Du Perroquet
Scène 1
Antenor, Marcie
Marcie aime un Perroquet.
Antenor
Si votre perroquet était capable de vanité, il serait insupportable.
Marcie
Quel sujet aurait-il d'être si bouffi d'orgueil ?
Antenor
Je ne souhaiterais rien au monde, que de posséder les avantages qu'il possède.
Marcie
Je ne m'aperçois point de son bonheur.
Antenor
Quoi ? vous l'instruisez, il vous voit tous les jours, vous l'aimez, et vous ne vous apercevez point de sa bonne fortune ? Hé ! Quelle faveur au monde peut-on désirer après toutes ces faveurs ?
Marcie
Il est vrai que je lui parle, que je le vois tous les jours, que je l'aime : Mais qui se défendrait de lui faire des demandes, puis qu'il fait des réponses ? De le voir à toute heure, puis qu'il est toujours divertissant ? D'avoir de l'inclination pour lui, puis qu'il est admirable.
Antenor
Si les qualités que vous donnez à votre perroquet, sont les causes de son bonheur, pourquoi ne jouis-je pas du même bonheur, puisque je fournis à l'entretient, que mon humeur divertit, et que ma passion renferme quelque chose d'extraordinaire ?
Marcie
Quelque mine que vous fassiez, vous vous lasseriez bientôt d'être mon perroquet.
Antenor
Les moments s'écoulent agréablement avec vous, l'on découvre tous les jours en votre personne quelque charme nouveau ; et si j'étais Antenor, et votre Perroquet, je disputerais du souverain bien avecque tous les souverains du monde.
Marcie
Où sont les qualités qui me rendent si ravissantes ? Elles ne sont pas en ma personne, elles sont en votre bouche.
Antenor
Une fille a mauvaise grâce de douter de son mérite,quand elle a cent amants ; c'est déshonorer le choix de ces adorateurs, c'est démentir l'opinion de ses panégyristes.
Marcie
Tous ceux qui aiment ne sont pas clairvoyants, et tous ceux qui louent ne sont pas véritables.
Antenor
L'amour est capable d'erreur, je l'avoue ; mais l'on ne peut errer en vous aimant.
Marcie
Ce n'est pas une raison, c'est une louange ; ce n'est pas une preuve, c'est une flatterie.
Antenor
Je ferais présentement votre portrait, je le pouvais faire, sans faire rougir votre modestie : mais par quel secret pourrais-je représenter vos yeux, votre poil, votre taille, et cent autres belles qualités, et épargner votre confusion.
Marcie
Demeurez-en là, je vous prie ; mon intérêt, et le vôtre, le veulent.
Antenor
Mon intérêt ! Dites seulement le vôtre.
Marcie
J'ai dit mon intérêt et le vôtre, et je ne m'en dédis point. Si vous aviez entrepris de faire mon portrait, vous ne peindriez pas ce que vous verriez vous peindriez ce que vous penseriez voir ; et comme par l'opposition des qualités que votre imagination me donnerait, je me verrais effroyable, je rougirais de mes défauts, je rougirais de votre aveuglement ; enfin je serais confuse et de ma personne, et de la vôtre.
Antenor
Jusques à quand ferez-vous ennemie de la vérité ?
Marcie
Et jusques à quand serez vous partisan du mensonge ?
Antenor
Ô Ciel, que vos bien aimées sont ingrates ! Ô nature, que vos favorites sont méconnaissantes !!