Scène 1
Le Coiffeur, Fourni, Chauve, Le Président, Un Valet
Un salon de coiffeur. Une toilette à droite, premier plan. Une nuire toilette à gauche, premier plan. Toutes deux ont des perruques sur champignons. Une table à la gauche du fond, avec perruques, idem. — Un réchaud sous la table. Une robe de chambre noire d'un côté et d'une autre couleur de l'autre. Portes latérales ; porte d'entrée au fond ; une croisée à droite. Chaises, fauteuil. etc.
Air nouveau.
Air
Regardant sa montre.
Air du Dieu des bonnes gens.
bis.
Il prend à gauche une perruque de jeune homme.
Il la met.
Il fait le dandy.
Il l'ôte.
Il la place à terre. Il ôte son pardessus et prend à gauche une autre perruque à moustaches hérissées.
Il la met.
Otant sa perruque.
Il la jette sur l'autre.
Il va à la perruque du Président.
Il prend la perruque à gauche.
Il tient la perruque.
Au public.
Il met la perruque, puis, la robe de chambre du côté qui n'est pas noir.
Avec l'organe d'un homme âgé.
Air nouveau.
Il ôte la perruque et la robe de chambre en la retournant.
Replaçant la perruque.
Prenant à droite une autre perruque.
Au public, après avoir mis la perruque.
Il ôte la perruque.
Montrant une perruque chauve qu'il prend à gauche.
Il met la perruque.
Prenant à droite une perruque très fournie.
Il met la robe de chambre du côté noir.
Il l'imite, et prend une chaise qu'il place devant lui en guise de tribune.
Le Coiffeur
Plus d'espoir !... C'en est fait !... Paméla m'abandonne ! Le portier me l'a dit : Il n'est venu personne !... Pas de lettre aujourd'hui !... L'impassible facteur En passant près de moi, m'a dit : bonjour coiffeur ! Ignorant, le bourreau, que son lâché sourire M'infligeait le tourment d'un horrible martyre !... Personne ! Et pas de lettre !... Ah ! Je sens, dans mon coeur, S'amasser des trésors de rage et de fureur ! Coiffeur !... Oui, je le suis ! Et je m'en faisais gloire ! C'était mon espérance, et, j'avais lieu je croire Que ce titre, après tout, loin de me nuire un jour, Devait venir en aide à mes projets d'amour. Le sort en est jeté !... Je ne puis me dédire ; J'ai dit à Paméla : je t'aime, je veux ta main. La cruelle, à ces mots part d'un éclat de rire, Tourne le dos, et dit : nous verrons ça demain ! Et c'était hier soir, et le temps qui s'écoule, Comme elle, semble rire en voyant mon ennui ! Me serais-je trompé ?... Non ! je n'perds pas la boule ; Le lendemain d'hier, ce doit être aujourd'hui ! / Qui peut la détourner ?... Elle hésite, dit-elle,. À prendre pour époux un artiste coiffeur... . Mais, tu ne sais donc pas, ô fière tourterelle, Tout ce que ce beau titre a de gloire et d'honneur ? Le coiffeur, Paméla, c'est l'être indispensable, Le complément de tout, le moderne pouvoir, Il vous fait, à son gré, spirituelle, aimable, C'est le meuble vivant de tout parfait boudoir ; Sans lui, point de plaisir, sans lui, point, de conquêtes ; Il tient au bout des doigts, votre bel avenir... Et le prestige vain des plus fraîches toilettes S'écroule... si son art ne vient le soutenir. Mais, combien sa parole a de charme et de grâce, Lorsqu'armé de ciseaux légers comme le vent, Il parle, parle encore, et jamais ne vous lasse, Car il sait tout, voit tout... c'est un journal vivant ! Il vous dira pourquoi telle Duchesse A conservé l'éclat de ses beaux Yeux ; Pourquoi son front, couronné de jeunesse, A soixante ans garde ses noirs cheveux ; Les médisants prétendent que la belle N'en a pas un qu'elle n'ait emprunté : C'est faux, messieurs, la chose est bien formelle, , Je les lui vends... c'est sa propriété. Cinq heures !... Rien encor !... Le désespoir me gagne !... Ah ! ma tête se perd 1... elle bat la campagne ! Quand on peut l'éviter, c'est bête de souffrir... À quoi bon vivre ainsi, lorsque, l'on peut mourir ? Serais-je le premier ?... Non pas !... Je suis artiste !... Je suis homme de tête, et j'augmente la liste De ces héros fameux, qui, battus par le sort, Ont trouvé le repos dans les bras de la mort ! Comme le grand Vatel, comme Caton d'Utique, Je veux sortir de là d'une façon tragique ! Si je n'ai pas d'épée, ou même de poison, J'ai... j'ai... Qu'est-ce que j'ai ?... Je brûle la maison! Je veux m'ensevelir sous ce vaste décombre, Et, des morts comme il faut, j'augmente ainsi le nombre ! Ah ! Mais avant de quitter cette vie, Je veux en remonter le cours ; Objets sacrés , enfants de mon génie Que votre aspect me rende mes beaux jours ! Apparaissez perruques bien aimées, Et recevez mon éternel adieu ! Oui, je le vois, toutes les destinées Roulent sur un cheveu ! Chef-d'oeuvre merveilleux, dont le propriétaire, Sans que nul s'en doutât, était quadragénaire ! Moi, qui ne suis pas beau... tenez... Crac ! me voilà ! Un lion, ni plus ni moins !... Il suffit de cela !.., Aussi ce morceau d'art, ce tissu de science, Fut-il nommé partout : la perruque Jouvence ! Qu'elle meure avec moi !... Chère perruque, adieu ! Tu serviras, du moins, pour allumer le feu ! Celle-ci, d'un poltron, fît très longtemps un brave... Palsambleu ! ventrebleu ! Corbleu ! L'affaire est grave ! Vous m'en rendrez raison !... Au sabre ! Au pistolet !... À l'épée ! Au poignard !... À tout ce qui vous plaît !... Cet homme était l'effroi de tous ses adversaires : À le voir, on eût cru, quand grondaient ses colères, Qu'il les eût avalés... tant il est vrai, messieurs, Que souvent la valeur n'est que dans les cheveux ! Sous ce gazon trompeur, bien plus d'un se pavane, Aussi, l'ai-je nommé : le Bouclier du crâne. Qu'il serve à me brûler dans le bûcher commun ; C'est la première fois qu'il détruira quelqu'un. Ô noble magistrat, dont voici la perruque, Toi, dont pendant dix ans, j'accommodai la nuque, Que dirais-tu, grand homme, en voyant ma douleur ? Quel tissu !... quel crêpé !... quelle noble vigueur... Dans ce fier coup de peigne !... ah !... Messieurs et mesdames Non !... pas vous !... car je dois les oublier... les femmes ! Messieurs, ce magistrat fut mon seul protecteur... Il m'aima comme un fils, ma parole d'honneur ! Président à Mortier... ville de la Corrèze... De plus, homme d'esprit, rempli d'érudition, Savant, très grand savant, messieurs, par parenthèse, Il était, vous voyez, juge d'instruction. Il vous parlait latin, grec et citait l'histoire A propos d'un chignon, ou d'un bandeau de fleurs. Des Romains, disait-il, périrait la mémoire, Sans l'immortel Titus qui vit : grâce aux coiffeurs. Voilà ce qu'il disait ; il me semble l'entendre... Sa démarche était grave, et, cette gravité Avait je ne sais quoi de gracieux, de tendre, Qui semblait un reflet de son aménité. « Mes enfants, disait-il à nos jeunes fillettes, Profitez du printemps, profitez des beaux jours ; Ne repoussez pas trop ceux qui content fleurettes : Fleurette, croyez-moi, ne fleurit pas toujours ! Jadis, ainsi que vous, dans la saison première, L'amour fit des bouquets avec vos grand' mamans, Tout cela s'est fané, regardez en arrière, Les frais bouquets d'alors ont tous des cheveux blancs ! Pourtant, les cheveux blancs, respectez-les, fillettes,. Car, c'est un diadème !... » Et, là-dessus, messieurs, Le gracieux vieillard disait la chansonnette Que je chante souvent, non sans verser des pleurs ! Les cheveux blancs, c'est la couronne Que Dieu pose au front du vieillard ; C'est l'auréole qui rayonne Et fait incliner tout regard ; C'est la paix après la conquête, La neige après les feux brûlants ; C'est le calme après la tempête... N'a pas qui veut des cheveux blancs ! Les cheveux blancs, c'est mon vieux père Tombé, jadis, au champ d'honneur ! C'est le front si pur de ma mère , Que la mort frappa sur mon coeur. Ces souvenirs que je caresse, Sont le vrai trésor des enfants I Tous les cheveux de la jeunesse Ne valent pas ces cheveux blancs ! C'est ainsi qu'il chantait. Un jour, c'était sa fête, En mangeant du brochet, il mourut étranglé !... Et, par un jeu du sort, ce magistrat zélé Qui rendit tant d'arrêts... ne put rendre une arêt e! Respect à celui-là !... si je lui dis adieu Que l'amitié, du moins, le préserve du feu ! Que ne l'ai-je suivi !... pourquoi rester sur terre ? Encor, si le rival que l'ingrate préfère Était un Adonis, je comprendrais cela ! Mais, un vil perruquier !... Un merlan !... Paméla !... Que ne le disais-tu ?... J'aurais pris sa tournure, Son port, son ton ton, sa taille et sa sotte figure ! J'ai là les cheveux roux d'un bobèche en plein vent. Et je puis, sans effort, imiter ton amant. Figurez-vous, Messieurs, un crétin tout difforme, Bossu, borgne, bancal, avec un ventre énorme. Supposez-moi le ventre (il manque en ce moment.) Voici de Paméla le gracieux amant !.... Quasimodo second, les bras faisant la meule Et les jambes la scie !... Ayant le brûle-gueule Et la chique parfois !... Et la prise toujours ! Tel est, sexe enchanteur, l'objet de tes amours ! Bouffi d'ambition, cherchant un nom... quand même, Il voulut s'illustrer par quelque stratagème : Alors, il inventa l'huile de lénitif... C'est de l'huile d'olive avec un peu de suif. Mais, mon homme échoua !... Dans ce temps-là, moi-même, J'avais trouvé le mot d'un immense problème ; Il s'agissait, messieurs, par des moyens adroits, De semer les cheveux comme on sème les pois... C'était, grâce à l'emploi d'un nouveau cosmétique Où je faisais passer un courant magnétique : Le front le moins garni se meublait tout à coup... J'obtenais des cheveux, je crois, sur un genou ! Il ne me manquait plus que de trouver... la graine... Quand j'allais être, enfin, payé de tant de peine, Ce niaffe !... Pardonnez, messieurs l'expresion, Elle rend assez bien mon indignation ! Ce gredin !... Si l'on veut... s'empara de l'idée, Et, bientôt, sur les murs, je la vis, placardée. Le fruit de mon génie, un secret merveilleux ! Et qui n'est pas, je crois, tiré par les cheveux !... Fallait-il un toupet !... pour défendre ma cause, Je pris un avocat, dont on connaît la prose Et chez qui la parole est poussée un peu mieux Que sur son front, jamais, n'ont poussé les cheveux. Tenez, voilà son chef, c'est moi qui le cultive... Et, comme c'est nature !... on dirait la chair vive !... Quel crâne !... mais, aussi, quelle langue, grands Dieux !... Voici son adversaire : il a plus de cheveux, Mais, chez lui, la parole a pris un sens inverse : Il parle lentement... à la partie adverse, Il cite, à tous propos, le digeste romain, Et, jusques à bonjour, il dit tout en latin.
Changeant de perruque.
avec un peu de lenteur
Fourni
Messieurs du tribunal, en prenant la parole, J'ai dessein de combattre un affreux-monopole Qui tend à s'emparer du commerce français, . Et qui fait le sujet de ce honteux procès : De quâ re agitur ?... Quid vult notre adversaire ? Il veut, ipso facto, que l'on le considère Comme le seul auteur... unicus inventor, D'un procédé que nul n'a découvert encor. Contra calvitiam, il prétend qu'il s'exerce ?... Eh bien ! voyez le chef de l'avocat adverse, Et puis, voyez le mien !... et dites qui des deux A trouvé le secret de semer les cheveux... Ce seul mot doit suffire à prouver l'artifice, Et mon client, dès lors, s'en rapporte à justice : Sicus intrinsecus capilo regitur !... Voilà pourquoi, Messieurs, notre procès est sûr !
Il retrousse ses manches.
Tirant sa perruque et s'asseyant.
avec énergie et volubilité
Chauve
Messieurs du tribunal, mon éloquent confrère, Profond jurisconsulte, et savant adversaire, , Est un âne, entre nous, qui, dans chaque procès. Se dédommage, en grec, d'être un sot en français. Ah ! Vous calomniez mon client, cher confrère ! Savez-vous bien, Monsieur, quel est votre adversaire ? Savez-vous ce qu'il est, ce qu'il fait, ce qu'il vaut, Et tout ce qu'il contient dans son large cerveau ? Il termine un travail : grande nomenclature, Où les peuples anciens figurent en atlas, Et prouve que les Grecs doivent à leur coiffure, Les victoires de Sparte et de Léonidas !... La critique, après tout, n'a rien qui l'inquiète, Il saura du sujet atteindre la hauteur... Car, enfin, son travail est un travail de tête, Aussi bien que celui du plus savant auteur, Il n'a rien découvert, dites-vous ?... C'est possible ! Mais, vous ne nierez point qu'il eût pu découvrir ! Votre client prétend que son droit est visible... Le nôtre pourrait l'être, et je vais l'établir. Lorsque Vitellius, ce chef plein de vaillance, À la mort de Galba prit le commandement, Rome ne consultant que sa reconnaissance...
Remettant sa perruque et se levant.
Le Président
Avocat, permettez...
Ôtant sa perruque et s'asseyant.
Chauve
Monsieur le Président, J'ai le droit de plaider !... du moins je le suppose ?...
Il remet sa perruque et se lève.
Le Président
Oui, mais en vous bornant aux seuls faits de la cause.
Il s'assied.
Il se lève et ôte la perruque et la robe.
Air
Au public.
Il prépare un fourneau.
Il place ses perruques sur le réchaud.
Allant aux portes.
Allant à la fenêtre.
Prenant une chaise et la plaçant devant le réchaud.
Il la prend à droite et s'assied.
Se levant.
S'asseyant.
Allumant une chimique.
Il va pour mettre le feu au charbon. On frappe.
Chauve
Je reste dans la cause et dans la question ! C'est la cour qui s'oppose à là discussion ! Je prends acte, messieurs, que je ne suis plus libre, Et que l'on a détruit, entre nous, l'équilibre ! Je proteste, messieurs, déclarant, s'il le faut, Qu'avocat et client, nous faisons tous défaut ! Là-dessus, mon farceur, se drapant dans sa robe, Termine son discours d'une façon commode, S'assied tranquillement, tout fier de son succès, Et gagne cinq cents francs... en perdant mon procès. Voilà pourquoi Paméla m'abandonne, Pour un sauteur sans génie et sans coeur ! Moi qui pour elle aurais conquis un trône, Et tout osé sans la moindre frayeur ! Pour t'adorer, femme que j'idolâtre, J'aurais bravé le destin menaçant Pour te servir, je me mettrais en quatre !... Que dis-je ?... Hélas ! Je me mettrais en sang ! Vous riez de cela ?... Moi, je suis loin d'en rire !... Contre moi, vous voyez, tout, ici bas conspire !... Oui ! Je n'ai qu'à mourir, devant son abandon ! Je veux m'asphyxier !... il me faut du charbon ! Du charbon... en voici :... Perruques bién aimées, Sur qui j'avais bâti toutes mes renommées. Vous, qui, pendant dix ans, soutîntes mon essor, Perruques, avec vous, je rentre dans la mort ! Le sort en est jeté !... comme Sardanapale, Je meurs sur ce bûcher d'une façon royale !... Mais, comme lui, je veux que mes femmes, hélas ! Une seule !... une seule !... et je ne la vois pas !... Voyons, tout est bien prêt ?... Les portes sont fermées. Les fenêtres aussi !... Les braises préparées... Une allumette ! Allons !... J'ai bien l'honneur... Adieu ! Une !... Deux !... Trois ! Voilà !... C'est fini !... Joue !.., et feu !... Qu'est-ce ? Que me veut-on ?
Un Valet
Ouvrez !
* Le Chauve, le valet.
Il enlève le réchaud, le pose à droite, puis il ouvre. - Le valet entre, portant une tête à perruque coiffée et sur un pied.*
Le Coiffeur
Il est étrange. Qu'on ne puisse mourir, sans que l'on vous dérange ! Mais, pourtant, si c'était... quel consolant espoir ! Je l'aime donc encore !... Ah ! Tant pis!... Voyons voir ! Que me demandez-vous ?
Un Valet
Monsieur, c'est une tête...
Au valet.
Le Coiffeur
Sa tête !... C'est la sienne !... Un moyen abrégé De me signifier qu'on me donne congé ! Eh bien ! Que fais-tu là ?
Un Valet
Pour le commissionnaire ?
Le valet sort en riant.
Il la dépouille.
Il la frappe. Soufflets, coups de poing. La tète s'ouvre ; un bouquet sort de la tête, une lettre tombe.
Il ouvre la lettre et lit.
S'arrêtant.
Il lit.
S'arrêtant.
Lisant.
Il regarde la tête.
Air du commencement.
Au public.
Le Coiffeur
Et sa tête à la main, demande son salaire ! Ah ! Tiens voilà deux sous, c'est plus que ça ne vaut Message et messager, dix centimes !... C'est trop ! Et je l'avais parée ainsi qu'une madone, J'avais, de ses cheveux, contourné la couronne, Dans ses tresses de soie, ainsi que dans mon coeur, J'avais crêpé l'espoir sous la forme de fleur ! Ah ! Tu fus sans pitié ! Je le serai moi-même ! Oui ! Je t'en donnerai des peignes-diadème, Des fleurs et des rubans, du Ruolz, des bijoux !... Tiens, cette fois, la paille est rompue entre nous !... Ah ! Je suis enchanté de l'avoir dépouillée !... Tu n'as plus rien à moi ! Ma vue est dessillée !... Et, pour mieux divorcer entre nous, à jamais, Tiens, voilà comme, enfin, je traite tes attraits ! Qu'est-ce que c'est que ça... des roses !... une lettre !... Mécanisme d'amour que nul ne peut connaître, Ô fortune !... voici ma gloire de coiffeur ! Et je te nommerai : la perruque facteur ! Et toi qui l'inventas, ô toi, femme adorée ! Ma noble Paméla !... Ma haine est abjurée! Ton époux, tu l'as dit : je le serai bientôt !... Ah ! je vole !... le temps de mettre un paletot ! Mon bonheur est complet, je vis ! je ressuscite ! Charbon ! Je te méprise !... et vous, si je vous quitte, Perruques ! Je reviens !... Dans mon joyeux séjour, Je vous loge avec elle !... Elle et tout son amour ! Le bel appartement dans lequel j'emménage, C'est son coeur qui remplit tout le premier étage ; La tenture en est fraîche et... je le crois tout neuf !... Et je signe, ce soir, mon bail de trois, six, neuf ! Je suis coiffeur, et je me pique ; De m'être fait un beau renom ! Dans ce laboratoire unique, Nul n'entre sans courber le front ! Sous les ciseaux, sceptre de ma puissance, Petits et grands s'inclinent tous les jours/.. Faites comme eux, en cette circonstance, Et revenez me refriser toujours ! Ô toi que j'aime D'amour extrême, Public charmant, Si bienveillant ! Que ta clémence, Pour récompense, Daigne accorder un encouragement ! Je suis coiffeur et je me pique, etc... « Cher ange!... » Cher ange, c'est bien moi ! « Par le concierge qui a été chercher du charbon, j'apprends, à l'instant, méchant, vos vilaines idées de suicide... Avez-vous pu penser que je préférerais un horrible perruquier à un artiste tel que toi ?... » Tel que toi !... Elle me tutoie !... « J'ai inventé un nouveau moyen de correspondance secrète, ces quelques lignes sorties de ma tête... » « Sont dictées par mon coeur !... Pardonne cette épreuve à celle qui est prête â se dire pour toujours, par devant monsieur le maire, ta petite femme! » « PAMÉLA CHABOULARD. »