Ballet · 1697 · 6 actes

Aricie

de Jean Pic

Représentation
≈ 37 min
Distribution
2 femmes, 7 hommes
Répliques
190
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Aricie F 29 ≈ 7 min 6
Fernand H 36 ≈ 7 min 7
Élise H 29 ≈ 6 min 7
Alcipe H 20 ≈ 4 min 4
Arcas H 15 ≈ 2 min 2
Choeur N 8 ≈ 1 min 4
Aristandre H 5 ≈ 1 min 3
Apollon N 3 ≈ 1 min 2
Marsias H 4 ≈ 1 min 3
Première Princesse N 4 ≈ 1 min 1
Une Bergère N 3 ≈ 1 min 2
Florinde H 6 ≈ 1 min 1
Seconde Princesse N 3 ≈ 1 min 1
Amant N 3 ≈ 1 min 1
Melpomène F 3 ≈ 1 min 2
Toutes Deux N 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle ProloguePremière EntréeDeuxième EntréeTroisième EntréeQuatrième EntréeCinquième Entrée
Aricie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Fernand absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Élise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Alcipe absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arcas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Aristandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Apollon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Scène 1

Marsias

Pendant que Marsias achève de chanter, Euterpe qui préside à la Musique Pastorale, Melpomène qui a inventé la Musique Tragique, et Polymnie qui préside aux Arts, l'écoutent avec indignation.

Marsias

Les bois et les rochers s'animent par mes chants, À mes accords doux et touchants Tout doit céder, tout doit se rendre ; Taisez-vous, importuns oiseaux, Écoutez-moi, si vous voulez apprendre, Des sons plus savants et plus beaux. La plus fière beauté ne saurait se défendre, Dès que ma voix se fait entendre, De se soumettre à l'amoureuse loi. Le jaloux Apollon voudrait en vain prétendre, De l'emporter sur moi.

Scène 2

Trois Muses, Marsias, Polymnie, Melpomène, Euterpe, Toutes Trois

Trois Muses

Ton audace sera punie, Tes chants seront changés, en des cris furieux, Oses-tu jusques dans ces lieux, Braver le Dieu de l'harmonie ?

Marsias

Est-ce le Dieu jaloux dont vous suivez, les lois Qui vous fait mépriser les charmes de mes voix ? Qu'il jouisse de son partage Sa lumière féconde éclaire l'Univers, Je dois sur lui remporter l'avantage, Par la douceur de mes concerts.

Polymnie

Les Arts lui doivent leur naissance Ses bienfaits ont rendu tous les mortels heureux, Une juste reconnaissance Lui fait offrir partout de l'encens et des voeux.

Melpomène

Crains le triste succès d'un orgueil téméraire, Tremble, Satyre ambitieux.

On entend ici un prélude qui annonce l'arrivée d'Appollon.

Euterpe

Crains un Dieu qui dans sa colère Peut embraser et la Terre et les Cieux.

Melpomène

Quel son harmonieux vient de se faire entendre ?

Let trois Muses entrecoupent le prélude en chantant les quatre Vers suivans, pendant qu'Appollon descend.

Toutes Trois

C'est Apollon qui va descendre. Tremble, Satyre ambitieux, Crains le triste succès d'un orgueil téméraire, Crains un Dieu qui dans sa colère, Peut embraser et la Terre et les Cieux.

Scène 3

Apollon

dans son Char

Apollon

Les Dieux font à regret ressentir leur puissance Quand elle doit servir leur courroux irrité, Mais ton crime a trop éclaté Et je dois punir une offense Qui de mon rang blesse la majesté ; Prenez,soin, Dieu des Bois, d'une juste vengeance, Rendez sa peine égale à mon ressentiment ; Et punissez son insolence Par le plus honteux châtiment.

Scène 4

Marsias, Muses

Marsias

Ciel ! Quelle injustice ! Ah ! Quelle cruauté !

Muses

Va malheureux, cours au supplice, Que ton orgueil a mérité.

Marsias

Ô Ciel ! Quelle injustice ! Ah ! Quelle cruauté !

Scène 5

Apollon, Choeur

Apollon

Muses chantez, dans ses retraites Les exploits glorieux du Héros que je sers, Inventez de nouvelles fêtes, Préparez, de charmants concerts, Célébrez par vos chants les nouvelles conquêtes, Du plus grand Roi de l'Univers.

Choeur

Inventons de nouvelles fêtes, Préparons de charmants concerts, Célébrons par nos chants les nouvelles conquêtes, Du plus grand Roi de l'Univers.

Apollon s'envole.

Apollon

Partout où je répands ma lumière féconde On entend retentir le bruit de ses exploits, Tous les Peuples du monde Seraient charmés, de vivre sous ses lois, Si leur destin dépendait de leur choix. Tandis que je suivrai ma brillante carrière, Muses, ne songez qu'à lui plaire.

Scène 6

Melpomène, Une Bergère, Un Berger, Choeur

Melpomène

À l'ombre de ces bois, sur ce bord enchanté Jouissez d'une paix profonde, Un héros que l'on craint sur la terre et sur l'onde, Veille pour votre sûreté.

Une Bergère

Dans ce charmant séjour Les plaisirs de l'amour Sont pour les coeurs fidèles, Nos flammes y sont mutuelles, Nous aimons sans détour ; Nous fuyons les ardeurs nouvelles, , Dans ce charmant séjour Les plaisirs de l'amour Sont pour les coeurs fidèles.

Un Berger

Un coeur volage N'a pour partage Que des rigueurs, Un amant tendre Peut seul prétendre À nos douceurs ; Quand il languit, quand il soupire Un doux espoir doit flatter ses désirs, Il voit bientôt succéder les plaisirs, À son martyre.

Choeur

Inventons de nouvelles fêtes, Préparons de charmants concerts, Célébrons par nos chants les nouvelles conquêtes, Du plus grand Roi de l'Univers.

Première Entrée

Scène 1

Alcipe, Fernand

Alcipe

Seigneur, il faut bannir une indigne tendresse, Le grand coeur de Fernand doit être sans faiblesse, Sur ces bords inconnus au reste des humains Vous aimez sans espoir, et vos soupirs sont vains.

Fernand

Hélas est-il aisé quand l'amour est extrême, De renoncer à ce qu'on aime !

Alcipe

Votre gloire est connue en cent divers climats....

Fernand

Dans un honteux repos ma gloire est obscurcie, Je ne le vois que trop, hélas ! Mais je ne puis quitter les funestes appas, Qui tiennent mon âme asservie. D'un sort digne d'envie Je goûtais la douceur Rien ne manquait à mon bonheur, J'aimais, j'étais aimé de la belle Aricie.

Alcipe

La fin d'un tendre engagement N'est pas l'ouvrage d'un moment. La beauté qui vous a soumis à son empire, Brûle toujours des mêmes feux ; Non pour avoir brisé ses noeuds Un seul jour n'a pu lui suffire. Cette Princesse en ce jour Assemble ici sa Cour, On lui donne en ces lieux une fête champêtre, Seigneur y devez-vous paraître !

Fernand

Je cherche le silence, et l'horreur des forêts, Va, laisse-moi rêver en paix.

Scène 2

Première Princesse, Toutes Deux, Seconde Princesse, Fernand

Première Princesse

Allons nous mêler à la fête, Que l'on apprête, Allons danser au son des chalumeaux, L'amour sous ces ormeaux Nous promet plus d'une conquête.

Toutes Deux

Allons nous mêler à la fête, Que l'on apprête.

à Fernand

Seconde Princesse

Seigneur quel noir chagrin dans ces lieux vous arrête, Quel soin vous fait rêver au murmure des eaux ?

Toutes Deux

Allons nous mêler à la fête, Allons danser au son des chalumeaux.

Fernand

Laissez-moi dans ma rêverie, Laissez-moi m'occuper des soins de mon amour, Je perds sans espoir de retour Le seul bien qui pouvait m'attacher à la vie. L'inhumaine Aricie Malgré mon tendre amour me bannit pour jamais ; Laissez-moi dans ma rêverie, Laissez-moi m'occuper de mes tristes regrets.

Première Princesse

Pour se venger d'une infidèle, Il faut savoir changer comme elle, Votre maîtresse a des appas ; Mais on en peut trouver qui ne lui cèdent pas.

Seconde Princesse

Une volage Que rien n'engage, Peut-elle vous avoir asservi sous sa loi ? De ses trompeurs appas il fallait vous défendre, À quoi ne doit-on pas s'attendre, Quand on s'engage sur la foi D'une volage Que rien n'engage ?

Fernand

À la jeunesse, à la beauté, Quel coeur peut faire résistance ? Il n'est point de pouvoir plus fort, plus redouté, Que le pouvoir de la beauté, Lorsque avec la jeunesse elle est d'intelligence.

Première Princesse

Peut-on se faire un embarras, De perdre un coeur volage ? Vengez-vous, si vous êtes sage, Votre maîtresse a des appas, Mais on en peut trouver qui ne lui cèdent pas.

Fernand

C'est sur mon destin déplorable Que j'ai les yeux ouverts, Je ne vois rien d'aimable, Que le bien que je perds.

Seconde Princesse

Pouvez-vous faire cet outrage À qui veut dissiper votre fatale erreur ? Soupirez, gémissez dans un triste esclavage, Je me ris de votre langueur.

Première Princesse

On ne fait guère de conquête Avec cet air chagrin, Il faut l'abandonner à son fatal destin, Allons nous mêler à la fête, Que l'on apprête.

Toutes Deux

Allons nous mêler à la fête, Que l'on apprête.

Scène 3

Fernand

Fernand

Que mon sort est à plaindre ? Accable de rigueurs, haï, désespéré De mille noirs chagrins en secret dévoré, Il faut sans cesse me contraindre, Que mon sort est à plaindre ! Pourquoi tant murmurer ? Recourons au trépas ; Eh ! Qu'ai-je affaire de la vie Sans l'aimable Aricie, Sans ses charmants appas. Cachons-nous elle rêve en cette solitude, Vous que déjà mes pleurs ont touchés, tant de fois, Témoins de mon inquiétude, Qui suivez mes ennuis, et mes pas dans ces bois, Joignez, pour l'attendrir vos concerts à ma voix.

Scène 4

Aricie

Aricie

Auteur des peines que j'endure, Amour sors de mon coeur, venge-moi de l'injure Que fait l'ingrat que j'aime à mes faibles appas, Anime mon dépit, allume ma colère, Contre une âme légère, Qui doit m'aimer et qui ne m'aime pas. On me donne en ces lieux une fête nouvelle, Pour un autre que lui je feins de m'enflammer, Mais mon amour sans cesse me rappelle Du côté d'un ingrat qui cesse de m'aimer, En ces lieux écartez, qui l'engage à me suivre ?

Scène 5

Fernand, Choeur, Aricie

Fernand

Vous voyez un amant qui va cesser de vivre, Vous avez prononcé l'arrêt de mon trépas ; Mais c'est peu des malheurs où mon destin me livre, Pour rendre hommage à vos appas. Votre coeur peut-il suivre une chaîne nouvelle, Quand j'adore toujours le pouvoir de vos yeux ? Songez au prix d'un coeur fidèle, Rien n'est si rare sous les Cieux.

Fernand

Amants qu'amour unit de ses noeuds les plus doux, Évitez les soupçons jaloux, Fuyez, les plaintes vaines, Gardez-vous de briser vos chaînes, Gardez-vous, gardez-vous, D'écouter un fatal courroux.

Choeur

Évitons les soupçons jaloux, Fuyons les plaintes vaines, Gardons-nous de briser nos chaînes, Gardons-nous, gardons-nous D'écouter un fatal courroux.

Fernand

Il faut aimer dans la jeunesse, Il faut quitter les vains détours ; Nos coeurs sont faits pour la tendresse, Et les plaisirs pour nos beaux jours.

Aricie

Malgré les conseils qu'on me donne, Je suivrai le penchant où mon coeur s'abandonne, Si vous voulez me changer en ce jour, Il faut encor pour vous intéresser l'Amour.

Deuxième Entrée

Scène 1

Élise

Élise

Ruisseau, d'où vient votre murmure, Heureux ruisseau, votre sort est trop doux, Vous ne connaissez point d'autre loi parmi vous, Que le penchant de la nature ? Rien ne s'oppose à votre cours, Vous le suivez sans vous contraindre Hélas ! S'il en était ainsi de mes amours, On ne m'entendrait jamais plaindre. Amour vois quelle est ta rigueur, J'aime un indifférent qui méprise ma flamme, Arcas brûle pour moi d'une sincère ardeur,

Scène 2

Arcas, Élise

Arcas

Te verrai je toujours insensible à mes feux ? Ne veux-tu point finir ma peine

Élise

Je n'aurais point brisé mes noeuds, Si tu n'avais brisé ta chaîne.

Arcas

Pour rallumer tes feux, je feignis de changer, Tu ne me voyais plus qu'avec indifférence, Tu te lassais de ma constance, Et ton coeur s'allait dégager, Je cessai de te ménager, Mais ce ne fut qu'en apparence, Afin de te mieux engager.

Élise

Je ne prétends point te contraindre, Tu peux ailleurs feindre de t'enflammer, Peut être à force de le feindre À la fin tu pourras aimer.

Arcas

Mon ardeur a pour toi toujours été constante, Il faut me pardonner cette ruse innocente.

Élise

Il ne faut plus songer à tes liens rompus, Quand on a pu me faire cet outrage Mon coeur pour jamais se dégage, Et l'on n'y revient plus.

Arcas

Veux-tu m'ôter toute espérance ? Quoi : sans avoir égard à ma persévérance Cet injuste dessein serait-il résolu ?

Élise

Pourquoi l'as-tu voulu ?

Arcas

Tu quittes pour jamais une chaîne si belle, Ton âme devient infidèle ; Quoi, c'est un arrêt absolu ?

Élise

Pourquoi l'as-tu voulu ?

Arcas

Deviens sensible à mon martyre, Je suis plus que jamais Soumis à ton empire, je suis plus que jamais, Sensible à tes attraits. Pour toi nuit et jour je soupire, Vois tous les maux que tu me fais, Cruelle veux-tu que j'expire, Ah ! Rends-moi ma première paix, Sur l'amour que je te promets, Ton coeur n'aura rien à me dire.

Élise

Non je ne veux jamais aimer, Je crains un coeur volage, En vain l'amour veut m'enflammer, Je fuis son esclavage, J'aimerais si j'étais moins sage, Sans craindre le danger ; Mais hélas ! Quel amant s'engage Pour ne jamais changer ?

Scène 3

Arcas, Alcipe, Tous Deux

Arcas

Écoute un mot Alcipe, arrête ?

Alcipe

Que prétends-tu de moi ?

Arcas

Je veux m'éclaircir avec toi Sur un doute qui m'inquiète ; L'amour me tient sous son pouvoir, je crois que tu n'es pas à t'en apercevoir

Alcipe

Je ne m'aperçois guère De tout ce que tu fais, Si l'amour en courroux t'accable de ses traits, Si tu ne peux toucher l'objet qui t'a su plaire, C'est ton affaire, Je m'aperçois guère de tout ce que tu fais.

Arcas

Tu vois la beauté qui m'engage, Si tu ne l'aimes pas, pourquoi me faire ombrage ?

Alcipe

Qui t'a dit que pour moi ses yeux sont sans appas ?

Arcas

Quoi ! Tu brûles pour elle, et tu me l'ose dire ?

Alcipe

Ton chagrin me fait rire. Quelle raison pourrais-je avoir De cacher à tes yeux une flamme si belle ? D'une ardeur sincère et fidèle Elle flatte mon espoir.

Arcas

Non, elle m'a promis une flamme éternelle, Ce doux espoir à moi seul est permis.

Alcipe

Non, elle ne tient pas ce qu'elle t'a promis. Tu te flattes d'un avantage Que sur toi j'ai su remporter ; Je suis assez content de la rendre volage, Et je veux bien te laisser pour partage La douceur de te flatter.

Tous Deux

Tu crois obtenir la victoire, Mais tu n'en as pas la gloire ; Prétends-tu m'enlever son coeur ? Tu n'es pas un rival qui doive faire peur.

Scène 4

Alcipe

Alcipe

Je suis peu touché de la gloire Qu'on peut obtenir en aimant , Mais je prends plaisir au tourment D'un amant qui s'en fait accroire. Élise aurait encor mille fois plus d'appas, Que mon coeur ne les craindrait pas. En ces lieux déjà l'on s'avance, C'est la fête qui commence.

Scène 5

Une Bergère, Choeur, Une Princesse Coquette

Une Bergère

Accordez, vos musettes Avec vos chalumeaux, Que le bruit de vos chansonnettes, Réponde au concert des oiseaux.

Choeur

L'amour dans ces retraites, Enchaîne tous les coeurs, Chantons, célébrons les conquêtes Du vainqueur des vainqueurs.

Une Princesse Coquette

Dans l'amoureux Empire Souvent on languit on soupire, Mais sans amour la vie est sans appas, On n'a rien à se dire, Quand on n'aime pas.

Une Bergère

C'est dans nos bois que l'amour a des charmes, C'est dans nos bois que son empire est doux, Préparons-nous. À ses douces alarmes Rendons lui les armes , Cédons à ses coups.

Une Princesse Coquette

Amants ne quittez point vos chaînes, Si l'amour a des peines, Il rend contents les coeurs qu'il fait souffrir, Ce Dieu charmant dans vos maux s'intéresse, Il ne vous blesse Que pour vous guérir.

Choeur

L'amour dans ses retraites, Enchaîne tous les coeurs ; Chantons, célébrons les conquêtes, Du vainqueur des vainqueurs.

Troisième Entrée

Scène 1

Fernand, Alcipe

Fernand

Arrêtons nous dans ce bocage, Mille amants empressés, Viennent rendre hommage À l'Amour qui les a blessés ; Et j'y pourrai trouver l'ingrate qui m'engage.

Alcipe

Languirez-vous toujours dans un triste esclavage.

Fernand

L'Amour nous fait brûler des plus vives ardeurs, Nous cédons quand il veut aux lois qu'il nous impose ; C'est l'amour qui dispose De la liberté des coeurs.

Scène 2

Élise

Élise

Chantez petits oiseaux, vous n'avez rien à craindre. La peur de n'être pas aimés, Ne vous engage point à feindre ; Et vous suivez sans vous contraindre Les doux transports de vos coeurs enflammés, Chantez, petits oiseaux, vous n'avez rien a craindre. Que vois-je, ô Ciel ! C'est l'objet qui m'enflamme.

Scène 3

Élise, Alcipe

Élise

L'Indifférent Alcipe aime enfin à son tour, L'amour le fait rêver dans ce sombre séjour.

Alcipe

L' Amour n'a point encor blessé mon âme, Pour me garantir de ses traits, J'ai toujours avec soin respecté sa puissance, Et grâce à mon indifférence, Je goûte un assez, douce paix.

Élise

Il est doux quelquefois de lui rendre les armes, L'intérêt de nos coeurs nous force a lui céder, L'amour seul peut nous accorder Des plaisirs pleins de charmes.

Alcipe

L'Amour me fait trembler, la douceur de ses chaînes Me saurait tenter mes désirs, Et pour être exempt de ses peines, Je le quitte de ses plaisirs.

Élise

Tout nous parle d'amour dans ce charmant bocage, Écoutez les oiseaux sous ces feuillages verts, Ils expriment dans leurs concerts La douceur de leur esclavage.

Alcipe

Je n'entends rien a leur langage, Si l'Amour avait des douceurs, Qui pourrait engager tant de coeurs à le craindre ? Tout l'Univers se plaint de ses rigueurs, Et je n'aime point à me plaindre.

Élise

Il faut aimer pour être heureux, Il n'est plus temps d'être amoureux, Quand a passé le bel âge ; Que sert d'avoir un coeur, si l'amour ne l'engage ? Et que peut-il aimer, s'il ne ressent ses feux ?

Alcipe

J'aime à voir en paix du rivage Des malheureux amants le funeste naufrage, J'aime à leur voir former des voeux, Pour des maîtresses infidèles , Et s'applaudir souvent des faveurs de leurs belles, Lorsqu'un rival caché les partage avec eux.

Élise

L'Amour vous forcera tôt ou tard à vous rendre.

Alcipe

Je saurai toujours m'en défendre.

Élise

Il a bientôt allumé son flambeau , Pour soumettre les coeurs qui bravent sa puissance.

Alcipe

Que son triomphe sera beau S'il peut vaincre ma résistance ?

Scène 4

Élise, Aricie

Élise

Tous les coeurs vous rendent les armes, Je vois avec plaisir des triomphe si beaux, L'Amour qui s'intéresse au pouvoir de vos charmes, Dans vos fers tous les jours met des amants nouveaux.

Aricie

Les soins que l'on prend pour me plaire Font trop d'honneur à mes faibles appas, Mais l'amour ne plaît guère, Quand l'amant ne plaît pas.

Élise

Pour suivre une flamme nouvelle, Vous avez rendu malheureux L'amant le plus fidèle, Et le plus amoureux.

Aricie

Votre amitié pour moi toujours a su paraître, c'est à vous que mon coeur veut se faire connaître, Cet amant dont le sort semble vous attendrir, N'est pas le plus à plaindre. J'ai cru voir son ardeur pour moi se ralentir, Et pour l'empêcher de s'éteindre À des liens nouveaux j'ai feint de consentir.

Élise

Pouvez-vous sans trembler voir le péril extrême Où vos rigueurs vont l'engager ? Eh ! Que peut on avoir à ménager, Quand il faut sauver ce qu'on aime ?

Aricie

Eh ! Que peut-on avoir à ménager, Quand il faut sauver ce qu'on aime ?

Aricie

Je ne saurais briser mes noeuds, Je veux, quoi qu'il m'en coûte, éprouver sa constance Tâchez si vous m'aimez, d'entretenir ses feux, Et s'il le faut encor, rendez-lui l'espérance.

Scène 5

Aricie

Elle le voit.

Aricie

Cessez, vaine fierté, cessez de me contraindre, Si mon vainqueur m'aime toujours, Pourquoi m'engagez vous à feindre. Pourquoi vouloir troubler nos tranquilles amours ? Cessez vaine fierté, cessez de me contraindre Aimez, mon cher amant, vous n'avez rien à craindre. Vous régnez toujours dans mon coeur, Vous l'embrasez d'un feu que je ne puis éteindre. Je connais vos ennuis, je sais votre langueur. Mais je ne suis pas moins à plaindre, Si j'exerce sur vous une extrême rigueur, C'est pour éprouver vôtre ardeur, Aimez, aimez, vous n'avez rien à craindre. Je le vois ; dans ces lieux il a suivi mes pas, Revenez ma fierté, ne m'abandonnez pas.

Scène 6

Fernand, Aricie

Fernand

Voulez-vous m'éviter sans cesse ?

Aricie

Voulez-vous m'arrêter toujours ?

Fernand

Voyez l'excès, de ma tristesse.

Aricie

Est-ce à moi d'en borner le cours ?

Fernand

C'est de vous seulement que j'attends du secours. En vain vous m'ôtez l'espérance, En vain de mes rivaux vous approuvez les soins, Je ressens vos mépris, je vois votre inconstance, Et je ne vous aime pas moins.

Aricie

Il faut vous dégager ; dans une amour nouvelle Vous pourrez trouver des appas.

Fernand

Eh ! Le puis-je cruelle ! Puis-je vous oublier hélas ! Pour me rendre infidèle L'exemple et les conseils ne me suffisent pas. Dans le tourment qui me possède Ce barbare conseil peut-il me soulager ? Inhumaine, est-ce à vous à m'offrir ce remède Après m'avoir promis de ne jamais changer ?

Aricie

Tant que j'ai régné sur votre âme Aux soins de vos rivaux mon coeur a résisté, Je voyais tous les jours expirer votre flamme, J'ai voulu prévenir votre infidélité

Fernand

Vous usez d'une vaine adresse, Pour donner une excuse à votre trahison.

Aricie

Je n'ai point changé sans raison, Vous avez le premier trahi notre tendresse. Je cédais au penchant de mon coeur prévenu, Mes feux trop violents comblaient votre espérance ; Et j'avais oublié qu'un amour trop connu Ralentit d'un amant les soins et la constance, Non, c'est vous qui me trahissez, Non, vous m'aimez moins que vous ne pensez.

Fernand

Malgré les maux que vous me faites je sens que vos attraits peuvent tout enflammer ; je vous aime toujours, ingrate que vous êtes, Plus que je ne dois vous aimer. Pouvez-vous oublier une chaîne si belle ? Nous nous étions promis de la rendre éternelle.

Aricie

Je ne veux plus me souvenir D'une tendresse si charmante, Quand je veux y penser ma honte s'en augmente ; Cessez, de m'en entretenir Je ne veux plus m'en souvenir.

Fernand

Qu'entends-je ? Ô Ciel !

Aricie

Non, vous ne devez pas prétendre De me faire reprendre Des noeuds que j'ai brisés. C'est une erreur de l'entreprendre Vous les avez, trop méprisez ; Non, vous ne devez pas prétendre De me faire reprendre Des noeuds que j'ai brisés.

Fernand

Croyez-vous qu'il me soit possible De me faire un destin paisible, Si vous m'abandonnez ? Je sens déjà l'horreur d'un désespoir funeste, Et de mes jours infortunés Vous bornerez bientôt le déplorable reste, Si vous m'abandonnez ?

Aricie

Qu'est devenu votre courage ? Vous devez le mettre en usage Pour vaincre un sort qui vous paraît affreux.

Aricie

L'espérance est le partage, Le désespoir est le partage, Des amants malheureux.

Fernand

Vous me quittez !

Aricie

Les amants en ce temple S'assemblent en ce jour, J'y vient à leur exemple Pour accomplir un voeu que j'ai fait à l'Amour.

Scène 7

Élise, Fernand

Élise

Quoi ? Toujours sombre et solitaire ?

Fernand

J'ai perdu pour jamais l'objet qui m'a su plaire.

Élise

Il faut toujours espérer en aimant, L'Amour veut éprouver, peut-être, Si votre coeurs sait aimer constamment ; Ce Dieu peut faire naître Vos plaisirs de votre tourment ; Il faut toujours espérer en aimant.

Fernand

La rigueur de mon sort ne peut-être adoucie, Non, non, je ne me trompe pas, J'ai lu dans les yeux d'Aricie, L'arrêt de mon trépas.

Élise

Soyez toujours tendre et fidèle, Après une rigueur cruelle Vous verreZ finir votre ennuI, L' Amour vous aIdera, reposez-vous sur luI. Allons assister à la fête, Que pour ce Dieu charmant en ces lieux on apprête,

Scène 8

Deux Amantes, Deux Amants Heureux, Amant, Amante, Choeur

Deux Amantes

Jeunes coeurs gardez-vous de prétendre Que l'Amour ne vous enflamme pas, Tôt ou tard il saura vous apprendre Que tout cède à ses charmants appas.

Deux Amants Heureux

Dans ce charmant séjour Notre bonheur dépend de notre amour.

Amant

La grandeur brillante Me rend pas content, Un rang éclatant N'a rien qui nous tente.

Amante

Notre âme asservie Sous d'aimables lois S'attache à son choix, Et voit sans envie Le destin des Rois.

Amant

Pourquoi se contraindre L'Amour comble nos voeux, Ses maux rendent heureux. On a beau le craindre On a beau s'en plaindre, On aime mieux sentir ses feux Que de les éteindre.

Amante

Un coeur qui soupire Aime son martyre, Il n'en veut point guérir Dans l'excès du mal qui l'accable, L'ennemi qui le fait souffrir Lui paraît aimable.

Amant

Dans ce charmant séjour Notre bonheur dépend de notre amour.

Choeur

L'Amour tient sous ses lois le Ciel, la terre et l'onde, Ses traits sont redoutés jusqu'au centre du monde, Chantons, redisons tour à tour, Que tout l'Univers nous réponde Qu'il n'est point de pouvoir qui ne cède à l'Amour.

Scène 9

Élise, Aricie

Élise

Fernand brûle pour vous d'une flamme constante, Quittez une vaine terreur.

Aricie

Je ne suis point contente D'une commune ardeur, Et je veux pour toujours m'assurer de son coeur. Sur le sort que je dois attendre Allons consulter Aristandre.

Quatrième Entrée

Scène 1

Aristandre

Aristandre

Mon art surprend les mortels et les Dieux, Du plus sombre avenir je perce le nuage, Je commande aux esprits du ténébreux rivage, Je fais pâlir la lumière des Cieux, Et je puis attendrir le coeur le plus sauvage. Amants qui gémissez dans un triste esclavage Venez, accourez en ces lieux.

Scène 2

Aricie, Aristandre

Aricie

Pour fixer mon incertitude Je viens implorer ton secours, D'une cruelle inquiétude Tu peux sauver mes jours.

Aristandre

Pour répondre à tes voeux je puis tout entreprendre, Et mon pouvoir pour toi ne sera point borné. Où faut-il m'employer ?

Aricie

J'ai peine à te l'apprendre, Et tu vas en être étonné. Ne trompe point mon espérance, Pour connAître le coeur De celui qui fait ma langueur, Il faut me découvrir aujourd'hui ta science.

Aristandre

Qu'entends-je ! Ô Ciel ?

Aricie

Pour connaître sa foi Je veux ne me fier qu'à moi. Il me jure toujours une tendresse extrême. Pour cacher leur légèreté, Tous les amants parlent de même, Et l'on ne saurait trop prendre de sûreté, Avec ce que l'on aime.

On voit sortir de dessous le théâtre quatre démons qui apportent la robe mystérieuse, qui communique la science d'Aristandre.

Aristandre

Mon pouvoir est connu jusqu'au centre du monde, Je veux que l'Enfer te réponde. Esprits soumis à mes lois Venez, répondez à ma voix, Montrez à me servir votre ardeur sans égale, Hâtez-vous découvrez un mystère caché, Sortez, de la nuit infernale, Apportez la robe fatale, Où mon pouvoir est attaché.

Scène 3

Un Démon, Choeur, Même Démon

Un Démon

Ta voix a pénétré dans la nuit éternelle, Nous suivons tes désirs avec un soin fidèle. L'Amour se fait trop redouter, Il ne cesse point d'agiter Les coeurs qui lui rendent les armes, Trop heureux qui peut éviter Le pouvoir de ses charmes. Que sans cesse la crainte Suive vos ardeurs, L'Amour n'est souvent qu'une feinte Pour surprendre vos coeurs.

Choeur

Que sans cesse la crainte Suive vos ardeurs, L'Amour n'est souvent qu'une feinte Pour surprendre vos coeur.

Le Démon donne à Aristandre la robe qu'il a apportée.

Même Démon

Quand l'Amour cherche à vous soumettre Défendez-vous d'abord de vous laisser charmer, Avant que de céder à l'ardeur qu'il fait naître ; Il faut connaître Ce qu'on doit aimer.

Scène 4

Aristandre

Aristandre

Par ce puissant secours tu peux te faire entendre Jusques dans le sombre séjour, Ton pouvoir va s'étendre, Plus loin que la clarté du jour.

Cinquième Entrée

Scène 1

Fernand, Alcipe

Fernand

Il faut m'éclaircir en ce jour Du sort de mon amour, C'est dans ces demeures secrètes Que de l'obscur avenir On consulte les Interprètes.

Alcipe

Votre coeur dans ses maux aime à s'entretenir. La beauté qui vous a su plaire Triomphe de votre embarras ; Aux yeux d'une maîtresse fière Les peines d'un amant ont toujours des appas. L'excès du mal qui vous accable Flatte sa vanité, Et vous auriez trouvé sa fierté plus traitable Si vos chagrins avaient moins éclaté.

Fernand

Il faut que sans témoins cet oracle se rende, Ne suivez point mes pas, qu'en ces lieux on m'attende.

Scène 2

Élise, Alcipe

Élise

Quel sort vous conduit en ce bois, Vous qui ne ressentez, ni l'amour ni sa flamme ?

Alcipe

Vous devez connaître mon âme, Je fuis les amoureuses lois.

Élise

Rien n'est si doux que l'amoureux empire Rien n'est si fort que les traits de l'Amour, Tout ce qui respire S'enflamme et soupire, Tout aime à son tour, Si vous avez, un coeur vous aimerez un jour.

Alcipe

Non, l'Amour ne peut me surprendre, Son pouvoir ne m'étonne pas, On peut être assuré toujours de s'en défendre, Quand on résiste à vos appas.

Élise

Vous ne devez point vous contraindre L'Amour doit toujours alarmer, Je suis la première à le craindre je ne saurais blâmer, Un coeur qui se défend d'aimer.

Alcipe

De mille soins fâcheux la tendresse est suivie, Évitons un fatal lien, Heureux un coeur qu'Amour oublie ? Heureux un coeur qui n'aime rien ?

Scène 2

Arcas, Élise

Arcas

Je ne dois point venir en ces lieux écartés, Pour m'éclaircir du sort que mon coeur doit attendre, Tes yeux me font assez entendre Que mes voeux les plus doux sont toujours rebutés.

Élise

Lorsque j'étais sensible à ton amour extrême Je te parlais de bonne foi, Aujourd'hui que mon coeur ne sent plus rien pour toi Je te parle de même.

Arcas

Ai-je pu m'attirer cette extrême froideur Et mériter cette injustice ?

Élise

Soit que j'aime ou que je haïsse, Je ne saurais cacher mon coeur.

Arcas

Ciel ?

Élise

Je t'offre un secours facile Pour te faire un sort tranquille. Et pour laisser mon coeur en paix, Si le désespoir est utile, Pour étouffer tes vains regrets, Je te promets de ne t'aimer jamais.

Arcas

Je manquerais de courage Après un tel aveu si je suivais tes pas ; Pour me venger de tes appas Je t'abandonne à ton humeur volage.

Scène 4

Aricie, Élise

Aricie

Pour soulager ma peine extrême, De quel espoir ai-je pu me flatter ? En voulant m'éclaircir quel soin vient m'agiter ? J'ai peur de me trahir moi-même ; Lorsque l'on a cessé de plaire à ce qu'on aime, C'est toujours un bonheur que d'en pouvoir douter, Pour soulager ma peine extrême De quel espoir ai-je pu me flatter ?

Élise

Pour calmer votre inquiétude Peut-être prendrez-vous trop de soin en ce jour, Il faut se réserver un peu d'incertitude Lorsque l'on veut avoir du plaisir en amour.

Aricie

Fernand me cherche en ce bocage, Mon coeur va me trahir je n'ai pas le courage De soutenir le trouble où je le vois ; je sens que la pitié va découvrir ma flamme, Et je dois me fier à quelqu'autre qu'à moi Pour lire dans son âme.

Scène 5

Fernand

Fernand

Rochers inaccessibles, Écoutez le récit de mes vives douleurs ; Vous cesserez d'être insensibles Lorsque vous saurez mes malheurs.

Scène 6

Aricie

Aricie se cache dans un endroit d'où elle peut les entendre.

Aricie

Il est seul, hâtez-vous d'éclaircir un mystère D'où dépend mon bonheur ; Pour sentir le repos de retour dans mon coeur Amour c'est en vous que j'espère.

Scène 7

Fernand, Florinde, Aricie

Fernand

Vous qui pouvez m'instruire Du sort de mes amours, Hâtez-vous de me dire Quel en sera le cours.

Florinde

Vous brûlez pour une inhumaine, Elle n'a pu garder sa chaîne ; Vos feux sont tendres et constants, Mais vous avez, bien l'air de soupirer longtemps.

Fernand

Ne puis-je me flatter de l'espoir agréable De la toucher un jour par mes soins amoureux ?

Florinde

Cessez d'entretenir vos feux, Elle sera pour vous toujours inexorable.

Fernand

Quoi ! Toujours amoureux et toujours misérable, Je ne verrai jamais finir Mon destin déplorable ?

Florinde

Je ne vois rien dans l'avenir Qui vous soit favorable.

Fernand

Ô Ciel ! Quel affreux désespoir ! Son coeur est-il en son pouvoir ?

Florinde

L'Amour s'est pour jamais emparé de son âme, Rien ne peut la changer, Et vos malheurs loin de la dégager, Ne font que redoubler sa flamme.

Fernand

Ah ! Que m'apprenez-vous ! Quel malheur !

Florinde

Vous aimez, sous un astre en courroux.

Fernand

À cet Oracle épouvantable Mon coeur ne veut point s'arrêter.

Florinde

Téméraire, apprenez votre sort effroyable Puisque vous en voulez, douter...

Il tire son épée pour se tuer, Aricie sort avec précipitation du lieu où elle était, et se jette sur son épée.

Fernand

Cessez, de vouloir me troubler, Mon destin tel qu'il soit ne me fait point trembler ; J'adore malgré lui la beauté qui m'enflamme ; Si je ne puis toucher son âme La vie est pour moi sans appas ; Dites-lui que l'amour malheureux et fidèle Dont je brûle pour elle M'a contraint à chercher un funeste trépas.

Aricie

Arrêtez, Ciel! Ô Ciel ! Qu'allez-vous entreprendre ? Après un tel amour je vous dois tout apprendre.

Fernand

Que vois-je ? Ô Dieux ?

Aricie

, Vous voyez devant vous Cette même Princesse Pour qui l'Amour vous fait sentir ses coups, Et qui fait son bonheur de garder sa tendresse.

Fernand

Est-ce un charme ?

Aricie

Oubliez, les innocents détours, Que m'a fait prendre une tendresse extrême ! Si j'ai d'un art terrible emprunté le secours, Pour s'assurer de ce qu'on aime À quoi n'a-t'on pas recours ?

Aricie

Ah que l'Amour aurait de charmes ! Si l'on pouvait aimer sans trouble et sans alarmes ?

Aricie

Peuples que le destin soumet à ma puissance. Célébrez en ce jour l'amour et sa constance.

Scène 8

Fernand, Élise, Habitans De L'île Inconnue, Choeur

Fernand

L'Amour a fini mes alarmes, Un calme heureux succède au trouble de mes sens, Et j'ai trop peu versé de larmes Pour les douceurs que je ressens.

Élise

Dans l'amoureux empire On a bien à souffrir, Les biens où l'on aspire Sont longtemps à venir. On languit, on soupire, Dans un cruel martyre ; Mais un heureux moment Finit un long tourment.

Habitans De L'île Inconnue

Il faut brûler d'une ardeur éternelle Pour avoir un beau rang dans l'empire amoureux ; Jeunes coeurs qui prenez une chaîne nouvelle Aimez, d'un amour fidèle, Tôt ou tard vous serez, heureux.

Choeur

Célébrons la puissance De l'Amour et de la constance , Célébrons les plaisirs charmants Des fidèles amants.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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