Scène Premiére
Le Capitan
Le Capitan
Ce siècle est si fertile en animaux connus, On voit tant de coquettes, on voit tant de cocus, Qu'il faut qu'autant hymen je me précautionne, Pour jouer à jeu sûr avec une mignonne. Je ne veux point enfin couver les oeufs d'autrui, Quelque fol se fierait aux femmes d'aujourd'hui, Quand un pauvre mari, s'arrête à leurs caresses Elles lui font passer pour vertu leurs souplesses, En leur tâtant le col, les chatouillant un peu, Comme Jason faisait, les taureaux jette[nt] feu ; Elle le rendent doux, remplis de complaisance, Tandis que l'os frontal fleurit en abondance, Tandis que l'on cajole, et qu'on dit le bon mot, Et que le mari passe à peu près pour un sot, On croit avoir un fils fait durant le nuit brune ; Que quelqu'autre aura fait au beau clair de lune. Je veux pour n'être point en danger de cela, Ma précautionner ; mais voyons qui va là.
Scène 2
Le Capitan, Le Docteur
Le Capitan
Docteur vous me voyez dans une grave peine, Je veux me marier, et mon âme incertaine, Craint fort la cocuage.
Le Docteur
Et bien cerveau léger, Ne vas pas sur la mer si tu crains le danger.
Le Capitan
Ainsi vous voyez bien...
Le Docteur
Oui, tu ferais naufrage, Si tu cinglais dessus la mer du mariage.
Le Capitan
C'est pourquoi je m'en vais faire en homme prudent, Afin de prévenir ce fâcheux accident.
Le Docteur
Accident est ce qui peut être ou n'être pas en son sujet, sans aucunement le détruire ni corrompre, ni par sa présence, ni par son absence, il se pourrait bien dire en français, advenant ; car c'est ce qui advient aux substances sans être de leur essence, et est de deux sortes, l'un séparable de son sujet, comme la crainte, le froid et le chaud d'un corps, la blancheur d'une muraille ; l'autre séparable, comme la blancheur du cygne et de la neige, la noirceur d'un corbeau ou d'un éthiopien, la cicatrice d'une plaie fermée. Il y a d'une autre sorte d'accidents, comme qui vous donnerait du bout du gros orteil dans l'orifice du ponant et vous fracasserait l'or sacron, une décharge sur les omoplates, une autre sur les clavicules, une apostrophe sur la moitié de la face, ce sont sortes d'accidents.
Le Capitan
Enfin je suis ravi, Docteur, de l'abondance De votre bel esprit et de votre science.
Le Docteur
La science est, ou universelle, ou singulière ; l'une est appelée actuelle, l'autre habituelle, l'actuelle est celle qui est acquise par une seule démonstration habituelle ; est celle qui est composée d'une grand nombre de sciences actuelles, tendantes à même sujet ; ainsi qu'une habituelle résulte de plusieurs et fréquentes actions ? La science étant une certaine et infaillible connaissance, elle ne peut être singulières ; lesquelles coulant et roulant toujours par une vicissitude incertaine et immuable, et en leur être et en leurs accidents, ne peuvent fonder aucune science assurée, pour l'entière et parfaite intelligence, il faut savoir que la science est la connaissance de quelque chose par sa cause, non par les causes, d'autant qu'il y peut échoir plusieurs causes d'un même effet, comme l'efficiente, la matière, la forme, et la fin. Il y a la science naturelle, par laquelle il est aisé de voir et de connaître, que je suis un homme, et que vous êtes un âne, il y a la négromancie, par laquelle je devine que vous serez du naturelle des chevreaux, que les cornes vous croîtrons de bonne heure.
Le Capitan
Quand je serai mari, pour amortir sa flamme, Qui se hasardera de cajoler ma femme ; Depuis Hector, Achille, et le grand Annibal, Depuis Jason, Ajax, a-t-on rien vu d'égal ? Depuis César, Hercule, Alexandre et Pompée, A-t-on rien vu que moi d'égal à leurs épées ; Mais donnez donc quelque ordre à vos raisonnements, Pour moi, je n'entends rien à tous vos documents, Aux coquets trop fringants je donne des entraves, Je suis un duelliste, un avaleur de braves.
Le Docteur
Or d'autant que pour bien distinguer les choses, t les bine rapporter chacune à sa catégorie et prédicamMent, il importe de connaître si leurs noms sont anonymes, synonymes ou paronymes, suivant la méthode d'Aristote, même avant d'entrer aux catégories, nous interpréterons ces trois mots là, et jetterons quelque règle fondamentale, concernant l'intelligence des catégories de synonymes, les uns sont homonymants, les autre ssont homonymés, l'homonyme, homonymant, les autres homoniés, l'homonyme, homoninant est le mot ou le mot commun, égalemet à plusieurs choses, comme chien, ca il convient, non seulement à un animal terrestre et domestique, mais aussi à un poisson et à un astre, les synonymes synonymants, sont les mêmes choses signifiées par cet[te)] homonymie, homoninant, par exemple, souhaiter, convoiter, désirer, vouloir, sont synonymes synonymés, enfin homonymes homonymés, homoninants, synonymes, synonymés, synonymants, paronymes, paronymés, paronymants, veulent dire faire entendre, faire connaître, interpréter, concevoir, exprimer plusieurs choses.
Le Capitan
Mais après tout cela, dis, que définis-tu ?
Le Docteur
Enfin je définis que tu seras cocu.
Le Capitan
Les dames de ce temps sont donc d'étranges dames.
Le Docteur
Cela n'adviendra pas par le défaut des femmes ; Cela t'arrivera par un noir ascendant, D'un astre dont ton sort fut toujours dépendant Par une inspection qu'as sur ta face morne, Le bélier, la croissant, avec le capricorne, Des esprits féminins le mieux m'originé Se corrompt avec un esprit prédestiné ; C'est le sort du mari, non celui de la femme, Qui fait naître chez eux une illicite flamme, Et bien souvent on voit un homme encore garçon Être un sot, et par là, vous l'êtes tout de bon ; Enfin un honnête homme est toujours honnêtes homme, Un sot est toujours sot, c'est ainsi qu'on vous nomme. Sa femme ne fait rien, qu'elle soit sage ou non, L'un ni l'autre jamais ne peut perdre son nom.
Le Capitan
Ce discours ambigu ne me contente guère.
Le Docteur
Oui l'on peut être sot du ventre de la mère.
Le Capitan
Toutefois en usant de ma précaution...
Le Docteur
Toutefois, tu suivras le destin d'Actéon.
Le Capitan
C'en est trop, Docteur d'Arcadie, Ton discours me met en furie, Et dans la Mésopotamie, [Ou] bien dans l'Éthiopie, Dans le Japon ou dans l'Indie, [De] peur que ta langue hardie, [Par] moi ne soit anéantie, Va-t-en dans l'Anadalousie, [Ou] bien du côté d'Arabie, Et, pour mieux dire, en ta partie, Que l'on appelle la Betinie, [Et] bien, sot Docteur, je te prie, Va-t'en au Diable en diablerie.
Le Docteur
Si je me mets sur ta carcasse, Satyre, cornu, fils de bagasse, D'un coup de pied dans la culasse, [Te] fera faire la grimace, D'un constipé sur ta terrasse, D'un qui sur le bassin trépasse, D'un malsain prenant de la casse, Et sur ta tête et sur ta race, Tant de coups rendront ta voix lasse, [Et] t'enfonceront la cuirasse, Que tu ne quitteras la place.
Le Capitan
Docteur, soyons amis.
Le Docteur
Ô ! Le vaillant soldat.
Scène 3
Le Capitan, Le Docteur, Lucinde
Le Capitan
Ma maîtresse paraît, regarde que d'éclat Depuis fort peu de temps j'ai quitté ma maîtresse À cet objet tout seul j'adresse mes caresses, Parce que j'ai connu sa pudeur et sa foi, Et qu'elle m'aime enfin, et n'aimera que vous.
Le Docteur
Ce cas est fort douteux.
Le Capitan
Beauté, l'honneur des dames Quand prendrez vous le temps de soulager mes flammes.
Lucinde
Je vous ai mille fois assuré que mon coeur N'aime que vous, et n'a que vous pour son vainqueur ; Mais te prends tant de soin pour me conserver pure, Qu'un simple mot d'amour me tient lieu d'une injure, Je suis fort sage enfin, je le dis, croyez-moi, Mon honneur m'entretient, il me donne la loi, En vérité l'honneur est une belle chose, On a beau soupirer pour mes lys, pour ma rose, Quand mes yeux auraient mis le feu dans l'univers, Ma pudeur ne verrait jamais mes sens pervers ; Mais quelle douleur me prend, à l'aide, à l'ide, à l'aide, Ne puis-je ici trouver ni secours ni remède, Laissez-moi, s'il vous plaît, un cruel mal au coeur Me tourmente beaucoup, ah ! Dieu quelle douleur.
Le Capitan
Elle est toute modeste, est est fort solitaire.
Le Docteur
Mais dans ce petit coin, qu'est ce qu'elle peut faire.
Le Capitan
Elle est allée enfin prier avec chaleur Les Dieux de lui vouloir conserver son honneur : Ah ! Que je serai bine avecque cette belle ! Heureux, heureux mari.
Lucinde
À l'aide ?
Le Capitan
Que veut-elle ? Je n'oserais entrer, n'importe il faut mourir.
Le Docteur
Qu'il est vaillant.
Il prend un enfant dans un berceau.
Le Capitan
Docteur, allons la secourir Hélas ! Je la croyais aussi chaste que belle.
Le Docteur
Elle a fait un poupon cette beauté fidèle, Heureux, heureux mari ! Et bine pauvre cerveau, Tu t'allais empêtrer de la vache et du veau.
Le Capitan
Que je suis malheureux !
Le Docteur
La chose est apparente, Que tu dois recueillir les fruit d'une autre plante.
Le Capitan
Cependant prenons soin de ce petit poupon, Il nous le faut dedans cette maison, Sans ma précaution n'étais-je pas frelore, Ah ! que je me veux bien précautionner encore ; Docteur, cet autre objet qui vient au petit pas, Ma voudrait engager avecque ses appas, Elle use pour cela de haute Rhétorique ; Mais elle est encore trop fine pour a boutique.
Le Docteur
Enfin, mon pauvre ami, le panache t'attend, Comme le grand Seigneur, tu porteras croissant.
Scène 4
Philis, Le Capitan, Le Docteur
Philis
Et bien cher Capitan, votre âme est-elle encore, Dans ce doute que le jaloux dévore ?
Le Capitan
J'y suis et j'y serai tant que j'aurai des yeux, Et tant que je verrai des fourbes sous les cieux ; Docteur si celle-ci pouvait être capable, De ne me point fourber, que je la trouve aimable ! Tâcher de la connaître.
Le Docteur
Il faut donc la sonder, Sans cela je ne puis rien du tout décider.
Le Capitan
Vous êtes si savant avec votre doctrine, Vous pouvez bien savoir à quoi la belle incline.
Le Docteur
Il faut donc que je jette un oeil de Galien, Pour cela, dans son dispotaire féminin.
Philis
Hé bien cher Capitan, ou plutôt mon Pirame, Quand pour votre Thisbé, serez vous tout de flamme.
Le Capitan
Je vous aimerais bien, mais votre esprit coquet, Me fait craindre de vous quelque fatal effet ; Car vous en savez trop, oui, vous êtes trop fine, Et ce n'est plus pour vous à présent que j'incline ; Je veux me marier, mais je veux épouser Une innocente, afin de la mieux maîtriser.
Philis
C'est pour me divertir que je vous dis que j'aime, Je me ris.
Le Capitan
De qui donc ?
Philis
Capitan, de vous-même ; Mais je vous veux donner nue bonne leçon, Vous voulez épouser une sotte, un oison, Une beauté stupide, une pauvre ignorante, Pour n'être point trompé, mais pour qu'elle soit constante, Que c'est un animal méchant et dangereux Qu'une femme ignorante, et qu'il est vicieux, Une beauté subtile, une gentille femme, En trompant son mari, saura cacher sa flamme ; Mais la niaise enfin, en l'actheonilant, N'aura pas au besoin l'esprit assez présent, Ne saura pas non plus en faisant la colère, Sortir bien à propos d'une méchante affaire, Et souvent Capitan une sotte fera, Son pauvre homme cocu, et l'en avertira.
Le Docteur
Ho ho ! Vous en savez de la bonne manière, Je vous estime fort, ô femme singulière.
Philis
Enfin j'en sais un peu, j'ai l'esprit clairvoyant, Fort subtil et profond et beaucoup pénétrant.
Le Docteur
Je le vois bien, ne que case ne que cocles, Cet homme est generis communis.
Le Capitan
Dites, si j'épousais de ces beautés bigottes, Qui ruminent toujours qui sans cesse marmottent, Elle serait honnête, elle n'aurait pour but, Que le soin de songer à faire son salut.
Philis
Non, non, une bigotte en ce siècle où nous sommes, Tromperait Dieu, les Saints, avecque tous les hommes, Ce n'est point mon fait, ne vous y fiez pas, Car vous vous jetteriez dans quelqu'autre embarras.
Le Capitan
Ainsi je ne sais plus de quel ôté me rendre.
Philis
Je vous conseille.
Le Capitan
Et quoi donc ?
Philis
De vous aller prendre.
Le Docteur
Voilà bien conseiller.
Le Capitan
Ô ! discours superflus, J'aimerais encor mieux être au rang des cocus, J'en ai grand peur pourtant, et si je me marie, Je n'en échapperai nullement sur ma vie.
Philis
Ne vous mariez point, on dit que tu ne dois, Lorsque tu crains le feuille d'aller dans les bois.
Le Docteur
Ma foi, vous me charmez, votre beauté me pique, Si je pouvais entrer dans votre République, Et payant bine le droit que payent les bourgeois, Comme étranger je m'y naturaliserais.
Philis
Bien, bien ; dans un moment nous parlerons d'affaire.
Le Docteur
Pour votre dépositaire je quitte ma grand-mère, Quoi qu'il arrive enfin je vivrai sous vos lois, Vos yeux seront mes Dieux, mes Soleils et mes Rois ; Capitan, si ma flamme avec elle est trompée, Pour le moins je mourrai d'une fort belle épée.
Scène 5
Cloris, Le Capitan, Le Docteur, Philis
Cloris
Jadis le Capitan m'adressait tout ses voeux.
Le Capitan
La voici la beauté qui me doit rendre heureux ; Docteur elle n'a point ni d'esprit ni de ruse, Elle est comme il me faut, c'est une bonne buse ; Je vous laisse Philis. Voulez-vous m'épouser.
Cloris
Et qu'est-ce qu'épouser.
Le Docteur
Et c'est s'humaniser.
Philis
Quelle niaise ! Ô Dieux !
Le Capitan
Cette pauvre novice, Sans esprit ne peut pas inventer de malice : Allons nous marier.
Cloris
Mais étant mon époux ; Dites-moi, s'il vous plaît, que demanderez-vous.
Le Docteur
Il vous demandera de faire bonne mine, Et puis d'attendre au lit l'influence bénigne, Qui donne de la joie et chatouille les sens, Et qui fait pulluler les animaux parlants.
Cloris
Allons donc je le veux ; allons je suis en âge, Et je puis aisément franchir de doux passage.
Philis
Allons, mon cher Docteur, et sans perdre de temps Vous m'apprendrez le Code et le Droit des gens.
Scène 6
Léandre, Trapolin
Léandre
Ce climat est fort doux, les dames en sont belles.
Trapolin
Et pour moi je sais bien de meilleures nouvelles.
Léandre
Que sais-tu !
Trapolin
Qu'on y voit de fort bons Cabarets, Où nous pourrions aller nous rendre le teint frais.
Léandre
Ah ! Que j'ai vu passer une dame jolie.
Trapolin
Et moi je viens de voir...
Léandre
Quoi donc ?
Trapolin
L'hôtellerie.
Léandre
Que j'aimerais à voir un oeil friand à beau.
Trapolin
Que j'aimerais à voir une longue de veau.
Léandre
Que j'aime un sein de lys !
Trapolin
Que j'aime une mignonne, Quand son ventre est rempli d'excellent vin de Beaune.
Léandre
Que je suis amoureux du sexe féminin.
Trapolin
Que je suis amoureux du repas et du vin !
Léandre
Lorsque je vois des dents blanches comme des perles, Quand je vois des cheveux aussi noirs que des merles, Quand j'en vois de cendrés, de châtains, et de blonds, Sortants sur un sein blanc bouclés à gros bouillons, Une taille bien faite, une hanche fournie, Et pourtant déchargée ; ah mon âme est ravie ! Lorsque je vois des pieds bien faits et bien tournés, Des yeux bien animés, bien émerillonnés, Une démarche grave, une façon galante, Alors mon coeur s'engage à chercher une amante ; C'est dans ce grand amas de charmes innocents, Que je me laisse aller au pouvoir de mes sens.
Trapolin
Et pour moi, quand je vois cette beauté divine, Qui charme et rit toujours, qu'on appelle cuisine ; Quand j'y vois un potage avec un gros chapon, Des poulets, des pigeons, avec un gros dindon, Un ragoût bien friand ; une table charmante, C'est où mon coeur s'engage à chercher une amante, C'est dans ce grand amas de charmes innocents, Que je me laisse aller au pouvoir de mes sens.
Léandre
Tu m'interromps toujours avecque ta cuisine.
Trapolin
Enfin, vive l'amour, Monsieur, pourvu qu'on dîne.
Léandre
Allons viens faire un tour pour chercher l'appétit.
Trapolin
Le mien est tout trouvé, ah que j'ai de dépit.
Scène 7
Le Capitan
Le Capitan
Enfin, je suis mari, et mari d'importance, Avec ma femme enfin, je suis en assurance, Car elle ne sait pas ce que c'est de pécher ; Mais afin que pas un ne la puisse approcher, Tandis que je m'en vais à ma grange hors la ville, J'ai mis dessus son dos la cuirasse d'Achille, Et le divin armet de mon cousin Hector, Et puis dedans sa main la pertuisane encor ; Je lui donne un bon pli les dernières journées, Afin d'en profiter la reste des années ; Mais la voici qui vient, ainsi l'homme de coeur Prend soin de conserver sa gloire et son honneur.
Scène 8
Cloris
Cloris
Demeurez en ce lieu le temps de mon voyage, Voilà de mon pays la loi du mariage, Elle porte qu'ainsi l'on assure l'honneur, Pour nous faire éviter un amant suborneur.
Scène 9
Cloris, Léandre, Trapolin
Cloris
À ce que je puis voir c'est un sot avantage Que d'être en ce pays dedans le mariage.
Léandre
Ah Dieux ! Que de beauté, que d'attraits, que d'appas, Trapolin approchons, je crois que c'est Pallas ; Allons la saluer, ah ! C'est un déesse.
Trapolin
Ah, je crois bien plutôt que c'est une diablesse : Ma foi j'en ai grand peur.
Léandre
Vas donc.
Trapolin
Allez-y vous.
Léandre
Je veux...
Trapolin
Je ne veux pas.
Léandre
Redoute mon courroux.
Trapolin
Mais il faut pourtant voir de près sa contenance.
Cloris
Au diable la figure, avec son influence.
Léandre
Beauté l'étonnement des hommes et des Dieux, N'était-ce pas assez des armes de vos yeux ? Pourquoi vous mettez-vous en ce fier équipage, Votre visage doux aime-t-il le carnage.
Cloris
Monsieur, vous étonnant de l'état où je suis, Ignorez-vous les lois de ce fâcheux pays ? Les femmes de ces lieux sont en cet équipage, Pour garder leur honneur dedans le mariage.
Léandre
Vraiment dans ce pays on fait de rudes lois Dans le nôtre on agit d'un air bine plus courtois. Ah si vous le saviez !...
Cloris
Je brûle de l'entendre.
Ils sortent.
Léandre
Venez avecque moi, je pourrai vous l'apprendre.
Trapolin
La Donne est susceptible, elle le fuit ma foi ; Voilà Pallas par terre, amour lui fait le loi.
Scène 10
Philis, Le Docteur
Philis
Docteur, nous voilà bien.
Le Docteur
Tour à fait bien, ma belle. Nous sommes mariés, soyez-moi bine fidèle.
Philis
Voyez cette innocence, elle fuit un galant.
Le Docteur
Je l'avais bien prévu. La pauvre Capitan !
Scène 11
Le Capitan, Le Docteur, Philis
Le Capitan
Je n'ai su demeurer longtemps à la campagne ; Et je reviens trouver ma gentille compagne, De sa simplicité je dois tout espérer.
Le Docteur
Capitan, nous verrons qui s'en pourra parer.
Philis
Mon mari n'aura point pour moi martel en tête ; Car je sais ménager la petite conquête.
Le Capitan
Si je savais quelqu'un qui se put figurer De cajoler ma femme et me déshonorer, Il serait hors d'état de faire des caresses ; Car je déchirerais son corps en mille pièces.
Philis
Ceux qui parlent beaucoup n'ont jamais grand effet.
Le Capitan
Par la mort, je ferais...
Scène 12
Léandre, Philis, Le Capitan, Trapolin, Cloris, Le Docteur
Léandre
Adieu divin objet, Que je baise vos mains.
Philis
Capitan, faites rage.
Le Capitan
La prudence sied bine avec le courage.
Philis
Quoi ! Vous souffrez ainsi cet ouvrage à vos yeux.
Le Capitan
Je fais ce que je puis pour être furieux.
Encore un coup.
Léandre
Adieu divin objet, ma reine.
Trapolin
Adieu belle Pallas.
Léandre revient et de regarde fièrement.
Le Capitan
Rage, fureur, feu, haine. Tu mourras.
Il revient encore.
Léandre
À qui donc parlez-vous ? Est-ce à moi ?
Le Capitan
Non, monsieur, non, ce n'est pas à vous.
Philis
Vraiment vous êtes brave, et brave à tout outil.
Le Capitan
Je le suis quand je veux, donnez moi patience, Je ne l'ai pas tué le traître en ce moment. Je retarde sa mort d'une heure seulement ; Mais venez la traîtresse, où sont vos armes.
Cloris
Cet étranger courtois, civil, et plein de charmes, Me les a fait quitter et m'a dit ébahi, Que l'on exerçait point ces lois en son pays ; Que les femmes avaient après le mariage, Des armes à la main qui faisaient moins d'ouvrages ; Qu'elles avaient des lois plus douces qu'en ces lieux, Aussitôt mon esprit s'est montré curieux : J'ai brûlé du désir de les pouvoir apprendre, Et lui-même a voulu me les faire comprendre.
Le Capitan
Ah ! Vous me disiez bien, qu'une sotte ferait Son pauvre homme cocu e l'en avertirait : Je vous enfermerai désormais, ignorante, Rentrez, rentrez ici, sotte, bête, innocente.
Philis
Adieu cher Capitan, adieu, consolez-vous.
Le Docteur
Allez vous en chanter avecque les coucous.
Philis
Allez dire aux maris des champs et de la ville, Que la précaution leur est choses inutile.