Comédie · 1682

Crispin bel esprit

de Jean-François Juvenon dit la Thuilerie

Représentation
≈ 38 min
Distribution
3 femmes, 5 hommes
Répliques
302
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Crispin H 104 ≈ 16 min 12
Victorine F 54 ≈ 6 min 9
Pénétrant H 43 ≈ 4 min 4
Valère H 30 ≈ 4 min 8
Lise F 27 ≈ 3 min 4
Victorin H 22 ≈ 3 min 2
Orphise F 19 ≈ 2 min 6
Millepont H 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Crispin Bel Esprit
Crispin absentabsentabsentabsent
Victorine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pénétrant absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Valère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Victorin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Orphise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Millepont absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Crispin Bel Esprit

Scène 1

Crispin, Valère

Crispin

Oui, Monsieur, j'ai conduit à bout mon entreprise. Je vous amené ici chez la mère d'Orphise, Madame Victorine ; et c'est par mon esprit Que je me suis près d'elle acquis quelque crédit.

Valère

Et pourquoi cet habit ? car tu me l'as fait prendre Sans me dire...

Crispin

Attendez, je m'en vais vous l'apprendre. Mais il est bon, avant que d'expliquer ce fait, De vous dire en deux mots, Monsieur, ce que j'ai fait. À moins d'être savant, on n'entre point chez elle ; Et ce n'est pas pour vous une chose nouvelle. J'ai donc fait le savant, je me suis dit auteur. Victorine m'a cru plus docte qu'un Docteur. J'en fais l'adorateur : j'approuve chaque chose, Ce qu'elle fait en vers, ce qu'elle dit en prose. Ainsi de mes avis elle fait si grand cas, Qu'un plus savant que moi ne les détruirait pas. Aussi j'ai de l'esprit même par héritage. Je servais autrefois un savant personnage, Qui, venant à mourir, sans se faire prier, Me fit de son esprit son unique héritier. De plus, je sais fort bien user de fourberie ; On ne peut mieux que moi payer d'effronterie, Et, pour mieux abuser les crédules esprits, Monsieur de Clairvoyant est le nom que j'ai pris. Victorine sur tout me croit, me considère, Et tout ce que je fais a le don de lui plaire.

Valère

Je puis donc espérer qu'à mon tour...

Crispin

Doucement. Le plus beau du récit, c'est le commencement : La fin n'y répond pas ; et j'ai sujet de craindre Que vous n'ayez aussi sujet de vous en plaindre.

Valère

Comment ?

Crispin

Ce n'est pas tout que, pour servir vos feux, Je me sois introduit chez l'objet de vos voeux : Il faut enfin, Monsieur (et voici l'enclouure), Que Monsieur Victorin, père de la future... (Car je la nomme ainsi), favorable à vos soins, Consente que sa fille...

Valère

Ah, Crispin, c'est le moins...

Crispin

Hé bien, ce moins n'est pas.

Valère

Le moyen qu'il puisse être ! Car Monsieur Victorin peut-il sans me connaître, Consentir que sa fille, approuvant mon amour, Récompense mes soins, en m'épousant un jour ?

Crispin

Mais Monsieur Victorin, maître de sa famille, À quelqu'autre qu'à vous peut bien donner sa fille.

Valère

Fort bien, cela se peut.

Crispin

Fort mal, cela s'est fait. Mais vous serez d'Orphise amplement satisfait. En vain, sans son aveu, son père l'a promise.

Valère

Que dis-tu ? ViCtorin a disposé d'Orphise ? Quoi, malgré tant d'amour, le Ciel l'aurait permis ?

Crispin

Il l'a promise à l'un de ses meilleurs amis, Pour son fils ; et de plus...

Valère

Ce coup me désespère. Ah, que me coûte cher l'absence de mon père, Cher Crispin !

Crispin

Elle vient sans doute à contre-temps ; Mais vous avez pour vous l'étoile des amants.

Valère

Puis-je fous cet habit étaler ma tendresse, Et paraître sans honte aux yeux de ma maîtresse ?

Crispin

C'est elle qui le veut.

Valère

Mais ce petit-collet...

Crispin

Je vous entends ; il est fort petit, en effet : Et vous pourriez passer, Monsieur, pour la copie De ces Originaux dont la ville est remplie ; De ces gens qui souvent ne sachant A ni B, Passent pour beaux esprits avec le nom d'abbé, N'est-ce pas ?

Valère

C'est cela, cher Crispin, et je n'ose...

Crispin

Osez tout. Je l'ai fait exprès.

Valère

Pourquoi ?

Crispin

Pour cause. Et qui mieux qu'un abbé s'introduit à présent? Tout vous réussira sous ce déguisement. Joignez à cet habit une faible science : On se laisse aujourd'hui tromper par l'apparence. Moi même, par exemple, avec mon air d'auteur, J'abuse tout le monde, on me croit grand Docteur, Et Victorine, hier, me pria pour lui plaire, De corriger des vers qu'elle venait de faire. Je les pris hardiment, et pour me dégager, Je priai Pénétrant de me les corriger : C'est un de ces auteurs qu'on connaît à la mine, Et qui vient tous les jours encenser Victorine. Mais le sujet des vers est bien des plus plaisants. Une femme qui fait des enfants tous les ans, Et qui jamais en vers ne s'avisa d'écrire, Est coupable. Elle a fait contre elle une satire.

Valère

Ce Monsieur Pénétrant pourrait...

Crispin

Paix, le voici.

Scène 2

Crispin, Pénétrant, Valère

Crispin

Ah, Monsieur, quel bonheur de vous revoir ici ! J'en ressens une joie en mon coeur non petite.

Pénétrant

Au bel esprit du temps je viens rendre visite, À la dixième Muse, et pour mieux dire enfin, Au plus beau des esprits du genre féminin. Mais quel est ce jeune homme à la perruque blonde ?

Crispin

Un savant nouveau né, que je veux mettre au monde ; Et comme je prétends qu'il soit connu de tous, Il est fort à propos qu'il soit aimé de vous.

Valère

C'est un honneur...

Pénétrant

Monsieur...

Crispin

Dans ce siècle où nous sommes, C'est, après vous et moi, le plus savant des hommes. Au reste, il porte un nom fort significatif : Il s'appelle Naissant, c'est-à-dire Apprentif Dans l'école du monde, où jamais la jeunesse Ne parvient sans les soins de la docte vieillesse. À la Sapho du temps je viens le présenter.

Pénétrant

Oui, Monsieur, c'est par-là qu'il convient débuter.

Crispin

Par ma foi, la vertu mérite qu'on l'encense ; Car... quand on est savant... on a de la science. La sagesse et l'esprit nous distinguent des fous ; Enfin il fait bon être éclairé comme vous.

Pénétrant

Oui, partout à bon droit la Science on renomme : De la bête, Monsieur, elle distingue l'homme, Et par un vol hardi l'élevant jusqu'aux cieux, Elle le fait manger à la table des Dieux. C'est pourquoi l'on a dit que, sans mère conçue, Du cerveau de Jupin Minerve était issue.

À Pénétrant.

Crispin

L'accouchement est rare, et dans tout l'Univers... Mais à propos, Monsieur, avez-vous vu mes vers ?

Pénétrant

Oui.

À Valère.

Crispin

J'aperçois venir Madame Victorine. Orphise est avec elle. Elle semble chagrine.

Scène 3

Pénétrant, Victorine, Crispin, Valère, Orphise

Pénétrant

Vous voyez ; Apollon m'interdirait sa Cour, Si sans venir vous voir je passais plus d'un jour.

Victorine

De tant d'honneur, Monsieur, je vous suis redevable.

Pénétrant

On ne peut trop vous voir, ô Muse incomparable !

Crispin

Madame, de plaisir je vais combler vos sens : Je vous offre la fleur des poètes naissants.

Victorine

J'accepte le présent que vous venez me faire. D'un savant sur son front on voit le caractère, On voit qu'à son esprit le jugement est joint. Sa physionomie...

Crispin

Elle ne trompe point. Il est jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, La rime n'attend pas le nombre des années. C'est un prodige... Il sait... Oui, Madame, je crois Que jamais... En un mot, il sait autant que moi.

Victorine

En termes expressifs votre bouche s'explique, C'est faire en un seul mot un grand panégyrique.

Crispin

Madame, vos bontés me rendent interdit.

Victorine

Monsieur, vous méritez bien plus que je n'ai dit.

Crispin

Venez, Monsieur Naissant, venez entrer en lice ; Faites la révérence à notre protectrice, Approchez.

Victorine

Qu'il a l'air noble, modeste et doux !

Crispin

Jouez bien votre rôle, et la Dame est pour nous.

Valère

Jamais autant que moi l'on n'eut d'impatience De se voir honoré de votre connaissance, Madame ; et si le Ciel eut rempli mes souhaits, J'aurais fait dès longtemps ce qu'aujourd'hui je fais. Monsieur de Clairvoyant peut bien vous en instruire : Je l'ai prié cent fois de vouloir m'introduire. L'honneur tant souhaité d'être reçu chez vous Me va faire goûter les plaisirs les plus doux. Je pourrai voir les gens que j'estime, que j'aime, Les entendre parler, et leur parler moi-même, Voir si leurs sentiments sont conformes aux miens, Et tirer quelque fruit de tous leurs entretiens.

À Pénétrant.

Crispin

Hé bien, que dites-vous ? Monsieur sait-il pas vivre ? Il semble qu'il ait pris tout cela dans un livre.

Pénétrant

Tout ce qu'il dit est beau, l'on ne peut rien de mieux.

Victorine

Monsieur fera bientôt des progrès en ces lieux : Il joint à ses discours une grâce divine. Hélas ! Que n'est-ce-là l'époux qu'on vous destine ? Ma fille ? Quel bonheur, si le Ciel...

Valère

Est-ce-là Madame votre fille ?

Victorine

Oui, Monsieur, la voilà.

Crispin

Ô la buse !

Valère

Souffrez qu'envers vous je m'acquitte D'une civilité par mon devoir prescrite, Madame, et que mon coeur ose vous répéter Tout ce qu'à votre mère il vient de protester. Mais puis-je concevoir la flatteuse espérance Que vous aurez pour moi la même complaisance ? Que mon abord ici n'offense point vos yeux ? Madame, un Dieu puissant me conduit en ces lieux.

Victorine

C'est Apollon sans doute.

Crispin

Oui, c'est lui qui veut dire.

Valère

Tout ce que je vous dis, c'est lui qui me l'inspire, Et me fait espérer qu'on ne blâmera pas L'envie et le dessein qui guide ici mes pas.

Orphise

Mes sentiments pour vous suivent ceux de ma mère : Ce qui lui plaît, Monsieur, ne saurait me déplaire. Votre abord en ces lieux ne saurait m'offenser. On ne dit pas toujours tout ce qu'on peut penser ; Mais, sans aller plus loin, ceci doit vous suffire. Suivez les mouvements du Dieu qui vous inspire : Avec joie en ces lieux j'apprends qu'il vous conduit, Il pourra de vos soins vous faire avoir le fruit.

Victorine

Ce discours à mon coeur vous rend cent fois plus chère. Ah, que vous êtes bien fille de votre mère ! Je reconnais mon sang à ce noble discours. Je vous verrai courir dans la lice où je cours. Faut-il que votre père, injuste en ses défenses, Veuille de votre esprit étouffer les semences ? Et que par une loi... Je ne saurais parler.

Pénétrant

Quel mouvement secret peut ainsi vous troubler ?

Victorine

Je vais vous annoncer une triste nouvelle.

Valère

Mais d'où vient cette crainte, et que présage-t-elle ?

Victorine

Mon époux est ici depuis hier au soir, Hélas ! Et le cruel me défend de vous voir : Voyez des gens d'épée, et n'en voyez point d'autre ; Le véritable esprit, c'est proprement le nôtre, M'a-t-il dit ; et songez que cela vaut bien mieux Que le Grec des pédants qui me blessent les yeux.

Pénétrant

Vengeons-nous par écrit de cette atroce injure : Décrions votre époux chez la race future ; Et, prompts à soutenir l'honneur de l'Hélicon, Par plus d'une satire on peut noircir son nom. Il en faut traduire une, ou de Perse, ou d'Horace, Et par là nous pourrons confondre son audace.

Valère

Non, Messieurs, laissons-là la satire et les coups : Il faut que de Madame on respecte l'époux. Il veut que renversant notre attente trompée, Elle soit désormais avec des gens d'épée. Hé bien, à cette loi feignant de consentir, Nous-même en gens d'épée il faut nous travestir.

Victorine

Le conseil est fort bon, il est incomparable.

Crispin

Certes, l'invention me paraît admirable.

Pénétrant

J'y souscris ; allons prendre un habit décevant, Les armes ne font point déroger un savant : C'est son premier métier. Le Dieu qui nous inspire Porte tout à la fois le carquois et la lire ; Et l'on n'ignore pas que le grand Apollon Sut défaire autrefois l'affreux serpent Python.

Crispin

Allons nous préparer à la métamorphose.

Victorine

Je veux auparavant vous dire quelque chose. Avez-vous vu les vers que je vous ai fiez ?

Crispin

Les vers que vous savez font-ils rectifiez ?

Pénétrant

Oui, Monsieur.

Bas à Pénétrant.

Crispin

Tout est fait. Donnez-les moi, de grâce.

Pénétrant

Je vais vous les donner : suivez-moi dans la place,

Crispin

Je vais dans peu de temps revenir sur mes pas, J'apporterai vos vers et n'y manquerai pas.

Pénétrant

Ne tardons point ; allons pousser notre artifice, Messieurs.

Elle sort.

Victorine

Grand Apollon, fais que tout réussisse. Allez et revenez.

Scène 4

Lise, Orphise

Lise

Pleurerez-vous toujours ?

Orphise

Hé, qui peut de mes pleurs interrompre le cours ? Lise, d'un inconnu je deviendrai la femme, Mon père à cet hymen veut contraindre mon âme, Devrait-il de mon coeur exiger cet effort ? Devrait-il me forcer d'épouser ?...

Lise

Il a tort. Sans mentir, les parents sont un meuble incommode, Ils veulent qu'un enfant se marie à leur mode. C'est un vilain abus, et je prétends, ma foi, Donner sur ce sujet un beau Placet au Roi. Mais peut-être l'époux pourra vous satisfaire. Peut-être il est bien fait, et pourra bien vous plaire.

Orphise

Hélas !

Lise

Cet hélas dit ce que j'ai toujours cru ; De quelque amour secret votre coeur est féru.

Orphise

Tu l'as dit.

Lise

Vous aimez ?

Orphise

Oui, j'aime, chère Lise.

Lise

Et de qui, s'il vous plaît, votre âme est-elle éprise ?

Orphise

De ce dernier venu...

Lise

Quoi, si tôt de l'amour ! Monsieur Naissant ne vient ici que dès ce jour...

Orphise

Il est vrai ; mais longtemps avant cette journée, Lise, sans qu'on le sut, notre ardeur était née. Je l'aime, il m'aime aussi. Pour me voir plus souvent, Il a pris et le nom et l'habit d'un savant. Il n'a rien à tes yeux de ce qu'il paraît être, Et dans un autre rang le Destin l'a fait naître.

Lise

Comment ? Quoi, vous étiez l'un de l'autre amoureux, Et vous m'avez pu faire un secret de vos feux ? Allez, vous avez tort : l'emploi d'une suivante, Madame, de tout temps, fut d'être confidente ; Et c'est faire l'amour irrégulièrement, Que d'avoir pu manquer en ce point seulement.

Orphise

J'ai grand tort, je le sais ; mais cependant j'espère Que tu feras pour moi...

Lise

Ce que je pourrai faire, Je suis fort charitable à l'endroit des amants, Et juge de leurs maux par mes propres tourments.

Orphise

Quoi, Lise, aimerais-tu?

Lise

Pour mes péchés, Madame, L'Amour, le traître Amour, embrase aussi mon âme.

Orphise

Peut-on savoir de toi, Lise, quel est ton choix ?

Lise

Je ne me ferai pas prier plus d'une fois, C'est Monsieur Clairvoyant.

Orphise

Le choix est admirable.

Lise

Avez-vous vu, Madame, un homme plus aimable ? Il est charmant, bien fait, plein de talents divers, Il fait des vers en prose, et de la prose en vers. N'est-ce pas un savant plein de grande doctrine ?

Orphise

Non, Lise, et tout au plus, il n'en a que la mine. Enfin c'est un valet.

Lise

De qui ?

Orphise

De mon amant. Il est entré chez nous par ce déguisement, Il sert son maître, et c'est Crispin que l'on le nomme.

Lise

Je l'ai pris, sans mentir, pour un fort honnête homme. Voyez comme la mine est trompeuse.

Orphise

Tu vois, Lise, que si le maître est heureux une fois...

Lise

Mais je le vois venir, notre Apollon burlesque, La flamberge au côté : l'équipage est grotesque. Il faut dissimuler, vous n'avez qu'à sortir, Madame, à ses dépens je vais me divertir.

Scène 5

Crispin, Lise

Crispin

Ah, Lise, te voilà. Foi de savant, je t'aime, Et je mets à tes pieds ma science et moi-même. Friponne, ton bel oeil, ton air charmant et doux, Ont pris sur moi...

Lise

Monsieur, vous m'aimez, dites-vous ? Il faut me le prouver : vous le pouvez sans peine, En me donnant des vers une règle certaine.

Crispin

Oui, sans doute, et cela ne me coûtera rien. Je sais tout, et par coeur, Lise, écoute-moi bien : Il faut premièrement que la cacophonie D'un vers harmonieux conduise l'harmonie ; Que Liratus... attends... c'est l'hiatus, je crois, Donne un beau sens au vers... car c'est là son emploi ; Que sur la fin du vers l'hémistiche repose, Et que la rime y soit... et tout cela pour cause. Il faut... Souviens-t-en bien, que le vers féminin Se trouve joint ensemble... avec le masculin ; L'Ouvrage en est plus beau. La rime masculine Ne doit point... comme on sait, enjamber sa voisine. Car... cela gâte tout, et fait que de travers... Enfin, Lise, voilà comme l'on fait des vers.

Lise

Je n'y comprends rien.

Crispin

Non ?

Lise

Non.

Crispin

Ce n'est pas ma faute. La science des vers, vois-tu, Lise, est bien haute.

Lise

Ah, je n'en doute point ; mais Monsieur, entre nous, Monsieur Naissant est-il aussi savant que vous ?

Crispin

De même.

Lise

Il faut qu'il soit savant à toute outrance.

Crispin

Sans doute.

Lise

Il a, dit-on, un valet d'importance.

Crispin

Oui, qui n'est pas mal fait.

Lise

Savez-vous point son nom ?

Crispin

Si fait.

Lise

On dit partout que c'est un grand fripon.

Crispin

La, la.

Lise

Que l'on vous voit presque toujours ensemble.

Crispin

Quelquefois.

Lise

On ajoute encore qu'il vous ressemble.

Crispin

Friponne, c'en est trop, je vois qu'on t'a tout dit ; Tu me connais. Hé bien, sans faire un long récit, Je ne suis point savant, et je ne veux point l'être ; Je suis un bon valet qui veut servir son maître ; Et si tu m'aimes bien... Mais Victorine...

Lise

Adieu.

Scène 6

Crispin, Victorine

Crispin

Madame, qu'à propos vous venez en ce lieu ! Pour vous porter vos vers, où tant d'art on voit luire, Dans votre appartement Lise allait me conduire ; Mais, puisque vous voilà, je n'irai pas plus loin. Tenez.

Victorine

À les revoir avez-vous pris grand soin ?

Crispin

Non, par ma foi. Vos vers font faits avec tant d'ordre, Que la correction n'y trouve rien à mordre.

Victorine

Il est vrai, bien des gens m'ont tenu ce discours ; Mais pourtant il en est des vers comme des ours. Leurs petits en naissant sont une masse informe, Ce n'est qu'en les léchant qu'ils leur donnent la forme. De même, lorsqu'un vers est encor nouveau fait, Il faut l'examiner pour le rendre parfait, C'est-à-dire polir avec un soin extrême.

Crispin

Pour d'autres ; mais pour vous il n'en est pas de même. Vous avez pour les vers un esprit si perçant, Que les vôtres sont beaux et polis en naissant.

Victorine

La nature, dit-on, s'y montre tout entière.

Crispin

Il est vrai, vos vers ont la mine cavalière. Mais, Madame, à propos d'air libre et cavalier, Dites, ne l'ai-je pas sous cet habit guerrier ? Ne suis-je pas bien fait ?

Victorine

Vous êtes fait à peindre, Sous cet habillement vous n'avez rien à craindre. Si nous sommes encor troublés par mon époux, Je vous ferai passer pour... Mais il vient à nous.

Scène 7

Crispin, Victorin, Victorine

Crispin

Tant pis.

Victorin

Savez-vous bien ce que je viens d'apprendre ? Le père de celui qui doit être mon gendre, Arrivera bientôt pour cette affaire-là, Et peut-être l'est-il. Mais quel homme est-ce là ?

Victorine

C'est un officier.

Victorin

Un ?...

Victorine

Un officier d'armée. Ce mot seul de plaisir rend votre âme charmée.

Victorin

Monsieur, votre visite est un honneur pour moi, Que je ne puis...

Crispin

Monsieur, vous vous moquez, je crois. J'ai pris la liberté de venir voir Madame...

Victorin

Monsieur, je vous conjure, accoutumez ma femme À ne point voir ici que des gens du métier. Comme vous j'ai l'honneur, Monsieur, d'être officier, Et j'ai servi vingt ans ou sur mer, ou sur terre.

Crispin

C'est fort bien fait à vous : vive les gens de guerre !

Victorin

Oui, morbleu, vive ! Au moins vous me ferez plaisir De nous donner souvent vos moments de loisir. Peut-être en vous voyant, Madame Victorine Prendra quelques dégoûts pour ces gens de doctrine, Pour ces pédants fieffés, qui sans cesse chez moi...

Victorine

Eh, Monsieur.

Victorin

Ce ne font que des sots, par ma foi ; N'est-il pas vrai, Monsieur ?

Crispin

Eh !

Victorine

Monsieur est trop sage Pour ravaler ainsi les gens du haut étage. Il sait trop le respect qu'exigent les beaux Arts, Et que mon Apollon ne doit rien à son Mars.

Crispin

Ah ! Madame, mon Mars...

Victorin

En quelle heureuse armée Avez-vous travaillé pour votre renommée ? Aurais-je eu le bonheur de servir avec vous ?

Crispin

Ce serait un honneur qui m'eût été fort doux. Mais... où servîtes-vous la dernière campagne ? Je verrai bien...

Victorin

Monsieur, j'étais en Allemagne.

Crispin

Oh, nous ne pouvions pas nous rencontrer ainsi. J'étais en Catalogne, où je vis, Dieu merci, Des choses... Par ma foi, la campagne fut rude.

Victorin

Vous prîtes Puycerda.

Crispin

Ce ne fut qu'un prélude À mille beaux exploits qu'ensuite...

Victorin

Mais pourtant Ce siège fut vanté comme un siège important, Et vous m'obligerez, si vous prenez la peine De me faire un détail de l'Histoire certaine. On me l'a fait vingt fois, mais si confusément, Que je n'en puis porter un juste jugement.

Crispin

Après trois jours de siège, et ne sachant que dire... Nous prîmes Puycerda... cela vous doit suffire.

Victorin

Eh, Monsieur, s'il vous plaît...

Crispin

Je n'ai pas le loisir...

Victorin

Un seul mot.

Crispin

Il faut donc vous faire ce plaisir. De Puycerda, Monsieur, les murailles font fortes ; Les habitants rusés avaient fermé les portes. Dieu me damne, il y fut chamaillé comme il faut ; On commença d'abord par monter à l'assaut, Et dès le lendemain on ouvrit la tranchée.

Victorin

Comment !...

Crispin

De Catalans la plaine était jonchée.

Victorin

Mais...

Crispin

Il faudrait savoir l'assiette du pays, Pour comprendre... En un mot, c'est ce que je vous dis. En haut ce sont des prés... en bas ce sont des vignes... Et c'est là justement que nous fîmes les lignes. Le corps de la bataille avait pris le devant... M'entendez-vous ?

Victorine

Non.

Crispin

Non ? Il arrivait souvent... Mais enfin, pour pousser à bout notre entreprise, Nous rompîmes le pont, et la ville fut prise... Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

Victorin

Est-ce de la façon qu'on assiège les villes ? Vous vous moquez.

Crispin

Il est des moyens plus faciles : On peut en Allemagne en user autrement ; Mais, croyez-moi, la guerre est un rude tourment. Heureux qui peut ne voir ni siège, ni bataille. Maudit honneur !... Mais quoi, peut-on vivre en canaille, Sans charge, sans emploi, toujours sur son fumier ? Non, ce n'est pas ainsi qu'on devient Officier.

Victorin

Vous l'êtes cependant ; mais par quel privilège ? Car vous parlez si mal et d'armée, et de siège, Que je doute...

Crispin

La langue, aux gens faits comme nous, Est des membres du corps le moins adroit de tous ; Et selon moi, Monsieur, il est plus difficile De décrire un combat que de prendre une ville.

Orphise et Lise entrent.

Bas.

Victorin

Fort bien. Quel officier ! Ah ma fille, c'est vous ! Le père de celui qui sera votre époux, Est peut-être arrivé. Je reviens dans une heure.

Scène 8

Victorine, Crispin, Orphise

Victorine

Hélas, que j'ai souffert !

Crispin

Pas tant que moi, je meure ; Car, malgré le secours de tout mon bel esprit, J'ai cru, loin du combat, mourir dans le récit.

Victorine

Apollon pâtissait, ou je suis fort trompée.

Crispin

Apollon aime mieux la plume que l'épée.

Orphise

Voici Monsieur Naissant.

Scène 9

Victorine, Valère

Victorine

Vous nous enchantez tous, Et je crains qu'Apollon, de Mars ne soit jaloux. Il est si bien tourné qu'il a, dans sa manière, Avec l'air d'un savant, la mine cavalière. Ah, que n'est-il l'époux qu'on vous a destiné, Ma fille !

Valère

Que ne suis-je, hélas, ce fortuné !

Victorine

La Vertu, près de vous, se trouve à quelque épreuve ; Moi-même, en un besoin, je voudrais être veuve.

Valère

Il faut de mon secret ne vous déguiser rien, Ce n'est qu'un stratagème...

Victorine

Hélas, je le sais bien.

Valère

L'amour que dès longtemps j'ai...

Victorine

Pour la poésie, Vous a fait revenir...

Valère

Écoutez, je vous prie. J'adore...

Victorine

Les beaux vers... Mais Monsieur Pénétrant Sous l'habit d'un guerrier nous déguise un savant.

Scène 10

Crispin, Pénétrant, Victorine, Lise, Orphise, Valère

Crispin

Quoi, faut-il, Victorin, par votre humeur fantasque, Que chez vous Apollon ne puisse entrer qu'en masque ?

Pénétrant

Vous voyez ?

Victorine

Ah, fort bien.

Lise

Non, si je ne ris pas... Je crève, et je ne puis rire que par éclats.

Orphise

Tais-toi, sotte.

Victorine

Quoi, Lise est assez téméraire Pour rire devant moi, voyant tant de misère ?

Crispin

Eh, disons à la Muse un éternel adieu : Dans Paris Apollon n'a plus ni feu ni lieu, Madame.

À Crispin.

Victorine

Je le vois et j'en meurs de tristesse. Mais, Messieurs, ménageons les moments qu'on nous laisse. Je ne le puis celer, je brûle du désir De voir quelques enfants de votre heureux loisir.

Crispin

Je vous satisferai ; préparez-vous d'entendre Des sujets que je suis seul capable de prendre.

Victorine

Dans vos oeuvres, Monsieur, quels vers employez-vous ?

Crispin

Quels vers ? Eh ! De ces vers... les plus grands vers de tous Et de plus grands encor ; qu'est-ce que cela coûte ?

Victorine

C'est des Alexandrins dont vous parlez sans doute.

Crispin

Oui, des Alexandrins.

Victorine

Mais d'où vient, dites-moi, Qu'on nomme Alexandrins tous les grands vers ?

Crispin

Pourquoi ? C'est... comme dans Homère on peut fort bien l'apprendre, Qu'il furent inventés par le Grand Alexandre, Qui, faisant un rondeau sur ses exploits divers, Se servit le premier de ces sortes de vers.

Victorine

Vous savez tout.

Crispin

Je sais tout les Arts,et bien d'autres. Mais laissons-là mes vers, ne parlons que des vôtres.

Victorine

Hélas ! Le bel-esprit est bien mal ménagé : On le prodigue trop.

Pénétrant

J'ai cent fois enragé De voir qu'à tout le monde on le jette à la tête.

Victorine

On confond, il est vrai, l'habile homme et la bête. Damon est bel esprit, parce qu'il fait des vers, Et cependant Damon a l'esprit de travers. Lisidas, avec qui personne ne peut vivre, Passe pour bel-esprit, parce qu'il fait un livre. Je connais bien des gens de qui le bel esprit Consiste à condamner tout ce que l'on écrit. L'on n'a jamais rien fait digne de leur estime, Et personne à leur gré ne trouve le sublime.

Valère

Ce sublime en effet est un trésor charmant, Madame, et nos auteurs le trouvent rarement. On devient bel esprit du moment qu'on compose ; On croit faire des vers en rimant de la prose, Et l'on n'attache point le rang d'autorité À la bonté des vers, mais à leur quantité.

Crispin

Pour moi, depuis hier, j'en ai bien fait cinquante, Qui valent tout au moins cinq cents écus de rente.

Montrant Crispin.

Victorine

Par un fort grand bonheur, Messieurs, j'en ai sur moi. Si j'en crois un savant, ils font de bon aloi. Je les fis hier matin ; voulez-vous les entendre ?

Haut.

Crispin

Ah ! Je tremble... Attendons.

Pénétrant

Nous risquons trop d'attendre, Voyons les dignes fruits d'un loisir précieux. Quel en est le sujet ?

Victorine

C'est...

Crispin

Nous ferions bien mieux...

Victorine

Je vous entends, Monsieur : c'est votre modestie Qui vous défend...

Crispin

Eh oui.

Victorine

Pourquoi ?

Crispin

L'antipathie...

Pénétrant

C'est trop perdre de temps.

Crispin

Ah ! Monsieur, elle lit. Me voilà dégradé du nom de bel-esprit.

Victorine

Stances libres et satiriques, contre une femme qui fait tous les neuf mois des enfants, et qui n'a jamais fait de vers.

Pénétrant

Qu'entends-je ?

Victorine

Quoi, Monsieur ?

Crispin

Je souffre comme un Diable.

Victorine

Qu'est-ce qui vous surprend ?

Pénétrant

Est-il bien véritable Que vous soyez l'auteur des vers que vous lisez ?

Victorine

Oui, Monsieur.

Crispin

Corrigez le mot dont vous jugez : En fait de bel esprit vous parlez en novice, Un homme est un auteur, une femme est autrice : Appelez-donc Madame autrice, et non auteur, Et parlons d'autre chose.

Pénétrant

Eh, Monsieur...

Crispin

Eh, Monsieur...

Pénétrant

C'est pour l'amour de vous que je n'ose rien dire. Madame, quant aux vers que vous venez de lire, Je les trouve divins, et tiens à grand honneur, Que vous ayez voulu m'en faire le Censeur. Aussi je n'ai changé que quelques hémistiches. Et trois rimes en tout qui me semblaient peu riches.

Victorine

Et qui vous en a fait le censeur ? Voyons, qui ?

Pénétrant

Monsieur.

Crispin

Cela n'est point, et vous avez menti. Je ne vous ai jamais porté ni vers, ni prose, Et j'en sais plus que vous, Monsieur, en toute chose.

Pénétrant

Moi, j'en ai menti !

Crispin

Vous.

Victorine

Eh, Messieurs, point de bruit.

Pénétrant

De mes bienfaits, ingrat, est-ce-là tout le fruit ? Homme le moins lettré de la Machine ronde, Je t'aurais par pitié produit dans le grand monde. Rentre dans ton néant, pour n'en jamais sortir : Tu verras ce que c'est que de me démentir.

Crispin

Ah ! Que si je savais m'escrimer de l'épée, Celle-ci dans ton sein serait bientôt trempée.

Pénétrant

Ah, si nous étions seuls ici !...

Orphise

Je le voudrais.

Pénétrant

De ta témérité tu te repentirais. Mais s'il faut qu'à mes yeux ton visage se montre...

Crispin

Je t'entends, l'on n'a pas défendu la rencontre. Ah ! Pourquoi dans ces lieux n'être pas seuls ?... Adieu. Je sors... Ne me fuis point.

Pénétrant

Je quitte aussi ce lieu.

Scène 11

Victorine, Valère

Victorine

Ce démêlé, Monsieur, nous fera de la peine : Ils pourraient se tuer.

Ils s'en vont.

Valère

Non, votre crainte est vaine, Madame ; vous rirez de tout ce qu'ils feront ; Bien loin de se chercher, sans doute ils se fuiront.

Scène 12

Crispin

Crispin

J'ai dit que je sortais ; mais ce n'est qu'une feinte. Quelque brave qu'on soit, on n'est guère sans crainte. Pénétrant me suivait sans doute, car je vois Que ce maudit pédant a plus de coeur que moi. Pourtant c'est un auteur; ainsi je me rassure.

Scène 13

Pénétrant, Crispin

Voyant Crispin.

Pénétrant

Je ne me vis jamais en pareille aventure. J'ai fait fort sagement de me cacher ici. Craignant qu'il ne sortit, j'ai jugé... Qu'est-ceci ? Que vois-je ? Clairvoyant.

Crispin

Mon ennemi ? Je tremble. Ah ! je n'espérais pas nous retrouver ensemble.

Pénétrant

Il me regarde, il voit que je tremble de peur.

Crispin

Hélas ! Pourquoi faut-il que je manque de coeur?

Pénétrant

Je suis perdu s'il vient.

Crispin

Je suis mort, s'il avance.

Pénétrant

Si je l'adoucissais par quelque complaisance...

Crispin

Si, demandant pardon, j'apaisais son courroux...

Pénétrant

Si je lui demandais la vie à deux genoux...

Crispin

Lui rendrai-je l'épée ? Allons.

Pénétrant

Peut-on vous dire Bonjour ?

Crispin

C'est de bon coeur que je vous le désire. Que dit-on de la paix ?

Pénétrant

On dit qu'assurément C'est un bien qu'on devrait conserver chèrement.

Crispin

Sans doute : dans la paix on dit que tout abonde.

Pénétrant

Que ne peut-on la voir régner dans tout le monde !

Crispin

Pour moi, je le voudrais.

Pénétrant

Je le désire fort.

Crispin

Un chien vivant, dit-on, vaut mieux qu'un homme mort.

Pénétrant

C'est fort bien dit.

Crispin

La paix fait vivre sur la terre Mille gens qui mourraient, si l'on faisait la guerre. On ne la fera plus, tout le monde le dit.

Pénétrant

Elle est funeste à tous.

Crispin

Surtout aux gens d'esprit.

Pénétrant

Assurément, Monsieur. Sortez-vous ?

Crispin

Je demeure. Et vous ?

Pénétrant

Je sortirai peut-être.

Crispin

À la bonne heure.

Pénétrant

Vous demeurez, au moins ?

Crispin

Oui, jusques à ce soir.

Pénétrant

Adieu donc.

Crispin

Serviteur, Monsieur, jusqu'au revoir.

Scène 14

Crispin

Crispin

Ainsi jusqu'à moi la peur avait saisi son âme. Si j'avais su cela !...

Scène 15

Valère, Victorine, Orphise

Valère

Je suis perdu, Madame.

Victorine

Vous l'avez vu, Monsieur, j'ai fait ce que j'ai pu : J'ai prié devant vous, et n'ai rien obtenu. J'en suis au désespoir, je n'y saurais que faire. Du gendre prétendu vous allez voir le père ; Un étranger arrive, et c'est sans doute lui.

Valère

Que je suis malheureux !

Orphise

Ma mère, quel ennui ! À quel sort rigoureux mon père nous expose !

Victorine

Je vous plains l'un et l'autre, et ne puis autre chose.

Scène Dernière

Victorin, Valère, Millepont, Orphise, Victorine, Crispin, Lise

Victorin

En vérité, Monsieur, vous venez à propos. On ne me laissait pas un moment en repos : Femme, fille, servante et toute la famille, Mais surtout ce Monsieur qui demande ma fille, M'ont pensé...

Valère

Juste ciel !

Millepont

Que vois-je ? C'est mon fils !

Valère

C'est mon père !

Victorin

Comment ?

Millepont

Vous me voyez surpris..

Orphise

Se peut-il ?...

Victorine

Dois-je croire ?...

Millepont

Excusez ma surprise : C'est là mon fils, pour qui je vous demande Orphise. Souffrez que je l'embrasse, et que...

Victorin

J'en suis ravi. Enfin de vos désirs votre choix est suivi, Ma femme ; vous vouliez ce cavalier pour gendre : Il le sera. Monsieur, il ne faut plus attendre, Et puisque le hasard nous a tous réunis, Marions dès demain ma fille à votre fils. Nous saurons à loisir par quelles aventures Le Ciel avait sans nous prévenu nos mesures.

Crispin

Halte là, s'il vous plaît : je me nomme Crispin, Valet de Monsieur, et... Donnez-moi Lise enfin.

Victorin

Ils s'aiment [?]

Lise

Oui, Monsieur.

Victorin

Hé bien, je te la donne. Allons tout préparer.

Victorine

Et moi, je te pardonne.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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