Dialogue · 1664

De l’introduction

de René Bary

Représentation
≈ 5 min
Distribution
1 femme, 1 homme
Répliques
21
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Sertore N 8 ≈ 2 min 1
Statile H 7 ≈ 2 min 1
Belinde F 6 ≈ 1 min 1
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De l'Introduction

Scène 1

Sertore, Belinde, Statile

Sertore qui est un excellent homme, introduit un auteur chez une savante.

Sertore

Voici, Madame, cet excellent homme dont je vous entretiens dernièrement ; j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je lui procurasse l'honneur de votre connaissance, que je lui communiquasse un bien que peu de gens possèdent.

Belinde

Il me tardait que je ne visse Monsieur ; c'est une personne extraordinaire, et vous devez être persuadé que j'eusse prévenu sa visite, si mon sexe en cela eut été de concert avecque mon désir.

Statile

Il est croyable, Madame, que je vaux quelque chose, puis qu'une personne rare comme vous, prend la peine de me louer, mais il y a bien de la disproportion entre les louanges que vous me donnez, et les qualités que je possède ; et à n'en point mentir, je n'entendais pas d'un esprit si modéré que le vôtre, une civilité si excessive.

Statile

Vous avez peu de semblables, et l'on doit aux grands hommes de grands éloges.

Statile

Il est avantageux à ma curiosité que je vous connaisse ; il serait avantageux à ma réputation que vous ne me connussiez point : mon entretien sans doute me perdra bientôt auprès de vous, et je conte déjà cette visite pour une de mes disgrâces.

Sertore

Comme ce que vous direz démentira ce que vous dites, vous recevrez de la confusion des mêmes choses qui vous donneront de la gloire.

Belinde

Si l'on doit juger de la fin par le commencement, l'on doit quereller par avance la modestie de Monsieur.

Statile

Je ne me fusse pas exposé à un si grand jour que le vôtre, si j'eusse été ennemi de mes propres avantages : mais la belle curiosité est une de mes plus grandes passions, et pourvu que dans la dispute l'on me dise d'excellentes choses, il m'importe très peu que les triomphes de mon adversaire me coûtent un peu de honte.

Belinde

Vous avez feint de croire que vous vous perdriez dans mon esprit, et je crois tout de bon que je me perdrai dans le vôtre.

Sertore

Les attaques et les ripostes ont été également vigoureuses : mais quelque bonne opinion que j'aie de mon ami, je crois, Madame, que la confusion sera le prix de votre victoire.

Belinde

Si mon sentiment était le vôtre, je garderais le silence.

Statile

Je n'ai pas peu d'obligation à Madame, elle est généreuse ; mais je lui en aurai bien davantage, quand elle poussera à bout mon ignorance.

Sertore

Outre que l'honneur qu'il y a d'être entrepris de Madame adoucit le regret qu'on a d'en être vaincu, Madame ne peut vaincre, qu'elle n'apprenne à vaincre.

Belinde

Si Monsieur ne fonde ses victoires que sur les miennes, il peut bien, comme dit un Ancien, renoncer au laurier.

Statile

Vous pouvez en me combattant, découvrir cent vérités ; et je puis en suivant vos principes, confondre cent adversaires.

Sertore

La doctrine de Madame est à tout usage : a-t-on affaire à un opiniâtre, ses raisons accablent : a-t-on affaire à un désespéré, ses remontrances consolent : a-t-on affaire à un incertain, ses démonstrations éblouissent.

Statile

C'est donc une massue dans les disputes, c'est donc un lénitif dans les afflictions, c'est donc un oracle dans les doutes.

Belinde

Personne ne donne à mes petits rayons les qualités dont vous leur faites largesse ; et c'est me prendre pour mon opposée, que de me prendre pour toutes ces choses.

Sertore

Quoi que vous puissiez dire, la rareté de votre esprit est publiquement connue, et pour parler comme un moderne, elle n'est plus un article contentieux parmi les personnes raisonnables.

Sertore

Encores que votre témoignage soit fort considérable, j'ai de la peine à me rendre.

Sertore

Ce n'est pas d'aujourd'hui, Madame, que vous faites peu d'état de tout ce que le monde admire : mais si vous faites réflexion sur les beaux livres que vous avez mis au jour, sur les excellentes pièces qui restent dans votre cabinet, et sur les bonnes choses dont vous entretenez tous les jours le grand monde, vous avouerez sans doute que votre modération est injuste, que votre modestie est aveugle, et que quand vous combattez votre panégyrique, vous vous opposez ou couronnes qui font dues et à votre doctrine, et à votre éloquence.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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