Opéra · 1830

Joséphine ou le retour de wagram

de Laboullaye Gabriel

Représentation
≈ 34 min
Distribution
3 femmes, 4 hommes
Répliques
197
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Joséphine F 52 ≈ 13 min 10
Duc N 25 ≈ 5 min 2
La Comtesse F 28 ≈ 3 min 5
Marie F 18 ≈ 3 min 4
Eugène H 32 ≈ 3 min 5
Vincent N 14 ≈ 2 min 4
Rustan H 4 ≈ 1 min 1
Choeur N 7 ≈ 1 min 4
L'Empereur H 5 ≈ 1 min 1
Un Maître de Chant H 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Joséphine absentabsentabsentabsentabsent
Duc absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Comtesse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Marie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Eugène absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Vincent absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Rustan absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Choeur, Un Maître de Chant, Premier Page, Un Maître de Ballets, Deuxième Page

UN MAÎTRE DE CHANT et UN MAÎTRE DE BALLETS sont en tête de deux colonnes de chanteurs et de danseurs. Deux pages de l'Impératrice regardent répéter un divertissement au fond, dans jardin, deux grenadiers en faction.

INTRODUCTION.

Choeur

Chantons sa gloire immortelle : Nous lui devons tous nos succès ; À la victoire il est fidèle Chez l'étranger il a signé la paix.

Un Maître de Chant

Amis, observez la mesure ; Regardez-moi tous en chantant.

Premier Page

C'est fort bien, Monsieur, je vous jure Recevez-en mon compliment.

Un Maître de Chant

Cela ne va pas mal je pense, Pour une répétition Mais ce soir quelle différence À la représentation!

Pendant cette reprise du choeur, les danseurs font une première entrée milieu de la scène, et exécutent des tableaux gracieux.

Choeur

Chantons sa gloire immortelle Nous lui devons tous nos succès À la victoire il est fidèle : Chez l'étranger il signé la paix.

Un Maître de Ballets

Rappelez-vous chaque figure : Enchaînez vos pas en dansant.

Deuxième Page

C'est fort bien, monsieur, je vous jure : Recevez-en mon compliment.

Un Maître de Ballets

Cela ne Va pas mal, je pense, Pour une répétition ; Mais ce soir quelle différence À la représentation !

Choeur

Chantons sa gloire immortelle : Nous lui devons tous nos succès ; À la victoire il est fidèle : Chez l'étranger il a signé la paix.

Scène 2

Vincent, Premier Page, Marie, Pages, Un Maître de Chant, Choeur

Vincent

Avance donc, ma petite Marie : Ce beau spectacle te plaira. Tu ne sais donc pas, chère amie, Qu'a Malmaison nous avons l'opéra ?

Premier Page

C'est la petite jardinière : Elle est avec son amoureux ; À tous elle sait plaire Vois donc ses jolis yeux !

Marie

Oui, messieurs, c'est moi-même ; Voilà celui que j'aime : Nous devions être unis demain ; Mais ça n'aura pas lieu, j'en ai bien du chagrin.

Pages

Qui peut vous causer du chagrin ?

Marie

Vous avez notre confiance : Apprenez donc, messieurs...

Aux chanteurs et aux danseurs.

Un Maître de Chant

Silence ! Que la gaieté couronne nos tableaux, Si nous voulons obtenir des bravos.

Choeur

Chantons sa gloire immortelle, etc.

Scène 3

La Comtesse, Marie, Vincent

Les chanteurs et danseurs et sortent par le fond à droite.

Marie et il Vincent.

La Comtesse

C'est très bien, messieurs, l'impératrice reconnaîtra votre zèle. Voilà la répétition terminée, tout m'annonce que le spectacle de ce soir sera digne de la circonstance que nous célébrons. Approchez, mes amis.

Marie

Madame la Comtesse, nous nous sommes levés de bon matin, Vincent et moi, pour exécuter vos ordres.

La Comtesse

Ayez bien soin surtout d'établir dans la grande allée cette double rangée de lauriers.

Vincent

Et les grenadiers donc ! Je crois vraiment que l'Empereur aime ceux de la Malmaison autant que ceux de la vieille garde.

La Comtesse

Mais l'impératrice ne rentre pas, cela m'inquiète elle ne devait être sortie que pour quelques instants, elle est allée chez Pierre, à l'entrée du village.

Marie

Ah ! Oui, ce pauvre Pierre qui s'est cassé le bras hier, en plantant un de ces grands ifs qu'on prépare pour l'illumination devant la porte du parc.

Vincent

Oh ! Dame ! C'est que notre bonne maîtresse ne laisse jamais un malheureux sans secours, et ce qui est encore mieux, sans consolations.

COUPLETS.

PREMIER COUPLET.

DEUXIÈME COUPLET.

TORISIÈME COUPLET.

Marie

Jadis au sein de not'village On comptait bien des malheureux ; À Malmaison un'fille sage Gémissait loin d'son amoureux ; Un jour la démence divine, Prenant en pitié nos douleurs, Nous donna, pour sécher nos pleurs, Joséphine. Le vieux Raymond, plié par l'âge, N'avait plus pour guider ses pas Qu'un jeune fils plein de courage La France a réclamé son bras. Au bon vieillard qui se chagrine Son fils est rendu pour toujours ! Qui console ainsi ses vieux jours ? Joséphine. Rose naquit dans l'indigence; Mais elle avait de jolis yeux. Un jeune officier d'ordonnance En devint un jour amoureux : Il est d'une illustre origine ; Il ne peut fléchir ses parents. Mais qui sait rapprocher les rangs ? Joséphine. C'est vrai, Madame la Comtesse, Vincent a bien raison. Et Rose est aujourd'hui unie à celui qu'elle aime.

La Comtesse

Eh ! N'êtes-vous pas sur le point de jouir du même bonheur ? Grâce aux bontés de l'impératrice, votre mariage avec Vincent n'est-il pas assuré ?

Marie

Il l'était, Madame la Comtesse ; mais maintenant...

La Comtesse

Que voulez-vous dire ? Expliquez-vous.

Vincent

Tenez, Madame la Comtesse, c'est moi qui vais vous dire ce qui en est... Vous nous croyez ben gais, n'est-ce pas ?... Eh ! Bien, n'y a rien d'moins solide que c'te gaité-là. Apprenez que la mère de Marie n'veut plus nous unir, parce que mon père... Dame... Voyez-vous, mon père... Je n'sais pas trop comment vous dire ça... Il a la tête un peu vive... Il a quelque fois des querelles avec ma mère, et ça commence a les ennuyer tous les deux ; ils voudraient bien ne plus pouvoir se quereller.

La Comtesse

Cela est très facile.

Vincent

Aussi v'là c'qui fait qui parlent de se séparer.

La Comtesse

De se séparer.

Marie

Oui, Madame la Comtesse ; et voyez-vous, ma mère qui a toujours fait si bon ménage, ne veut pas entendre parler de mariage avec le fils d'un homme qui se sépare de sa femme ; aussi, Madame la Comtesse, vous nous voyez bien malheureux, bien malheureux.

La Comtesse

Silence ! Voilà l'impératrice.

Scène 4

Joséphine, Marie, La Comtesse, Vincent

Joséphine entre suivie d'un valet de pied en grande livrée ; l'Impératrice a une mise très simple, elle est vêtue d'une robe de soie, écharpe bleue et chapeau de satin blanc.

Mode de 1809.

À Marie et à Vincent.

Joséphine

Allons, je vois que tout s'apprête pour la fête de ce soir. Bonjour, mes amis ; mais qu'avez-vous donc ?... Tu pleures, Marie ?

Marie

Ah ! Ce n'est rien, Votre Majesté est trop bonne.

Joséphine

Mais je veux savoir.

La Comtesse

J'avais entretenu Votre Majesté du mariage de vos deux protégés ; car Vincent et Marie reçoivent tous les jours de nouvelles marques de votre bienveillance.

Joséphine

Marie ne me paie-t-elle pas en bouquets ? N'est-ce elle qui pas me présente chaque matin les fleurs les plus nouvelles ?

La Comtesse

Vous avez bien voulu promettre de faire célébrer cette union après le retour de l'Empereur... Mais aujourd'hui tout est changé.

Joséphine

Allons une querelle d'amants, je gage !

Vincent

Ah ! Si c'était entre nous, elle serait bientôt finie ; mais c'est mon père...

Joséphine

Eh bien ?

La Comtesse

Vincent vient de m'apprendre qu'après plusieurs querelles de ménage son père et sa mère voulaient se séparer.

Vincent

Ils disent qu'en se séparant ça les mettra d'accord.

À Vincent.

Joséphine

Allons donc, c'est une menace qui peut échapper dans un moment de colère. Ton père et ta mère que j'ai toujours vus si bien unis, que j'aurais cités comme le meilleur des ménages !.. Va les trouver, dis-leur que j'ai besoin de leur parler, que je les attends à l'instant même ; tu les feras entrer dans te petit pavillon des fleurs.

Vincent

J'y cours... Ah ! Que de reconnaissance nous aurons à Votre Majesté... Viens, Marie.

À Vincent.

Marie

Si Votre Majesté le permet, nous viendrons la remercier. Ah ! Mon ami, quel bonheur pour nous !

Joséphine

N'ayez aucune inquiétude, tout cela s'arrangera.

Scène 5

Joséphine, La Comtesse

Joséphine

Oui, tout s'arrangera, je l'exigerai ; autrement je ne les conserverai pas à mon service... Se séparer après vingt ans d'union non, cela ne sera pas.

La Comtesse

Si Votre Majesté le permet...

Joséphine

Votre Majesté !... Tu sais qu'entre nous je n'aime pas ce titre ; appelle-moi Joséphine.

La Comtesse

Eh bien oui, Joséphine ; mais permettez-moi de vous gronder ; votre absence de ce matin m'avait inquiétée.

Joséphine

Est-ce que j'ai été longtemps sortie ? Je ne m'en étais pas aperçue.

La Comtesse

Vous employez si bien votre temps.

Joséphine

J'avais quelques visites à faire.

La Comtesse

Dites des bienfaits à répandre, des peines à consoler.

Joséphine

Quand on est reine, ma chère Virginie, il en coûte si peu pour se faire aimer, et cela fait tant de bien !...

La Comtesse

C'est un bonheur que Joséphine éprouve tous les jours.

Joséphine

Et dont elle espère ne pas perdre l'habitude ; mais vois donc comme ce ciel est pur ! Il semble que la nature entière prenne sa part du plaisir que je goûte aujourd'hui.

La Comtesse

C'est que le beau temps est comme la victoire, il a toujours été fidèle à l'Empereur.

Joséphine

Que son entrée dans Paris sera belle demain ! Jamais je n'aurai éte si fière d'être assise à ses côtés, de me voir associée à sa gloire ; et mon Eugène, il sera là aussi !... As-tu remarqué, hier à son arrivée, comme il avait l'air noble et imposant ?

La Comtesse

C'est un des plus beaux cavaliers de l'armée ; et vous, Joséphine, comme la joie brillait sur votre visage ! La jeunesse la plus vive animait tous vos traits en vous voyant auprès du prince, on vous aurait pris pour le frère et la soeur.

Elle tire de son sein une lettre et un médaillon.

Elle ouvre le médaillon, et fait voir à la Comtesse le portrait de Napoléon.

Joséphine

Je suis heureuse !... Comme Eugène est glorieux de la mission que l'Empereur lui a confiée, de le précéder à Paris et de déposer aux Invalides les drapeaux enlevés a l'ennemi ! Tout à l'heure, en entendant de loin le bruit du canon, je jouissais de son bonheur ; il me semblait que j'étais sur son passage, et que là, dans la foule, j'entendais sortir de toutes les bouches ces mots de la dernière lettre de mon époux : « Il a commandé en général, il s'est battu en soldat. » La voila cette lettre et ce portrait qu'elle renfermait, il ne me quittèrent jamais.

La Comtesse

C'est le portrait de l'empereur.

Elle lit.

Joséphine

Si tu savais ce qu'il m'écrit et quel espoir !... Tiens, écoute. « Ma bonne Joséphine ! La campagne est terminée, l'Autriche vient d'accepter mes conditions. Je serai à la Malmaison le vingt-sept avant la nuit, et le lendemain de bonne heure je ferai mon entrée à Paris ; Eugène me précédera de vingt-quatre heures ; il portera aux Invalides les drapeaux que nous avons enlevés à l'ennemi ; cette gloire lui est bien due ; il a commandé en général, et s'est battu en soldat... Maintenant sa réputation militaire est faite ; son sang-froid et les antres qualités que j'ai remarquées en lui le rendent propre à gouverner un État. J'ai mes projets, je t'en ferai part ; tout cela d'ailleurs se lie à un grand acte de famille, que le bonheur et la gloire de la France exigent. Tu sauras tout à mon arrivée. L'EMPEREUR. - Pour toi, toujours BONAPARTE. » Un grand acte de famille ! Ah ! Mon amie, je ne sais si mes pressentiments me trompent, mais le fils de Joséphine...

La Comtesse

Sera bientôt celui de Napoléon.

DUO.

Joséphine

Ah ! Que mon âme sera fière, Et quels doux transports pour mon coeur Eugène va trouver un père Dans le héros qui fait tout mon bonheur. Ainsi je verrais se réaliser en partie l'illusion la plus chère !... Combien de fois j'ai rêvé l'Empereur entouré d'une famille que je lui aurais donnée ! Ah ! Ma chère Virginie, quel spectacle plus noble et plus touchant qu'une reine qui se montre a ses sujets environnée de ses enfants, et qui peut dire avec orgueil : Les voilà ! Ils ont été élevés au milieu de vous, je les ai instruits à vous aimer comme nous vous aimons nous-mêmes !

ENSEMBLE.

La Comtesse

Que votre âme aujourd'hui soit fière ; À l'espoir livrez votre coeur ; Eugène va trouver un père Dans le héros qui fait votre bonheur.

Joséphine

Ah ! Que mon âme, etc.

La Comtesse

Que votre âme aujourd'hui, etc.

La Comtesse

Quel avenir, et quel plus beau présage !

Joséphine

Quel avenir, et quel plus beau présage ! Napoléon va le nommer son fils !

La Comtesse

Est-il plus brillant héritage ?

ENSEMBLE.

Joséphine

Peut-il régner sur un plus beau pays ?

Joséphine

Ah ! Que mon âme sera fière, Et quels doux transports pour mon coeur ! Eugène va trouver un père Dans le héros qui fait tout mon bonheur.

À la fin du duo la musique se lie avec le choeur suivant

La Comtesse

Que votre âme aujourd'hui soit fière : À l'espoir livrez votre coeur ; Eugène va trouver un père Dans le héros qui fait votre bonheur.

Scène 6

Chabellan, Choeur, Eugène, Joséphine, La Comtesse

Eugène se jette dans les bras de Joséphine.

annonçant

Chabellan

Le prince Eugène !

À la fin du choeur les pages avancent un riche fauteuil ; l'Impératrice vient s'y placer.

Choeur

Noble guerrier, reine chérie, Votre triomphe est mérite. Fêtons au nom de la patrie Et le courage et la bonté.

AIR.

L'Impératrie se lève ; tous les généraux la saluent et sortent par la droite.

Eugène

Mes amis, quel beau jour ! Quelle cérémonie ! De notre souverain la puissance infinie Ne rencontre en tous lieux que des admirateurs.

Joséphine

Non, jamais souverain ne fut plus grand ; jamais peuple n'eut des destinées plus glorieuses ! Qu'on est fier, mon ami, d'appartenir à un si grand homme !

Eugène

Qui fut plus digne que vous de goûter autant de bonheur !

Joséphine

Et toi aussi, mon Eugène, tu lui appartiens ; n'a-t-il pas pour toi tout l'amour d'un bon père ?

Eugène

Et moi pour lui tout rattachement d'un fils ?

Haut.

Joséphine

Il te destine même de nouvelles preuves de sa tendresse. J'ai là une lettre que nous lirons ensemble tantôt seuls, dans mon appartement. Nous allons nous occuper des préparatifs de la fête de ce soir. C'est une surprise ; nous aurons spectacle, la représentation d'une pièce nouvelle. une musique délicieuse... J'ai fait venir tout l'Opéra de Paris.

La Comtesse

L'empereur aime tant son petit théâtre de Malmaison !

Scène 7

Page, Joséphine, Eugène, Un Deuxieme Page

après un salut

Page

Monsieur le Duc de Vicence demande s'il peut avoir l'honneur d'être admis auprès de Votre Majesté ?

Joséphine

Le duc de Vicence ! Je le croyais a son ambassade de Russie.

Eugène

Il était depuis huit jours à Vienne, l'empereur l'avait rappelé près de lui pour terminer les traités avec la cour d'Autriche.

Joséphine

Je n'ai jamais pu me rendre compte de ce que j'éprouvais en voyant cet homme.

entrant

Un Deuxieme Page

Les deux villageois que Votre Majesté a donné l'ordre d'introduire au château sont arrivés on les a fait entrer au pavillon des Fleurs.

Joséphine

Ils ne pouvaient venir plus à propos. Mon ami, tu recevras le duc pour moi ; j'ai une audience très pressée a donner. C'est un traité aussi que j'ai à négocier, un traité d'alliance. Une réconciliation... Je te conterai cela.

Eugène

Je devine d'avance... Je reconnais ma mère... Ne faisant aucune distinction des rangs, et n'accordant de préférence qu'aux infortunés.

Elle sort suivie de son page et de la Comtesse.

Joséphine

Mon ami, c'est que ceux-là n'ont pas le temps d'attendre.

Eugène

Qu'on introduise Monsieur le Duc.

Scène 8

Eugène, Duc

Le duc est introduit par le deuxième page qui se retire aussitôt.

Eugène

Vous ici, Monsieur le Duc ? Vous que j'ai laissé à Vienne, occupé des plus hautes négociations !

Duc

Elles sont terminées, prince ; Votre Altesse sait qu'avec l'Empereur le succès d'une conférence politique ne se fait pas plus attendre que le gain d'une bataille ; et les cabinets de l'Europe aiment souvent mieux en finir de cette façon que de l'autre.

Eugène

Il est vrai qu'ils ont eu plus d'une fois à se repentir d'avoir tenté le contraire.

Duc

Enfin, la plus glorieuse campagne s'est terminée par le traité le plus honorable pour la France. L'Autriche, après avoir vu nos drapeaux flotter sur les tours de Vienne, vient d'accepter toutes nos conditions.

Eugène

Est-il plus beau triomphe !

Duc

C'est à la fois le vainqueur et le pacificateur du monde que Paris va revoir demain dans ses murs ; aussi quel enthousiasme dans toute la capitale ! Je n'ai fait que la traverser, partout j'ai entendu l'expression de la joie, et de l'admiration publique... La cérémonie à laquelle vous avez présidé ce matin a électrisé les esprits ; votre nom, prince, est dans toutes tes bouches ; partout on associe, votre renommée à celle du chef de l'État.

Eugène

C'est trop honorer de faibles services soldat, j'ai fait mon devoir ; fils dévoué et reconnaissant, j'ai veillé sur les jours de l'époux de ma mère, de mon bienfaiteur.

Duc

L'Empereur sait apprécier le prince Eugène ; je l'ai toujours entendu vanter votre bravoure, votre sang-froid. Dans son dernier ordre du jour à la Grande Armée, il vous a proclamé l'un de ses meiileurs capitaines, en déclarant qu'il n'hésiterait pas a vous confier le sort de toute une expédition.

Eugène

Tant de confiance.

Duc

Est due à Votre Altesse, et l'Empereur, qui n'attendait que l'occasion de vous en donner une nouvelle preuve, va bientôt accomplir un projet bien cher à son coeur.

Eugène

Que voulez-vous dire ?

Duc

Cette Italie que nos armes ont conquise, doit, sous les lois du grand Napoléon, recouvrer son antique splendeur. Il veut que cette terre classique des beaux-arts devienne l'un des royaumes les plus florissants de l'Europe.

Eugène

Quelle gloire pour celui qui le secondera dans cette entreprise !

Après une pause.

Duc

Ajoutez pour celui qui régnera en son nom sur ce beau pays ! Eh bien ! Prince, cette gloire est celle qui vous est réservée.

Eugène

Que dites-vous ? Je serais...

Mouvement d'Eugène.

Duc

Vous êtes vice-roi d'Italie !... Notre souverain maître l'a déclaré officiellement au conseil qui a suivi votre départ de Vienne, et bientôt des courriers vont être expédiés à toutes les puissances pour leur faire connaître cette importante résolution.

Eugène

Et ma mère ! Quelle satisfaction pour elle lorsqu'elle apprendra cette nouvelle de la bouche de son époux !

Duc

L'empereur sait aussi combien l'impératrice vous aime, et le vif attachement qu'il a pour elle ajoute encore à la satisfaction qu'il éprouve en réalisant ce projet. Pourquoi faut-il que dans un moment qu'il voudrait consacrer au bonheur, le besoin d'assurer l'avenir de la France réclame de lui d'autres soins, un cruel sacrifice !...

Eugène

Je ne vous comprends pas.

Duc

Prince, depuis quelques années une pensée affligeait votre bienfaiteur, elle le suivait partout, elle empoisonnait ses plus beaux triomphes cette pensée, c'était le chagrin de n'avoir point d'héritier. Combien de fois l'idée de voir périr son nom tout entier avec lui, la crainte que la France ne fût, après sa mort, livrée a de nouveaux déchirements, n'ont-elles pas brisé son âme ! Dans de telles circonstances, l'Empereur a dû...

Eugène

Eh bien ?

Duc

Oh ! Je suis témoin combien il lui en a coûté ; ce sera un sacrifice pénible, une détermination douloureuse pour son coeur ; mais...

Eugène

Achever Monsieur le Duc.

Duc

Il a du se résigner à la nécessité et prendre une résolution bien pénible.

Eugène

Laquelle ?

Duc

En conservant à votre mère son titre et ses apanages d'Impératrice, il pourra contracter une autre union...

Il tombe sur un fauteuil dans le plus violent désespoir.

DUO.

Eugène

Vous ai-je bien entendu ! Abandonner ma mère, en épouser une autre ! Ah ! Joséphine, quel coup pour toi !

Duc

Prince, calmez votre souffrance ; Que la paix rentre en votre coeur Il s'agit du sort de la France Immolez-vous pour son bonheur.

Eugène

Que lui d!rai-je, ô ciel ! Non, jamais à ma mère Ma bouche ne pourra révéler son destin.

Duc

Vous la consolerez j'espère : Un fils aimé ne parle pas en vain.

Eugène

Tant de bonheur, tant d'espérance Seraient détruits en un seul jour Et l'abandon serait la récompense De ses vertus, de son amour.

Duc

Vous vous devez a la patrie ; Du sort sachez braver les coups.

Eugène

Joséphine, pour la patrie, Du sort aurait subi les coups Mais renoncer à son époux, Ah ! C'est donner plus que sa vie.

Duc

Allez régner sur l'Italie ; Goûtez le prix de vos travaux.

Eugène

À la mère la plus chérie Ma gloire coûte le repos.

ENSEMBLE.

Duc

Prince !...

Duc

Vous vous devez a la patrie ; Du sort sachez braver les coups.

Eugène

Ah ! C'est donner plus que sa vie Que renoncer à son époux !

Duc

Croyez, prince, que je prends une part bien vive au chagrin que vous éprouvez. L'empereur, qui sait ce que cette séparation aura de déchirant, m'avait chargé d'y préparer votre mère ; en apprenant qu'en son absence c'est vous qui deviez me recevoir, je me suis félicité de cette circonstance. Je n'ai point balancé à vous révéler la vérité. Allez trouver l'Impératrice, parlez a sa raison et non à son coeur ; dans de pareils moments, n'en doutez pas, la voix d'un fils est la plus puissante.

Eugène

Eh bien ! Oui, je me résignerai ; jamais l'empereur n'aura reçu de moi une pareille preuve de dévouement ; je serai quitte envers lui. Ciel ! J'entends l'Impératrice. Le plus absolu secret, Monsieur le Duc, un mot de vous la ferait mourir ; donnez-moi te temps de la préparer à son sort.

Scène 9

Joséphine, Duc, Eugène

Joséphine

Eh bien ! Messieurs, vous venez de faire de la diplomatie, et moi je viens de faire des heureux, ce qui n'est pas toujours la même chose.

Duc

Si Votre Majesté n'a pas d'ordres à me donner, je me retire.

Joséphine

Non, Monsieur le Duc, restez je veux que vous preniez aussi part a ma joie, que vous ayiez connaissance de mon triomphe. Vous verrez que nous autres femmes pour arranger une affaire, nous valons souvent les plus fins diplomates.

Duc

On sait depuis longtemps que rien n'est impossible à Votre Majesté.

Joséphine

Oh ! Je n'avais pas du reste a négocier avec de hautes puissances ! Et pourtant le traité n'a pas été signé sans difficultés. C'était dans l'intérieur du château même que je voulais opérer une réconciliation. C'est là que j'exerce mon Empire, monsieur le duc ; et je vous l'avouerai, le bonheur de la dernière des personnes attachées à mon service m'occupe autant que le soin de toutes les prérogatives de ma couronne.

Duc

Touchant usage du pouvoir suprême !

Joséphine

Il s'agit d'une jeune villageoise que j'ai prise sous ma protection. Depuis quelques mois son mariage était arrêté avec le fils du vieux Vincent, le concierge, ancien militaire que l'empereur a décoré dans la campagne de Prusse ; j'avais fixé la célébration de cet hymen au retour de mon époux.

Eugène

Que je souffre.

Joséphine

Ne voila-t-il pas que ce matin j'apprends qu'il y a eu une querelle entre le père et la mère de Vincent, qu'ils veulent se séparer, et que l'on a même prononcé le mot divorce... Oui, Monsieur le Duc, le mot divorce.

Eugène

Quel rapprochement !

Joséphine

Tu penses, mon ami, que je n'ai pas voulu qu'il fut question plus longtemps de cette querelle. Un divorce parmi les gens du château ! Qu'aurait dit l'empereur ? J'ai fait venir le père et la mère de Vincent. J'ai cru que quelques mots de moi suffiraient ; point du tout, je les ai trouvés plus résolus que je n'aurais supposé. Que faire me fâcher ? C'eût été, je crois, un mauvais moyen de les réconcilier. « Eh bien leur ai-je dit, puisque vous êtes tout-à-fait décidés, je ne puis m'y opposer ; mais j'exige une chose demain, je marie dix jeunes filles des environs à la chapelle du château ; toute la cour y sera, vous y viendrez aussi, et là, en présence de tout le monde, vous déclarerez que vous renoncez l'un l'autre, que vous ne vous reverrez jamais. » À l'idée de cette répudiation publique, au nom de l'empereur surtout, des larmes ont roulé dans leurs yeux, et quelques instants après tous deux sont tombés a mes pieds en me demandant pardon d'avoir conçu un seul instant la pensée d'une telle infamie.

Eugène

Mes forces m'abandonnent.

Joséphine

Eh bien ! Que dites-vous de mon moyen ?

Duc

Ah ! Madame, vous ne savez faire que des heureux ?

Joséphine

Jugez de la joie de mes petits protèges, quand je leur ai dit que le danger était passé et qu'ils pouvaient aller préparer leurs habits de noce.

Duc

Qui ne serait touché de tant de bonté ! Mais mon devoir, des communications importantes que j'ai à faire au grand chancelier, me rappellent à Paris ; si vous le permettez...

Le duc sort après un profond salut.

Joséphine

Partez, Monsieur le Duc ; le service de l'État avant tout.

Scène 10

Joséphine, Eugène

Joséphine

Je ne sais, mais le duc a quelque chose d'embarrassé dans son maintien... Quel était donc l'objet de sa visite ?

Eugène

Ma mère !

Joséphine

Entrons dans mon appartement ; aussi bien, j'éprouve le besoin de me trouver quelques instants seule avec toi. Je veux te donner connaissance de cette lettre dont je t'ai parlé ce matin. Mais tu parais agité ; ô ciel ! Aurions-nous quelque malheur à redouter ?... Serait-it arrivé quelque chose à l'Empereur ?

Eugène

Non, il n'est rien arrivé de fâcheux et l'Empereur, et bientôt, sans doute, sera près de vous.

Musique.

Joséphine

Le ciel en soit loué ! Chaque jour me rend mon époux encore plus cher ! Tiens, je te prévoyais bien, voilà des importuns, viens mon ami.

Joséphine lui donne le bras, ils entrent dans l'appartement à droite.

Eugène

Aurai-je le courage de lui dire la vérité !

Scène 11

Marie, Vincent

Marie

Plus de tristesse, plus d'alarmes : Pour nous quel moment enchanteur ! Joséphine a séché nos larmes ; Elle assure notre bonheur.

Marie

Prions pour notre bienfaitrice : Le ciel doit combler tous ses voeux.

Vincent

Où trouver une impératrice : Qui fass' comme elle des heureux ? Ma p'tit'Marie...

ENSEMBLE.

Marie

Mon p'tit Vincent... Plus de tristesse, plus d'alarmes ; Pour nous quel moment enchanteur ! Joséphine a séché nos larmes ; Elle assure notre bonheur.

Marie

Déjà tout le monde s'apprête À sauter, danser à la fête.

Vincent

Il me semble qu'j'y suis déjà.

Marie

Pour nous fair' danser en mesure, Nous aurons, à ce qu'on assure, Les ménétriers d'l'Opéra.

Il cherche à imiter le bruit de l'artifice.

ENSEMBLE.

Vincent

Ensuite on dit, ma p'tit'Marie, Qu'on dresse pour nos paysans Une table fort bien servie, Avec beaucoup d'rafraichiss'mens ; Et, sans craindre aucun préjudice Pour nos arbres, nos espaliers, On fera partir l'artifice Qu'on attache aux grands marronniers. Pan, pan, pan, pan ! Ça sera charmant. Pan, pan, pan, pan! Ça sera charmant. Plus de tristesse, plus d'alarmes ; Pour nous quel moment, etc.

Marie

As-tu remarqué comme notre bonne maîtresse était contente en nous annonçant la réconciLiation de tes parents ?

Vincent

On aurait dit qu'il s'agissait de son bonheur.

Marie

Ah ! Mon Dieu, Vincent ! N'entends-tu pas ?...

Vincent

Quoi donc ?

Marie

On fait du bruit chez l'Impératrice.

Vincent

Justement la voilà qui vient de ce côté... Comme elle a l'air triste !... Est-ce qu'il lui serait arrivé quelque chose ?

Ils s'éloignent doucement. Josephine sort de son appartement, ta pâleur sur le visage ses traits sont avères, son coeur bat avec force, elle a les yeux baignés de larmes. Vincent et Marie se retirent et fermant les portes du fond.

Marie

Retirons nous, mon ami, ce n'est pas le moment de nous montrer.

Scène 10

Joséphine

Après un silence.

Nouveau silence.

Elle tombe dans un fauteuil.

Elle se lève.

RÉCITATIF.

AIR.

Joséphine

Affreuse destinée ! À peine je respire ; Mon coeur est accablé de douleur et d'effroi ; Je perds tout en un jour, gloire, bonheur, Empire, Et te repos a fui pour toujours loin de moi ! Je sais tout... Mon fils m'a tout appris. Malheureuse épouse ! L'ai-je bien entendu ?... Dix ans de bonheur n'auraient été qu'une illusion... Je serais condamnée à vivre loin de lui... Je me verrais abandonnée... Non cela n'est pas possible... Le voilà donc ce grand acte de famille que le bonheur et la gloire de la France exigent !... Aurais-je pu croire, en lisant sa lettre, qu'il me faudrait quitter ce trône où j'espérais que mon Eugène... Ah ! Puisse-t-il ne regretter jamais de m'en avoir fait descendre.

Scène 13

La Comtesse, Joséphine

À part.

Haut.

La Comtesse

Madame, le mamelouk de l'Empereur entre à l'instant palais ; au il vient d'annoncer l'arrivée de Sa Majesté à votre premier chambellan ; tous vos serviteurs sont dans l'allégresse la plus vive... Mais que vois-je ? Quelle pâleur !... Quelle agitation !... Quel est donc ce mystère ? Ah Joséphine ! Ma souveraine ! Ma noble amie !

Elle verse des larmes.

Joséphine

Oui, ton amie. ton amie bien malheureuse !...

La Comtesse

Que voulez-vous dire ?

La comtesse s'éloigne en donnant des marques d'une vive inquiétude ; elle ouvre le porte du fond, Rustan entre, il s'approche de l'Impératrice, sans qu'elle s'aperçoive de son arrivée.

Joséphine

Pus tard, dans un moment tu sauras tout... Fais venir ce mamelouk... Oui, je veux savoir... J'ai besoin de lui parler...

Scène 14

Joséphine, Rustan

Le mameluck se place à quelques pas de l'impératrice. Il reste droit, les yeux fixes, regardant le public.

Joséphine

C'est vous, Rustan... Et l'Empereur ?

Rustan

Il m'a donné l'ordre de le devancer et d'annoncer au chambellan de Votre Majesté sa prochaine arrivée ; il reçoit en ce moment les félicitations des grands corps de l'Etat qui se sont portés à sa rencontre.

Haut.

Joséphine

Pour la première fois je tremble son approche. Tant de fatigues, cette longue route n'ont point altéré sa santé ?

Rustan

Non, Madame, jamais la santé de mon auguste maître ne fut plus parfaite... Cependant je ne dois rien vous cacher, je ne sais quelles inquiétudes l'assiègent...

Joséphine

Parlez...

Rustan

Pendant toute la campagne il avait paru si satisfait.. Jamais un mot d'humeur... Son visage était radieux ! Je le vois encore sur le champ de bataille donnant le bâton de maréchal au brave commandant de l'armée d'Italie, au général MacDonald... Quel beau spectacle quand plus tard, devant les rangs de la vieille garde, il serra dans ses bras le prince Eugène et l'appela son fils... Son digne fils.

Joséphine

Son fils ! Son fils !...

Rustan

Mais depuis notre départ de Vienne, quel changement !... Il veut être souvent seul, il se parle à lui-même... Cent fois je l'ai entendu répéter votre nom.

Un sourire semble naître à l'instant sur ses lèvres.

On entend en dehors des vivat multpliés.

Musique.

Joséphine

Mon nom ! Il pense encore moi ! Il ne m'a donc pas entièrement bannie de son coeur ; ah ! Je suis moins malheureuse !... Vive l'Empereur !

Les cris redoublent en dehors, les tambours battent, une foule de généraux et d'officiers d'état major paraissent au fond et se placent vis-à-vis les portes vitrées.

Joséphine

C'est lui !... Les forces m'abandonnent !...

Scène 15

L'Empereur, Joséphine, Choeur

L'Empereur

Joséphine !...

Joséphine

Permettez-moi, Sire, de vous feliciter du succès de vos armes, de la paix glorieuse que vous venez d'obtenir, et de l'alliance qui doit à jamais....

L'Empereur

Ah ! Joséphine ! Vous savez...

Avec des sanglots.

Elle tombe a ses pieds.

Joséphine

Oui, je sais tout, je me résigne au plus grand sanriBce que l'on puisse exiger de moi. Ah ! Je suis la plus malheureuse de toutes les femmes !

L'Empereur

Mon amie, l'épouse de mon choix, relève-toi !... Si tu savais combien un pareil acte coûte a mon coeur, si tu savais que de combats intérieurs j'ai en soutenir... Pourquoi faut-il que le bonheur de la France...

Choeur

Chantons sa gloire immortelle ; Nous lui devons tous nos succès ; À la victoire il est fidèle : Chez l'étranger il a signé la paix !

L'Empereur

Que ces chants d'allégresse déchirent mon âme !... Je vais me rendre à Paris ; j'ai besoin de vous y voir avec moi.... Joséphine, la cour doit encore ignorer...

Eugène s'avance avec attendrissement ; La Comtesse se place derrière l'impératrice.

Joséphine

Je suis prête a tous les sacrifices.

Montrant Joséphine qui tombe une seconde fois à ses pieds.

L'Empereur

Venez, Eugène... Mon fils... Oui, toujours mon fils ! Quel trésor je vais perdre !

Choeur

Chantons sa gloire immortelle Nous lui devons tous nos succès ! À la victoire il est fidèle ; Chez l'étranger il a signé la paix.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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