Acte lyrique · 1794

Horatius Coclès

de Vincent Arnault

Représentation
≈ 14 min
Distribution
4 hommes
Répliques
91
Écriture
En vers
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Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
HORACE surnommé COCLÈS H 33 ≈ 5 min 9
Mutius Scévola H 16 ≈ 3 min 2
Valérius Publicola H 7 ≈ 2 min 4
Député N 8 ≈ 1 min 1
Un Romain N 6 ≈ 1 min 3
Le Jeune Horace H 6 ≈ 1 min 1
Choeur N 6 ≈ 1 min 4
Un Soldat N 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte L
HORACE surnommé COCLÈS
Mutius Scévola absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Valérius Publicola absentabsentabsentabsentabsent
Député absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Romain absentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Jeune Horace absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsent
Un Soldat absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte L

Scène 1

Romains, Choeur Des Romaines, Valérius Publicola, HORACE surnommé COCLÈS, Choeur

Romains

Et pour l'univers et pour Rome, Ce jour est un jour de douleur ; À Rome il ravit un vengeur Au monde il ravit un grand homme.

Choeur Des Romaines

Brutus, tu dois être à la fois Honoré d'un sexe et de l'autre : Du tien tu rétablis les droits Et tu vengeas l'honneur du nôtre.

Valérius Publicola

Ô Brutus ! Fixe tes regards Sur les bords désolés du Tibre ; Contemple, au sein de ces remparts, Rome assiégée et toujours libre. Des rois les efforts seront vains, Nous en attestons ta mémoire ; Et la liberté des Romains Doit durer autant que ta gloire.

HORACE surnommé COCLÈS

Bellone accable nos guerriers De tous les fléaux qu'elle entraîne. La faim poursuit dans ses foyers Le soldat vainqueur dans la plaine. Sur ce vieillard mourant, sur l'enfant au berceau, Elle étend sa main déchirante ; Elle tarit le sein de la mère expirante : Et Rome aux regards ne présente Que des spectres errants dans un vaste tombeau.

Choeur

Mais les efforts des rois sont vains, Nous en attestons la mémoire. Oui, la liberté des Romains Doit durer autant que ta gloire.

Valérius Publicola

Dût encor s'augmenter le péril où nous sommes, Sache le contempler sans en être abattu, Peuple libre ; ah ! Ce n'est qu'à force de vertu Qu'on lasse le sort et les hommes.

Il prend le poignard déposé sur le tombeau de Brutus.

HORACE surnommé COCLÈS

Vous le savez, les destins ennemis M'ont ravi l'espoir de ma race. iL n'est plus de fils pour Horace, Mais il lui reste son pays. Montrer la tendresse d'un père, Ce n'est pas se déshonorer ; Et Sur une tête aussi chère, Un homme, un romain peut pleurer; Sans que le devoir en murmure, Le sang peut élever la voix ; Du devoir je connais les droits, Et je sens ceux de la nature. Mais au sein des maux les plus grands, Non moins courageux que sensible, On n'en doit vouer aux tyrans Qu'une haine encor plus terrible. Par ce fer qu'à nos yeux consacraient à la fois, Et le sang de Lucrèce, et le bras d'un grand homme, Jurons la ruine des rois, Jurons la liberté de Rome.

Choeur

Jurons la ruine des rois, Jurons la liberté de Rome.

Scène 2

Mutius Scévola, HORACE surnommé COCLÈS, Valérius Publicola, Choeur, Peuple, Choeur Général

Mutius Scévola

Horace !

HORACE surnommé COCLÈS

Mutius !

Mutius Scévola

Remets entre mes mains Ce fer, ce monument de pudeur et de crime.

HORACE surnommé COCLÈS

Ce glaive encor fumant au sang de leur victime En doit être lavé dans le sang des Tarquins.

Mutius Scévola

Un projet encor plus sublime Romains, doit en armer mon bras.

Valérius Publicola

Quel est-il ce projet ?

Mutius Scévola

Liberté, tu verras Ce que peut un Romain que ton génie anime.

HORACE surnommé COCLÈS

Quoi, Mutius, après ses attentats Tarquin vivrait !

Mutius Scévola

Malgré sa haine, Tarquin, privé d'appui, n'aurait été jamais Que l'obscur témoin des succès De la vertu républicaine. Il n'est ni roi ni citoyen, On peut le condamner à vivre. Mais c'est de ce tyran, d'un tyran le soutien, De Porsenna qu'il faut que mon bras vous délivre. Romains, ne nous abusons pas. Trop longtemps notre erreur extrême A fait la guerre à des soldats ; Je la déclare au tyran même. J'affronterai, dans mon transport, La garde dont il s'environne ; Heureux de recevoir la mort, Pourvu que mon bras la lui donne. Je tomberai percé de coups, Mais les miens auront sauvé Rome ; Et du moins le salut de tous Romains, n'aura coûté qu'un homme.

Valérius Publicola

J'admire en frémissant le plus beau des projets.

Choeur

Périlleuse et noble entreprise !

Mutius Scévola

N'en retardons pas le succès. Près du roi des toscans j'ai tends un libre accès Sous cet habit qui me déguise. Donne ce glaive.

HORACE surnommé COCLÈS

Arrête. Et vous, Peuple Romain, Retenez ce héros qu'un zèle aveugle entraîne. Le succès est douteux, le péril est certain.

DUO.

Mutius Scévola

La gloire n'est pas moins certaine.

HORACE surnommé COCLÈS

Je suis vieux, et je veux par un sublime effort Terminer ma carrière en sauvant ma patrie. Mutius, laisse-moi répandre sur ma mort La gloire dont brillait ma vie.

Mutius Scévola

Je suis jeune, et je veux par un sublime effort Éterniser ma gloire et sauver ma patrie. Pour m'immortaliser j'ai besoin de la mort, Lorsqu'il te suffit de ta vie.

HORACE surnommé COCLÈS

Du trépas je dois préserver Et ta jeunesse et ta vaillance.

Mutius Scévola

À Rome je dois conserver Ta force et ton expérience.

HORACE surnommé COCLÈS

Laisse-moi finir en soldat Des jours qui bientôt vont s'éteindre.

Mutius Scévola

Longtemps j'en admirai l'éclat, Désormais j'y prétends atteindre.

HORACE surnommé COCLÈS

La mort inutile à l'État Est la seule qu'on doive craindre,

HORACE surnommé COCLÈS

Je suis vieux, etc.

Mutius Scévola

Je suis jeune, etc.

Valérius Publicola

Horace, à ce dernier succès Trop de célébrité met obstacle peut-être. L'ennemi t'a vu de trop près Pour qu'il puisse te méconnaître.

Peuple

Pars, Mutius : mais à tes coups Si les destins étaient contraires, Sois sûr de retrouver en nous Autant de vengeurs que de frères.

Mutius Scévola

Ô bonheur ! À choix glorieux ! Le peuple a prononcé.

HORACE surnommé COCLÈS

Je n'ai plus rien à dire : À ses décrets je dois souscrire, Et sa voix est la voix des dieux.

Mutius s'éloigne.

Choeur Général

Liberté que son bras seconde, Toi qu'il défend, veille sur lui. La cause qu'il sert aujourd'hui Un jour sera celle du monde.

Scène 3

Valérius Publicola, HORACE surnommé COCLÈS

Valérius Publicola

Vieillard terrible et généreux, Je n'aurai pas longtemps enchaîné ton audace. Ce passage important que l'ennemi menace, Je le confie à ton bras valeureux. Le poste le plus dangereux Doit être le poste d'Horace. Moi je cours attaquer Porsenna dans son camp À la tête de notre élite. Au signal convenu, que dans le même instant Hors des remparts chacun se précipite. Le jour à Brutus consacré Pour les tyrans doit être un jour terrible ; Et bientôt il aura montré Qu'un peuple libre est invincible.

Le Consul sort avec une partie des soldats.

HORACE surnommé COCLÈS

À t'imiter en tout Horace est préparé.

Scène 4

HORACE surnommé COCLÈS

HORACE surnommé COCLÈS

Liberté, flamme active et pure, Embrase tout ainsi que moi ; Le mortel coupable envers toi, Est coupable envers la nature. À tes pieds l'orgueil expirant Frémit de rage en admirant Ton temple auguste qui s'achève. Les préjugés sont abattus. Ce n'est plus que par les vertus Que sur ses égaux on s'élève. Mais que veut ce soldat ?

Scène 5

Soldat, Un Romain, HORACE surnommé COCLÈS

Soldat

Romains, un envoyé Au nom de Porsenna sur ces bords se présente.

Un Romain

Lorsque son maître aura ployé Devant la liberté naissante, On pourra l'écouter.

HORACE surnommé COCLÈS

Qu'il soit admis, Romains, Et que, dans ce péril extrême Il puisse juger par lui-même Ce que sont des républicains.

Scène 6

HORACE surnommé COCLÈS, Le Jeune Horace, Député, Un Romain

HORACE surnommé COCLÈS

Le voici, qu'aperçois-je ? Ô moment d'allégresse ! Mon fils que je croyais victime du trépas, Mon fils accompagne ses pas.

Le Jeune Horace

Je vous revois, mon père.

HORACE surnommé COCLÈS

Honneur de ma vieillesse, Viens te jeter entre mes bras.

après les avoir observés

Député

Affligé des malheurs où vous êtes en proie, Jaloux d'en terminer le cours, Jaloux de prolonger vos jours, Romains, c'est Porsenna qui dans ces lieux m'envoie. Il a vu d'un oeil de pitié D'un peuple et de son roi la longue inimitié. Du malheur de Tarquin touché moins que du vôtre, Il vous offre son amitié.

HORACE surnommé COCLÈS

Son amitié ! J'ai cru qu'il implorait la nôtre.

Député

À l'accepter il est porté.

HORACE surnommé COCLÈS

Il connaît donc bien peu ce peuple et son génie, S'il vient la demander sans avoir écarté De la terre de liberté Les soldats de la tyrannie.

Député

De sa sincérité j'atteste pour garants Ces captifs qu'en ses fers mit le droit de la guerre : Il vous les rend ; il rend les enfants à leur père, Il rend le père à ses enfants. Romains, mettez un prix à tant de bienfaisance. Les Tarquins, qui peut-être ont abusé des droits Que leur transmis la suprême puissance, Instruits par le malheur, à de plus douces lois Réclament plus d'obéissance. À ce prix on pardonne à la rébellion. Mais quel est ce profond silence ?

HORACE surnommé COCLÈS

Celui de l'indignation.

Le Jeune Horace

Tyrans, laissez-moi des entraves Qui ne blessent point ma fierté.

Député

Vous refusez la liberté.

HORACE surnommé COCLÈS

Non ? Nous refusons d'être esclaves.

Le Jeune Horace

Ces fers sont moins pesants que ceux Dont nous avons su nous défaire.

HORACE surnommé COCLÈS

Il n'est d'esclavage honteux Que l'esclavage volontaire.

Le Jeune Horace

Est-il un seul fils, à ce prix, Qui voulut embrasser sa mère ?

ENSEMBLE.

HORACE surnommé COCLÈS

À ce prix, est-il un seul père Qui voulut embrasser son fils !

Le Jeune Horace

Mon père, adieu, séparons-nous À votre fils l'honneur l'ordonne ; Et c'est lorsqu'il vous abandonne, Qu'il se montre digne de vous.

HORACE surnommé COCLÈS

Adieu, mon fils, séparons-nous ; La voix de l'honneur te l'ordonne. Romains, c'est quand il m'abandonne, Qu'il se montre digne de vous.

Député

Tant de sublimité m'étonne, Et malgré moi j'en suis jaloux.

Le Jeune Horace

Aux rois nous n'accordons ni ne demandons grâce. Aux fers tu peux nous renvoyer. Partons.

Député

La réponse d'Horace N'est pas celle du peuple entier.

HORACE surnommé COCLÈS

En douter, c'est lui faire outrage.

Député

Souscrivez-vous à ce traité ?

Un Romain

Un traité plus saint nous engage.

Tous les Romains se rassemblent autour du tombeau.

Un Romain

Par Brutus il nous fut dicté. « Si dans le sein de Rome il se trouvait un traître Qui regrettât les rois et qui voulût un maître, Qu'il meure au milieu des tourments ; Que sa cendre parjure, abandonnée aux vents, Ne laisse plus qu'un nom plus odieux encore Que celui des tyrans, Qu'à jamais Rome libre abhorre. »

Il sort avec les Captifs.

Député

Et moi je jure, au nom des rois, À vous, à vous enfants une guerre éternelle.

Scène 7

HORACE surnommé COCLÈS, Un Soldat, Choeur, Un Romain

Plusieurs divisions armées sortent de différents côtés.

HORACE surnommé COCLÈS

Aux remparts l'honneur nous appelle. Romains, entendez-vous fa voix . Marchons.

Un Soldat

Pour traverser le Tibre, Les ennemis s'avancent vers ces bords.

HORACE surnommé COCLÈS

Pour repousser leurs vains efforts, Il suffirait d'un homme libre.

Un Soldat

D'un vain espoir c'est se flatter. Du grand nombre ils ont l'avantage.

HORACE surnommé COCLÈS

Le nombre vaut il le courage ! C'est en les immolant qu'il faudra les compter.

Un Soldat

Les arrêter n'est pas dans le pouvoir d'un homme. Amis, brisez ce pont.

Les Toscans attaquent le pont défendu par le seul Horace, et que la hache des Romains fait bientôt écrouler dans le Tibre. Le héros s'y précipite après les ennemis , qu'il a luiseul arrêtés.

HORACE surnommé COCLÈS

Quoi qu'il puisse en coûter, Ne songeons qu'au salut de Rome.

Choeur

Tombez, fiers ennemis.

Un Romain

Ô Rome, ton héros De ses succès est la victime.

Un Romain

Voyez échanger de l'abîme Horace triomphant des Toscans et des flots.

Choeur

De Rome intrépide appui, Jouis de la double gloire Dont te couvrent aujourd'hui Et ta fuite et la victoire.

On entend un bruit de guerre.

Un Romain

Horace, tu nous es rendu.

HORACE surnommé COCLÈS

Entendez-vous, Romains, le signal attendu ? Ce pont brisé met-il obstacle à votre audace ? Marchons à l'ennemi par des chemins nouveaux. Pour l'éviter j'ai traversé ces eaux, Pour le chercher je les repasse. Avançons.

Scène 8

Mutius Scévola, Choeur, HORACE surnommé COCLÈS

Mutius Scévola

Arrêtez.

Choeur

Mutius !

Mutius Scévola

Oui, Romains.

HORACE surnommé COCLÈS

Le tyran n'est plus !

Mutius Scévola

Rome est libre. Porsenna, pour jamais détaché des Tarquins, S'éloigne en ce moment des rivages du Tibre.

HORACE surnommé COCLÈS

D'où naît ce changement ?

Mutius Scévola

Romains, j'ai pénétré Dans la tente du tyran même. Ils étaient deux : j'entends contre Rome un blasphème. Je frappe qui l'a proféré. C'était un courtisan. Près du roi l'on m'entraîne, Qui peut, dit Porsenna, t'inspirer tant de haine ? Que prétends-tu ? Frapper un roi Complice de la tyrannie. J'avais juré, sur toi, de venger ma patrie. Trois cents romains l'ont juré comme moi. Mon bras seul a trahi mes serments héroïques ; Je l'en veux punir : et soudain J'étends cette perfide main Sur l'autel embrasé de ses dieux domestiques. La foule admire, et le tyran pâlit. Romain, sois libre, m'a-t-il dit. Ton Peuple n'est pas fait pour ployer sous un maître. Je renonce à mes vains projets. Un peuple, je le reconnais, Est libre aussitôt qu'il veut l'être.

Scène Dernière

HORACE surnommé COCLÈS, Valérius Publicola, Choeur Général

HORACE surnommé COCLÈS

Romains, apprenez nos succès, Ils ont passé notre espérance.

Valérius Publicola

La victoire en nos murs ramène l'abondance. Horace, je te rends ton fils. Tarquin fuit loin de Rome ensevelir sa honte : Romains, je vous l'avais promis. Il n'est pas de danger que l'homme ne surmonte. Guerriers libres et triomphants, Célébrez vos exploits : désormais Rome compte Autant de héros que d'enfants.

Choeur Général

Les rois pesaient sur notre tête. Chantons la ruine des rois. Les tyrans usurpaient nos droits, De nos droits chantons la conquête. L'homme a repris sa dignité, Le Peuple est rentré dans sa gloire ; Le Peuple jure la victoire, Quand il jure la liberté.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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