Comédie · 1655

L’amant ridicule

de François le Métel de Boisrobert

Représentation
≈ 15 min
Distribution
2 femmes, 2 hommes
Répliques
97
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Alonce H 34 ≈ 7 min 3
Léandre H 30 ≈ 4 min 5
Laure F 20 ≈ 3 min 3
Isabelle F 13 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte I
Alonce absentabsent
Léandre
Laure absentabsent
Isabelle absent
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Acte I

Scène 1

Léandre, Isabelle

Léandre

Quoi divine Isabelle on a donc résolu De vous donner Alonce, et vous l'avez voulu ? Il est vrai qu'au mépris de tout ce que nous sommes, Le sort vous abandonne au plus brutal des hommes.

Isabelle

Léandre, mon tuteur me choisit un époux. Si j'étais toute à moi, je serais toute à vous. D'un ridicule amant, il souffre les visites, Et préfère ses bines à vos rares mérites. Laure qui le gouverne et prend à toutes mains, En flattant son espoir seconde ses desseins. Elle le favorise à cause qu'il lui donne. La voici, je l'entends, de crainte je frissonne.

Scène 2

Laure, Isabelle, Léandre

Laure

Isabelle, rentrez, que faites vous là-bas ? Quoi ! Suivre ce blondin en tous lieux pas à pas ? Quoi ! L'attendre à la rue après tant de défenses ? Par ma foi vous prenez de trop grandes licences.

Isabelle

Hélas ! Ce n'était rien que pour prendre le frais Que je suis descendue.

Laure

Et pour le voir de près, Ce mignon, ce poudré, ce diseur de fleurettes. Ne vous lassez vous point d'entendre ses sornettes ? La langue tout le jour lui va comme un traquet.

Léandre

He quoi Laure ?

Laure

Il aurait un peu moins de caquet, Qu'il était court d'esprit ainsi que de monnaie. Qu'il prouve avec ceux-ci, s'il veut que l'on le croie.

Léandre

Laure, qu'entends-je ici ? Je suis tout interdit.

Laure

Léandre c'est assez, on vous l'a déjà dit, De vos beaux entretiens nous sommes si bercées, Qu'enfin pour dire tout nous en sommes lassées. Ma foi si vous aimiez ainsi qu'il faut aimer Une fille bine née et qu'on doit estimer, Vous nous en donneriez des preuves plus solides. Toujours le coeur en feu, toujours les yeux humides, Se pâmer à toute heure en amoureux transi, Apprenez que chez nous on ne vit point ainsi, Et qu'on ne gagne pas ainsi vos bonnes grâces, Par des propos niais et de sottes grimaces. Rentrez dans le logis, ce n'est pas votre fait.

Léandre

Laure, ma chère Laure, Que t'ai-je fait ? Hé quoi ma chère amie ! Au lieu de me défendre, Toi de qui j'attendais une amitié si tendre, Quand tu vois qu'on m'insulte, et qu'on rit de ma foi, Tu secondes l'outrage, et parles contre moi. Tu ne peux opposer que mon peu de fortune, À mon ardente amour qui se rend opportune, Et tu sais que je dois de mon oncle hériter.

Laure

C'était par là Monsieur qu'il fallait débuter. Vous auriez eu sans doute une belle audience ; Mais dans vos compliments on perdait patience. Faites parler votre oncle, et puis on se taira. Nous savons qu'il est riche.

Léandre

Oui Laure, il parlera. Prends de mon amitié ce petit gage, Quand j'aurai plus de biens je ferai davantage.

Laure

Quoi j'en aurai encore ?

Léandre

Oui, oui, cela t'est hoc.

Laure

Ce que je vous disais n'est pas de mon estoc. Monsieur je ne suis ni sotte ni bête. Je vous crois libéral, je vous crois fort honnête, Mais notre maître enfin vous croit gueux comme un rat, Et j'ai dépit de voir qu'il vous préfère un fat, À cause qu'il est riche.

Léandre

Ô Dieux ! Quelle injustice, De faire de ce veau d'or un si grand sacrifice ! Ce fat est mon parent, et comme il ne sait pas Que mon coeur d'Isabelle adore les appas, Il m'a voulu déjà, mener deux fois chez elle.

Laure

Prenez l'occasion, elle s'offre assez belle. Le voici, parlez-lui.

Léandre

Laure séparons-nous.

Laure

Léandre à l'avenir je parlerai pour vous. Si vous l'accompagnez vous oirez des merveilles.

Scène 3

Alonce, Laure, Léandre, Isabelle

Alonce

J'ai les yeux tout battis après deux longues veilles, ERt crains de na pouvoir avec ces yeux hagards, Devant mon Isabelle adoucir mes regards. D'où sors-tu chère Laure, et que fait ta maîtresse ? Ne la verrons nous point cette aimable tigresse ? Son tuteur est-il là ?

Laure

Non ; mais il va venir.

Alonce

Tu crois qu'en l'attendant je puis l'entretenir ? Bon, voici, mon cousin, je le trouve avec joie. Il faut qu'il m'accompagne, et qu'Isabelle voie Que nos pauvres parents ne sont pas des coquins, Que nous ne sommes pas de race de faquins. Bonjour mon cher cousin, vous m'avez fait promesse, De venir avec moi visiter ma maîtresse, Je vous y veux mener, n'y consentez vous pas ?

Léandre

Je veux ce qu'il vous plaît.

Alonce

Allons-y de ce pas.

Léandre

Amour guide mes pas, et sois moi favorable. Flatte de quelque espoir un amant misérable.

Laure

La voilà sur la porte.

Alonce

Approchez mon cousin, Voici l'astre fatal qui fait notre destin. Je vous mène un parent adorable Isabelle, Souffrez qu'il vous salue. Et bien, est-elle belle ? Il est un peu honteux devant tant de beautés, Il ne fait qu'arriver des universités.

Isabelle

Il faut que son esprit à sa mine réponde.

Alonce

C'est un jeune homme encore qui sait fort peu son monde ; Mais nous le stylerons avant qu'il soit six mois, Il est en bonne école, il me voit quelquefois.

Léandre

Épargnez mon cousin un peu ma modestie.

Alonce

Vous voyez sa pudeur dans cette répartie. Courage mon cousin, je vais vous seconder. Où l'on sens que l'on plaît il faut tout hasarder, Vous dut-il échapper enfin quelque sottise.

Isabelle

Il n'aura pas encore engagé sa franchise. Aime-t-il ?

Léandre

Oui Madame, une rare beauté Qui ne vous cède en rien.

Alonce

Je m'en étais douté. Pardonnez-lui, Madame, il vous rompt en visière.

Isabelle

Mais il peut dire vrai.

Alonce

La sottise est grossière. Ma foi les jeunes gens vont par les Maisons, Sont digne de pitié, ce sont de francs oisons. Il a lu dans Balzac, il a lu dans Voiture, Voyez comme l'oison se sert de sa lecture !

Léandre

Le monde est un beau livre où je m'instruirai mieux Que dans tous les auteurs.

Isabelle

On ne peut dire mieux.

Alonce

Bon, pousse, tu lui plais Cousin, et c'est me plaire Que de la réjouir ; tu comprends ce mystère. Dis pour la divertir si tu te figurais L'objet aimé présent, ce que tu lui dirais. Il faut embarrasser cette jeune cervelle.

Léandre

Je dirais ô beauté belle comme Isabelle...

Alonce

Fi des comparaisons !

Isabelle

Ce sont discours en l'air. Écoutons je vous prie, et laissons le parler.

Léandre

Beauté, qui d'Isabelle êtes la vive image, Souffrez que je vous rende un véritable hommage. Quoi qu'un riche vous serve, et que je sois sans biens, Souffrez malgré le sort, vos parents et les miens, Que je brise avec vous toutes sortes d'obstacles, Pour peu que vous m'aidiez, je ferai des miracles. Vous ne répondez point ; mais je lis dans vos yeux, Mon bonheur qui m'égale à la gloire de Dieux.

Alonce

Mais beau cousin, que vois-je ? Où tend votre harangue ? Votre prunelle joue ainsi que votre langue, Et je ne me trompe, en faisant le transi Madame vous répond de la prunelle aussi.

Léandre

Vous voulez que je feigne, et je ne sais pas feindre. On ne sait ce qu'on dit quand on veut se contraindre.

Alonce

Ah Cousin ! Vous parliez d'un ton bien languissant. Ne me joueriez vous point en faisant l'innocent ?

Léandre

Jugez mieux du respect qu'on doit à vos mérites. Par lui seul cher cousin je règle mes visites, Aux lieux où on me mène.

Alonce

Il n'est pas mal sorti. De son discours, Madame, il a bien reparti.

Isabelle

Tel parent fait honneur, il faut que je l'avoue. Puisque vous le louez, souffrez que je le loue.

Alonce

Ne le louez pas tant, car il est un peu vain. Il faut de tels galants tenir le bride en main. Comme il a fort bon coeur, il a l'âme assez grande.

Laure

Madame une voisine est là qui vous demande.

Isabelle

Adieu Messieurs.

Alonce

Adieu tissu de mille appas. Mon cousin suivez-moi, ne vous éloignez pas. Laure entretenons nous si tu n'as rien à faire. Ton esprit a sans doute un charme pour me plaire. Il est jolie, je t'aime, et tu me réjouis. Comme tu m'as servi, tiens voilà vingt louis ; Mais à condition que près mon Isabelle; Tu me continueras ton ton service fidèle. Mon cousin demeurez, tenez vous à l'écart.

Léandre

Bien Monsieur.

Alonce

De mes biens je te veux faire part, Laure, dessus le coeur j'ai toujours quelque chose, Dont tu peux aisément t'imaginer le cause. Hier tu vis l'entretien que j'eus avec Damis.

Laure

Il ne parut pas trop être de vos amis. Et j'eus peine à souffrir sa brusque répartie.

Alonce

Le respect me la fit endurer en partie. Que t'en dis Isabelle en se déshabillant ?

Laure

Elle ne vous crut pas un homme fort vaillant.

Alonce

Je n'avais point d'épée.

Laure

Il fallait faire rage. Repartir vertement en homme de courage, Jurer d'un ton de brave, et se faire tenir.

Alonce

Je fus trop modéré, tu m'en fais souvenir, Mais je jurai pourtant.

Laure

Enfin notre maîtresse Si je ne suis trompée, a vu votre faiblesse. Elle aimes les vaillants.

Alonce

Ce Damis est hardi, Mais j'étais en son âge encore plus étourdi ; Et tu crois qu'Isabelle a cru que j'étais lâche ?

Laure

Oui.

Alonce

Parbleu ce Damis aura sa moustache. Nous savons comme il faut et morguer et braver. J'ai du coeur, je me sens, tâche de le prouver.

Laure

Je vous ferai passer pour brave à toute outrance : Adieu.

Scène 4

Alonce, Léandre

Alonce

Que diable ici m'engage à la vaillance, Quand je me sens poltron. Cousin, cousin, un mot ; Laure a dit qu'hier au soir je passai pour un sot.

Léandre

Ah ! C'est ce que de vous on aurait peine à croire.

Alonce

Tu peux à peu de frais me donner de la gloire, Et j'en ai grand besoin.

Léandre

Commandez seulement.

Alonce

Hier un certain Damis me parlant brusquement, Je parus un peu faible devant Isabelle.

Léandre

Je connais ce Damis, voulez-vous qu'on l'appelle ? Ce sera cher cousin aussitôt fait que dit.

Alonce

Non, j'ai du bien à perdre et respecte l'Édit. Je ne te cèle rien : autant que ma maîtresse A vu mon peu de coeur, j'en connais la faiblesse, Et comme enfin tu peux être mon héritier, Je veux t'ouvrant ce coeur, le montrer tout entier ; Mais aux autres cousins il faut que je le cache. Si devant ce Damis qui m'a pu croire lâche, Tu souffrais que feignant d'être mal avec toi, Je tirasse l'épée, on parlerait de moi, Tu parerais fuyant ; cette obligeante feinte, Te serais imputée à respect plus qu'à crainte, Et moi je passerais pour un homme de coeur.

Léandre

Bien cousin, j'y consens ; quand par cette vigueur Qui contre moi doit être avec feinte exercée, Ma réputation devrait être blessée, Pour un si bon parent je ne puis faire moins. Je voudrais bien pourtant qu'elle eut peu de témoins.

Alonce

Léandre touche là, va ta fortune est faite ; Pour la première fois je vais tirer ma brette. Cousin cette action te vaut un beau présent.

Léandre

Ô le poltron insigne ! Est-il pas trop plaisant ? Mai si notre combat était vu d'Isabelle ?

Alonce

Damis est logé là : fondons notre querelle. Oui, traître, par la mort vous en avez menti.

Léandre

Mais vous avez grand tort, j'ai pris votre parti.

Alonce

Enfin il faut mourir le chose est résolue. Tu recules en vain, il faut que je te tue.

Scène 5

Isabelle, Laure, Léandre, Alonce

Isabelle

Quel bruit entends-je ici ?

Laure

Je sais bien ce que c'est.

Léandre

Je ne saurais plus fuir, Isabelle paraît , Et sa fausse bravoure enfin sera dupée.

Alonce

Hola ! Au maître fat, tu pousses de l'épée.

Léandre

La vie ! Ou par la mort !

Alonce

Ah ! Ma foi c'est tricher.

Bas.

Léandre

Rends l'épée. On nous voit, et l'honneur m'est trop cher.

Alonce

Mon Cousin...

Léandre

Rends-la te dis-je, ou, parbleu, je te tue.

Alonce

Tiens Cousin, la voilà, la tienne est trop pointue. La fureur le saisit, il a le diable au corps.

Isabelle

Alonce, est-ce donc là faire de grand efforts. Hé quoi ! Par la bravoure on devait tant me plaire.

Laure

Votre laquais Madame a vu tout ce mystère. C'était un combat feint, il l'a vu préparer.

Isabelle

Donc sans beaucoup de peine on les peut séparer.

Alonce

De ma poltronnerie enfin je suis esclave. Vous aimez les vaillants, j'ai contrefait le brave. Je le voulais paraître, et l'avais résolu, Mais Dieu m'a fait poltron et ne l'a pas voulu.

Léandre

Pardon mon cher cousin, j'adorais Isabelle ; Et me déshonorerais en fuyant devant elle.

Alonce

Vous me jouiez tantôt, je m'en doutais fort bien. Nonobstant tout cela je vous donne mon bien, Et vous cède Isabelle, allez vous je vous pardonne.

Léandre

Ô le coeur généreux.

Isabelle

Ô la bonne personne.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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