Dialogue · 1664

Du mariage

de René Bary

Représentation
≈ 6 min
Distribution
2 hommes
Répliques
26
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Dorante H 13 ≈ 4 min 1
Artonse H 13 ≈ 2 min 1
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Du Mariage

Scène 1

Dorante, Artonse

Un Gentilhomme s'étonne de ce qu'un jeune Seigneur ne veut point se marier.

Dorante

Il y a des hommes qui haïssent le mariage, parce que dès qu'ils ont passé du désir à la jouissance, ils trouvent leur dégoût dans leur possession ; et il y en a d'autres qui haïssent le même mariage, parce qu'ils s'imaginent que la meilleure de toutes les femmes ne vaut pas le plus méchant de tous les hommes. Vous ne haïssez pas la qualité de mari pour la première raison, puisque quelque avantage que vous ayez sur une Dame, vous ne savez ce que c'est que de l'abandonner ; vous ne haïssez pas encore la même qualité pour l'autre raison, puisque vous ne pouvez avoir une opinion si étrange d'un sexe dont vous faites tous vos délices, si bien qu'il est très difficile de deviner les causes de votre haine, qu'il est très malaisé de découvrir les fondements de votre aversion.

Artonse

Ne te rebute point, rêve encore sur le même sujet.

Dorante

J'y pense encore ; mais à dire le vrai, je ne sais que dire.

Artonse

Veux-tu que je t'apprenne en peu de mots ce qui me rend ennemi du Contrat ?

Dorante

Vous me ferez grand honneur.

Artonse

Écoute donc ; c'est que je suis plus rebutant, qu'agréable : plus choquant, que tentatif ; plus capable de faire des dédaigneuses, que des amantes.

Dorante

Comment nous persuaderiez vous que vous fussiez ce que vous dites, puisque les plus belles filles de la Cour font vanité de l'honneur de vos visites, et qu'elles ne respirent que la continuation de cet honneur ?

Artonse

Tu as tes raisons, et j'ai les miennes.

Dorante

Vous voulez peut-être dire que la plupart des Dames sont avares, et que celles dont je parle en veulent moins à votre personne qu'à votre fortune.

Artonse

Je pense quelque chose d'approchant.

Dorante

Ha ! Monsieur, défaites-vous de cette pensée ; les dames aiment les gens de coeur, et vous avez du courage ; les dames aiment les belles tailles, et la vôtre est avantageuse ; les dames aiment la douceur, et vous êtes complaisant ; les dames aiment l'éclat, vous êtes magnifique ; Les Dames aiment la jeunesse, et vous êtes naissant.

Artonse

J'ai du coeur, je le puis dire, mais la prudence ne règle point mon courage ; j'ai la taille assez belle, c'est une vérité qu'on ne conteste point, mais le port ne correspond point à ma grandeur ; le suis complaisant, tout le monde en tombe d'accord, mais le bel esprit ne règne point dans ma conversation ; je suis homme de dépense, les artisans me le font bien connaître, mais le luxe et la table ruinent les familles ; je suis jeune, mon visage découvre ce que je dis, mais l'emportement confirme mon âge ; enfin les dames aiment les beaux hommes ; et je porte plus l'air d'un soldat, que d'un galant, d'un homme d'armes, que d'un homme de ruelle.

Dorante

Si vous avez les défauts que vous vous attribuez, vos défauts sont d'une certaine nature, qu'il n'y a que ceux qui les possèdent qui les découvrent : mais quand vous n'auriez pas toutes les qualités qu'on vous donne, vous pourriez toujours trouver en une même fille du beau, du bien, et du tendre, puisque ceux qui n'ont ni votre naissance, ni votre fortune, ni votre mérite, trouvent quelquefois les mêmes choses.

Artonse

À dire les choses comme elles sont, quelque tendresse que j'aie pour les dames, le mot de galant sonne plus doucement à mes oreilles, que celui de mari.

Dorante

Tous les hommes ne sont pas propres au mariage, les inclinations sont différentes : mais si tous les grands Seigneurs préféraient les amourettes aux véritables amours, l'illustre sang serait bientôt tari, les grandes familles seraient bientôt éteintes, et les États seraient bientôt affaiblis.

Artonse

Quoi que je conçoive les inconvénients que tu rapportes, les pensées de l'avenir ne sont pas le miennes.

Dorante

Il est vrai que votre âge est trop bouillant pour des considérations si rassises : aussi ne vous les représentai-je que par manière d'entretien.

Artonse

Si tu étais garçon, peut-être serais-tu toujours ce que tu serais.

Dorante

Je n'ai pas sujet de me plaindre de ma famille.

Artonse

Assurément ?

Dorante

Assurément.

Artonse

Ô que ton bonheur a peu de semblables, et que tu es obligé à l'étoile des bonnes femmes !

Dorante

Je vois bien à présent ce qui vous rend ennemi du Contrat ; la plupart des gens de votre humeur ont fait l'inquiétude de leur voisin, et ils appréhendent que par forme de restitution on ne fasse leur mal de tête.

Artonse

Cette crainte est assez ordinaire, et je crois qu'elle est assez raisonnable.

Dorante

Il n'est pas de vous comme de ces hommes qui payent plus d'apparence que d'effet ; votre vigueur dispute le prix avec les plus forts, et le feu même qui brille dans vos yeux, marque bien que vous en avez, où il n'en faut pas manquer.

Artonse

Quelque rude qu'on soit au combat, souviens-toi que d'un brave champion, l'on en fait souvent un grand sot. Les Hommes à bonne fortune tiennent ordinairement ce langage : mais les filles pour qui toute la Cour a des yeux, n'en ont que pour vous ; et si vous savez faire des amantes, vous savez faire des fidèles !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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