Opéra · 1717 · 6 actes

Camille, reine des volsques

d’Antoine Danchet

Représentation
≈ 43 min
Distribution
4 femmes, 5 hommes
Répliques
222
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Camille F 64 ≈ 12 min 5
Almon H 39 ≈ 8 min 5
Corite H 33 ≈ 6 min 6
Aufide H 31 ≈ 6 min 5
Rutile H 6 ≈ 1 min 2
La Nymphe de la Seine F 5 ≈ 1 min 2
Le Dieu Mars H 4 ≈ 1 min 1
Acilie F 5 ≈ 1 min 1
Flore F 3 ≈ 1 min 1
Choeurs de Peuples N 4 ≈ 1 min 4
Tous Deux N 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle PrologueISecondTroisiemeQuatrièmeCI
Camille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Almon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Corite absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Aufide absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Rutile absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Nymphe de la Seine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Dieu Mars absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Acilie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Scène 1

Nymphe La Seine, Choeurs de Peuples

Nymphe La Seine

Que ces pompeux jardins, l'ornement de mes Rives Reçoivent par nos soins mille nouveaux attraits, Naïades, suspendez vos ondes fugitives, Que l'Art et ces gazons les retiennent captives ; Qu'elles rendent ces Bois plus riants et plus frais, Ces fleurs plus belles et plus vives. Que j'aime à voir ces lieux ! Une brillante Cour Y vient rétablir son séjour. Auprès de notre Roi hâtons-nous de nous rendre ; Habitants de mes bords, venez de toutes parts, À la douceur de ses regards, Connaissez l'heureux sort que vous devez attendre.

Flore et Zephire avec toute leur Suite entrent en dansant sur le Théâtre.

Choeurs de Peuples

Quel plaisir pour nos coeurs ! Quel charme pour nos yeux ! Nous jouissons de sa présence : Nous voyons chaque jour dans ces aimables lieux Croître avec lui notre espérance.

Scène 2

La Nymphe de la Seine, Flore, Zéphire

La Nymphe de la Seine

Jeune Flore, tendre Zephire, Habitez ce séjour, heureux : Que sur vos pas tout y respire L'Amour, les Plaisirs et les Jeux.

Le Suite de Flore s'unit à la Suite de Zephire pour former ensemble le Divertissement.

Flore

Suivez Zephire et Flore, Volez, régnez, tendres Amours, Ce ne SOnt point les Fleurs que nous faisons éclore, C'est vous qui formez les beaux jours.

Zéphire

L'Amour, qui des plus verts feuillages Prend soin de parer ces bocages, Les consacre aux tendres soupirs : Contents ou chagrins de leurs chaînes, Les amants y vont aux Zéphirs Dire leurs plaisirs ou leurs peines.

Le Divertissement continue.

Flore

Si vous voulez aimer ? Pour vous laisser charmer Venez ici vous rendre : Mille objets à la fois Cherchent à vous surprendre, Et l'embarras du choix Pourra seul vous défendre.

On entend un bruit de Timbales et de Trompettes.

Flore

Dans ce séjour que de beautés se rendent ! L'Amour les fuit et fait voler ses traits : Jugez, Amants, du prix de leurs attraits, C'est votre coeur que leurs yeux vous demandent.

Pendant que la Nymphe de la Seine, Flore et Zephire chantent le Trio, le Dieu Mars descend environné de drapeaux, de lauriers et de palmes.

La Nymphe de la Seine

Quels bruits font retentir les airs ! Mars voudrait-il troubler nos paisibles concerts ?

Scène 3

Le Dieu Mars, La Nymphe de la Seine, Tous Deux

Le Dieu Mars

Craignez-vous de me voir paraître ? Toujours de mes faveurs j'ai comblé vos Guerriers,

La Nymphe de la Seine

Aux yeux de nôtre auguste maître, N'offrez point ces drapeaux, ces palmes, ces lauriers. Les Muses prennent soin d'élever son enfance, De l'amour des beaux Arts laissez remplir son coeur, Le sang dont il a pris naissance Répond assez de sa valeur.

Le Dieu Mars

Formé par le héros qui régit cet Empire, Peut-il ne pas chérir Minerve et le Dieu Mars ? Aux nobles ardeurs que j'inspire, Il joindra l'amour des beaux Arts. Au milieu des Plaisirs que la Paix vous ramène, Souffrez qu'au moins j'embellisse vos Jeux, Et que je prête à Melpomène Des plus brillants exploits les exemples fameux. Camille sur mes pas fit admirer sa gloire, Apollon ma promis d'en retracer l'Histoire.

Le Dieu Mars

Plaisirs, venez de toutes parts y La Paix a banni les alarmes.

La Nymphe de la Seine

Après les fureurs du Dieu Mars, Les Muses nous offrent leurs charmes.

Tous Deux

Plaisirs, venez de toutes parts, La Paix a banni les alarmes.

Le Dieu Mars

Qu'un Peuple vainqueur par les armes, Triomphe encor par les beaux Arts.

Tous Deux

Plaisirs, venez de toutes parts , La Paix a banni les alarmes.

La Nymphe de la Seine

Formons les plus aimables Jeux, Trompettes, animez nos Fêtes, Joignez vos nobles sons à nos chants amoureux ; N'annoncez plus de Mars les combats dangereux, Chantez l'Amour , célébrez ses conquêtes.

Acte I

Scène 1

Acilie, Egerine, Camille

Acilie

Nos paisibles hameaux charmez de votre gloire Retentissent des plus doux chants, On y célèbre une Victoire Qui d'un Monstre cruel a délivré nos Champs.

Egerine

En vain, pour en dompter la rage, Corite avait, armé son bras, Sans l'effort de votre courage, Ce Prince, en combattant, eut trouvé le trépas.

Acilie

Quoique fils d'un tyran, dont la rigueur extrême Fit périr Metabus qui régnait en ces lieux, Il est digne du diadème, Sans cesse ses vertus se montrent à nos yeux.

Egerine

Avant que de ses jours vous prissiez la défense, Vos yeux, belle Camille, avaient touché son coeur.

Acilie

L'Amour par sa reconnaissance Doit prendre une nouvelle ardeur.

Camille

Lorsque ce Prince ici vint seconder nos armes Pour dissiper l'effroi d'un Peuple malheureux, Trop épris de mes faibles charmes Il m'osa déclarer ses feux. Pour le fuir, c'est assez de connaître sa flamme? L'Amour doit-il toucher mon âme. Almon qui me donna le jour, Prit soin de m'affranchir d'une indigne mollesse. Et dans les forêts d'alentour Aux travaux de Diane élevant ma jeunesse, Comme un Monstre terrible il me peignit l'amour.

Acilie

La déesse des Bois, dont vous êtes l'image, Autrefois se laissa charmer : Elle-même rendit hommage Au Dieu qui fait aimer.

Camille

De ce Dieu trop puissant vous me vantez la gloire, Finissez un discours qui doit m'être odieux.

Acilie

Nous allons nous unir aux bergers de ces lieux, Pour publier votre victoire.

Scène 2

Camille

Camille

Quel bois assez épais pourrai-je rencontrer, Pour cacher le trait qui me blesse ? Aux yeux de ces Bergers devrais-je me montrer ? Ils chantent ma valeur, je pleure ma faiblesse ! Camille, il est donc vrai, ta fierté se dément ! Le Prince allait perdre la vie, Hélas ! En ce fatal moment, J'ai cru que la pitié m'avait seule attendrie ; Je soupire ! Et ses jours ne sont plus en danger ! Non, non, il n'est plus temps de m'abuser moi-même, Je vois tous les malheurs où je cours m'engager, Et je sens trop bien que je l'aime. Mon Père paraît en ces lieux !

Scène 3

Almon, Camille

Almon

Je vois avec plaisir le succès de vos armes, Ma fille, un monstre furieux Dans nos champs désolés ne cause plus d'alarmes, Et c'est à vous qu'on doit ce repos précieux ; Mais votre courage invincible Doit par de grands travaux encor se signaler ; Il est dans ces climats un monstre plus terrible Que notre bras doit immoler.

Camille

Si vous me l'ordonnez, je puis tout entreprendre? Hâtez-vous seulement, hâtez-vous de m'apprendre Quel monstre...

Almon

Il n'est pas temps de vous le révéler : À vos nobles efforts Corite doit la vie, Il veut de ces déserts nous arracher tous deux.

Camille

Quel dessein ! Quel est son envie !

Almon

Il cherche à s'acquitter d'un secours généreux, À la Cour de son père il prétend nous conduire.

Camille

Aufide est un tyran, pourrez-vous consentir ?...

Almon

De toutes mes raisons je saurai vous instruire, Mais préparez-vous à partir.

Camille

Non, il est un secret que je ne dois plus taire, De mes faibles appas le Prince est trop charmé[.]

Almon

De son amour naissant il m'a fait un mystère, Mais je n'en suis point alarmé.

Camille

Ah ! Vous ne savez pas les troubles de mon âme !

Almon

De tous vos sentiments je dois être informé.

Camille

Avec une constante flamme . Corite m'a paru trop digne d'être aimé[.] Du pouvoir de l'Amour vous devez me défendre, Je ne vous réponds point d'un coeur infortuné ; À son penchant fatal s'il est abandonné, Je tremble qu'il ne soit trop tendre.

Il sort.

Almon

Dieux ! Qu'entends-je ! N'importe, il faut suivre ma loi, Votre vertu dissipe mon effroi ; Consentez au départ que le Prince désire, J'aurai des secrets à vous dire, De tout votre destin reposez-vous sur moi.

Camille

Quels secrets importants aurait-il à m'apprendre ! Mais le Prince ici vient se rendre....

Scène 4

Corite, Camille

Corite

Après un généreux secours, Camille, Permettez à ma reconnaissance De venir pour jamais vous consacrer des jours Dont vous avez pris la défense ; Vos attraits méritaient les hommages des Dieux : Hélas ! Dans l'ardeur qui m'inspire, Je ne puis offrir à vos yeux, Que le don d'un coeur tendre, et l'espoir d'un Empire.

Camille

L'éclat du souverain pouvoir Ne doit point flatter mon envie, Si j'ai défendu votre vie, Cette gloire est le prix que j'en veux recevoir.

Corite

Ne rejetez point mon hommage, J'ose encor l'espérer d'un coeur si généreux ; Vous conservez mes jours, achevez votre ouvrage, Camille, rendez-les heureux[.] Consentez que l'hymen, d'une chaîne éternelle Unisse nos coeurs sous ses lois : L'Amour ne vous forma si belle : Que pour vous élever au sort des plus grands Rois[.]

Camille

De votre rang au mien je sais trop la distance , Et vous-même, êtes-vous maître de votre sort ?

Corite

Quand vous m'arrachez à la mort ; Le Roi doit applaudir à ma reconnaissance.

Camille

Quels nobles sentiments ! Qu'ils doivent m'alarmer ?

Corite

De mes tendres ardeurs laissez-vous enflammer, Cédez à votre tour, cédez a ma constance.

Camille

Hélas ! S'il est vrai que mes yeux Prennent sur vous quelque puissance? J'ose vous demander un effort glorieux...

Corite

Parlez, assurez-vous de mon obéissance[.]

Camille

Laissez-moi pour jamais dans ces sauvages lieux. Au fond de ces déserts je serai plus constante À suivre un sévère devoir, J'y saurai ranimer ma fierté chancelante ; Mon plus cruel danger, Seigneur, est de vous voir.

On entend une symphonie champêtre, les bergers descendent des coteaux, et viennent dans la plaine.

Corite

Ah ! Quel transport charmant ! Quel doux espoir m'enchante !

Camille

Je vois de toutes parts les bergers des hameaux, Pour nous offrir leurs Jeux, venir sous ces ormeaux.

Corite

Quelle contrainte pour ma flamme ! Au plaisir que je sens, dois-je livrer mon âme ? Adorable Camille ! Ah, daignez en ce jour M'assurer d'un bonheur que je n'oserais croire.

Camille va se placer sur un des côté du théâtre pour regarder la fête qui lui est destinée. Corite demeure auprès d'elle.

Camille

J'en ai trop dit, je crains le pouvoir de l'Amour, Jamais ce Dieu sans vous, n'aurait eu cette gloire.

Scène 5

Choeur De Bergers, Un Berger Avec Sa Musette Conduisant Des Bergères Qui Dansent Autour De Lui, Deux Bergères, Une Bergère, Une Autre Bergère, Corite

Les Bergers viennent célébrer la victoire de Camille, et lui rendre leurs hommages par des danses et des chants.

Choeur De Bergers

Chantez, Oiseaux, que vos ramages S'unissent à nos tendres voix ; Amours volez dans ces bocages, Volez au son de nos haut-bois, Celle qui reçoit nos hommages, Soumet tous les coeurs à vos lois.

Le Divertissement continue.

Un Berger Avec Sa Musette Conduisant Des Bergères Qui Dansent Autour De Lui

Venez, jeunes Bergères, Sortez de vos Hameaux, Dansez sur les fougères À l'ombre des Ormeaux.. Nous célébrons sur nos musettes L'Amour et ses appas, Il inspire nos chansonnettes, Qu'il anime vos pas. Venez, jeunes Bergères, Sortez de vos hameaux, Dansez sur les fougères À l'ombre des ormeaux.

Deux Bergères

La Paix tranquille De cet asile Plaît à l'Amour, Flore et Zephire Sous son Empire Lui font la cour : Allons lui rendre L'hommage tendre De nos soupirs, Portons ses chaînes, Pour quelques peines Que de plaisirs !

Une Bergère

Les fleurs nouvelles Cessent d'être belles, Les fleurs nouvelles Brillent peu de jours ; Leur beauté passe, Leur éclat s'efface : Tel est le cours Des plaisirs etc des amours.

Une Autre Bergère

Un vert bocage Que l'hiver ravage, Un vert bocage Renaît au printemps : Mais la Jeunesse Sans espoir nous laisse : De nos beaux ans Ménageons tous les instants.

Au Chef de sa Garde.

Corite

Le soin de mon amour auprès du Roi m'appelle, Je dois tout préparer pour vous y recevoir, J'espère bientôt vous revoir : Almon me l'a promis, il me sera fidèle[.] Rutile ne les quittez pas, Avec pompe à la Cour accompagnez leurs pas.

Acte Second

Scène 1

Rutile, Almon, Tous Deux

Rutile

Entrant dans ces lieux, je sens couler mes pleurs ! Ô vous, Mânes sacrés, que ce tombeau me cache, Recevez le tribut que vôtre sort m'arrache, Faible soulagement de mes vives douleur !

Almon

Rutile, je sais votre zèle , Metabus n'eut jamais un sujet plus fidèle, Sitôt que vôtre nom m'a rappelé vos traits, Je vous ai confié le plus grand des secrets.

Rutile

À mon tour, cher Almon, j'ai su vous reconnaître, J'apprends avec transport votre fidélité.

Almon

Depuis vingt ans caché dans ce bois écarté, Enfin je pourrai voir paraître Le jour que j'ai tant souhaité.

Tous Deux

Goûtons la flatteuse espérance, Qui promet de combler nos voeux : Que le plaisir de la vengeance Est doux pour les coeurs malheureux !

Almon

J'ai pris soin d'attirer ceux que des lois cruelles Écartaient de la Cour d'un tyran odieux.

Rutile

Il est temps de les joindre à des amis fidèles Que j'ai retenus dans ces lieux.

Almon

Hâtez-vous, généreux Rutile, Il faut leur découvrir un projet glorieux, Au pied de ce tombeau laissez-moi voir Camille, Et nous pourrons après la montrer à leurs yeux.

Scène 2

Almon

Almon

Je l'attends, je connais sa flamme, De quels coups, juste ciel ! Je vais frapper son âme ? Sombres forêts , antres affreux, Noir séjour, redoublez l'horreur de vos ténèbres, Offrez à ses regards les images funèbres Des objets les plus douloureux. Je vais rompre enfin le silence, Je vais lui découvrir votre funeste sort, Ombre errante en ces lieux, secondez mon effort, Par vos gémissements pressez votre vengeance. Sombres forêts, antres affreux, Noir séjour, redoublez l'horreur de vos ténèbres, Offrez à ses regards les images funèbres Des objets les plus douloureux.

Scène 3

Camille, Almon

Camille

Où sois-je ! Quel spectacle à mes yeux se présente ? Vous me voyez troublée, interdite, tremblante... Quel est cet appareil nouveau ? Dans le cours de mon premier âge, Vous vous cachiez souvent dans cet antre sauvage.

Almon

Je venais y pleurer sur ce fatal tombeau[.]

Camille

Quel est donc ce mystère ? Est-il impénétrable ?

Almon

Ce rocher qui frappe vos yeux, Leur dérobe un Roi mémorable, Qui méritait, hélas ! Un sort plus glorieux ; Un cruel ennemi lui déclara la guerre : Pour punir son forfait, les Dieux, les justes Dieux Devaient employer leur tonnerre, Cependant le barbare en fut victorieux.

À Almon.

Camille

Ô Ciel ! N'êtes-vous plus l'appui de l'innocence ! Poursuivez,répondez à mon impatience.

Il présente un poignard aux yeux de Camille.

Almon

Ce roi banni de ses États, Victime d'un destin funeste, Avec un seul enfant qu'il portait dans ses bras, D'un sang si précieux unique et triste reste, S'était venu cacher dans ces affreux climats : Par l'ordre du tyran, un téméraire, un traître, Sans respect du suprême rang, Immola dans ce lieu son légitime maître ; Et voilà le poignard encor teint de son sang.

Camille

Qu'entends-je ! Mon coeur en frissonne !

Almon

L'Enfant seul fut sauvé de tant d'horribles coups, Il est par sa vertu digne de la couronne.

Camille

Et quel est cet enfant ? Apprenez-moi, ....

Almon

C'est vous.

Camille

Moi ? De quelle terreur je me trouve saisie ! Et qui vous a rendu le maître de mon sort ?

Almon

J'avais suivi le Roi, je vous sauvai la vie.

Elle prend le poignard de la main d'Almon.

Camille

Hélas ! Lorsque mon père est mort, Que ne m'a-t'elle été ravie ! Mais je vois pour quels soins me réservent les Dieux. Donnez-moi ce poignard... Quel sang frappe mes yeux ! Fer fatal, c'est toi que j'atteste ; Si tu n'immoles pas un barbare assassin, Mon bras lavera dans mon sein La trace du sang qui te reste ; Hâtons-nous il faut nous venger : Les moments nous sont chers, nommez-moi le perfide, À me taire son nom qui peut vous engager ? Ne différez point...

Almon

C'est Aufide[.]

Camille

Le Père de Corite ! Ô comble de malheurs ! Vous voyez à la fois et ma rage et mes pleurs.

Almon

Le tyran, sur un bruit que j'eus soin de répandre, Crut que de Metabus un fils était resté, Son erreur pourra vous défendre, Et jusques dans sa Cour vous mettre en sûreté. Moi-même après vingt ans j'y serai sans alarmes, Ses yeux à peine m'ont-ils vu : Allons : pour nous sauver, les Dieux prendront les armes, Laissons-nous seulement guider par la vertu.

Camille

Malheureuse ! Que dois-je faire ? Perdrai-je mon amant ? Trahirai-je mon père ? De quels troubles cruels mon coeur est combattu !

Almon

Formons une noble entreprise, Écoutons un juste courroux ; Triomphez de l'Amour dont votre âme est éprise, Votre sang l'exige de vous.

Camille

Cesse, Amour, d'attendrir mon âme, Laisses-y régner la fureur ; Dois-je encor ressentir ta flamme Parmi tant de trouble et d'horreur ! Cesse, Amour, d'attendrir mon âme, Laisses-y régner la fureur.

Rutile entre avec les conjurés.

Camille

Qu'en ce jour, de nos coeurs la vengeance s'empare, Viens, fureur, viens nous animer, Courons punir un barbare, Hâtons-nous de nous armer.

Scène 4

Almon, Choeur, Camille

Almon

Voici les défenseurs que le Ciel vous destine, Leur courage avec vous bravera les hasards.

Choeur

O Ciel ! Quelle beauté divine ! Quel objet frappe nos regards ! Venez, vous serez satisfaite, Venez, nous sommes prêts à venger vos malheurs.

Tous les Conjurés viennent autour du tombeau rendre les honneurs funèbres et à la manière des anciens, jeter des fleurs sur l'urne qui conserve les cendres du Roi.

Camille

Avant que de quitter cette sombre retraite, Sur ce tombeau sacré laissons couler nos pleurs.

Almon

Mânes de notre auguste Maître, Ombre du plus grand des Héros, Puisse-tu dans ce lieu champêtre Jouir d'un éternel repos.

Almon

Tu vois nos fureurs légitimes, Goûte l'espoir d'être vengé, Le Ciel juste ennemi des crimes, À servir nos efforts, est lui-même engagé.

Almon

Grands Dieux, les Rois sont votre image, Qui les ose outrager, doit périr par vos coups : Soutenez notre ardent courage, Nous allons combattre pour vous.

Tous les conjurés s'assemblent autour du Tombeau de Metabus, et tenant l'épée nue d'une main, et s'appuyant de l'autre sur le tombeau, ils répètent le serment de Camille.

Camille

Guerriers, pour venger notre outrage, Vous êtes prêts à tout tenter ; Approchez , que chacun s'engage Par les affreux serments que je vais vous dicter.

Camille

Sur ce fatal tombeau, nous attestons la foudre, L'effroi des parjures humains : Grands Dieux, si le tyran ne meurt pas par nos mains, Lancez sur nous vos traits, réduisez-nous en poudre.

Acte Troisieme

Scène 1

Corite

Corite

Unique plaisir de l'absence Espoir, charmant espoir, soulagez ma langueur : Loin de l'aimable objet qui captive mon coeur, Que j'éprouve d'impatience ! Je ne saurais sans vous en souffrir la rigueur ; Unique plaisir de l'absence Espoir, charmant espoir, soulagez ma langueur. Fuyez, chagrins, fuyez : Camille va paraître ! Mes pleurs y ont s'arrêter, mes plaintes vont finir, Son éloignement vous fit naître, Bientôt par sa présence elle doit vous bannir.

Scène 2

Aufide, Corite

Aufide

Mon fils, calmez votre tristesse, Camille approche de ces lieux ; Au devant de ses pas tout le peuple s'empresse D'aller rendre hommage à ses yeux : Moi-même de mon rang je me plais à descendre, Je veux faire pour vous éclater mon amour, Impatient je viens attendre Cet objet si charmant qui vous sauva le jour.

Corite

Ah ! Seigneur, vos bontés ont pénétré mon âme, Camille pour jamais m'a soumis à ses lois, Vous avez approuvé ma flamme, C'est faire le bonheur des jours que je vous dois.

Aufide

Elle a par ses attraits mérité le suffrage De tous ceux qui suivaient vos pas :

Corite

Les Dieux voulaient en elle exprimer leur image ; Ils ne pouvaient unir, en formant leur ouvrage, Plus de vertus et plus d'appas. Avec d'aimables charmes Elle fait admirer un courage indompté : Les monstres les plus fiers succombent sous ses armes, Les plus farouches coeurs cèdent à sa beauté.

Aufide

Ce courage, mon fils, peut m'être nécessaire : Par les soins d'un guerrier qui brava mon courroux. Un fils de Metabus s'est sauvé de mes coups ; Il pourrait quelque jour vouloir venger son père ; J'ignore son destin, mais Camille aujourd'hui De mon trône avec vous est encore, un appui.

Corite

Malgré son obscure naissance, Elle peut aspirer aux plus brillants honneurs.

Aufide

Goûtez une douce espérance, Vous l'aimez, et l'Amour égale tous les coeurs : Aux efforts de mon bras je dois mon diadème, Et le trône où je suis monté ; Comme par la valeur, on peut par là beauté S'élever jusqu'au rang suprême.

Scène 3

Choeurs Derrière Le Théâtre, Corite, Choeurs, Aufide, Camille, Une Femme Volsque, Un Volsque, Tous Trois

On entend les choeurs des peuples qui conduisent en triomphe Camille.

Choeurs Derrière Le Théâtre

Régnez, sur tous les coeurs, régnez, beauté charmante, Venez, par vos attraits embellissez ces lieux.

Une Porte triomphale s'ouvre, et l'on voit paraître Camille dans un char traîné par des esclaves, et tous les peuples qui dansent autour d'elle et qui jouent de divers instruments.

Corite

Le peuple amène ici Camille triomphante, L'Amour va l'offrir à mes yeux !

Choeurs

Régnez, sur tous ses coeurs, régnez, beauté charmante, Venez, par vos attraits embellissez ces lieux.

Au Roi.

Corite

Belle Camille, enfin mon bonheur est extrême, Ce jour me rend tout ce que j'aime ! Si mes jours vous sont chers, que mon Père et mon Roi Approuve les transports où se livre mon âme, Seigneur, voilà le bras qui s'est armé pour moi, Regardez tant d'attraits, et jugez de ma flamme.

Aufide

Camille, recevez l'hommage de ma Cour, Je dois ce prix à l'effort de vos armes ; Mon fils brûle pour vous, mais puis-je voir vos charmes, Et ne pas approuver l'excès de son amour ?

Camille

Vos bontés doivent me confondre, Seigneur, quand je veux y répondre, Je ne puis exprimer ce que ressent mon coeur ; Ces honneurs éclatants que vous daignez me rendre M'inspirent une vive ardeur, Qui, pour les mériter, pourra tout entreprendre.

À sa suite.

À Camille.

Aufide

Votre père en ces lieux ne s'offre point a moi ! Allez, sans tarder davantage . Qu'on l'amène : Je veux qu'avec vous il partage Tous les honneurs que je vous dois.

Corite

Chantez, Peuples, rendez hommage À l'adorable objet qui me tient sous sa loi.

Les Peuples d'Antium répètent ces quatre vers et célèbrent le triomphe de Camille par des Danses.

Aufide

Chantez, publiez sa victoire, Tout cède à sa valeur, tout cède à ses appas, Les Amours unis à la gloire Volent sans cesse sur ses pas.

Une Femme Volsque

À la douceur des Grâces Elle joint la fierté de la Reine des Dieux, L'Amour est timide à ses yeux, Et se borne à suivre ses traces.

Corite

Les Nymphes des Forêts La prennent pour Diane, à sa valeur extrême : Aussitôt qu'elle quitte et son arc et ses traits, Elle paraît Vénus aux yeux de l'Amour même.

Un Volsque

Offrons à la beauté l'hommage d'un coeur tendre, C'est peu de chanter son pouvoir : L'Amour est le tribut qu'elle doit recevoir, C'est la louer, que de s'y rendre.

Tous Trois

La beauté, par des traits vainqueurs, Triomphe, sans effort, des plus superbes coeurs[.]

Un Volsque

Elle a des droits suprêmes, Elle sait asservir et la Terre et les Cieux.

Corite

C'est un présent des Dieux, Qui les soumet eux-mêmes,

Tous Trois

La beauté, par des traits vainqueurs, Triomphe, sans effort, des plus superbes coeurs.

Scène 4

Aufide, Corite, Camille, Almon

Aufide

Le père de Camille à mes yeux doit paraître[.]

Corite

Vous le voyez, Seigneur[.]

Aufide

Approche de ton Maître, Viens, Mortel fortuné, jouir de mes bienfaits ; Approche... est-ce une erreur que la crainte fait naître ? C'est lui... Puis-je le méconnaître ? Malgré les ans, je découvre ses traits ! Il détourne les yeux !... Je vois son trouble extrême ! Je n'en doute plus, c'est lui-même, Perfide !

Camille

Ô Ciel !

Corite

Qu'entends-je ? Justes Dieux ! Quel courroux menaçant éclate dans vos yeux ?

À Almon.

Aufide

Prince, vous ignorez quel est ce téméraire, C'est ce même guerrier dont le fatal secours Du fils de Metabus a conservé les jours. Traître, romps enfin le silence.

Almon

De ces noms odieux cesse de m'accabler ; J'ai rempli mon devoir, je brave ta vengeance Respecte ma vertu, c'est à toi de trembler : Du sang de Metabus j'embrassai la défense, Je veux pour ton tourment cacher toujours son sort, Éclate, venge-toi ; qui ne craint point la mort, Méprise des tyrans la haine et la puissance.

Les Gardes d'Aufide arrêtent Almom et le désarment.

Aufide

Songe à bien soutenir cette fière constance, Qu'on le charge de fers....

Corite

Que faites-vous, hélas !

Aufide

Je dois à la Fortune offrir un sacrifice, Il faut que ce traître périsse, Je vais tout ordonner pour son juste trépas.

Corite

Implorons sa clémence, allons, suivons ses pas.

Camille

Ô Ciel ! J'implore ta justice, Dans ce mortel danger je l'abandonne pas.

Acte Quatrième

Scène 1

Camille

Camille

Fortune, fini mes alarmes, Écoute mes tristes regrets : Hélas ! Pour me frapper, te reste-t'il des traits, Ne te lasses-tu point de voir couler mes larmes ? Ne puis-je au moins dans mes douleurs Sur ta légèreté fonder quelque espérance ? Cruelle, tu n'as de constance Que pour m'accabler de malheurs. Fortune, fini mes alarmes, Écoute mes tristes regrets : Hélas ! Pour me frapper, te reste-t'il des traits, Ne te lasses-tu point de voir couler mes larmes ?

Scène 2

Rutile, Camille

Rutile

La Fortune à nos voeux refuse son secours, Princesse, éloignez-vous de ce temple funeste, L'espoir de défendre vos jours, Est le seul espoir qui me restes ; Tandis que votre sort est encor ignoré, Cherchez un asile assuré ; Venez...

Camille

Almon est dans les chaînes,

Rutile

Corite a tout tenté pour terminer ses peines, Mais ses efforts ont été vains, Son Père ne veut plus l'entendre, Et par des ordres souverains, Au pied de ces autels lui défend de se rendre ; Almon brave toujours un odieux pouvoir, Le trépas n'a rien qui l'étonne, Il ne craint que pour vous[.]

Camille

Il remplit son devoir. Je sais ce que le mien m'ordonne ; Songez à vous, Rutile, allez, et laissez-nous[.]

Rutile

Ah ! Si vous périssez, je péris avec vous.

Scène 3

Aufide, Almon, Camille

Aufide

Perfide, viens subir l'arrêt de ton supplice[.]

Almon

Tes barbares efforts ne pourront m'ébranler.

À sa suite.

Aufide

Montre moi l'ennemi que je dois immoler, Explique-toi sans artifice, Quoi ! Ta bouche s'obstine à le dissimuler ! Hâtez-vous, achevez un sanglant sacrifice.

Camille

Arrêtez...

Almon

Que vois-je grands Dieux ? Je frémis !... Est-ce vous ma fille ? Pourquoi, lorsque je meurs, vous montrer à mes yeux ? Unique espoir de ma famille, Rentrez dans vos déserts, abandonnez ces lieux ; Ma gloire m'engage au silence, Fidèle à mon devoir, je suis prêt à périr.

Les Ministres d'Aufide vont pour immoler Almon, Camille les arrête.

Aufide

Quels discours ! C'est trop les souffrir, Venez, remplissez ma vengeance ; La Fortune pour moi daigne s'intéresser En me livrant ce téméraire, Au pied de cet autel, hâtez-vous de verser Un sang qu'exige ma colère Frappez...

À Aufide.

Camille

Ah ! Suspendez vos coups. Je connais sa vertu farouche ; Il verra, sans pâlir, cet éclatant courroux, Mais je fais comme lui le secret qui vous touche.

Almon

Je tremble....

Aufide

Hâtez-vous de me le découvrir... Vous balancez ?... Il va périr...

Camille

J'en atteste, des Dieux la majesté suprême, Si je ne vous livre moi-même L'ennemi qui vous fait trembler ; Puisse le maître du tonnerre Entrouvrir sous mes pas les gouffres de la Terre, Et de ses traits brûlants pour jamais m'accabler : De mon Père captif faites cesser les peines, Qu'il puisse du Palais sortir en liberté.

Aufide

Rutile, qu'on brise ses chaînes, Mais ne le quittez point.

Almon

Que je suis agité !

Camille

La résistance est inutile[.]

Almon

Qu'allez-vous révéler ?

Almon sort avec Rutile.

Camille

Allez, suivez Rutile, Je dois vous donner du secours, Je dois tout employer pour conserver vos jours.

Scène 4

Aufide, Camille

Aufide

C'est de vous que dépend le repos de ma vie ; Vôtre Père a bravé mon courroux menaçant ; Mais vous, espérez tout d'un coeur reconnaissant, Si vous contentez mon envie.

Camille

Enfin je l'ai promis : il veut vous découvrir Cet objet de votre vengeance, Lui-même, à vos regards s'il craignait de s'offrir, Il croirait trahir sa naissance.

Aufide

Ah ! Quel plaisir de me venger Du fier ennemi qui m'outrage ! Ma main conduite par la rage Dans son sang odieux brûle de se plonger : Ah ! Quel plaisir de me venger Du fier ennemi qui m'outrage ! Quel lieu peut le cacher ?

Camille

Ce Palais[.]

Aufide

Justes Dieux ! Tout me jette en un trouble extrême, Ici mon ennemi n'a point frappé mes yeux, Je cherche vainement..

Camille

Tu le vois, c'est moi-même[.]

Aufide

Vous ! Ô Ciel!

Camille

Ce Guerrier dont je sauve les jours, Pour conserver les miens, me prêta son secours, Pour mieux cacher mon sort et tromper ta furie, Il publia qu'un Prince échappait à tes coups.

Aufide

Le perfide ! Il ne peut éviter mon courroux ; Venait-il en ces lieux attenter à ma vie ?

Camille

Au milieu des forêts il voulut me former, De traits, de javelots, il prit soin de m'armer ; Des tigres et des ours j'allais dompter la rage ; À ces travaux sanglants j'osai m'accoutumer, Pour punir les tyrans, j'essayais mon courage.

Aufide

Le Ciel remplit mal tes souhaits...

Elle sort.

Camille

Il est jaloux de sa victime, Il veut réserver à ses traits La gloire de punir ton crime ; Achevé, il en est temps, rends-toi plus odieux, Sans cesse à mon esprit mon père se présente, Hâte-toi de m'unir à son ombre sanglante, Hâte-toi d'irriter et ce peuple et les Dieux.

Les Prêtres et les Prêtresses de la Fortune viennent lui rendre leurs hommages, et célébrer son pouvoir.

Aufide

Allez, que l'on s'assure d'elle, Cherchons à prévenir leur fureur criminelle, Fortune, seconde mes voeux ; Ministres de son Temple, animez votre zèle, Implorez son pouvoir, formez de nouveaux Jeux.

Scène 5

La Prêtresse de la Fortune, Prêtresse Et Les Petits Choeurs

La Prêtresse de la Fortune

Fortune, ton suprême Empire Embrasse le vaste Univers, Tu te fais adorer de tout ce qui respire, Tu règles les destins de la Terre et des Mers.

Alternativement.

La Prêtresse et les grands choeurs répètent les quatre premiers vers ; les peuples qui adorent la Fortune et les prêtresses célèbrent une fête par leurs danses et par leurs chants.

Prêtresse Et Les Petits Choeurs

Le Matelot tremblant au milieu de l'orage Implore ton secours ; Le Soldat entraîné dans l'horreur du carnage Te laisse le soin de ses jours. La Victoire, ou la mort, les plaisirs, ou les peines, Dépendent de tes lois ; Les Sceptres, quand tu veux, se transforment en chaînes, Tu saisies Captifs et les Rois.

Le Divertissement commence.

Le Divertissement continue.

À la fin du Divertissement Corite vient sur la Scène.

La Prêtresse de la Fortune

Triomphe, joui de ta gloire, Enchaîne à ton gré les mortels, Dans le fond de leur coeur tu trouves des autels, Les autres Dieux à peine occupent leur mémoire. Fortune, tu n'as qu'à paraître Pour assembler tous les plaisirs ; Sitôt que tu fuis, on voit naître Et les chagrins et les soupirs ; L'Amour de ses rapides ailes Se plaît à voler sur tes pas , Et pour fléchir des coeurs rebelles, Ce Dieu se sert de tes appas. Fortune, c'est ton seul caprice Qui règle se sort des amants, Et ta voix sévère ou propice Fait leurs plaisirs ou leurs tourments : Sans toi, le coeur le plus sincère Ne peut espérer d'être heureux ; Et souvent ton secours pour plaire, Est plus sûr que de tendres feux.

Scène 6

Aufide, Corite

Aufide

Quoi, Prince, malgré ma défense, Vous osez paraître en ces lieux !

Corite

Aux frayeurs d'un amant pardonnez cette offense, Ou je vais, en mourant, l'expier à vos yeux ; Rien n'a pu m'arrêter : je tremble pour Camille ; Ferai-je en sa faveur un effort inutile ? J'embrasse vos genoux, J'ose vous implorer pour elle et pour moi-même ; C'est moi que menacent vos coups, Vous perdez votre fils, si je perds ce que j'aime.

Aufide

Votre coeur se doit-il partager entre nous ?

Corite

Je vous dois à tous deux la vie, Je sais que je la tiens de vous, Mais sans Camille, hélas ! Le sort me l'eût ravie. Rendez-vous à mes pleurs. Tout doit vous engager à finir mes malheurs. Qu'un Hymen fortuné bannissant nos alarmes, Affermisse le Trône où vous êtes monté.

Aufide

Mon Trône !... Cet espoir, vos soupirs et vos larmes Balancent les transports de mon coeur irrité. Dans le coeur de Camille étouffez la vengeance, C'est d'elle que dépend le succès de vos feux.

Corite sort avec tous les Peuples et les Choeurs qui étaient dans le Temple.

Corite

Amour, à mes efforts viens joindre ta puissance, Et l'amant le plus tendre aide à combler les voeux.

Scène 7

Aufide

Aufide

Va, goûte une vaine espérance, J'emprunte d'un hymen la trompeuse apparence ; Deux ennemis m'ont fait trembler, Non, leur sang à mon gré ne peut trop tôt couler. Venez, juste fureur, venez tout entreprendre : Il ne me suffit pas du sang que j'ai versé, Lorsqu'au suprême rang un mortel s'est placé, Il doit perdre le jour avant que d'en descendre : Venez, juste fureur, venez tout entreprendre.

Acte CI

Scène 1

Corite, Camille, Tous Deux

Corite

Non, votre coeur pour moi ne fut jamais Le Roi prépare tout pour nous unir tous deux, Il a laissé fléchir ce courroux si terrible Qui m'ôtait l'espoir d'être heureux, Vous seule toujours inflexible Du plus fIdèle Amant vous rejetez les voeux ! Verrez-vous sans douleur mon destin déplorable ? Si vous ne m'aimez plus, si je vous perds, je meurs.

Camille

Ah ! Dans le trouble qui m'accable, Pourquoi me montrez-vous de si tendres ardeurs ? Je sens une douleur mortelle Je fais ce que je dois à l'auteur de mes jours, Sans cesse je me le rappelle, Et, malgré mon devoir, je vous aime toujours.

Corite

Votre coeur est toujours le même ; Et vous, me condamnez au plus funeste fort !

Camille

Prince, n'en doutez point : ma tendresse est extrême. Mais enfin mon devoir doit être encor plus fort. Fille de Metabus, quelque amour qui m'anime, Je ne puis d'un barbare oublier la fureur, Non, toutes vos vertus n'effacent point un crime Qui toujours me remplit d'horreur. Victimes d'un devoir sévère, Armons-nous, sens briser un si tendre lien : Vous devez contre moi défendre votre père, Et contre vous je dois venger le mien.

Corite

Ô Ciel impitoyable ! À quels malheurs nous réservaient les Dieux !

Camille

Je ressens tous vos maux, votre plainte m'accable, Ô fils trop généreux d'un tyran trop coupable, Laissez-moi par pitié m'éloigner de ces lieux.

Corite

Vous voulez me quitter !

Camille

Il le faut.

Corite

Loi barbare ! L'Amour nous unissait...

Camille

Le devoir nous sépare,

Tous Deux

Amour, devoir, tyrans des coeurs Que vous avez pour nous de cruelles rigueurs !

Il sort.

Corite

J'ai fait venir Almon : j'en ose tout attendre, Près de vous l'amitié fera plus que l'amour ; Il peut en sûreté paraître en ce séjour, Je vais le presser de s'y rendre.

Camille

Dieux, êtes-vous contenTs des efforts que je fais ?... Mais Almon vient dans ce Palais.

Scène 2

Almon, Camille

Almon

Princesse, qu'ai-je vu ? Quel hymen se prépare ? Le tyran dans ces lieux fait assembler sa Cour, Avez-vous oublié le crime d'un Barbare ? Quoi ! De son fils vous couronnez l'Amour !

Camille

Quel outrage ! Est-ce ainsi qu'Almon doit me connaître ? J'ai vu couler les pleurs d'un Prince malheureux, Fidèle à mes devoirs et rebelle à ses feux, Quelle rigueur pour lui, n'ai-je pas fait paraître !

Almon

Ah ! Je connais en vous le vrai sang de mon Maître ! Venez contre un tyran seconder mon dessein, Le Ciel m'offre un instant pour lui percer le sein, Tandis que de l'hymen il ordonne la fête, Nos Conjurés sont dans ces lieux, Et Rutile avec nous s'apprête À venger à la fois votre père et les Dieux : Remplissons ce séjour d'horreur et de carnage, Que le fer, que le feu servent notre courroux, Que les cris des mourants accablés de nos coups Percent le ténébreux rivage ; Que l'ombre d'un Roi malheureux Attentive à ces cris affreux, S'applaudisse de notre rage.

Camille

Hélas !

Almon

De ce soupir que je suis étonné ! Armez-vous de votre courage.

Camille

Que mon sort est infortuné ! Cher Prince !...

Almon

Ses vertus me forcent à le plaindre, Sauvons-le, s'il se peut ; mais quel que soit son sort, C'est assez pour vous de le craindre, De l'auteur de vos jours, il faut venger la mort.

Camille

Que je sens de rudes alarmes ! Mon père et mon amant partagent tous mes voeux, Sans oser décider entre eux. Je ne fais que verser des larmes.

Almon

Prévenons un sort rigoureux. Des desseins du tyran, Rutile a su m'instruire, Il a feint notre hymen, pour nous perdre tous deux, Renversons son espoir, que lui-même il expire. Venez, ne tardons plus, de fidèles sujets Ont armé pour vous leur audace ; Si nous n'achevons nos projets, Songez au coup qui nous menace ; Des serments que vous avez faits Se peut-il qu'un instant le souvenir s'efface ?

Camille

Ah ! Ç'en est trop, allons, je rougis de mes pleurs, Pardonnez-les à mes malheurs.

Camille

Dans les coeurs formés pour la Gloire, L'Amour n'exerce point un souverain pouvoir : Il peut bien quelque temps balancer le devoir, Mais il ne peut jamais remporter la Victoire.

Almon

Le Peuple vient, éloignons-nous, Venez Joindre Rutile, il n'attend plus que vous.

Scène 3

Aufide, Choeurs de Peuples, Une Femme De La Fête, Un Homme De La Fête

Les Peuples s'assemblent dans le Palais pour célébrer la Fête de l'Hymen.

Aufide

Peuples, vous devez tous applaudir à mon choix ; Camille est le sang de nos Rois, Et la main de mon fils l'élève au rang suprême. Pour chanter leur bonheur extrême Venez unir vos voix. Célébrez l'hymen qui s'apprête, Que vos voeux, que vos chants en augmentent la fête.

Le Divertissement commence.

Choeurs de Peuples

Célébrons l'hymen qui s'apprête, Que nos voeux, que nos chants en augmentent la fête.

Le Divertissement continue.

Une Femme De La Fête

Rassemblez-vous, aimables Jeux, Triomphez avec tous vos charmes. L'Amour cherche à nous rendre heureux, Les Plaisirs lui prêtent des armes ; Rassemblez-vous, aimables Jeux, Triomphez avec tous vos charmes.

Un Homme De La Fête

Règne, hymen, dans un jour si beau, Fais briller ton flambeau D'une flamme plus vive : Qu'avec les plus charmants appas L'Amour vole devant tes pas, Et que la constance les suive.

Scène 4

Chef de la Garde d'Aufide, Aufide, Choeurs de Peuples

Chef de la Garde d'Aufide

Seigneur !...

Aufide

Quelles sont tes alarmes !

Chef de la Garde d'Aufide

Rutile vous trahit, Rutile a pris les armes Suivi d'un peuple audacieux, Avec le fier Almon il vient forcer ces lieux, Camille les a joins, redoutez leur courage, Votre fils vainement s'oppose à leur passage.

Aufide

Courons dans un si grand danger Ranimer mes soldats, périr, ou nous venger.

Les combattants des deux partis traversent le théâtre en se disputant l'avantage, tandis que le choeur des peuples forme des voeux pour le véritable sang de leurs Rois.

Choeurs de Peuples

Quel succès devons-nous attendre ! Déjà les combattants paraissent à nos yeux, Nous vous implorons, justes Dieux ! C'est le sang de nos Rois que vous devez défendre.

Scène Dernière

Corite, Camille, Almon, Choeurs de Peuples

Corite

Vous m'avez désarmés, cruels, immolez-moi, Je m'offre à vos coups... Ah ! Princesse, Quel sang a teint ce fer qu'en vos mains j'aperçois ?

Camille

Corite, plains mon fort, non toute ma tendresse N'a pu vaincre un devoir dont j'ai suivi la loi : J'ai calmé, j'ai vengé les mânes de mon père, Le même soin doit t'animer.

Corite

Hélas ! Contre une main si chère La mienne peut-elle s'armer ?

Camille

À ton tour arme-toi, que rien ne te retienne, J'ai rempli ma vengeance, il faut remplir la tienne ; Après tant de malheurs je ne dois plus te voir, Tu ne peux être à moi, sois tout à ton devoir. Imite-moi cruelle[.]

Il prend le Javelot de la main de Camille et se tue.

Corite

Ah ! Qu'osez-vous prétendre ?. Donnez, voilà le sang que ma main doit répandre.

Elle veut prendre le javelot dont Corite s'est frappé, Almon qui arrive sur le Théâtre la retient.

Camille

Ô Ciel ! Je te perds pour toujours ! Ah ! De ce même fer empruntons le secours.

Almon

Princesse, quel dessein !

Camille

Quelle pitié cruelle ! Vous prolongez mes jours !

Almon

Ils ne sont plus à vous Ils sont à ce peuple fidèle, Venez le rendre heureux, venez régner sur nous.

• Almon, Rutile et tous les Volsques entourent Camille et l'emmènent.

Choeurs de Peuples

Venez nous rendre heureux, venez régner sur nous.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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