La Petite Iphigénie
Scène 1
Iphigénie
Iphigénie
Un songe cause en moi de sinistres pensées Je n'ai rêvé la nuit que de glaces cassées Ce terrible accident qui m'afflige beaucoup ; Me menace aujourd'hui de quelque mauvais coup.
Scène 2
Iphigénie, Isménie
Iphigénie
Est-ce toi que je vois ! Ô ma chère Isménie ! Viens-tu pour consoler la triste Iphigénie ?
Isménie
Ce jour pour vous, Madame, est un jour solennel ? Le Roi vient de trouver un malheureux mortel, Sans mouvement, sans force, étendu sur le sable, Thoas prend de ses jours un foin inconcevable, Il cherche à ranimer cet homme languissant Par les bonnes façons d'un coeur reconnaissant, Pour le mettre en état qu'on lui coupe la gorge.
Iphigénie
Jouet infortuné des terreurs qu'il se forge, Il ne cherche qu'à voir couler le sang humain, Et moi je suis contrainte à lui prêter ma main.
Isménie
Il fallait supposer dans l'emploi qu'on vous donne, Que vous n'avi[e]z encor sacrifié personne. Peut-on être touché du sort d'une beauté. Qui plonge dans les coeurs son bras ensanglanté ! On aurait pu sauver cette image effrayante, Vous en auriez été bien plus intéressante.
Iphigénie
Diane, devais-tu me transporter ainsi Pour me faire jouer un pareil rôle ici ! Je n'ai pas un coeur fait pour dépeupler le monde. Un songe met le comble à ma douleur profonde.
Isménie
Mettez-le donc en chant si vous le racontez ; Vos rêves sont plus beaux lorsque vous les chantez.
Iphigénie
Tu sauras le dernier en lisant les mensonges Dans le Dictionnaire à l'usage des songes. Éclairs, mugissements, spectres, pâles flambeaux Gémissements, terreur, lieux funèbres, tombeaux, Horreur, bruit souterrain, la terre qui s'entrouvre, Un fantôme sortant de l'enfer qu'on découvre Abîme, accents plaintifs, poignards, lambeaux sanglants, Ombre, crime, remords, effroi, g[e]noux tremblants, Autel, temple, cyprès, coupable encens, idole, Ou père, ou mère, ou soeur, ou frère qu'on immole ; Voilà quel est mon songe, et tu reconnais-là, L'histoire de tous ceux que l'on a faits déjà.
Scène 3
Eumène, Iphigénie, Isménie
Eumène
Madame, dans ces lieux le tyran va paraître. Il sent une frayeur dont il n'est pas le maître. N'est pas hardi qui veut ; le croiriez-vous ? Il craint Cet étranger mourant qui ne doit qu'être plaint, Et vient comme un devoir presser le sacrifice.
Iphigénie
Grands Dieux ! Si cette loi vous semble une injustice, Faites- moi triompher du farouche Thoas ; Que ce tyran sensible à mes faibles appas Ne fasse plus du meurtre un auguste mystère Et puisse en me voyant désirer le contraire. Inspirez-moi ces tours et ces mots caressants Qui séduisent l'esprit et captivent les sens, Répandez dans mes yeux cette mélancolie Qui ne blesse les coeurs que pour donner la vie. Et qu'en vous honorant, mes pacifiques mains Ne fervent déformais qu'au bonheur des humains.
Isménie
Thoas vient, vous pourrez parler des Dieux ensemble.
Scène 4
Thoas, Iphigénie
Thoas
Si je viens vous trouver c'est parce que je tremble Madame,
Iphigénie
C'est un mal où vous êtes sujet.
Thoas
Ou dormant ou veillant quelque sinistre objet À mon coeur effrayé vient donner des secousses ; Je crois à chaque instant voir l'enfer à mes trousses ; J'entends dans ma cave on roule des tonneaux ; Lorsque je fuis couché, l'on tire mes rideaux Des fantômes hideux croyant faire merveilles, Viennent dès que je dors, me crier aux oreilles. Vous qui savez parler à tout ce monde-là, Il faut absolument faire cesser cela.
Iphigénie
Seigneur, ces esprits font les mortels qu'on immole.
Thoas
Qu'ils se plaignent plus bas, leur concert me désole ; Mais il faut immoler le nouvel étranger.
Iphigénie
D'un si funeste emploi daignez me dégager.
Thoas
Je me connais, Madame, en physionomie, Ce n'est qu'un garnement, de fort mauvaise vie ; Cet homme-là m'effraye, et mon coeur alarmé Se glace en le voyant.
Iphigénie
Il est donc bien armé ?
Thoas
Non, il est garrotté, mais il n'aime qu'à mordre, On voit dans ses discours un esprit en désordre, -Je le crois querelleur, il fait à tous moments Aux hommes comme aux Dieux de vilains compliments. J'ai remarqué surtout qu'au sort de sa colère Bien souvent il s'écrie : Hélas ! Ma chère mère ! On dit que des démons, sans cesse autour de lui L'entourent de serpents pour le rendre poli. J'ai cru, pour dissiper fa noire extravagance, Devoir lui demander son nom et sa naissance Il garde le secret.
Iphigénie
Je pense qu'il fait bien : Pour le faire mourir son nom ne sert à rien. Est-il jeune ?
Thoas
Oui vraiment.
Iphigénie
Sa mort me désespère. Ô ciel ! Est-ce donc là ce que j'en devrais faire ?
Thoas
Ah ! Je me lasse enfin d'être tant combattu, Adorer et frapper, voilà votre vertu.
Iphigénie
Par ces vers convaincants vous m'avez décidée Oui, par la cruauté ma piété guidée, Va trouver désormais ce sacrifice beau, Et l'on va sur l'autel apporter le couteau.
Thoas
Un changement si prompt marque peu de scrupule.
Iphigénie
Pouvez-vous à ma voix ne pas être crédule ?
Thoas
Je suis né défiant, cependant vous verrez Si j'empêcherai rien de ce que vous ferez. Vous pourrez me tromper sans avoir de l'adresse, Je ne reparaîtrai que pour finir la pièce.
Scène 5
Isménie, Iphigénie, Eumène
Isménie
Vous avez carte blanche, il faut en profiter.
Iphigénie
Je ne fais pas d'où vient il se fait déteSter, Ce tyran est au fond une bonne personne ; LorSqu'il fait le méchant, c'est un air qu'il se donne.
Eumène
Mais vous avez promis d'exercer votre emploi, Et vous allez enfin agir de bonne foi : Dans votre ministère il faut de la droiture.
Iphigénie
Ah ! Mon coeur fuit toujours la voix de la nature.
Isménie
Moi, c'est ce que je fais, c'est ma Divinité. Ses lois furent toujours les Dieux de la Beauté.
Iphigénie
J'entends quelqu'un hurler, Prêtresse de Diane Je dois avec prudence éviter tout profane ; Les hommes sont pour nous des danger[s] trop certains, Nous reviendrons pourtant leur délier les mains.
Scène 6
Oreste
Oreste
Je deviens furieux, Destin, quand je te nomme ! Tu ne fais qu'un coquin souvent d'un honnête homme Mon exemple en fournit une affr[e]use leçon : Je suis un misérable, et suis né bon garçon ; Je suis doux, et souvent je me mets encore ; J'adore mes parents, et j'ai tué ma mère ; Je cours les champs, portant en mon coeur le remord Et je rencontre un chien enragé qui me mord ; Je le deviens moi-même, et répands l'épouvante ; Pilade, d'une humeur sensible et prévenante Veut bien m'aimer malgré ce petit défaut-là ; Mais le destin m[aud]it n'approuve pas cela. Par l'ordre d'Apollon je viens sur ce rivage, Je cours toutes les m[e]rs pour avoir une image, Et je perds mon ami d'abord en arrivant. Mon infortune, ô Ciel ! t'amuse trop souvent ; Mais ces carreaux sont teints et cette colonnade ! Je me connais au sang, c'est celui de Pilade ; Les Dieux sans doute ont cru qu'avec de l'amitié, Le malheur ne pouvait m'accabler qu'à moitié.
Scène 7
Pilade, Oreste
Pilade
Retrouve ton ami.
Oreste
Je ne t'attendais guère.
Pilade
Ton étoile et les Dieux m'ont taillé des croupières, Je fuis tombé dans l'eau, cela me porte au coeur, L'amitié s'affadit avec cette liqueur.
Oreste
Je te revois, Pilade, et ma joie est fi tendre Qu'à l'instant mon accès de rage va me prendre.
Pilade
Sauve qui peut.
Oreste
Je vois tout l'enfer fous mes pas.
Pilade
La belle vue !
Oreste
Ô Ciel je sens entre mes bras, Un serpent venimeux qui me pique et me glace. Quelle femme, Grands Dieux, me fait donc la grimace
Pilade
Tu lui rends bien.
Oreste
Un spectre est là pour l'appuyer C'est Egiste, oui c'est lui qui lui sert d'écuyer ; Mais quel objet hideux m'embarrasse et m'arrête ! Il gémit... Ah ! Qu'il a de cornes à la tête ! Que vois-je ! C'est mon père !
Oreste
Il n'est donc pas changé ?
Oreste
Dans quel nouveau revers me trouvai-je plongé ! Ô désespoir ! Je suis accablé Pilade, Il me fuit.
Pilade
Au contraire, et je fuis, camarade.
Oreste
Je n'avais qu'un ami, qu'un seul, je l'ai perdu.
Pilade
Je suis ici.
Oreste
Viens donc.
Pilade
Je crains d'être mordu.
Oreste
Ainsi tout l'Univers craint et fuit ma présence. Ma fureur s'en accroît.
Pilade
La Prêtresse s'avance ; Cessez d'être en colère, on vient vous égorger.
Oreste
Tu m'avertis à temps, et je vais m'arranger.
Scène 8
Iphigénie, Pilade, Oreste
Iphigénie
Votre sang va bientôt couler pour la Déesse, Je viens vous immoler ; mais avec politesse. Ici les étrangers dans mes mains sont remis, Et c'est moi qui leur fais les honneurs du pays. Prêtresses, à l'instant je veux qu'on les déchaîne ; Je dois agir ainsi pour que rien ne les gêne.
Pilade
J'ai de l'esprit, Madame, et je vous entends bien.
Iphigénie
Nous pouvons à présent commencer l'entretien : Votre sort m'intéresse, et je suis affligée De vous faire mourir ; mais j'y suis obligée. Mon coeur est la victime, et mon bras l'instrument.
Pilade
Hom ! Cet instrument-là ne me plaît nullement.
Iphigénie
Laissez-moi donc parler à votre camarade, Il est triste.
Pilade
Il a tort.
Iphigénie
Qu'a-t-il ?
Pilade
Il est... malade D'esprit
Iphigénie
Puis-je savoir ?...
Pilade
Vous saurez qu'aujourd'hui...
Iphigénie
Vous avez la fureur de répondre pour lui ; C'est lui que j'interroge.
Oreste
Eh ! Maugrebleu, Madame, Tuez-nous sans rien dire.
Iphigénie
Il a glacé mon âme. Cet enfant-là paraît assez mal élevé. à ce pauvre garçon qu'est-il donc arrivé ?
Pilade
Madame, s'il n'a pas la réplique gentille, C'est qu'il a maintenant des chagrins de famille. Tout le monde n'est pas en place comme vous.
Iphigénie
Oui, j'exerce un emploi bien amusant bien doux.
Oreste
Vous nous faites languir, quel sujet vous arrête ?
Iphigénie
Cela viendra, Seigneur ; mais soyez plus honnête. Vous êtes tous deux Grecs, si j'en crois vos habits ?
Pilade
Oui.
Iphigénie
Venez m'embrasser, c'est aussi mon pays.
Pilade
Ah ! Quel plaisir !
Iphigénie
Allons, contez-moi des histoires Agamemnon jouit du fruit de ses Victoires.
Oreste
Il ne vit plus.
Iphigénie
De quoi le pauvre homme est-il mort ?
Oreste
Il se portait fort bien.
Iphigénie
Ah ! Vous m'étonnez fort.
Oreste
Un cruel assassin...
Iphigénie
Quelle main sanguinaire A fait ce mauvais coup ?
Oreste
Son épouse adultère.
Pilade
On peut, lorsqu'on eSt belle, avoir quelques amanTs Mais tuer les maris, ils sont si bonnes gens !
Iphigénie
Ciel, Clytemnestre ! Oreste a-t-il bien pris la chose
Pilade
Vous deviez sur ce nom avoir la bouche close.
Iphigénie
On voyait dans son air, étant encor enfant Qu'un jour il pourrait être un fort mauvais plaisant.
Oreste
Il est l'horreur du monde.
Iphigénie
Eh ! Qu'a-t-il donc pu faire ?
Pilade
Madame, il en agit fort mal avec sa mère.
Iphigénie
Fi, ce garçon doit faire une mauvaise fin. Que cherche-t-il ?
Oreste
La mort qu'il a trouvée enfin.
Haut.
Iphigénie
Ô ciel ! Qu'entends-je ! Oreste est privé de la vie ! Mon unique ressource, hélas, m'est donc ravie ! Remettons-nous s'il faut reprendre mon discours : Électre, que fait-elle ?
Oreste
Elle pleure toujours.
Pilade
Cela compoSe au moins une aimable famille Bien gaie.
Iphigénie
Ô désespoir ! Approchez-vous, ma fille Menez ces étrangers dans l'endroit préparé Où celui qu'on immole est toujours bien paré.
Pilade
En voyant ces soins-là ma tristesse est complète,
Iphigénie
Je vais faire aujourd'hui ma dernière toilette.
Scène 9
Iphigénie, Isménie, Eumène
Iphigénie
Ô Ciel ! Oreste est mort !
Isménie
Ce n'était qu'un vaurien.
Iphigénie
Il serait devenu peut-être homme de bien. Halas ! En ce moment que mon malheur te touche ; Mais, as-tu remarqué ce grec dur et farouche ? Pour cet infortuné qui brave le trépas, J'éprouve un sentiment que je ne connais pas : Quoiqu'il ait l'air d'un fou, cet homme sait me plaire.
Isménie
Il me paraît avoir un joli caractère.
Iphigénie
Sauvons celui que j'aime.
Isménie
On peut le hasarder.
Iphigénie
Mais enfin l'autre eSt homme.
Isménie
Il faut donc le garder.
Iphigénie
Non, qu'ils partent tous deux ; mais il faut du mystère.
Isménie
Pour bien mener cela, fiez-vous à mon père. Mon père roturier, sans rang, sans dignité, Les enveloppera dans son obscurité.
Iphigénie
Ton père est ennuyeux, je crains qu'il ne paraisse.
Isménie
On ne le verra pas ; j'en parlerai sans cesse, Et cependant jamais on ne saura son nom,
Iphigénie
Va donc trouver Thoas et dis- lui pour raison Que ces deux étrangers ont l'âme trop profane Pour avoir l'honneur d'être immolés à Diane Et que je juge avant de les sacrifier, Qu'il faut avoir grand foin de les purifier.
Eumène
C'est une menterie.
Iphigénie
Oui ; mais c'est une adresse Un privilège acquis qu'approuve la sagesse, Et ce motif m'excuse en cette extrémité : Qui sert les malheureux sert la Divinité.
Scène 10
Pilade, Iphigénie
Pilade
Suivant de ces climats les funestes maximes, Vous aviez commandé qu'on parât les victimes, Et nous reparaissons ainsi que nous étions, Libres de nous sauver, si nous le souhaitions.
Iphigénie
Venez à cet autel de meurtre et de vengeance, Venez-y concevoir un rayon d'espérance. Mes bienfaisantes mains épargnant votre sang Ne vous plongeront pas un coUteau dans le flanc. Vous irez tous les deux revoir votre Patrie.
Pilade
Madame, en vérité, vous êtes bien polie.
Scène 11
Isménie, Iphigénie, Pilade
Oreste et Pilade se retirent au fond du théâtre.
Isménie
Madame, je voudrais vous parler en secret. Éloignez-vous.
Isménie
Je viens vous dire avec regret Qu'à les sauver tous deux il ne faut pas prétendre. Thoas aime le sang, il veut en voir répandre ; Il faut que de ces Grecs l'un périsse en effet ; Mais si vous m'en croyez, délivrez le mieux fait.
À Oreste.
Iphigénie
Rapprochez- vous. Les Di[e]ux ont fait tourner la chance, Ils se font irrités de ma condescendance. Un de vous deux mourra, le choix m'en est remis, Et pour être sauvé, c'est vous que j'ai choisi.
Pilade
Miséricorde ! Ô meurtre !
À Oreste.
À Pilade.
Elle sort.
Iphigénie
Ah ! Je vois votre joie ; Je vous laisse un instant, pour qu'elle se déploie. Ma main avec douceur remplira mon devoir. Vous, vous regagnerez votre pays ce soir, Je vous en suis garant ; mais daignez me permettre D'aller écrire avant un petit mot de lettre. Vous serez bien exact à la remettre au moins. Ensuite, mon enfant, Vous aurez tous mes soins.
Scène 12
Pilade, Oreste
Pilade
AInsi, nous voilà donc aux petits soins ensemble.
Oreste
M'aimes-tu ?
Pilade
Quand tu dis que tu m'aimes, je tremble La Prêtresse au contraire, au lieu de menacer En m'annonçant la mort, semble me caresser.
Oreste
Parle donc, je te trouve un plaisant personnage De prétendre mourir.
Pilade
Ce n'est pas mon usage.
Oreste
Je t'ai toujours connu pour un ambitieux.
Pilade
Est-ce ma faute à moi ? Va ne t'en prend qu'aux Dieux. Pourquoi m'envierais-tu ma petite fortune ?
Oreste
La vie est un fardeau dont le poids m'importune Je demande la mort, c'est à moi qu'on la doit, Et tu veux aujourd'hui me faire un passe-droit.
Pilade
À l'honneur qu'on me sait, ami, je suis sensible ; Mais je t'aime et voudrais, s'il était bien possible, Tout à l'heure te voir à l'autel attaché. Va, je te céderais ma place à bon marché.
Oreste
Tu m'aimes ! ah, j'en prends tous les Dieux pour arbitres. Tu veux être immolé, parle quels sont tes titres ? As-tu dix fois par jour le transport au cerveau ? Tout l'univers pour toi devient-il un tombeau ? Des Spectres viennent-ils te tenir compagnie ? As-tu jamais rossé personne dans ta vie Es-tu né comme Oreste, insensé, forcené Et vois-tu sur tes pas tout l'Enfer déchaîné ?
Pilade
On ne peut pas avoir tous les biens en ce monde.
Oreste
Eh, dis-moi donc sur quoi ta vanité se sonde ?
Pilade
Pour me laisser mourir, j'embrasse tes genoux
Oreste
Et je me jette aux tiens pour un bonheur si doux.
Pilade
Non, je ne le veux point.
Oreste
Un refus de la sorte Agite tous mes sens, le courroux me transporte, Je m'en vais t'assommer.
Pilade
Oh ! Ne badinons point, Tu traites l'amitié toujours à coups de poing.
Oreste
Je veux aimer ainsi. Je vais à la Prêtresse Déclarer qui je suis.
Pilade
Ah ! Ton cerveau se blesse.
Oreste
Et si sa main balance, ô Terre ! Entrouvre-toi. Et vous qui m'écoutez, ô Ci[e]ux écrasez-moi,
Pilade
Je sais OEdipe. Aussi vos victimes sont prêtes Ô monts écrasez-nous, Cieux, tomb[e]z sur nos têtes.
Ensemble.
Oreste
Si tu reçois la mort, si je puis le souffrir, Je dis qui m'a sait naître et qui j'ai fait mourir.
Pilade
L'amitié, l'amitié, voilà ce qui m'enivre, Je ne suis pas sorti de mon pays pour vivre.
Scène 13
Iphigénie, Oreste, Pilade
Iphigénie
Peut-on savoir pourquoi vous avez tant crié ?
Oreste
Madame, ce n'était qu'un débat d'amitié.
Pilade
Il parlait doucement avec son camarade.
Iphigénie
Ce commerce du moins ne me paraît pas fade.
Oreste
Pour parler franchement, je suis jaloux de lui, Je vous le dis tout net et s'il meurt aujourd'hui Je ne me charge pas de rendre votre lettre.
Iphigénie
Dans vos fidèles mains je venais la remettre : Eh, quoi vouloir mourir ! Seigneur, que pensez-vous ?
Pilade
Madame, il serait mal de disputer des goûts.
Iphigénie
Vous pouvez préférer une mort rigoureuse Au soin de me servir et de me rendre heureuse Vous n'êtes pas galant, et c'est me faire tort.
Pilade
Il n'aime point le Sexe.
À Pilade.
Iphigénie
Il mérite la mort ; Je ne puis y penser sans en être saisie. Mais ne sentez -vous pas un peu de jalousie
Pilade
Non.
Iphigénie
Pour payer l'honneur qu'il daigne vous céder ; Dites-lui, s'il se peut, adieu, sans le gronder.
Oreste
Adieu, mon cher ami, pardonne mes reproches.
À part.
Pilade
Je n'aurai pas toujours mes deux mains dans mes poches, Laisse-moi faire, va je te délivrerai. Je ne sais pas pourtant comme je m'y pendrai.
Scène 14
Iphigénie, Pilade
Iphigénie
Pour sortir de ces lieux, il ne saut pas attendre.. Électre est la personne à qui vous devez rendre Ce Billet important.
Pilade
Par quel hasard heureux La connaissez-vous donc ?
Iphigénie
Vous êtes curieux ! Esclave, prenez soin de conserver sa vie ; Vous savez les chemins, et je vous le confie.
Pilade
Vous le verrez bientôt, c'est un garçon d'esprit, Qui reviendra vous faire un bien joli récit.
Scène 15
Iphigénie, Isménie
Iphigénie
Je conçois pour ce Grec, un malheureux présage, Et j'ai peur qu'il ne fasse un bien mauvais voyage, Je ne saurai jamais quand il s'embarquera.
Isménie
Sans être remarqué, croyez qu'il partira.
Iphigénie
Je crains qu'il ne s'égare, ou bien qu'on ne l'arrête.
Isménie
Pourquoi ?
Iphigénie
Son conducteur m'a l'air d'être un peu bête. J'ai remis l'étranger en de mauvaises mains.
Isménie
Faut-il donc tant d'esprit pour savoir les chemins
Iphigénie
Mais, je vais être instruite enfin ; je vois Eumène. Le Grec est-il parti ?
Scène 16
Eumène, Iphigénie, Isménie
Eumène
Vous m'en voyez en pEine ; On l'attend au vaisseau, personne n'est venu.
Iphigénie
Ah ! Je n'en doute point, mon projet est connu.
Isménie
À de vaines frayeurs, pourquoi livrer votre âme ? Vous connaissez Thoas, rassurez-vous, Madame, Thoas est soupçonneux, et n'approfondit rien.
Iphigénie
Il est vrai ; mais on vient ; ah c'est l'Esclave.
Scène 17
Iphigénie, Un Esclave, Isménie, Eumène
Iphigénie
Hé bien ? Ce Grec dont je vous ai confié la conduite N'a-t-il point rencontré d'obstacles dans sa suite ? Vogue-t-il sur les eaux ? Et le vent est-il bon ?
Un Esclave
Il est plus avancé, Madame, il est au fond.
Isménie
Adieu ma lettre.
Un Esclave
Un bruit et de chevaux et d'armes Nous a sait sans raison concevoir des alarmes, Et quoique nous sussions tous deux hommes de coeur, J'avouerai franchement que nous avons eu peur. Nous nous sommes cachés dans un antre sauvage, Où les flots en courroux viennent briser leurs cours Qui, sans doute, du Grec ont absorbé les jours. L'appelant vainement, j'ai cru devoir conclure Qu'il fallait regarder, malgré la nuit obscure Je n'ai rien aperçu, je me suis effrayé Ainsi vous voyez bien que notre homme est noyé.
Iphigénie
Ah, je n'en doute pas, la preuve en est trop claire, Et les Dieux par ce trait m'annoncent leur colère.
Isménie
Pour fuir la mort, Madame, un Grec prend bien des soins, Et revient dans l'instant qu'on y pense le moins.
Eumène
Voilà tout mon espoir, qu'il soit aussi le vôtre.
Iphigénie
Puisque cet homme est mort, qu'on m'aille chercher l'autre. On l'amène. Sortez. Voici le beau morceau, Qui serait plus touchant, s'il était plus nouveau.
Scène 18
Oreste, Iphigénie, Ensemble
Oreste
Pour me percer le coeur, m'appelez-vous ? J'arrive.
Iphigénie
C'est au pied du Rocher qui défend cette rive.
Oreste
C'est l'Opéra tout pur, et nous nous égarons.
Iphigénie
Allez, allez toujours, nous nous retrouverons.
Oreste
Oui, la scène a trente ans plus que la tragédie, On l'a toujours chantée, ainsi la Parodie Doit l'être tout de même.
AIR : La mort de mon cher père.
Iphigénie
Oui, c'est là mon projet, Et cela vaudra mieux pour le fond du sujet. Mon petit ministère Vous sera du chagrins Je crains de vous déplaire En vous perçant le sein. Que ne suis-je maîtresse Des climats où je suis ! Les gens de votre espèce N'y seraient pas détruits.
AIR : Contre un engagement.
Oreste
D'un propos gracieux Vous serez le contraire. Loin d'apaiser les Dieux, Redoutez leur colère : À votre âge, ma chère Lorsqu'on veut bien agir, On ne doit jamais faire Mourir que de plaisir.
AIR : Un mouvement de curiosité.
AIR : Adieu donc, Dame Française.
Iphigénie
De vous sauver, j'aurais beaucoup d'envie Si ce bienfait pouvait se pardonner Tuer un homme ! Ah quelle barbarie ! À cet emploi pourquoi me destiner ? C'est mon devoir d'ôter ici la vie, Il me serait plus doux de la donner. Eh pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ? Avec ce regard charmant, Auriez-vous l'âme traîtresse ! Ah ! Dans un si doux moment La nature vous dément. Eh ! Pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ?
AIR : Musette du Ballet de la Fontaine de Jouvence.
Iphigénie
C'est assez ; je trains de vous entendre La pitié pourrait me surprendre, Oui, je cours trop de danger. Par égard pour une âme trop tendre, Ah ! Permettez-moi de vous égorger.
AIR : Je sens un certain je ne sais quoi.
Oreste
Vous m'en priez trop galamment.
Iphigénie
Que son sort m'intéresse !
Oreste
Tuez-moi donc par sentiment.
Iphigénie
Je plains votre jeunesse..
Oreste
En vous voyant, belle Prêtresse, Mon coeur se trouble malgré moi.
Iphigénie
Je sens un certain je ne sais qu'est-ce.
Oreste
Je sens un certain je ne sais quoi.
AIR : Elle est morte la vache à panier
Iphigénie
Que dit-on chez vous d'Iphigénie ?
Oreste
Ah ! Son sort doit me faire trembler, On l'a tuée en cérémonie, Elle est morte, il n'en saut plus parler. Je n'y puis songer Sans m'affliger, Sans me troubler ; Elle est morte, la pauvre Iphigénie, Elle est morte, il n'en saut plus parler.
AIR : Un jour sur la fougère.
Iphigénie
Diane sut propice, Et vint à son secours.
Oreste
On sait qu'un sacrifice A termine ses jours, Mon âme désolée Gémit de son trépas, La pauvre enfant fut immolée.
Iphigénie
La pauvre enfant n'en mourut pas,
AIR : Allons la voir à Saint Cloud.
Oreste
Puisqu'elle respire encor Mon destin est moins funeste.
Iphigénie
D'où peut naître ce transport ?
Oreste
Ah ! Quel plaisir pour Oreste.
Iphigénie
Vous m'aviez dit qu'il était mort.
Oreste
Madame, je n'avais pas tort, Ce n'était qu'une adresse Pour faire durer la pièce.
AIR : Monsieur la Palisse est mort.
Iphigénie
Il n'a pas fini son sort ? Ah ! Que j'en serais ravie !
Oreste
La preuve qu'il n'est pas mort, C'est qu'il est encore en vie.
AIR. Chant de l'Opera.
Iphigénie
Expliquez-vous.
Oreste
Hélas !
Iphigénie
Achevez, je vous prie.
ENSEMBLE
Oreste
Vous voyez mon trouble et mes pleurs. Reconnaissez Oreste à sa folie Et plus encore à ses malheurs.
Iphigénie
Quoi je te revois, mon frère, Mon frère, mon frère.
Oreste
Quoi je te revois, ma chère, Ma chère, ma chère.
Ensemble
Quel plaisir pour moi ! Chère soeur, c'est toi ! Mon frère, c'est toi ! Le sort ne m'est plus contraire.
AIR : Ah ! Madame Anroux.
Ensemble
Sautons-nous au cou.
Oreste
Ah, si je suis fou, À présent c'est d'aise.
Iphigénie
Je retrouve un sou Mais je pâme d'aise.
Ensemble
Sautons-nous au cou.
Oreste
À présent c'est d'aise, Que ton frère est fou.
Iphigénie
Je me pâme d'aise, Quoi que tu sois sou.
Oreste
Je vais tout préparer pour nous sauver tous deux.
Oreste sort.
Iphigénie
Allez.
Scène 19
Iphigénie
Iphigénie
Ça, reprenons le ton majestueux, Mon frère est retrouvé, c'est toujours quelque chose, Je regrette à présent l'autre Grec et pour cause ; Mais je vais avant peu me voir dans mon pays, Je suis en âge encor d'y faire des amis.
Scène 20
Isménie
Isménie
Madame, attendez-vous au sort le plus contraire, Au cou le plus affreux rien ne peut vous soustraire, Vos desseins sont connus du barbare Thoas, Le malheureux Oreste est dans les mains d'Arbas.
Scène 21
Thoas, Iphigénie
Thoas
Ah ! Ah ! Vous voilà donc, Prêtresse dégourdie, Vraiment votre conduite est tout à fait jolie, J'apprends en ce moment comme vous en usez C'est aux dépens des Dieux que vous vous amusez. Au lieu de les tuer, vous retenez les hommes.
Iphigénie
Hélas, dans mon pays, voilà comme nous sommes La nature eut toujours un grand pouvoir sur moi. Son agréable étude est mon unique emploi, C'est la première Loi, c'est la seule peut-être, C'est la seule du moins qui se fasse connaître, Elle est de tous les temps, elle est de tous les lieux ; Elle règle à la fois les hommes et les Dieux.
Thoas
Une telle morale avec votre état jure, Prêtresse, vous citez trop souvent la nature.
Iphigénie
On cite ce qu'on aime.
Thoas
On m'a sort bien instruit, Vous tramiez des complots, vous en perdez le fruit.
Iphigénie
Je n'ai jamais formé de complots sur la vie, La défiance marche avec la tyrannie ; Guéris-toi, s'il se peut, des soupçons que tu prends. Je voulais seulement écrire à mes parents.
Thoas
La chose est toute simple ; était-il nécessaire D'avoir tant de finesse et d'en faire un mystère ? J'aurais, si vous m'eussiez dit vos petits secrets, Pris soin de vous donner un courrier tout exprès ; Mais sur ces étrangers j'ai des droits légitimes ; Et vous devez tous deux les prendre pour victimes.
Iphigénie
Monsieur, vous tenez là de sort mauvais propos.
Thoas
Où sont ces étrangers ? Répondez en deux mots.
Iphigénie
Tu devrais le savoir, un vil tyran qui tremble Devrait en espions être mieux ce me semble. Un des deux dans ce Temple est encor retenu, L'autre est déjà parti, ce fait là t'est connu. Tu devais l'empêcher ; mais chez toi tu demeures Pourquoi faire ? Dis moi.
Thoas
J'ai dormi vingt-quatre heures. Mais que cet étranger paraisse sans tarder. Je le vois ; à mes yeux il faut le poignarder.
Scène 22
Iphigénie, Thoas, Oreste
Iphigénie
Qui ? Moi le poignarder ! Apprends qu'il est mon frère.
Thoas
Eh ! Quand cela serait, il ne m'importe guère. Obéissez, Madame, et qu'il saute le pas.
Iphigénie
Ô ciel, vous l'entendez et vous ne tonnez pas !
Oreste
Ton âme à mon aspect, d'effroi n'est pas atteinte ! De mon sang, sur mon front vois la Majesté peinte ; Au nom d'Agamemnon, Tyran, baisse les yeux.
Thoas
Oui, c'est un nom vraiment bien beau, bien précieux, Qu'une race où le crime eSt une maladie. La femme, le mari, le fils, tout s'expédie. Moi, je vais te traiter de la même façon Que j'avais l'honneur d'être de ta maison.
Oreste
Tu n'es qu'un plat tyran dont la fureur oisive, Joint à l'emportement une action tardive ; Tu menaces toujours sans rien effectuer. Dis, pourquoi reviens- tu ?
Iphigénie
Pour le faire tuer.
Thoas
Madame, doucement, cela vous plaît à dire, Mais je veux avant moi que l'étranger expire Que la Religion conduise votre main, Armez-vous du couteau, plongez-le dans son sein.
Oreste
Paresseux, ne peux tu faire cela toi-même ?
Thoas
Cela compromettrait la puissance suprême. Pour servir mon courroux, Gardes obéissez.
Iphigénie
Qu'allez-vous faire, ô ciel ! Profanes, frémissez Quoi ! L'on a donc ici d'assez vilaines âmes Pour y faire périr les hommes par les femmes ! Et moi je souffrirais un pareil contre-sens ! Non, vous m'en puniriez Dieux justes, Dieux puissants, Qu'oses-tu commander dans ton aveugle rage ? L'excès de mon malheur me rend tout mon courage. Prêtresses, avec soin gardez ce garçon-là, Dans votre solitude il vous désennuiera Et mes attentions seront bien reconnues. Si quelque frère un jour peut vous tomber des nues, Vous me le céderez, l'arrangement est doux, Je le prendrai pour moi ; prenez le mien pour vous.
Thoas
Mais qui peut faire ici cet affreux tintamarre ?
Scène 23
Arbas, Thoas
Arbas
Sauvez-vous, s'il se peut, Seigneur, de la bagarre. Ce Palais est rempli de farouches soldats.
Thoas
D'où diable sortent-ils ?
Arbas
Je ne le comprends pas.
Thoas
Avant de réprimer cette révolte impie, Moi-même à l'étranger je vais ôter la vie.
Scène 24
Pilade, Thoas, Oreste, Iphigénie
Fin de la piéce.
TRIO.
Pilade
Je viens à point nommé punir tes cruautés, Reconnais un héros ; meurs, Tyran.
Thoas
Arrêtez Parce que je suis bon, faut-il que l'on me tue ? Tenez, arrangeons-nous, emportez la statue, Laissez-moi vivre en paix ; partez, tout est d'accord, Ensanglanter la scène, oh ! C'est un peu trop sort.
Oreste
Mais à mes noirs transports je ne suis plus en proie ; Je me trouve moins sou, ma tête se nettoie ; Ma soeur, je vais cesser d'être un objet d'effroi Et les diables je pense ont pris congé de moi.
Pilade
Comment c'est là ta soeur ?
Oreste
Oui, c'est Iphigénie.
Pilade
Tant mieux pour moi, vraiment ; peste, qu'elle est jolie ! Elle part avec nous ?
AU PUBLIC.
Iphigénie
Rendons grâces aux Dieux, La Loi de la Nature est donc la Loi des Cieux. Messieurs, loin de vouloir, dans cette Parodie Lancer des traits méchants contre la Tragédie, Nous respectons l'auteur dont le brillant pinceau A placé l'amitié dans un cadre si beau, Qui malgré les succès, échappant à l'ivresse Pour les mieux mériter, a corrigé sa pièce ; Et qui, comme un prodige, offre à tous ses rivaux Un auteur triomphant qui connut ses défauts. Les larmes du public consacrent sa victoire L'actrice inimitable en partage la gloire. Trop heureux le théâtre, où l'auteur et l'acteur, Par des talents égaux, charment le spectateur. D'un mérite si rare admirateurs modestes, En les parodiant, nous ramassons leurs têtes.
Oreste
Embarquons-nous Jouissons tous, D'un sort plus tranquille, Bien nous en prend Que le tyran Soit bon et facile, Tout sert nos voeux. À vivre heureux Tout enfin nous exhorte ; Faisons gaiement Le dénouement. Le plaisir me transporte.
Thoas
Prince des fous Embarquez-vous, Laissez-moi tranquille. Dans vos propos, Dans vos complots, Je suis inutile. Tout sert vos voeux Soyez heureux, Mais que d'ici l'on sorte Faites gaiement Le dénouement. Que le Diable vous emporte
Iphigénie
Hélas ! Mon cher, Que j'ai souffert Dans ce lieu funeste ! J'ai malgré moi Fait un emploi, Que mon coeur déteste. Mais dès ce jour, Envers l'amour J'expierai mon crime, Loi de ces lieux, J'aimerais mieux Moi-même être victime.
On reprend le Trio.
Thoas
Prince des sous Embarquez-vous. Adieu, triste Oreste. Dans ces climats Laissez Thoas, Il saut qu'il y reste. Si j'étais mort, Pourrais-je encor : Régner en Tauride ? Je dois céans, Régner longtemps, Et l'histoire en décide.