Opéra comique · 1770

Isabelle Arlequin

de Fagan Panard

Représentation
≈ 18 min
Distribution
4 femmes, 2 hommes
Répliques
125
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Arlequin N 42 ≈ 6 min 3
Éraste H 30 ≈ 3 min 6
Olivette F 24 ≈ 3 min 3
Pierrot H 10 ≈ 2 min 3
Agathe F 8 ≈ 2 min 1
Éléonore F 3 ≈ 1 min 3
Isabelle F 8 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Isabelle Arlequin
Arlequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Éraste absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Olivette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pierrot absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Agathe absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Éléonore absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Isabelle absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Isabelle Arlequin

Scène 1

Isabelle

AIR : Réveillez-vous.

AIR : De la nécessité.

Isabelle

Dieu d'amour à quelle folie Exposes-tu les tendres coeurs ? En est-il un qui ne s'oublie Sitôt qu'il ressent tes ardeurs ! À se rendre dans le village Une de ses parentes l'engage ; De dépit d'amour, de jalousie, Bientôt je sens mon âme saisie. Je fais une plaisante démarche !... Plaisante ! Non, j'en dois rougir de honte. J'aime Eraste, et soit caprice ou amour de cette liberté dont jouit une jeune veuve, je le rebute, je te force de renoncer moi. J'arrive en ce village, on je suis Eraste, suivie seulement d'Arlequin : mais l'aspect de ce Château, ce qui m'avait paru raisonnable ne l'est plus, et je suis prête à m'en retourner comme je suis venue. Quelle extravagance ! Cependant...

Scène 2

Agathe, Isabelle

Agathe

Non, je ne ferai pas ce qu'on veut que je fasse ; M'en dput-il arriver ce dont on me menace.

Isabelle

Cet enfant me paraît être la fille du Jardinier apprenons d'elle s'il se peut, quelque chose.

Agathe

Dussent tous mes parents me priver de leur bien. On veut me marier mais ; je n'en ferai rien.

AIR : Oh ! Que nenni.

Isabelle

Approchez-vous ? Bonjour, ma Belle.

Agathe

Me voici.

Isabelle

Votre coeur, suivant ce langage, N'aime point le mariage.

Agathe

Oh ! Que fi. Croyez-vous que je suis faite Pour toujours rester fillette ! Oh ! Que nenni. Ce que je chantais tout a l'heure, je l'ai appris d'un Monsieur qui est ici depuis quelques jours.

Isabelle

Savez-vous son nom ?

Agathe

Eraste.

Isabelle

Comment vous a-t-il appris ces chantons ?

AIR : Eh ! marions-nous donc.

Agathe

Si l'objet pour qui je soupire Voulait soulager mon martyre, D'autres avec tous leurs appas Ne me toucheraient pas. Mais hélas ! Puisque l'inhumaine Se rit de l'excès de ma peine Et qu'elle n'entend point raison Eh marions-nous donc. En se promenant dans le jardin. En voilà encore une que j'ai retenue.

Isabelle

Ne savez-vous que cela ?

Agathe

Oh ! Dame, il en chante bien d'autres ; mais comme elles ne parlent pas de mariage, je ne m'en souviens pas.

Isabelle

Eh ! Dites-moi, ma petite femme ; quand Eraste se promène ne voyez-vous personne avec lui ?

AIR : Halte là.

Agathe

Comme il reposait à l'ombrage, Dans cette contenance là, Madame l'aborda, ET lui tint ce langage : Tout ci, tout ça, Pati, pata, Bredi, breda, Julie est votre affaire, Vous ne pouvez mieux faire ; Prenez-la. Madame Léonore sa tante lui tient quelquefois compagnie. Ils parlent ensemble tantôt haut, tantôt bas. Hier encore, Adieu, Madame ; c'est aujourd'hui le lendemain de la noce de mon cousin Lucas, je vais voir comment se porte la mariée.

Scène 3

ISABELLE est quelque temps irrésolue ; enfin elle conçoit une idée folle, dont elle espère un heureux succès.

Scène 4

Éraste, Pierrot

Léonore demande à Eraste ce qu'il pense de Julie.

AIR : Le badinage.

Éraste

Former trop tôt des noeuds N'est pas d'un homme sage Rien n'est plus sérieux Que lorsque l'on s'engage. Je ne reconnais vos bontés, Madame, mais...

AIR : Les filles sont si sottes.

Eraste se défend tant bien que mal.

Léonore lui propose une longue entrevue avec Julie.

Pierrot

Fait-on du mariage Une affaire aujourd'hui· Nenni, Ce n'est qu'un badinage. Quand on vous parle de ce cas, On vous jette dans l'embarras. Quel est donc ce mystère ? Avez-vous peur de n'avoir pas Tout ce qu'il faut pour plaire ? Lon, la, Tout ce qu'il faut pour plaire ? Bon ! Bon !

Scène 5

Éraste, Pierrot

dit-il à Pierrot;

Éraste

Ah ! Si tu savais, Combien le sexe est trompeur !

AIR.

AIR : Du Grand Condé.

Pierrot

Si vous êtes mécontent, Vous pouvez vous en plaindre ; Chacun fait comme il l'entend. Je ne veux point vous contraindre ; Pour moi, libre et sans ennuis. Étant fait comme je suis Ai-je sujet de craindre ? Le drôle, par son badinage, Autrefois me faisait ombrage ; Mais je lui fais nargue aujourd'hui ; En un mot pour moi seul fidèle, Olivette parle de lui, Comme vous parlez d'Isabelle. Tout beau. Il est vrai qu'Arlequin avait lié connaissance avec Olivette.

Scène 6

Olivette vient avertir Ëraste de se trouver tantôt à la fête qu'occasionne le lendemain de noces du jardinier, parce que Julie l'honorera de sa présence. Ëraste dit qu'il va s'exécuter lui-même.

Scène 7

Olivette

Olivette s'affermit dans la haine qu'elle croit avoir pour le perfide Arlequin. Elle implore le secours de la raison.

AIR : Branle de Metz.

Olivette

Mais déjà de sa puissance Je ressens l'effet vainqueur ; L'Amour cède, dans mon coeur, Au désir de la vengeance. Morbleu, si je le tenais, Comme je l'étrillerais !

Scène 8

Olivette, Arlequin

Arlequin se fait connaître pour Isabelle, et prélude son rôle.

Olivette

Ciel ! Que vois je ?

Arlequin

Hoï me ! Voici je crois ta femme de chambre du Château je ne pouvais la trouver plus à propos.

AIR : Ce pâté qu'on apporte.

Olivette

Après un tel outrage, Je te revois, volage : Crains l'effet de ma rage ; Le sort, pour ton trépas, Dans ce lieu nous rassemble ; Tremble ; Je te ferai connaître, Traître Qu'Olivette n'est pas D'humeur à souffrir des ingrats. Il n'en faut point douter, c'est mon perfide.

Arlequin

Je n'avais pas prévu celui-là.

Olivette

En vain tu cherches à t'échapper.

Arlequin

Moi ! Point du tout je t'écoute, et ne sais que dire car en vérité, je ne suis point capable de ce que tu crois.

Olivette

Comment ! Tu ne te souviens pas du tout que tu as joué à Olivette ?

AIR : Et tant tant tant.

Arlequin

Quand je te perdis, Olivette, Je ne pensais qu'à tes appas ; Mon âme, toujours inquiète, Courrait le galop au trépas. Pour dissiper cette humeur noire Chacun me conseilla de boire ; Et j'ai bu tant, et tant, tanc, cane, Que j'ai perdu la mémoire, L'esprit avec le jugement. Pas d'un mot, et voici pourquoi.

Olivette

Il y paraît, et d'ailleurs, je sais qu'il n'y a point de si petite chambrière à qui vous ne contiez fleurette.

AIR : Sans dessus desssous.

Arlequin

Voici des armes*, venge-toi Je le mérite punis-moi Exerce à ton gré ta colère, Sans dessus dessous, sans devant derrière : Frappe, fais-moi sentir tes coups Sans devant derrière, sans dessus dessous. Je te demande pardon, mon petit coeur ; et si ce n'est pas assez,

Olivette

Tu es bienheureux que je t'aime.

AIR : Aye ! Aye ! Jeannette.

Arlequin

Vous en aurez Arlequin Petit coureur de grifette Tenez monsieur le faquin Voilà comme l'on vous traite, Aye aye aye Aye aye Olivette, Sec. Eh ! Bien ! Je vais me punir et te venger. Tu ne viens pas mettre le holà ! Tu me laisserais assommer, à ce que je vois ?

Olivette

Va, je te pardonne.

Arlequin

Je te pardonne aussi.

Olivette

Qui est-ce qui t'a amené ici ?

Arlequin

Pardi, c'est la voiture.

Olivette

Pour quelle affaire ?

Arlequin

Pour parler à Éraste. Ne le puisse par ton moyen ?

Olivette

Oui, malgré son embarras. Quand on songe à se marier.

Arlequin

Heu !

Olivette

Cela te surprend ?

Arlequin

Pas autrement.

Olivette

Isabelle n'en sait rien ?

Arlequin

Elle s'en doute et je viens ici, de sa part, à la découverte. Veux-tu m'aider à la servir ?

Olivette

Eh !... Mais... Je ne puis rien refuser à ce petit animal-là.

AIR. La verte jeunesse.

Arlequin

De ce marine Si je romps l'effet Cent louis pour gage Sont dans mon gousset. Comme tu m'es chère, Ma tendre amitié Veut qu'en cette affaire Tu sois de moitié.

Olivette

Il me faut encore ton coeur, y puis-je compter ?

AIR.

Arlequin

Oui, ma belle Divinité, Je sens redoubler ma tendresse. Souffre, du moins, qu'une caresse Prouve ma fidélité. Quand, après la brouillerie, Ensemble on se rapatrie, Que l'on goûte de volupté !

Olivette

Je vais te ménager une entrevue avec Eraste.

Scène 9

Pierrot, Arlequin

AIR: Ô Pierre.

Pierrot

Que vois-je Ventrebille ! Ici, dans mon tripot, Vous venez donc, mon drille, Tourner autour du pot ? Ô Pierre ! Ô Pierre ! On te prend pour un sot.

Arlequin

Le plaisant original !

Pierrot

Il me semble mon petit Monsieur, que vous étiez en conversation avec Olivette ?

Arlequin

C'est une bonne fortune.

Pierrot

Oui ; mais apprenez que cela ne me plait pas.

AIR. Et zeste, zeste.

Arlequin

Il s'y prend bien, ma foi. Ah ! La drôle d'espèce, Pour lorgner la Maîtresse D'un rival tel que moi ! A-t-il ce petit geste, Ce son de voix tendre et touchant, Certain petit air en marchant, Et tout le reste ? Je m'en soucie comme de cela.

AIR.

À part.

Pierrot

Je pourrais, l'ami, te faire Sentir quelle est ma fureur. D'un jaloux crains sa colère. Que n'ai-je un peu plus de coeur ? Je pourrais, l'ami, te faire Sentir quelle est ma fureur.

Arlequin

Vous êtes donc jaloux, vous !

Pierrot

Assurément.

AIR.

Arlequin

À cette folie Homme trop enclin, S'il prend femme un peu jolie, Doit attendre du Destin Qu'on lui fasse un beau matin Ce qu'on a fait à Vulcain. Tant pis pour vous, mon ami.

AIR : La ceinture.

Pierrot

Quand on trouve un rival fâcheux, Qui ne veut pas cesser de l'être, Pour faire évaporer ses feux On le jette par la fenêtre. Eh ! Vous pourriez bien être traité comme ceux qui font les galants.

Arlequin

La précaution est bonne, et vous parlez avec une politesse infinie.

Pierrot

Je vous conseille, en ami, d'en faire votre profit.

AIR : Les Feuillantines.

Arlequin

Votre conseil, mon mignon, Est fort bon ; Je fais cas de la leçon. Il est juste, en conscience, Que je vous en récompense.

Pierrot

Voyons.

Arlequin

Tenez, Monsieur le donneur d'avis.

Scène 10

Olivette, Éraste

Olivette

Quoi que vous en disiez, je ne puis m'imaginer que vous ne pensiez plus à Isabelle.

AIR : Je ne veux plus sortir de ma caverne.

Éraste

La perfide a mérité ma fureur. Tu te trompes.

Olivette

Vous ressentez une vaine colère.

Éraste

Elle a versé le poison dans mon coeur.

Olivette

Cela ne fait qu'augmenter votre ardeur,

Éraste

Fut-il jamais un objet plus trompeur ?

Olivette

En fut-il un plus capable de plaire ?

Éraste

J'oublie enfin l'ingrate et sa rigueur.

Olivette

Un coup d'oeil vous rendra menteur.

Éraste

J'avoue qu'elle a tout ce qu'il faut pour plaire ; il semble qu'il n'y ait que douceurs à vivre sous son empire mais qu'elle est différence de ce qu'elle paraît !

AIR.

AIR : De quoi vous plaignez vous ?

AIR : Quel plaisir de voir Claudine !

Olivette

Ce coeur plein d'indifférence Soutiendrait-il la présence De l'objet qui le charma ? Ah ! ah ! Supposons que d'un air tendre, Soupirant par-ci, par-la, ah ! ah ! La belle vous fit entendre, Sur le ton de l'Opéra, ah ! ah ! Ah ! cher amant, est-il possible ! etc De quoi vous plaignez-vous Éraste, quand on vous aime, De quoi vous plaignez-vous, Quand on n'aime que vous Dans l'instant que tu devins traître Je sentais mourir ma rigueur. Ce moment eût été, peut-être, Celui marqué pour ton bonheur. Si cette Belle venait à vous ? Laissez-vous toucher par mes pleurs hélas !

Éraste

Ah ! Charmante Isabelle, par quel serment faut-il...

AIR : Des Folies d'Espagne.

Olivette

Que faites-vous ? Non je ne suis point celle Qui vous founit à l'amoureuse loi.

Éraste

Hélas ! Mon coeur à tes yeux se décele, Et mon amour éclate malgré moi.

Olivette

Ah ! Ah ! Voici Arlequin, le valet d'Isabelle ; il vient, sans doute, vous dire quelque chose de sa part je vous laisse.

Scène 11

Arlequin, Éraste

Arlequin

Monsieur, je suis ravi de vous trouver : comment va votre santé ? Je suis votre très humble serviteur.

Éraste

C'est toi, cher Arlequin ?

Arlequin

C'est moi-même. Eh ! Point de façon. Je vous prie ; vous vous portez bien ?

Éraste

Y a-t-il quelque chose de nouveau ?

Arlequin

Oui, on die que le grand Turc...

Éraste

Eh ! Je te demande de la parc de ta maîtresse ?

AIR : Turltutaine.

Arlequin

Vraiment, elle est fort en peine De vous voir rester ainsi, Depuis plus d'une qemaine, Oh ! Turlutaine, Dans ce vilain pays-ci, Turlututu tantalari. Que ne parlez-vous ? Elle vous fait bien ses compliments. Elle est curieuse de savoir si l'air de la campagne vous est bon s'il vous fait du bien.

AIR.

Éraste

Je le trouve même si bon. Qu'avant qu'il soit peu, je t'assure, Pour m'établir en ce canton Mon hymen pourra se conclure.

Arlequin

Oui, vraiment, vous avez raison ; C'est fort bien penser, je vous jure : Turelure, lure, Ton, ton, ton, etc.

Éraste

Je compte que la chose se fera incessamment.

Arlequin

C'est-à-dire, que vous envoyer paître Isabelle. Après tout, vous n'êtes pas obligé de l'aimer.

AIR Le bruit des ar~c~.

Éraste

C'est en vain que mon coeur fidèle Alangui la nuit et le jour : L'ingrate, pour moi trop cruelle, N'a jamais marqué de retour ; Tout le mien se fixait pour elle, Pour le peu qu'elle eût pris d'amour. Hélas ! Que veux-tu ?

Arlequin

Je sais bien quelque chose... Mais.

AIR : Diablezot.

Éraste

Cher Arlequin explique-toi.

Arlequin

On m'a commandé de me taire : Je ne passe pas mon emploi.

Éraste

Ton silence me désespère.

Arlequin

Oh ! Ce n'est pas ma faute, moi.

Éraste

Tu peux compter sur mon silence.

Arlequin

Je n'en dirai jamais le mot ; Peste ! J'en sais la conséquence : Diablezot.

Éraste

Mais, tu peux me dire de quel oeil elle a vu mon départ.

AIR Je ne suis pas si Diable.

Arlequin

Cette amante troublée Toute la nuit dormit : Toujours très accablée, Le lendemain, se mit À table en compagnie, But, mangea d'appétit ; Et pour la Comédie Elle partit. Diable ! Il ne lui fit pas de plaisir.

Éraste

Voilà une grande affliction.

Arlequin

Je vous dirais bien encore... Mais il faudrait n'en point parler.

Éraste

Je ne veux rien savoir.

Arlequin

Je lui ai souvent entendu dire d'un jeune homme qui vient souvent au logis, qu'il est aimable. C'est le portrait de mon cher Éraste.

Éraste

Tu lui as entendu dire quelle joie !

Arlequin

J'ai même lu dans son coeur qu'elle ne vous a pas tout-à-fait oublié.

Éraste

Tu t'y connais beaucoup, je crois ?

AIR : Le bruit armes.

Arlequin

Quand dans mon petit ministère Je manque et qu'elle est en courroux ; Pour faire cesser sa colère, D'abord, je lui parle de vous : Son regard devient moins sévère, La Belle prend un ton plus doux. Oh ! Je ne suis pas plus bête que vous... le pensez.

AIR.: La semaine de Gallet.

Éraste

Tu me dis qu'elle songe Encore à son amant Tu me fais un mensonge.

Arlequin

Nenni.

Éraste

Tout te dément. Puis-je croire, en effet, Ce que tu veux me dire ? Tu viens, elle le sait ; Daigne-t-elle m'écrire ?

Arlequin

À l'égard de cela, il faut l'excuser ; elle vous aurait écrit sans un grand malheur qui lui est survenu.

Éraste

Quoi donc ?

Arlequin

Vous avez connu d'Isabelle le serin si beau si vanté. Hélas le pauvre petit ne vit plus.

Éraste

Puis-je m'amuser à écouter ce balourd ? Sortons.

Arlequin

St, st, st, Éraste ! Je vous demande pardon, j'ai une lettre d'elle pour vous. Cela m'avait échappé.

Éraste

Eh malheureux, que ne me la donnes tu, plutôt que de m'étourdir de tes balivernes ?

Arlequin

Tenez, baisez la main. Adieu, je n'attends point de réponse.

Scène 12

Éraste

Éraste

« Avant que vous ne vissiez ma lettre, j'étais bine aise de découvrir vos sentiments : c'est Isabelle qui vous la rend sous l'habit de son valet ; jugez de son amour par son extravagance. Je vous aime ; je vous aimerai toujours ; je pars, voyez vous voulez me suivre. » Est-il possible ? Isabelle ! Oh ! Folie aimable et flatteuse ! hâtons-nous de la rejoindre.

Scène 13

Éléonore, Éraste

AIR Des Trembleurs.

Éléonore

Où courez-vous donc si vite ? De l'ardeur qui vous agite Vous me voyez interdite. Quel feu brille en vos regards !

Éraste sort avec précipitation, pour aller chercher Isabelle.

Éraste

Je viens de voir Isabelle Elle m'attend, cette Belle ; Non, je ne puis aimer qu'elle. Et pour la suivre, je pars.

Scène 14

Éléonore

AIR.

Le mariage de Lucas, de Léonore, et du Jardinier, donne lieu au Divertissement qui termine la pièce.

Éléonore

Quoique j'aie été l'instrument De ce nouvel engagement, Je ne puis blâmer cet amant, Quand il va rejoindre Isabelle. Peut-on blâmer un coeur fidèle ? Il vient de voir Isabelle, et c'est Arlequin qui sort ! Qu'est-ce que cela signifie ? Ah ! J'entrevois le mystère et je me doute bien que le mariage que j'ai propose sera sans effet. Voici la fête du village. Il est inutile que Julie s'y trouve ; allons l'en avertir.

Divertissement

Éléonore

Duo.

Éléonore

Que le choix d'un époux me paraît difficile ! À peine en pouvons nous voir un seul, entre mille, Qui procure un heureux destin. Vous vous trompez souvent, les Belles, Quoique vous ayez le goût fin ; Et pour m'en dire des nouvelles, Je vous attends au lendemain. C'est au bon vin, Mon cher voisin, Que l'on doit recourir sans cesse. Point de Philis, point de maîtresse : Toujours un verre vide ou plein. Verse, verse, Boit nuit et jour ; Si tu veux renverser l'Amour, Il faut que Bacchus te renverse.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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