Proverbe · 1798

Finot, ou l’ancien portier de m. de bièvre

de Chazet et Gassicourt

Représentation
≈ 28 min
Distribution
1 femme, 6 hommes
Répliques
272
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Finot H 69 ≈ 10 min 8
Taxe H 79 ≈ 6 min 10
Plaisantin H 42 ≈ 5 min 6
Barbe H 20 ≈ 3 min 7
Madame Cocasse F 26 ≈ 2 min 6
Grapin H 15 ≈ 2 min 1
Double-Sens H 21 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Finot
Finot absentabsentabsentabsentabsentabsent
Taxe absentabsentabsentabsent
Plaisantin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Barbe absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Cocasse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Grapin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Double-Sens absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Finot

Scène 1

Finot

Il pose le pot-à-l'eau.

Finot

Ce que c'est que de nous ! Moi, ancien portier de monsieur de Bièvre, valet chez madame Cocasse ! C'est pourtant mon talent pour les calembourgs qui m'a valu ça. Feu monsieur Cocasse les aimait comme une bête ; moi, je lui ai fait aimer encore davantage, de façon que toute la maison en fait à présent, et les plus mauvais sont les plus bons. Eh ben, dans le commencement, monsieur Cocasse ne voulait pourtant pas prendre de valet : mais, comme il allait toutes les semaines passer une quinzaine de jours à la campagne, ceux qui venaient, ne pouvant parler à personne, écrivaient sur la muraille avec du charbon. Quand il a vu que tout le monde lui "faisait des noirceurs" comme ça, il m'a pris à son service. Le pauvre cher homme est mort bien riche, sans avoir marié sa fille qui ne demandait pas mieux : mais ça ne tardera pas, et je crois que c'est aujourd'hui que ça se décide. Pourvu que monsieur Plaisantin, son tuteur, ne la donne pas à ce vilain monsieur Double-Sens qu'elle ne peut pas souffrir ! J'aimerais mieux qu'elle épousît pour mari ce jeune-homme qui demeure en face de chez nous, et pour qui elle "a de la pente". En attendant, arrangeons le déjeuner : des tasses d'un côté, des verres de l'autre. Madame Cocasse veut être devant un plat : eh ben, elle sera en face de monsieur Double-Sens. Monsieur Plaisantin ne boit que de l'eau ; le voilà. Et puis, le pain et le vin ; car ici on n'aime pas le pain "sans levain". Et puis, mademoiselle Barbe à ste place-ci ; elle m'a bien dit : Finot, mon ami, tâche de mettre mon prétendu de côté : c'est ce que j'ai fait. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Que c'est bien arrangé ! Maintenant, faut avertir. La compagnie ! C'est fait.

Scène 2

Plaisantin, Double-Sens, Finot, Madame Cocasse, Barbe

Plaisantin

Allons, plaçons-nous ; on ne parle jamais mieux d'affaires que lorsqu'on est dans son assiette.

Double-Sens

L'avis est aussi bon qu'agréable ; mais pouvons-nous nous repaître d'autre chose que des regards de mademoiselle Barbe ?

Finot

Un moment : avant de vous mettre à table, il faut que je vous donne une nouvelle.

Plaisantin

Laquelle ?

Finot

Un journal dit que, depuis les bals masqués, on ne reconnaît plus les chiens à Hambourg.

Madame Cocasse

Et pourquoi ?

Ils se mettent à table.

Finot

C'est qu'ils sont tous "Hambourgeois".

Plaisantin

Tenez, goûtez de ce jambon, et, si vous le trouvez tendre, vous direz que vous êtes arrivés à "bon port".

Feignant de ne pouvoir couper le jambon.

Double-Sens

Vous parlez-là comme un "homme de l'art". Mais on a eu tort de tuer ce porc.

Plaisantin

Pourquoi donc ?

Double-Sens

C'est qu'il n'est pas "coupable".

Barbe

Je voudrais de la bierre.

Finot

Mademoiselle, il n'y en a pas ; mais, si vous voulez, je vais vous "en brasser".

Plaisantin

Allons, trêve d'équivoque, Madame Cocasse, "notre Barbe grandit" ; il est temps de la marier, et voilà monsieur Double-Sens qui ne demande pas mieux que d'être votre gendre.

Madame Cocasse

C'est-à-dire que monsieur veut être un "beau fils".

Double-Sens

Je l'avoue, depuis longtemps les appas de mademoiselle Barbe ont battu le briquet sur l'amadoue de mon coeur.

Finot

Tiens ! Quel "sobriquet" !

Barbe

Ce que vous me dites-là est très flatteur pour moi ; mais, avant de me décider, je demanderai le temps de réfléchir.

Plaisantin

C'est trop juste ; il ne faut rien brusquer. Feu monsieur Cocasse, votre père, disait souvent : Ma fille sera jolie ; mais ce n'est pas tout d'avoir un "corbeau", un "cordelier" ; il faut avoir un "corsage" ; et, pour plus de sûreté, il faut mettre promptement cette sagesse entre les mains d'un mari.

Madame Cocasse

Je me charge de le choisir, et ma fille est trop docile pour aller "outre mère".

Barbe

Un moment : je sais que mon père avait disposé de ma main dans son testament, et je ne puis consentir à aucun mariage, avant de connaitre ses intentions.

Il débouche une bouteille.

Plaisantin

C'est tout naturel ; mais ce testament ne se trouve pas, et, dans cet embarras, il faut pourtant un "débouché".

Double-Sens

Vous y êtes.

Plaisantin

Qu'est-ce à dire ? Une bouteille vide.

Finot

Ça ne se peut pas, puisqu'elle est avec la lettre et le cachet de monsieur Cocasse ; tenez, voyez-vous la "lettre-de-cachet" ?

Plaisantin

Vois plutôt toi-même, imbécile !

Renversant la bouteille.

Finot

Dam ! Monsieur, je vois ben qu'il y a quelque chose là-dedans ; C'est un rouleau de papier.

Madame Cocasse

Ah ! Mon Dieu ! Est-ce que mon mari a mis son "esprit en bouteille" ?

Plaisantin

« Ceci est mon testament ». Ah ! Ah ! Ah !

Double-Sens

Je reconnais bien là mon ami Cocasse : il avait toujours le petit mot pour rire.

Finot

Il faut lire "le nouveau testament".

Il lit.

Plaisantin

J'y consens. « Pour qu'on ait plus d'agrément à lire mes dernières volontés, je les ai mises en vers ».

Finot

Oui, en verre, et en "verre vert", encore.

Plaisantin

« Voulant "faire ma barbe"... la plus heureuse femme du monde, je désire qu'elle épouse un homme-de-lettres comme moi, qui ne parle jamais qu'en pointes, qui soit la pure farine des plaisants, et qui puisse donner "leçon" à ses confrères ; et, pour s'assurer s'il a le mérite que je lui desire, je laisse ci-joints trois calembourgs qu'il sera tenu de deviner, avant de signer le contrat par lequel je donne à ma fille trente mille livres... »

Finot

Diable ! ça fera une belle bibliothèque.

Plaisantin

« Trente-mille livres en mariage, à moins que celui qu'elle choisira ne soit un "antidote", et ne laisse l'argent à ma veuve. De plus, j'exige qu'il explique l'inscription qu'on trouvera sur "une pierre, dans ma cave ».

Double-Sens

Je suis impatient de me caver, pour voir cette inscription.

Plaisantin

Je suis curieux de voir aussi ce que veut dire le défunt. Descendons à la cave, et ne cherchons pas "en vain". Viens-tu, Barbe ?

Barbe

Je vous remercie, mon oncle ; en fait d'inscription, je n'y entend, pas grand'chose.

Double-Sens

Ah çà ! Mais, comment descendrez-vous à la cave ?

Plaisantin

Eh ! Parbleu ! Par l'escalier.

Double-Sens

C'est fort bien, mais l'escalier est parti.

Plaisantin

Comment cela ?

Double-Sens

Je viens de le voir "en marches".

Finot

Ah ben ! Je suis sûr qu'il sera parti avec les oignons, car je les ai vus en "bottes".

Double-Sens

Vous ne me retiendrez pas longtemps, parce qu'il faut que j'aille au faubourg Saint-Germain.

Finot

Oui, mais vous ne pourrez pas passer sur le Pont-Neuf.

Double-Sens

Pourquoi donc ?

Finot

Parce qu'il n'y en a plus.

Double-Sens

J'y ai passé encore ce matin.

Ils sortent.

Finot

Je vous dit que j'en suis sûr, puisque je le tiens de quelqu'un qui vient de "la Vallée".

Scène 3

Barbe

Barbe

Je tremble que ce maudit Double-Sens ne remplisse les conditions imposées par le testament de mon père. Si j'étais assez heureuse pour en prévenir Taxe, mon jeune voisin ! Il m'aime ; et, sous prétexte de parler à ma mère de ses contributions, il m'a promis de venir ce matin : il faut absolument qu'il imite le jargon à la mode. Pour l'y déterminer, le meilleur moyen est de ne lui parler moi-même qu'en pointes. Le voici, commençons.

Scène 4

Taxe, Barbe

Taxe

Je bénis le sort qui m'a fourni un prétexte pour venir à vos pieds. Il est donc vrai que mes soins ont su vous toucher. Qu'il est doux quand on s'aime !...

Barbe

Quand "on sème", on doit "recueillir".

Taxe

Votre lettre, cette lettre charmante, sera toujours gravée au fond de mon coeur.

Barbe

De votre coeur ? Mais je m'y croyais "gravée avant la lettre".

Taxe

Quel accueil ! Quel discours ! Amant plein d'ardeur, j'espérais vous trouver amante.

Barbe

Me trouver à "Mantes" ? Mais, je suis fort bien à Paris.

Taxe

Quel jeu cruel ! Ne puis-je savoir pourquoi vous me tenez un pareil langage ?

Barbe

Pour vous décider à l'adopter, c'est celui de votre rival ; c'est le seul qui plaise à ma mère, à mon oncle, et sachez que mon père, par son testament, exige que je donne ma main à celui dont le langage, rempli d'équivoques, sera le plus bizarre.

Taxe

Ah ! Je suis perdu ! Le langage de la nature est le seul que je sache employer, et je parle toujours d'après mon coeur. Je n'ai jamais connu cet art fatigant de jeux de mots, qui est quelquefois le travers d'un homme d'esprit, mais qui, plus souvent, est l'esprit d'un sot : cet art qui avilit notre langue, dénature les expressions, force le sens ; et, multipliant les énigmes et les calembourgs, ne nous laisse que l'heureuse ressource de ne pas les comprendre.

Barbe

Enfin, m'aimez-vous ?

Taxe

En pouvez-vous douter ?

Barbe

Eh bien ! Abjurez un moment le bon sens et la raison, puisque c'est le seul moyen de m'obtenir. Un bon peintre, mon ami, fait quelquefois des caricatures : voyons, essayez avec moi. Tenez, supposez que je sois ma mère, et que je vous surprenne. « Comment, citoyen ? Vous avez l'audace de parler d'amour à ma fille, avant de vous être adressé à moi » ?

Taxe

Madame, je ne croyais pas devoir faire une déclaration "à mère".

Barbe

À merveille ! Continuons : « Monsieur, un pareil procédé me donne beaucoup d'humeur ».

Taxe

Cela ne m'étonne pas ; on m'a dit que vous étiez une femme "habile".

Barbe

« Vous n'aurez jamais mon consentement ».

Taxe

Vous voulez donc faire de moi un homme "sans aveu" ?

Barbe

De mieux en mieux ! Pour le coup, je crois que vous m'aimez ; car vous perdez l'esprit pour moi. Voici ma mère : du courage.

Scène 5

Madame Cocasse, Taxe, Barbe

Madame Cocasse

Que vois-je ? Un homme avec ma fille !

Taxe

N'est-ce point Madame Cocasse que j'ai l'honneur de saluer ?

Madame Cocasse

Oui, citoyen.

Taxe

On ne m'a point trompé, Madame, en me disant que je trouverais ici un beau port de mère.

Madame Cocasse

Il est jovial : monsieur est sans doute fourbisseur, puisqu'il sait faire des "pointes".

Taxe

Non, madame ; je suis contrôleur des contributions.

Madame Cocasse

Directes ?

Taxe

Et indirectes.

Barbe

Monsieur n'en impose pas.

Taxe

Au contraire, je suis chargé des réclamations ; et, quoique mes fonctions soient bien multipliées, je ne manque pas de "mémoire" : voici le vôtre.

Madame Cocasse

Vous l'avez sans doute trouvé juste ?

Taxe

Oui, Madame, c'était une faute dans la "distribution des rôles".

Madame Cocasse

Des rôles ? Vous savez, je le vois, remplir le vôtre, et réparer les erreurs.

Taxe

Rien de plus facile ; mais j'ai besoin des papiers dont vous voyez la note.

Madame Cocasse

Je vais vous les remettre ; mais souffrez auparavant que je vous remercie et vous félicite de votre enjouement : ordinairement, les gens de votre état sont tristes.

Taxe

Au contraire, Madame, les receveurs des impositions font toujours des "comptes".

Scène 6

Finot, Madame Cocasse, Barbe, Taxe

Finot

Madame, sans vous interrompre, si vous vouliez cesser votre conversation pour m'écouter, je vous rendrais compte de ma commission.

Madame Cocasse

Voyons, qu'y a-t-il ?

Finot

Je sors de ce notaire où ce que vous m'avez envoyé ; mais c'est fini, je n'y retourne plus.

Madame Cocasse

Comment cela ?

Finot

Sûrement ; c'est qu'ils sont malhonnêtes comme tout dans cette maison-là. Je vois de l'écriture sur la loge du portier : je me mets à épeler : p, a, r, par, l, é, s, lés, parlez ; v'là cet autre qui m'interrompt brusquement : allez à l'étude, mon ami, qu'il me dit, "allez à l'étude". C'est-il un opprobre, ça, pour un homme comme moi, qu'a balayé deux ou trois colléges, et qu'a même eu un prix...

Madame Cocasse

Tu as eu un prix, toi ?

Finot

Oui, madame.

Madame Cocasse

Où donc ?

Finot

Pardi ! Où on les distribue, dans la "salle aux prix". Enfin, v'là qu'on me conduit dans une classe où il y a des écoliers qui griffonnent. Je demande monsieur Grapin : on me dit qu'il va venir chez madame, tout-à-l'heure ; mais je ne conseille pas à madame de se servir de cet homme-là.

Barbe

Pourquoi ?

Finot

C'est que ce n'est pas un notaire, c'est un auteur.

Madame Cocasse

Un auteur.

Finot

Sûrement, puisqu'on m'a dit qu'il faisait "un acte".

À Taxe.

À Barbe.

Madame Cocasse

L'imbécile ! Monsieur, je vais chercher mes papiers. Viens, ma fille.

Barbe

Ne vous impatientez pas.

Madame Cocasse

Je reviens dans l'instant.

Taxe

Madame, vous aurez beau revenir promptement ; vous ne serez de longtemps "sur le retour".

Haut.

Madame Cocasse

Il est vraiment aimable. Bien fâchée de vous laisser seul.

Les deux femmes sortent.

Finot

Oh ! Monsieur ne s'ennuiera pas ; je vas lui tenir compagnie.

Taxe

C'est bien désagréable que, pour avoir ses papiers en règle, il faille toujours être "par chemin".

Scène 7

Finot, Taxe

Finot

J'ai vu sûrement cette figure-là sur un visage de ma connaissance.

Taxe

Mais je crois que c'est Finot, mon ancien commissionnaire.

Finot

Ne me parlez pas de ce temps-là, Monsieur ; toujours au coin de la rue, j'étais un homme "borné" ; c'est bien autre chose à-présent.

Taxe

Tu es donc mieux ?

Tirant une montre.

Finot

Pardine ! Je le crois ; Monsieur Cocasse m'a fait beaucoup de cadeaux. Tenez, voilà une montre qu'il m'a donnée.

Taxe

Elle est fort jolie ; mais comment s'est-il défait d'un pareil bijou ?

Finot

Oh ! Quand il me l'a donné, il n'en avait plus besoin, parce qu'il partait pour Évreux ; et comme il allait se trouver là dans le département de "l'Eure"...

Taxe

Oui, oui ; mais comment fais-tu pour être si propre ?

Finot

Oh ! J'ai trouvé un moyen de ne jamais me crotter.

Taxe

Comment cela ?

Finot

C'est que, quand j'entre dans une rue, je ne vais jamais jusqu'au "bout".

Taxe

N'as-tu pas demeuré chez un botaniste ?

Finot

Oui, monsieur, et j'en suis sorti, parce que je n'y faisais pas de progrès.

Taxe

Comment cela ?

Finot

Pendant six mois j'ai toujours resté sur la même plante.

Taxe

Laquelle donc ?

Finot

Sur la "plante des pieds".

Taxe

Tu devines sans doute ce qui m'a conduit ici ?

Finot

Parguène ! C'est le fiacre qu'est là-bas.

Il lui donne six francs.

Taxe

Tiens, voilà de quoi boire à ma santé.

À part.

Finot

Bien volontiers. Je tiens déjà le "pot-de-vin".

Taxe

Allons au fait. Je suis venu pour expliquer l'inscription d'une certaine pierre que feu ton maître avait trouvée et déposée dans sa cave.

Finot

Qn'appelez-vous une pierre ? Il y a bien cinq morceaux qui font tout juste le patron de monsieur Cocasse.

Taxe

Comment, le patron ?

Finot

Oui ; Saint-Pierre.

Taxe

Mais, enfin, où l'a-t-on trouvée ?

Finot

Ah ! C'est une fière "histoire ancienne" : D'abord, c'est un jeudi que je l'ai descendue à la cave.

Taxe

Tâche de ne pas commencer par la fin.

Finot

Savez-vous ce qu'on commence par la "faim" ?

Taxe

Ma foi, non.

Finot

C'est un bon repas.

Taxe

C'est juste. Revenons à mon affaire.

Finot

Vous connaissez Menilmontant ?

Taxe

Oui.

Finot

Belleville, où ce qu'il y a des moulins ? Mais je ne veux pas vous parler des moulins avant, j'en parlerai après.

Taxe

Oui.

Finot

Clignancourt ?

Taxe

Oui.

Finot

Clichy ?

Taxe

Oui, oui.

Finot

Eh ben ! Ce n'est pas là.

Taxe

Mais, finiras-tu ?

Finot

Vous y êtes. Figurez-vous donc qu'au bas de Montmartre, il y avait un petit sentier qu'allait tout droit, en tournant, jusqu'aux trois moulins et aux fours des plâtriers.

Taxe

Eh bien ! Achèveras-tu ?

Finot

C'est par-là que les jeunes ânes, Monsieur, entraient dans la carrière, et c'est au bas de ce petit sentier que nous avons trouvé la pierre.

Taxe

Bon ! Je profiterai de ce renseignement.

Finot

À propos de sentier, faut que vous sachiez que vous avez un rival.

Taxe

Un rival ?

Finot

Oui, le citoyen Double-Sens, maître maçon, celui à qui appartient les planches que vous voyez contre la maison qui fait le coin.

Taxe

Qu'importe ?

Finot

Ne vous y fiez pas ; il pourrait bien vous faire des "niches" ; et, sans vous faire des compliments, une bête et lui c'est deux. Quoique ça, je l'ai embarrassé un jour, en lui demandant qu'elle était la plaine la plus élevée, et peut-être bien que ça vous embarrasse aussi.

Taxe

J'avoue que je ne sais ce que c'est.

Finot

Eh bien, c'est la pleine lune.

Taxe

Dis-moi : est-il bien reçu dans la maison ?

Finot

Certainement, puisque c'est lui qui l'a bâtie ; et je dis : il n'y fait pas froid, puisqu'il l'a bâtie à "chaux".

Taxe

Eh ! Quelle espèce d'homme est-ce ?

Finot

Oh ! Ben jovial. Quand il fait couvrir un bâtiment, il prend toujours les couvreurs les plus gais.

Taxe

Pourquoi cela ?

Finot

Pour que la joie soit au "comble", et voilà pourquoi il est maintenant dans la cave à chercher cette inscription dont je vous parlais tout-à-l'heure.

Taxe

Voici quelqu'un.

Finot

C'est le notaire.

Scène 8

Grapin, Taxe, Finot

Il tousse.

Il tousse.

Grapin

On m'a dit, Monsieur, que je vous trouverais ici. Et je suis venu en droite ligne.

Taxe

Non, monsieur, vous êtes venu en "toussant".

Grapin

Je ne vous demande qu'un quart-d'heure pour lire la "minute".

Taxe

Vous comptez mal, monsieur ; si je vous écoute un quart-d'heure, vous me lirez "quinze minutes et non pas une".

Grapin

Vous avez, je le sais, beaucoup d'esprit à plaisanter ; mais un contrat sérieux comme celui-ci...

Taxe

Sérieux ! Tenez, monsieur, je parie qu'il ne l'est pas autant que le Contrat social.

Grapin

Il me semble qu'un mariage est une affaire...

Taxe

D'état, et souvent une affaire d'honneur.

Grapin

On m'avait bien prévenu que monsieur Double-Sens aimait à rire ; mais je croyais qu'avec un homme de mon caractère, il voudrait bien se contraindre, et parler sérieusement.

Haut.

Taxe

Bon ! Il me prend pour mon rival. Eh bien ! Monsieur, j'écoute.

Taxe et Finot reculent.

Grapin

Par-devant etc. Marc-Roch-Luc Grapin, furent présents Jérôme Double-Sens d'une part, et Barbe Cocasse, fille mineure, de l'autre, lesquels, etc. Ladite future apporte une maison...

Finot

Elle ne sera jamais assez forte pour cela.

Grapin

Si vous m'interrompez toujours, comment voulez-vous entendre ?

Taxe

Allons, je serai, comme vous, tout oreilles.

Grapin

Voici une clause essentielle : ladite Barbe, en cas de mort, aura...

Finot

Comment, de "mort aux rats" ?

Grapin

Mais attendez donc... Aura pour héritier direct et légitime, le survivant conjoint.

Taxe

Ah ! Bon !

Grapin

Article vingt.

Taxe

Mais je croyais que c'était fait ; vous en étiez à "l'article de la mort".

Grapin

Ah ! Je perds patience ; vous mariera qui voudra. Je plains votre femme, si vous lui faites toujours des pointes.

Taxe

J'espère cependant qu'elle aimera le système des pieuses.

Grapin

Vous me mettez hors des gonds.

Taxe

Eh bien ! C'est le cas de prendre la porte.

Revenant.

Grapin

Je la prends. Vous mériteriez que je me vengeasse par d'aussi mauvais calembours que les vôtres. Voyons quelle est la ville où l'on mange le poisson le plus délicat ?

Finot

C'est un port de mer.

Grapin

Un port de mer ! C'est Jérusalem.

Taxe

Comment ?

Il sort.

Grapin

Parce que les murailles sont "détruites". Il est authentique celui-là ; il est passé par-devant notaire.

Scène 9

Taxe

Taxe

Me voilà sûr d'avoir gagné du temps ; voyons quelle sera l'issue de tout ceci.

Scène 10

Plaisantin, Taxe

À Taxe.

Plaisantin

Ma foi, notre ami Double-Sens est bien près de deviner l'inscription. Mais je croyais madame Cocasse ici. Ah ! Voici le notaire. Citoyen notaire, soyez le bienvenu.

Taxe

La bonne méprise !

Mystérieusement.

Plaisantin

Nous allons le marier. Ma foi, j'ai eu quelque inquiétude.

Taxe

Quoi donc ?

Plaisantin

Vous me promettez le secret.

Taxe

Vous ne me connaissez pas.

Plaisantin

Il y a de par le monde un certain Taxe, un jeune homme assez mauvais sujet, dit-on.

Taxe

Vous le connaissez donc ?

Plaisantin

De réputation ; il demeure ici vis-à-vis, et j'ai su qu'il avait des vues sur ma nièce.

Taxe

Comment des vues ! Est-ce que ses fenêtres donnent sur cet appartement ?

Il appelle.

Plaisantin

Heureusement qu'il n'a point été averti des conditions du testament ; car il se fût présenté pour deviner l'inscription, et il eût fallu l'admettre. Mais vous êtes sans doute pressé de les marier, et je ne veux pas retarder le bonheur de ma nièce. Finot ? Finot ?

Scène 11

Plaisantin, Finot

Plaisantin

Préviens Double-Sens que Monsieur l'attend, et monte ici la pierre.

Finot

Comment, monte la pierre ? Vous me prenez donc pour une grue.

Finot sort.

Plaisantin

Va donc, imbécile !

Scène 12

Madame Cocasse, Plaisantin, Taxe

Elle lit.

Madame Cocasse

Citoyen, voilà mes papiers ; je remets mon sort entre vos mains, et voilà ce dont il s'agit. Expose très-humblement, Gertrude-Félicité Cunégonde, veuve en quatrième noce de Pancrasse-Jérôme Cocasse, qu'ayant été imposée par double emploi au rôle des contributions...

Plaisantin

Comment ! Mais ce n'est pas-là le style d'un contrat de mariage.

Madame Cocasse

Et qui vous parle de contrat de mariage ? Il s'agit d'un dégrèvement de contribution que monsieur s'est chargé de me faire obtenir.

Plaisantin

Comment ! J'ai cru que le citoyen était notaire.

Madame Cocasse

Point du tout ; le citoyen est vérificateur des impositions, en attendant qu'il soit receveur. Je vous le donne pour homme d'esprit.

Plaisantin

Cela étant, je l'invite à assister à notre séance.

Taxe

Vous ne pourriez me faire un plus grand plaisir.

Scène 13

Finot, Plaisantin, Madame Cocasse, Double-Sens, Taxe, Barbe

Marche triomphale pour l'entrée de la pierre.

Finot

V'là tous les morceaux, et je dis c'est fort, car c'est une "pierre de taille".

Plaisantin

Asseyons-nous et procédons, car c'est plutôt une "pierre d'attente".

Madame Cocasse

Pour faire d'une "pierre deux coups", voyons d'abord les calembours.

Plaisantin

Un. Qu'est-ce qui a fait le plus de tort aux marchands de tabac ?

Double-Sens

Ce sont les impôts ?

Taxe

Pas du tout. C'est la descente "d'Enée aux Enfers".

Plaisantin

C'est cela. Deux. Quel est l'animal à quatre pattes, le plus âgé ?

Double-Sens

Ne serait-ce pas la cigale ?

Taxe

Non, non. C'est le mouton.

Plaisantin

Comment cela ?

Taxe

Parce qu'il est lainé.

Plaisantin

C'est juste. Trois. Quelle est la saison que les journalistes redoutent le plus ?

Double-Sens

Parbleu ! C'est la saison des orages.

Taxe

Vous n'y êtes pas ; c'est l'automne.

Plaisantin

Pourquoi ?

Taxe

À cause de la chute des feuilles.

Finot

Écoutez, que je vous en propose quelqu'un aussi, moi. Savez-vous pourquoi les Juifs aiment beaucoup le nouveau calendrier ?

Double-Sens

Non.

Finot

C'est qu'ils y trouvent un messidor.

Plaisantin

C'est vrai.

Finot

Que je vous donne une nouvelle : depuis les enrôlements volontaires, tous les huissiers se sont présentés pour se faire enrôler, mais on les a refusés.

Plaisantin

Eh ! Pourquoi les a-t-on refusés ?

Finot

Parce qu'on n'a pas besoin d'eux pour les "exploits".

Plaisantin

Allons, allons ; voyons la pierre.

Double-Sens

Diable !... J'en approche... Mais non...

Plaisantin

Eh bien ?

Finot

C'est la pierre infernale.

Barbe

En quelle langue est l'inscription ?

Madame Cocasse

C'est du grec, je pense.

Double-Sens

Non, c'est du latin.

Finot

Eh bien ! Vous y perdrez votre latin.

Taxe

Pour moi, je crois que c'est du français.

Double-Sens

Allons donc... Une inscription en français ! Fi donc ! C'est une épitaphe, et la voici. Non, je n'y suis pas.

Plaisantin

Qu'en dit, monsieur ?

Taxe

Qu'il ne s'agit que des avoir épeler pour deviner le sens de cette pierre.

Double-Sens

Elle sera pour vous une pierre d'achoppement.

Taxe

Elle a été trouvée à Montmartre, n'est-il pas vrai ?

Finot

Ah ! Mon Dieu, oui ! Tout en haut de la butte, en descendant.

Taxe

Eh bien ! En rapprochant les cinq morceaux, vous allez lire couramment l'inscription : MONTMARTRE EST LE CHEMIN DES ÂNES.

Finot

Eh ben ! Il vous a mis sur la voie.

Plaisantin

C'est, ma foi, vrai.

Barbe

Il a deviné.

Taxe

Je crois avoir rempli les conditions du testament ; il ne me reste plus qu'a réclamer les droits qu'il me donne.

Plaisantin

Qu'en pensez-vous, madame Cocasse ?

Madame Cocasse

C'est juste.

Plaisantin

Alors, je vous unis.

Taxe

Quel bonheur !

Finot

L'époux de mademoiselle Barbe a de l'esprit et du coeur, et je suis bien aise qu'on n'ait pas donné un "plat à Barbe".

Vaudeville

Plaisantin, Madame Cocasse, Barbe, Taxe, Finot

Air : De la Soirée orageuse.

À Double-Sens.

Plaisantin

La plainte est toujours pour le sot ; Le sage est consolé d'avance. Ne pouvant prendre femme, il faut Apprendre à prendre patience. Sans pleurer ici ton tourment, Dès ce soir renonce à ta belle, Et pareil à l'amour constant, Tu pourras bien vivre sans "aile".

À sa fille.

Madame Cocasse

Tous vos voeux seraient superflus, Et votre bonheur se devine ; L'Amour, pour remplacer Plutus, Vous offre une charmante "mine". Tu choisis un brave garçon, Qui pourtant n'est pas des plus riches ; Tu fais très bien, car un maçon T'aurait sans doute fait des "niches".

Barbe

D'un sentiment triste et jaloux, Éloigne l'atteinte cruelle, Et ne crains pas qu'à son époux Ta femme se montre infidèle. L'Amour, de nos coeurs bien épris, Fixera l'union constante ; Et, même en habitant Paris, Je veux toujours rester "à Mantes".

Taxe

Le goût proscrit les calembours ; Mais il a beau nous les défendre, À force d'en faire toujours, On finit par ne pas s'entendre. Du bon sens suivez mieux la loi ; Quittez ce jargon que l'on vante ; Abjurez la pointe, et pour moi Vous n'en serez que plus "piquante".

Finot

Chacun est encore incertain Sur le sort de cette bluette ; Donnez-lui quelques coups "de main" ; Dès ce soir sa fortune est faite. Sans murmurer, l'auteur attend Votre critique ou votre éloge ; Mais songez bien qu'en ce moment Il est dans le "martyre aux loges".

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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