Parodie · 1758

La petite Iphigénie

de Voisenon Favard

Représentation
≈ 36 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
264
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Iphigénie F 98 ≈ 15 min 19
Oreste H 61 ≈ 8 min 8
Thoas H 25 ≈ 5 min 5
Pilade H 47 ≈ 4 min 8
Isménie F 21 ≈ 3 min 9
Eumène H 5 ≈ 1 min 5
Ensemble N 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Petite Iphigénie
Iphigénie absentabsentabsentabsentabsent
Oreste absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Thoas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pilade absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Isménie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Eumène absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Ensemble absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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La Petite Iphigénie

Scène 1

Iphigénie

Iphigénie

Un songe cause en moi de sinistres pensées Je n'ai rêvé la nuit que de glaces cassées Ce terrible accident qui m'afflige beaucoup ; Me menace aujourd'hui de quelque mauvais coup.

Scène 2

Iphigénie, Isménie

Iphigénie

Est-ce toi que je vois ! Ô ma chère Isménie ! Viens-tu pour consoler la triste Iphigénie ?

Isménie

Ce jour pour vous, Madame, est un jour solennel ? Le Roi vient de trouver un malheureux mortel, Sans mouvement, sans force, étendu sur le sable, Thoas prend de ses jours un foin inconcevable, Il cherche à ranimer cet homme languissant Par les bonnes façons d'un coeur reconnaissant, Pour le mettre en état qu'on lui coupe la gorge.

Iphigénie

Jouet infortuné des terreurs qu'il se forge, Il ne cherche qu'à voir couler le sang humain, Et moi je suis contrainte à lui prêter ma main.

Isménie

Il fallait supposer dans l'emploi qu'on vous donne, Que vous n'avi[e]z encor sacrifié personne. Peut-on être touché du sort d'une beauté. Qui plonge dans les coeurs son bras ensanglanté ! On aurait pu sauver cette image effrayante, Vous en auriez été bien plus intéressante.

Iphigénie

Diane, devais-tu me transporter ainsi Pour me faire jouer un pareil rôle ici ! Je n'ai pas un coeur fait pour dépeupler le monde. Un songe met le comble à ma douleur profonde.

Isménie

Mettez-le donc en chant si vous le racontez ; Vos rêves sont plus beaux lorsque vous les chantez.

Iphigénie

Tu sauras le dernier en lisant les mensonges Dans le Dictionnaire à l'usage des songes. Éclairs, mugissements, spectres, pâles flambeaux Gémissements, terreur, lieux funèbres, tombeaux, Horreur, bruit souterrain, la terre qui s'entrouvre, Un fantôme sortant de l'enfer qu'on découvre Abîme, accents plaintifs, poignards, lambeaux sanglants, Ombre, crime, remords, effroi, g[e]noux tremblants, Autel, temple, cyprès, coupable encens, idole, Ou père, ou mère, ou soeur, ou frère qu'on immole ; Voilà quel est mon songe, et tu reconnais-là, L'histoire de tous ceux que l'on a faits déjà.

Scène 3

Eumène, Iphigénie, Isménie

Eumène

Madame, dans ces lieux le tyran va paraître. Il sent une frayeur dont il n'est pas le maître. N'est pas hardi qui veut ; le croiriez-vous ? Il craint Cet étranger mourant qui ne doit qu'être plaint, Et vient comme un devoir presser le sacrifice.

Iphigénie

Grands Dieux ! Si cette loi vous semble une injustice, Faites- moi triompher du farouche Thoas ; Que ce tyran sensible à mes faibles appas Ne fasse plus du meurtre un auguste mystère Et puisse en me voyant désirer le contraire. Inspirez-moi ces tours et ces mots caressants Qui séduisent l'esprit et captivent les sens, Répandez dans mes yeux cette mélancolie Qui ne blesse les coeurs que pour donner la vie. Et qu'en vous honorant, mes pacifiques mains Ne fervent déformais qu'au bonheur des humains.

Isménie

Thoas vient, vous pourrez parler des Dieux ensemble.

Scène 4

Thoas, Iphigénie

Thoas

Si je viens vous trouver c'est parce que je tremble Madame,

Iphigénie

C'est un mal où vous êtes sujet.

Thoas

Ou dormant ou veillant quelque sinistre objet À mon coeur effrayé vient donner des secousses ; Je crois à chaque instant voir l'enfer à mes trousses ; J'entends dans ma cave on roule des tonneaux ; Lorsque je fuis couché, l'on tire mes rideaux Des fantômes hideux croyant faire merveilles, Viennent dès que je dors, me crier aux oreilles. Vous qui savez parler à tout ce monde-là, Il faut absolument faire cesser cela.

Iphigénie

Seigneur, ces esprits font les mortels qu'on immole.

Thoas

Qu'ils se plaignent plus bas, leur concert me désole ; Mais il faut immoler le nouvel étranger.

Iphigénie

D'un si funeste emploi daignez me dégager.

Thoas

Je me connais, Madame, en physionomie, Ce n'est qu'un garnement, de fort mauvaise vie ; Cet homme-là m'effraye, et mon coeur alarmé Se glace en le voyant.

Iphigénie

Il est donc bien armé ?

Thoas

Non, il est garrotté, mais il n'aime qu'à mordre, On voit dans ses discours un esprit en désordre, -Je le crois querelleur, il fait à tous moments Aux hommes comme aux Dieux de vilains compliments. J'ai remarqué surtout qu'au sort de sa colère Bien souvent il s'écrie : Hélas ! Ma chère mère ! On dit que des démons, sans cesse autour de lui L'entourent de serpents pour le rendre poli. J'ai cru, pour dissiper fa noire extravagance, Devoir lui demander son nom et sa naissance Il garde le secret.

Iphigénie

Je pense qu'il fait bien : Pour le faire mourir son nom ne sert à rien. Est-il jeune ?

Thoas

Oui vraiment.

Iphigénie

Sa mort me désespère. Ô ciel ! Est-ce donc là ce que j'en devrais faire ?

Thoas

Ah ! Je me lasse enfin d'être tant combattu, Adorer et frapper, voilà votre vertu.

Iphigénie

Par ces vers convaincants vous m'avez décidée Oui, par la cruauté ma piété guidée, Va trouver désormais ce sacrifice beau, Et l'on va sur l'autel apporter le couteau.

Thoas

Un changement si prompt marque peu de scrupule.

Iphigénie

Pouvez-vous à ma voix ne pas être crédule ?

Thoas

Je suis né défiant, cependant vous verrez Si j'empêcherai rien de ce que vous ferez. Vous pourrez me tromper sans avoir de l'adresse, Je ne reparaîtrai que pour finir la pièce.

Scène 5

Isménie, Iphigénie, Eumène

Isménie

Vous avez carte blanche, il faut en profiter.

Iphigénie

Je ne fais pas d'où vient il se fait déteSter, Ce tyran est au fond une bonne personne ; LorSqu'il fait le méchant, c'est un air qu'il se donne.

Eumène

Mais vous avez promis d'exercer votre emploi, Et vous allez enfin agir de bonne foi : Dans votre ministère il faut de la droiture.

Iphigénie

Ah ! Mon coeur fuit toujours la voix de la nature.

Isménie

Moi, c'est ce que je fais, c'est ma Divinité. Ses lois furent toujours les Dieux de la Beauté.

Iphigénie

J'entends quelqu'un hurler, Prêtresse de Diane Je dois avec prudence éviter tout profane ; Les hommes sont pour nous des danger[s] trop certains, Nous reviendrons pourtant leur délier les mains.

Scène 6

Oreste

Oreste

Je deviens furieux, Destin, quand je te nomme ! Tu ne fais qu'un coquin souvent d'un honnête homme Mon exemple en fournit une affr[e]use leçon : Je suis un misérable, et suis né bon garçon ; Je suis doux, et souvent je me mets encore ; J'adore mes parents, et j'ai tué ma mère ; Je cours les champs, portant en mon coeur le remord Et je rencontre un chien enragé qui me mord ; Je le deviens moi-même, et répands l'épouvante ; Pilade, d'une humeur sensible et prévenante Veut bien m'aimer malgré ce petit défaut-là ; Mais le destin m[aud]it n'approuve pas cela. Par l'ordre d'Apollon je viens sur ce rivage, Je cours toutes les m[e]rs pour avoir une image, Et je perds mon ami d'abord en arrivant. Mon infortune, ô Ciel ! t'amuse trop souvent ; Mais ces carreaux sont teints et cette colonnade ! Je me connais au sang, c'est celui de Pilade ; Les Dieux sans doute ont cru qu'avec de l'amitié, Le malheur ne pouvait m'accabler qu'à moitié.

Scène 7

Pilade, Oreste

Pilade

Retrouve ton ami.

Oreste

Je ne t'attendais guère.

Pilade

Ton étoile et les Dieux m'ont taillé des croupières, Je fuis tombé dans l'eau, cela me porte au coeur, L'amitié s'affadit avec cette liqueur.

Oreste

Je te revois, Pilade, et ma joie est fi tendre Qu'à l'instant mon accès de rage va me prendre.

Pilade

Sauve qui peut.

Oreste

Je vois tout l'enfer fous mes pas.

Pilade

La belle vue !

Oreste

Ô Ciel je sens entre mes bras, Un serpent venimeux qui me pique et me glace. Quelle femme, Grands Dieux, me fait donc la grimace

Pilade

Tu lui rends bien.

Oreste

Un spectre est là pour l'appuyer C'est Egiste, oui c'est lui qui lui sert d'écuyer ; Mais quel objet hideux m'embarrasse et m'arrête ! Il gémit... Ah ! Qu'il a de cornes à la tête ! Que vois-je ! C'est mon père !

Oreste

Il n'est donc pas changé ?

Oreste

Dans quel nouveau revers me trouvai-je plongé ! Ô désespoir ! Je suis accablé Pilade, Il me fuit.

Pilade

Au contraire, et je fuis, camarade.

Oreste

Je n'avais qu'un ami, qu'un seul, je l'ai perdu.

Pilade

Je suis ici.

Oreste

Viens donc.

Pilade

Je crains d'être mordu.

Oreste

Ainsi tout l'Univers craint et fuit ma présence. Ma fureur s'en accroît.

Pilade

La Prêtresse s'avance ; Cessez d'être en colère, on vient vous égorger.

Oreste

Tu m'avertis à temps, et je vais m'arranger.

Scène 8

Iphigénie, Pilade, Oreste

Iphigénie

Votre sang va bientôt couler pour la Déesse, Je viens vous immoler ; mais avec politesse. Ici les étrangers dans mes mains sont remis, Et c'est moi qui leur fais les honneurs du pays. Prêtresses, à l'instant je veux qu'on les déchaîne ; Je dois agir ainsi pour que rien ne les gêne.

Pilade

J'ai de l'esprit, Madame, et je vous entends bien.

Iphigénie

Nous pouvons à présent commencer l'entretien : Votre sort m'intéresse, et je suis affligée De vous faire mourir ; mais j'y suis obligée. Mon coeur est la victime, et mon bras l'instrument.

Pilade

Hom ! Cet instrument-là ne me plaît nullement.

Iphigénie

Laissez-moi donc parler à votre camarade, Il est triste.

Pilade

Il a tort.

Iphigénie

Qu'a-t-il ?

Pilade

Il est... malade D'esprit

Iphigénie

Puis-je savoir ?...

Pilade

Vous saurez qu'aujourd'hui...

Iphigénie

Vous avez la fureur de répondre pour lui ; C'est lui que j'interroge.

Oreste

Eh ! Maugrebleu, Madame, Tuez-nous sans rien dire.

Iphigénie

Il a glacé mon âme. Cet enfant-là paraît assez mal élevé. à ce pauvre garçon qu'est-il donc arrivé ?

Pilade

Madame, s'il n'a pas la réplique gentille, C'est qu'il a maintenant des chagrins de famille. Tout le monde n'est pas en place comme vous.

Iphigénie

Oui, j'exerce un emploi bien amusant bien doux.

Oreste

Vous nous faites languir, quel sujet vous arrête ?

Iphigénie

Cela viendra, Seigneur ; mais soyez plus honnête. Vous êtes tous deux Grecs, si j'en crois vos habits ?

Pilade

Oui.

Iphigénie

Venez m'embrasser, c'est aussi mon pays.

Pilade

Ah ! Quel plaisir !

Iphigénie

Allons, contez-moi des histoires Agamemnon jouit du fruit de ses Victoires.

Oreste

Il ne vit plus.

Iphigénie

De quoi le pauvre homme est-il mort ?

Oreste

Il se portait fort bien.

Iphigénie

Ah ! Vous m'étonnez fort.

Oreste

Un cruel assassin...

Iphigénie

Quelle main sanguinaire A fait ce mauvais coup ?

Oreste

Son épouse adultère.

Pilade

On peut, lorsqu'on eSt belle, avoir quelques amanTs Mais tuer les maris, ils sont si bonnes gens !

Iphigénie

Ciel, Clytemnestre ! Oreste a-t-il bien pris la chose

Pilade

Vous deviez sur ce nom avoir la bouche close.

Iphigénie

On voyait dans son air, étant encor enfant Qu'un jour il pourrait être un fort mauvais plaisant.

Oreste

Il est l'horreur du monde.

Iphigénie

Eh ! Qu'a-t-il donc pu faire ?

Pilade

Madame, il en agit fort mal avec sa mère.

Iphigénie

Fi, ce garçon doit faire une mauvaise fin. Que cherche-t-il ?

Oreste

La mort qu'il a trouvée enfin.

Haut.

Iphigénie

Ô ciel ! Qu'entends-je ! Oreste est privé de la vie ! Mon unique ressource, hélas, m'est donc ravie ! Remettons-nous s'il faut reprendre mon discours : Électre, que fait-elle ?

Oreste

Elle pleure toujours.

Pilade

Cela compoSe au moins une aimable famille Bien gaie.

Iphigénie

Ô désespoir ! Approchez-vous, ma fille Menez ces étrangers dans l'endroit préparé Où celui qu'on immole est toujours bien paré.

Pilade

En voyant ces soins-là ma tristesse est complète,

Iphigénie

Je vais faire aujourd'hui ma dernière toilette.

Scène 9

Iphigénie, Isménie, Eumène

Iphigénie

Ô Ciel ! Oreste est mort !

Isménie

Ce n'était qu'un vaurien.

Iphigénie

Il serait devenu peut-être homme de bien. Halas ! En ce moment que mon malheur te touche ; Mais, as-tu remarqué ce grec dur et farouche ? Pour cet infortuné qui brave le trépas, J'éprouve un sentiment que je ne connais pas : Quoiqu'il ait l'air d'un fou, cet homme sait me plaire.

Isménie

Il me paraît avoir un joli caractère.

Iphigénie

Sauvons celui que j'aime.

Isménie

On peut le hasarder.

Iphigénie

Mais enfin l'autre eSt homme.

Isménie

Il faut donc le garder.

Iphigénie

Non, qu'ils partent tous deux ; mais il faut du mystère.

Isménie

Pour bien mener cela, fiez-vous à mon père. Mon père roturier, sans rang, sans dignité, Les enveloppera dans son obscurité.

Iphigénie

Ton père est ennuyeux, je crains qu'il ne paraisse.

Isménie

On ne le verra pas ; j'en parlerai sans cesse, Et cependant jamais on ne saura son nom,

Iphigénie

Va donc trouver Thoas et dis- lui pour raison Que ces deux étrangers ont l'âme trop profane Pour avoir l'honneur d'être immolés à Diane Et que je juge avant de les sacrifier, Qu'il faut avoir grand foin de les purifier.

Eumène

C'est une menterie.

Iphigénie

Oui ; mais c'est une adresse Un privilège acquis qu'approuve la sagesse, Et ce motif m'excuse en cette extrémité : Qui sert les malheureux sert la Divinité.

Scène 10

Pilade, Iphigénie

Pilade

Suivant de ces climats les funestes maximes, Vous aviez commandé qu'on parât les victimes, Et nous reparaissons ainsi que nous étions, Libres de nous sauver, si nous le souhaitions.

Iphigénie

Venez à cet autel de meurtre et de vengeance, Venez-y concevoir un rayon d'espérance. Mes bienfaisantes mains épargnant votre sang Ne vous plongeront pas un coUteau dans le flanc. Vous irez tous les deux revoir votre Patrie.

Pilade

Madame, en vérité, vous êtes bien polie.

Scène 11

Isménie, Iphigénie, Pilade

Oreste et Pilade se retirent au fond du théâtre.

Isménie

Madame, je voudrais vous parler en secret. Éloignez-vous.

Isménie

Je viens vous dire avec regret Qu'à les sauver tous deux il ne faut pas prétendre. Thoas aime le sang, il veut en voir répandre ; Il faut que de ces Grecs l'un périsse en effet ; Mais si vous m'en croyez, délivrez le mieux fait.

À Oreste.

Iphigénie

Rapprochez- vous. Les Di[e]ux ont fait tourner la chance, Ils se font irrités de ma condescendance. Un de vous deux mourra, le choix m'en est remis, Et pour être sauvé, c'est vous que j'ai choisi.

Pilade

Miséricorde ! Ô meurtre !

À Oreste.

À Pilade.

Elle sort.

Iphigénie

Ah ! Je vois votre joie ; Je vous laisse un instant, pour qu'elle se déploie. Ma main avec douceur remplira mon devoir. Vous, vous regagnerez votre pays ce soir, Je vous en suis garant ; mais daignez me permettre D'aller écrire avant un petit mot de lettre. Vous serez bien exact à la remettre au moins. Ensuite, mon enfant, Vous aurez tous mes soins.

Scène 12

Pilade, Oreste

Pilade

AInsi, nous voilà donc aux petits soins ensemble.

Oreste

M'aimes-tu ?

Pilade

Quand tu dis que tu m'aimes, je tremble La Prêtresse au contraire, au lieu de menacer En m'annonçant la mort, semble me caresser.

Oreste

Parle donc, je te trouve un plaisant personnage De prétendre mourir.

Pilade

Ce n'est pas mon usage.

Oreste

Je t'ai toujours connu pour un ambitieux.

Pilade

Est-ce ma faute à moi ? Va ne t'en prend qu'aux Dieux. Pourquoi m'envierais-tu ma petite fortune ?

Oreste

La vie est un fardeau dont le poids m'importune Je demande la mort, c'est à moi qu'on la doit, Et tu veux aujourd'hui me faire un passe-droit.

Pilade

À l'honneur qu'on me sait, ami, je suis sensible ; Mais je t'aime et voudrais, s'il était bien possible, Tout à l'heure te voir à l'autel attaché. Va, je te céderais ma place à bon marché.

Oreste

Tu m'aimes ! ah, j'en prends tous les Dieux pour arbitres. Tu veux être immolé, parle quels sont tes titres ? As-tu dix fois par jour le transport au cerveau ? Tout l'univers pour toi devient-il un tombeau ? Des Spectres viennent-ils te tenir compagnie ? As-tu jamais rossé personne dans ta vie Es-tu né comme Oreste, insensé, forcené Et vois-tu sur tes pas tout l'Enfer déchaîné ?

Pilade

On ne peut pas avoir tous les biens en ce monde.

Oreste

Eh, dis-moi donc sur quoi ta vanité se sonde ?

Pilade

Pour me laisser mourir, j'embrasse tes genoux

Oreste

Et je me jette aux tiens pour un bonheur si doux.

Pilade

Non, je ne le veux point.

Oreste

Un refus de la sorte Agite tous mes sens, le courroux me transporte, Je m'en vais t'assommer.

Pilade

Oh ! Ne badinons point, Tu traites l'amitié toujours à coups de poing.

Oreste

Je veux aimer ainsi. Je vais à la Prêtresse Déclarer qui je suis.

Pilade

Ah ! Ton cerveau se blesse.

Oreste

Et si sa main balance, ô Terre ! Entrouvre-toi. Et vous qui m'écoutez, ô Ci[e]ux écrasez-moi,

Pilade

Je sais OEdipe. Aussi vos victimes sont prêtes Ô monts écrasez-nous, Cieux, tomb[e]z sur nos têtes.

Ensemble.

Oreste

Si tu reçois la mort, si je puis le souffrir, Je dis qui m'a sait naître et qui j'ai fait mourir.

Pilade

L'amitié, l'amitié, voilà ce qui m'enivre, Je ne suis pas sorti de mon pays pour vivre.

Scène 13

Iphigénie, Oreste, Pilade

Iphigénie

Peut-on savoir pourquoi vous avez tant crié ?

Oreste

Madame, ce n'était qu'un débat d'amitié.

Pilade

Il parlait doucement avec son camarade.

Iphigénie

Ce commerce du moins ne me paraît pas fade.

Oreste

Pour parler franchement, je suis jaloux de lui, Je vous le dis tout net et s'il meurt aujourd'hui Je ne me charge pas de rendre votre lettre.

Iphigénie

Dans vos fidèles mains je venais la remettre : Eh, quoi vouloir mourir ! Seigneur, que pensez-vous ?

Pilade

Madame, il serait mal de disputer des goûts.

Iphigénie

Vous pouvez préférer une mort rigoureuse Au soin de me servir et de me rendre heureuse Vous n'êtes pas galant, et c'est me faire tort.

Pilade

Il n'aime point le Sexe.

À Pilade.

Iphigénie

Il mérite la mort ; Je ne puis y penser sans en être saisie. Mais ne sentez -vous pas un peu de jalousie

Pilade

Non.

Iphigénie

Pour payer l'honneur qu'il daigne vous céder ; Dites-lui, s'il se peut, adieu, sans le gronder.

Oreste

Adieu, mon cher ami, pardonne mes reproches.

À part.

Pilade

Je n'aurai pas toujours mes deux mains dans mes poches, Laisse-moi faire, va je te délivrerai. Je ne sais pas pourtant comme je m'y pendrai.

Scène 14

Iphigénie, Pilade

Iphigénie

Pour sortir de ces lieux, il ne saut pas attendre.. Électre est la personne à qui vous devez rendre Ce Billet important.

Pilade

Par quel hasard heureux La connaissez-vous donc ?

Iphigénie

Vous êtes curieux ! Esclave, prenez soin de conserver sa vie ; Vous savez les chemins, et je vous le confie.

Pilade

Vous le verrez bientôt, c'est un garçon d'esprit, Qui reviendra vous faire un bien joli récit.

Scène 15

Iphigénie, Isménie

Iphigénie

Je conçois pour ce Grec, un malheureux présage, Et j'ai peur qu'il ne fasse un bien mauvais voyage, Je ne saurai jamais quand il s'embarquera.

Isménie

Sans être remarqué, croyez qu'il partira.

Iphigénie

Je crains qu'il ne s'égare, ou bien qu'on ne l'arrête.

Isménie

Pourquoi ?

Iphigénie

Son conducteur m'a l'air d'être un peu bête. J'ai remis l'étranger en de mauvaises mains.

Isménie

Faut-il donc tant d'esprit pour savoir les chemins

Iphigénie

Mais, je vais être instruite enfin ; je vois Eumène. Le Grec est-il parti ?

Scène 16

Eumène, Iphigénie, Isménie

Eumène

Vous m'en voyez en pEine ; On l'attend au vaisseau, personne n'est venu.

Iphigénie

Ah ! Je n'en doute point, mon projet est connu.

Isménie

À de vaines frayeurs, pourquoi livrer votre âme ? Vous connaissez Thoas, rassurez-vous, Madame, Thoas est soupçonneux, et n'approfondit rien.

Iphigénie

Il est vrai ; mais on vient ; ah c'est l'Esclave.

Scène 17

Iphigénie, Un Esclave, Isménie, Eumène

Iphigénie

Hé bien ? Ce Grec dont je vous ai confié la conduite N'a-t-il point rencontré d'obstacles dans sa suite ? Vogue-t-il sur les eaux ? Et le vent est-il bon ?

Un Esclave

Il est plus avancé, Madame, il est au fond.

Isménie

Adieu ma lettre.

Un Esclave

Un bruit et de chevaux et d'armes Nous a sait sans raison concevoir des alarmes, Et quoique nous sussions tous deux hommes de coeur, J'avouerai franchement que nous avons eu peur. Nous nous sommes cachés dans un antre sauvage, Où les flots en courroux viennent briser leurs cours Qui, sans doute, du Grec ont absorbé les jours. L'appelant vainement, j'ai cru devoir conclure Qu'il fallait regarder, malgré la nuit obscure Je n'ai rien aperçu, je me suis effrayé Ainsi vous voyez bien que notre homme est noyé.

Iphigénie

Ah, je n'en doute pas, la preuve en est trop claire, Et les Dieux par ce trait m'annoncent leur colère.

Isménie

Pour fuir la mort, Madame, un Grec prend bien des soins, Et revient dans l'instant qu'on y pense le moins.

Eumène

Voilà tout mon espoir, qu'il soit aussi le vôtre.

Iphigénie

Puisque cet homme est mort, qu'on m'aille chercher l'autre. On l'amène. Sortez. Voici le beau morceau, Qui serait plus touchant, s'il était plus nouveau.

Scène 18

Oreste, Iphigénie, Ensemble

Oreste

Pour me percer le coeur, m'appelez-vous ? J'arrive.

Iphigénie

C'est au pied du Rocher qui défend cette rive.

Oreste

C'est l'Opéra tout pur, et nous nous égarons.

Iphigénie

Allez, allez toujours, nous nous retrouverons.

Oreste

Oui, la scène a trente ans plus que la tragédie, On l'a toujours chantée, ainsi la Parodie Doit l'être tout de même.

AIR : La mort de mon cher père.

Iphigénie

Oui, c'est là mon projet, Et cela vaudra mieux pour le fond du sujet. Mon petit ministère Vous sera du chagrins Je crains de vous déplaire En vous perçant le sein. Que ne suis-je maîtresse Des climats où je suis ! Les gens de votre espèce N'y seraient pas détruits.

AIR : Contre un engagement.

Oreste

D'un propos gracieux Vous serez le contraire. Loin d'apaiser les Dieux, Redoutez leur colère : À votre âge, ma chère Lorsqu'on veut bien agir, On ne doit jamais faire Mourir que de plaisir.

AIR : Un mouvement de curiosité.

AIR : Adieu donc, Dame Française.

Iphigénie

De vous sauver, j'aurais beaucoup d'envie Si ce bienfait pouvait se pardonner Tuer un homme ! Ah quelle barbarie ! À cet emploi pourquoi me destiner ? C'est mon devoir d'ôter ici la vie, Il me serait plus doux de la donner. Eh pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ? Avec ce regard charmant, Auriez-vous l'âme traîtresse ! Ah ! Dans un si doux moment La nature vous dément. Eh ! Pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ?

AIR : Musette du Ballet de la Fontaine de Jouvence.

Iphigénie

C'est assez ; je trains de vous entendre La pitié pourrait me surprendre, Oui, je cours trop de danger. Par égard pour une âme trop tendre, Ah ! Permettez-moi de vous égorger.

AIR : Je sens un certain je ne sais quoi.

Oreste

Vous m'en priez trop galamment.

Iphigénie

Que son sort m'intéresse !

Oreste

Tuez-moi donc par sentiment.

Iphigénie

Je plains votre jeunesse..

Oreste

En vous voyant, belle Prêtresse, Mon coeur se trouble malgré moi.

Iphigénie

Je sens un certain je ne sais qu'est-ce.

Oreste

Je sens un certain je ne sais quoi.

AIR : Elle est morte la vache à panier

Iphigénie

Que dit-on chez vous d'Iphigénie ?

Oreste

Ah ! Son sort doit me faire trembler, On l'a tuée en cérémonie, Elle est morte, il n'en saut plus parler. Je n'y puis songer Sans m'affliger, Sans me troubler ; Elle est morte, la pauvre Iphigénie, Elle est morte, il n'en saut plus parler.

AIR : Un jour sur la fougère.

Iphigénie

Diane sut propice, Et vint à son secours.

Oreste

On sait qu'un sacrifice A termine ses jours, Mon âme désolée Gémit de son trépas, La pauvre enfant fut immolée.

Iphigénie

La pauvre enfant n'en mourut pas,

AIR : Allons la voir à Saint Cloud.

Oreste

Puisqu'elle respire encor Mon destin est moins funeste.

Iphigénie

D'où peut naître ce transport ?

Oreste

Ah ! Quel plaisir pour Oreste.

Iphigénie

Vous m'aviez dit qu'il était mort.

Oreste

Madame, je n'avais pas tort, Ce n'était qu'une adresse Pour faire durer la pièce.

AIR : Monsieur la Palisse est mort.

Iphigénie

Il n'a pas fini son sort ? Ah ! Que j'en serais ravie !

Oreste

La preuve qu'il n'est pas mort, C'est qu'il est encore en vie.

AIR. Chant de l'Opera.

Iphigénie

Expliquez-vous.

Oreste

Hélas !

Iphigénie

Achevez, je vous prie.

ENSEMBLE

Oreste

Vous voyez mon trouble et mes pleurs. Reconnaissez Oreste à sa folie Et plus encore à ses malheurs.

Iphigénie

Quoi je te revois, mon frère, Mon frère, mon frère.

Oreste

Quoi je te revois, ma chère, Ma chère, ma chère.

Ensemble

Quel plaisir pour moi ! Chère soeur, c'est toi ! Mon frère, c'est toi ! Le sort ne m'est plus contraire.

AIR : Ah ! Madame Anroux.

Ensemble

Sautons-nous au cou.

Oreste

Ah, si je suis fou, À présent c'est d'aise.

Iphigénie

Je retrouve un sou Mais je pâme d'aise.

Ensemble

Sautons-nous au cou.

Oreste

À présent c'est d'aise, Que ton frère est fou.

Iphigénie

Je me pâme d'aise, Quoi que tu sois sou.

Oreste

Je vais tout préparer pour nous sauver tous deux.

Oreste sort.

Iphigénie

Allez.

Scène 19

Iphigénie

Iphigénie

Ça, reprenons le ton majestueux, Mon frère est retrouvé, c'est toujours quelque chose, Je regrette à présent l'autre Grec et pour cause ; Mais je vais avant peu me voir dans mon pays, Je suis en âge encor d'y faire des amis.

Scène 20

Isménie

Isménie

Madame, attendez-vous au sort le plus contraire, Au cou le plus affreux rien ne peut vous soustraire, Vos desseins sont connus du barbare Thoas, Le malheureux Oreste est dans les mains d'Arbas.

Scène 21

Thoas, Iphigénie

Thoas

Ah ! Ah ! Vous voilà donc, Prêtresse dégourdie, Vraiment votre conduite est tout à fait jolie, J'apprends en ce moment comme vous en usez C'est aux dépens des Dieux que vous vous amusez. Au lieu de les tuer, vous retenez les hommes.

Iphigénie

Hélas, dans mon pays, voilà comme nous sommes La nature eut toujours un grand pouvoir sur moi. Son agréable étude est mon unique emploi, C'est la première Loi, c'est la seule peut-être, C'est la seule du moins qui se fasse connaître, Elle est de tous les temps, elle est de tous les lieux ; Elle règle à la fois les hommes et les Dieux.

Thoas

Une telle morale avec votre état jure, Prêtresse, vous citez trop souvent la nature.

Iphigénie

On cite ce qu'on aime.

Thoas

On m'a sort bien instruit, Vous tramiez des complots, vous en perdez le fruit.

Iphigénie

Je n'ai jamais formé de complots sur la vie, La défiance marche avec la tyrannie ; Guéris-toi, s'il se peut, des soupçons que tu prends. Je voulais seulement écrire à mes parents.

Thoas

La chose est toute simple ; était-il nécessaire D'avoir tant de finesse et d'en faire un mystère ? J'aurais, si vous m'eussiez dit vos petits secrets, Pris soin de vous donner un courrier tout exprès ; Mais sur ces étrangers j'ai des droits légitimes ; Et vous devez tous deux les prendre pour victimes.

Iphigénie

Monsieur, vous tenez là de sort mauvais propos.

Thoas

Où sont ces étrangers ? Répondez en deux mots.

Iphigénie

Tu devrais le savoir, un vil tyran qui tremble Devrait en espions être mieux ce me semble. Un des deux dans ce Temple est encor retenu, L'autre est déjà parti, ce fait là t'est connu. Tu devais l'empêcher ; mais chez toi tu demeures Pourquoi faire ? Dis moi.

Thoas

J'ai dormi vingt-quatre heures. Mais que cet étranger paraisse sans tarder. Je le vois ; à mes yeux il faut le poignarder.

Scène 22

Iphigénie, Thoas, Oreste

Iphigénie

Qui ? Moi le poignarder ! Apprends qu'il est mon frère.

Thoas

Eh ! Quand cela serait, il ne m'importe guère. Obéissez, Madame, et qu'il saute le pas.

Iphigénie

Ô ciel, vous l'entendez et vous ne tonnez pas !

Oreste

Ton âme à mon aspect, d'effroi n'est pas atteinte ! De mon sang, sur mon front vois la Majesté peinte ; Au nom d'Agamemnon, Tyran, baisse les yeux.

Thoas

Oui, c'est un nom vraiment bien beau, bien précieux, Qu'une race où le crime eSt une maladie. La femme, le mari, le fils, tout s'expédie. Moi, je vais te traiter de la même façon Que j'avais l'honneur d'être de ta maison.

Oreste

Tu n'es qu'un plat tyran dont la fureur oisive, Joint à l'emportement une action tardive ; Tu menaces toujours sans rien effectuer. Dis, pourquoi reviens- tu ?

Iphigénie

Pour le faire tuer.

Thoas

Madame, doucement, cela vous plaît à dire, Mais je veux avant moi que l'étranger expire Que la Religion conduise votre main, Armez-vous du couteau, plongez-le dans son sein.

Oreste

Paresseux, ne peux tu faire cela toi-même ?

Thoas

Cela compromettrait la puissance suprême. Pour servir mon courroux, Gardes obéissez.

Iphigénie

Qu'allez-vous faire, ô ciel ! Profanes, frémissez Quoi ! L'on a donc ici d'assez vilaines âmes Pour y faire périr les hommes par les femmes ! Et moi je souffrirais un pareil contre-sens ! Non, vous m'en puniriez Dieux justes, Dieux puissants, Qu'oses-tu commander dans ton aveugle rage ? L'excès de mon malheur me rend tout mon courage. Prêtresses, avec soin gardez ce garçon-là, Dans votre solitude il vous désennuiera Et mes attentions seront bien reconnues. Si quelque frère un jour peut vous tomber des nues, Vous me le céderez, l'arrangement est doux, Je le prendrai pour moi ; prenez le mien pour vous.

Thoas

Mais qui peut faire ici cet affreux tintamarre ?

Scène 23

Arbas, Thoas

Arbas

Sauvez-vous, s'il se peut, Seigneur, de la bagarre. Ce Palais est rempli de farouches soldats.

Thoas

D'où diable sortent-ils ?

Arbas

Je ne le comprends pas.

Thoas

Avant de réprimer cette révolte impie, Moi-même à l'étranger je vais ôter la vie.

Scène 24

Pilade, Thoas, Oreste, Iphigénie

Fin de la piéce.

TRIO.

Pilade

Je viens à point nommé punir tes cruautés, Reconnais un héros ; meurs, Tyran.

Thoas

Arrêtez Parce que je suis bon, faut-il que l'on me tue ? Tenez, arrangeons-nous, emportez la statue, Laissez-moi vivre en paix ; partez, tout est d'accord, Ensanglanter la scène, oh ! C'est un peu trop sort.

Oreste

Mais à mes noirs transports je ne suis plus en proie ; Je me trouve moins sou, ma tête se nettoie ; Ma soeur, je vais cesser d'être un objet d'effroi Et les diables je pense ont pris congé de moi.

Pilade

Comment c'est là ta soeur ?

Oreste

Oui, c'est Iphigénie.

Pilade

Tant mieux pour moi, vraiment ; peste, qu'elle est jolie ! Elle part avec nous ?

AU PUBLIC.

Iphigénie

Rendons grâces aux Dieux, La Loi de la Nature est donc la Loi des Cieux. Messieurs, loin de vouloir, dans cette Parodie Lancer des traits méchants contre la Tragédie, Nous respectons l'auteur dont le brillant pinceau A placé l'amitié dans un cadre si beau, Qui malgré les succès, échappant à l'ivresse Pour les mieux mériter, a corrigé sa pièce ; Et qui, comme un prodige, offre à tous ses rivaux Un auteur triomphant qui connut ses défauts. Les larmes du public consacrent sa victoire L'actrice inimitable en partage la gloire. Trop heureux le théâtre, où l'auteur et l'acteur, Par des talents égaux, charment le spectateur. D'un mérite si rare admirateurs modestes, En les parodiant, nous ramassons leurs têtes.

Oreste

Embarquons-nous Jouissons tous, D'un sort plus tranquille, Bien nous en prend Que le tyran Soit bon et facile, Tout sert nos voeux. À vivre heureux Tout enfin nous exhorte ; Faisons gaiement Le dénouement. Le plaisir me transporte.

Thoas

Prince des fous Embarquez-vous, Laissez-moi tranquille. Dans vos propos, Dans vos complots, Je suis inutile. Tout sert vos voeux Soyez heureux, Mais que d'ici l'on sorte Faites gaiement Le dénouement. Que le Diable vous emporte

Iphigénie

Hélas ! Mon cher, Que j'ai souffert Dans ce lieu funeste ! J'ai malgré moi Fait un emploi, Que mon coeur déteste. Mais dès ce jour, Envers l'amour J'expierai mon crime, Loi de ces lieux, J'aimerais mieux Moi-même être victime.

On reprend le Trio.

Thoas

Prince des sous Embarquez-vous. Adieu, triste Oreste. Dans ces climats Laissez Thoas, Il saut qu'il y reste. Si j'étais mort, Pourrais-je encor : Régner en Tauride ? Je dois céans, Régner longtemps, Et l'histoire en décide.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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