Comédie · 1682 · 4 actes

L’Amour fantasque ou le juge de soi même

d’Albert Henri Fiot

Représentation
≈ 45 min
Distribution
2 femmes, 12 hommes
Répliques
284
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Padille H 67 ≈ 14 min 6
Lysandre H 51 ≈ 10 min 4
Angélique F 77 ≈ 9 min 6
Dom Pedre H 17 ≈ 3 min 4
Philinte H 13 ≈ 3 min 2
Dom Alvare H 10 ≈ 2 min 3
Polidore H 9 ≈ 1 min 2
Cephise F 5 ≈ 1 min 1
Dom Sanche H 6 ≈ 1 min 1
Dom Diegue H 10 ≈ 1 min 4
Oronte H 6 ≈ 1 min 1
Le Notaire H 6 ≈ 1 min 1
Le Greffier H 4 ≈ 1 min 2
Premier Conseille H 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIILa Supposition VéritableIII
Padille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lysandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Angélique absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Dom Pedre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Philinte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Dom Alvare absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Polidore absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cephise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Padille, Lysandre

Padille

Vous verrai-je toujours un visage si blême ? Qu'avez vous donc, Monsieur ?

Lysandre

Mon chagrin est extrême.

Padille

Pourquoi vous chagriner : Aristote nous dit, Que jamais le chagrin n'apporte aucun profit.

Lysandre

Si comme moi, Padille avait une maîtresse.

Padille

Hé bien ?

Lysandre

Que sa fierté méprisant ta tendresse, Tu dirais comme moi.

Padille

Je ne suis pas si fou, J'aurais le coeur pour elle aussi dure qu'un caillou.

Lysandre

Si sa haine pour toi devenait effroyable ?

Padille

Je la détesterais tout comme on fait le diable.

Lysandre

Ah ! Tu n'es pas amant.

Padille

Et pourquoi l'êtes-vous ? Savez-vous pas, Monsieur, que les amants sont fois.

Lysandre

Que ta plaisanterie est de mauvaise grâce ! Conseille moi plutôt ce qu'il faut que je fasse, Et trouve un prompt remède à ma vive douleur.

Padille

Faut-il un médecin, donne ordre à ce malheur ?

Lysandre

Si mon maître te touchait tu ne voudrait pas rire.

Padille

J'écoute tout de bon, vous n'avez rien qu'à dire.

Lysandre

Tu sais bien qu'Angélique avait charmé mes yeux, Que de tous mes rivaux, j'étais reçu le mieux, Mais depuis peu pour moi cette beauté si rare Par je ne sais quel sort a l'esprit si bizarre, Que moi, ni mes rivaux n'osons plus approcher De l'unique beauté que je veux rechercher.

Padille

Vous dis-je pas ce sexe au sujet à la Lune, Car tantôt on lui plaît, tantôt on l'importune.

Lysandre

Ce qui me fâche, plus c'est que je perds l'espoir. Après ce qu'elle a dit, de jamais la revoir, Son amour ne veut plus d'ne amant gentilhomme, C'est le bel esprit seul à présent qu'on renomme, Dit-elle, et celui-là pourra m'appartenir Qui le plus savamment pourra m'entretenir, Ce fantastique objet tient son âme obsédée, Ce qui fait que la mienne est moins possédée.

Padille

Si ce n'est que cela, Monsieur, Tout ira bien.

Lysandre

Emploie tout pour moi je n'épargnerai rien.

Padille

J'ai, vous avez parfois plus d'esprit qu'une bête, Il faut, puisqu'à ce point de doctrine l'entête, La frapper par l'endroit qu'elle veut en tâter Et si prendre si bien qu'on aille rien gâter, Déguisons nous tous deux, vous prendrez la figure D'un philosophe, et moi d'un brave l'encolure. Croyez-moi, nous ferons un essai glorieux, Et nous verrons celui qu'elle aimera le mieux. Si ces deux ne sont pas suffisants pour lui plaire Deux amis attitrés pourront après le faire. L'un faisant l'astrologue, et raisonnant fort bien. D'un art, où cependant il ne connaître rien. L'autre pour rendre enfin sa passion complète, Comme abrégé de tout, se dira grand poète, Avisez aux moyens de vous bien travestir Et croyez que le tout nous va bien divertir, Étudiez vous à faire une parfait philosophe.

Lysandre

Mais il faudrait un homme ici d'une autre étoffe; Car comment m'élever sur de beaux arguments, Sans en avoir devant consulter les savants. De me faire enseigner peu soigneux fut mon père De nobles de province enfin c'est la misère, Ce n'est pas dans le fonds que j'ignore de rien, Et de tout, Dieu merci, je raisonne assez bien, Je sais mieux me tirer d'une affaire pressée, Que d'un philosophe atteindre la pensée; Padille, là-dessus je te laisse à songer, Suis-je propre à cela ?

Padille

Faut-il tant ménager Combien en voyons nous dans le siècle où nous sommes Par un hardi discours, passer pour de grands hommes ? D'ailleurs ne craignez rien échauffé par l'amour Vous ne passerez pas pour un savant du jour.

Lysandre

Je vois à tes discours quelque peu d'apparence Un seul point seulement choque mon espérance Pas un de mes amis n'est astrologue.

Padille

Qu'il lise avant cela l'Almanach tout du long Mille mots inconnus feront bientôt connaître, Que dans l'Astrologie il s'est fait passez maître. Là, les termes de l'Art rangés, ou mal ou bien, On les admirera, sans y connaître rien, Si pour ce haut savoir votre belle maîtresse À l'astrologue seul témoigne sa tendresse, À l'astrologue attitré, de son titre demi Vous mettant en ces droits fera le coup d'ami Ainsi vous vous ferez aimer de votre dame.

Lysandre

Par tes plaisants discours tu me réjouis l'âme, Je brûle en vérité d'en venir les effets ; Padille est par ma fois, la perle des valets. Oui mais si par ta bravoure, et ma philosophie Lui plaisent aussi peu comme l'Astrologie, Nous nous trouvons en vain, et nous perdons nos pas, Le science en trois arts ne se renferme pas, Sans quelque rôle encore la pièce est imparfaite.

Padille

Il faut qu'un autre ami fasse...

Lysandre

Hé quoi ?

Padille

Le poète.

Lysandre

Où le trouver.

Padille

Comme dans le vaste univers On ne voit plus, Monsieur, que des faiseur de vers ; C'est une fléau de Dieu dont le siècle fourmille L'un en fait de bons ou non, s'il n'en fait il en pille À toute reste il veut pas un méchant écrit De rimeur dans le monde usurper le crédit, Sans cesse de leurs vers j'ai la tête étourdie, Et crois que de rimeurs il a fait une pluie.

Lysandre

Tu te fais fort de tout Padille mais j'ai peur, DE ne pouvoir trouver une assez bon rimeur.

Padille

À tout hasard, Monsieur, dedans cette occurrence Padille le fera, j'ai une certaine science.

Lysandre

Padille, on vient à nous ; c'est Angélique, va Songe à bien rencontrer ces personnages là, Et d'un grand fanfaron va prendre le visage.

Padille

J'y vais, et songez à votre personnage.

Scène 2

Lysandre, Angélique

Lysandre

Malgré tous vos mépris, je viens à vos genoux, Demander pour ma flamme un traitement plus doux, Madame, et si jamais Lysandre a su vous plaire, Veuillez ne prendre pas un sentiment contraire. Si d'un savoir exquis les sublimes appas Dans ma personne enfin ne rencontrent pas; Toujours fidèle amant au moins fais-je connaître Le beau feu qu'ne mon coeur vos charmes ont fait naître. Et près de vous jamais aucun homme vivant Sur un pareil sujet ne sera si savant.

Angélique

Je conçois assez bien ce que vous voulez dire, Et je vois bien, Monsieur, que vous voulez rire, Si le savoir m'a plus, vous avez un grnad tort Pour m'en désabuser de faire aucun effort.

Lysandre

De grâce écoutez-moi, sans vous mettre en colère.

Angélique

Dans le monde jamais peut-on se satisfaire, Sans contempler à fond et la Terre, et le sCieux, Et ces beaux mouvements qui ravissent nos yeux. Je ne suis qu'une fille, et si j'ai dans mon âme, De savoir toute chose un invisible flamme. Les termes de savants ont pour moi tant d'appas, Que je meurs de regret de ne le savoir pas. Je pâme quand j'entends ce qu'on dit de la Sphère Et ces doctes raisons que partout on révère, Et je veux là-dessus, pour contenter mon coeur, Qu'un savant sur ce point devienne mon vainqueur.

Lysandre

Amour, seconde-moi dedans mon entreprise, La résolution, Madame, en est donc prise ? Et vous préfèrerez un orgueilleux savant À la sincérité d'un si parfait amant ? Vous, qui vous plaisiez tant à voir croître ma flamme ; Que tous deux bien unis nous de faisions qu'une âme, Craignez qu'un repentir que produira l'amour, Vous donne mais trop tard du déplaisir un jour, Quelquefois des plus fiers ce Dieu prend la vengeance.

Angélique

Je crains peu votre amour, j'ai pour moi la science.

Lysandre

Les seuls savants pourtant font éclater ses lois.

Angélique

Pour se faire admirer ils le font quelquefois.

Lysandre

Je n'ai pas un esprit pour répondre à vos pointes Trop de subtilités à vos discours sont jointes.

Angélique

Quand vous dites cela, vous vous moquez de nous.

Il sort.

Lysandre

C'en est assez, Madame ; adieu, souvenez-vous Que dans tous vos amants rien ne sera si tendre, Que l'amour qu'à pour vous le malheureux Lysandre, D'un philosophe allons vite prendre l'habit ; Inspire la science, Amour en mon esprit.

Scène 3

Padille, Angélique

Padille

J'entrevois Angélique, ah ! C'est ici, Padrille, Qu'il faut comme un soleil que ton esprit brille.

Angélique

C'est homme en veut à nous, que voulez-vous Monsieur.

Padille

Madame, vous voyez le fils de la Terreur ; Ou, pour mieux m'expliquer dans ma bravoure extrême, M'étant créé tout seul, je suis la terreur même, Sans me servir d'un bras qui tua le dieu Mars, Je soumis l'univers d'une seul de mes regards, Tel que vous me voyez, j'ai forgé le Tonnerre Des géants qu'enfanta le Ciel contre la Terre. Les gages que par an je donne à mes valets Sont les sceptres dorés des rois que je soumets J'ai vaincu les Césars, défait les Alexandres J'ai pillé leurs États, mis leur trônes en cendre, La Chimère, et Méduse ont senti ma fureur, Quoiqu'à Bellérophon on en donne l'honneur. J'ai fait plus, comme en moi le genre humain se fonde, De cent montres affreux, j'ai délivré le monde. Mais qui pourrait encor croire, après tout cela, Que j'ai d'un souffle éteint les feux du mont Etna ? J'en ai tant faits qu'enfin les Jasons, les Hercules, Près de moi, s'ils vivaient, paraîtraient ridicule. Après avoir sur terre essuyé ces travaux, non content, j'ai noyé Neptune dans ses eaux, Pour avoir sans mon ordre élevé la tempête Qu'Enée a ressenti poursuivant sa conquête. Ma voyant enfin maître et du monde, et des mers Je fi descendre aussi descendre ma valeur aux Enfers. Là, malgré de Pluton l'insolence brutale, Je fis sceller Sysiphe, et reposer Tantale. Je brisais touts leurs fers, et pour parler aux Dieux. Des Enfers où j'étais je montais dans les Cieux. Jupiter, pour donner à mes fers récompense, Ordonna que sur tout j'aurais pleine puissance, Que je pouvais user des célestes beautés, Les prendre, et les choisir selon mes volontés, Mais rine ne m'y plaisant, j'en sortis à grand erre Et cous voyant du ciel briller dessus la terre ; Je me crois trop heureux ; Madame, si je vis Pour voir votre beauté de mes travaux le prix.

Angélique

Pourquoi finissez vous . Vos discours m'ont charmé.

Padille

La bravoure, Madame, est par vous estimée.

Angélique

Ce n'est pas ce qui fait tout mon charme pourtant, Mais le style joli d'un discours si plaisant ; Et vous avez, Monsieur, le don de l'éloquence

Padille

Vous ne voulez donc rien qu'un homme de science ? Et le pouvoir qu'ne tout vous savez qu'à mon bras. Pour prendre un autre amant ne vous étonne pas ? Eh bien.

Angélique

Qui peut, Monsieur, tout à coup surprendre.

Padille

Je vais mettre aujourd'hui tous le savants en cendre.

Scène 4

Lysandre, Angélique

Lysandre

Laissez le Capitan, Madame, écoutez-nous Déduire pour vous plaire un discours bien doux.

Angélique

Si c'est du haut savoir, Monsieur, j'en suis ravie.

Lysandre

Madame, c'est ici de la philosophe.

Angélique

Mes sens sont de cet art déjà tous enchantés.

Lysandre

J'en suis plus réjoui puisque vous les goûtez, Pour la philosophie apprenez par avance, Que ce n'est pas un Art, mais bien une science Par elle je connais tous les quatre éléments, Leur centre, leur substance, et tous les accidents, Celui qui se noya pour ne pouvoir comprendre, La refus de la mer pouvait de moi l'apprendre. D'où précédent les vents je ne l'ignore pas; Et les ai défini mieux qu'Anaxagoras. Je sais, hors Dieu, que tout à sa cause seconde, Et tous les beaux effets qu'on admire en ce monde. J'ai prouvé quand quelqu'un d'une épée on perçoit, Que c'était l'air non pas le fer qui les tuait. J'ai fait voir que ce monde est pareil dans la Lune ; Et que d'elle, et de lui la figure est commune ; Je sais très bien la Sphère, et je n'ignore point Qu'au milieu de la mer la terre est comme un point. Bref, je connais les corps tant internes, qu'externes, Et les lieux souverains d'avec les subalternes. Je sais Cause, Effet, Forme, Espèce, Mouvement ; Vide, existence, atome, idées, arguments, Enfin le résultat de cette connaissance À le souverain bien pour but de la science, Et d'aimer les beautés approchantes des Dieux. Je n'en vois point que vous, Madame, dans ces lieux. Et je suis trop heureux, si ce bel oeil m'ordonne Que mon art s'incorpore avec votre personne.

Angélique

Pour votre haut savoir, ce prix serait trop bas.

Lysandre

Mon savoir tel qu'il est ne vous mérite pas, Vous faites trop d'honneur à ma philosophie.

Angélique

Mais la science enfin défend qu'on se marie.

Lysandre

Au contraire, il faut joindre avec les beautés Pour leur perfection les sublimes clartés.

Angélique

Ce sont des arguments qu'à loisir j'examine.

Lysandre

Madame, si pour moi votre coeur se destine, J'attends patiemment en moment bienheureux.

Angélique

On ne peut pas, Monsieur, se marier à deux ; Vos raions là-dessus sont de peu d'important, Excusez-moi, je veux épouser le science.

Il sort.

Lysandre

Voyons ; car là-dessus je l'ai bien empressé, Si notre ami fera ce que j'avais pensé. Madame ; puisqu'ici ce discours vous ennuie, Recevez les adieux de la Philosophie.

Scène 5

Philinte, Angélique

Philinte

Loin de plaire à vos yeux ces savants de Bibus Devraient tout, sur mon âme, essuyer vos refus ; Un savant, comme moi, Madame, sur la sphère Doit prétendre tout seul à l'honneur de vous plaire. Étant un raccourci des sublimes savants, Qui mérite le mieux d'être de vos amants.

Angélique

De savoir quel il est je sens brûler mon âme.

Philinte

Je suis...

Angélique

Hé quoi, Monsieur.

Philinte

Astrologue, Madame.

Angélique

Cet art de tous les Arts approche plus des Dieux.

Philinte

Mais c'est surtout pour moi qui m'y connaît des mieux Si vous me demandez à quoi sert cette sphère, J'en connais du Soleil, l'une et l'autre hémisphère, Je sais par là combine le ciel a de hauteur, Et la Terre de tour, La Mer de profondeur, Je connais chaque étoile et qu'une âme commune, Ne voit pas comme moi le Soleil, et la Lune. Je sens l'air, et la nue, et je vais quand je veux Voir ces beaux mouvements qui sont tourner les Cieux, Mon pouvoir est très grand, par le moyen des astres, J'annonce les malheurs, je prévois les désastres, Si vous ne croyez pas mon pouvoir souverain, Pour l'expérimenter donnez moi votre main.

Angélique

Dans un plaisir si grand, rêvé-je, ou si je veille ?

Philinte

Donnez moi votre main, je vais faire merveille.

Angélique

Quoi ? Vous m'allez montrer tout ce que j'ai pensé.

Regardant dans sa main.

Philinte

Oui, je sais l'avenir, Madame, et le passé. Cet aspect de Vénus me fait bientôt comprendre Qu'un amant vous en veut qui se nomme Lysandre.

Angélique

Aurais-je pu jamais ; ô Ciel m'en défier ? Monsieur, vous êtes diable, ou pour le moins sorcier.

Philinte

Mais cet aspect entrant dans la Lune ascendante Vous a rendu pour lui l'âme très inconstante, Mercure rétrograde occupe votre main Qui fait qu'hors les savants tout vous est à dédain. Mais je remarque ici qu'une ligne douteuse Dénote qu'en amant vous serez malheureuse ; Mais que vous le serez encor plus mille fois, Si de tous vos amants Lysandre n'est le choix. Il faut sans contredit qu'il ait la préférence, Je parle contre moi président la puissance Qu'un astre pour Lysandre annonce, en bonne fois. Mais pourriez vous aimer un homme comme moi ? J'ai comme vous savez la plus belle doctrine.

Angélique

Je crains trop du destin la puissance Divine.

Philinte

L'Astrologie ici, n'a donc point de pouvoir ?

Angélique

Je veux avec plaisir vous entendre et vous voir.

Philinte

Oui, mais de votre hymen vous me croyez indigne. Pour vous plaire il vous faut quelque savant insigne.

Angélique

Le plus parfait, Monsieur, doit être mon époux.

Philinte

Madame, apparemment que ce n'est donc pas nous.

Angélique

Le temps peut être enfin pourra nous y résoudre.

Il sort.

Philinte

Je vous jure, pour moi, c'est un vrai coup de foudre, De dépit, je m'en vais peut être me noyer.

Angélique

Enfin tous les savants vous me désennuyer.

Scène 6

Padille, Angélique

Padille

Laissez ce fou, Madame, avec sa planète ; Et venez écouter un céleste poète Par un intime secret que j'ai reçu des Cieux, Je parle habilement le langage des Dieux, Favori d'Apollon, j'ai dans le Mont Parnasse, Malgré mes envieux, la plus insigne place ; Et je bois à mon gré de ces saintes liqueurs, Qui sont, comme je suis les illustres auteurs. Seul, je vis des lauriers, je loge au mont Caucase J'ai pour valet ma muse, et pour cheval Pégase, Poète fidèle au grand Dieu que je sers, Ma prose a son congé, je ne parle qu'en vers, Je sais l'art de bien dire, et la philosophie : Et la mathématique, avec l'astrologie J'entends bien toute langue, et l'on ne peut trouver, Rien que très doctement, je ne puisse prouver, Et de vous mériter j'ai lieu plus que personne, Si c'est au plus savant que votre main se donne.

Angélique

J'avoue en vérité que vous me charmez plus Qu'un tas de beaux esprits qu'on nomme superflus, Et pour cela, Monsieur, vous avez l'air de plaire.

Padille

Padille l'a trouvé, ma foi, voici l'affaire. Je puis donc espérer, Madame, la bonheur D'être choisi par vous pour votre serviteur ?

Angélique

Qui vous a dit cela ? Craignez de vous méprendre.

Padille

Vous ne voulez donc pas à mon savoir vous rendre.

Angélique

Si je veux un mari ce n'est pas encor vous.

Padille

Voyez donc l'abrégé des folles et des fous. Mais sans tant de raisons voulez vous toujours taire, Celui qui pour époux pourra jamais vous plaire.

Angélique

Comme au plus éclairé de ceux que je connais, Je veux bien vous montrer celui que j'aimerais Je prétends que l'époux que je peux reconnaître Soit en galante humeur, des plus savants le Maître, En un mot de tout il raisonne si bien, Qu'il charme tout le monde avec son entretien Et que de son esprit la gentille nature, Dans l'adresse, et dans tout soit semblable à Mercure, Adieu ; cherchez ailleurs à vous entretenir.

Padille

Bon, je vois à propos mon maître revenir.

Scène 7

Lysandre, Padille

Lysandre

Hé bien, t'a-t-elle fait encore quelque frasque ?

Padille

Non, je ne vis jamais un amour si fantastique.

Lysandre

Cette bizarre humeur me met au désespoir.

Padille

Ne cous souciez point, je saurai bien l'avoir.

Lysandre

Quoi ? Tu pourrais trouver quelque ombre d'apparence.

Padille

Je la tiens dans vos vers, Monsieur, en assurance.

Lysandre

Dis donc vite, je cède à cet espoir si doux.

Padille

Il faut avant cela que nous allions chez vous.

Lysandre

Je brûle de savoir ce que tu me veux dire.

Padille

Allons, chemin faisant, je vais vous en instruire.

Lysandre

D'où conçois tu Padille un si charmant espoir.

Padille

Retirons nous vous dis-je, vous l'allez savoir.

Acte II

Scène 1

Cephise, Angélique

Cephise

Enfin j'entends partout que ta bizarrerie Pour les hommes savants va jusqu'à la folie. D'où vient donc que partout on dit cela de toi ? Tu perdras ton renom, Cousine, en bonne foi. Je t'en viens avertir comme étant ton amie.

Angélique

Vous prenez trop de soin, j'en suis toute avertie, Et pourriez vous passer, sans vous faire un grand tort, De me traiter de folle, et vous me fâchez fort.

Cephise

Si vous le prenez là, je vais bientôt me taire Puis-je retenir, moi, la langue du vulgaire ? On m'a fait ce rapport, j'ai de vous avertir Innocemment pensé vous faire un grand plaisir.

Angélique

Mais vous croyez aussi que c'est une folie D'aimer tant les savants.

Cephise

J'en crois une partie.

Angélique

Vous avez là-dessus de très beaux sentiments ! L'ignorance vous plait comme à beaucoup de gens.

Cephise

Voulez-vous après tout que l'esprit d'une femme...

Angélique

Brisons-là, s'il vous plait, je vous quitte, Madame Et ne puis avec vous plus durer un moment.

Cephise

On vient à nous ; adieu, voilà quelques savant.

Scène 2

Padille, Angélique

Padille

J'entends de tous côtés que vous seriez bien aise De rencontrer, Madame, un amant qui vous plaise. Je viens mal à propos m'offrir pour ce sujet, Mais vous excuserez peut-être mon projet.

Angélique

J'admire avec plaisir votre aimable génie.

Padille

Je vous amène ici mauvaise compagnie.

Angélique

J'étais seule portant.

Padille

Seule avec votre esprit, Vous valez mieux cent fois qu'un cercle de crédit.

Angélique

La pointe à vos discours est partout énergique.

Padille

Vos yeux seuls ont sur moi la pointe qui me pique. Madame, et mon amour fait parler mon esprit.

Angélique

Avec peine je crois ce que vous m'avez dit, Quoi ? Votre liberté serait elle asservie.

Padille

Oui, Madame, que n'est un esclave en Turquie Et je crois me voyant brûler si fortement, Votre esprit un Soleil, votre oeil miroir ardent De grâce, modérez ce rayon qui me tue.

Angélique

Par ces charmants discours mon âme abattue ; Et s'il était offert pour être mon amant, Mon coeur résisterait assez mal aisément.

Padille

J'adore la science, et je soutiens, Madame, Qu'une homme sans savoir n'est rien qu'on corps sans âme. J'aime les beaux esprits, les vers, et les romans, Et ces productions que font tous les savants.

Angélique

Nous avons pour cela d'étroites sympathies.

Padille

Mais aimez vous aussi ces belles comédies.

Angélique

Je prends à les entendre un extrême plaisir.

Padille

Tant mieux ; j'en ai fait une, avez-vous le loisir Que dedans un moment on vous le représente.

Angélique

Dites m'en le sujet ; est-elle bien plaisante ?

Padille

On va vois la jouer, les rôles sont appris. Sept ou huit bons acteurs depuis peu les ont pris.

Angélique

J'y voudrais bien aussi faire mon personnage.

Padille

Quel rôle feriez vous ?

Angélique

Fait-on un mariage ?

Padille

Je m'en souviens, Madame, un rôle est à donner, Une fille au contrat vient simplement signer, Vous la ferez, il faut paraître, et ne rien dire. À tout ce qu'on dira vous n'avez qu'à souscrire, Vous ferez votre rôle assez facilement. Vous n'avez, s'il vous plaît, qu'à songer seulement, Que vous ne paraissez qu'en la scène dernière.

Angélique

Je vais me réjouir de la bonne manière Mais de tous les acteurs est le favori.

Padille

Je fais celui qui doit être votre mari. Vous signez ce contact que je viens de vous dire,

Angélique

Je signerai fort bien ; Ciel ! Que nous allons rire !

Padille

Je vois tout à propos venir tous mes amis.

Scène 3

Angélique, Padille, Philinte

Angélique

Je vois déjà l'effet que l'on m'avait promis, Messieurs, et me faisant l'honneur que vous me faites Il faut que vous soyez extrêmement honnêtes C'est à vous seul que j'ai cette obligation.

Padille

Ces messieurs n'ont pas moins pour vous de passion.

Angélique

Vous venez tout à temps pour notre comédie.

Philinte

Madame il faut qu'ici, Monsieur, vous la dédie Votre esprit, et vos yeux font partout bien du bruit, Mais je vois qu'il en est plus qu'on n'en a dit.

Angélique

Monsieur, vous avez trop pour moi de complaisance.

Padille

Messieurs, si vous voulez que la pièce commence Il est temps, s'il vous plait, de s'aller travestir. Quelqu'un de ces Messieurs reste à vous divertir Je m'emmène avec moi que Philinte et Valère.

Angélique

Revenez donc bientôt.

Padille

Nous ne tardons guère.

Scène 4

Angélique, Oronte

Angélique

Dans la pièce, Messieurs, quels rôle faites vous ?

Oronte

À vos charmants appas nous ferons les yeux doux Mais vous aimerez mieux un amant ridicule.

Angélique

Il faut donc là-dessus que je me dissimule, Car je ne puis souffrir que de rares esprit...

Oronte

Mais vous vous tromperiez, si vous nous aviez pris.

Angélique

Je parle, en bonne foi, du profond de mon âme.

Oronte

Vous avez mille fois trop de bontés, Madame.

Angélique

Laissons les compliments, je n'ai que le désir, De connaître la pièce.

Oronte

À ce plaisir léger, Madame, préférez celui de la surprise.

Angélique

De savoir ce que c'est mon âme est toute éprise. Mais d'une comédie on fait peu de façon. Avant que la jouer d'en annonce le nom, Dites-moi, Monsieur.

Oronte

Je veux bien vous le dire. Quand on m'a lu la pièce, enfin je l'ai pu lire Le titre est... Vous savez que ce titre est nouveau? La supposition véritable.

Angélique

Il est beau. On nomme ces écrits, poèmes dramatiques ; Dont les uns sont plaisants, et les autres tragiques J'entends du bruit, nos gens vont bientôt revenir, Entrez tous deux ici moi je vais m'y tenir. Je parais seulement dans la scène dernière.

Ils entrent tous deux, et Angélique prend un siège au côté du théâtre pour entendre la comédie, et les violons jouent une ouverture.

Oronte

Quand on vous le dira, vous viendrez la dernière.

La Supposition Véritable

Scène 1

Dom Sanche, Dom Alvare

Dom Sanche

Angélique, Monsieur, qui vous chérissait tant. Vous préfère aujourd'hui ce ridicule amant ? Ce sot original Dom Pedre de Stambole ?

Dom Alvare

Oui ; j'ai dans mon chagrin besoin qu'on me console.

Dom Sanche

Vous fûtes mon rival, je fut le vôtre aussi, Consolons-nous tous deux, soyons amis ainsi.

Dom Alvare

Je le veux ; toutefois mon coeur se désespère.

Dom Sanche

Mais puisque sa folie à ce foi vous préfère, Le bon sens dans ce choix n'est pas fort recherché Et vous ne devez pas en être trop fâché.

Dom Alvare

Je ne puis aisément délaisser ce que j'aime.

Dom Sanche

Avec moins de raison on vous quitte vous-même.

Dom Alvare

Comme elle, je ne puis la quitter tout d'un coup Que cela ne m'étonne et m'afflige beaucoup.

Dom Sanche

Il faut vaincre ce faible, et s'en rendre la maître.

Dom Alvare

Dans le trouble où je suis je ne me puis connaître, Le souvenir charmant de ses divins appas Fait qu'ne un même temps je veux, et ne veux pas, Malgré moi, dans mon coeur je sens régner un tendre Que je voudrais chasser, et ne puis m'en défendre ; Et je mourrai, Monsieur, si sa charmante main Par ce fol que vous dites a changé son dessein. Ce que je vous ai dit, Monsieur, est véritable ; Et me rend aussi bien que vous fort misérable. Mais, sans vous chagriner tous deux que n'allons nous Parler un peu de près à ce maître des fous ? Je lui ferai sentir ma valeur offensées.

Dom Alvare

Il ne faut pas, Monsieur, avoir cette pensée. Il faut qu'un gentilhomme obéisse à son Roi, Et si vous m'en croyez, vous serez comme moi, Puisqu'enfin pour nous deux Angélique est contraire, Ne le contraignons point, Monsieur, laissons la faire À ce choix ridicule on ne peut s'opposer.

Dom Sanche

Mais ce fol doit venir aujourd'hui l'épouser.

Scène 2

Dom Pedre, Dom Alvare, Dom Diegue

À Dom Alvare, et Dom Sanche qui s'arrêtent à la regarder.

Dom Pedre

De quel fol veut parler ce couple de pécores ? Je vous l'ai dit, beau-père, et vous le dit encore. M'avez-vous assez vu ? Suis-je bien fait ? Badauds. Hé ! Morbleu, décampez, peste soit des nigauts, Avez vous jamais vu deux plus sottes figures.

Dom Alvare

Nous sortirons assez, sans toutes vos injures.

Dom Pedre

Mais vous ne branlez point ! Les avez-vous mandés, Beau père ? Dites donc. Il est sourd, répondez.

Dom Diegue

Moi ? Non.

Dom Pedre

Moi ? Non. Qui donc ? Ce stupide beau-père Est comme une statue à les regarder faire.

Dom Diegue

Croyez-vous voir ma fille, étant si mal appris !

Dom Pedre

Vous êtes par ma foi le plus sot des esprits Faites les donc sortir.

Dom Diegue

Voulez-vous que je fasse...

Dom Pedre

Hé, radoteur vieillard faites leur la grimace.

Dom Alvare

Sur le pavé du Roi pouvez vous nous gêner ?

Il donne plusieurs coups de plat d'épée à Dom Diègue.

Dom Pedre

Vous voulez donc, marauds, me faire dégainer ?

Dom Alvare

Vous m'avez maltraité, de votre violence Je m'en vais informer les Maréchaux de France.

Scène 3

Dom Diegue, Dom Pedre, Philinte

Dom Diegue

Ciel ! Comme vous frappez : Je suis presque abattu.

Dom Pedre

Ces deux petits cadets sentaient le vieux battu. Mais sans tant reculer montrez moi votre fille ; Afin que pour la noce ou plutôt je m'habille. Je prétends toutefois voir dans mon museau, S'il est laid, je la laisse, et la prends s'il est beau, Au diable, s'il répond. Quelle peste de mine Fait ce vieux foi ! Je crois que toujours il rechigne. Il est muet et sourd, ou je parle trop bas Beau père extravagant ne m'entendez vous pas. J'y perdrai mon latin, vieillard, que Dieu confonde, Réponds, ou fait pour toi que quelqu'un me réponde, Veux-tu bailler ta fille, ou ne pas la bailler !

Dom Diegue

Pour la prendre, Monsieur, vous n'avez qu'à parler.

Dom Pedre

Allez, si ma moitié vous ressemble, beau-père Et que tout comme vous elle ne parle guère Les cornes sur ma tête auront peine à sortir, Qu'elle vienne donc vite ou je m'en vais partir.

Angélique s'avance sur la scène.

Philinte

Venez vite, Madame, il est temps de paraître.

Scène 4

Dom Diegue, Dom Pedre, Angélique

Dom Diegue

Ma fille, pour époux vous pouvez reconnaître, Monsieur, le voulez-vous ?

Dom Pedre

Elle ne répond rien.

Dom Diegue

Je crois pourtant, Monsieur, qu'elle voudra du bien, Acceptez-vous, Monsieur ?

Angélique

Je le veux bien mon père.

Dom Pedre

Pour de l'esprit, je vois que vous n'en avez guère, La Belle ; mais enfin j'en suis peu soucieux, Et je crois que mon front s'en portera bien mieux. Mais ne parlez jamais quoi qu'un homme vous die Quels sont donc vos plaisirs ? Le bal ? La comédie ? Aimez-vous bien les vers ? Ou ces écrits galants ? À quoi songez vous donc ? Faites vous des romans ? Si vous ne répondez, je ne parle plus guère. Mais quand donc procéder à notre hymen, beau-père ?

Dom Diegue

Je notaire venu, vous n'avez qu'à finir.

Dom Pedre

Qui vous empêche donc de la faire venir.

Dom Diegue

Je ne sais pas pourquoi si longtemps il demeure ? Mais je voici, Monsieur, qui vient à la bonne heure.

Scène Dernière

Le Notaire, Dom Pedre, Dom Diegue, Angélique, Dom Alvare

Le Notaire

Je viens tard, mais aussi le contrat est écrit.

Dom Pedre

Avez-vous mis les noms comme je vous ai dit ?

Le Notaire

Le contrat est en forme, et de bonne manière.

Dom Pedre

La belle, il faut pour moi, quitter votre humeur fière, Car le contrat signé, dans une heure d'ici Je dispose de vous comme votre mari. Nous allons par les lois du Ciel, et de Nature Procéder, comme il faut, à la progéniture. Et comme au mariage il faut bien des apprêts, Voyons si pour cela tous nos meubles sont prêts Pour le ménage il faut quantité d'ustensiles.

Dom Diegue

Monsieur, j'en ai fait faire à des maîtres habiles.

Dom Pedre

Que faut-il faire de plus ? Donnez donc votre seing.

Le Notaire

Vous devez commence comme auteur du dessein.

Dom Pedre

Signons donc, je le veux. C'est ains qu'on s'explique.

Le Notaire

Madame, votre nom.

Angélique

Je me nomme Angélique.

Le Notaire

Signez.

Elle signe.

Angélique

Je veux bien.

Dom Pedre

Je vous tiens, par ma foi, Me voilà maintenant plus content que le Roi. Allons donc consommer vite le mariage.

Il sort avec les autres.

Le Notaire

Ici, je n'ai plus rien à faire davantage. Je sors.

Dom Pedre

Adieu Messieurs.

Fin de la petite comédie.

Dom Alvare

Adieu : soyez content.

Scène 5

Angélique, Padille

Angélique

Pourquoi nous quittent-ils ? Se moquent-ils des gens ? Ne me dires-vous point quel est tout ce mystère ?

Padille

Oui : Madame ; il est temps de ne vous plus rien taire, Il n'est plus de dédit, le contrat est signé.

Angélique

Quoi le même contrat que vous m'avez donné.

Padille

Oui, vous achèverez avec moi, sur mon âme, La supposition véritable, Madame.

Angélique

De tout ce qu'il me dit déjà la cour me bat.

Padille

Vous avez cru jouer en signant ce contrat ; Mais sachez qu'il est fait de la bonne manière ; Et que sous nos deux noms la clause est toute entière, Il est en bonne forme, et prétends aujourd'hui En qualité d'époux terminer mon ennui. Vous avez refusé, dans le siècle où nous sommes, Des nobles, des savants, et toutes sortes d'hommes. Moi, plus subtil que ceux qui vous venaient chercher, J'ai su qu'un bel esprit pouvait seul vous toucher Dont la gentille humeur fut semblable à Mercure : J'ai du mieux que j'ai pu contrefait sa figure ; Et dedans cette pièce attirant des amis, J'ai dressé le beau piège, où je vous ai mis.

Angélique

Je ferai tout casser par les lois de justice, Disant que le contrat est fait par artifice.

Padille

Je vais chez un sergent pour vous faire assigner Sur le contrat qu'ici vous venez de signer. On n'entend point de jeu sur de telle matière, Et quand vous y serez ce n'est pas la première.

Angélique

Je périrai plutôt que tu sois mon époux.

Padille

J'espère toutefois cet honneur malgré vous.

Angélique

Un fourbe !

Padille

Vous feriez vingt fois mieux de vous taire Le juge ordonnera de toute notre affaire.

Elle sort.

Angélique

Juste Ciel ! Que je suis malheureuse en amants ? Embrouillant mon esprit avec tous mes savants ? Mais que faire après tout, si je suis condamnée ? Si je perds mon procès qu'elle est ma destinée. Il faut aller bientôt me tendre à la maison. Afin d'y recevoir cette assignation.

Padille

Allons, devant qu'enfin la cause aille paraître, De tout ce qu'il faut faire avertir votre maître.

Acte III

Scène 1

Polidore, Lysandre

Le théâtre représente un parquet.

Polidore

Quoi ? Ton valet tout seul aurait joué ce tour.

Lysandre

Il a fait tout cela pour servir mon amour.

Polidore

Tu railles un peu fort bien cette belle maîtresse.

Lysandre

Je ne puis autrement m'acquérir sa tendresse.

Polidore

Fort bien ; mais puis-je enfin soulager ton souci.

Lysandre

On t'a fait depuis peu juge de ce lieu-ci, Et comme devant toi notre affaire est remise, Je souhaiterais fort pour la rendre surprise Qu'avec tes conseiller, prenant ta place,, moi Je décide l'affaire, et juge au lieu de toi. La robe et le bonnet, et l'air que je vais prendre À ses yeux aisément déguiseront Lysandre, Ainsi je la guérie de ses entêtements, Et parviens au bonheur des plus heureux amants.

Polidore

Je crains de mesurer des droits de la justice, Et qu'on ne me démettre après de mon office.

Lysandre

Au contraire un chacun trouverait à propos De mettre là dessus son esprit en repos.

Polidore

Je n'examine rien, et quoi qu'il en puisse être, Fais ce que tu voudras, je t'en laisse le maître, Je ne puis refuser un ami tel que toi.

Lysandre

Ami, je te rendrai la pareille, crois moi.

Polidore

Allons donc avertir nos gens en diligence ; Car il faut avec nous avoir mon assistance, Tu ne saurais juger sans cela ; les voici Je vois mes conseillers, et mon greffier aussi.

Scène 2

Polidore, Premier Conseille, Lysandre

Polidore

Messieurs, je vous supplie ici, qu'en mon absence, Vous acceptiez, Monsieur, pour juge en l'audiance, Laissez-le, s'il vous plait, pour un sujet pressant Présider au barreau comme mon lieutenant. Vous me ferez, Messieurs, un faveur entière.

Premier Conseille

Commandez-nous, Monsieur, sans user de prière.

Polidore

Il est fort entendu, bien expert sur la loi.

Premier Conseille

Sans nous en dire, à son air je le vois.

Polidore

Venez vite changer votre robe à la mienne? Messieurs, prenez séance attendant qu'il revienne.

Les conseillers se rangent aux deux côtés de la chaise du président, et le greffier au dessous d'eux.

Lysandre

Je m'en vais revenir, Messieurs, dans un moment.

Scène 3

Angélique, Le Greffier, Padille

Angélique

Qu'attend-on pour plaider ?

Le Greffier

Monsieur le président.

Angélique

Quel procès ai-je là ? Que je suis malheureuse.

Padille

Vous voilà donc ici, Madame la plaideur ?

Angélique

Fourbe, j'y viens pour toi.

Padille

Voilà votre contrat.

Angélique

Je le récuserai.

Padille

Peste, à bon chat, bon rat.

Le président entre.

Le Greffier

Qu'on se taise là, paix.

Scène Dernière

Lysandre, Le Greffier, Padille, Angélique, Premier Conseille

Lysandre

Appelez quelque cause.

Le Greffier

Angélique, Padille.

Padille

Ici c'est une chose, Dont vous allez, Messieurs, être en étonnement. Ma partie a voulu que je sois sont amant. Pour légitime époux elle accepte à ma prendre, Présence de témoins, ce qui va vous surprendre.

Angélique

Messieurs, c'est...

Lysandre

Attendez.

Padille

La chose en cet état, De notre mariage elle signe un contrat ; Qui dit que pour époux, Angélique ici fille, Ses père et mère morts veut bien prendre Padille. Le notaire et les témoins ont sur ce signé tous. Et c'est la cause qu'on plaide devant vous, La consommation de notre mariage ?

Angélique

Oui ; mais, Messieurs ; j'apprends que ce n'est qu'un valet.

Padille

Vous l'avez bien voulu, pourquoi l'avez-vous fait ?

Angélique

Il est vrai, j'ai signé dans une Comédie ; Non effectivement pour prendre ma patrie. Sous un nom de roman j'ai signé le contrat, C'est ce qui le fait récurer tout à plat.

Il donne le contrat au greffier.

Padille

Voyez la vérité de ce qu'elle a pu dire, Et dans notre contrat ce qu'elle a fait écrire.

À Angélique.

Le Greffier

Le contrat est en forme étant fait de la sorte. Vous serez condamnée. Angélique, suivant le coutume et la loi ; prend pour époux Padille, et lui donne sa foi.

Les conseillers se lèvent, et délibèrent avec le Président.

Angélique

Ah, mon Dieu, je suis morte ! De grâce, modérez, Messieurs, mon jugement. Mais hélas ! C'en est fait, j'en ai plus qu'un moment. Malheureusement ! Pourquoi ne voulait pas me rendre À mon premier amant, à mon très cher Lysandre ? D'un bizarre destin je me vois le jouet ; Et je vais être enfin la femme d'un valet.

Le greffier écrit.

Lysandre

Sur la cause d'aujourd'hui devant nous énoncée La cour veut qu'Angélique ici soit condamnée À prendre, sans appel, Padille pour époux, Et de vivre avec lui dans un accord bien doux, Greffier, je me permets d'en délivrer l'instance.

Angélique

Juste ciel : Modérez, s'il vous plait, la Sentence. Prendrai-je pour mari par votre autorité Un valet, moi, qui suis fille de qualité ? Si tu savais Lysandre, où mon âme est réduite ? Amant infortuné, tu t'y rendrais bien vite. Mais il en est trop loin, ô désirs insensés.

Lysandre

Non, Madame, il n'est pas si loin que vous pensez, Modérez vos frayeux, il est temps de vous dire Qu'enfin c'est moi qui suit Lysandre.

Angélique

Je respire.

Lysandre

Pardonnez, si voyant mon amour prévenu. À ces extrémités, Madame, on est venu. Tout mon dessin n''était que de vous faire rendre Et le Ciel aux amants laisse tout entreprendre. Loin de vous commander, je demande à genoux Votre consentement pour être votre époux, Oublions tout, Madame, et qu'un doux mariage Nous assemble tous deux, sans tarder davantage.

Angélique

Je ne sais où j'en suis, tant mes plaisirs sont grands, C'est vous qui m'avez fait venir tous ces savants.

Lysandre

De tous ces incidents souffrez que l'on vous die Que nous en pourrions bien faire une comédie. Messieurs, venez aussi, faites nous cet honneur.

Premier Conseille

Vous nous faites vraiment trop de grâce, Monsieur.

Padille

Je joue un plaisant rôle aujourd'hui sur mon âme, Donc Padille, Monsieur, est le mari sans femme ? De ma démarier avez-vous le pouvoir ?

Lysandre

La bouteille vin console ton espoir.

Padille

Mais j'ai plaidé pour vous quel sera mon salaire ?

Lysandre

Padille, pour cela, sera mon secrétaire.

Padille

Le secrétaire me va bien, sur ma foi ; Et l'on ne vit jamais rien plus secret que moi.

Lysandre

Changeons notre chagrin dans une joie extrême, Et faisons vois la fin du juge de soi-même.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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