Comédie · 1661

L’école des cocus

de Nicolas Drouin dit Dorimond

Représentation
≈ 24 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
139
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Capitan H 40 ≈ 8 min 8
Le Docteur H 30 ≈ 8 min 7
Philis F 21 ≈ 3 min 5
Léandre H 20 ≈ 2 min 3
Cloris F 10 ≈ 2 min 4
Trapolin N 16 ≈ 2 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Le Capitan absentabsentabsentabsent
Le Docteur absentabsentabsentabsentabsent
Philis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Léandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cloris absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Trapolin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène Premiére

Le Capitan

Le Capitan

Ce siècle est si fertile en animaux connus, On voit tant de coquettes, on voit tant de cocus, Qu'il faut qu'autant hymen je me précautionne, Pour jouer à jeu sûr avec une mignonne. Je ne veux point enfin couver les oeufs d'autrui, Quelque fol se fierait aux femmes d'aujourd'hui, Quand un pauvre mari, s'arrête à leurs caresses Elles lui font passer pour vertu leurs souplesses, En leur tâtant le col, les chatouillant un peu, Comme Jason faisait, les taureaux jette[nt] feu ; Elle le rendent doux, remplis de complaisance, Tandis que l'os frontal fleurit en abondance, Tandis que l'on cajole, et qu'on dit le bon mot, Et que le mari passe à peu près pour un sot, On croit avoir un fils fait durant le nuit brune ; Que quelqu'autre aura fait au beau clair de lune. Je veux pour n'être point en danger de cela, Ma précautionner ; mais voyons qui va là.

Scène 2

Le Capitan, Le Docteur

Le Capitan

Docteur vous me voyez dans une grave peine, Je veux me marier, et mon âme incertaine, Craint fort la cocuage.

Le Docteur

Et bien cerveau léger, Ne vas pas sur la mer si tu crains le danger.

Le Capitan

Ainsi vous voyez bien...

Le Docteur

Oui, tu ferais naufrage, Si tu cinglais dessus la mer du mariage.

Le Capitan

C'est pourquoi je m'en vais faire en homme prudent, Afin de prévenir ce fâcheux accident.

Le Docteur

Accident est ce qui peut être ou n'être pas en son sujet, sans aucunement le détruire ni corrompre, ni par sa présence, ni par son absence, il se pourrait bien dire en français, advenant ; car c'est ce qui advient aux substances sans être de leur essence, et est de deux sortes, l'un séparable de son sujet, comme la crainte, le froid et le chaud d'un corps, la blancheur d'une muraille ; l'autre séparable, comme la blancheur du cygne et de la neige, la noirceur d'un corbeau ou d'un éthiopien, la cicatrice d'une plaie fermée. Il y a d'une autre sorte d'accidents, comme qui vous donnerait du bout du gros orteil dans l'orifice du ponant et vous fracasserait l'or sacron, une décharge sur les omoplates, une autre sur les clavicules, une apostrophe sur la moitié de la face, ce sont sortes d'accidents.

Le Capitan

Enfin je suis ravi, Docteur, de l'abondance De votre bel esprit et de votre science.

Le Docteur

La science est, ou universelle, ou singulière ; l'une est appelée actuelle, l'autre habituelle, l'actuelle est celle qui est acquise par une seule démonstration habituelle ; est celle qui est composée d'une grand nombre de sciences actuelles, tendantes à même sujet ; ainsi qu'une habituelle résulte de plusieurs et fréquentes actions ? La science étant une certaine et infaillible connaissance, elle ne peut être singulières ; lesquelles coulant et roulant toujours par une vicissitude incertaine et immuable, et en leur être et en leurs accidents, ne peuvent fonder aucune science assurée, pour l'entière et parfaite intelligence, il faut savoir que la science est la connaissance de quelque chose par sa cause, non par les causes, d'autant qu'il y peut échoir plusieurs causes d'un même effet, comme l'efficiente, la matière, la forme, et la fin. Il y a la science naturelle, par laquelle il est aisé de voir et de connaître, que je suis un homme, et que vous êtes un âne, il y a la négromancie, par laquelle je devine que vous serez du naturelle des chevreaux, que les cornes vous croîtrons de bonne heure.

Le Capitan

Quand je serai mari, pour amortir sa flamme, Qui se hasardera de cajoler ma femme ; Depuis Hector, Achille, et le grand Annibal, Depuis Jason, Ajax, a-t-on rien vu d'égal ? Depuis César, Hercule, Alexandre et Pompée, A-t-on rien vu que moi d'égal à leurs épées ; Mais donnez donc quelque ordre à vos raisonnements, Pour moi, je n'entends rien à tous vos documents, Aux coquets trop fringants je donne des entraves, Je suis un duelliste, un avaleur de braves.

Le Docteur

Or d'autant que pour bien distinguer les choses, t les bine rapporter chacune à sa catégorie et prédicamMent, il importe de connaître si leurs noms sont anonymes, synonymes ou paronymes, suivant la méthode d'Aristote, même avant d'entrer aux catégories, nous interpréterons ces trois mots là, et jetterons quelque règle fondamentale, concernant l'intelligence des catégories de synonymes, les uns sont homonymants, les autre ssont homonymés, l'homonyme, homonymant, les autres homoniés, l'homonyme, homoninant est le mot ou le mot commun, égalemet à plusieurs choses, comme chien, ca il convient, non seulement à un animal terrestre et domestique, mais aussi à un poisson et à un astre, les synonymes synonymants, sont les mêmes choses signifiées par cet[te)] homonymie, homoninant, par exemple, souhaiter, convoiter, désirer, vouloir, sont synonymes synonymés, enfin homonymes homonymés, homoninants, synonymes, synonymés, synonymants, paronymes, paronymés, paronymants, veulent dire faire entendre, faire connaître, interpréter, concevoir, exprimer plusieurs choses.

Le Capitan

Mais après tout cela, dis, que définis-tu ?

Le Docteur

Enfin je définis que tu seras cocu.

Le Capitan

Les dames de ce temps sont donc d'étranges dames.

Le Docteur

Cela n'adviendra pas par le défaut des femmes ; Cela t'arrivera par un noir ascendant, D'un astre dont ton sort fut toujours dépendant Par une inspection qu'as sur ta face morne, Le bélier, la croissant, avec le capricorne, Des esprits féminins le mieux m'originé Se corrompt avec un esprit prédestiné ; C'est le sort du mari, non celui de la femme, Qui fait naître chez eux une illicite flamme, Et bien souvent on voit un homme encore garçon Être un sot, et par là, vous l'êtes tout de bon ; Enfin un honnête homme est toujours honnêtes homme, Un sot est toujours sot, c'est ainsi qu'on vous nomme. Sa femme ne fait rien, qu'elle soit sage ou non, L'un ni l'autre jamais ne peut perdre son nom.

Le Capitan

Ce discours ambigu ne me contente guère.

Le Docteur

Oui l'on peut être sot du ventre de la mère.

Le Capitan

Toutefois en usant de ma précaution...

Le Docteur

Toutefois, tu suivras le destin d'Actéon.

Le Capitan

C'en est trop, Docteur d'Arcadie, Ton discours me met en furie, Et dans la Mésopotamie, [Ou] bien dans l'Éthiopie, Dans le Japon ou dans l'Indie, [De] peur que ta langue hardie, [Par] moi ne soit anéantie, Va-t-en dans l'Anadalousie, [Ou] bien du côté d'Arabie, Et, pour mieux dire, en ta partie, Que l'on appelle la Betinie, [Et] bien, sot Docteur, je te prie, Va-t'en au Diable en diablerie.

Le Docteur

Si je me mets sur ta carcasse, Satyre, cornu, fils de bagasse, D'un coup de pied dans la culasse, [Te] fera faire la grimace, D'un constipé sur ta terrasse, D'un qui sur le bassin trépasse, D'un malsain prenant de la casse, Et sur ta tête et sur ta race, Tant de coups rendront ta voix lasse, [Et] t'enfonceront la cuirasse, Que tu ne quitteras la place.

Le Capitan

Docteur, soyons amis.

Le Docteur

Ô ! Le vaillant soldat.

Scène 3

Le Capitan, Le Docteur, Lucinde

Le Capitan

Ma maîtresse paraît, regarde que d'éclat Depuis fort peu de temps j'ai quitté ma maîtresse À cet objet tout seul j'adresse mes caresses, Parce que j'ai connu sa pudeur et sa foi, Et qu'elle m'aime enfin, et n'aimera que vous.

Le Docteur

Ce cas est fort douteux.

Le Capitan

Beauté, l'honneur des dames Quand prendrez vous le temps de soulager mes flammes.

Lucinde

Je vous ai mille fois assuré que mon coeur N'aime que vous, et n'a que vous pour son vainqueur ; Mais te prends tant de soin pour me conserver pure, Qu'un simple mot d'amour me tient lieu d'une injure, Je suis fort sage enfin, je le dis, croyez-moi, Mon honneur m'entretient, il me donne la loi, En vérité l'honneur est une belle chose, On a beau soupirer pour mes lys, pour ma rose, Quand mes yeux auraient mis le feu dans l'univers, Ma pudeur ne verrait jamais mes sens pervers ; Mais quelle douleur me prend, à l'aide, à l'ide, à l'aide, Ne puis-je ici trouver ni secours ni remède, Laissez-moi, s'il vous plaît, un cruel mal au coeur Me tourmente beaucoup, ah ! Dieu quelle douleur.

Le Capitan

Elle est toute modeste, est est fort solitaire.

Le Docteur

Mais dans ce petit coin, qu'est ce qu'elle peut faire.

Le Capitan

Elle est allée enfin prier avec chaleur Les Dieux de lui vouloir conserver son honneur : Ah ! Que je serai bine avecque cette belle ! Heureux, heureux mari.

Lucinde

À l'aide ?

Le Capitan

Que veut-elle ? Je n'oserais entrer, n'importe il faut mourir.

Le Docteur

Qu'il est vaillant.

Il prend un enfant dans un berceau.

Le Capitan

Docteur, allons la secourir Hélas ! Je la croyais aussi chaste que belle.

Le Docteur

Elle a fait un poupon cette beauté fidèle, Heureux, heureux mari ! Et bine pauvre cerveau, Tu t'allais empêtrer de la vache et du veau.

Le Capitan

Que je suis malheureux !

Le Docteur

La chose est apparente, Que tu dois recueillir les fruit d'une autre plante.

Le Capitan

Cependant prenons soin de ce petit poupon, Il nous le faut dedans cette maison, Sans ma précaution n'étais-je pas frelore, Ah ! que je me veux bien précautionner encore ; Docteur, cet autre objet qui vient au petit pas, Ma voudrait engager avecque ses appas, Elle use pour cela de haute Rhétorique ; Mais elle est encore trop fine pour a boutique.

Le Docteur

Enfin, mon pauvre ami, le panache t'attend, Comme le grand Seigneur, tu porteras croissant.

Scène 4

Philis, Le Capitan, Le Docteur

Philis

Et bien cher Capitan, votre âme est-elle encore, Dans ce doute que le jaloux dévore ?

Le Capitan

J'y suis et j'y serai tant que j'aurai des yeux, Et tant que je verrai des fourbes sous les cieux ; Docteur si celle-ci pouvait être capable, De ne me point fourber, que je la trouve aimable ! Tâcher de la connaître.

Le Docteur

Il faut donc la sonder, Sans cela je ne puis rien du tout décider.

Le Capitan

Vous êtes si savant avec votre doctrine, Vous pouvez bien savoir à quoi la belle incline.

Le Docteur

Il faut donc que je jette un oeil de Galien, Pour cela, dans son dispotaire féminin.

Philis

Hé bien cher Capitan, ou plutôt mon Pirame, Quand pour votre Thisbé, serez vous tout de flamme.

Le Capitan

Je vous aimerais bien, mais votre esprit coquet, Me fait craindre de vous quelque fatal effet ; Car vous en savez trop, oui, vous êtes trop fine, Et ce n'est plus pour vous à présent que j'incline ; Je veux me marier, mais je veux épouser Une innocente, afin de la mieux maîtriser.

Philis

C'est pour me divertir que je vous dis que j'aime, Je me ris.

Le Capitan

De qui donc ?

Philis

Capitan, de vous-même ; Mais je vous veux donner nue bonne leçon, Vous voulez épouser une sotte, un oison, Une beauté stupide, une pauvre ignorante, Pour n'être point trompé, mais pour qu'elle soit constante, Que c'est un animal méchant et dangereux Qu'une femme ignorante, et qu'il est vicieux, Une beauté subtile, une gentille femme, En trompant son mari, saura cacher sa flamme ; Mais la niaise enfin, en l'actheonilant, N'aura pas au besoin l'esprit assez présent, Ne saura pas non plus en faisant la colère, Sortir bien à propos d'une méchante affaire, Et souvent Capitan une sotte fera, Son pauvre homme cocu, et l'en avertira.

Le Docteur

Ho ho ! Vous en savez de la bonne manière, Je vous estime fort, ô femme singulière.

Philis

Enfin j'en sais un peu, j'ai l'esprit clairvoyant, Fort subtil et profond et beaucoup pénétrant.

Le Docteur

Je le vois bien, ne que case ne que cocles, Cet homme est generis communis.

Le Capitan

Dites, si j'épousais de ces beautés bigottes, Qui ruminent toujours qui sans cesse marmottent, Elle serait honnête, elle n'aurait pour but, Que le soin de songer à faire son salut.

Philis

Non, non, une bigotte en ce siècle où nous sommes, Tromperait Dieu, les Saints, avecque tous les hommes, Ce n'est point mon fait, ne vous y fiez pas, Car vous vous jetteriez dans quelqu'autre embarras.

Le Capitan

Ainsi je ne sais plus de quel ôté me rendre.

Philis

Je vous conseille.

Le Capitan

Et quoi donc ?

Philis

De vous aller prendre.

Le Docteur

Voilà bien conseiller.

Le Capitan

Ô ! discours superflus, J'aimerais encor mieux être au rang des cocus, J'en ai grand peur pourtant, et si je me marie, Je n'en échapperai nullement sur ma vie.

Philis

Ne vous mariez point, on dit que tu ne dois, Lorsque tu crains le feuille d'aller dans les bois.

Le Docteur

Ma foi, vous me charmez, votre beauté me pique, Si je pouvais entrer dans votre République, Et payant bine le droit que payent les bourgeois, Comme étranger je m'y naturaliserais.

Philis

Bien, bien ; dans un moment nous parlerons d'affaire.

Le Docteur

Pour votre dépositaire je quitte ma grand-mère, Quoi qu'il arrive enfin je vivrai sous vos lois, Vos yeux seront mes Dieux, mes Soleils et mes Rois ; Capitan, si ma flamme avec elle est trompée, Pour le moins je mourrai d'une fort belle épée.

Scène 5

Cloris, Le Capitan, Le Docteur, Philis

Cloris

Jadis le Capitan m'adressait tout ses voeux.

Le Capitan

La voici la beauté qui me doit rendre heureux ; Docteur elle n'a point ni d'esprit ni de ruse, Elle est comme il me faut, c'est une bonne buse ; Je vous laisse Philis. Voulez-vous m'épouser.

Cloris

Et qu'est-ce qu'épouser.

Le Docteur

Et c'est s'humaniser.

Philis

Quelle niaise ! Ô Dieux !

Le Capitan

Cette pauvre novice, Sans esprit ne peut pas inventer de malice : Allons nous marier.

Cloris

Mais étant mon époux ; Dites-moi, s'il vous plaît, que demanderez-vous.

Le Docteur

Il vous demandera de faire bonne mine, Et puis d'attendre au lit l'influence bénigne, Qui donne de la joie et chatouille les sens, Et qui fait pulluler les animaux parlants.

Cloris

Allons donc je le veux ; allons je suis en âge, Et je puis aisément franchir de doux passage.

Philis

Allons, mon cher Docteur, et sans perdre de temps Vous m'apprendrez le Code et le Droit des gens.

Scène 6

Léandre, Trapolin

Léandre

Ce climat est fort doux, les dames en sont belles.

Trapolin

Et pour moi je sais bien de meilleures nouvelles.

Léandre

Que sais-tu !

Trapolin

Qu'on y voit de fort bons Cabarets, Où nous pourrions aller nous rendre le teint frais.

Léandre

Ah ! Que j'ai vu passer une dame jolie.

Trapolin

Et moi je viens de voir...

Léandre

Quoi donc ?

Trapolin

L'hôtellerie.

Léandre

Que j'aimerais à voir un oeil friand à beau.

Trapolin

Que j'aimerais à voir une longue de veau.

Léandre

Que j'aime un sein de lys !

Trapolin

Que j'aime une mignonne, Quand son ventre est rempli d'excellent vin de Beaune.

Léandre

Que je suis amoureux du sexe féminin.

Trapolin

Que je suis amoureux du repas et du vin !

Léandre

Lorsque je vois des dents blanches comme des perles, Quand je vois des cheveux aussi noirs que des merles, Quand j'en vois de cendrés, de châtains, et de blonds, Sortants sur un sein blanc bouclés à gros bouillons, Une taille bien faite, une hanche fournie, Et pourtant déchargée ; ah mon âme est ravie ! Lorsque je vois des pieds bien faits et bien tournés, Des yeux bien animés, bien émerillonnés, Une démarche grave, une façon galante, Alors mon coeur s'engage à chercher une amante ; C'est dans ce grand amas de charmes innocents, Que je me laisse aller au pouvoir de mes sens.

Trapolin

Et pour moi, quand je vois cette beauté divine, Qui charme et rit toujours, qu'on appelle cuisine ; Quand j'y vois un potage avec un gros chapon, Des poulets, des pigeons, avec un gros dindon, Un ragoût bien friand ; une table charmante, C'est où mon coeur s'engage à chercher une amante, C'est dans ce grand amas de charmes innocents, Que je me laisse aller au pouvoir de mes sens.

Léandre

Tu m'interromps toujours avecque ta cuisine.

Trapolin

Enfin, vive l'amour, Monsieur, pourvu qu'on dîne.

Léandre

Allons viens faire un tour pour chercher l'appétit.

Trapolin

Le mien est tout trouvé, ah que j'ai de dépit.

Scène 7

Le Capitan

Le Capitan

Enfin, je suis mari, et mari d'importance, Avec ma femme enfin, je suis en assurance, Car elle ne sait pas ce que c'est de pécher ; Mais afin que pas un ne la puisse approcher, Tandis que je m'en vais à ma grange hors la ville, J'ai mis dessus son dos la cuirasse d'Achille, Et le divin armet de mon cousin Hector, Et puis dedans sa main la pertuisane encor ; Je lui donne un bon pli les dernières journées, Afin d'en profiter la reste des années ; Mais la voici qui vient, ainsi l'homme de coeur Prend soin de conserver sa gloire et son honneur.

Scène 8

Cloris

Cloris

Demeurez en ce lieu le temps de mon voyage, Voilà de mon pays la loi du mariage, Elle porte qu'ainsi l'on assure l'honneur, Pour nous faire éviter un amant suborneur.

Scène 9

Cloris, Léandre, Trapolin

Cloris

À ce que je puis voir c'est un sot avantage Que d'être en ce pays dedans le mariage.

Léandre

Ah Dieux ! Que de beauté, que d'attraits, que d'appas, Trapolin approchons, je crois que c'est Pallas ; Allons la saluer, ah ! C'est un déesse.

Trapolin

Ah, je crois bien plutôt que c'est une diablesse : Ma foi j'en ai grand peur.

Léandre

Vas donc.

Trapolin

Allez-y vous.

Léandre

Je veux...

Trapolin

Je ne veux pas.

Léandre

Redoute mon courroux.

Trapolin

Mais il faut pourtant voir de près sa contenance.

Cloris

Au diable la figure, avec son influence.

Léandre

Beauté l'étonnement des hommes et des Dieux, N'était-ce pas assez des armes de vos yeux ? Pourquoi vous mettez-vous en ce fier équipage, Votre visage doux aime-t-il le carnage.

Cloris

Monsieur, vous étonnant de l'état où je suis, Ignorez-vous les lois de ce fâcheux pays ? Les femmes de ces lieux sont en cet équipage, Pour garder leur honneur dedans le mariage.

Léandre

Vraiment dans ce pays on fait de rudes lois Dans le nôtre on agit d'un air bine plus courtois. Ah si vous le saviez !...

Cloris

Je brûle de l'entendre.

Ils sortent.

Léandre

Venez avecque moi, je pourrai vous l'apprendre.

Trapolin

La Donne est susceptible, elle le fuit ma foi ; Voilà Pallas par terre, amour lui fait le loi.

Scène 10

Philis, Le Docteur

Philis

Docteur, nous voilà bien.

Le Docteur

Tour à fait bien, ma belle. Nous sommes mariés, soyez-moi bine fidèle.

Philis

Voyez cette innocence, elle fuit un galant.

Le Docteur

Je l'avais bien prévu. La pauvre Capitan !

Scène 11

Le Capitan, Le Docteur, Philis

Le Capitan

Je n'ai su demeurer longtemps à la campagne ; Et je reviens trouver ma gentille compagne, De sa simplicité je dois tout espérer.

Le Docteur

Capitan, nous verrons qui s'en pourra parer.

Philis

Mon mari n'aura point pour moi martel en tête ; Car je sais ménager la petite conquête.

Le Capitan

Si je savais quelqu'un qui se put figurer De cajoler ma femme et me déshonorer, Il serait hors d'état de faire des caresses ; Car je déchirerais son corps en mille pièces.

Philis

Ceux qui parlent beaucoup n'ont jamais grand effet.

Le Capitan

Par la mort, je ferais...

Scène 12

Léandre, Philis, Le Capitan, Trapolin, Cloris, Le Docteur

Léandre

Adieu divin objet, Que je baise vos mains.

Philis

Capitan, faites rage.

Le Capitan

La prudence sied bine avec le courage.

Philis

Quoi ! Vous souffrez ainsi cet ouvrage à vos yeux.

Le Capitan

Je fais ce que je puis pour être furieux.

Encore un coup.

Léandre

Adieu divin objet, ma reine.

Trapolin

Adieu belle Pallas.

Léandre revient et de regarde fièrement.

Le Capitan

Rage, fureur, feu, haine. Tu mourras.

Il revient encore.

Léandre

À qui donc parlez-vous ? Est-ce à moi ?

Le Capitan

Non, monsieur, non, ce n'est pas à vous.

Philis

Vraiment vous êtes brave, et brave à tout outil.

Le Capitan

Je le suis quand je veux, donnez moi patience, Je ne l'ai pas tué le traître en ce moment. Je retarde sa mort d'une heure seulement ; Mais venez la traîtresse, où sont vos armes.

Cloris

Cet étranger courtois, civil, et plein de charmes, Me les a fait quitter et m'a dit ébahi, Que l'on exerçait point ces lois en son pays ; Que les femmes avaient après le mariage, Des armes à la main qui faisaient moins d'ouvrages ; Qu'elles avaient des lois plus douces qu'en ces lieux, Aussitôt mon esprit s'est montré curieux : J'ai brûlé du désir de les pouvoir apprendre, Et lui-même a voulu me les faire comprendre.

Le Capitan

Ah ! Vous me disiez bien, qu'une sotte ferait Son pauvre homme cocu e l'en avertirait : Je vous enfermerai désormais, ignorante, Rentrez, rentrez ici, sotte, bête, innocente.

Philis

Adieu cher Capitan, adieu, consolez-vous.

Le Docteur

Allez vous en chanter avecque les coucous.

Philis

Allez dire aux maris des champs et de la ville, Que la précaution leur est choses inutile.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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