Comédie · 1681

La noce de Village

de Guillaume Marcoureau de Brécourt

Représentation
≈ 23 min
Distribution
1 femme, 7 hommes
Répliques
278
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Colin H 98 ≈ 8 min 7
Grand François H 42 ≈ 4 min 5
Monsieur Bertrand H 12 ≈ 4 min 2
Nicolas H 50 ≈ 2 min 6
Gros Jean H 24 ≈ 2 min 3
Le Juge du Village H 24 ≈ 2 min 1
Un Vielleux H 4 ≈ 1 min 1
Claudine F 17 ≈ 1 min 5
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Noce de Village
Colin
Grand François absentabsent
Monsieur Bertrand absentabsentabsentabsentabsent
Nicolas absent
Gros Jean absentabsentabsentabsent
Le Juge du Village absentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Vielleux absentabsentabsentabsentabsentabsent
Claudine absentabsent
PDF

La Noce de Village

Scène 1

Colin, Nicolas

Colin

Jarnigué, Nicolas.

Nicolas

Et jarnigué toi-même. Margué comme tu fais ; tu deviens tout blasphèmes Partant que je t'ai dit deux paroles.

Colin

Margué. Tatigué, jarnigué, vois-tu bien ? Ventrigué, Je suis un bon garçon, tout franc, mais tatiguene, Je ne suis point un sot, franchement.

Nicolas

Hé, marguene, En suis-un, moi, Colin ?

Colin

Et si tu l'es tant mieux, Qu'est-ce qui t'en dis rien ? Mais, margué, j'ai deux yeux ; Tu le sais bien.

Nicolas

Et bien, quand tu z'en naurais quatre.

Colin

Margué, je veux me battre.

Nicolas

Et contre qui ce battre.

Colin

Jarnigué contre ceux qui me diront du mal.

Nicolas

À qui, guiabe, en as-tu ? Dis donc, gros animal.

Colin

Laisse-moi là, vois-tu ? Je ne veux point tant rire, Moi.

Nicolas

Pargué, dis moi donc...

Colin

Je ne te veux rien dire.

Nicolas

Et bien, ne dis donc rien.

Colin

Je dirai si me plaît.

Nicolas

Parle donc tout ton son.

Colin

Margué t'as bien du plaid ; Mais vois-tu ! Nicolas ? Je suis, pargué, bon frère, Veux-tu savoir pourquoi que je suis en colère.

Nicolas

Et bien pourquoi ? Dis donc.

Colin

C'est que je suis fâché ; Jarnigué l'autre jour comme j'atais caché... Non, c'est que j'acoutoes par le trou de la porte, C'est à dire qu'enfin... Mais bref, tanquia, n'importe. Or donc, car ventrigué, vois-tu bien Nicolas ? Je ne suis point un gnais.

Nicolas

Non dà, tu ne l'es pas.

Colin

Nanain, margué, nanain, je nel fuis, pargué, goutte.

Nicolas

Et bien, tan mieux pour toi.

Colin

Tant mieux, voirment, accoure, Nicolas, tu sais bien que je fon bon amis, Et tu sais bien encore que je somme pormis La fille au Grand-François avec moi par ensemble.

Nicolas

Et bien.

Colin

Mais ventriguenne, est-ce don qui te semble, Que quand qu'on est pormis, margué, qu'en N'ait rien fait.

Nicolas

Et bien, susse.

Colin

Et bien donc, margué, comme d'effes ; Tu sais bien que je fime avant-hier nos fansailles. Et qu aujourd'hui, margué, je son les épousailles.

Nicolas

Est-ce là tout, Colin ?

Colin

Non-dà, ce n'est pas tout ; Je m'en vois commencer tout par le droit fin bout, Hayer, come esgeveny d'avaNnt notre prairie, J'entris cheul Grand-François pour viriter not mie, Margué j'apercevy par le trou du grand huis, Que tu batifolais tout l'environ du puits Aveuc elle.

Nicolas

Avec qui ?

Colin

Morgues avec Glaudenne ; Aux enseigne, aga quien, que tu prenis la peine De mettre tes deux mains soura vau son brechet, Et puis tu lui baillis comme un colifichet... Margué je m'entends bien ; tu lui disais, Glaudenne, Lorgne-moi par un peu, n'ai-je pas bonne mène ? A donc, tu la ptenis par le chignon du cou, Et tu t'allis fourrer dans le jardin au chou Aveuc elle.

Nicolas

Bon, bon.

Colin

Il ne faut point tant rire. Nicolas, j'ai tout vu.

Nicolas

Bon, bon.

Colin

Que veux-tu dire ? Bon, bon : car vois-tu bien, si j'avais été prompt, Margué, je t'aurais fait pût-être un grand affront.

Nicolas

Bon, bon, qu'arais-tu fait.

Colin

Si je n'eusse été sage, Margué je l'arais dit par tout notre village. Et quem sonsige-moi ? Ventregué, dans l'honneur Je suis pis qu'un démon, car rien ne me fait peur. Comme dit l'autre, on za biau prenre une fumelle, Margué n'en prend toujours queuque mâle aveuc elle.

Nicolas

Ardé le grand malhûr.

Colin

Et bonhûr si tu veux, Je ne veux point porter les cornes si je peux : Et que sait-on ? Parfois un désespoir peut prendre. Marguene, pour un rien qu'un cocu s'irait prendre, Je le sais, pargué bien, j'en connaissons plusieurs...

Nicolas

Hé, margué, tu ferais comme les gros Monsieur. Hé ! Que t'es fou, Colin !

Colin

Ho ! Margué fou toi-même, Je ne veux point de lait quand un autre à la cr7me.

Nicolas

Bon, bon.

Colin

Mais ventrigue aveuque ton bon Il faut point tant de lard pour faire un quarteron.

Nicolas

Bon, bon.

Colin

Pela morgoine, il ne faut point tant rire. Veux-tu le battre ?

Nicolas

Non.

Colin

Quien, tu n'as rien qu'à dire ?

Nicolas

Et non, Colin, nanain voire dà, queu marchant !

Colin

Ô margué, je te veux, moi.

Nicolas

T'es donc bien michant ?

Colin

Oui, margué, je le suis.

Nicolas

Tu fais le diable à quatre : Mais Colin, dis-moi donc, pourquoi veux-tu te battre.

Colin

Morgué, pour mon plaisir, de quoi te mêles-tu ? Se bat-on pas toujours quand qu'on devient cocu.

Nicolas

Et l'es-tu ?

Colin ôte son pourpoint et son rabat.

Colin

Palsangué je m'attends bien de l'être ; Mais morguene avant coup je yeux faire bissêtre ; Jarnigué, par point bas, je veux me battre en deuil. Déchaussons le rabat, margué, bon pied, bon oeil. La main fait tout.

Nicolas

Fi donc, Colin, n'en te regarde.

Il présente le poing à Nicolas.

Colin

Je n'ai coeur, ventrigué, boute toi dans ta garde.

Nicolas

Oh ! C'est donc tout de bon ? Margué, vêla pour toi.

Colin

Ah morgué, Nicolas ! te moques-tu de moi ? Tu bailles dans less dents.

Nicolas

Margué, que me soucie-je ? Tant mieux.

Colin

Ô vantrigué, laisse-moi là, te dis-je.

Nicolas

Quien, c'est pour t'agacer.

Colin

Ouf, margué, Nicolas, Quien, jarny, queuque jour ? Tu t'en repentiras.

Nicolas

Et que me feras-tu ?

Colin

Margué !

Nicolas

Quoi ?

Colin

Ventriguene.

Nicolas

Hey.

Colin

Quien, je le dirai dres ce soir à Glaudenne : Tu le verras plutôt, mais pargué la voici.

Scène 2

Claudine, Colin, Nicolas

Claudine

Bonjour, me doux Colin, m'en amoureux souci.

Colin

Laisse loi là, marguenne.

Claudine

Hé coeur de ma poitrenne, Petit cochon de lait, qu'as-tu donc ?

Colin

Ô la chienne !

Claudine

[Me] tredine, qu'a-t'il ?

Nicolas

C'est qu'il se bat en deuil.

Colin

Ventrigué, je t'aurai queuque jour seul à seul, Laisse faire.

Nicolas

Hé margué, viens-y donc tout à l'heure.

Colin

Oh, jarnon, dans les dents !

Claudine

Hé quoi ! Tu pleures ? Et d'où vient donc ?

Colin

Marguenne, hé.

Claudine

Bonjour, Nicolas.

Colin

Oh chienne ! Queuque jour tu t'en repentiras. Patience ?

Claudine

Et de quoi bien aimé ?

Colin

Va je te battrai bien quand tu seras ma femme, Baille moi deux épingues.

Il l'a piqué en prenant l'épingle.

Claudine

Hé mon quieu ,les voila.

Colin

Carogne.

Claudine

Chouf, Colin.

Colin

Ce n'est rien que cela. Je t'en ferai bien pis.

Nicolas

Pourquas que tu la piques ?

Colin

Margué t'en as menti, boute mieux besicles.

Nicolas

J'ai menti ?

Claudine

Nicolas, tredin, tenez vous coi.

Colin

Oh marguene au secours, à moi queu qu'un à moi.

Scène 3

Gros Jean, Grand François, Colin, Nicolas, Claudine

Gros Jean

Qu'est-ce qui n'y a ?

Grand François

Tatigué, c'est mon gendre.

Colin

Biau père, tatigué, venez pour me défendre.

Gros Jean

Nicolas.

Grand François

Et Colin, dis donc qu'as tu mangé ?

Gros Jean

Marguenne y sont tous deux pires qu'un enragé.

Colin

Oh nargué, je t'aurai.

Gros Jean

Peste soit de la bête, Jem donne au diable, van je te romrai la tête Si tu zy revien plus.

Grand François

Oh, vous n'en ferez rien Gros-Jean.

Gros Jean

Et que sais tu ?

Grand François

Je le sais pargué bien, Car j'y avon regardé.

Gros Jean

Je t'en réponds, mon borgne, Je te crains margué bien.

Grand François

Margué comme tu lorgnes, Veux tu que je fassions le coup de poing nous deux ?

Nicolas

Margué ne dites rien, vous êtes le plus vieux, Montrez-vous le plus sage.

Gros Jean

Oh, gna sage qui quiene Margué, s'il a du coeur, ventrigué qu'il y vienne.

Grand François

Oh, si je non du coeur, vois-tu, j'on du quarriau, Et si t'en veux jaser vien t'en dessous l'ormiau Tu le verras.

Gros Jean

Margué, tu n'es rien qu'un pagnorte.

Grand François

Oh, j'avon pourtant vu le Chaquiau de la Motte. Et si j'avons porté des farcine à Rocroy.

Gros Jean

Oui par dessus l'épaule.

Grand François

Et parqué, je le crois.

Gros Jean

Va, va, je savons bien queussuq c'est que la guerre J'on mangé queuquefois du l'art de militaire, Je savons, margué, bien, tirer un coup mousquet Sans nous brûler les doigts a vus tous VOS caquets ; Ô dont vous voyez bien, c'est pour vous faire entendre Que si vous nous baquiais, je saurions nous défendre.

Grand François

Ô margué, j'en on vu d'aussi futés que toi ; Quand on se bat, vois-tu, chacun y va pour soi : Crois-tu que je n'on pas queuque fois vu les drilles ? Tatigué tous les coups n'en ne fait pas neuf quilles Et j'en avon tant vu de ces regneux de Guieu, Aveuc ta parmission que je te crève un yeux.

Colin

Margué, vela pour toy, j'avons notre revanche.

Nicolas

Ouf, j'ai le nez cassé.

Grand François

Tatigué, queu Dimanche.

Nicolas

Oh ventrigué, Colin, c'est de la trahison, Mais margué, queuque jour j'aurons notre raison.

Colin

Ô, viens-y, Nicolas, je te ferons bien rire.

Gros Jean

Marguene, Grand-François, qu'est-ce qu'ou voulez dire ? Est-ce là l'action d'un brave homme de bien ?

Grand François

Quoi ?

Gros Jean

De frapper les gens, margué, sans dire rien.

Grand François

Mais marguene, à proupos d'où yien donc la querelle.

Gros Jean

Bon, palsanguié, samon, vous nous la baillez belle. Est-ce que j'en sais rien ?

Grand François

Pargué ni moi non plus.

Gros Jean

Marguene, pourquoi donc nous serions-je battus ?

Grand François

Je m'en sais pargué rien ; Colin, pourquoi serait-ce ?

Colin

Margué, veyez-vous bien, que mon péché n'en croisse, Je crois que Nicolas m'a quasi fait cocu, Et vela pourquoi que c'est qu'ou vous seriais battu.

Grand François

Cocu !

Gros Jean

Cocu !

Nicolas

Cocu !

Claudine

Cocu !

Colin

Cocu, marguene.

Claudine

Ho, Colin, pour si peu ce n'en est pas la peine.

Grand François

Et n'est-ce que cela, gros sot ?

Colin

Et ce n'est rien.

Grand François

Pargué le grand malheur, aga, je le suis bien. Et gros Jean aussi.

Gros Jean

Moi ?

Grand François

C'est pour lui faire accroire.

Gros Jean

Margué, rayez cela de dessus vos grimoires, Je n'ai jamais reçu, parguene un tel affront.

Claudine

Cocu, c'est quand on a des cornes sur le front, Tâte bien si t'en as, Colin.

Colin

Hé bonne bête, Ce que l'on plante aux pieds vient-il dessus la [truffe] ? Quien pour nous marier je suis ton serviteur, Je son pauvre, vois-tu, mais javon de l'honneur.

Claudine

Hé mon Guieu, que t'es chose !

Il veut s'en aller.

Colin

Oh gna chose qui quienne, Je devions nous marier aujourd'hui, mais marguene, Il n'en fera rien, ou... final, je m'entends bien.

Grand François

Pargué va, t'a raison... comme il n'en fera rien ; Margué, je ne...

Gros Jean

Tout biau, vous vous chauffez la bile.

Grand François

Ho, je suis d'une himeur tout à fait domicile, Mais margué dans l'honneur je suis pis qu'un Satan. Hé comment ! Tout est press...

Gros Jean

Et bon, cela s'entend, Margué vous avez tort, Colin.

Colin

Et j'ai le Diable.

Gros Jean

À ton col, hé Marchand, on ne y fait le capable !

Grand François

Colin, quien si tu veux que je s[oy]ons bons amis, Marguene il faut tenir le mot que t'as promis.

Colin

Pargué, je m'en bas l'oeil.

Grand François

Oh, je m'en bats les fesses, Marguene, je te frons, margué, bien tenir tes promesses, Ou je plaiderons bien.

Colin

Et bien je plaidrons, Et si nous faut trembler, margué je tremblerons.

Grand François

Jarnigué, je ferons quoique nouviau grabuge.

Colin

Palsanguè je varrons, vecy Monsieur le Juge.

Scène 4

Colin, Le Juge du Village, Grand François, Le Greffier, Gros Jean, Claudine, Nicolas, Tous

Colin présente un siège au juge, et comme il veut se seoir, Colin retie le siège comme pour le nettoyer, et le juge tombe.

Colin

Monsieur le Juge, ardè, tenez boutez vous là.

Le Juge du Village

Hé.

Colin

C'est que notre siège était sale par là, Reboutez vous.

Le Juge du Village

Et bien ?

Colin

Monsieur j'avons querelle.

Grand François

Oh, margué, j'en appelle.

Colin

Oh, c'est moi qu'en appelle.

Le Juge du Village

Lequel est l'appelant des deux ou l'intimé ?

Colin

Monsieur...

Le Juge du Village

Dans le procès chacun est-il nommé ?

Colin

Monsieur...

Le Juge du Village

Est-il verbal, ou bien si la partie Est appointée en droit ?

Colin

Monsieur...

Le Juge du Village

L'antipathie Est une étrange chose !

Colin

Il est vrai, mais.

Le Juge du Village

Au moins Dedans le fait et cause avez-vous des témoins ?

Colin

Ventriguene, Monsieur...

Le Juge du Village

Répondez donc.

Colin

Ô peste ! Monsieur.

Le Juge du Village

Votre innocence est assez manifeste.

Colin

Je vous...

Le Juge du Village

Explique-moi la chose comme elle est.

Colin

Acoutez, vous saurez...

Le Juge du Village

Voulez-vous un arrêt Qui soit au défenseur conforme à la sentence ?

Colin

Et non, Monsieur, je veux.

Le Juge du Village

Un peu de patience: Dites, que voulez-vous ?

Colin

Monsieur enfin...

Le Juge du Village

Hola, Faites faire silence.

Le Greffier

Et là, Messieurs, paix là, Monsieur n'sait ce qu'il dit.

Colin

Ho, faites-nous la grâce...

Le Juge du Village

On poudrait bien aussi juger par contumace, Fors aux cas réservés à l'hymen clandestin.

Colin

Margué ? je n'entends point tous vos mots de Latin.

Le Juge du Village

Si vous êtes absurd és termes de pratique, Il faut donc que quelqu'un pour votre cas s'explique. Parlez-vous, Grand François.

Grand François

Monsieur...

Le Juge du Village

Ne parlez plus. C'est assez, vous Gros-Jean, répondez là-dessus.

Gros Jean

Monsieur...

Le Juge du Village

Hola, tase. Parlez, Colin.

Colin

Marguene...

Le Juge du Village

Bon, voila qui va bien, répondez vous Claudine.

Claudine

Monsieur...

Le Juge du Village

Qu'un jugement est un grand embarras !

Colin

Oh bien.

Le Juge du Village

Laissez un peu répondre Nicolas.

Nicolas

Moi ? Je n'ai rien à dire.

Le Juge du Village

Il faut que chacun parle.

Colin

Margué, ja veux chiffler pu fort que notre Marle.

ENSEMBLE

Tous

Vous saurez donc, Monsieur, que comme je venoua A Je nous esquième tous auparavant allé É Cheux Colin pour y voir la noce d'aujourd'hui I Mais comme je veniens, Monsieur, tout aussitôt, O Qu'en ce rencontre y la je nous seriens battu. U

Le Juge du Village

Bénit soit le procès de l'A, E, I, O, U. Écrivez donc Greffier.

Le Greffier

Monsieur, je n'entends goutte.

Le Juge du Village

Et quoi ? Ne faut-il pas que le Greffier écoute.

Grand François

Oh bien, Monsieur, vela, j'avons dit l'action, C'est à vous à bailler voute contusion.

Le Juge et le Greffier s'en vont.

Le Juge du Village

Je conclus, concluant par conclusion brève Que vous serez très tous pendus en pleine Grève, Et si vous appelez d'un si beau jugement, Je conclus, concluant, conclusitivement, Pour ne vous plaindre point de notre procédure, Que je ne conclus rien de peur de mal conclure.

Colin

Bon, nous vela pas mal.

Grand François

Pargué, d'effet, samon, Mais marguene, Colin, aveuc tout ton sarmon. Que veux-tu dire aussi, tiens si tu m'en veux croire, Margué, tu larras là toute ta belle Histoire, Vela le festin prêt qui vient subitement, Et nargué tu nous viens bailler du compliment, Allons, gros Jean, prenez Nicolas par la patte : Et faut-Il pour un rien qu'un bon ami se batte ? Donne ta main, Colin.

Colin

Marguene...

Grand François

Do[nne] don.

Colin

Non, jarnigué, je veux qu'il demande pardon.

Nicolas

Et de quoi ?

Colin

Ô de quoi ?

Gros Jean

Oui de quoi ?

Colin

Ventriguene, De ce qu'il a voulu coucher avec Glaudenne.

Nicolas

Il n'est margué pas vrai.

Colin

Margué, je dis que si.

Gros Jean

Et puisqu'il n'est pas vrai, Colin, t'as tort aussi.

Colin

Et bien, margué, n'importe, il faut qu'il le confesse Ou je ne ferons rien.

Nicolas

Mais ventriguene....

Grand François

Et qu'est-ce? Dis qu'oui.

Nicolas

Je le veux bien.

Colin

Mais margué de franc coeur.

Nicolas

Oui, parguene.

Colin

Ô bien don je suis ton serviteur.

Grand François

Ah, voila qui va bien ; bon voici le notaire. Bonjour, à Monsieur Bertrand.

Scène 5

Nicolas, Gros Jean, Monsieur Bertrand, Colin, Grand François, Claudine

Nicolas

Ah bonjour, vieux frère.

Gros Jean

Bonjour, Monsieur Bertrand.

Monsieur Bertrand

Bonjour, bonjour, Gros-Jean. Or ça, je viens ici...

Colin

Bonjour, Monsieur Bertrand.

Monsieur Bertrand

Bonjour.

Grand François

Nous venez vous lire des hereticles ?

Monsieur Bertrand

Oui, si Dieu plaît.

Grand François

Et bien, boutez donc vos besicles.

Monsieur Bertrand

Par devant Bertrand Douillet, Tabellion d'Aubervilliers. Furent présents en leurs personnes Jean Laurens, dit Grand-François, demeurant audit Aubervilliers ; et Perrette Cre sa femme, d'une part : Guillaume Buttan, Maître Carillonneur et premier Chasse-chien de la grand'Église dudit lit à Catherine Vigreux sa femme, lesquels de leur bon gré ont reconnu et confessé avoir fait et font les promesses et accords de mariage qui ensuivent, à savoir de Colin Battan et de Claudine Vigreux, tous bourgeois dudit lieu tant du côté paternel que maternel ; l'un à l'autre agés de chacun dix neuf ans environ, plus ou moins sans conséquence. Pour la grande affection qu'ils se portent, pour avoir gardé par l'espace de dix ans les vaches ensemble, ils ont désiré se conjoindre par lien matrimonial sous le bon plaisir de leurs parents et amis. Lequel Guillaume Buttan non ici présent pour être détenu au lit d'un coup de pierre au beau milieu du dos, a donné et donne - Colin Battan son fils et futur époux, par ces présentes, en faveur de mariage un arpent d'héritage assis audit Aubervilliers. Plus une charrue attelée d'un boeuf et d'un âne âgés de quarante cinq ans ou environ ; ensemble ses habits, savoir un paletot d'écarlate noire doublé de jaune cramoisie, un fonds de chauffe de blanchet gris, une chemise garnie de son colet de toile à boussette. Item une paire de guêtres et de souliers de vache tout neufs ; en outre la somme de onze livres quinze sols six deniers tournois en belle pistole, et monnaie blanche. Et quant au dit Laurent, dit Grand-François, père de la future épouse, pour la bonne amitié qu'il porte, lui a donné en faveur dudit mariage un quartier et demi de pré fraîchement tondu, assis au lieu et territoire de la Motte, plus une vache sous poil grivelé avec le pot à traire et autres ustensiles de ménage, et outre son trousseau garni de deux draps et une nappe frangée d'une aune un douze ou environ avec ses bagues et ses joyaux, desquels ledit Colin Battan, futur époux, s'est tenu à tient pour content, et a donné et donne ladite future épouse de la somme de quatorze sous six deniers tournois, pour icelle avoir et prendre sur une masure sise en la plaine de Long-Boyau, et est accordée entre lesdites parties qu'au cas que l'un desdits futurs époux décède sans enfants procrées de leur mariage, le survivant remportera ce qu'il aura apporté ainsi qu'ils ont présentement accordé. Et quant à tout, etc. et obligeant, et renonçant, et fait et passé, etc.

Grand François

Bon, voilà qui va bien, donnez, je signerons. François, s'écrit-il pas avec deux O ronds ?

Monsieur Bertrand

Tout comme il vous plaira.

Grand François

Véla qu'a bonne menns

Monsieur Bertrand

Allons Monsieur Colin.

Colin

Quoi ! Faut-il que je senne ?

Monsieur Bertrand

Belle demande !

Grand François

Bon, peste du jobelin.

Monsieur Bertrand

De l'autre main !

Colin

Ah, oui, P, G, C, Q, Colin.

Monsieur Bertrand

À vous, Claudine, allons.

Claudine

Je ne sais point écrire, Monsieur Bertrand.

Grand François

Pargué va, tu nous fais bien rire : Hé, prend la plume, allons, boute là tes cinq doigts.

Claudine

Je m'en vais seulement faire cinq ou six croix ; Sera-ce assez ?

Colin

Fais-en plutôt plein un carrosse.

Scène 6

Marion, Grand François, Monsieur Bertrand, Claudine, Colin

Marion

Voici tous les Monsieux qui venons la nôce, Mon père, ma Grand dit que vous dongniez la clé Pour avinre des noix dans le grenier au blé.

Grand François

La vela, quien, allons, que l'on boute la nappe.

Monsieur Bertrand

Vous écrivez fort bien.

Claudine

Mon Guieu, le coeur me tape.

Monsieur Bertrand

Or ça, Messieurs, adieu.

Grand François

Bonsoir, Monsieur Bertrand.

Monsieur Bertrand

Au moins vous savez bien...

On fait paraître une table servit rustiquement.

Grand François

Marguene, allez-vous-en. Ne savons-je pas bien tout sen qui faudra faire ?

Colin

Glaudenne, ventrigué, je ferons bonne chère.

Grand François

Vous qerez mal traitez, mais margué, voyez vous, Messieurs, vous y serez tout enfin que chez vous, Boutez-vous donc tretous...

Colin

Pargué sans simonie.

Grand François

Allons donc, Nicolas, Gros-Jean, jarni ma vie, Boutez-vous donc, Messieurs.

Scène 7

Marion, Un Vielleux, Colin, Nicolas, Un Choeur De Paysans, Un Autre Choeur, Grand François

Marion

Voici les violons.

Un Vielleux

Bonjour Messieurs.

Colin

Bonjour.

Un Vielleux

Voici deux bons garçons, Qui vont pargué jouer des branles d'importance.

Colin

Ho, je somme bien fous, après pause la danse. Jouez.

Il boit.

Un Vielleux

Je ressemblons à l'oisiau de cheu nous, Je ne saurions chiffler si je ne sommes fous. Aveuc vot parmission ; margué, le front me sue.

Colin

Et là, là, tirez bas, de crainte de la vue.

CHANSON.

Un Vielleux

Véla qu'est bien, ronflons. Aga Piarot le terrible accident, J'avions fait acheter une fort bonne éclanche, J'esperions la manger, et l'était belle et blanche. Maturenne qui a le coeur grand Voulait régaler nos parents, L'estions auprès du feu les mains dessus les hanches, Je buvions demistié tourjour en attendant, Mais hélas dans le même instant Un matin l'atrapit sur le bout d'une planche, Et nous la croquit sur le champ, Il n'en laissit rien que le manche ; Aga Piarot le tarible accident.

Colin

Hé margué Nicolas, Puis je sont bons amis, pargué, tu danseras.

Nicolas

Je ne sais point danser. Laisse-moi là.

Colin

Pargué, Hé danse un tantinet pour l'amour de Glaudene.

Un Choeur De Paysans

Pargué, vive Glaudenne.

Un Autre Choeur

Et vive aussi Colin.

Grand François

Chacun s'aille coucher, Messieurs, jusqu'à demain.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.