Ismène Patorale en Vers
Scène 1
Ismène
Ismène
Paisibles lieux, où règne le silence ; Bois inconnus à la clarté du jour, Où je venais tremblante au seule nom de l'amour, Chanter ma douce indifférence ; Apprenez l'état de mon coeur. Tircis a surpris me tendresse : Hélas !... que devient la sagesse Auprès d'un aimable vainqueur. Oui, cet heureux séjour, témoin de ma victoire, Est encore bien avant gravé dans ma mémoire. Eh !... Puis-je oublier ? En tout semblables aux Dieux, Tircis régna sur moi dès qu'il frappa mes yeux. Ses regards amoureux, le récit de sa flamme, Tircis régna sur moi dès qu'il frapper mon âme. Cependant à le fuir, tout invite mon coeur ; La raison,la vertu, mon repos mon honneur... Mon coeur, applaudissant à ma tendresse extrême, Me dit qu'il faut aimer un Berger, qui vous aime, Ma dit qu'il faut aimer l'amour et la vertu, Il suffit qu'un moment nous ayons combattu. J'aimerai donc Tircis... mais s'il était volage, Si semblable à l'amant des fleurs, Qui, de l'Amour moissonnant les douceurs, Porte à mille beautés, un inconstant hommage : S'il changeait... de ce fer je percevais mon sein, Je... mais ne craignons pas un semblable destin.
Scène 2
Lise, Ismène
Lise
Il m'est enfin permis de vous revoir, Ismène ; Quel bonheur ici vous ramène !...
Ismène
Le séduisant espoir de trouver le berger, Dont les traits ont su m'engager.
Lise
Fallait-il renoncer à à votre indifférence ?
Ismène
Chère Lise ! L'amour me tient sans sa puissance, Et mon coeur se consume en impuissants regrets, Ainsi qu'un jeune oiseau surpris dans des filets...
Lise
Avez-vous oublié ces jours si pleins de charmes, Où vivant sans amour, vous viviez sans alarmes ? Que nous goûtions alors de plaisirs ravissants !... Plaisirs d'autant plus doux, qu'ils étaient innocents ! De nos prés émaillés la riant verdure ; Ces côteaux, ces jardins, où se plaît la nature, Sans peine à nos plaisirs fournissaient chaque jour ; Vous ignorez surtout les rigueurs de l'Amour, Aux jeux de nos Bergers, sans dessein de leur plaire, Nous accordions nos voix sur la tendre fougère ; Nous voyions disputer nos rivaux amoureux, Sans qu'un désir secret nous fît pencher sur eux. Nous portions nos regards sur un fleuve tranquille, Dont les eaux arrosaient la campagne fertile. Un coeur, qui de l'amour ne ressent pas l'ennui, Est encor, disons nous, moins agité que lui.
Ismène
Non, non, l'indifférence N'offre que de faux attraits ; L'amour par sa puissance Répand des biens parfaits. Près de Tircis que j'aime, Que mon bonheur est doux !... Ah ! Notre ardeur extrême Fera mille jaloux. Un verger, un jardin Ne flattent plus mon âme ; Si l'objet de ma flamme Ne s'y montre soudain. À ses champêtres jeux, Toujours je m'intéresse ; Et je suis l'ivresse S'il est victorieux.
Lise
De nos tendres désirs, innocente victime, Penseriez-vous encor que l'amour est un crime ?
Ismène
Mon coeur, cent fois le jour, me dit qu'il n'est pas grand.
Lise
Lorsque le coeur soupire, il n'est pas innocent. D'ailleurs un coeur sensible, est en proie aux alarmes.
Ismène
Mais souvent le plaisir vient essuyer les larmes.
Lise
Craignez l'amour ; l'abeille aime moins les beaux jours, Que nos bergers les nouvelles amours.
Ismène
Puisque vous osez donc soupçonner ce berger, Prenez sur vous, le soin de la faire changer.
Lise
Qui ? Moi ?... De l'amour affecter le langage ?
Ismène
On peut feindre d'aimer sans cesser d'être sage. Que fais-je, hélas !... Peut-être en me tirant d'erreur, Rendrez-vous pour toujours le repos de mon coeur ?
Lise
Mais je n'ai de l'amour, aucune expérience.
Ismène
N'importe. Vous pourrez éprouver sa constance ; Vous être faite pour charmer. Aux jeunes coeurs, on est toujours jaloux de plaire ; Et chacun veut donner à sa jeune bergère La première leçon d'aimer. Tout plaît en vous ; usez de ce rare avantage ; Et, s'il se peut, rendez Tircis volage. Tâchez de l'éprouver : enfin s'il est constant, Il sera, désormais, aimé plus tendrement. S'il est léger, il perd pour toujours ma tendresse, Et mon coeur avec vous chérira la sagesse.
Lise
Oui, je l'éprouverai volontiers à ce prix... Reposez vous sur moi ; vous connaîtrez Tircis.
Scène 3
Lise
Lise
Je ne me trompe pas... Tircis n'est qu'un volage ; Il a beau de couvrir d'un dehors affecté ; Son coeur dément en secret son langage : Contre Ismène, il médite une infidélité. Ses regards seuls m'ont fait comprendre, Qu'il m'aimait plus que faiblement. Il les jetait sur moi, d'une façon si tendre, Que l'ingrat a déjà les yeux d'un inconstant. Hier, il m'en souvient, il mit à ma houlette Un ruban... la baisa... puis d'une main discrète... Mais tâchons aujourd'hui de dévoiler son coeur. Heureuse, si feignant d'avoir de la tendresse, Je rappelais Ismène à la sagesse, En la tirant d'une agréable erreur. J'aperçois en ces lieux deux aimables Bergères. Peut être de l'Amour possédant les mystères, Elles savent aussi la paix du changement... Apprenons l'art d'engager un amant.
Scène 4
Lise, Philis
Lise
Jeunes beautés, dont l'amour suit les traces, Qui faites les plaisirs, et l'honneur de ces lieux, Vous, qu'en tous lieux accompagnent les Grâces, Qui voyez tout céder au pouvoir de vos yeux ; Daignez instruire une jeune bergère Des moyens de séduire et du secret de plaire.
Philis
Quoi ! Lise aimerait-elle ? Et son coeurs en ce jour Voudrait-il bien justifier l'amour.
Lise
Mon coeur n'a pas encore éprouvé de tendresse ; Mais je voudrais soumettre à mes lois un berger, Et m'instruire dans l'art de rendre nu cour léger, Sans blesser, s'il se peut, celui de la sagesse.
Philis
Lorsque l'on veut sous son empire, Asservir le coeur d'un amant, Il faut suivre le mouvement Que la nature seule inspire.
Philis
Usez avec art de vos yeux. Que ne peut pas leur stratagème ? Hélas !... Ils sont les premiers Dieux Qu'on interroge en ce qu'on aime.
Philis
Par ses appas, une Bergère Peut se ménager un amant ; Mais sans cet art qui sert à plaire, En vain vous le rendrez constant.
Philis
Qu'une bergère de sa main Grave les deux noms sur un hêtre, Si l'amant vient à les connaître.
Lise
Bergères, c'est assez discourir tour-à-tour, Sur le talent heureux et sur l'art de l'amour, Vos discours sont plus doux, que le fruit des abeilles ; Et vous charmez les yeux et les oreilles. Puisse le Dieu qui règne sur les coeurs, Vous conduisant toujours dans des chemins de fleurs, Versez sur vous ; ses faveurs les plus chères.
Scène 5
Lise
Lise
Ainsi donc en ce lieu, tout respire l'Amour ! Pour la vertu quel dangereux séjour ? L'Amour est le seul Dieu fêté par nos Bergères. Mais profitons de leur avis, Et sur l'écorce de ce hêtre Gravons le nom de Lise et celui de Tircis. Souvent il vient ici rêver ou faire paître Son troupeau moins à plaindre à mes yeux que son maître Hélas ! Quel sont les maux des brebis et du chien !... Lorsque le tendre amour soumet le gardien... Mais... le voici, fuyons.
Scène 6
Tircis
Il voit l'arbre.
Tircis
L'Astre qui nous éclaire, À trois fois à les yeux, fait briller la lumière ; La nuit, si favorable aux desseins des amants, A de son voile obscur, trois fois couvert nos champs, Depuis que je n'ai vu cette aimable bergère ; Qui, bornant son bonheur à celui de ma plaire, Ma prodiguait tant de soins assidus... Eh ! Quoi ?... Mon coeur, ne l'aimeriez vous plus ? Hélas ! Au gré de mes désirs, Depuis longtemps la plus aimable chaîne Me joignait au destin d'Ismène ; Elle seule faisait alors tous mes plaisirs. Amant heureux, j'étais fidèle, À plaire par des soins rendus ; Et je pleurais comme perdus, Tous les moments, passés loin d'elle ; Toujours si jaloux de ses charmes, Qu'un regard, arrêté sur un autre que moi, Causait seul toutes mes alarmes, Je ne suis plus jaloux ;... mais !... Quoi ?... Mes yeux ne versent point de larmes... Tous ses soupirs sont superflus... Mon coeur, ne l'aimeriez vous plus ? Tout vous retrace ici le souvenir d'Ismène ; Ces prés couverts de fleurs ; cette claire fontaine, Où souvent elle vient consulter ses appas, Dans le flatteur espoir de rencontrer mes pas. Mais que vois-je ? Grands Dieux ! Quels nouveaux caractères ?... Mon nom écrit par des mains étrangères !... Le nom de Lise, joint à celui de Tirsis !... Quelle agréable erreur occupe mes esprits !... Tu viens de triompher de Lise Amour ! À ton pouvoir il n'est rien d'impossible. Qui pourrait te connaître et ne t'obéir pas ? L'onde suis point sa sa pente, hélas ! Que le coeur devenu sensible.
Scène 7
Philis, Tircis, Amarillis
Philis
Je ne puis plus me taire ; J'ignore la mystère ; Et de Lise en ce jour Je veux chanter l'Amour.
Tircis
Lise !... Aimer !... Juste ciel ! Ah ! Que viens-je d'entendre !
Amarillis
Quoi ! Vous voilà, Tircis, vous venez nous surprendre, Eh ! Depuis quand vous doit-on en ces lieux ? J'entends les voeux qu'aux forêt son confie.
Philis
Avez-vous entendu ce que je viens de dire ?
Tircis
Ou je suis dans l'erreur, ou Lise aime et soupire.
Amarillis
Voilà ce que vous coûte un discours indiscret.
Tircis
Ne craignez pas... Tircis est digne du secret ; Mais qui vous l'aurais dit ?
Philis
Lise, près de cet hêtre ;...
Tircis
Près du hêtre, ou son nom et le mien sont écrits ; Dans quel trouble ces mots jettent ils mes esprits ? Et quelle ardeur en moi tout à coup je sens naître ?
Philis
Quand une Bergère désire D'acquérir l'heureux art d'aimer ; N'en doutez point ; son soeur soupire Et commence de s'enflammer.
Tircis
Ne dit-on pas quel est l'heureux Berger, Que, sous ses lois, elle veut engager ?
Philis
De ce mystère on ne peut vous instruire, C'est un secret qu'elle ne veut pas dire...
Scène 8
Tircis
Tircis
De Lise, j'allume les feux, Oui, je suis l'objet de sa flamme, Sa conquête flatte mon âme, Et comble déjà tous mes voeux. Je soumets un coeur insensible. Diane était moins invincible, Avant que les appas, du bel Endymion Eussent égaré sa raison. Mais se peut-il, hélas ! Dans l'ardeur qui m'entraîne, Que je cesse d'aimer, que j'abandonne Ismène ?... Ingrat, si je ne puis être fidèle amant, Je dois du moins être reconnaissant. Ne voit-on pas la tourterelle, Après le saison des plaisirs. Laissant sa compagne fidèle, Se livrer à d'autres désirs ?... L'amour doit être un badinage ; Quand on veut goûter ses douceurs, Il faut, comme l'amant des fleurs, Changer et devenir volage. Mais, que vois-je ? C'est Lise en ces lieux, qui s'avance, Les grâces et les ris annoncent sa présence.
Scène 9
Lise, Tircis
Lise
De Tircis, en ces lieux, solitaire et rêveur, Ismène sûrement sait occuper le coeur.
Tircis
Ismène de mon coeur ne peut être effacée. Son image souvent entretient ma pensée. Mais, le dirai-je ?... Un objet plus charmant Vient m'occuper plus agréablement. Mon âme, au désespoir De perdre son estime, Sait trop bien son devoir, Et s'en ferait un crime. Un plaisir aussi vif empêche le mystère. Tircis, en vous voyant, trop aimable Bergère. Ne peut vous refuser l'hommage de son coeur.
Lise
Si vous m'aimez ; mais non... Je connais mon erreur.
Tircis
Lise, croyez Tircis,... plus vous êtes aimable, Plus je brûle pour vous, d'une ardeur véritable.
Lise
Mais comment me fier à votre amour naissant ? Et qui me répondra que vous serez constant.
Tircis
Tout : Mes serments, ma foi, mon coeur et sa promesse.
Lise
Pour Ismène autrefois, j'ai su votre tendresse. En vain elle mérite un éternel amour. Cependant vous craignez de payer de retour.
Tircis
Ah ! Si l'amour voulait que je fusse fidèle, Devrait-il vous former si touchante et si belle ? Si c'est un crime enfin de changer de lien, Ce crime est son ouvrage, et ce n'est pas le mien.
Lise
Je ne rejette pas, Tircis, votre tendresse, Mais apprenez que j'aime avec délicatesse, Et que je veux un coeur...
Tircis
Seule donc pour jamais vous aurez mon ardeur.
Lise
Tircis, pour me prouver ma flamme sincère, Daignés à mes désirs, accéder seulement Les Fleurs, que vous donna la main qui vous fut chère.
Tircis
Il est bien vrai qu'Ismène, hélas ! M'en fit présent.
Lise
Les voyant sur ma tête, Ismène, avec raison, Soupçonna la main qui m'en aura fait don. Ainsi vous donnerez la victoire à mes charmes.
À Lise.
Tircis
Que cet affront va lui coûter de larmes !... Vous le voulez, il faut vous contenter. Dans peu, je viens vous apporter Et la guirlande et mon coeur avec elle.
Lise
Allez... Courez...
Scène 10
Lise
Lise
Ingrat, Cours infidèle, C'est donc ainsi que tu trahis te fois ; Voudrais-tu que l'amour me rangeât sous ta loi ? Et que livrée à la tendresse, J'écoutasse pour toi, l'amour de la sagesse.
Scène 11
Ismène, Lise
Ismène
Avez-vous éprouvé la coeur de mon amant ? En est-il un, plus tendre, plus aimable ? La tendresse inspire un Berger si charmant, N'est-elle pas une faute excusable ?
Lise
Non, l'ingrat est indigne et d'Ismène et du jour.
Ismène
Que dites-vous ? Tircis trahirait mon amour ? Eussiez-vous dû former une chaîne si belle, Cruel destins, jaloux de mon bonheur !... Et, si Tircis devait être infidèle, Deviez-vous mettre, hélas ! Tant d'amour dans mon coeur ?... Je ne saurais survivre à tant de perfidie... En m'ôtant son amour, Tircis, m'ôte le vie.
Lise
Ismène...
Ismène
Devait-il éteindre un feu si beau ? Je n'eusse aimé, l'ingrat, au delà du tombeau. Que dis-je en ce moment ? Moi-même je m'ignore, Et mon coeur, qu'il trahit, peut-être l'aime encore. Où suis-je ? Qu'ai-je fait ?... La lumière du jour M'est odieuse autant que mon amour. Pour un ingrat faut-il que je soupire ? Va la trouver, cours, Lise... Va lui dire... Reproche-lui... mais ne l'irrite pas... Va... demeure... suis moi... non... évite mes pas ; Ou plutôt laisse-moi plaindre mon infortune, En ce moment tout m'importune.
Scène 12
Ismène
Ismène
Enfin voilà la prix du plus parfait amour !... Tircis, que j'aimais tant, m'abandonne en ce jour. Ruisseau, qui tant de fois témoin de ma faiblesse, Me vis à ce Berger, prodiguer ma tendresse, Apprends son infidélité. De tes eaux, le perfide a la légèreté !... Souvent il m'avait dit en observant ta course, Que l'on verrait tes eaux remonter vers leurs source, Plutôt qu'on ne verrait le fin de nos amours. Ruisseau, mon amant change et tu coules toujours. Ne me devait-il pas un ardeur éternelle ? L'ingrat trahit ainsi celle qu'il a charmé ; Et qu'ai-je fait, hélas ! Pour le rendre infidèle ; Si ce n'est juste ciel, de l'avoir trop aimé ? Volage reine de Cythère, Je ne veux plus de tes faveurs ; Garde pour d'autres, tes douceurs, Plus à craindre que ta colère. Vous ne m'êtes plus rien, Tircis, ni son amour, Son infidélité vient me rendre à moi-même. Déjà l'indifférence est mon bonheur suprême, Et la sagesse est enfin de retour.
Scène 13
Ismène, Lise
Ismène
Venez, soyez témoin de la gloire d'Ismène, Ne craignez plus pour moi... ma victoire est certaine. Lise, Tircis n'a plus ni mon coeur, ni ma foi ; J'ai triomphé de lui, de l'amour et de moi.
Lise
Ismène n'aime plus ! Ciel ! Que viens-je entendre ? Mais non, ce changement ne doit pas me surprendre. Ah ! Qu'il est doux pour moi, de voir que la raison Vous délivre aujourd'hui d'un dangereux poison ! Rien ne peut ajouter, Ismène, à votre gloire ; Vous avez sur l'amour, remporté la victoire. Comme l'amour est le rival des Dieux ; Vaincre l'amour, c'est être aussi grand qu'eux. Et triompher de sa faiblesse, Est plus divin que suivre la sagesse... Mais ne craignez vous pas le retour d'un berger, Qui de tous vos mépris, oserait se venger...
Ismène
J'ai consulté la gloire, et condamnant ma flamme, De l'amour pour jamais, j'ai délivré son âme... Je goûte autant de joie à perdre un inconstant, Que j'en goûtais à le voir mon amant. Mais vers ce lieu, je le vois qui s'avance. Pour un moment, j'évite sa présence.
Scène 14
Tircis, Lise
Tircis
Daignez, charmante Lise, approuver mon ardeur ; L'amour vous a cédé tous ses droits sur mon coeur... Souffrez qu'en vous donnant ces fleurs pour gage, J'en fasse à vos beaux yeux, un solennel hommage.
Lise
Pour Ismène, pourquoi ne pas avoir d'amour ? Vous le savez... son coeur, vous aimant à son tour, Mit toujours son bonheur, à prouver sa constance.
Tircis
Je ne sentis jamais que de l'indifférence, Ou bien si je l'aimais, quand je vis vos beaux yeux, Elle ne fut plus rien à mon coeur amoureux, Je me fis de la voir, une simple habitude.
Scène 15
Ismène, Tircis
Ismène
Tircis, ne poussez pas plus loin l'ingratitude ; Je ne m'attendais pas, en vous trouvant léger, Au déplaisir de ma voir outrager. Je ne viens pas, amante courroucée, Vous reprocher ma tendresse passée. Mais laissant la vengeance au fond de votre coeur, C'est assez d'étouffer ma trop funeste ardeur. Quand on possède l'art de plaire Auprès d'un berger jeune et beau ; Hélas ! Une jeune bergère Oublie aisément son troupeau. Mais, quand il devient infidèle, Ainsi que vous l'êtes, Tircis ; Elle retourne à ses brebis, Et suis une chaîne nouvelle.
Tircis
Peux-tu me soupçonner de tant de perfidie ? Moi, qui veux à tes pieds passer toute me vie. Pardonne à ton amant, ces détours soupçonneux ; C'était pour t'éprouver qu'il feignait d'autres feux. Je ne veux plus braver l'amour ; C'est vaine résistance !... Que j'exprime à mon tour, Toute sa puissance ! Puis-je vraiment me dire heureux Si je n'aime Ismène ? Je crois lire dans ses yeux, Où l'amour me mène.