Dialogue · 1662

De la discrétion

de René Bary

Représentation
≈ 3 min
Distribution
1 femme, 1 homme
Répliques
10
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Crisomire H 5 ≈ 2 min 1
Serinde F 5 ≈ 1 min 1
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De la Discrétion

Scène 1

Crisomire, Serinde

Crisomire

Je vous donne ce que je devrais vous ôter, puis qu'en vous donnant des gants je vous donne les moyens de cacher les plus belles mains du monde.

Serinde

L'on doit contribuer à la conservation de ce qu'on aime.

Crisomire

La blancheur de vos mains est à l'épreuve des injures du temps, et ce qui la dérobe à nos yeux la dérobe à votre gloire.

Serinde

Si cela est, je me connais donc bien mal en précaution.

Crisomire

En effet, vous affectez en cela ce qui vous est désavantageux ; mais si contre la vanité de votre sexe vous tombez dans cette affectation, c'est que vous n'êtes pas d'humeur à guérir les plaies que vous faites, et que par je ne sais quelle fausse pitié vous vous contentez de causer des maux par les avantages que vous ne sauriez cacher.

Serinde

Je ne suis pas si touchante que vous dites, C'est une vérité que vous ne devez pas contester : mais quand j'aurais la puissance de faire des blessures, je n'aurais pas la lâcheté de faire des guérisons. Il nous sied toujours bien de faire des plaintifs ; la voix des mourants est l'éloge des Dames ; et comme dit un Anti-galant, il n'y a que les malades d'esprit qui guérissent les malades d'amour.

Crisomire

Si les filles ne font pas obligées de faire vivre ceux qu'elles font mourir ; pourquoi craignez-vous de découvrir ce que vous cachez, puisque sans être coupable vous pouvez être cruelle, puisque sans être blâmable vous pouvez être inhumaine ?

Serinde

Encore que les rigueurs soient de notre bienséance, j'use modérément de notre privilège ; et quelque prière qu'on me fasse, j'aime toujours mieux désobliger les yeux, que d'entamer le désir.

Crisomire

Je sais bien qu'on meurt de joie aussi bien que de douleur : mais quand je devrais trouver ma mort dans mon contentement, je voudrais que vous voulussiez ici hasarder ma vie ; au moins si à la vue de vos belles mains l'impatience de les baiser faisait mon supplice, la satisfaction de les voir ferait ma félicité.

Serinde

Le déplaisir que vous auriez de n'en avoir pas la disposition, serait ne amertume qui détruirait le plaisir que vous auriez d'en avoir la vue ; et si j'étais dans l'humeur que vous souhaiteriez, vous seriez plus en état de me faire des plaintes que des remerciements.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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