Comédie · 1683

L’avocat savetier

de Claude Rose Rosimond

Représentation
≈ 41 min
Distribution
1 femme, 7 hommes
Répliques
291
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Rosandre H 67 ≈ 11 min 8
Bagolin H 76 ≈ 10 min 8
Le Docteur H 29 ≈ 7 min 4
Pancrace H 65 ≈ 7 min 7
Lisimène F 31 ≈ 3 min 6
Un Sergent H 10 ≈ 1 min 4
Le Cousin H 6 ≈ 1 min 3
Plusieurs Recors H 7 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Rosandre absentabsentabsentabsentabsent
Bagolin absentabsentabsentabsentabsent
Le Docteur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pancrace absentabsentabsentabsentabsentabsent
Lisimène absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Sergent absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Cousin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Plusieurs Recors absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Rosandre, Pancrace

Rosandre

Ah ! Mon très cher ami, je vous trouve à propos, Seriez-vous en humeur d'écouter quatre mots ?

Pancrace

Cher ami, depuis quand Monsieur je vous supplie, Je ne vous vis jamais que je crois de ma vie.

Rosandre

Encore que jamais je ne vous vis aussi, Je crois, vous faire honneur de vous traiter ainsi ; Pancrace est votre nom je pense ?

Pancrace

Oui Monsieur sous ce nom, l'on me connais en France.

Rosandre

J'étais prêt d'envoyer un de mes gens chez vous, Mais vous trouvant ici...

Pancrace

Je n'étais pas chez nous.

Rosandre

La cause entre nous deux, n'est que fort peu de chose, Il faut tout maintenant que je vous la propose, Un laquais comme moi vous en eu fait savant.

Pancrace

Votre laquais, ou vous Monsieur passons avant.

Rosandre

Je suis né gentilhomme, et d'un vieillard fort riche, J'héritai force bien, donc je ne fus pas chiche, Car aimant la débauche, et la femme, et le jeu Tout ce grand bien laissé, se dissipa dans peu. La femme commença de désenfler ma bourse, Et le vin, et le jeu m'ont laissé sans ressource, Et tous les trois, enfin, m'ont mis dans un état, Que je suis à présent presque aussi gueux qu'un rat. Il est vrai, que le sort combattant ma misère, M'a donné des vertus, capable de vous plaire ; Je suis mutin en diable, et me bat comme deux. Je joue incessamment, et je sais tous les jeux ; Et comme au temps passé le jeu beaucoup me coûte, Pour m'en récompenser maintenant je filoute.

Pancrace

Fort bien.

Rosandre

Toutes les nuits, en batteur de pavé, À tirer des manteaux on m'a souvent trouvé, Au reste, pour trinquer, je ne connais personne Qui dedans l'incamot plus galamment s'en donna. Il est fort peu de jour qu'on ne me trouve saoul, Et comme un bon drillot, j'avale ainsi qu'un trou. Alors, suivant le feu qui me monte en cervelle, Je me dis, de quelqu'un, ou je cherche querelle, Ou prenant du tabac, je fume à qui plus plus.

Pancrace

Finissez le récit, de toutes vos vertus.

Rosandre

Dès hier, on me dit que dans votre famille,. Vous aviez seulement, une fort belle fille, A l'âge que je crois, d'une vingtaine d'ans, À qui vous donneriez bien trente mille francs.

Pancrace

Il est vrai.

Rosandre

Ce grand bien, m'a fait naître dans l'âme, Le désir a peu près, de la prendre pour femme ; Afin que son argent peut satisfaire aux frais, Qu'en débauché garçon incessamment je fais.

Pancrace

Ce n'est donc que son bien qui vous fait entreprendre De l'avoir en vos mains, d'être à peu près mon gendre ?

Rosandre

Rien autre. Et sans cela, votre fille, ni vous, N'eussiez put rencontrer un si parfait époux. Aussi, pour seconder l'honneur qu'on vous veut faire J'ai déjà su pourvoir tout au plus nécessaire, J'envoyai mon laquais hier, de grand matin, Prier tous mes parents de venir au festin, Même, un tailleur et moi, fûmes dans des boutiques Pour lever des habits qui seront magnifiques. Ayant dit au marchant, pour avoir de l'argent, Qu'on s'en alla chez vous ; suis-je pas obligeant ?

Pancrace

Est-ce tout ?

Rosandre

Au regard de ce qu'à vous m'amène.

Pancrace

Ce n'est pas encore tout, Monsieur, prenez la peine De rendre à vos marchands les draps, et les habits. Desquels vous prétendiez avoir de beaux habits. Et pour le prompt effet de ce beau mariage, Vous pouvez faire dire à votre parentage, Qu'à leur dépens chez eux, il peuvent bien manger, Mais, qu'il ne vienne point chez moi pour y gruger. J'ai juré, pour finir en jureur passé maître, De ne prendre jamais qu'un grand homme de lettres Docteur en médecine, ou bien docteur en droit, Il ne m'importe pas, pourvu que docte il soit. Et pour vous dont mon bien a su chatouiller l'âme Vous pouvez autre part vous pourvoir d'une femme.

Rosandre

Comment ?

Pancrace

Pour mon beau fils nous sommes résolus, De n'en prendre jamais s'y remplis de vertus, Qui joue incessamment, qui pétune filoute Pour rattraper l'argent que le joueur lui coûte Et qui sous tous le jour renie en charretier À moins que quereller lui servent de métier.

Rosandre

Me refuser pour gendre, est-ce que je m'abuse ?

Pancrace

Je ne le pense pas puisque je vous refuse, Et si vous le disant, cela ne vous suffit, Je suis prêt de le mettre encore par écrit. Serviteur cher ami...

Scène 2

Rosandre, Bagolin

On lève un petit rideau, Bagolin paraît dans sa boutique, chante, et veut apprendre à siffler à son oiseau.

Rosandre

Jamais tour agréable Pour se bien divertir, au mien ne fut semblable, Ce bon homme me croit un fameux débauché, Et Rosandre pourtant, est là dessous caché. Rosandre, à qui lui-même a promis Lisimène, Et qui pour l'épouser ici la lettre amène, Mais j'aperçois venir l'homme dont j'ai besoin Il faut à me servir, qu'il applique son soin. Et que l'embarrassant d'une attente frivole, Dans cette Comédie, y joue un plaisant rôle.

Bagolin

Quoi ? Maudit animal, tu ne siffleras pas ? Ou je me trompe fort, ou bien tu siffleras.

Rosandre

Je suis de Bagolin l'ami très véritable.

Bagolin

Je pense que tu veux que je te donne au diable ?

Rosandre

Pourrait-on point l'ami, quelque temps vous parler ?

Bagolin

Tu ne veux pas siffler ? Je vais pour toi siffler.

Rosandre

Mon très cher Bagolin, un petit mot de grâce.

Bagolin

Mon bon Monsieur Rosandre, ha ! Que je vous embrasse Comment vous portez-vous, depuis que dans Paris, J'étais orfèvre en cuir devant votre logis ? Depuis quand en ce lieu ? Et comment va le père, Qui vous amène ici ?

Rosandre

Une importante affaire ; Mets cette affaire à part, je te veux marier, Et te faire quitter ton pénible métier. Tu sais que dès longtemps je fus ton plus intime, Et c'est pour t'enrichir le sujet qui m'anime.

Bagolin

Qui moi me marier ? Vous vous moquez ma foi ; Je ne saurais gagner de quoi me nourrir moi, Et je pourrais prétendre, à nourrir une femme ?

Rosandre

Que ce soin important, n'alarme point ton âme. Cette illustre famille, où je veux t'allier, Ne permettra jamais, que tu sois savetier.

Bagolin

En disant Savetier, dites par révérence, C'est un métier d'honneur, et des plus grands de France.

Rosandre

La fille dont je parle a trente mille francs, Elle est belle, elle est riche, et n'a rien que vingt ans, Vois, si ce grand parti, te pourrait satisfaire ?

Bagolin

Oui trente mille francs, ferait bien mon affaire ; J'aurais de quoi goinfrer sans jamais travailler. Mais la fille me choque, à vous en bien parler, Comme je suis d'humeur, à n'avoir point famille, Qu'on me donne l'argent, et qu'on garde la fille.

Rosandre

Quoi dont dix mille écus, pour devenir l'époux ? De...

Bagolin

Et bien ! De parbleu Monsieur marions nous. Aussi bien m'a-t-on dit, pour garder ma boutique, Que j'avais grand besoin, d'un diable domestique. Mais comment en ceci, doit agir Bagolin ?

Rosandre

Par fortune, dis-moi, sais-tu parler Latin ?

Bagolin

Ho qu'oui, le matin, ou le soir, ne m'importe, Je jase comme une drôle, et de la bonne sorte.

Rosandre

Je dis Latin stupide, et non matin ?

Bagolin

Tout doux, Quoi pour se marier il faut avoir des coups ? Je renonce au Latin, ainsi qu'au cocuage.

Rosandre

He ! Que dis tu ?

Bagolin

Doucement, je dis du mariage, Mais pourquoi ce Latin ?

Rosandre

Pancrace m'a fait voir, Qu'il voulait pour son gendre, un homme de savoir.

Bagolin

Et pour homme d'esprit, vous voulez me commettre Moi, qui ne sut jamais, ce que c'est qu'une lettre ? Ah ! Prenez pour cela, quelqu'autre qu'un pied plat.

Rosandre

Je prétends t'ériger pourtant en avocat, Et te donner du bien, ainsi que de la gloire, Pourvu que ce Latin, entre dans ta mémoire.

Bagolin

Comment dit ce Latin ? Commençons par un bout.

Rosandre

Ça, dit donc,.

Bagolin

Après.

Rosandre

.

Bagolin

Est-ce tout ?

Rosandre

Oui.

Bagolin

Mais en français cela que veux-t-il dire ?

Rosandre

Que je suis avocat.

Bagolin

Vous me faites bien rire, Si vous êtes Docteur, allez vous marier, Vit-on jamais au monde Avocat Savetier ?

Rosandre

Mais c'est toi qui sera le gendre de Pancrace, Et trente mille francs.

Bagolin

Et bien, je prends la place, Et me résous enfin, pour les dix mille écus, Me dire trente fois, je suis,. Mais après ses trois mots, si quelqu'un m'interroge. Vous répondrez, ou bien, je fais Jacques d'éloge.

Rosandre

Pancrace est ignorant, et ce seul mot bien dit, Te fait passer d'abord pour un homme d'esprit, Mais il te faut marcher sur un ton gravissime, Et devant lui, parler en homme doctissime, Citer avec en face, et Jason, et Cujas, Auteurs, que ce vieillard, je crois, ne connaît pas.

Bagolin

Ma foi ni toi non plus.

Rosandre

Je vais trouver Pancrace, Reviens dans un moment, en cette même place, Nous y serons ensemble.

Bagolin

Avant de s'en aller, Dites pour ce Latin, comme il faut s'habiller.

Rosandre

Te mettre proprement, sous une robe noire.

Bagolin

Bon, j'ai su tout d'un coup me mettre en la mémoire, Certain habit que j'ai, du dernier carnaval. Qui pour me déguiser, ne servira pas mal, Adieu, je vais le mettre, et je reviens.

Scène 3

Rosandre, Pancrace

Rosandre

Courage, Bagolin, a ravi, jouera son personnage, Hola.

Pancrace

He bien ! Monsieur ? Que voulez vous de moi ?

Rosandre

Je viens vous retrouver.

Pancrace

Peut-on savoir pourquoi ?

Rosandre

J'ai pour vous une estime, et haute, et fort sincère, Je vous trouve brave homme, et vous honore en père, Et père, quoi qu'en recherchant de m'allier à vous, L'on ait vu vos mépris, allez jusqu'au courroux, Je sais qu'avec raison, mon attente est trompée, Puisque vous n'êtes pas, pour un homme d'épée. Vous aimez la soutane, et je viens vous revoir Pour savoir si mon frère arrive d'hier au soir, Pourrait avoir l'honneur d'épouser votre fille ?

Pancrace

Quel est ce frère ?

Rosandre

Un homme en qui le savoir brille, Plus docte qu'Aristote, et qui dedans Paris A fait taire cent fois, les plus rares esprits Au restes fort bien fait galant de sa personne. D'une humeur enjouée, et qui semble bouffonne.

Pancrace

Tant mieux.

Rosandre

Et plus que tout, c'est que deux mil écus De ses biens tous les ans, font les beaux revenus.

Pancrace

Tant mieux encore.

Rosandre

En arrivant, il me fit presque entendre, Le désir qu'il avait de se voir votre gendre. Ayant su dans Paris quel homme vous étiez, Et par le bruit commun, ce que vous méritiez.

Pancrace

Ah ! Je serais ravi, qu'il entre en ma famille. Et je vais sans tarder en parler à ma fille. Lisimène ?

Scène 4

Lisimène, Pancrace, Rosandre, Bagolin

Lisimène

Papa, Papa que me désirez-vous ?

Pancrace

Je veux dés aujourd'hui, vous donner une époux. Mais un époux illustre, et de qui la Doctrine Fait cacher Aristote, et fait endormir Pline. Fort riche ; n'est ce pas ?

Rosandre

Oui, Monsieur.

Pancrace

Et bien fait, C'est un homme en un mot, digne d'être en portrait. Voilà Monsieur son frère, et bientôt ce beau gendre.

Lisimène

Vous ne songez donc pas, que promis à Rosandre. Qui vient pour m'épouser...

Pancrace

Rosandre est un badin, Qui s'amuse à dormir je crois par le chemin , Quand y devrait conclure une affaire importante ; En un mot, je prétends qu'en fille obéissante, Vous épousiez, Monsieur... Comment le nomme-t-on ?

Rosandre

Entre les gens d'esprit, le Docteur Barabon, Mais pour vous saluer vers vous y s'achemine.

Pancrace

Que cet homme est savant, et qu'il a bonne mine.

Bagolin

Est-ce là, le beau-père, où je dois m'allier ?

Rosandre

Et sa fille avec lui, cache l'établier. Que tu ne sois connu, et surtout prend bien garde À ce que tu diras.

Bagolin

Le barbon me regarde.

Rosandre

Laisse le regarder, et porte bien ton bois.

Bagolin

Dois-je parler d'abord ou Latin, ou François ?

Rosandre

Il faut en premier lieu, suivant la bienséance, Lui lever le chapeau, faire la révérence, Puis dire ton Latin.

Bagolin

Il ne m'en souvient plus.

Rosandre

.

Bagolin

Après ?

Rosandre

.

Bagolin

Je m'en vais l'aborder, et de la bonne sorte, Je suis Advocatus, ou le diable m'en porte.

Pancrace

Il m'ôte mon chapeau, Monsieur est-ce qu'il rit ?

Rosandre

C'est la mode à présent entre les gens d'esprit.

Pancrace

Cette mode à mon sens, me semble ridicule ; Mais n'importe, écoutons son docte préambule.

Rosandre

Veux-tu me faire ici recevoir un affront, Songe à ce que tu fais, Gar...

Bagolin

. Non pas Advocatus des quinze à la douzaine, Puisque des plus savant, je suis le capitaine ; Mais des Advocatus, vénérable patron, Dont on ne voit jamais que dix au carteron. Connaissez vous Platon, ce grand homme de Genève !

Pancrace

Non.

Bagolin

Et Sénèque ?

Pancrace

Encore moins.

Bagolin

S'ils étaient sur la terre Avant qu'il fut deux jours, au seul bruit de mon nom, On ne trouverait plus Sénèque, ni Caton, Car ils s'iraient cacher dans le pot au vinaigre.

Pancrace

Que Monsieur votre frère est un docteur allègre, Il parle comme un livre, et rit incessamment.

Rosandre

Ne vous ai-je pas dit, qu'il raillait doctement.

Pancrace

Vous avez fait, Monsieur, tous vos degrés ?

Bagolin

Sans doute, Je saurai l'autre jour, notre montée toute, Sans un degré de manque, étant saoul de muscat.

Pancrace

Et depuis quand Monsieur êtes vous avocat ?

Lisimène

Peut-on le demander sans paraître incivil.

Bagolin

Depuis que ce jeune homme arrivant dans la ville, Pour avoir votre fille et vos dix mille écus. M'apprit à décliner, je suis.

Rosandre

Il est vrai, qu'aussitôt que je le vis paraître , Sachant que vous vouliez un grand homme de lettres, Je dis qu'un avocat y parut aujourd'hui, Et que ce bel objet pouvait être pour lui.

Pancrace

Fort bien. Et son humeur me paraît agréable.

Bagolin

Au reste sachant tout, la science m'accable, J'ai quatre onces du moins, de l'hébreu le plus fin. J'ai plein quatre chapeaux de Grec, et de Latin. Je sais presque par coeur l'Histoire véritable, Des quatre fils Aymons, et de Robert le diable. Quand le Ciel est couvert de son plus noir manteau, Je devine s'il pleut ; que nous aurons de l'eau Dedans le mois d'août, je sais fort bien comprendre, Qui fait beaucoup plus chaud, qu'en celui de décembre. Et sitôt que la grêle à gâté le raisin, Je dis assurément, nous aurons peu de vin. Pour les procès je pense, y savoir quelque chose. Et sitôt qu'un plaideur ayant perdu sa cause, Paraît comme enragé, je dis au même instant, Que son esprit troublé, n'est pas des plus contents. Et comme Savetier, nous avons connaissance, Que le bon cuir d'Auvergne, est le meilleur de France. Et quand il vous faudra rajuster vos souliers, Vous verrez si l'on voit de meilleurs savetiers.

Pancrace

Se moque-t-il de nous ? Quoi la Savetterie ? L'occupe quelquefois ?

Rosandre

Ce n'est que raillerie, En vous parlant de lui, ne vous ai-je pas dit Qu'il montre à tous moments, le feu de son esprit.

Pancrace

Combien de mille écus possédez-vous de rente !

Rosandre

Deux mille pour le moins, sans le bien d'une tante, Qui....

Bagolin

Qui, moi, deux mille écus, malpeste du fol, Jamais d'argent comptant je ne me vis deux sols.

Rosandre

Vous ne comprenez pas ou tendent ses paroles, Il n'eut jamais deux sols, mais bien force pistoles.

Pancrace

Or ça, Monsieur mon gendre, ou Monsieur l'Avocat, Pour votre mariage, il faut faire un contrat, Et sans que de vos biens autrement je m'informe, Faisons le si vous plaît, qui soit en bonne forme.

Bagolin

Celle-ci que je crois, sera bonne pour vous, Elle vient de Paris.

Pancrace

Se moque-t-il de nous ; Une forme est-ce que par gageure...

Rosandre

C'est que mon frère est propre, et surtout en chaussure, Et craignant en ce lieu qu'on le trouva mal mis, Il a fait apporter sa forme de Paris.

Pancrace

Mais il est à propos touchant ce mariage, De savoir si ma fille aura quelque avantage ? Vous savez que la dot...

Bagolin

Que vous êtes badin, Ma femme après ma mort aura mon Saint-Crespin.

Pancrace

Qu'est-ce qu'un Saint-Crespin ?

Rosandre

Que votre espoir s'y fonde , Il entend tout le bien, qu'il a dedans le monde.

Bagolin

Mais aussi, je prétends que les dix mille écus, Viendront dans le gousset du sieur.

Pancrace

Nous l'entendons ainsi, ça vite Lisimène De déchausser le gant, il faut prendre la peine.

Lisimène

Rosandre, mon papa...

Pancrace

Vous résistez en vain, Rosandre est un badot, ça monsieur votre main. Pour se donner la foi, c'est le premier article.

Lisimène

Papa, qu'est-ce la foi ?

Bagolin

C'est une manicle, Pour tirer le ligneuil, de crainte que la poix, Ne s'attache à la main.

Rosandre

Oui, c'est que l'autre fois. En n'écrivant un mot avec tranche plume, Il se fit une plaie d'un assez grand volume, Dont le chirurgien, l'a su persuader, De porter cette peau, pour la consolider.

Pancrace

Vite, touché, palette, allons mon future gendre.

Lisimène

J'obéis à mon père, et la donne à Rosandre.

Bagolin

Bon, me voila déjà marié d'une main.

Pancrace

Les noces, si vous plaît ; se feront dès demain. Le plutôt vaut le mieux, en cas de mariage.

Bagolin

Je vais faire chez vous porter tout mon bagage.

Pancrace

Fort bien. Mais voulez-vous qu'avec vos laquais, J'envoie une charrette ou quelque portefaix ?

Bagolin

Vous vous moquez de moi, j'ai l'échine assez large Pour pouvoir supporter une plus lourde charge, Adieu, je reviendrai plutôt que l'on ne croit, Mon frère cependant faite l'amour pour moi.

Pancrace

Son humeur qui me charme, est sans doute agréable. Et je crois qu'à railler elle est incomparable, Attendant son retour, pour ne perdre le temps. Je vais de ce beau choix avertir mes parents, Ma fille entretenez cet aimable beau frère.

Scène 5

Lisimène, Rosandre

Lisimène

Hé bien, que dites vous de l'humeur de mon père ?

Rosandre

Elle est assez facile, à ne vous rien celer, Et pour le voir duper on n'a rien qu'à parler, Cependant, Lisimène à Rosandre promise, Par lui même à mon père, augmente ma surprise, Quoi m'écrire à Paris, de venir promptement Joindre le nom d'époux, aux ardeurs, d'un amant, Et vous voir à mes yeux destiné pour un autre.

Lisimène

La faute, ou je me trompe, est entièrement vôtre, Vous vouliez le jouer, mais Rosandre avouée, Que souvent les plus fins en jouant sont joués.

Rosandre

Mais, depuis quatre jours qu'auprès de vos appas, On me voit de retour ?

Lisimène

Il ne vous connaît pas. Et qui plus est encor, vous m'avez fait paraître, Que ce n'est pas par moi, qu'il vous devait connaître, Je n'ai rien dit, ainsi vous devez aujourd'hui, Vous plaindre de Rosandre, et point du tout de lui.

Rosandre

Mais puis-je m'assurer que Lisimène m'aime ?

Lisimène

Sans doute, et beaucoup plus qu'elle ne fait soi-même, Ne doutez donc de rien, et calmez ce couroux ? Croyez qu'absolument Lisimène est à vous.

Rosandre

Jamais son changement n'entrât dans ma pensée, Mais allons achever la fourbe commencée, Et voir si l'avocat emportera le prix, Je vais trouver Pancrace.

Lisimène

Et moi j'entre au logis.

Scène 6

Bagolin, Lisimène

Bagolin

Quand un homme prend femme, et qu'il entre en ménage, On m'a dit qu'il y doit porter tout son bagage, Aussi je veux savoir en portant tout le mien, Si notre chère épouse a pour moi tout le sien ! Hola ho ?

Lisimène

Quoi vous-même vous prenez cette peine.

Bagolin

Je la prends aujourd'hui charmante Lisimène. Mais entrant dès demain, en ménage nouveau, Vous m'aiderez je pense à porter le fardeau. Ça prêtez moi la main, pour décharger ma caisse.

Lisimène

Un avocat bon Dieu, crocheteur.

Bagolin

He bien ! qu'est-ce ? Si l'on voit large dos à Monsieur votre époux, Il en est plus robuste, et c'est tamieux pour vous. Quand il faudra pour vous exercer son échine, L'avocat gagnera de quoi boire chopine.

Lisimène

Pouvons nous visiter les hardes que voilà, Voir vos coffres ici ?

Bagolin

Oui dà, mettez-vous là.

Lisimène

Quelle guenille au Ciel !

Bagolin

C'est mon habit de noce. Voyez-vous le pourpoint, il revient bien aux chausses, Je le mets le dimanche avec ce grand chapeau.

Lisimène

Vous êtes lors bien mis, car l'équipage est beau.

Bagolin

Voilà mon Saint-Crespin, et mon linge.

Lisimène

Il me semble, Que le linge et l'habit reviennent bien ensemble.

Bagolin

Il est sale, il est vrai, mais vous devez savoir, Que tant plus je le porte, et plus il devient noir.

Lisimène

Qu'est cela ?

Bagolin

D'un cocu le plumage Il est bon d'en avoir quand on entre en ménage. On s'en sert quelquefois pour manche de couteaux. Pourrai-je quelque jour être de ses oiseaux, Dites ?

Lisimène

Cela se peut, et l'homme le plus sage...

Bagolin

Je vous en fait présent, au nom de mariage.

Lisimène

Ah ! Gardez-les pour vous, pour moi, je n'en veux point.

Bagolin

Et vous m'en fournirez quand j'en aurai besoin, Prenez.

Lisimène

Encore un coup je n'en veux point des vôtres.

Bagolin

Et prenez celle-ci, vous en donnerai d'autres. Mais que vois-je...

Lisimène

Mon père, et mon cousin aussi.

Bagolin

J'entre dans le logis, et je reviens ici.

Scène 7

Le Cousin, Pancrace, Le Docteur, Bagolin, Rosandre, Lisimène

Le Cousin

C'est bien précipiter un pareil mariage.

Pancrace

Il le faut, quand on trouve un si grand avantage. Un avocat bien fait, richissime et savant.

Le Docteur

La plus belle apparence est trompeuse souvent Dit Sénèque, et souvent par une fausse amorce, On trouve un méchant bois, sous une belle écorce. Est-il fort docte ?

Pancrace

Autant que feu Nostradamus.

Le Docteur

. Oui, le profond, savoir est un rare avantage, Il nous honore, et rien n'est comparable au sage, Sitôt que j'aurai vu ce gendre prétendu, Qui peut porter le nom de rare individu, Un bon interrogat, nous apprendra peut-être, S'y dans le droit civil, il sera passé maître.

Pancrace

Le voici, dites-moi qu'est-ce que son esprit.

Le Docteur

On en peut pas juger n'ayant encore rien dit. Je vais l'interroger.

Le Cousin

Il a mauvaise mine.

Le Docteur

C'est un dont ennoré sans doute à la Doctrine. Ami du Sieur Pancrace, et docteur dans les lois, Je prends part au bonheur qui suit un si beau choix. Mais comme les savants semblent avoir en bute D'égayer leurs esprits toujours dans la dispute, Souffrez qu'à ce brillant qui me met à qui a, Je puis se demander?

Bagolin

Que dit-il ?

Rosandre

En Latin qu'es-ce que la Justice.

Bagolin

Je suis, Cela dit.

Le Docteur

Répondez

Bagolin

On y va. Mais toi-même réponds,.

Le Docteur

, . C'est une volonté pour les biens importante, Qu'on voit perpétuel et qu'on nomme Constante, À rendre à tout chacun ce qui leur appartient.

Bagolin

D'accord, car je soutiens ce que Monsieur soutient.

Le Docteur

Le grand Justinien, cet empereur Illustre, Qui fit voir la Justice en son plus digne lustre, Surpris, de voir régner tant de docteurs divers, Qui tous traitaient des Lois à droit, et à travers, De tant d'écrits confus, faisant un noir mélange, Qui plongeait la Justice en un abîme étrange, Ramassant promptement de ces divers esprits, Les plus pures sentiments, et les plus beaux écrits, Il en forma les lois que notre siècle honore, Et qui jusqu'à présent porte son nom encore.

Bagolin

Que vous raisonnez bien, que vous avez d'esprit.

Le Docteur

Depuis que ce grand homme, eût fait ce que j'ai dit, On n'a vu dans l'instant s'installer dans le monde. Tant de livres de droit, que le siècle en abonde.

Bagolin

Des Lièvres ? Il est vrai, on en voit bien parfois, Et des lapins aussi.

Le Docteur

Latin, Grec, et François. Or, parmi ses docteurs dont les sciences brillent, On met au premier rang Balde, Lesquiquoquille, Bertolle, Déclapier, Théophile, Jason, Ennacurse, Alciat, Hypolite, et Papon ? Tribonien, Merna, Fulgosse, Dorathée, Rocheflaven, Menard, Odofret, Abudée, Macrobe, Imbert, Fabert, Lolive, Carondars, Louet, Dinno, Marcil, et l'Illustre Cujas. Bref, de pareils savants une longue Illiade, Qui tous, pour s'élever dans le suprême grade, Et remplir de leur noms, leur fameux tribunaux, Enfoncent, et leurs têtes, et leurs nez doctoraux, Dans les digestes, lois, paragraphe, rubriques, Decretales, versets, chapitres au tantiques. Dans les Codes Flamiens, Codes Théodosiens, Codes Argemoniens, Grégoriens, Papiniens, Dans les titres Canon, Institution, Gloses, Et mille autres erreur, dedans le droit enclose, Qui vont embarrassant quand on veut l'embrasser, Des Cerveaux, qu'avec peine on peut débarrasser.

Pancrace

Je ne comprends rien là, du moins qui me remembre, Tandis, qu'ils finiront, je vais jusqu'à ma chambre.

Le Docteur

De ses savants aux lois, que l'on nomme Docteurs, Les uns sont chicanants, chicanez, chicaneurs , Plaidants, et consultants, glosateurs, formulaire, Qui rapporteur d'arrêts, qui désessonaires, Les uns praticiens, d'autres instituteurs , Interprète du Droit, et qui solliciteurs.

Le Cousin

Que d'un pareil discours la longueur m'assassine, J'entre dans le logis, et reviens ma cousine.

Le Docteur

Un parfait avocat doit savoir tout cela, Et pour se rendre Illustre aller jusqu'au delà, N'ignorer ce que c'est, que ces fins, Piramtoire même, et, Qu'est-ce que nullités, qu'est-ce qu'originaux, Promesses et contrats, achats, lettre royaux, publiques, Écritures publiques, épreuves, et requêtes, Copies, testaments, mariages, enquêtes, L«s Les contestations, révisions, arrêts , Représentations, productions, extraits , Qu'est-ce que conclusions au parquet, ordonnances, Les avis, aux conseils, sentences, Et requêtes au palais, opposants, prétendants, Saques, et piesse enfin, demandants, défendants, Parties jointes, et de plus tous ces noms innombrables Qu'au Palais tous les jours vont forgeant nos semblables.

Lisimène

Je m'ennuie beaucoup.

Rosandre

Peut-on pas s'en aller ?

Lisimène

Suivez-moi dont aussi, car je vous veux parler.

Bagolin

Tout le jour faudra-t-il que j'ai la bouche close ? Et quand diable Monsieur dirai-je quelque chose ?

Le Docteur

Je n'ai plus qu'à parler deux heures seulement, Et puis, vous me pouvez répondre congrument. Or donc justiniant, de nos illustres plumes, Dans Rome, ayant trouvé, deux cent mille volumes, Composé du depuis Justin, à Romulus.

Bagolin

La langue me démange enfin, je n'en puis plus.

Le Docteur

Pour laisser aux mortels, sa mémoire immortelle...

Bagolin

Je veux parler te dis-je, ou nous aurons querelles.

Le Docteur

Et que tout l'avenir profitas de ces soins.

Bagolin

Il va dans un moment, pleuvoir des coups de poings.

Le Docteur

Ayant formé ces lois que je viens de vous dire Dès lors... Mais Domine vous voulez je crois rire ?

Bagolin

Quoi je ne dirai mot ?

Le Docteur

Je dois être entendu, Car.... vous êtes un sot,, Écoute, et saches que Cujas... à l'échine, L'on va dans un instant voir battre la Doctrine.

Bagolin

Voilà pour commencer.

Le Docteur

Ah ! Suivons mon courroux, C'est par trop en souffrir, il faut donner des coups, Ah ! J'ai le nez cassé, mais allons qu'on se venge, Un homme tel que moi, sais bien donner le change, Te voilà que je crois, assommé comme un chien, Tu n'as rien qu'a courir, chez le chirurgien, Afin que promptement il te mette une emplâtre. Et songe une autre fois alors qu'on veut se battre, C'est... Mais il ne remue, et même ne dit mot ? De se laisser mourir serait-il assez sot. Voyons et confirmons à mon âme alarmée ? Je pense que son corps est réduit en fumée ? D'un homme fort palpable, on ne trouve plus rien. Il n'en faut plus douter, c'est un magicien. Ne perdons point de temps, faisons venir Pancrace, Et lui montrons l'époux, qu'il veut mettre en sa race. Hola vite.

Pancrace

Bonjour, avez-vous achevé ?

Le Docteur

Ah ! Que je suis heureux de vous avoir trouvé, Laissez-moi prendre haleine.

Bagolin

Ha, que la farce est drôle, Mettons nous dans la robe, et finissons le rôle.

Pancrace

Venez-vous me donner quelques avis importants ?

Le Docteur

Je viens vous raconter un cas exorbitant, L'avocat...

Pancrace

He bien quoi.

Le Docteur

N'avait rien que l'externe, Étant dans l'intérieur ignorant subalterne, Outre qu'il est sans doute un insigne sorcier.

Pancrace

Et de plus m'a-t-on dit un méchant savetier, Qui voulait m'attraper ; mais je le ferai pendre, Ne voulant ni le sorcier, ni savetier pour gendre.

Le Cousin

Je le connais fort bien, son nom est Bagolin.

Le Docteur

Sachez qu'en nous frottant, c'est homme diablotin, De me voir, le plus fort prévoyant sa disgrâce, N'a laissé dans mes mains, qu'une robe en sa place... Mais il est de retour, saisissons-nous de lui.

Pancrace

Ha pendard, je te tiens, ou du moins ton étui, Allons il faut dans peu venir à la Justice, Et dedans un bon feu, recevoir ton supplice.

Bagolin

Quoi, pour être avocat, il faut être grillé, Ha, l'on verra bientôt l'avocat dépouillé, Je veux être pendu, en cas qu'on m'y rattrape.

Pancrace

Tenez le bien tous deux, de crainte qu'il n'échappe Je m'en vais appeler le sergent du quartier, Hola.

Scène 8

Un Sergent, Pancrace, Le Docteur

Un Sergent

Que voulez-vous ?

Pancrace

Nous avons un sorcier Qui faut mettre en prison, sans tarder davantage. Tenez bien.

Le Docteur

N'ayez peur.

Un Sergent

Voyons le personnage ; Ah galant ! Je te tiens, c'est de la part du Roi, Allons y faut marcher, vous moquez-vous de moi, Pourquoi mettre en prison cette jaquette noire ?

Le Docteur

Il est plus fin que nous, autre tour de grimoire.

Pancrace

Monsieur, nous nous étions de son corps emparé, Mais comme il est sorcier y s'est évaporé.

Un Sergent

Il faut courir après, mais si l'on vous l'amène...

Pancrace

Et vous, et vos records, chacun aura sa peine, Votre argent est tout prêt, s'y peut-être arrêté, Mais sans perdre de temps courons de ce côté.

Scène 1

Bagolin

Bagolin

Je n'ai jamais mieux fait, voyant cette séquelle, Que d'avoir sans rien dire enfilé la venelle , J'étais pris pour un sot, et sous mon habit noir , Dans une basse-fosse on me fut venu voir, Et l'on eut fait chanter, dans cette belle cage, À l'avocat bibus, un diable de ramage, Que l'Avocasserce, est un méchant métier, Il plus dangereux que d'être savetier. Reprenons donc sans bruit la manicle, et la forme, Et pour être avocat qu'on m'attende sous l'orme, J'en avais pour mon conte, et si je n'eus drillé, Le pauvre Bagolin allait être étrillé.

Scène 10

Le Cousin, Un Sergent, Bagolin

Le Cousin

Voilà notre galant, niché dans sa boutique, Songez en le prenant, qu'il entend l'art magique, Que pour être invisible il n'a qu'à le vouloir.

Un Sergent

Sorcier en nos mains, n'a plus aucun pouvoir. C'est de la part du Roi...

Bagolin

He bien, quoi !

Un Sergent

Que je vous commande. De venir en prison.

Bagolin

À vous, à votre bande, Je commande à mon tour, que sans plus retarder, Vous n'ayez en ce lieu rien à me commander. À moins que vous voulez que la savatterie, Sans aille faire un tour, sur votre friperie.

Scène 11

Pancrace, Bagolin, Plusieurs Recors, Le Docteur, Un Sergent

Pancrace

Voilà notre avocat, notre illustre enchanteur, Vite, vite, Sergent saisissez l'imposteur.

Bagolin

Ah ! Vieux fol édenté tu veux donc qu'on m'arrête, Ce coup est pour ton conte.

Plusieurs Recors

Ah ! L'épaule !

Le Docteur

Ah ! La tête !

Pancrace

Saisissez le, Recors.

Un Sergent

Il nous est échappé, Courons après enfants, et qu'il soit attrapé.

Scène 12

Lisimène, Rosandre

Lisimène

Oui Rosandre, il est temps de faire voir Rosandre, C'est trop jouer mon père, et c'est trop l'entreprendre, L'honneur... mais quel grand bruit provient jusques ici ?

Rosandre

Ce sera Bagolin qui fuyant... le voici.

Scène 10

Plusieurs Recors, Un Sergent, Lisimène, Le Docteur, Bagolin, Pancrace, Le Cousin, Rosandre

Plusieurs Recors

Arrête, arrête.

Un Sergent

Vite, que l'on le prenne, Il m'a tant fait courir, que j'en suis hors d'haleine.

Plusieurs Recors

Qu'on le prenne au collet, il doit être en ces lieux, Il s'est évanoui tout d'un coup à nos yeux, C'est un franc enchanteur, j'y gagerais ma tête, Visitons bien partout, il faut... arrête, arrête.

Lisimène

La pièce est admirable, et pour n'en rire pas, Il faudrait aux plaisirs ne trouver nul appas.

Plusieurs Recors

Au sorcier, au sorcier.

Lisimène

La prise est infaillible,

Plusieurs Recors

L'avez vous ?

Un Sergent

Et deux fois qui se rend invisible ; Nous le tenions au dos quand il a disparu.

Le Docteur

Souvent le lièvre est pris, quand il a bien couru, Visitons bien partout....

Bagolin

Gagnons au pied, et vite.

Le Docteur

Nous tenons le renard, il est pris dans le gîte.

Pancrace

L'Enchanteur est-il pris, et malgré son pouvoir...

Un Sergent

Il est dans cette caisse, et vous le pouvez voir.

Pancrace

Il faut qu'à mon plaisir maintenant je le daube.

Le Docteur

Il s'est évanoui, comme il fait de la robe. Mais Chut ne dites mot, j'aperçois son secret. Et le pendard est pris si plus y si remet ; Il ne nous fera plus une troisième pièce, Nous n'avons dans ce lieu qu'a remettre la caisse, Et s'il y rentre, encore, il faudra l'investir, C'est un diable, s'il a le pouvoir d'en sortir.

Le Cousin

Bon, bon, que dites-vous ? Une autre adresse presse, Sitôt...

Bagolin

Bonjour, bonjour.

Plusieurs Recors

Arrête, arrête.

Lisimène

Bagolin comme il faut, égaye ses esprits, Ce trait qui les surprend, m'a dans l'abord surpris.

Rosandre

Oui, je trouve à mon sens l'invention jolie Elle serait plaisante en une comédie ; Mais encore une fois les voici de retour.

Plusieurs Recors

Au sorcier, au sorcier.

Le Docteur

Mettez-vous à l'entour, Il vous a dit bonsoir, donnez lui le bonjour. ..........................

Pancrace

Ah ! Sorcier mon ami, ta magie étant vaine, De m'avoir fait courir, tu payeras la peine, Il faut dans un cachot, le faire dégoiser.

Lisimène

Non mon père, il est temps de vous désabuser, Ce homme est innocent, mais puisqu'il faut tout dire, Tout et qu'il s'est passé, ne s'est fait que pour rire.

Pancrace

Bagolin ?

Bagolin

Bagolin, bien loin d'être sorcier, N'a jamais eu l'esprit que d'être Savetier.

Lisimène

Mon père connaissez....

Pancrace

Qui ma fille ?

Lisimène

Rosandre.

Rosandre

Qui prétend à l'honneur, de se voir votre gendre ; La lettre fait foi, de ce que je vous dis : Je suis pour ce sujet arrivé de Paris, J'ai failli vous jouant, mais pour ravoir ma grâce.

Pancrace

Rosandre mon enfant, ah ! Que je vous embrasse, Lisimène est à vous, puisque je l'ai promis, Je ne pouvais trouver un plus aimable fils.

Rosandre

C'est le meilleur effet de ma bonne fortune.

Un Sergent

Monsieur...

Pancrace

Je vous entends, voilà de la pécune, Pour vous le cher ami, vous serez du festin.

Le Docteur

Le Philosophe dit, que quand un bon dessein...

Bagolin

Et le pauvre avocat n'aura rien pour sa peine ?

Rosandre

Bagolin, dix louis, seront pour ton étrenne.

Bagolin

Fort bien.

Pancrace

Rentrons, et dès demain sans perdre plus de temps, Rendons par cette hymen, tous vos désirs contents.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.