Diogène et Scapin
Scène 1
Diogène
Au lever du rideau, la scène est vide, - Le jour commerce à poindre ; - Diogène, son bâton et sa lanterne à la main, entre virement par le fond comme un homme poursuivi.
Écoutant.
Il frappe.
Diogène
On vient ! C'est fait de toi, Diogène ! Non, rien. Platon ne m'a pas fait poursuivre : tout va bien. Par les dieux, qu'il est doux de revoir la lumière ! Quand, depuis deux mille ans, on a quitté la terre Pour habiter l'Érèbe, un assez laid séjour, Qu'il est doux de renaître à la clarté du jour ! Je vais donc respirer, vivre une fois encore, Dieux puissants !... Deux mille ans sans avoir vu l'aurore ! Ah ! L'ennui me faisait soupirer bien souvent ! Moi qui déjà n'étais pas gai de mon vivant, À regarder le Styx rouler son flot morose. Hélas ! J'avais perdu le sentiment du rose ! Aussi, j'avais juré de quitter l'Achéron ! Hier donc, profitant d'un moment où Caron Voulait forcer deux morts à payer leur salaire Et réclamait sa double obole avec colère. J'ai jeté deux gâteaux à Cerbère, d'abord. Puis, sautant dans la barque, ai gagne l'autre bord, Et me voilà !... C'est moi !... J'ai retrouvé ma tète, Mes bras, mes pieds, mes mains, tout mon corps !... Quelle fête Autour do moi ! Jamais beau jour ne fut pareil À celui-ci. - Salut, ApolLon, ô soleil ! Salut, dieux de l'Olympe et de la terre attique... Çà mais, je m'attendris, moi, je deviens lyrique : À m'entendre, on dirait que j'ai perdu mon temps À manier la lyre aux accords éclatants ! Bah ! C'est bon pour le vieil Homère ! Je me nomme Diogène, - et mon but, c'est de chercher un homme : N'ai-je pas ma lanterne ?... allons, rallumons-la Et puis, - à l'oeuvre, en route ! Où suis-je ?... Ce ciel-là M'est inconnu !... Si je frappais à cette porte Pour m'informer ?... Oui, - oui, mais tout dort. - Bah ! Qu'importe ! Les mortels ne sauraient s'éveiller assez tôt Pour jouir de la vie ; - Ah ! Voici le marteau. Essayons.
Scène 2
Scapin, Diogène
Scapin
Chut ! C'est l'heure où le maître a coutume De reposer.
Diogène
Ah ! Dieux, le singulier costume !
Scapin
Paix donc ! Le maître dort : respecte son sommeil.
Diogène
Quel est-ce personnage au teint rose et vermeil ?
Il l'entraîne au milieu du théâtre après avoir fermé 1a porte.
Scapin
D'où sort cet étranger à la mine inquiète ? Parle à présent : j'écoute.
Diogène
Il a l'air bien honnête Au moins !... Dis-moi, quelle est cette ville ?... Tu ris
Scapin
Ne le sais-tu point ?
Diogène
Non.
Scapin
Vraiment ?
Diogène
Non.
Scapin
C'est Paris.
Regardant tout autour de lui et d'un ton naturel.
Diogène
Eh ! quoi, Paris, dis-tu, quoi ! l'Athènes française, La ville immense et folle ! Ah ! Dieux ! Que je suis aise ! C'est là Paris, Paris, le moderne flambeau Qui brille sur le monde entier !... Ça n'est pas beau !
Scapin
Plaît-il ?
Diogène
On m'en avait conté tant de merveilles ! On m'en avait si fort rebattu les oreilles, Qu'à travers ces récits plus merveilleux encor, Mon esprit le voyait bâti de marbre et d'or ?
Scapin
Qui t'avait fait tous ces contes de l'autre monde ?
Diogène
Qui ?... Parbleu, tu l'as dit, tous ceux qui passaient l'onde Du Styx... oui, tous les morts !
Scapin
Tous les morts !... Où cela ?
Diogène
Aux enfers !
Scapin
Aux enfers !... Que me chante-t-il là ?
Diogène
Je m'en suis échappé sans bruit ce matin même.
Scapin
Ah ! Voilà donc pourquoi je le trouvais si blême !
Diogène
Chut! si ma fuite était soupçonnée aux enfers, J'expierais plus de maux que je n'en ai soufferts Jadis, de mon vivant, sur cette terre inique !
Scapin
Ton nom ?
Diogène
Diogène.
Scapin
Hein ! comment ! le vieux cynique !
Diogène
C'est moi...
Scapin
Qui pour maison habitait un tonneau !...
Diogène
C'est moi.
Scapin
Qui pour boisson n'absorbait que de l'eau !...
Diogène
Ah !... C'est moi!
Scapin
Qui fuyait l'homme et surtout... la femme !
Diogène
Ah ! Ah !... C'est encor moi! toujours moi !
Scapin
Sur mon âme, La rencontre est plaisante et je m'en réjouis ! À mon tour, je te veux apprendre qui je suis ! Je suis la gaîté vive et franche du théâtre ! Le rire épanoui du vieux masque de plâtre ! L'idéal du valet rusé, souple et moqueur ; Qui déteste les sots et s'en rit de bon coeur ! Scapin qui signifie audace, effronterie, Ruse, mensonge, adresse, intrigue, fourberie! Scapin, fripon valet d'un maître aussi fripon ! Argante le sait bien et Géronte en répond ! Scapin à l'esprit vif, à l'oeil sûr, au pied leste ! Intriguant, machinant, démasqué, pris et, zeste ! Disparu pour toujours et prêt à revenir À la charge... Scapin, enfin, pour vous servir !
Diogène
Par les dieux ! Quel langage!... Il a vraiment la face D'un coquin !
Scapin
Hein ? Tu dis.
Diogène
Je dis, grand bien le fasse. Scapin : j'espère bien n'avoir jamais besoin, De ton aide et tu prends un inutile soin !
Scapin
Qui sait ! Mercure peut réussir où Minerve Échouerait !
Haut.
Diogène
Que sa noble égide me préserve, De la société d'un faquin tel que toi ! Il faut que je te quitte.
Scapin
Ah ! bah !
Diogène
Excuse-moi.
Scapin
Tu retournes là-bas ?
Diogène
Là-bas ?
Scapin
Aux enfers ?...
Diogène
Peste, Jamais, grands dieux ! Je suis sur la terre : j'y reste.
Scapin
Bien dit, et nous serons compagnons de plaisirs.
Diogène
Nous ?
Scapin
À quoi vas-tu donc employer tes loisirs ? Tu veux recommencer ton ancienne existence, Faire encor l'écolier, le mettre en pénitence Toi-même, vivre avec du pain sec et de l'eau. Et prendre les arrêts forcés dans un tonneau !
Diogène
Sans agir en cynique, on peut rester en somme, Philosophe.
Scapin
À quoi bon ?
Il veut s'éloigner, Scapin le retient.
Diogène
Je chercherai mon homme Jadis, tout seul, besace au dos, lanterne en main, Courbé sur mon bâton, j'ai fait bien du chemin. Sans en trouver un seul, parmi les plus illustres, Qui méritât ce nom ! Depuis, quatre cents lustres Ont passé. Le procès est encore pendant Et pour longtemps peut-être. On m'a dit cependant Qu'au sein du grand Paris, cette nouvelle Athènes Les hommes aujourd'hui fourmillaient par certaines ! Je m'en vais de ce pas m'en assurer !
Scapin
Attends.
Diogène
Çà ! Le drôle va-t-il me retenir longtemps !
Scapin
Si tel est le motif qui sur terre t'amène, Tu ne pouvais alors, mon brève Diogène, Faire, en me rencontrant, un plus heureux début !
Diogène
Oui-dà, la peste soit du hasard !
Scapin
Car ton but, Grâce à moi, tu le peux atteindre tout à l'heure. Regarde : tu vois bien cette simple demeure ?
Diogène
Oui.
Scapin
Presque triste.
Diogène
Eh bien ! Après ?
Scapin
Regarde-la. Diogène : celui que tu cherches est là.
Diogène
Plaît-il ! Tu prétends, toi, Scapin, trouver un homme.
Scapin
Oui je l'ai trouvé, moi, Scapin !
Diogène
Bah ! Il se nomme ?...
Scapin
Molière !
Diogène
Ah ! Oui, je sais. Il n'est pas inconnu : Son nom jusqu'aux enfers est même parvenu.
Scapin
Tu vois que pour franchis une telle distance...
Diogène
C'est égal : ajournons encore la sentence. Malgré tout, je préfère attendre et rester coi Que de me prononcer à la légère.
Scapin
Eh ! Quoi ! L'homme qui va frapper du fouet de la satire Ceux que l'intérêt guide ou que le vice attire, Qui méprise la haine et l'orgueil des puissants, Qui promène ses yeux sur le monde en tous sens, Et fatigué de sa complaisance malsaine, Lui jette pour défi Tartuffe sur la scène ; Qui prend l'homme et le peint sous ses aspects divers, Qui, pour le corriger de ses propres travers, Les étale au grand jour, hardiment, et le somme D'en rire, celui-là, dis-tu, n'est pas un homme !
Diogène
Je ne dis pas cela.
Scapin
Quelle rare vertu, Quel mérite éclatant faut-il qu'un homme ait eu, Ô philosophe amer, pour que tu le désignes A l'admiration des hommes ? À quels signes Le reconnaîtrons-nous, cet élu, ce vainqueur? Le veux-tu deux fois grand, grand d'esprit et de coeur ? Ah ! Cet être idéal, si noble qu'on le fasse, Molière peut, crois-moi, le regarder en face Et les coups impuissants de ton arrêt fatal, Ne sauraient ébranler son large piédestal ! Vois-le, dès son jeune âge, enchaîner à l'étude Son esprit tout heureux de cette servitude Et grandir, en portant aux livres des anciens Le respect que depuis ont mérité les siens ! Vois-le, plus tard, perdu dans cette fourmilière Immense de la cour du grand roi ! Vois Molière, Humble, obscur, méprisé, sans naissance et sans droits, Un peu plus qu'un valet, un peu moins qu'un bourgeois, S'avancer tête haute et d'une main hardie Et sûre, saisissant l'humaine comédie, Accomplir lentement son oeuvre où la beauté Prend son vol dans l'essor de l'âpre vérité ! Il devient grand ! Il voit la gloire lui sourire ! On l'accueille, on l'écoute en silence, on l'admire ! Il n'est plus ce petit personnage inconnu De la suite du roi ! Non, il est devenu Molière, le poète éternel et sublime ! Ce n'est pas tout encor ! Ouvre sa vie intime ! Lis dans son coeur et vois, pour ces pauvres humains, Qu'il raille, quels bienfaits s'épandent de ses mains ! Car, tant son âme est noble et grand son caractère, Il croit, lorsqu'ils en sont reconnaissants sur terre, Qu'ils sont beaucoup pour lui, qu'il n'a rien fait pour eux ! Simple, loyal et bon, il semble qu'à ses yeux, Son oeuvre n'ayant point de leçon assez ample, Il veuille la doubler encor par son exemple ! Eh bien, celui qui porte en lui, triple flambeau, L'amour du vrai, l'amour du bien, l'amour du beau, Celui-là, quel que soit le nom dont on le nomme, A la face de tous je le proclame un homme !
Se ravisant.
Diogène
Eh bien !... Non, je dis, moi je dis...
Scapin
Quoi ! Que dis tu ? Insipide rêveur altéré de vertu... Chez les autres !
Diogène
Je dis que... que je me défie De Molière, de toi, de sa philosophie, Que plus je me recueille afin d'y mieux penser, Moins il me plaît ; qu'enfin, soit dit sans t'offenser, Dans ce sac ridicule où Scapin l'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope !
Voulant protester.
Scapin
Il a lu Boileau ! Mais...
Diogène
Je n'en démordrai point Et mon opinion est faite sur ce point !
Scapin
Si tu réfléchissais...
Diogène
Non, c'est invraisemblable ! Jamais je n'admettrai qu'un homme raisonnable Puisse d'un pareil tour être dupe un instant !
Scapin
Mais je t'assure, moi...
Diogène
C'est absurde !
Scapin
Pourtant...
Diogène
Insensé !
Scapin
Laisse-moi t'expliquer.
Diogène
Inutile !
Scapin
Mais enfin...
Diogène
Tu perdrais, mon cher, tes frais de style ! Non, il n'existe point de mortel assez sot Pour consentir...
Scapin
Allons, je ne souffle plus mot, Je cède : brisons-là.
Diogène
Sans rancune ?
Scapin
Au contraire Je voudrais qu'il te vînt une fâcheuse affaire, Tiens ! J'aimerais à voir grandir tes embarras Pour avoir le plaisir de les vaincre.
Diogène
Moi, pas !
Scapin
Et tu verrais alors que ce débat intime N'a pas diminué tes droits à mon estime ! Au revoir !
Scapin sort.
Diogène
Serviteur !
Scène 3
Diogène, Scapin
Avec colère.
Diogène
Parti ! Va-t-en, Va-t-en Et puis Jupiter te confondre à l'instant, Toi, ton maître et ton sac !... Vouloir me faire admettre Que quelqu'un soit assez foi pour se laisser mettre Dans un sac ! - Triple sot ! - Un sac ! Ensuite, oser Choisir un homme ! - Drôle ! Enfin, me l'imposer ! Effronté ! Nous aurons, oui-dà chacun le nôtre ! Je vais chercher le mien, - tout seul ; - gardez le vôtre !
Scapin
Diogène ?...
Diogène
Mon nom ?
Scapin
Ô danger imprévu ! Pauvre Diogène !
Diogène
Hein !
Appelant.
Scapin
Quelqu'un l'a-t-il pas vu ? Diogène ?... Il était ici dans l'instant même !
Diogène
Hé ! Scapin, hé ! Scapin ?
Il se heurte contre Diogène.
Avec un cri.
Scapin
Le péril est extrême ! Et comment l'avertir du danger ?... Ah ! Pardon, Auriez-vous rencontré !... Dieux ! C'est lui !
Diogène
Qu'est-ce donc, Scapin ?
Scapin
Ah ! Tu me vois si troublé ! Vite, vite Sauve-toi !
Diogène
Me sauver !... Et pourquoi ?
Scapin
Prends la fuite, Te dis-je !
Diogène
Mais encor...
Scapin
Tu perds là des instants Précieux : en deux mots, les sombres habitants Des enfers, le visage enflammé, l'oeil terrible Se sont tous mis à ta poursuite !...
Diogène
Est-il possible ?
Scapin
Ils accourent en nombre à pas précipités : Cerbère est en avant flairant de tous côtés Ta trace, puis PLuton, puis ce qui me tourmente Le plus pour toi : Minos, Eaque et Rhadamante !
Diogène
Ah ! Scapin, c'en est fait de moi : je suis perdu ! Rhadamante ! Minos !... Quel coup inattendu !
Scapin
Oui, - tout le tribunal de l'Achéron qui juge Sans appel !
Diogène
Dieux ! Où fuir ? Où trouver un refuge ?
Scapin
Hélas !
Diogène
Maudite soit ma curiosité ! Ils vont me condamner toute une éternité À tourner sur la roue, écureuil imbécile ! À remplir le tonneau qui me servait d'asile, Que sais-je ? Ah ! Bon Scapin, ne m'abandonne pas ! Cherche, invente un moyen, tire-moi de ce pas, Scapin !... Et souviens-toi de ta bonne promesse : Viens à mon aide !...
Scapin
Eh ! Oui, j'y songe !
Diogène
Le temps presse Scapin, mon doux Scapin !
Scapin
Si tu veux t'échapper, Cerbère aura bientôt fait de te rattraper ! Le péril est plus grand encor si tu demeures ! Ah ! Je ne trouve rien ! Il faudra que tu meures Une seconde fois : c'est écrit !
Diogène
Par le Styx! Quel moyen inventer pour résoudre cet X ? Si j'étais un héros, je pourrais me défendre, Je pourrais !... Dieux puissants, que ne suis-je Alexandre ?
Scapin
Ah !
Diogène
Quoi !
Scapin
J'ai trouvé !
Diogène
Parle ?...
Scapin
Il faut...
Diogène
Eh bien ?...
Scapin
Mais non, Jamais tu ne voudras...
Diogène
Que je perde mon nom Si j'hésite un instant!... J'accepte tout d'avance !
Diogène l'écoute avec anxiété, Scapin s'arrête.
Il remonte.
Scapin
Eh bien ?... Attends. Voici la troupe qui s'avance !
Diogène
Ah !
Scapin
Mon sac... dans mon sec !...
Diogène s'est mis dans le sac.
Diogène
Quelle idée ! Oh ! Merci, Scapin ! Je suis sauvé !
Scapin
Silence ! Les voici !
Voix grave.
Reprenant sa voix naturelle.
De sa voix naturelle.
Il frappe sur le sac. - Diogène se met à crier.
Scapin
Par ici, - non, par là, - courons toute la ville ! - Nous le retrouverons, allez, soyez tranquille ! - Oui, oui. - Que pensez-vous, Minos, de ce bandit ? - Un misérable ! - Non, messieurs, un étourdi, Voilà tout. - Il mérite une leçon sévère. Oui, oui. - D'accord, messieurs, mais j'en fais mon affaire Et je me charge avec le bâton que voilà, Qu'il semble avoir laissé tout exprès pour cela, Par un procédé simple appliqué sur l'échine, De lui faire sentir les torts de sa doctrine !
Il met la tête hors du sac.
Diogène
Ah ! ah ! ah ! ah ! Tout beau ! Personne !
Il frappe.
Scapin
Doucement. Ah ! C'est invraisemblable !
Il veut sortir.
Diogène
Ah ! Par grâce !...
Frappant.
Scapin
Un moment ! Ah ! C'est absurde ! Ah ! C'est insensé !
Diogène
Je t'en prie ! Scapin !
Même jeu.
Scapin
Non - Je prends goût à la plaisanterie Ah ! L'on ne trouve point de mortel assez sot Pour consentir !...
Diogène
Scapin, je retire le mot.
Scapin
Oui-dà !
Diogène
Je suis brisé ! Tu frappes comme Hercule.
Scapin
Mon sac te paraît-il encor si ridicule ?
Diogène
Non, non !
Scapin
Me promets-tu, si je t'en fais sortir, Déteindre ta lanterne ?
Diogène
Oui, oui.
Scapin
Vrai ?
Diogène
Sans mentir ! Mais modère tes coups, sois-en plus économe, Scapin !
Scapin
Avoueras-tu que Molière est un homme ?
Diogène
J'avouerai.
Scapin
Sans regret ?
Diogène
Sans regret.
Scapin
Sans remord ?
Diogène
Sans remords ?
Scapin
Sois donc libre.
Diogène
Ouf ! Aïe ! Oh ! Je suis mort !
Scapin
Dans ce sac ridicule où Scapin l'enveloppe Eh bien, reconnais-tu l'auteur du Misanthrope ! L'humble farce, mon cher, que les petits esprits, Traitent sans examen du haut de leur mépris, Malgré son air badin et sa mine étourdie, N'a jamais fait rougir la grande Comédie. Car elle peut donner, elle aussi, quelquefois, Sa leçon de morale... en action, tu vois ? Voilà pourquoi Molière, en créant Mascarille, Mon cousin, dont la verve étincelante brille Et réjouit comme un gai rayon de soleil, En me créant, si j'ose, après un nom pareil, Me citer, n'a jamais, quoi qu'on dise ou qu'on fasse, Mis au monde des fils indignes de sa race ! Voilà pourquoi l'on peut nous placer sans dédain, À côté du bonhomme Orgon ou de Jourdain. Oui, malgré les deux vers qu'on s'est permis d'écrire Alceste aurait pour nous, j'en suis sûr, un sourire ! Ne sois donc pas plus fier que lui, résigne-toi ; Diogène, ta main, et salue avec moi. Sans réserve, salue avec nous tous, le père De notre comédie immortelle, Molière !