Des Beaux Yeux
Scène 1
Radamire, Leonice
On admire les yeux de Léonice.
Radamire
Quels yeux ! Hé qui s'en peut défendre ? Certes je n'ai jamais rien vu ni de si doux, ni de si cruel.
Leonice
S'ils font du mal, mon intention n'est pas d'en faire.
Radamire
Cela peut être : mais quand cela serait, une excuse est-elle une guérison ?
Leonice
Non.
Radamire
Pourquoi donc me payez-vous d'excuse?
Leonice
Quoi que les Dames ne soient pas accoutumées à vider des différents, je viens de trouver le moyen de nous mettre d'accord : mes yeux, dites-vous, vous ont blessé par leur douceur ; il est juste que conformément à la méthode des médecins, ils vous guérissent par leur rudesse.
Radamire
Ha ! La méchante invention ! Le mépris est aussi sensible que le régal ; et les yeux qui tuent par leurs charmes, ne peuvent redonner la vie par leur sévérité.
Leonice
Quel faut-il donc faire pour vous apaiser ?
Radamire
Ce que vous ne ferez pas.
Leonice
Souffrez donc, et ne vous plaignez plus, puisque les plaintes déshonorent ceux qui les font lorsqu'elles sont inutiles ; et que la personne qui pourrait vous guérir, ne vous guérira jamais.