Hypnotisee !
Scène 1
Magnetto
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
D'un ton naturel.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Saluant.
Prenant une pose et écarquillant les yeux.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Allant vers le fond et appelant.
Magnetto
Mesdames, messieurs ! Messieurs, mesdames et toutes les personnes présentes qui ne sont encore ni l'un ni l'autre ! Je vais avoir l'honneur extrême de faire devant vous quelques expériences d'hypnotisme, mais, avant de commencer, avant de vous rendre témoins des curieux phénomènes qui, de nos jours, ont conquis droit de cité dans le domaine scientifique, je tiens à dévoiler et à mettre à la portée de l'honorable assistance en ce moment suspendue à mes lèvres les moyens de reproduire avec succès et sans douleur les effets magnétiques que je vais moi-même avoir l'honneur de produire tout à l'heure. L'hypnotisme est une science qu'on ne saurait trop vulgariser. Chacun de nous peut, à un moment donné, avoir besoin d'en dormir quelqu'un qui l'importune. Lequel de vous, messieurs, n'a pas souhaité - au moins une fois en sa vie - voir s'endormir sa femme pour courir à un rendez-vous d'affaires... galantes ? Laquelle de vous, mesdames, n'a pas également souhaité voir s'endormir son mari pour un motif... - je ne dirai pas semblable - mais... quelconque ? Quel est celui de vous enfin qui - affligé d'une belle-mère - n'a pas ardemment désiré la voir s'endormir, sinon pour éternelle ment, du moins pour la durée de son existence ? Endormir sa belle-mère et la mettre dans l'impossibilité de nuire ! Ah ! Messieurs, l'hypnotisme ne donnerait-il que cet unique résultat, qu'il aurait encore le droit de compter au nombre des plus belles découvertes du siècle ! Vous verrez tout à l'heure qu'il en peut donner d'autres, Celui qui veut hypnotiser doit se bien persuader que l'acte qu'il va accomplir est un acte grave et autant que possible être à jeun, Tel que VOUS me voyez, mesdames et messieurs, je suis à jeun, tout ce qu'il y a de plus à jeun. À jeun aussi, doit être la personne que l'on veut hypnotiser ! En hypnotisant une personne dont la digestion ne serait pas faite, vous risqueriez de provoquer chez elle des accidents qui - quoique légers pourraient eux-mêmes - provoquer son décès, - ce qu'il vaut généralement mieux éviter, - à moins que l'on ait des raisons particulières de... ... Mais, ce sont là des considérations d'ordre tout intime dans lesquelles je n'ai ni le droit, ni le désir de m'immiscer, Les sujets les plus facilement hypnotisables sont ceux qui appartiennent au sexe auquel... J'ai le regret de ne pas appartenir, - c'est-à-dire les femmes. - On par vient également à hypnotiser des hommes, mais cela offre beaucoup moins d'intérêt, surtout au point de vue plastique. - Je vais maintenant vous indiquer comment il faut s'y prendre pour produire le sommeil magnétique. Vous faites d'abord asseoir la personne que vous voulez hypnotiser en face de vous, puis, appliquant vos pouces contre les siens de façon à ce que le contact ait lieu par la face palmaire, vous plongez dans ses yeux vos yeux et la maintenez immobile sous votre regard ! Comme ça ! Ah ! Le regard ! - Tout est là, - tout. - Le mien - sans parler du fluide qui se dégage de tous mes pores - est d'une puissance telle, qu'il me suffit de le laisser tomber négligemment sur un homme, une bête ou une femme, pour provoquer immédiatement chez eux le sommeil hypnotique. - C'est au point qu'un jour que j'étais allé voir jouer - dans je ne sais plus quel théâtre, - Je ne sais plus quelle tragédie, tous les spectateurs sur lesquels j'avais par mégarde laissé errer mon regard, se sont endormis pour ne se réveiller qu'à la fin de la représentation. - J'ai endormi de même un jour à la Chambre tous les députés qui assistaient à la séance. - Tous les journaux en ont parlé le lendemain, et plusieurs d'entre eux ont même daigné exprimer le regret que je n'assiste pas à toutes les séances, Je n'ai jamais pu savoir pourquoi par exemple, Revenons à notre su jet que nous tenons toujours sous l'influence de notre regard et chez lequel commencent à se manifester ce que l'on appelle les prodromes du sommeil ou symptômes précurseurs, qui - généralement précédés d'un rire convulsif - se présentent de la façon suivante : 1° Titillement dans les bras. 2° Pesanteur dans les jambes. 3° Sentiment de froid, suivi de petites secousses nerveuses. 4° Moiteur générale et transpiration. 5° Fatigue douloureuse au dessus des yeux. 6° Batte ment des tempes. 7° Larmes dans les yeux. 8° Clignotement des paupières et leur occlusion. Comme vous le voyez, c'est très gai. Mais, vous comprendrez mieux en me voyant opérer sur Mademoiselle Lucida, sujet extra-lucide, que je vais avoir l'honneur de soumettre à l'appréciation des amateurs. Mademoiselle Lucida, s'il vous plaît !
Scène 2
Lucida, Magnetto
Lucida
Me voici, Monsieur Magnetto. - Je ne suis pas en retard ?
Magnetto
Non. - Saluez le public.
Elle salue trois fois le public.
Lucida
Tout de suite.
Magnetto
Assez.
Lucida
Bien.
Magnetto
Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
Lucida
Très bien, Monsieur Magnetto, très bien.
Magnetto
Vous êtes à jeun ?
Lucida
Presque.
Magnetto
Qu'avez-vous pris à votre repas ?
Lucida
Un demi-verre d'eau, un oeuf à la coque et un biscuit à la cuiller.
Se reprenant.
Changeant de ton.
Offrant une chaise à Lucida.
Magnetto
Un biscuit à la coque et un oeuf à la... Heu ! Un oeuf à la... et... Parfait ! Voilà qui est incapable de provoquer dans l'estomac un rassemblement susceptible d'encombrer les voies digestives. Nous allons commencer. - Asseyez-vous.
Lucida
Voilà.
Au public.
À Lucida.
Lucida met ses mains dans celles de Magnetto, et tous deux se regardent pendant un temps assez long.
Lucida sourit d'abord et finit par rire convulsivement.
Les bras de Lucida sont agités par un léger tremblement.
Les bras de Lucida tremblent plus fort.
Lucida cherche à remuer les jambes.
Changeant de ton.
Lucida frissonne et s'agite nerveusement.
Lucida suffoque comme si elle avait trop chaud.
Lucida ouvre et ferme les yeux rapidement.
Lucida ferme les yeux.
Se levant et saluant le public.
Changeant de ton.
À Lucida.
Lucida ouvre les yeux.
Il met on index sous le nez de Lucida, elle se lève et suit docilement tous les mouvements qu'exécute le doigt de Magnetto.
Magnetto
Ne bougez plus. Je ferai remarquer aux personnes présentes, qu'en dehors de l'odeur naturelle qui s'exhale de mon corps, je ne porte sur moi aucun parfum, Donnez-moi vos mains et regardez-moi bien en face. Attention, s'il vous plaît, aux symptômes précurseurs ! Rire convulsif !... Titillement des bras !... Mademoiselle Lucida commence à titiller. Elle titille !!! Pesanteur dans les jambes ! Je vous les ferais bien peser, mais ce ne serait pas convenable. Sentiment de froid, suivi de petites secousses nerveuses ! - Remarquez les petites secousses, - c'est très curieux. Moiteur et transpiration ! Les tempes battent, les paupières clignotent, les yeux se fatiguent et... se ferment. Ils sont fermés ! Et voilà !... Mademoiselle Lucida est maintenant complètement en mon pouvoir et tout ce que je vais lui ordonner de faire, elle le fera. Ouvrez les yeux, Lucida, je le veux... À présent, levez-vous ! Quelle sensation éprouvez-vous ?
Lucida
Je suis heureuse.
Changeant de ton.
Magnetto
Allons, tant mieux. Aimez-vous les fleurs ?
Lucida
Je les adore et j'en ai toujours sur ma fenêtre.
Magnetto
Comment trouvez-vous celle-ci ?
Lucida
Oh ! La jolie rose et comme elle sent bon !
Magnetto
La voulez-vous ?
Lucida
Oh ! Oui, pour mettre dans mes cheveux.
Lucida avance la main vers la pipe et s'arrête fascinée par le regard de Magnetto.
Magnetto
Prenez-la. Prenez-la donc !
Lucida
Je ne peux pas.
Magnetto
Ce n'est pas une rose d'ailleurs, c'est un petit oiseau.
Lucida
Oui, c'est un petit oiseau,... avec des plumes et une petite queue !
Magnetto
Il vient de s'envoler !
Lucida
Quel dommage !
Magnetto
Le voyez-vous là-haut ?
Lucida
Je le vois.
Magnetto
Appelez-le.
Lucida
Petit, petit, petit !
Magnetto
Disparu !
Lucida
Disparu !
Magnetto
Comment vous appelez-vous ?
Lucida
Lucida.
Magnetto
Essayez donc de dire votre nom sans bégayer.
Lucida
Lululu... Lucicici... cicidada... cicidada...
Lucida fait signe que non avec la tête.
Lucida essaie de parler sans pouvoir parvenir. - Magnetto lui souffle sur le front.
Magnetto
Êtes-vous muette ? Parlez, alors. Dites votre nom, maintenant.
Lucida
Lucida.
À Lucida.
Magnetto
Et voilà ! Savez-vous lire ? Il va prendre un livre sur la table.
Lucida
Lire, écrire et compter, Monsieur Magnetto.
Magnetto
Eh bien, lisez ce qui se trouve en haut de la page... 317 de ce volume.
Lucida
« Jamais il ne lui avait toléré cette familiarité. Fallait avoir l'âge. Et il chassait l'air de la main en affectant d'être asphyxié par... »
Magnetto
Pourquoi vous arrêtez-vous ? - Continuez ?
Lucida
Je ne peux pas.
Magnetto
Je le veux.
Lucida
Je vous jure que je ne peux pas.
Lisant.
Scandalisé.
Regardant la couverture.
Lisant.
Remettant le livre sur la table.
Saluant le public.
Changeant de ton.
À Lucida.
Magnetto
Tiens ! C'est extraordinaire. « Jamais il ne lui avait toléré cette familiarité. Fallait avoir l'âge, et... Oh ! Qu'est-ce que c'est donc que ce livre-là ? « La Terre ! » Émile Zola ! ! Tout s'explique, Pardon, mesdames et messieurs, pardon... Je vais remplacer cette expérience malencontreuse, par une autre expérience qui, je l'espère, vous plongera dans l'admiration et l'étonnement. - Je vais faire dire à Mademoiselle Lucida des choses que vous n'avez jamais entendu sortir de la bouche d'une femme. - Attention ! Comment trouvez-vous, Mademoiselle Lucida, toutes les dames qui sont ici ?
Lucida
Mais...
Magnetto
Regardez-les bien.
Lucida
Je les trouve toutes charmantes !
À Lucida.
Magnetto
Moi aussi. Et puis ?
Lucida
Jeunes !
Magnetto
Et puis ?
Lucida
Distinguées 1
Magnetto
Et puis ?
Lucida
Spirituelles.
Magnetto
Et puis encore?
Lucida
Et délicieusement habillées !
Au public.
Saluant et changeant de ton.
A Lucida.
Magnetto
Très bien. Qu'on dites-vous, mesdames ? Je crois que c'est la première fois que vous entendez une femme parler ainsi des autres femmes et je ne pense pas m'être trop avancé en vous annonçant que j'allais faire dire à mademoiselle des choses que n'ont pas précisément l'habitude de dire les personnes du sexe auquel j'ai de plus en plus le regret de ne pas appartenir. Je continue, Voulez-vous me dire main tenant, Mademoiselle Lucida, comment vous trouvez...
Lucida
Les... messieurs ?
Magnetto
C'est cela.
Lucida
Mais...
Magnetto
Regardez-les.
Lucida
Non.
Magnetto
Je le veux.
Lucida
Je n'ose pas.
Magnetto
Pour pouvoir nous dire il ce que vous en pensez, faut cependant que vous les regardiez.
Lucida
Je les ai regardés... en arrivant.
Magnetto
Tiens ! Tiens ! Et... quelles sensations avez-vous éprouvées en les voyant ?
Lucida
Monsieur Magnetto !
Magnetto
Vous ne voulez pas le dire ?
Lucida
Je ne veux pas le dire.
Magnetto
Voyons, ces sensations peuvent-elles au moins s'exprimer par un geste ?
Lucida
Dame !... Oui.
Magnetto
Alors, faites-le... ce geste.
Envoyant des baisers au public.
Lucida
Volontiers. Messieurs !
Changeant brusquement de ton.
Magnetto
Mesdames ! Mademoiselle Lucida !
Lucida
Monsieur Magnetto ?
Lucida tombe dans un des bras de Magretto qui prend une pose.
Prenant Lucida dans un autre bras.
La laissant glisser doucement à terre.
Prenant une pose.
Soufflant sur le front de Lucida pour la réveiller.
Lucida se relève et salue.
Magnetto
Dormez, je le veux. Remarquez la grâce des attitudes ! Quand on est fatigué, on change de bras. Ou on lâche tout. La fontaine Saint-Michel ! Relevez-vous et saluez. Vous n'êtes pas fatiguée?
Lucida
Si, un peu.
Magnetto
Avalez ce verre de vin.
MAGNETTO.
Lucida
Oh ! Comme il est d'un beau rouge ! Buvez !
Elle rend le verre à Magnetto.
Lucida
Merci.
Magnetto
Comment vous trouvez-vous?
Lucida
Mais... très bien.
Magnetto
Très bien ? - Vous êtes ivre pourtant.
Lucida
Moi ?
Magnetto
Je vous dis que vous êtes ivre !
Eclatant de rire.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Fredonnant.
Etc.
Elle éclate de rire.
Lucida
En revenant d'Suresnes J'avais mon pompon, Moi !... je... oui. - Ah ! c'est curieux comme tout tourne autour de moi; ça tourne, ça tourne, ça tourne ! Ah ! ah ! ah ! Ça tourne, ça tourne ! Ah ! Comme ça tourne ! Y a pas à dire j'ai... j'ai mon pompon... Dis donc, Magnetto, c'est tout ce que tu paies ? J'ai soif, tu sais. - Ah ! Comme ça tourne, comme ça tourne, comme ça tourne !
Magnetto
Ne riez pas, malheureuse,on vient de vous voler votre enfant !
Se reprenant.
Se calmant.
Elle disparaît un instant dans la coulisse, pousse un grand cri et revient les cheveux en désordre.
Après un temps.
Eclatant en sanglots et tombant à genoux.
Se relevant tout à coup.
Lucida
Mon enfant ? On m'a volé mon enfant ? Un petit enfant tout neuf... Tout jeune ! Non, c'est impossible, il est là qui dort dans son berceau. - C'est un ange ! - Des lèvres plus roses que les roses et des yeux plus bleus que le ciel ! - Vous ne l'avez jamais vu ? - Attendez, je vais vous l'apporter. Volé ! Ils me l'ont volé ! Ils me l'ont volé ! Il était là... dans son berceau... et puis... des hommes sont venus... Ah ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !.... Mon enfant ! Je veux mon enfant, je veux mon enfant, je veux mon enfant !!!
Magnetto
Tenez, je viens de le retrouver.
Couvrant la bûche de baisers.
Lucida
Lui ! Ah ! Cher amour, cher amour, cher amour !!! Qu'il est est beau ! - Allons, monsieur, faites vite une risette à tout le monde !
Magnetto
Il a l'air bien intelligent.
Lucida
Il l'est aussi.
Magnetto
À qui ressemble-t-il?
Lucida
À son père.
Magnetto
Vous n'avez que celui-là ?
Lucida
J'en ai vingt-deux.
À Lucida.
Magnetto
Un chantier ! Quel âge a-t-il ?
Lucida
Trois mois.
Magnetto
C'est le plus jeune alors ?
Changeant de ton.
Lucida
Non, c'est l'aîné. Allons, rendormez-vous, cher amour, rendormez-vous.
Lucida chante un couplet de « Jenny l'ouvrière » ou quelqueautre romance sentimentale.
Magnetto
Fredonnez-lui quelque chose, cela le bercera.
Lucida chante le re frain de la chanson « En revenant de la Revue » ou quelque autre refrain en vogue.
Magnetto
Ne savez-vous rien de plus gai ? Allons, c'est assez, - couchez-le.
Lucida
Bonsoir.
À Lucida en pinçant sa guitare.
La figure de Lucida exprime l'admiration.
Lucida baisse les yeux en rougissant.
Lucida semble suivre le mouvement des danseurs.
Lucida a l'air de prier.
Le visage de Lucida exprime la pitié.
Lucida commence par sourire, puis finit par rire aux éclats comme si elle entendait réellement COQUELIN CADET dire un monologue.
Il salue et remet sa guitare sur la table. - Au public.
Vivement.
À Lucida après l'avoir hypnotisée.
Magnetto
Attention à la scène d'extase ! Oh ! Voyez quel joli panorama se déroule devant VOS yeux. Des couples enlacés se promènent ! - Ce sont des amoureux. - Qu'est-ce qu'ils font donc ? Les voilà qui dansent au sondes tambourins ! Écoutez ! L'angelus sonne et tous se mettent en prière. Tiens ! Le ciel se couvre, les éclairs sillonnent la nue et le tonnerre gronde ! Le visage de Lucida exprime la terreur. Oh ! Regardez ces malheureux qui grelottent sous la pluie ! Une personne charitable a organisé une représentation à leur bénéfice et a obtenu le concours de COQUELIN Cadet qui dit Un monologue. Fin de la scène d'extase ! Une dernière expérience, pour finir. - Je vais, si vous le voulez bien, suggérer à Mademoiselle Lucida l'idée de m'aimer passionnément. Rassurez-vous, les choses n'iront pas plus loin qu'elles ne doivent aller. Comment me trouvez vous, Lucida ?
Lucida
Je te trouve beau et je t'aime éperdument.
Magnetto
Est-ce bien vrai ?
Après un temps.
Changeant de ton.
Changeant de ton.
Lucida
Je te le jure ! - Oh ! Viens, fuyons ensemble !... Une chaise de poste nous attend à la grille du parc. Viens, mon bien aimé, viens ! Tu hésites ? Grand Dieu ! Tu en aimes une autre ! - Une autre ! - Ah ! Si cela était, je la tuerais ! Mais non, tu n'aimes que moi, tu n'adores que moi, et toute ta vie est à moi, comme toute ma vie est à toi.
Il fait quelques passes et souffle à plusieurs reprises sur le visage de Lucida qui se réveille et regarde le public avec étonnement.
À Lucida qui le regarde fixement.
LUCIDA.
MAGNETTO.
Magnetto
Et voilà, ce n'est pas plus difficile que cela. - Je recommande cette dernière expérience aux personnes qui ne savent comment s'y prendre pour se faire aimer. - Maintenant, je vais réveiller Mademoiselle Lucida et nous aurons l'honneur de vous remercier ensemble de la bienveillante attention que vous avez bien voulu nous prêter. C'est fait ! Il ne nous reste plus, mesdames et messieurs qu'à... Qu'avez-vous à me dévisager ainsi ? Monsieur Magnetto ! Eh bien ?
Lucida
J'ai un aveu à vous faire.
Magnetto
Un aveu ?
Lucida
Je crois que le sentiment que j'éprouve pour vous quand je suis endormie, survit en moi après le réveil.
Au public.
Il lui souffle de nouveau sur le visage.
Magnetto
Hein ? Elle n'est sans doute pas suffisamment dégagée.
Lucida
Oh ! Je suis bien éveillée, allez !
Il lui souffle une troisième fois sur le visage.
Magnetto
Essayons encore !
Lucida
Tout à fait éveillée.
Magnetto
Alors... vous... m'aimez ?
Lucida
Vous ne vous en étiez pas aperçu ?
Magnetto
Et vous venez me dire cela devant le public.
Lucida
C'est mal ?
Au public.
Magnetto
Mais... C'est qu'elle est charmante ! Elle - a des yeux, un nez, une bouche ! - Et puis cette façon originale de me déclarer son amour...
Lucida
Pardonnez-moi.
Magnetto
Il est certain que j'aurais là une compagne ravissante ! - Qu'en dites-vous ?
Lucida
Vous êtes fâché ?
Magnetto
Oui.
Lucida
Ah !
Magnetto
Eh bien, non, je ne suis pas fâché, je ne suis pas fâché !
Lucida
Alors... si vous n'êtes pas fâché... c'est donc que vous consentez à...
Au public.
Magnetto
C'est-à-dire... Si je m'attendais à celle-là par exemple !
Lucida
Allons !
Magnetto
Mais...
Lucida
Dites... oui.
Magnetto
Eh bien, oui, je consens, là, êtes-vous satisfaite ?
Lucida
Satisfaite ?!! - Folle, Monsieur Magnetto, folle de joie !
Magnetto
Moi aussi, mais, que vont penser ces dames et ces messieurs ?
Lucida
Bah ! Ce qu'ils pensent depuis longtemps !
Magnetto
Quoi donc ?
Lucida
Que c'est l'amour qui est encore le plus habile et le plus puissant des hypnotiseurs!