Dialogue · 1664

De l’infirmité

de René Bary

Représentation
≈ 4 min
Distribution
1 femme, 1 homme
Répliques
11
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Nabazane H 6 ≈ 2 min 1
Emerile F 5 ≈ 1 min 1
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De l'Infirmité

Scène 1

Nabazane, Emerile

Nabazane cajole une fille savante sur ce qu'elle est maladive.

Nabazane

Votre corps est comme ces maisons qui sont belles, et qui ne sont pas commodes.

Emerile

Comme la nature est sage, elle a proportionné le logement à la chose logée.

Nabazane

La faiblesse de votre santé est une marque de la force de votre esprit ; et ce que je dis en cela a grande apparence, puisque votre vie est comme une fréquente méditation, que les fréquentes méditations refroidissent l'estomac, que l'estomac refroidi devient languide, et que les aliments qui ne sont pas louablement convertis portent leur venin dans toutes les parties du corps.

Emerile

J'aurais mauvaise grâce de me plaindre de ma constitution, elle est assez forte ; et si elle est souvent altérée, c'est que je travaille cent fois plus pour faire de petit livres, que les autres ne font pour faire de grandes pièces.

Nabazane

Si vous faites des efforts de patience, vous faites des chefs d oeuvres d'esprit, vos occupations occupent toute la Cour, et quelque haute opinion que l'on ait de votre génie, l'on s'étonne qu'ayant tant de commerce avecque les médecins, vous ayez tant de familiarité avecque les belles Muses.

Emerile

On aurait raison de s'étonner des productions de mon esprit, si elles étaient dignes des louanges que vous leur donnez ; mais quelques peines qu'elles me coûtent, elles sont à mon avis aussi languissantes que ma vie.

Nabazane

Vos ouvrages ne portent point les marques de votre indisposition, tout y est fort, tout y est égal ; et si mes sentiments formaient les vôtres, vous feriez tant d'estime de ce que vous faites, que vous liriez même avecque respect, ce que nous lisons avecque admiration.

Emerile

Comme ce n'est pas être mal dans l'opinion publique, que d'être bien dans la vôtre, j'aurais sujet d'être contente de mes études, si vos paroles et vos pensées étaient toujours d'intelligence : mais qui ajouterait foi à ce que vous venez de dire ?

Nabazane

Quoiqu'en matière de pièces de Cabinet, l'on ne démente guère les rapports que j'en fais, je ne suis pourtant pas de la volée de ces esprits qui font le fort des Livres, et si l'on s'attache à ce que je dis, c'est que je recueille le sentiment des grands hommes, que je suis l'écho des oracles des belles Lettres, et qu'il faut être par conséquent l'antipode du bon sens pour combattre sérieusement les louanges que je distribue.

Emerile

Enfin je m'attacherais à ce que vous dites , si les louanges dont vous m'honorez étaient médiocres, mais leur grandeur m'est suspecte, et quelque secret que vous ayez de persuader les propositions les plus douteuses, je demeure encore dans ma première incrédulité.

Nabazane

Après cela il de me reste plus tien à vous dire, si ce n'est que vous pouvez vous traiter de faible, mais que vous ne pouvez appuyer votre mépris ; que vous pouvez m'accuser de flatterie, mais que vous ne pouvez justifier votre accusation.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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