Acte I
Scène 1
Fontalbe
AIR.
Fontalbe
Dès ce soir l'hymen m'engage, Tendre amour plus de rigueur ; Jeune objet, aimable et sage, Va me rendre le bonheur. Une ingrate, un infidèle Trop longtemps fit mon malheur ; J'ai fait choix d'une autre belle Qui partage mon ardeur. Oui ce soir. Que Bélinde était charmante ! Tant d'attraits ! Tant de noirceur ! Souvenir qui me tourmente ! Malgré moi cette inconstante Est encor chère à mon coeur. Oui, le fort en est jeté, j'épouse Marine. Qu'importe sa naissance ? Ce coeur simple que les moeurs de la ville n'ont point corrompu, peut seul me faire oublier la trahison de l'infidèle Bélinde. Mais voici ma jolie villageoise.
Scène 2
Marine, Fontalbe, Ensemble
Marine
Bonjour, Monsieur le Gouverneur.
Fontalbe
Bonjour, ma belle enfant. Hé bien c'est aujourd'hui que vous allez faire un heureux.
Marine
Est-ce qu'il y a déjà huit jours que je suis dans votre île.
Fontalbe
Oui le huitième jour expire. Il faut faire un choix ou partir.
Marine
Partir ! Qué'que-vous voulez que je devienne ? Se marier du moins on fait à quoi s'en tenir.
Fontalbe
Par quel hasard êtes-vous abordée ici ? Car il ne m'a pas encore été possible de vous le demander.
Marine
J'étais Jardinière en France. Notr' maître et notr' maîtresse avaient affaire en Martinique. Ils m'emmenèrent ; nous arrivons ; point du tout v'la qu'au retour comme on était devant vot'île, v'la un vent, une tempête, des éclairs, le tonnerre... V'la le vaisseau qui se fracasse contre les rochers, v'la que tout périt, et mon pauvre maître et ma pauvre maîtresse noyés au fond de la mer. Pour moi j'eus le bonheur de me sauver je ne fais comment, pleurant leux accident et surtout la mort de ce malheureux Blaise qui nous accompagnait.
Fontalbe
Quel était donc ce Blaise ?
Marine
Ah ! Blaise ? C'était le Jardinier mais il est mort.
Fontalbe
Enfin ?
Marine
Enfin après bien des peines, je suis parvenue à votre nouvelle ville. On m'a présentée à vous, parce qu'ous êtes le Gouverneur ; on m'a dit votre loi qui ordonne à toutes les jeunes filles qui arrivent de prendre un mari sous huitaine ou bien de s'en aller. Je voulais partir d'abord, mais à présent j'aime mieux rester.
Fontalbe
Qui peut donc suspendre si longtemps votre choix ? Est-ce le souvenir de Blaise ?
Marine
Non ; mais mon choix aurait qu'à ne pas plaire à celui qu'il regarde.
Fontalbe
Vous êtes trop aimable pour craindre ce danger. D'ailleurs la loi vous soumet tous les jeunes gens de cette île. Avec quel plaisir je me suis mis moi-même sur les rangs !
Marine
Vous, Monsieur Fontalbe !
Fontalbe
Oui, belle Marine, je vous aime et vous pouvez d'un mot me rendre heureux.
AIR.
Marine
Oui ma honte en est extrême, Mon virage est tout en feu, Ah détournez-vous un peu. Oui le seul objet que j'aime? S'il veut bien m'aimer de même. C'est vous, vous-même, J'en fais l'aveu. Hé bien, je vais donc vous dire... Ah ! Mais ne me regardez pas comme cela en face ; cela me rend toute confuse.
Fontalbe
Quelle grâce elle est extrême ! Quel bonheur Marine m'aime ; J'en reçois le tendre aveu.
Ensemble
Le Dieu d'Amour qui nous enchaîne, Est favorable à nos désirs, Sans nous faire sentir la peine, Il nous offre les doux plaisirs.
Marine
Mais c'est une drôle de loi que la vôtre car enfin si on ne voulait pas prendre de femme ou de mari... Ah ! Vous me direz on a toujours besoin de ça.
Fontalbe
Pour bien comprendre cette loi, il faut que vous sachiez l'histoire de notre arrivée dans l'île. J'aimais Bélinde et je m'en croyais aimé. Une succession l'appelait à la Martinique ; j'armai trois frégates, et le conduisais avec deux de ses parentes. Une nuit l'infidèle disparut avec un de nos vaisseaux que commandait Dorval mon ami. Une lettre m'apprit qu'elle était mariée. Le lendemain ce malheur fut suivi d'un autre. Nous échouâmes contre cette île que nous trouvâmes belle et fertile. Ne pouvant en sortir nous résolûmes de l'habiter. J'étais Commandant de la flotte, je fus Gouverneur de la Colonie. Comme il n'y avait presque point de femmes parmi nous il fut résolu que toutes celles qui aborderaient auraient huit jours pour se choisir un mari parmi nos jeunes gens, car il faut songer à l'essentiel.
Marine
Ah ! C'est naturel et bien pensé.
Fontalbe
Sinon, quelles s'en iraient dans une de nos petites barques ou il plairait aux vents et à la mer irritée de les conduire.
Marine
Hé bien je parie qu'elles se marient toutes.
Fontalbe
Cela n'a pas encor manqué. Jusqu'ici toujours occupé du souvenir de Bélinde je me suis excepté du choix des nouvelles arrivées mais on murmurait de mon célibat ; je songeais à y renoncer ; je vous vis paraître et vous me déterminâtes.
Marine
Vous êtes bien poli mais j'ai peur que c'te Mam'sel Bélinde...
Fontalbe
Je ne la verrai sans doute jamais, et tout entier à vous puis-je m'occuper d'une autre idée ?
Marine
Mais vous n'êtes pas encor tout entier à moi.
AIR.
Fontalbe
Dis-moi donc quand je te quitte, Quelle peine en moi s'excite ! Je ne fais ce qui m'agite ; Je soupire malgré moi. Ah je devine Chère Marine. C'est mon coeur que je te donne, C'est mon coeur qui m'abandonne Pour voler auprès de toi. Daigne l'entendre Ce coeur si tendre. Daigne le prendre En amitié. Ce coeur implore ta pitié. Nous zerons dès ce soir unis l'un à l'autre. Je voudrais ne te quitter jamais.
Scène 3
Marine, Blaise
Marine
JE vais donc me marier aujourd'hui... à un Gouverneur cela est-il croyable. Qui m'aurait dit il y a six semaines seulement dans six semaines tu feras grande Dame, tu feras Princesse, quasi Reine. ... Bah ! J'aurais cru qu'on se serait moqué de moi. Ce pauvre Blaise s'il était ici... Oh ! Celui-ci vaut mieux. D'abord parce que c'est un Monsieur... et puis il est ben gracieux ben poli. Mais aussi je n'oserai pas le gronder le tarabuster comme Blaise car nous avions des querelles !... Ah ! Je l'aimais bien... mais il est mort, il n'y faut plus songer.
Blaise
C'est une avenue... Voilà un pavillon... J'ons vu des maisons par là-bas. Allons faut espérer que je n'en mourrons pas et que je trouverons à qui parler. Mais v'la-t-il pas... Eh !... C'est.... c'est elle. C'est toi, ma chère Marine !
Marine
Ah ! Ciel ! Ah ! Tu m'a fait une peur ! Eh ! Mais c'est toi, Blaise ! Eh ! Tu n'es donc pas mort ?
Blaise
Moi mort ! Non pas que je sache. Je fis v'nu ici de rochers en rochers, et je ne me somm' pas sauvé tout seul, non. J'ons tiré avec moi eune malle toute pleine d'argent, de linge, d'habits galonnés, je vendrons tout ça dans le pays pis qu'il y a du monde, et s'il y fait bon, je nous y établirons... Mais dis moi donc, m'n'enfant, dis-moi comment t'es-tu sauvée ? Je t'ons bian crue au fin fond de la mer ; je t'ons bian pleurée. Mais que je t'embrasse ! Je sis si aise de te voir... et toi tu ne dis rien, est-ce la joie qui te rend muette ?
À part.
Marine
Sûrement... Je m'attendais si peu... Comment li conter tout ça.
Blaise
Ça se peut bian, ça me fait ç't'effet la queuquefois. Par exemple, quand j'ons vu que les poisions ne me vouliont pas dans leux compagnie, j'étions là sur le rivage, tout ébahis, comme ça, ah !
Marine
Tu feras ben plus ébahi quand tu sauras tout.
Blaise
Hé bien conte-moi donc vite conte, conte. Connais-tu déjà queuques-uns ici ?
Marine
Oui, je connais le Gouverneur, et d'un.
Blaise
C'est bon ça. Hé bien, faut li dire qu'il me fasse son jardinier et tu seras sa jardinière.
Marine
Sa jardinière dea ! Oh ! Je ferai mieux que ça.
Blaise
Hé ben, qu'il te fasse sa cuisinière, sa dame d'honneur qu'il te fasse tout ce qu'il voudra, pourvu qu'il nous marie.
Marine
Qu'il nous marie... mais... il se marie aussi, lui !
Blaise
Tant mieux. J'irons la noce, j'y danserons ensemble. Ne feras-tu pas ben aise d'y venir ?
Marine
Vraiment, il faudra bien que j'y aille. Mais c'est que tu ne fais pas qui il épouse.
Blaise
Ma foi non ; ça m'est égal tout comme à toi.
Avec impatience.
Marine
Ça t'est.. ça t'est égal... c'est que... C'est que tu es venu bien tard aussi.
Blaise
Comment ben tard ! Depis huit jours que j'ons fait naufrage, j'ons fait bien des pas. Ce sont des chemins de diable quand on ne connaît pas sa route. Je me sis pardu pus de cent fois ; mais je te trouve et je sis content queuque nous fait le reste ?
Marine
Ça fait c'est que... Il y a une loi ici que tu ne fais pas.
Blaise
C'est que, c'est que, hé ben queu loi? V'la un quart d heure que t'as l'air embarrassé, que tu ne sais que dire. Explique-toi donc.
Elle en indique une qui est sur le rivage.
Marine
Faut ben que j'm'explique, tu le saurais toujours. Les filles qui arriv'ici font obligées de prendre un mari... C'est pas ma faute... Je voulais putôt mourir, on ne l'a pas voulu ; je voulais m'en aller, on ne l'a pas voulu et puis dans une petite barque grande comme la main. Là-dessus le Gouverneur est venu, il m'a fait bien des politesses il m'a dit qu'il m'aimait m'a priée de le choisir...
Blaise
Hé bien, hé bien...
Marine
Dame, je t'ai cru mort, noyé, mangé des loups, je ne sais quoi, et...
Blaise
Et tu l'as choisi !
Marine
Oui tiens, il m'attend, je m'en vais le trouver.
Blaise
Attends, attends, scélérate, infidèle !
AIR.
Marine
Le Ciel fait que toujours j'ai dit non, Mais la loi le voulait tout de bon. Il fallait faire un choix sans façon Ou quitter à l'instant le canton. Par de noires d'affreuses baleines, Je t'ai cru dévoré sur ma foi, Aussitôt tout mon sang dans mes veines Et s'arrête et se glace d'effroi. Mais bientôt dans le fond de mon âme Cette glace devient une flamme. Un beau prince me prend pour fa femme Il m'attend, adieu donc, laisse-moi, Adieu, console-toi. Ah ! Blaise, ne te fâche pas ; ce n'est pas ma faute.
Scène 4
Blaise
S'arrêtant.
Faisant le geste de donner des coups de bâton.
AIR.
À Paris le fond du Théâtre est occupé par une montagne d'où descend Bélinde et Blaise dit : que j'aperçois là-haut.
Il s'éloigne.
Blaise
N'est-ce point une folie, Quand l'ingrate ainsi m'oublie, De gémir, de m'affliger ? Il est vrai mais la coquine, Si je vois encor sa mine Le pourrai-je sans enrager ? Pauvre Blaise, enrage, enrage. Mais n'est-il pas cent fois plus sage De montrer un plus grand courage ? Qu'un nouvel objet nous engage, A mon tour devenons volage Et brisons nos premiers noeuds. Vengeons-nous de ces nouveaux feux. Oui sans doute, ô bonne cervelle ! Punissons cette infidèle J'étais bête d'y songer, Je fais bien de m'en venger. Hé mais... Je n'en reviens pas !... La scélérate !... Oh je vas trouver le Gouverneur, je vas crier, je vas.... Oui pour qu'il me renvoie avec la petite çaramonie... Morgué !... Mais après tout, je sommes ben sot. Mais quelle est cette belle Dame que j'aperçois dans le bois ? Je crois la reconnaître... Oui je l'ons vue dans notre vaisseau... C'était elle qui était toujours si triste qui avait eune tante. Elle eSt morgué gentille. Pardi laissons-la venir, faut voir... Ah ! Si ce n'était pas eune si grande Dame !...
Scène 5
Blaise, Bélinde
AIR :
Blaise
Madame j'ons l'honneur.
Se rassurant.
Bélinde
Que voulez-vous ? Ah ! Je crois vous avoir vu... N'est-ce pas vous ?...
Blaise
Oui Madame, c'est Blaise qui a fait le passage avec vous, qui a eu l'honneur de vous rendre de petits services, et tout disposé à vous servir encore.
Bélinde
Blaise j'accepte vos offres avec bien de la joie. Dans un pays inconnu, sans guide, sans secours, que deviendrais-je si vous m'abandonniez ?
Blaise
N'ayez pas peur. Madame est toute fine seule apparemment ?
Bélinde
Hélas oui ; j'ai perdu dans le naufrage les deux parentes qui m'accompagnaient. Mais commencez par me dire où je suis quel est ce pays ? Quel est le peuple qui l'habite ?
Blaise
J'arrivons comme vous mais j'ons déjà eu le temps d'apprendre que ma maîtresse, eune coquine dont je voulions faire ma femme, va m'être enlevée par le Gouverneur.
Bélinde
Enlevée ! Est-ce que ces gens sont des pirates ?
Blaise
Ça Se pourrait bien. Tant y a qu'il l'épouse. Ah ! C'est qu'il y a eune loi ici.
Bélinde
Quelle est-elle ?
Blaise
Ah eune loi indigne. C'est... ( mais ça ne vous fera peut-être rien à vous. ) C'est que toutes les filles qui arrivent dans l'île sont obligées d'y prendre un mari sous huitaine ou de s'en aller.
Bélinde
Que m'importe !
Blaise
Oh je l'ai ben dit.
Bélinde
Je n'ai pas envie de rester plus de huit jours et je partirai.
Blaise
Ah ! C'est eune aut'affaire. Mais voyez-vous çte petite nacelle qu'est là sur le rivage ? C'est là-dedans qu'on s'en va. Ainsi à la première bourrasque votre serviteur.
Bélinde
Tout est contre moi !... Je partirai, je mourrai, que m'importe ?
Blaise
Mourir ! Ça ne sart de rien. Je songe à un moyen... T'nez ayez confiance en moi. Je somm' un bon vivant ; commencez par me dire le sujet de votre voyage.
Bélinde
Hélas ! Je n'ai pas d'intérêt à vous le cacher. L'année dernière j'allais en Amérique dans un vaisseau dont le Commandant était prêt de m'épouser. Nous fûmes séparés par, la trahison la plus atroce. Dorval son ami intime vint une nuit sous un faux prétexte et nous persuada de passer dans un autre vaisseau qu'il commandait. J'aperçus bientôt que j'étais trahie. Je fus vengée par le ciel. Dorval tomba dans la mer comme il était sur le tillac. Le vaisseau reprit alors la route de l'Amérique qu'il avait quittée, mais je n'y trouvai point Fontalbe. Sans doute il me croit infidèle. Peut-être a-t-il échoué comme moi dans cette île ; s'il est sauvé, c'est mon espoir, ses soupçons ne tiendront pas contre mes larmes.
Blaise
Oh ! Pardi quand eune femme pleure al'fait de nous ce qu'all'veut.
Bélinde
S'il est ici, sans doute il est connu du Gouverneur ; allez le prévenir de mon arrivée... Mais cette loi, comment l'éviter ?
Blaise
C'est à quoi j'en voulais venir. Faites semblant d'être mariée avec moi. La loi ne vous regardera plus et vous pourrez rester ici tant que vous voudrez.
Bélinde
Je compte sur votre honnêteté Blaise, et je me fie vous. Vous contentez donc à faire tout ce que je vous demanderai.
AIR :
À part.
Haut.
À part en sortant.
Blaise
Être aux ordres de Madame, Sera ma plus douce loi. Un mari près de Sa femme Serait moins humble que moi. D'être unis ayons la mine, Pour faire enrager Marine D'avoir méprisé ma foi. Un mari près de sa femme Serait moins soumis que moi. Elle enragera dans l'âme D'avoir méprisé ma foi. Tout comme si j'étions vot'mari véritable et pour qu'on le croie mieux, je vas mettre un bel habit qu'était dans eune valise que j'ons sauvée avec nous. Je nous requinquerons dans not'langage on le croira de reste, allez laissez faire. Je serions pas le premier benêt qui aurait épousé une si belle femme.
Scène 6
Bélinde, Fontalbe
Bélinde
Le ciel se lassera-t-il de me persécuter ? J'ai perdu mes parents, ma fortune, toute ressource. J'ai perdu mon amant qui m'aurait tenu lieu de tout. Mais que vois-je serait-il possible ! Mes yeux me trompent-ils ?.. Ah ! Non j'en crois mon coeur. C'est lui...
Fontalbe
Ciel ! Bélinde en ces lieux ! Elle ne m'y attendait pas l'infidèle ! Feignons de ne la pas connaître.
Haut.
À part.
Bélinde
Dieux quelle froideur ! Il m'a vue et n'a pas volé dans mes bras !... Monsieur, je suis. Je ne puis parler.
À part.
Haut.
Fontalbe
Quelle fausseté ! Madame que désirez-vous de moi ?
Bélinde
Daignez me venger d'un ingrat qui sur un simple soupçon sans daigner m'entendre m'abandonne, me méprise...
Fontalbe
Madame s'il est vrai qu'on vous outrage injustement, comme je fuis Gouverneur de cette île...
Bélinde
Vous êtes...
Fontalbe
Gouverneur de l'île.
Bélinde
Ciel ! Et vous vous mariez aujourd'hui. Ah Fontalbe, il est donc vrai que tu m'abandonnes.
Fontalbe
Qu'osez-vous dire infidèle ? Venez-vous ici me braver ? Venez-vous avec votre époux ?...
Bélinde
Mon époux ! Hélas ! Un seul homme au monde pouvait l'être, mais cet homme est un barbare...
Hésitant.
À part.
Haut.
Fontalbe
Vous n'êtes point mariée !... Cette lettre, sa fuite.... N'espérez pas me tromper. Vous êtes infidèle j'en ai des preuves certaines : je ne dois plus m'exposer à vous voir et je vais tout ordonner pour votre départ.
AIR :
Bélinde
Oui je pars au désespoir, Pour jamais ne te revoir... Mais écoute un mot encore ; Sache au moins que je t'adore ; Et suis moi, si tu m'abhorre, Je ne veux, n'attends plus rien. Peut-on être plus à plaindre ? Non jamais on n'eut à craindre Un supplice égal au mien. Tu me quittes... mais écoute... Ne me laisse pas ce doute. Ah cruel ! Encore ! Ajoute... Cruel ajoute à mon malheur. Ah ma peine est trop forte Le désespoir m'emporte ; Je cède à ma douleur.
Fontalbe
Bélinde ! Rassurez vos sens je vous écoute. Serait-il bien possible que tu ne fusses pas...
Bélinde
Mais qui t'a dit cette imposture ? Un autre que Fontalbe ! Peux-tu le penser ?
Scène 7
Blaise, Fontalbe, Bélinde
Blaise
Ma chère femme, je n'ons pas trouvé...
Fontalbe
Sa femme !
Elle lui fait des signes.
Bélinde
Ô ciel ! Dans quel moment !...
À part.
Haut.
Bas à Bélinde.
Blaise
C'est apparemment le Gouverneur, appuyons. Non, ma chère femme : et je te dirai, ma chère femme... Monsieur le Gouverneur, si c'est vous, je vous présentons ma femme. Oh ! J'entends bien vos signes.
Fontalbe
Malheureux !
Bélinde
Ne croyez pas... Un moment de grâce.
Il sort furieux.
Fontalbe
Infidèle puis-je encor vous entendre ?...
Bélinde
Fontalbe !
Il l'entraîne dans le pavillon.
Blaise
Heben, heben, v'la qu'a se trouve mal à présent. Qu'est-ce donc que tout ça vent dire ? Portons là dans ce pavillon. Aurez-vous ben la force d'aller jusque-là ?
Scène 8
Marine, Blaise
QUARTETTO.
Marine
Tout succède à ma tendresse, Tout m'invite à l'allégresse ; Pourquoi donc cette tristesse Dont je ne fuis pas maîtresse Trouble-t-elle ainsi mon coeur, Quand je suis près du bonheur ? Monsieur Fontalbe ! Monsieur le Gouverneur ! Où est-il donc ? Je le cherche partout. Un jour de noce ! Qu'il ne devrait pas me quitter... Je ne sais pas, mais je commence à craindre.
Blaise
La voilà cette volage ? Je veux l'accabler d'outrage Et lui bien dire son fait. Tu n'es qu'une péronnelle ; J'ai fait choix d'une autre belle, Je te quitte tout-à-fait.
Marine
Mais écoute ; point de colère. Dis-moi, Blaise, qu'ai-je pu faire ? À ma place, qu'aurais-tu Fait ?
Il entend du bruit.
Il s'éloigne.
Blaise
Ton audace, volage, Accroît ma rage. Si j'écoute mon courage Je veux faire ici tapage. Tiens tu vois. De la prudence. Monseigneur ici s'avance ; Décampons en d[i]ligence ; Il n'y fait pas bon pour moi.
Marine
Ah ! Le brave personnage Tu me quittes, bon voyage. N'est-ce pas un grand dommage ? Grand dommage ah ! Par ma foi.
Scène 9
Fontalbe, Marine, Ensemble, Bélinde
Fontalbe
L'Amour enfin me ramène.
Marine
Il vient finir ma peine.
Ensemble
Mon âme de sa chaîne Attend tout son bonheur.
Fontalbe
C'est lui qui nous couronne.
Marine
À vous je m'abandonne.
Ensemble
Le même instant vous donne Et ma main et mon coeur.
Bélinde
Arrête coeur infidèle ! Du ciel crains le courroux.
Marine
Que veut Mademoiselle ?
Fontalbe
Pourquoi s'occuper d'elle ?
Fontalbe
Mais, mais rassurez -vous. Mais mais expliquez-vous.
Bélinde
Malheureuse, mais innocente, Trop facile et trop faible amante, Si ma flamme fut confiante, En voilà donc le retour ! La tempête ici me jette. Sans parents et sans retraite. C'est toi seul que je regrette... Tu méprises mon amour... Hé bien, cruel quitte-moi si tu l'oses. Mais songe bien aux maux que tu me causes. Et si ton âme peut s'y résoudre Du ciel la foudre Me vengera.
Scène 10
Blaise, Marine, Bélinde, Fontalbe
[ENSEMBLE]
Blaise
Trop facile et trop fidèle J'eus le diable au corps pour elle. Mais c'est une péronnelle Et je veux la laisser là.
Marine
Imbéciles que vous êtes ! Trouble-t-on comme vous faites, Trouble-t-on des gens honnêtes ? Loin d'ici, partez tous deux.
Bélinde
Loin d'accabler une amante, Croyez- moi, soyez prudente. Loin d'accabler une amante, Reprenez vos premiers noeuds.
À Bélinde lui montrant Blaise.
Fontalbe
Terminons et point d'injure. Oui, Marine est ma future. Vous, suivez-le sans murmure Puisqu'il est votre mari. Infidèle ! Coeur parjure ! Qui veux m'abuser ainsi, Tous les deux sortez d'ici.
Marine
Qu'est-ce traître ? C'est donc ta femme.
Blaise
Pourquoi pas ?
Marine
Comment infâme !
Bélinde
Écoutez...
Fontalbe
Sortez Madame.
Bélinde
Vous voulez m'arracher l'âme Mais écoutez moi d'abord.
Blaise
Je me ris de ma disgrâce, De t'aimer j'avais De grand tort.
Bélinde
Il n'est plus à ma disgrâce De remède que la mort.
Fontalbe
Mais comment avez-vous l'audace. Mais comment as-tu l'audace De dire un mot encore.
Acte II
Scène 1
Fontalbe, Marine
Le Pavillon du fond est ouvert, et parait destiné à célébrer les noces de Fontalbe. On y voit en étalage une grande parure pour Marine.
Fontalbe
Quoi, cet homme dont l'air est grossier, quoiqu'il soit assez richement mis c'est Blaise, ce jardinier que vous aviez pour amant !
Marine
Lui-même. Mais qu'est-ce que ça nous fait ? Nous parlions de notre mariage.
Fontalbe
J'y songe ; mais il appelle Bélinde sa femme.
Marine
Je n'y conçois rien. Mais encore une fois qu'est-ce que ça nous fait ? Êtes-vous jaloux de lui ? Tenez m'est avis que vous ne m'aimez plus du tout.
Fontalbe
C'est m'outrager, chère Marine.
Marine
Non cette Demoiselle qui est venue là, que vous aimiez avant moi, malgré son infidélité, vous trotte toujours par la tête.
Fontalbe
Rassure-toi chère Marine ; je n'y songe plus. Je ne veux aimer que toi. Quelles preuves en veux-tu ?
Marine
Mais... les plus fortes.
AIR :
Pendant cet air Marine examine les étoffes.
Elle essaye les diamants.
Fontalbe
À tes charmes cette parure Va donner un nouvel essor : L'art seconde la nature, Et la rend plus belle encor. Mais quelle flamme ! Quelle lumière ! Je crois être dans les cieux. Le soleil qui nous éclaire Brille moins que tes beaux yeux. Conserve un trait de cette flamme ; Ne lance pas tout dans mon coeur. Qu'elle embrase aussi ton âme Et partage mon ardeur. Tu vois que je songe aux préparatifs de notre hyménée. Voilà déjà tes habits de noce en attendant le reste.
Marine
Si vous pensez tout ce que vous dites ça me rassure un petit brin. Mais je ne serai bien tranquille, que quand nous serons mariés tout-à-fait, tout-à-fait.
Fontalbe
J'en vais hâter le moment : je te rejoins pour ne te plus quitter.
Scène 2
Marine, Blaise
Elle se retire au fond pour examiner ses parures.
Marine
Oh ! Il m'aime ! Il m'épousera. J'en ferai charmée quand ce ne serait que pour faire enrager ce brutal de Blaise qui n'a tant seulement pas pleuré ma perte. Oh ! Je ne lui pardonnerai jamais ça. Le voici comme je vais le traiter !
À part.
Blaise
Ouf ! Je ne la voyons jamais sans un certain je ne sais quoi, tout comme du temps que je nous aimions. Oh ! Ça se passera.
Marine
C'est assez drôle... Et puis des diamants ! Oui ça m'ira fort bien.
Blaise
Diable voilà qu'est beau. Ce font les présents de noce ?
Marine
Ah ! Bonjour, mon ami. Vous trouver ça beau ?
Blaise
Mon ami ! Ça prend déjà des tons.
Marine
Ah ! À propos, dites-moi donc, depuis quand est-ce que vous êtes mariés ?
Blaise
Queuque ça vous fait ?
Marine
Ah ! Rien du tout... Votre femme n'est pas trop jolie mais c'est encor trop bon.
Blaise
Elle est ma foi charmante, jusque dans son impertinence.
Marine
Hein ! Que dites-vous là ?
Blaise
Je dis que je partons ce soir, et que je vians vous dire adieu.
Marine
Vous partez ! C'est fort bien fait. Adieu, mon ami ! Je suis ben aise de vous avoir vu. Mais vous ne partez que ce soir, c'est bon. Je vous enverrai par mes gens un petit cadeau, pour que vous vous souveniez de moi.
Blaise
Un petit cadeau !... Tien[s]... Madame point de ces tons-là ; vous vous valiez mieux... Quand tu n'étais qu'une petite paysanne. Ton mariage n'est pas si sûr que tu crois. Si nos deux amants brouillés veniont à le raccommoder...
AIR :
Marine
Qu'est-ce donc qui vous arrête ? Allez Blaise vous pourvoir. Ce propos me rompt la tête, Renoncez à tour espoir. Hein ? Mais vous faites la mine ! Non je ne suis plus Marine. Je ne dois jamais vous voir. Dès ce soir j'épouse un Prince, Et bientôt cette province Sera toute en mon pouvoir. Mais vous vous oubliez, je pense ! Vous m'avez dit adieu, partez ; partez vous dis-je.
Scène 3
Bélinde, Marine
Bélinde
Blaise, j'ai un mot à vous dire.
Marine
Blaise, votre chère femme vous appelle, je vous laisse ensemble.
AIR :
Marine lui fait une grande révérence et sort.
Bélinde
Quel sort t'amène Âme inhumaine ? Pour toi ma peine A des appas. Ô fort funeste Que je déteste Il ne me reste Que le trépas.
Scène 4
Blaise, Bélinde
Blaise
Bon. Laissez-là dire espérez toujours. Ils ne sont pas encore mariés.
Bélinde
Non, Blaise je n'espère plus. J'ai vu tous les préparatifs de cette union ; dans une heure... Mais je ne l'attendrai pas. Écoute. C'est toi qui m'as perdue. Mais ce n'est pas ta faute. Depuis ce moment le cruel ne veut plus m'entendre mais je ne mourrai point sans être justifiée.
Blaise
Comment, comment ! Il ne faut pas mourir.
Bélinde
Prends ce billet...
Blaise
Ah ! Madame, je ne souffrirons pas.
Bélinde
Écoute-moi, te dis-je, sans m'interrompre. Tu vois cette petite barque sur le rivage ; je vais m'y confier au gré des flots. Ils ne seront peut être pas plus cruels que mon amant. Prends ce billet porte-le à Fontalbe. Il y verra mon innocence. Je ne pourrai plus être à lui, mais il l'aura du moins que je méritais son coeur.
Blaise
Non, tenez ; si vous voulez partir absolument. Attendez-moi ici ; je nous embarquerons ensemble.
Bélinde
Non Blaise ; j'en ai plus besoin de tes services. Je puis risquer ma vie qui m'est odieuse ; je ne dois pas souffrir que tu exposes la tienne. Laisse-moi ; va promptement ; c'est le dernier service que tu pourra me rendre.
Blaise
Oh ! Il faut empêcher... Il ne faut pas qu'alle meure.
Scène 5
Bélinde
Elle fort.
Bélinde
Si le ciel est inexorable, À la peine dont il m'accable ; Que la mort plus favorable, Me délivre enfin du jour. Ah ! Cette heure ma dernière ; Le jour fuit de ma paupière. Mes yeux perdent la lumière, Mais il me reste encor l'amour. J'entends du bruit évitons tous les regards.
Scène 6
Fontalbe, Marine
Fontalbe
Cet homme qui se dit le mari de Bélinde est Blaise un jardinier ! Il est clair que ce mariage n'est qu'une feinte. Oui je l'ai traitée avec trop de rigueur ; je devais au moins l'entendre.
Marine
Me voila, hé bien tout est-il prêt ? Ne me ferez-vous plus attendre ?
Fontalbe
Non, Marine tout est prêt... Mais je voudrais avoir ou est Bélinde.
Marine
Comment Bélinde, et que vous importe ?
Fontalbe
C'est que je vois que sa présence vous inquiète, et je voudrais la faire partir sur le champ.
À Blaise qui arrive.
Marine
À la bonne heure. Tenez voici quelqu'un qui vous en dira des nouvelles. Où avez vous donc laissé cette belle Dame ?
Scène 7
Blaise, Fontalbe, Marine
Blaise
Qui ? Bélinde ? Ah ! Je la crois bien loin à présent.
Fontalbe
Comment, bien loin ! Où donc ?
Blaise
Où ? Parguenne, au fond de la mer, peut-être.
Fontalbe
Au fond de la mer ! Elle s'est jetée ?
Blaise
Non ; v'la comment ça s'est fait. All'a dit qu'all'vous aimait trop pour vous voir à eune autre, et qu'alle aimait mieux s'en aller. Pour ça, elle avait arrêté eune de vos petites barques. J'ons voulu à toutes forces, l'en empêcher ; al'ne m'a pas écouté. J'ons couru à la ville pour vous le dire vous n'y étiais pas. Pendant ce temps-là, il a fait un coup de vent terrible ; et en revenant, j'ons regardé de dessus ce rocher, et j'ons vu la petite nacelle sens dessus dessous, au milieu de la mer.
Fontalbe
Mais il fallait du moins... Ô Dieux !
Blaise
Au reste, all' s'y attendait. Al'm'avait chargé de vous dire qu'alle était toujours fidèle et pour preuve, al'vous envoyait ce papier.
Il lit.
vers Blaise.
Fontalbe
Dorval ! Mon ami c'est en effet son écriture. Voyons. « Je n'ose m'expliquer moi-même charmante Bélinde, et je vous écris. Pardonnez à mon amour, une trahison qu'il m'a suggérée. C'était renoncer à mon bonheur que de vous laisser au pouvoir de Fontalbe. Il vous croit infidèle et vous êtes à moi voilà mon crime. La passion la plus violente en fera-t-elle l'excuse ! De quel oeil verrez-vous le malheureux Dorval ? » Le monstre ! Bélinde est innocente, ô ciel ! Et j'ai causé sa mort !... Gardes, Matelots, Habitants ! Que tout se rassemble à ma voix. Courez, cherchez Bélinde, je ne puis vivre sans elle. Si je ne la retrouve, je m'en prends à toute la nature, à toi traître.
Blaise
Moi, Monseigneur !
Il sort.
Fontalbe
Oui tu es la cause de mon malheur. Si Bélinde m'est ravie si Fontalbe ne peut réparer son injustice, n'attends ici que la mort la plus affreuse.
Blaise
Mais Monseigneur est-ce ma faute ? Marine, prie pour moi.
Marine
Mais,Monseigneur notre mariage ?...
Scène 8
Blaise
RÉCITATIF OBLIGÉ.
Blaise
Demain peut-être hélas, on va me pendre, Mais le destin me poursuit donc toujours ! Malheureux Blaise ! Ah ! Devais tu t'attendre Dans cette île maudite, à terminer tes jours ? Décampons... Sauvons-nous... Où trouver de secours ? Mon coeur palpite et la mort m'est présente. La mort effrayante Terrible menaçante. Suis-je dans les prisons ? L'ombre m'épouvante. Fuyons. Ô ciel ! Qu'entends-je ? De verrous et de fers Un bruit étrange. C'en est fait, pauvre Blaise, adieu tout l'univers. La colère sur la face C'est le juge qui vient là. De son doigt il me menace ; Écoutons ce qu'il dira. « Téméraire quelle audace Qui t'amène en ces climats ? » La tempête ici me chasse ; Mais je vous demande grâce, Paix-là, paix-là, je m'en vas. Loin d'entendre rien ne l'arrête, Il crie, il jure, tempête, La vengeance suit ses pas. Tu vois bien que l'on apprête, Pauvre Blaise, ton trépas. Me voilà bien chanceux ! Mais on vient, c'est le Gouverneur, décampons... Que vois-je ? Il a retrouve Bélinde, oh ! J'en ferons donc quitte pour la peur.
Scène 9
Fontalbe, Bélinde, Blaise
Fontalbe
C'est toi !... C'est toi que je presse. Rends-moi toute ta tendresse ; Et je veux garder sans cesse, Mes serments et nos amours.
Bélinde
Si ton coeur reprend sa chaîne, Si l'amour vers moi t'amène, Je n'ai plus souffert de peine ; Je ne songe qu'à nos amours.
Fontalbe
Je fus cruel.
ENSEMBLE.
Bélinde
Ah ! Je t'adore. Je suis trop heureuse encore, Si tu veux m'aimer toujours. Que ta main qu'ici je presse, Soit garant de ta tendresse. Défendons à la tristesse De troubler d'aussi beaux jours.
Bélinde
Ah ! J'ai peine à soutenir l'excès de ma joie.
Fontalbe
Viens te reposer dans ce pavillon... Ce jour est le plus beau de ma vie.
Blaise
Bon !... V'la qu'est donc raccommodé ! Ah ! Ma pauvre Marine, je te tenons ! Je te ferons enrager à mon tour. La voici gardons not'fier, jusqu'à ce que je n'y puissions plus tenir.
Scène 10
Marine, Blaise
Marine
Il l'a donc retrouvée !... Et v'la mon règne fini... Revenir à Blaise, et surtout revenir la première c'est dur.
Blaise
Al'se consulte.
Marine
Ah ! Blaise, te voilà !
Blaise
Oui, Madame, prêt à recevoir vos ordres.
Marine
Il se moque de moi, il me rend le change.
Blaise
Qu'est-ce que Madame désire ? M'apporte-t-elle le petit cadeau qu'elle m'avait promis.
Marine
Non.
Blaise
Madame veut-elle que j'aille avertir Monseigneur Fontalbe, son futur époux ?
Marine
Fontalbe ! Je ne me soucie guère de lui. Je l'épousais parce qu'il m'y forçait, par la circonstance, la loi ; mais je ne l'aimais pas.
Blaise
Cependant, Madame l'avait choisi sur tous les autres.
Marine
Vraiment oui. Il est Monsieur le Gouverneur, on est ben aise d'être Madame la Gouverneuse... Mais le coeur... Ah ! Quand le coeur s'est donné une fois.
Blaise
He ben, le coeur, qu'est-ce qu'il deviant ?
Marine
La vanité ne vaut pas l'amour ; il en revient toujours à son premier choix.
Blaise
La bonne friponne !
Marine
Je crois que ça le touche.
Blaise
Mais oui, ça se voit queuquefois. Par exemple, Fontalbe et Bélinde s'aimant mieux que jamais à présent.
Marine
Ah !... Et comment l'a-t-il donc retrouvée ? Ce coup de vent.
Blaise
C'est jugement ça qui nous l'a rendue. Ce coup de vent a détaché la nacelle au moment qu'alle allait s'y mettre, et Bélinde est restée sur le rivage où on l'a trouvée.
Sans le regarder.
DUETTO.
Marine
Je n'ai pas une âme méchante ; Que l'on m'aime, qu'on se repente Je suis bonne je suis confiante; Toi tu n'es qu'un amant trompeur. Je fuis fort aise qu'ils se raccommodent... C'est un grand plaisir de se raccommoder !
Blaise
Est-ce moi ?
Marine
Vous ! Non je vous jure, Non, je parle d'une autre injure : Vous ne méritez pas mon coeur.
Blaise
Si tu n'es plus inconstante, Si tu veux qu'on se repense, Sois encore mon Amante ; Viens, approche, reprends mon coeur.
Marine
Est-ce moi ?
Blaise
Vous ! Non Madame. Non je parle d'une autre flamme. Vous aimer est trop d'honneur.
Marine
Voyez l'imbécile Qui fait l'homme habile !
Blaise
Que Madame excuse. C'est que je m'amuse De votre souci.
Ensemble.
Marine
Perfide, volage, Va-t-en loin d'ici ; As-tu le courage De railler ainsi ?
Marine
J'étouffe de rage. En vain les amants Promettent l'empire ; Ils ne font que rire De tant de serments. Ton coeur me rejette ! J'ai fait mon malheur. Fillette jeunette Veut être coquette; Bientôt la pauvrette Connaît son erreur.
Blaise
J'étouffe de rire. Faisons quelque temps Durer son martyre. Qu'elle apprenne a rire Mais à ses dépends. La noce s'apprête Je vais à la fête ; Danser de bon coeur.
Scène 11
Marine
Vivement.
QUARTETTO FINALE.
Marine
D'une chimère vaine, J'ai perdu tout espoir. Quels maux l'amour l'entraîne ! Vers Blaise il me ramène, Encor trop incertaine S'il veut me recevoir. Fort ben ! V'la deux amants de perdus en un jour !... Avec tout ça je ne veux pourtant pas rester fille.
Scène 12
Fontalbe, Bélinde, Ensemble
Fontalbe
D'Amour goûtons les charmes, Sans crainte et sans alarmes. L'ivresse après les larmes, En a plus de douceur.
Fontalbe
C'est toi !
Bélinde
J'en doute encore.
Fontalbe
Je t'aime.
Bélinde
Ah ! Je t'adore.
Ensemble
De la plus douce aurore L'éclat luit à mon coeur. Il annonce le bonheur.
Scène 13
Blaise, Fontalbe, Marine, Ensemble
Blaise
J'vous fais ma révérence ; Qu'avez-vous à m'ordonner ? Au pays de ma naissance Je suis prêt de retourner.
Fontalbe
Adieu donc, mais que ta femme De ces lieux parte avec toi.
Blaise
Qui ? Marine ? Non, sur mon âme Ne m'en faites pas la loi. Elle veut être Madame, Tout est dit entre elle et moi.
Marine
Ah ! Blaise daigne m'entendra. Si tu veux encor me reprendre, Je ferai fidèle et tendre ; Mais si tu me tiens rigueur, Je mourrai de ma douleur.
Marine
Quand je reviens Elle revient Ton âme est aussi trop fière. Que l'amour triomphe enfin.
Blaise
Il faudrait avoir l'âme de pierre, Pour ne pas terminer son chagrin. Tien[s], la paix, je te donne ma main.
Ensemble
Règne, règne à jamais la confiance Qui nous donne les jours les plus beaux. L'amour peut tourmenter l'innocence, Mais il met toujours fin à ses maux, Règne, règne à jamais la constance, Qui nous donne les jours les plus beaux.