriette

Hein ?...

Caudebec

Quarante-mille fois... plutôt qu'une...

Henriette

Mais je refuse... Votre neveu, passe encore...

Caudebec

Mon neveu... mon neveu. Je vous ai trompée... il est laid, il est affreux !...

Henriette

Mais ça n'est pas vrai...

Caudebec

Il a trois ans de plus que moi...

Henriette

Oh !...

Caudebec

Eh bien... voyons... est-ce convenu ?... Acceptez-vous ?...

Henriette

Jamais.

Caudebec

Alors, Madame, vous allez me mettre dans la nécessité de vous y contraindre.

Henriette

Comment ?...

Caudebec

En achevant de vous compromettre...

Henriette

Mais vous avez dit que vous me rendriez malheureuse...

Avec passion.

Caudebec

Ce ne pourrait être qu'à force d'amour... Car je vous aime...je vous adore !... Et si vous me refusez, j'ouvre les portes, les fenêtres, j'appelle, je carillonne, je me bats en duel !...

Henriette

Mais c'est affreux !...

Il fait un pas.

Caudebec

Quand la passion m'emporte, je suis capable de tout... même d'ouvrir une fenêtre...

Henriette

N'ouvrez pas !...

Caudebec

Vous consentez ?...

Elle se laisse tomber sur le fauteuil, près de la cheminée.

Henriette

Je consens...

Caudebec

Merci... merci !... Ah ! Un détail qui vous fera plaisir... Je vous ai dit que j'avais cinquante trois ans... je n'en ai que cinquante-deux et huit mois.

Henriette

Qu'importe !... Seulement, Monsieur, au point où nous en sommes, permettez-moi de vous charger d'une mission délicate...

Avec feu.

Caudebec

Tout ce que vous voudrez Madame... Tout... tout !...

Elle se lève.

Henriette

Vous trouverez là, dans ce coffret, des lettres et un portrait... que j'avais cru pouvoir accepter... Veuillez vous charger, Monsieur, de les remettre à la personne de qui je les ai reçus...

Caudebec

Permettez... Mais...

Henriette

Puisque vous allez être mon mari...

Il ouvre une lettre.

Caudebec

C'est juste...

Henriette

Oh ! Ne lisez pas, Monsieur.

Caudebec

Puisque vous allez être ma femme.

Henriette

C'est juste.

Caudebec

Oh ! oh ! C'est vif... C'est très vif...

Henriette

Dame ! Un fiancé !...

Caudebec

C'est singulier ; je connais cette écriture.,. Et son nom... son adresse ?...

Henriette

Vous les trouverez dans l'écrin.

Le reconnaissant.

Caudebec

Son portrait !... Gaston, mon neveu !..

Henriette

Oui, mon oncle, votre neveu... qui, je le crains bien, se laissera déshériter plutôt que de vous abandonner ses droits sur mon coeur.

À part.

Haut.

Caudebec

Permettez... Quarante-mille livres !.. Votre honneur l'exige... je vous ai compromise...

Henriette

Oh ! Un oncle de cinquante-trois ans !...

Caudebec

Cinquante-deux.

Henriette

Et huit mois.

Caudebec

N'importe ! Il y a des hommes de cinquante deux ans et huit mois.

Désignant la porte du fond.

Henriette

En quoi d'ailleurs m'avez-vous compromise ?... N'est-il pas tout naturel qu'un oncle qui arrive à Paris descende chez sa nièce ?... Mon oncle... Votre chambre est là...

Caudebec

Ah ! Vous avez une chambre ?

Henriette

Qui vous attend...

Henriette

Et vous ne me le dites pas ! Et vous me laissez dans ce fauteuil !...

Henriette

Je ne savais pas que vous étiez mon oncle... Demain, j'envoie chercher votre malle... et je vous installe chez moi.

Caudebec

Au fait, le monde n'aura rien à dire.

Elle désigne la fenêtre d'en face.

Henriette

Et le voisin non plus.

Il va ouvrir la fenêtre du fond.

Caudebec

Le voisin non plus ?... Tiens... Une idée !... Venez, ma nièce, venez...

Henriette

Qu'allez-vous faire ?

Appelant.

Caudebec

Vous allez voir... Monsieur !... Pardon... Je vous dérange ?

La Voix

Quoi ?... Que voulez-vous ?

Il l'embrasse.

Caudebec

J'ai l'honneur de vous faire part du mariage de Madame Henriette Dumonteil, que j'embrasse... sur le front... Avec Monsieur Gaston Roublardin de Caudêbec, mon neveu.

La Voix

Ah !

Caudebec

Et de vous prier de ne pas assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera prochainement donnée...

La Voix

Ah !

Véfour : restaurant situé au nord du Palais Royal à Paris.

Caudebec

Ni au dîner, qui aura lieu chez Véfour.

On referme la fenêtre d'en face avec humeur.

La Voix

C'est bon...

Henriette

Il est furieux.

Caudebec

Voilà noire invitation faite... Et maintenant, ma nièce...

Elle lui indique une porte dans la chambre du fond.

Henriette

Maintenant, mon oncle, tenez... votre chambre est là. Bonsoir, mon Oncle... Je vous ferai réveiller demain à midi.

Caudebec

Midi ?... J'aimerais mieux deux heures.

Henriette

Deux heures... soit... Bonsoir.

Il l'embrasse sur le front ; puis ils se dirigent, Henriette vers la porte de gauche, Caudebec vers la porte de droite.

Caudebec

Bonsoir...

Henriette

À demain !

Henriette entre dans sa chambre ; Caudêbec s'avança vers le public, sa lampe à la main, regarde s'il est seul, et dit :

Puis il se ravise, et dit :

Il se dirige vers sa chambre, sa lampe à la main.

Il se rapproche de la rampe.

Caudebec

Deux heures !... Je fais une réflexion... Non, je vais me coucher... Eh bien, si...

Henriette

Qu'est-ce qu'il y a ?

AIR D'HERVÉ. On demande une lectrice.

Caudebec

Eh quoi ! Vous n'êtes pas partie ?

Henriette

Je viens vous tenir compagnie.

Caudebec

Mais je voudrais rester ici.

Henriette

Mais j'y voudrais rester aussi ; Cela, Monsieur, vous contrarie ?

Caudebec

Non... mais permettez, je vous prie.

Henriette

Que vous faut-il encor ?

Désignant le public.

Caudebec

Tenter un faible effort : Avant de m'en aller, Je désire parler...

ENSEMBLE, au public.

Henriette

Eh bien ! Mon oncle, allons, Mais ensemble parlons...

Henriette

Quel bonheur pour nous, Plaisir bien doux, Messieurs, si cet ouvrage À votre suffrage ! Auteurs et nous, Comptons ici sur vous.

Caudebec

Quel bonheur pour nous, Plaisir bien doux, Messieurs, si cet ouvrage À votre suffrage ! Auteurs et nous, Comptons ici sur vous

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.