Acte I
Scène 1
Padille, Lysandre
Padille
Vous verrai-je toujours un visage si blême ? Qu'avez vous donc, Monsieur ?
Lysandre
Mon chagrin est extrême.
Padille
Pourquoi vous chagriner : Aristote nous dit, Que jamais le chagrin n'apporte aucun profit.
Lysandre
Si comme moi, Padille avait une maîtresse.
Padille
Hé bien ?
Lysandre
Que sa fierté méprisant ta tendresse, Tu dirais comme moi.
Padille
Je ne suis pas si fou, J'aurais le coeur pour elle aussi dure qu'un caillou.
Lysandre
Si sa haine pour toi devenait effroyable ?
Padille
Je la détesterais tout comme on fait le diable.
Lysandre
Ah ! Tu n'es pas amant.
Padille
Et pourquoi l'êtes-vous ? Savez-vous pas, Monsieur, que les amants sont fois.
Lysandre
Que ta plaisanterie est de mauvaise grâce ! Conseille moi plutôt ce qu'il faut que je fasse, Et trouve un prompt remède à ma vive douleur.
Padille
Faut-il un médecin, donne ordre à ce malheur ?
Lysandre
Si mon maître te touchait tu ne voudrait pas rire.
Padille
J'écoute tout de bon, vous n'avez rien qu'à dire.
Lysandre
Tu sais bien qu'Angélique avait charmé mes yeux, Que de tous mes rivaux, j'étais reçu le mieux, Mais depuis peu pour moi cette beauté si rare Par je ne sais quel sort a l'esprit si bizarre, Que moi, ni mes rivaux n'osons plus approcher De l'unique beauté que je veux rechercher.
Padille
Vous dis-je pas ce sexe au sujet à la Lune, Car tantôt on lui plaît, tantôt on l'importune.
Lysandre
Ce qui me fâche, plus c'est que je perds l'espoir. Après ce qu'elle a dit, de jamais la revoir, Son amour ne veut plus d'ne amant gentilhomme, C'est le bel esprit seul à présent qu'on renomme, Dit-elle, et celui-là pourra m'appartenir Qui le plus savamment pourra m'entretenir, Ce fantastique objet tient son âme obsédée, Ce qui fait que la mienne est moins possédée.
Padille
Si ce n'est que cela, Monsieur, Tout ira bien.
Lysandre
Emploie tout pour moi je n'épargnerai rien.
Padille
J'ai, vous avez parfois plus d'esprit qu'une bête, Il faut, puisqu'à ce point de doctrine l'entête, La frapper par l'endroit qu'elle veut en tâter Et si prendre si bien qu'on aille rien gâter, Déguisons nous tous deux, vous prendrez la figure D'un philosophe, et moi d'un brave l'encolure. Croyez-moi, nous ferons un essai glorieux, Et nous verrons celui qu'elle aimera le mieux. Si ces deux ne sont pas suffisants pour lui plaire Deux amis attitrés pourront après le faire. L'un faisant l'astrologue, et raisonnant fort bien. D'un art, où cependant il ne connaître rien. L'autre pour rendre enfin sa passion complète, Comme abrégé de tout, se dira grand poète, Avisez aux moyens de vous bien travestir Et croyez que le tout nous va bien divertir, Étudiez vous à faire une parfait philosophe.
Lysandre
Mais il faudrait un homme ici d'une autre étoffe; Car comment m'élever sur de beaux arguments, Sans en avoir devant consulter les savants. De me faire enseigner peu soigneux fut mon père De nobles de province enfin c'est la misère, Ce n'est pas dans le fonds que j'ignore de rien, Et de tout, Dieu merci, je raisonne assez bien, Je sais mieux me tirer d'une affaire pressée, Que d'un philosophe atteindre la pensée; Padille, là-dessus je te laisse à songer, Suis-je propre à cela ?
Padille
Faut-il tant ménager Combien en voyons nous dans le siècle où nous sommes Par un hardi discours, passer pour de grands hommes ? D'ailleurs ne craignez rien échauffé par l'amour Vous ne passerez pas pour un savant du jour.
Lysandre
Je vois à tes discours quelque peu d'apparence Un seul point seulement choque mon espérance Pas un de mes amis n'est astrologue.
Padille
Qu'il lise avant cela l'Almanach tout du long Mille mots inconnus feront bientôt connaître, Que dans l'Astrologie il s'est fait passez maître. Là, les termes de l'Art rangés, ou mal ou bien, On les admirera, sans y connaître rien, Si pour ce haut savoir votre belle maîtresse À l'astrologue seul témoigne sa tendresse, À l'astrologue attitré, de son titre demi Vous mettant en ces droits fera le coup d'ami Ainsi vous vous ferez aimer de votre dame.
Lysandre
Par tes plaisants discours tu me réjouis l'âme, Je brûle en vérité d'en venir les effets ; Padille est par ma fois, la perle des valets. Oui mais si par ta bravoure, et ma philosophie Lui plaisent aussi peu comme l'Astrologie, Nous nous trouvons en vain, et nous perdons nos pas, Le science en trois arts ne se renferme pas, Sans quelque rôle encore la pièce est imparfaite.
Padille
Il faut qu'un autre ami fasse...
Lysandre
Hé quoi ?
Padille
Le poète.
Lysandre
Où le trouver.
Padille
Comme dans le vaste univers On ne voit plus, Monsieur, que des faiseur de vers ; C'est une fléau de Dieu dont le siècle fourmille L'un en fait de bons ou non, s'il n'en fait il en pille À toute reste il veut pas un méchant écrit De rimeur dans le monde usurper le crédit, Sans cesse de leurs vers j'ai la tête étourdie, Et crois que de rimeurs il a fait une pluie.
Lysandre
Tu te fais fort de tout Padille mais j'ai peur, DE ne pouvoir trouver une assez bon rimeur.
Padille
À tout hasard, Monsieur, dedans cette occurrence Padille le fera, j'ai une certaine science.
Lysandre
Padille, on vient à nous ; c'est Angélique, va Songe à bien rencontrer ces personnages là, Et d'un grand fanfaron va prendre le visage.
Padille
J'y vais, et songez à votre personnage.
Scène 2
Lysandre, Angélique
Lysandre
Malgré tous vos mépris, je viens à vos genoux, Demander pour ma flamme un traitement plus doux, Madame, et si jamais Lysandre a su vous plaire, Veuillez ne prendre pas un sentiment contraire. Si d'un savoir exquis les sublimes appas Dans ma personne enfin ne rencontrent pas; Toujours fidèle amant au moins fais-je connaître Le beau feu qu'ne mon coeur vos charmes ont fait naître. Et près de vous jamais aucun homme vivant Sur un pareil sujet ne sera si savant.
Angélique
Je conçois assez bien ce que vous voulez dire, Et je vois bien, Monsieur, que vous voulez rire, Si le savoir m'a plus, vous avez un grnad tort Pour m'en désabuser de faire aucun effort.
Lysandre
De grâce écoutez-moi, sans vous mettre en colère.
Angélique
Dans le monde jamais peut-on se satisfaire, Sans contempler à fond et la Terre, et le sCieux, Et ces beaux mouvements qui ravissent nos yeux. Je ne suis qu'une fille, et si j'ai dans mon âme, De savoir toute chose un invisible flamme. Les termes de savants ont pour moi tant d'appas, Que je meurs de regret de ne le savoir pas. Je pâme quand j'entends ce qu'on dit de la Sphère Et ces doctes raisons que partout on révère, Et je veux là-dessus, pour contenter mon coeur, Qu'un savant sur ce point devienne mon vainqueur.
Lysandre
Amour, seconde-moi dedans mon entreprise, La résolution, Madame, en est donc prise ? Et vous préfèrerez un orgueilleux savant À la sincérité d'un si parfait amant ? Vous, qui vous plaisiez tant à voir croître ma flamme ; Que tous deux bien unis nous de faisions qu'une âme, Craignez qu'un repentir que produira l'amour, Vous donne mais trop tard du déplaisir un jour, Quelquefois des plus fiers ce Dieu prend la vengeance.
Angélique
Je crains peu votre amour, j'ai pour moi la science.
Lysandre
Les seuls savants pourtant font éclater ses lois.
Angélique
Pour se faire admirer ils le font quelquefois.
Lysandre
Je n'ai pas un esprit pour répondre à vos pointes Trop de subtilités à vos discours sont jointes.
Angélique
Quand vous dites cela, vous vous moquez de nous.
Il sort.
Lysandre
C'en est assez, Madame ; adieu, souvenez-vous Que dans tous vos amants rien ne sera si tendre, Que l'amour qu'à pour vous le malheureux Lysandre, D'un philosophe allons vite prendre l'habit ; Inspire la science, Amour en mon esprit.
Scène 3
Padille, Angélique
Padille
J'entrevois Angélique, ah ! C'est ici, Padrille, Qu'il faut comme un soleil que ton esprit brille.
Angélique
C'est homme en veut à nous, que voulez-vous Monsieur.
Padille
Madame, vous voyez le fils de la Terreur ; Ou, pour mieux m'expliquer dans ma bravoure extrême, M'étant créé tout seul, je suis la terreur même, Sans me servir d'un bras qui tua le dieu Mars, Je soumis l'univers d'une seul de mes regards, Tel que vous me voyez, j'ai forgé le Tonnerre Des géants qu'enfanta le Ciel contre la Terre. Les gages que par an je donne à mes valets Sont les sceptres dorés des rois que je soumets J'ai vaincu les Césars, défait les Alexandres J'ai pillé leurs États, mis leur trônes en cendre, La Chimère, et Méduse ont senti ma fureur, Quoiqu'à Bellérophon on en donne l'honneur. J'ai fait plus, comme en moi le genre humain se fonde, De cent montres affreux, j'ai délivré le monde. Mais qui pourrait encor croire, après tout cela, Que j'ai d'un souffle éteint les feux du mont Etna ? J'en ai tant faits qu'enfin les Jasons, les Hercules, Près de moi, s'ils vivaient, paraîtraient ridicule. Après avoir sur terre essuyé ces travaux, non content, j'ai noyé Neptune dans ses eaux, Pour avoir sans mon ordre élevé la tempête Qu'Enée a ressenti poursuivant sa conquête. Ma voyant enfin maître et du monde, et des mers Je fi descendre aussi descendre ma valeur aux Enfers. Là, malgré de Pluton l'insolence brutale, Je fis sceller Sysiphe, et reposer Tantale. Je brisais touts leurs fers, et pour parler aux Dieux. Des Enfers où j'étais je montais dans les Cieux. Jupiter, pour donner à mes fers récompense, Ordonna que sur tout j'aurais pleine puissance, Que je pouvais user des célestes beautés, Les prendre, et les choisir selon mes volontés, Mais rine ne m'y plaisant, j'en sortis à grand erre Et cous voyant du ciel briller dessus la terre ; Je me crois trop heureux ; Madame, si je vis Pour voir votre beauté de mes travaux le prix.
Angélique
Pourquoi finissez vous . Vos discours m'ont charmé.
Padille
La bravoure, Madame, est par vous estimée.
Angélique
Ce n'est pas ce qui fait tout mon charme pourtant, Mais le style joli d'un discours si plaisant ; Et vous avez, Monsieur, le don de l'éloquence
Padille
Vous ne voulez donc rien qu'un homme de science ? Et le pouvoir qu'ne tout vous savez qu'à mon bras. Pour prendre un autre amant ne vous étonne pas ? Eh bien.
Angélique
Qui peut, Monsieur, tout à coup surprendre.
Padille
Je vais mettre aujourd'hui tous le savants en cendre.
Scène 4
Lysandre, Angélique
Lysandre
Laissez le Capitan, Madame, écoutez-nous Déduire pour vous plaire un discours bien doux.
Angélique
Si c'est du haut savoir, Monsieur, j'en suis ravie.
Lysandre
Madame, c'est ici de la philosophe.
Angélique
Mes sens sont de cet art déjà tous enchantés.
Lysandre
J'en suis plus réjoui puisque vous les goûtez, Pour la philosophie apprenez par avance, Que ce n'est pas un Art, mais bien une science Par elle je connais tous les quatre éléments, Leur centre, leur substance, et tous les accidents, Celui qui se noya pour ne pouvoir comprendre, La refus de la mer pouvait de moi l'apprendre. D'où précédent les vents je ne l'ignore pas; Et les ai défini mieux qu'Anaxagoras. Je sais, hors Dieu, que tout à sa cause seconde, Et tous les beaux effets qu'on admire en ce monde. J'ai prouvé quand quelqu'un d'une épée on perçoit, Que c'était l'air non pas le fer qui les tuait. J'ai fait voir que ce monde est pareil dans la Lune ; Et que d'elle, et de lui la figure est commune ; Je sais très bien la Sphère, et je n'ignore point Qu'au milieu de la mer la terre est comme un point. Bref, je connais les corps tant internes, qu'externes, Et les lieux souverains d'avec les subalternes. Je sais Cause, Effet, Forme, Espèce, Mouvement ; Vide, existence, atome, idées, arguments, Enfin le résultat de cette connaissance À le souverain bien pour but de la science, Et d'aimer les beautés approchantes des Dieux. Je n'en vois point que vous, Madame, dans ces lieux. Et je suis trop heureux, si ce bel oeil m'ordonne Que mon art s'incorpore avec votre personne.
Angélique
Pour votre haut savoir, ce prix serait trop bas.
Lysandre
Mon savoir tel qu'il est ne vous mérite pas, Vous faites trop d'honneur à ma philosophie.
Angélique
Mais la science enfin défend qu'on se marie.
Lysandre
Au contraire, il faut joindre avec les beautés Pour leur perfection les sublimes clartés.
Angélique
Ce sont des arguments qu'à loisir j'examine.
Lysandre
Madame, si pour moi votre coeur se destine, J'attends patiemment en moment bienheureux.
Angélique
On ne peut pas, Monsieur, se marier à deux ; Vos raions là-dessus sont de peu d'important, Excusez-moi, je veux épouser le science.
Il sort.
Lysandre
Voyons ; car là-dessus je l'ai bien empressé, Si notre ami fera ce que j'avais pensé. Madame ; puisqu'ici ce discours vous ennuie, Recevez les adieux de la Philosophie.
Scène 5
Philinte, Angélique
Philinte
Loin de plaire à vos yeux ces savants de Bibus Devraient tout, sur mon âme, essuyer vos refus ; Un savant, comme moi, Madame, sur la sphère Doit prétendre tout seul à l'honneur de vous plaire. Étant un raccourci des sublimes savants, Qui mérite le mieux d'être de vos amants.
Angélique
De savoir quel il est je sens brûler mon âme.
Philinte
Je suis...
Angélique
Hé quoi, Monsieur.
Philinte
Astrologue, Madame.
Angélique
Cet art de tous les Arts approche plus des Dieux.
Philinte
Mais c'est surtout pour moi qui m'y connaît des mieux Si vous me demandez à quoi sert cette sphère, J'en connais du Soleil, l'une et l'autre hémisphère, Je sais par là combine le ciel a de hauteur, Et la Terre de tour, La Mer de profondeur, Je connais chaque étoile et qu'une âme commune, Ne voit pas comme moi le Soleil, et la Lune. Je sens l'air, et la nue, et je vais quand je veux Voir ces beaux mouvements qui sont tourner les Cieux, Mon pouvoir est très grand, par le moyen des astres, J'annonce les malheurs, je prévois les désastres, Si vous ne croyez pas mon pouvoir souverain, Pour l'expérimenter donnez moi votre main.
Angélique
Dans un plaisir si grand, rêvé-je, ou si je veille ?
Philinte
Donnez moi votre main, je vais faire merveille.
Angélique
Quoi ? Vous m'allez montrer tout ce que j'ai pensé.
Regardant dans sa main.
Philinte
Oui, je sais l'avenir, Madame, et le passé. Cet aspect de Vénus me fait bientôt comprendre Qu'un amant vous en veut qui se nomme Lysandre.
Angélique
Aurais-je pu jamais ; ô Ciel m'en défier ? Monsieur, vous êtes diable, ou pour le moins sorcier.
Philinte
Mais cet aspect entrant dans la Lune ascendante Vous a rendu pour lui l'âme très inconstante, Mercure rétrograde occupe votre main Qui fait qu'hors les savants tout vous est à dédain. Mais je remarque ici qu'une ligne douteuse Dénote qu'en amant vous serez malheureuse ; Mais que vous le serez encor plus mille fois, Si de tous vos amants Lysandre n'est le choix. Il faut sans contredit qu'il ait la préférence, Je parle contre moi président la puissance Qu'un astre pour Lysandre annonce, en bonne fois. Mais pourriez vous aimer un homme comme moi ? J'ai comme vous savez la plus belle doctrine.
Angélique
Je crains trop du destin la puissance Divine.
Philinte
L'Astrologie ici, n'a donc point de pouvoir ?
Angélique
Je veux avec plaisir vous entendre et vous voir.
Philinte
Oui, mais de votre hymen vous me croyez indigne. Pour vous plaire il vous faut quelque savant insigne.
Angélique
Le plus parfait, Monsieur, doit être mon époux.
Philinte
Madame, apparemment que ce n'est donc pas nous.
Angélique
Le temps peut être enfin pourra nous y résoudre.
Il sort.
Philinte
Je vous jure, pour moi, c'est un vrai coup de foudre, De dépit, je m'en vais peut être me noyer.
Angélique
Enfin tous les savants vous me désennuyer.
Scène 6
Padille, Angélique
Padille
Laissez ce fou, Madame, avec sa planète ; Et venez écouter un céleste poète Par un intime secret que j'ai reçu des Cieux, Je parle habilement le langage des Dieux, Favori d'Apollon, j'ai dans le Mont Parnasse, Malgré mes envieux, la plus insigne place ; Et je bois à mon gré de ces saintes liqueurs, Qui sont, comme je suis les illustres auteurs. Seul, je vis des lauriers, je loge au mont Caucase J'ai pour valet ma muse, et pour cheval Pégase, Poète fidèle au grand Dieu que je sers, Ma prose a son congé, je ne parle qu'en vers, Je sais l'art de bien dire, et la philosophie : Et la mathématique, avec l'astrologie J'entends bien toute langue, et l'on ne peut trouver, Rien que très doctement, je ne puisse prouver, Et de vous mériter j'ai lieu plus que personne, Si c'est au plus savant que votre main se donne.
Angélique
J'avoue en vérité que vous me charmez plus Qu'un tas de beaux esprits qu'on nomme superflus, Et pour cela, Monsieur, vous avez l'air de plaire.
Padille
Padille l'a trouvé, ma foi, voici l'affaire. Je puis donc espérer, Madame, la bonheur D'être choisi par vous pour votre serviteur ?
Angélique
Qui vous a dit cela ? Craignez de vous méprendre.
Padille
Vous ne voulez donc pas à mon savoir vous rendre.
Angélique
Si je veux un mari ce n'est pas encor vous.
Padille
Voyez donc l'abrégé des folles et des fous. Mais sans tant de raisons voulez vous toujours taire, Celui qui pour époux pourra jamais vous plaire.
Angélique
Comme au plus éclairé de ceux que je connais, Je veux bien vous montrer celui que j'aimerais Je prétends que l'époux que je peux reconnaître Soit en galante humeur, des plus savants le Maître, En un mot de tout il raisonne si bien, Qu'il charme tout le monde avec son entretien Et que de son esprit la gentille nature, Dans l'adresse, et dans tout soit semblable à Mercure, Adieu ; cherchez ailleurs à vous entretenir.
Padille
Bon, je vois à propos mon maître revenir.
Scène 7
Lysandre, Padille
Lysandre
Hé bien, t'a-t-elle fait encore quelque frasque ?
Padille
Non, je ne vis jamais un amour si fantastique.
Lysandre
Cette bizarre humeur me met au désespoir.
Padille
Ne cous souciez point, je saurai bien l'avoir.
Lysandre
Quoi ? Tu pourrais trouver quelque ombre d'apparence.
Padille
Je la tiens dans vos vers, Monsieur, en assurance.
Lysandre
Dis donc vite, je cède à cet espoir si doux.
Padille
Il faut avant cela que nous allions chez vous.
Lysandre
Je brûle de savoir ce que tu me veux dire.
Padille
Allons, chemin faisant, je vais vous en instruire.
Lysandre
D'où conçois tu Padille un si charmant espoir.
Padille
Retirons nous vous dis-je, vous l'allez savoir.
Acte II
Scène 1
Cephise, Angélique
Cephise
Enfin j'entends partout que ta bizarrerie Pour les hommes savants va jusqu'à la folie. D'où vient donc que partout on dit cela de toi ? Tu perdras ton renom, Cousine, en bonne foi. Je t'en viens avertir comme étant ton amie.
Angélique
Vous prenez trop de soin, j'en suis toute avertie, Et pourriez vous passer, sans vous faire un grand tort, De me traiter de folle, et vous me fâchez fort.
Cephise
Si vous le prenez là, je vais bientôt me taire Puis-je retenir, moi, la langue du vulgaire ? On m'a fait ce rapport, j'ai de vous avertir Innocemment pensé vous faire un grand plaisir.
Angélique
Mais vous croyez aussi que c'est une folie D'aimer tant les savants.
Cephise
J'en crois une partie.
Angélique
Vous avez là-dessus de très beaux sentiments ! L'ignorance vous plait comme à beaucoup de gens.
Cephise
Voulez-vous après tout que l'esprit d'une femme...
Angélique
Brisons-là, s'il vous plait, je vous quitte, Madame Et ne puis avec vous plus durer un moment.
Cephise
On vient à nous ; adieu, voilà quelques savant.
Scène 2
Padille, Angélique
Padille
J'entends de tous côtés que vous seriez bien aise De rencontrer, Madame, un amant qui vous plaise. Je viens mal à propos m'offrir pour ce sujet, Mais vous excuserez peut-être mon projet.
Angélique
J'admire avec plaisir votre aimable génie.
Padille
Je vous amène ici mauvaise compagnie.
Angélique
J'étais seule portant.
Padille
Seule avec votre esprit, Vous valez mieux cent fois qu'un cercle de crédit.
Angélique
La pointe à vos discours est partout énergique.
Padille
Vos yeux seuls ont sur moi la pointe qui me pique. Madame, et mon amour fait parler mon esprit.
Angélique
Avec peine je crois ce que vous m'avez dit, Quoi ? Votre liberté serait elle asservie.
Padille
Oui, Madame, que n'est un esclave en Turquie Et je crois me voyant brûler si fortement, Votre esprit un Soleil, votre oeil miroir ardent De grâce, modérez ce rayon qui me tue.
Angélique
Par ces charmants discours mon âme abattue ; Et s'il était offert pour être mon amant, Mon coeur résisterait assez mal aisément.
Padille
J'adore la science, et je soutiens, Madame, Qu'une homme sans savoir n'est rien qu'on corps sans âme. J'aime les beaux esprits, les vers, et les romans, Et ces productions que font tous les savants.
Angélique
Nous avons pour cela d'étroites sympathies.
Padille
Mais aimez vous aussi ces belles comédies.
Angélique
Je prends à les entendre un extrême plaisir.
Padille
Tant mieux ; j'en ai fait une, avez-vous le loisir Que dedans un moment on vous le représente.
Angélique
Dites m'en le sujet ; est-elle bien plaisante ?
Padille
On va vois la jouer, les rôles sont appris. Sept ou huit bons acteurs depuis peu les ont pris.
Angélique
J'y voudrais bien aussi faire mon personnage.
Padille
Quel rôle feriez vous ?
Angélique
Fait-on un mariage ?
Padille
Je m'en souviens, Madame, un rôle est à donner, Une fille au contrat vient simplement signer, Vous la ferez, il faut paraître, et ne rien dire. À tout ce qu'on dira vous n'avez qu'à souscrire, Vous ferez votre rôle assez facilement. Vous n'avez, s'il vous plaît, qu'à songer seulement, Que vous ne paraissez qu'en la scène dernière.
Angélique
Je vais me réjouir de la bonne manière Mais de tous les acteurs est le favori.
Padille
Je fais celui qui doit être votre mari. Vous signez ce contact que je viens de vous dire,
Angélique
Je signerai fort bien ; Ciel ! Que nous allons rire !
Padille
Je vois tout à propos venir tous mes amis.
Scène 3
Angélique, Padille, Philinte
Angélique
Je vois déjà l'effet que l'on m'avait promis, Messieurs, et me faisant l'honneur que vous me faites Il faut que vous soyez extrêmement honnêtes C'est à vous seul que j'ai cette obligation.
Padille
Ces messieurs n'ont pas moins pour vous de passion.
Angélique
Vous venez tout à temps pour notre comédie.
Philinte
Madame il faut qu'ici, Monsieur, vous la dédie Votre esprit, et vos yeux font partout bien du bruit, Mais je vois qu'il en est plus qu'on n'en a dit.
Angélique
Monsieur, vous avez trop pour moi de complaisance.
Padille
Messieurs, si vous voulez que la pièce commence Il est temps, s'il vous plait, de s'aller travestir. Quelqu'un de ces Messieurs reste à vous divertir Je m'emmène avec moi que Philinte et Valère.
Angélique
Revenez donc bientôt.
Padille
Nous ne tardons guère.
Scène 4
Angélique, Oronte
Angélique
Dans la pièce, Messieurs, quels rôle faites vous ?
Oronte
À vos charmants appas nous ferons les yeux doux Mais vous aimerez mieux un amant ridicule.
Angélique
Il faut donc là-dessus que je me dissimule, Car je ne puis souffrir que de rares esprit...
Oronte
Mais vous vous tromperiez, si vous nous aviez pris.
Angélique
Je parle, en bonne foi, du profond de mon âme.
Oronte
Vous avez mille fois trop de bontés, Madame.
Angélique
Laissons les compliments, je n'ai que le désir, De connaître la pièce.
Oronte
À ce plaisir léger, Madame, préférez celui de la surprise.
Angélique
De savoir ce que c'est mon âme est toute éprise. Mais d'une comédie on fait peu de façon. Avant que la jouer d'en annonce le nom, Dites-moi, Monsieur.
Oronte
Je veux bien vous le dire. Quand on m'a lu la pièce, enfin je l'ai pu lire Le titre est... Vous savez que ce titre est nouveau? La supposition véritable.
Angélique
Il est beau. On nomme ces écrits, poèmes dramatiques ; Dont les uns sont plaisants, et les autres tragiques J'entends du bruit, nos gens vont bientôt revenir, Entrez tous deux ici moi je vais m'y tenir. Je parais seulement dans la scène dernière.
Ils entrent tous deux, et Angélique prend un siège au côté du théâtre pour entendre la comédie, et les violons jouent une ouverture.
Oronte
Quand on vous le dira, vous viendrez la dernière.
La Supposition Véritable
Scène 1
Dom Sanche, Dom Alvare
Dom Sanche
Angélique, Monsieur, qui vous chérissait tant. Vous préfère aujourd'hui ce ridicule amant ? Ce sot original Dom Pedre de Stambole ?
Dom Alvare
Oui ; j'ai dans mon chagrin besoin qu'on me console.
Dom Sanche
Vous fûtes mon rival, je fut le vôtre aussi, Consolons-nous tous deux, soyons amis ainsi.
Dom Alvare
Je le veux ; toutefois mon coeur se désespère.
Dom Sanche
Mais puisque sa folie à ce foi vous préfère, Le bon sens dans ce choix n'est pas fort recherché Et vous ne devez pas en être trop fâché.
Dom Alvare
Je ne puis aisément délaisser ce que j'aime.
Dom Sanche
Avec moins de raison on vous quitte vous-même.
Dom Alvare
Comme elle, je ne puis la quitter tout d'un coup Que cela ne m'étonne et m'afflige beaucoup.
Dom Sanche
Il faut vaincre ce faible, et s'en rendre la maître.
Dom Alvare
Dans le trouble où je suis je ne me puis connaître, Le souvenir charmant de ses divins appas Fait qu'ne un même temps je veux, et ne veux pas, Malgré moi, dans mon coeur je sens régner un tendre Que je voudrais chasser, et ne puis m'en défendre ; Et je mourrai, Monsieur, si sa charmante main Par ce fol que vous dites a changé son dessein. Ce que je vous ai dit, Monsieur, est véritable ; Et me rend aussi bien que vous fort misérable. Mais, sans vous chagriner tous deux que n'allons nous Parler un peu de près à ce maître des fous ? Je lui ferai sentir ma valeur offensées.
Dom Alvare
Il ne faut pas, Monsieur, avoir cette pensée. Il faut qu'un gentilhomme obéisse à son Roi, Et si vous m'en croyez, vous serez comme moi, Puisqu'enfin pour nous deux Angélique est contraire, Ne le contraignons point, Monsieur, laissons la faire À ce choix ridicule on ne peut s'opposer.
Dom Sanche
Mais ce fol doit venir aujourd'hui l'épouser.
Scène 2
Dom Pedre, Dom Alvare, Dom Diegue
À Dom Alvare, et Dom Sanche qui s'arrêtent à la regarder.
Dom Pedre
De quel fol veut parler ce couple de pécores ? Je vous l'ai dit, beau-père, et vous le dit encore. M'avez-vous assez vu ? Suis-je bien fait ? Badauds. Hé ! Morbleu, décampez, peste soit des nigauts, Avez vous jamais vu deux plus sottes figures.
Dom Alvare
Nous sortirons assez, sans toutes vos injures.
Dom Pedre
Mais vous ne branlez point ! Les avez-vous mandés, Beau père ? Dites donc. Il est sourd, répondez.
Dom Diegue
Moi ? Non.
Dom Pedre
Moi ? Non. Qui donc ? Ce stupide beau-père Est comme une statue à les regarder faire.
Dom Diegue
Croyez-vous voir ma fille, étant si mal appris !
Dom Pedre
Vous êtes par ma foi le plus sot des esprits Faites les donc sortir.
Dom Diegue
Voulez-vous que je fasse...
Dom Pedre
Hé, radoteur vieillard faites leur la grimace.
Dom Alvare
Sur le pavé du Roi pouvez vous nous gêner ?
Il donne plusieurs coups de plat d'épée à Dom Diègue.
Dom Pedre
Vous voulez donc, marauds, me faire dégainer ?
Dom Alvare
Vous m'avez maltraité, de votre violence Je m'en vais informer les Maréchaux de France.
Scène 3
Dom Diegue, Dom Pedre, Philinte
Dom Diegue
Ciel ! Comme vous frappez : Je suis presque abattu.
Dom Pedre
Ces deux petits cadets sentaient le vieux battu. Mais sans tant reculer montrez moi votre fille ; Afin que pour la noce ou plutôt je m'habille. Je prétends toutefois voir dans mon museau, S'il est laid, je la laisse, et la prends s'il est beau, Au diable, s'il répond. Quelle peste de mine Fait ce vieux foi ! Je crois que toujours il rechigne. Il est muet et sourd, ou je parle trop bas Beau père extravagant ne m'entendez vous pas. J'y perdrai mon latin, vieillard, que Dieu confonde, Réponds, ou fait pour toi que quelqu'un me réponde, Veux-tu bailler ta fille, ou ne pas la bailler !
Dom Diegue
Pour la prendre, Monsieur, vous n'avez qu'à parler.
Dom Pedre
Allez, si ma moitié vous ressemble, beau-père Et que tout comme vous elle ne parle guère Les cornes sur ma tête auront peine à sortir, Qu'elle vienne donc vite ou je m'en vais partir.
Angélique s'avance sur la scène.
Philinte
Venez vite, Madame, il est temps de paraître.
Scène 4
Dom Diegue, Dom Pedre, Angélique
Dom Diegue
Ma fille, pour époux vous pouvez reconnaître, Monsieur, le voulez-vous ?
Dom Pedre
Elle ne répond rien.
Dom Diegue
Je crois pourtant, Monsieur, qu'elle voudra du bien, Acceptez-vous, Monsieur ?
Angélique
Je le veux bien mon père.
Dom Pedre
Pour de l'esprit, je vois que vous n'en avez guère, La Belle ; mais enfin j'en suis peu soucieux, Et je crois que mon front s'en portera bien mieux. Mais ne parlez jamais quoi qu'un homme vous die Quels sont donc vos plaisirs ? Le bal ? La comédie ? Aimez-vous bien les vers ? Ou ces écrits galants ? À quoi songez vous donc ? Faites vous des romans ? Si vous ne répondez, je ne parle plus guère. Mais quand donc procéder à notre hymen, beau-père ?
Dom Diegue
Je notaire venu, vous n'avez qu'à finir.
Dom Pedre
Qui vous empêche donc de la faire venir.
Dom Diegue
Je ne sais pas pourquoi si longtemps il demeure ? Mais je voici, Monsieur, qui vient à la bonne heure.
Scène Dernière
Le Notaire, Dom Pedre, Dom Diegue, Angélique, Dom Alvare
Le Notaire
Je viens tard, mais aussi le contrat est écrit.
Dom Pedre
Avez-vous mis les noms comme je vous ai dit ?
Le Notaire
Le contrat est en forme, et de bonne manière.
Dom Pedre
La belle, il faut pour moi, quitter votre humeur fière, Car le contrat signé, dans une heure d'ici Je dispose de vous comme votre mari. Nous allons par les lois du Ciel, et de Nature Procéder, comme il faut, à la progéniture. Et comme au mariage il faut bien des apprêts, Voyons si pour cela tous nos meubles sont prêts Pour le ménage il faut quantité d'ustensiles.
Dom Diegue
Monsieur, j'en ai fait faire à des maîtres habiles.
Dom Pedre
Que faut-il faire de plus ? Donnez donc votre seing.
Le Notaire
Vous devez commence comme auteur du dessein.
Dom Pedre
Signons donc, je le veux. C'est ains qu'on s'explique.
Le Notaire
Madame, votre nom.
Angélique
Je me nomme Angélique.
Le Notaire
Signez.
Elle signe.
Angélique
Je veux bien.
Dom Pedre
Je vous tiens, par ma foi, Me voilà maintenant plus content que le Roi. Allons donc consommer vite le mariage.
Il sort avec les autres.
Le Notaire
Ici, je n'ai plus rien à faire davantage. Je sors.
Dom Pedre
Adieu Messieurs.
Fin de la petite comédie.
Dom Alvare
Adieu : soyez content.
Scène 5
Angélique, Padille
Angélique
Pourquoi nous quittent-ils ? Se moquent-ils des gens ? Ne me dires-vous point quel est tout ce mystère ?
Padille
Oui : Madame ; il est temps de ne vous plus rien taire, Il n'est plus de dédit, le contrat est signé.
Angélique
Quoi le même contrat que vous m'avez donné.
Padille
Oui, vous achèverez avec moi, sur mon âme, La supposition véritable, Madame.
Angélique
De tout ce qu'il me dit déjà la cour me bat.
Padille
Vous avez cru jouer en signant ce contrat ; Mais sachez qu'il est fait de la bonne manière ; Et que sous nos deux noms la clause est toute entière, Il est en bonne forme, et prétends aujourd'hui En qualité d'époux terminer mon ennui. Vous avez refusé, dans le siècle où nous sommes, Des nobles, des savants, et toutes sortes d'hommes. Moi, plus subtil que ceux qui vous venaient chercher, J'ai su qu'un bel esprit pouvait seul vous toucher Dont la gentille humeur fut semblable à Mercure : J'ai du mieux que j'ai pu contrefait sa figure ; Et dedans cette pièce attirant des amis, J'ai dressé le beau piège, où je vous ai mis.
Angélique
Je ferai tout casser par les lois de justice, Disant que le contrat est fait par artifice.
Padille
Je vais chez un sergent pour vous faire assigner Sur le contrat qu'ici vous venez de signer. On n'entend point de jeu sur de telle matière, Et quand vous y serez ce n'est pas la première.
Angélique
Je périrai plutôt que tu sois mon époux.
Padille
J'espère toutefois cet honneur malgré vous.
Angélique
Un fourbe !
Padille
Vous feriez vingt fois mieux de vous taire Le juge ordonnera de toute notre affaire.
Elle sort.
Angélique
Juste Ciel ! Que je suis malheureuse en amants ? Embrouillant mon esprit avec tous mes savants ? Mais que faire après tout, si je suis condamnée ? Si je perds mon procès qu'elle est ma destinée. Il faut aller bientôt me tendre à la maison. Afin d'y recevoir cette assignation.
Padille
Allons, devant qu'enfin la cause aille paraître, De tout ce qu'il faut faire avertir votre maître.
Acte III
Scène 1
Polidore, Lysandre
Le théâtre représente un parquet.
Polidore
Quoi ? Ton valet tout seul aurait joué ce tour.
Lysandre
Il a fait tout cela pour servir mon amour.
Polidore
Tu railles un peu fort bien cette belle maîtresse.
Lysandre
Je ne puis autrement m'acquérir sa tendresse.
Polidore
Fort bien ; mais puis-je enfin soulager ton souci.
Lysandre
On t'a fait depuis peu juge de ce lieu-ci, Et comme devant toi notre affaire est remise, Je souhaiterais fort pour la rendre surprise Qu'avec tes conseiller, prenant ta place,, moi Je décide l'affaire, et juge au lieu de toi. La robe et le bonnet, et l'air que je vais prendre À ses yeux aisément déguiseront Lysandre, Ainsi je la guérie de ses entêtements, Et parviens au bonheur des plus heureux amants.
Polidore
Je crains de mesurer des droits de la justice, Et qu'on ne me démettre après de mon office.
Lysandre
Au contraire un chacun trouverait à propos De mettre là dessus son esprit en repos.
Polidore
Je n'examine rien, et quoi qu'il en puisse être, Fais ce que tu voudras, je t'en laisse le maître, Je ne puis refuser un ami tel que toi.
Lysandre
Ami, je te rendrai la pareille, crois moi.
Polidore
Allons donc avertir nos gens en diligence ; Car il faut avec nous avoir mon assistance, Tu ne saurais juger sans cela ; les voici Je vois mes conseillers, et mon greffier aussi.
Scène 2
Polidore, Premier Conseille, Lysandre
Polidore
Messieurs, je vous supplie ici, qu'en mon absence, Vous acceptiez, Monsieur, pour juge en l'audiance, Laissez-le, s'il vous plait, pour un sujet pressant Présider au barreau comme mon lieutenant. Vous me ferez, Messieurs, un faveur entière.
Premier Conseille
Commandez-nous, Monsieur, sans user de prière.
Polidore
Il est fort entendu, bien expert sur la loi.
Premier Conseille
Sans nous en dire, à son air je le vois.
Polidore
Venez vite changer votre robe à la mienne? Messieurs, prenez séance attendant qu'il revienne.
Les conseillers se rangent aux deux côtés de la chaise du président, et le greffier au dessous d'eux.
Lysandre
Je m'en vais revenir, Messieurs, dans un moment.
Scène 3
Angélique, Le Greffier, Padille
Angélique
Qu'attend-on pour plaider ?
Le Greffier
Monsieur le président.
Angélique
Quel procès ai-je là ? Que je suis malheureuse.
Padille
Vous voilà donc ici, Madame la plaideur ?
Angélique
Fourbe, j'y viens pour toi.
Padille
Voilà votre contrat.
Angélique
Je le récuserai.
Padille
Peste, à bon chat, bon rat.
Le président entre.
Le Greffier
Qu'on se taise là, paix.
Scène Dernière
Lysandre, Le Greffier, Padille, Angélique, Premier Conseille
Lysandre
Appelez quelque cause.
Le Greffier
Angélique, Padille.
Padille
Ici c'est une chose, Dont vous allez, Messieurs, être en étonnement. Ma partie a voulu que je sois sont amant. Pour légitime époux elle accepte à ma prendre, Présence de témoins, ce qui va vous surprendre.
Angélique
Messieurs, c'est...
Lysandre
Attendez.
Padille
La chose en cet état, De notre mariage elle signe un contrat ; Qui dit que pour époux, Angélique ici fille, Ses père et mère morts veut bien prendre Padille. Le notaire et les témoins ont sur ce signé tous. Et c'est la cause qu'on plaide devant vous, La consommation de notre mariage ?
Angélique
Oui ; mais, Messieurs ; j'apprends que ce n'est qu'un valet.
Padille
Vous l'avez bien voulu, pourquoi l'avez-vous fait ?
Angélique
Il est vrai, j'ai signé dans une Comédie ; Non effectivement pour prendre ma patrie. Sous un nom de roman j'ai signé le contrat, C'est ce qui le fait récurer tout à plat.
Il donne le contrat au greffier.
Padille
Voyez la vérité de ce qu'elle a pu dire, Et dans notre contrat ce qu'elle a fait écrire.
À Angélique.
Le Greffier
Le contrat est en forme étant fait de la sorte. Vous serez condamnée. Angélique, suivant le coutume et la loi ; prend pour époux Padille, et lui donne sa foi.
Les conseillers se lèvent, et délibèrent avec le Président.
Angélique
Ah, mon Dieu, je suis morte ! De grâce, modérez, Messieurs, mon jugement. Mais hélas ! C'en est fait, j'en ai plus qu'un moment. Malheureusement ! Pourquoi ne voulait pas me rendre À mon premier amant, à mon très cher Lysandre ? D'un bizarre destin je me vois le jouet ; Et je vais être enfin la femme d'un valet.
Le greffier écrit.
Lysandre
Sur la cause d'aujourd'hui devant nous énoncée La cour veut qu'Angélique ici soit condamnée À prendre, sans appel, Padille pour époux, Et de vivre avec lui dans un accord bien doux, Greffier, je me permets d'en délivrer l'instance.
Angélique
Juste ciel : Modérez, s'il vous plait, la Sentence. Prendrai-je pour mari par votre autorité Un valet, moi, qui suis fille de qualité ? Si tu savais Lysandre, où mon âme est réduite ? Amant infortuné, tu t'y rendrais bien vite. Mais il en est trop loin, ô désirs insensés.
Lysandre
Non, Madame, il n'est pas si loin que vous pensez, Modérez vos frayeux, il est temps de vous dire Qu'enfin c'est moi qui suit Lysandre.
Angélique
Je respire.
Lysandre
Pardonnez, si voyant mon amour prévenu. À ces extrémités, Madame, on est venu. Tout mon dessin n''était que de vous faire rendre Et le Ciel aux amants laisse tout entreprendre. Loin de vous commander, je demande à genoux Votre consentement pour être votre époux, Oublions tout, Madame, et qu'un doux mariage Nous assemble tous deux, sans tarder davantage.
Angélique
Je ne sais où j'en suis, tant mes plaisirs sont grands, C'est vous qui m'avez fait venir tous ces savants.
Lysandre
De tous ces incidents souffrez que l'on vous die Que nous en pourrions bien faire une comédie. Messieurs, venez aussi, faites nous cet honneur.
Premier Conseille
Vous nous faites vraiment trop de grâce, Monsieur.
Padille
Je joue un plaisant rôle aujourd'hui sur mon âme, Donc Padille, Monsieur, est le mari sans femme ? De ma démarier avez-vous le pouvoir ?
Lysandre
La bouteille vin console ton espoir.
Padille
Mais j'ai plaidé pour vous quel sera mon salaire ?
Lysandre
Padille, pour cela, sera mon secrétaire.
Padille
Le secrétaire me va bien, sur ma foi ; Et l'on ne vit jamais rien plus secret que moi.
Lysandre
Changeons notre chagrin dans une joie extrême, Et faisons vois la fin du juge de soi-même.