La Noce de Village
Scène 1
Colin, Nicolas
Colin
Jarnigué, Nicolas.
Nicolas
Et jarnigué toi-même. Margué comme tu fais ; tu deviens tout blasphèmes Partant que je t'ai dit deux paroles.
Colin
Margué. Tatigué, jarnigué, vois-tu bien ? Ventrigué, Je suis un bon garçon, tout franc, mais tatiguene, Je ne suis point un sot, franchement.
Nicolas
Hé, marguene, En suis-un, moi, Colin ?
Colin
Et si tu l'es tant mieux, Qu'est-ce qui t'en dis rien ? Mais, margué, j'ai deux yeux ; Tu le sais bien.
Nicolas
Et bien, quand tu z'en naurais quatre.
Colin
Margué, je veux me battre.
Nicolas
Et contre qui ce battre.
Colin
Jarnigué contre ceux qui me diront du mal.
Nicolas
À qui, guiabe, en as-tu ? Dis donc, gros animal.
Colin
Laisse-moi là, vois-tu ? Je ne veux point tant rire, Moi.
Nicolas
Pargué, dis moi donc...
Colin
Je ne te veux rien dire.
Nicolas
Et bien, ne dis donc rien.
Colin
Je dirai si me plaît.
Nicolas
Parle donc tout ton son.
Colin
Margué t'as bien du plaid ; Mais vois-tu ! Nicolas ? Je suis, pargué, bon frère, Veux-tu savoir pourquoi que je suis en colère.
Nicolas
Et bien pourquoi ? Dis donc.
Colin
C'est que je suis fâché ; Jarnigué l'autre jour comme j'atais caché... Non, c'est que j'acoutoes par le trou de la porte, C'est à dire qu'enfin... Mais bref, tanquia, n'importe. Or donc, car ventrigué, vois-tu bien Nicolas ? Je ne suis point un gnais.
Nicolas
Non dà, tu ne l'es pas.
Colin
Nanain, margué, nanain, je nel fuis, pargué, goutte.
Nicolas
Et bien, tan mieux pour toi.
Colin
Tant mieux, voirment, accoure, Nicolas, tu sais bien que je fon bon amis, Et tu sais bien encore que je somme pormis La fille au Grand-François avec moi par ensemble.
Nicolas
Et bien.
Colin
Mais ventriguenne, est-ce don qui te semble, Que quand qu'on est pormis, margué, qu'en N'ait rien fait.
Nicolas
Et bien, susse.
Colin
Et bien donc, margué, comme d'effes ; Tu sais bien que je fime avant-hier nos fansailles. Et qu aujourd'hui, margué, je son les épousailles.
Nicolas
Est-ce là tout, Colin ?
Colin
Non-dà, ce n'est pas tout ; Je m'en vois commencer tout par le droit fin bout, Hayer, come esgeveny d'avaNnt notre prairie, J'entris cheul Grand-François pour viriter not mie, Margué j'apercevy par le trou du grand huis, Que tu batifolais tout l'environ du puits Aveuc elle.
Nicolas
Avec qui ?
Colin
Morgues avec Glaudenne ; Aux enseigne, aga quien, que tu prenis la peine De mettre tes deux mains soura vau son brechet, Et puis tu lui baillis comme un colifichet... Margué je m'entends bien ; tu lui disais, Glaudenne, Lorgne-moi par un peu, n'ai-je pas bonne mène ? A donc, tu la ptenis par le chignon du cou, Et tu t'allis fourrer dans le jardin au chou Aveuc elle.
Nicolas
Bon, bon.
Colin
Il ne faut point tant rire. Nicolas, j'ai tout vu.
Nicolas
Bon, bon.
Colin
Que veux-tu dire ? Bon, bon : car vois-tu bien, si j'avais été prompt, Margué, je t'aurais fait pût-être un grand affront.
Nicolas
Bon, bon, qu'arais-tu fait.
Colin
Si je n'eusse été sage, Margué je l'arais dit par tout notre village. Et quem sonsige-moi ? Ventregué, dans l'honneur Je suis pis qu'un démon, car rien ne me fait peur. Comme dit l'autre, on za biau prenre une fumelle, Margué n'en prend toujours queuque mâle aveuc elle.
Nicolas
Ardé le grand malhûr.
Colin
Et bonhûr si tu veux, Je ne veux point porter les cornes si je peux : Et que sait-on ? Parfois un désespoir peut prendre. Marguene, pour un rien qu'un cocu s'irait prendre, Je le sais, pargué bien, j'en connaissons plusieurs...
Nicolas
Hé, margué, tu ferais comme les gros Monsieur. Hé ! Que t'es fou, Colin !
Colin
Ho ! Margué fou toi-même, Je ne veux point de lait quand un autre à la cr7me.
Nicolas
Bon, bon.
Colin
Mais ventrigue aveuque ton bon Il faut point tant de lard pour faire un quarteron.
Nicolas
Bon, bon.
Colin
Pela morgoine, il ne faut point tant rire. Veux-tu le battre ?
Nicolas
Non.
Colin
Quien, tu n'as rien qu'à dire ?
Nicolas
Et non, Colin, nanain voire dà, queu marchant !
Colin
Ô margué, je te veux, moi.
Nicolas
T'es donc bien michant ?
Colin
Oui, margué, je le suis.
Nicolas
Tu fais le diable à quatre : Mais Colin, dis-moi donc, pourquoi veux-tu te battre.
Colin
Morgué, pour mon plaisir, de quoi te mêles-tu ? Se bat-on pas toujours quand qu'on devient cocu.
Nicolas
Et l'es-tu ?
Colin ôte son pourpoint et son rabat.
Colin
Palsangué je m'attends bien de l'être ; Mais morguene avant coup je yeux faire bissêtre ; Jarnigué, par point bas, je veux me battre en deuil. Déchaussons le rabat, margué, bon pied, bon oeil. La main fait tout.
Nicolas
Fi donc, Colin, n'en te regarde.
Il présente le poing à Nicolas.
Colin
Je n'ai coeur, ventrigué, boute toi dans ta garde.
Nicolas
Oh ! C'est donc tout de bon ? Margué, vêla pour toi.
Colin
Ah morgué, Nicolas ! te moques-tu de moi ? Tu bailles dans less dents.
Nicolas
Margué, que me soucie-je ? Tant mieux.
Colin
Ô vantrigué, laisse-moi là, te dis-je.
Nicolas
Quien, c'est pour t'agacer.
Colin
Ouf, margué, Nicolas, Quien, jarny, queuque jour ? Tu t'en repentiras.
Nicolas
Et que me feras-tu ?
Colin
Margué !
Nicolas
Quoi ?
Colin
Ventriguene.
Nicolas
Hey.
Colin
Quien, je le dirai dres ce soir à Glaudenne : Tu le verras plutôt, mais pargué la voici.
Scène 2
Claudine, Colin, Nicolas
Claudine
Bonjour, me doux Colin, m'en amoureux souci.
Colin
Laisse loi là, marguenne.
Claudine
Hé coeur de ma poitrenne, Petit cochon de lait, qu'as-tu donc ?
Colin
Ô la chienne !
Claudine
[Me] tredine, qu'a-t'il ?
Nicolas
C'est qu'il se bat en deuil.
Colin
Ventrigué, je t'aurai queuque jour seul à seul, Laisse faire.
Nicolas
Hé margué, viens-y donc tout à l'heure.
Colin
Oh, jarnon, dans les dents !
Claudine
Hé quoi ! Tu pleures ? Et d'où vient donc ?
Colin
Marguenne, hé.
Claudine
Bonjour, Nicolas.
Colin
Oh chienne ! Queuque jour tu t'en repentiras. Patience ?
Claudine
Et de quoi bien aimé ?
Colin
Va je te battrai bien quand tu seras ma femme, Baille moi deux épingues.
Il l'a piqué en prenant l'épingle.
Claudine
Hé mon quieu ,les voila.
Colin
Carogne.
Claudine
Chouf, Colin.
Colin
Ce n'est rien que cela. Je t'en ferai bien pis.
Nicolas
Pourquas que tu la piques ?
Colin
Margué t'en as menti, boute mieux besicles.
Nicolas
J'ai menti ?
Claudine
Nicolas, tredin, tenez vous coi.
Colin
Oh marguene au secours, à moi queu qu'un à moi.
Scène 3
Gros Jean, Grand François, Colin, Nicolas, Claudine
Gros Jean
Qu'est-ce qui n'y a ?
Grand François
Tatigué, c'est mon gendre.
Colin
Biau père, tatigué, venez pour me défendre.
Gros Jean
Nicolas.
Grand François
Et Colin, dis donc qu'as tu mangé ?
Gros Jean
Marguenne y sont tous deux pires qu'un enragé.
Colin
Oh nargué, je t'aurai.
Gros Jean
Peste soit de la bête, Jem donne au diable, van je te romrai la tête Si tu zy revien plus.
Grand François
Oh, vous n'en ferez rien Gros-Jean.
Gros Jean
Et que sais tu ?
Grand François
Je le sais pargué bien, Car j'y avon regardé.
Gros Jean
Je t'en réponds, mon borgne, Je te crains margué bien.
Grand François
Margué comme tu lorgnes, Veux tu que je fassions le coup de poing nous deux ?
Nicolas
Margué ne dites rien, vous êtes le plus vieux, Montrez-vous le plus sage.
Gros Jean
Oh, gna sage qui quiene Margué, s'il a du coeur, ventrigué qu'il y vienne.
Grand François
Oh, si je non du coeur, vois-tu, j'on du quarriau, Et si t'en veux jaser vien t'en dessous l'ormiau Tu le verras.
Gros Jean
Margué, tu n'es rien qu'un pagnorte.
Grand François
Oh, j'avon pourtant vu le Chaquiau de la Motte. Et si j'avons porté des farcine à Rocroy.
Gros Jean
Oui par dessus l'épaule.
Grand François
Et parqué, je le crois.
Gros Jean
Va, va, je savons bien queussuq c'est que la guerre J'on mangé queuquefois du l'art de militaire, Je savons, margué, bien, tirer un coup mousquet Sans nous brûler les doigts a vus tous VOS caquets ; Ô dont vous voyez bien, c'est pour vous faire entendre Que si vous nous baquiais, je saurions nous défendre.
Grand François
Ô margué, j'en on vu d'aussi futés que toi ; Quand on se bat, vois-tu, chacun y va pour soi : Crois-tu que je n'on pas queuque fois vu les drilles ? Tatigué tous les coups n'en ne fait pas neuf quilles Et j'en avon tant vu de ces regneux de Guieu, Aveuc ta parmission que je te crève un yeux.
Colin
Margué, vela pour toy, j'avons notre revanche.
Nicolas
Ouf, j'ai le nez cassé.
Grand François
Tatigué, queu Dimanche.
Nicolas
Oh ventrigué, Colin, c'est de la trahison, Mais margué, queuque jour j'aurons notre raison.
Colin
Ô, viens-y, Nicolas, je te ferons bien rire.
Gros Jean
Marguene, Grand-François, qu'est-ce qu'ou voulez dire ? Est-ce là l'action d'un brave homme de bien ?
Grand François
Quoi ?
Gros Jean
De frapper les gens, margué, sans dire rien.
Grand François
Mais marguene, à proupos d'où yien donc la querelle.
Gros Jean
Bon, palsanguié, samon, vous nous la baillez belle. Est-ce que j'en sais rien ?
Grand François
Pargué ni moi non plus.
Gros Jean
Marguene, pourquoi donc nous serions-je battus ?
Grand François
Je m'en sais pargué rien ; Colin, pourquoi serait-ce ?
Colin
Margué, veyez-vous bien, que mon péché n'en croisse, Je crois que Nicolas m'a quasi fait cocu, Et vela pourquoi que c'est qu'ou vous seriais battu.
Grand François
Cocu !
Gros Jean
Cocu !
Nicolas
Cocu !
Claudine
Cocu !
Colin
Cocu, marguene.
Claudine
Ho, Colin, pour si peu ce n'en est pas la peine.
Grand François
Et n'est-ce que cela, gros sot ?
Colin
Et ce n'est rien.
Grand François
Pargué le grand malheur, aga, je le suis bien. Et gros Jean aussi.
Gros Jean
Moi ?
Grand François
C'est pour lui faire accroire.
Gros Jean
Margué, rayez cela de dessus vos grimoires, Je n'ai jamais reçu, parguene un tel affront.
Claudine
Cocu, c'est quand on a des cornes sur le front, Tâte bien si t'en as, Colin.
Colin
Hé bonne bête, Ce que l'on plante aux pieds vient-il dessus la [truffe] ? Quien pour nous marier je suis ton serviteur, Je son pauvre, vois-tu, mais javon de l'honneur.
Claudine
Hé mon Guieu, que t'es chose !
Il veut s'en aller.
Colin
Oh gna chose qui quienne, Je devions nous marier aujourd'hui, mais marguene, Il n'en fera rien, ou... final, je m'entends bien.
Grand François
Pargué va, t'a raison... comme il n'en fera rien ; Margué, je ne...
Gros Jean
Tout biau, vous vous chauffez la bile.
Grand François
Ho, je suis d'une himeur tout à fait domicile, Mais margué dans l'honneur je suis pis qu'un Satan. Hé comment ! Tout est press...
Gros Jean
Et bon, cela s'entend, Margué vous avez tort, Colin.
Colin
Et j'ai le Diable.
Gros Jean
À ton col, hé Marchand, on ne y fait le capable !
Grand François
Colin, quien si tu veux que je s[oy]ons bons amis, Marguene il faut tenir le mot que t'as promis.
Colin
Pargué, je m'en bas l'oeil.
Grand François
Oh, je m'en bats les fesses, Marguene, je te frons, margué, bien tenir tes promesses, Ou je plaiderons bien.
Colin
Et bien je plaidrons, Et si nous faut trembler, margué je tremblerons.
Grand François
Jarnigué, je ferons quoique nouviau grabuge.
Colin
Palsanguè je varrons, vecy Monsieur le Juge.
Scène 4
Colin, Le Juge du Village, Grand François, Le Greffier, Gros Jean, Claudine, Nicolas, Tous
Colin présente un siège au juge, et comme il veut se seoir, Colin retie le siège comme pour le nettoyer, et le juge tombe.
Colin
Monsieur le Juge, ardè, tenez boutez vous là.
Le Juge du Village
Hé.
Colin
C'est que notre siège était sale par là, Reboutez vous.
Le Juge du Village
Et bien ?
Colin
Monsieur j'avons querelle.
Grand François
Oh, margué, j'en appelle.
Colin
Oh, c'est moi qu'en appelle.
Le Juge du Village
Lequel est l'appelant des deux ou l'intimé ?
Colin
Monsieur...
Le Juge du Village
Dans le procès chacun est-il nommé ?
Colin
Monsieur...
Le Juge du Village
Est-il verbal, ou bien si la partie Est appointée en droit ?
Colin
Monsieur...
Le Juge du Village
L'antipathie Est une étrange chose !
Colin
Il est vrai, mais.
Le Juge du Village
Au moins Dedans le fait et cause avez-vous des témoins ?
Colin
Ventriguene, Monsieur...
Le Juge du Village
Répondez donc.
Colin
Ô peste ! Monsieur.
Le Juge du Village
Votre innocence est assez manifeste.
Colin
Je vous...
Le Juge du Village
Explique-moi la chose comme elle est.
Colin
Acoutez, vous saurez...
Le Juge du Village
Voulez-vous un arrêt Qui soit au défenseur conforme à la sentence ?
Colin
Et non, Monsieur, je veux.
Le Juge du Village
Un peu de patience: Dites, que voulez-vous ?
Colin
Monsieur enfin...
Le Juge du Village
Hola, Faites faire silence.
Le Greffier
Et là, Messieurs, paix là, Monsieur n'sait ce qu'il dit.
Colin
Ho, faites-nous la grâce...
Le Juge du Village
On poudrait bien aussi juger par contumace, Fors aux cas réservés à l'hymen clandestin.
Colin
Margué ? je n'entends point tous vos mots de Latin.
Le Juge du Village
Si vous êtes absurd és termes de pratique, Il faut donc que quelqu'un pour votre cas s'explique. Parlez-vous, Grand François.
Grand François
Monsieur...
Le Juge du Village
Ne parlez plus. C'est assez, vous Gros-Jean, répondez là-dessus.
Gros Jean
Monsieur...
Le Juge du Village
Hola, tase. Parlez, Colin.
Colin
Marguene...
Le Juge du Village
Bon, voila qui va bien, répondez vous Claudine.
Claudine
Monsieur...
Le Juge du Village
Qu'un jugement est un grand embarras !
Colin
Oh bien.
Le Juge du Village
Laissez un peu répondre Nicolas.
Nicolas
Moi ? Je n'ai rien à dire.
Le Juge du Village
Il faut que chacun parle.
Colin
Margué, ja veux chiffler pu fort que notre Marle.
ENSEMBLE
Tous
Vous saurez donc, Monsieur, que comme je venoua A Je nous esquième tous auparavant allé É Cheux Colin pour y voir la noce d'aujourd'hui I Mais comme je veniens, Monsieur, tout aussitôt, O Qu'en ce rencontre y la je nous seriens battu. U
Le Juge du Village
Bénit soit le procès de l'A, E, I, O, U. Écrivez donc Greffier.
Le Greffier
Monsieur, je n'entends goutte.
Le Juge du Village
Et quoi ? Ne faut-il pas que le Greffier écoute.
Grand François
Oh bien, Monsieur, vela, j'avons dit l'action, C'est à vous à bailler voute contusion.
Le Juge et le Greffier s'en vont.
Le Juge du Village
Je conclus, concluant par conclusion brève Que vous serez très tous pendus en pleine Grève, Et si vous appelez d'un si beau jugement, Je conclus, concluant, conclusitivement, Pour ne vous plaindre point de notre procédure, Que je ne conclus rien de peur de mal conclure.
Colin
Bon, nous vela pas mal.
Grand François
Pargué, d'effet, samon, Mais marguene, Colin, aveuc tout ton sarmon. Que veux-tu dire aussi, tiens si tu m'en veux croire, Margué, tu larras là toute ta belle Histoire, Vela le festin prêt qui vient subitement, Et nargué tu nous viens bailler du compliment, Allons, gros Jean, prenez Nicolas par la patte : Et faut-Il pour un rien qu'un bon ami se batte ? Donne ta main, Colin.
Colin
Marguene...
Grand François
Do[nne] don.
Colin
Non, jarnigué, je veux qu'il demande pardon.
Nicolas
Et de quoi ?
Colin
Ô de quoi ?
Gros Jean
Oui de quoi ?
Colin
Ventriguene, De ce qu'il a voulu coucher avec Glaudenne.
Nicolas
Il n'est margué pas vrai.
Colin
Margué, je dis que si.
Gros Jean
Et puisqu'il n'est pas vrai, Colin, t'as tort aussi.
Colin
Et bien, margué, n'importe, il faut qu'il le confesse Ou je ne ferons rien.
Nicolas
Mais ventriguene....
Grand François
Et qu'est-ce? Dis qu'oui.
Nicolas
Je le veux bien.
Colin
Mais margué de franc coeur.
Nicolas
Oui, parguene.
Colin
Ô bien don je suis ton serviteur.
Grand François
Ah, voila qui va bien ; bon voici le notaire. Bonjour, à Monsieur Bertrand.
Scène 5
Nicolas, Gros Jean, Monsieur Bertrand, Colin, Grand François, Claudine
Nicolas
Ah bonjour, vieux frère.
Gros Jean
Bonjour, Monsieur Bertrand.
Monsieur Bertrand
Bonjour, bonjour, Gros-Jean. Or ça, je viens ici...
Colin
Bonjour, Monsieur Bertrand.
Monsieur Bertrand
Bonjour.
Grand François
Nous venez vous lire des hereticles ?
Monsieur Bertrand
Oui, si Dieu plaît.
Grand François
Et bien, boutez donc vos besicles.
Monsieur Bertrand
Par devant Bertrand Douillet, Tabellion d'Aubervilliers. Furent présents en leurs personnes Jean Laurens, dit Grand-François, demeurant audit Aubervilliers ; et Perrette Cre sa femme, d'une part : Guillaume Buttan, Maître Carillonneur et premier Chasse-chien de la grand'Église dudit lit à Catherine Vigreux sa femme, lesquels de leur bon gré ont reconnu et confessé avoir fait et font les promesses et accords de mariage qui ensuivent, à savoir de Colin Battan et de Claudine Vigreux, tous bourgeois dudit lieu tant du côté paternel que maternel ; l'un à l'autre agés de chacun dix neuf ans environ, plus ou moins sans conséquence. Pour la grande affection qu'ils se portent, pour avoir gardé par l'espace de dix ans les vaches ensemble, ils ont désiré se conjoindre par lien matrimonial sous le bon plaisir de leurs parents et amis. Lequel Guillaume Buttan non ici présent pour être détenu au lit d'un coup de pierre au beau milieu du dos, a donné et donne - Colin Battan son fils et futur époux, par ces présentes, en faveur de mariage un arpent d'héritage assis audit Aubervilliers. Plus une charrue attelée d'un boeuf et d'un âne âgés de quarante cinq ans ou environ ; ensemble ses habits, savoir un paletot d'écarlate noire doublé de jaune cramoisie, un fonds de chauffe de blanchet gris, une chemise garnie de son colet de toile à boussette. Item une paire de guêtres et de souliers de vache tout neufs ; en outre la somme de onze livres quinze sols six deniers tournois en belle pistole, et monnaie blanche. Et quant au dit Laurent, dit Grand-François, père de la future épouse, pour la bonne amitié qu'il porte, lui a donné en faveur dudit mariage un quartier et demi de pré fraîchement tondu, assis au lieu et territoire de la Motte, plus une vache sous poil grivelé avec le pot à traire et autres ustensiles de ménage, et outre son trousseau garni de deux draps et une nappe frangée d'une aune un douze ou environ avec ses bagues et ses joyaux, desquels ledit Colin Battan, futur époux, s'est tenu à tient pour content, et a donné et donne ladite future épouse de la somme de quatorze sous six deniers tournois, pour icelle avoir et prendre sur une masure sise en la plaine de Long-Boyau, et est accordée entre lesdites parties qu'au cas que l'un desdits futurs époux décède sans enfants procrées de leur mariage, le survivant remportera ce qu'il aura apporté ainsi qu'ils ont présentement accordé. Et quant à tout, etc. et obligeant, et renonçant, et fait et passé, etc.
Grand François
Bon, voilà qui va bien, donnez, je signerons. François, s'écrit-il pas avec deux O ronds ?
Monsieur Bertrand
Tout comme il vous plaira.
Grand François
Véla qu'a bonne menns
Monsieur Bertrand
Allons Monsieur Colin.
Colin
Quoi ! Faut-il que je senne ?
Monsieur Bertrand
Belle demande !
Grand François
Bon, peste du jobelin.
Monsieur Bertrand
De l'autre main !
Colin
Ah, oui, P, G, C, Q, Colin.
Monsieur Bertrand
À vous, Claudine, allons.
Claudine
Je ne sais point écrire, Monsieur Bertrand.
Grand François
Pargué va, tu nous fais bien rire : Hé, prend la plume, allons, boute là tes cinq doigts.
Claudine
Je m'en vais seulement faire cinq ou six croix ; Sera-ce assez ?
Colin
Fais-en plutôt plein un carrosse.
Scène 6
Marion, Grand François, Monsieur Bertrand, Claudine, Colin
Marion
Voici tous les Monsieux qui venons la nôce, Mon père, ma Grand dit que vous dongniez la clé Pour avinre des noix dans le grenier au blé.
Grand François
La vela, quien, allons, que l'on boute la nappe.
Monsieur Bertrand
Vous écrivez fort bien.
Claudine
Mon Guieu, le coeur me tape.
Monsieur Bertrand
Or ça, Messieurs, adieu.
Grand François
Bonsoir, Monsieur Bertrand.
Monsieur Bertrand
Au moins vous savez bien...
On fait paraître une table servit rustiquement.
Grand François
Marguene, allez-vous-en. Ne savons-je pas bien tout sen qui faudra faire ?
Colin
Glaudenne, ventrigué, je ferons bonne chère.
Grand François
Vous qerez mal traitez, mais margué, voyez vous, Messieurs, vous y serez tout enfin que chez vous, Boutez-vous donc tretous...
Colin
Pargué sans simonie.
Grand François
Allons donc, Nicolas, Gros-Jean, jarni ma vie, Boutez-vous donc, Messieurs.
Scène 7
Marion, Un Vielleux, Colin, Nicolas, Un Choeur De Paysans, Un Autre Choeur, Grand François
Marion
Voici les violons.
Un Vielleux
Bonjour Messieurs.
Colin
Bonjour.
Un Vielleux
Voici deux bons garçons, Qui vont pargué jouer des branles d'importance.
Colin
Ho, je somme bien fous, après pause la danse. Jouez.
Il boit.
Un Vielleux
Je ressemblons à l'oisiau de cheu nous, Je ne saurions chiffler si je ne sommes fous. Aveuc vot parmission ; margué, le front me sue.
Colin
Et là, là, tirez bas, de crainte de la vue.
CHANSON.
Un Vielleux
Véla qu'est bien, ronflons. Aga Piarot le terrible accident, J'avions fait acheter une fort bonne éclanche, J'esperions la manger, et l'était belle et blanche. Maturenne qui a le coeur grand Voulait régaler nos parents, L'estions auprès du feu les mains dessus les hanches, Je buvions demistié tourjour en attendant, Mais hélas dans le même instant Un matin l'atrapit sur le bout d'une planche, Et nous la croquit sur le champ, Il n'en laissit rien que le manche ; Aga Piarot le tarible accident.
Colin
Hé margué Nicolas, Puis je sont bons amis, pargué, tu danseras.
Nicolas
Je ne sais point danser. Laisse-moi là.
Colin
Pargué, Hé danse un tantinet pour l'amour de Glaudene.
Un Choeur De Paysans
Pargué, vive Glaudenne.
Un Autre Choeur
Et vive aussi Colin.
Grand François
Chacun s'aille coucher, Messieurs, jusqu'à demain.