Avant-Jeu
Scène 1
Prologue
CETTE COMÉDIE FUT FAITE PAR LE COMMANDEMENT DU ROI HENRI II POUR SERVIR AUX NOCES DE MADAME CLAUDE DUCHESSE DE LORRAINE, MAIS POUR QUELQUES EMPÊCHEMENTS DIFFÉRÉE : ET DEPUIS MISE EN JEU À PARIS AU COLLÈGE DE BEAUVAIS, APRÈS LA SATIRE QU'ON APPELLE COMMUNÉMENT LES VEAUX, LE V FÉVRIER, M. D. LVIII.
Prologue
Non, ce n'est pas de nous qu'il faut, Pour accomplir cet échafaud, Attendre les farces prisées Qu'on a toujours moralisées : Car ce n'est notre intention De mêler la religion Dans le sujet des choses feintes. Aussi jamais les lettres Saintes Ne furent données de Dieu, Pour en faire après quelque jeu. Et puis tout' ces farces badines Me semblent être trop indignes Pour être mises au devant Des yeux d'un homme plus savant. Celui donc qui voudra complaire Tant seulement au populaire, Celui choisira les erreurs Des plus ignorants bateleurs : Il introduira la Nature, Le Genre-humain, l'Agriculture, Un Tout, un Rien, et un Chacun, Le Faux-parler, le Bruit-commun, Et telles choses qu'ignorance Jadis mêla parmi la France. Que pourrons-nous donc inventer Afin de chacun contenter ? Quoi ? Le badinage inutile Par qui quelquefois Martin-Ville Se fit écouter de son temps ? Quoi ? Demandez vous ces romans Jouez d'une aussi sotte grâce Que sotte est cette populace De qui tous seuls ils sont prisés, Vous êtes bien mieux avisés, Comme je crois : votre présence Mérite avoir la jouissance D'un discours qui soit mieux limé. Aussi avons-nous estimé Que la gentille poésie Veut une matière choisie, Digne d'être mise aux écrits De ceux qui ont meilleurs esprits Et non pour être ainsi souillée, Ou en mille parts détaillée Par ceux qui encore ne l'ont pas Saluée du premier pas : Et qui pensent malgré Minerve La retenir ainsi que serve, Ou dans l'escale la lier Ainsi qu'un petit écolier. Non, non, ce n'est pas sa nature Qu'elle s'en voise à l'aventure Vers celui qui la veut avoir. Il faut premièrement savoir Petit-à-petit sa pensée : Car elle ne veut être forcée, Ni traitée, comme souvent Nous l'avons vue auparavant Au joug d'une plume marâtre. N'attendez donc en ce Théâtre Ne farce, ne moralité : Mais seulement l'antiquité, Qui d'une face plus hardie Se représente en Comédie : Car onc je ne pourrai penser, Qu'aucun se voulût courroucer Encontre nous, si pour mieux faire Nous voulons aux doctes complaire. Or sachez qu'en tout ce discours, Nous représentons les amours Et la finesse coutumière D'une gentille trésorière, Dont le métier est découvert Non loin de la place Maubert. Vrai est que le Protonotaire, Principal de toute cette affaire Est de notre université. Mais j'ai un peu trop arrêté, Il vaut mieux avec le silence Vous en donner la jouissance.
Acte I
Scène 1
Loys, Richard
Loys
Et bien Richard, quelle nouvelle Apportes-tu de ma cruelle ? Veut-elle doncque être toujours Ainsi peureuse en ses amours ?
Richard
Monsieur, je crois que la pauvrette Sans aucun repos vous souhaite Entre ses bras ; voulez-vous mieux ?
Loys
Je pense, moi, que tous les Dieux Prennent plaisir en mon martyre : Incessamment mon mal empire, Sans toutefois avoir cet heur D'apaiser mon amour vainqueur.
Richard
Non non, Monsieur, j'ai espérance Que vous en aurez jouissance En peu de temps. Laissez moi faire, C'est mon office, dont j'espère En faire si bien mon devoir.
Loys
Oui, mais toujours le vain espoir Trompe ma trop grande constance Au milieu de mon impuissance.
Richard
Vraiment une telle beauté A bien un amant mérité : Et d'autant qu'êtes languissant, D'autant quand serez jouissant Le plaisir sera désirable.
Loys
Mais toujours pauvre misérable Le jour je me mourrai cent fois Pour son amour, et toutefois Déjà je prévois que l'issue Sera de quelque maigre vue. Cela ne vient point que ma race Ne fut digne d'avoir la grâce D'une dame de plus haut lieu : C'est, c'est bien plutôt quelque dieu Qui me cachait dedans son sein L'impuissance de mon dessein.
Richard
Monsieur, je me tiendrais heureux De mourir étant amoureux D'une si parfaite beauté.
Loys
Richard, Richard, la cruauté De cet archerot qui me dompte Selon son fier désir, surmonte L'extrême douleur de la mort.
Richard
Nous sommes en cela d'accord : Mais à cette longue espérance Opposez votre jouissance.
Loys
Encore, Richard, je t'assure Que tout le malheur que j'endure N'est rien, si tu peux faire tant Qu'en la parfin je sois content.
Richard
Ce n'est pas moi qu'il faut prier : Il ne tient qu'à ce trésorier.
Loys
Le mari est-il averti ?
Richard
Non, non, mais il n'est pas parti Ainsi qu'elle pensait.
Loys
Comment ?
Richard
Pour s'en aller faire un paiement En Languedoc. Lui délogé, Votre malheur sera changé En un perdurable plaisir : Car alors vous aurez loisir De recouvrer le temps perdu. Si avez longtemps attendu, Reprenez hardiment courage.
Loys
Ha, Richard, pourquoi d'avantage As-tu celé mon doux repos ?
Richard
Il ne venait pas à propos : Encore votre joie augmente De plus en plus par cette attente. Et si je m'en rapporte à vous, Si vous ne trouvez pas plus doux Le plaisir, par le tardement, Que n'eussiez au commencement.
Loys
Vraiment, Richard, pour ton devoir Tu mérites de recevoir D'un plus grand seigneur le loyer.
Richard
Monsieur, il ne faut qu'employer Richard, quand il est question De conduire une faction ; Ainsi le serviteur doit faire, Pour à son bon maître complaire, Le devoir, comme il appartient, Jusques à la mort, s'il convient L'endurer pour l'amour de lui.
Loys
Mais dis, Richard, est-ce aujourd'hui Que notre trésorier se part ?
Richard
Penseriez-vous bien que Richard Vous le dit s'il n'était ainsi ? Vie, mettez-moi tout souci Sous le pied.
Loys
Mais ce Trésorier Me doit encore mon quartier : Il faut que tu sois diligent De recouvrer tout cet argent Avant qu'il parte : et qui plus est, Je lui paierai son intérêt, S'il veut faire du rigoureux : Car à ces braves glorieux Il faut quitter une moitié Pour avoir l'autre
Richard
L'amitié Vaut bien cela, c'est pour l'usage De son ennuyeux cocuage.
Loys
Va-t'en vers lui, voilà quittance : Que s'il veut faire quelque avance, Promets lui le vin hardiment.
Richard
Je m'y en vais.
Loys
Pareillement, Fais les recommandations De mes journelles passions À ma damoiselle et maîtresse : Que si de ma longue détresse Elle a quelque compassion, Qu'elle me donne assignation Pour par un doux contentement Mettre la fin à mon tourment.
Richard
Mon maître a bien ce qu'il lui faut, Encore qu'il ait le coeur haut ; Et qu'il ne veuille être dompté, Si est-ce qu'il est surmonté Par une femme aussi commune Que les divers cours de la Lune. Elle peut tant envers mon maître, Que par babil elle l'a fait être Un parangon de pauvreté : Et sous l'ombre d'une beauté Qu'elle vend plus cher qu'au marché, Elle lui a jà arraché Les biens, l'honneur et les amis : C'est une mer, où il a mis Mille trésors qu'elle dévore, Sans les regorger : et encore Qu'il lui donne tant qu'il voudra, De rien plus il n'en adviendra À mon maître qu'elle déçoit, Ni à elle qui le reçoit. Et cependant, mille langueurs, Et dix mille amoureux vainqueurs Tourmentant son coeur attisé, Je pensais qu'il fut plus rusé, Vu qu'il a tant hanté les armes, Les courtisans et les gendarmes : Mais les plus fins y sont trompés, Et les plus légers attrapés, Tant seulement sous l'apparence D'une légère jouissance. Encore si pour sa beauté Elle valait le décrotté, Je dirais : mais quoi ? Seulement La façon de l'habillement Vaut autant que la bague entière. Et bien, c'est une trésorière, Laquelle par son doux parler Sait bien un homme emmieler. Mais par ma foi j'estime autant Ma Marion, et suis content Encore plus de mes amours Que non pas lui de son velours, Sans qu'il me la faille prier. Mais n'est-ce pas mon trésorier Que je vois venir droit à moi ?
Scène 2
Le Trésorier, Richard
Le Trésorier
Puisque c'est l'affaire du Roi Je ne diffère m'absenter, Afin d'un chacun contenter : Le gain récompense le mal. Qu'on fasse seller mon cheval.
Richard
Tant mieux il est prêt de partir ; La dame pourra départir La jouissance de son corps, Puisque Monsieur s'en va dehors.
Le Trésorier
Encore ai-je quelque douleur De laisser ma femme en sa fleur : Car, las ! Cette tendre jeunesse Ne pourra porter la détresse De mon absence : et puis ces gens Qui sont soigneux et diligents À tromper une créature, Qui sera simple de nature ; Vrai, que je tiens tant de ma femme, Qu'avant me faire un cas infâme Plutôt endurerait la mort.
Richard
Hélas, jamais ne lui fit tort, Elle est de bonne parenté.
Le Trésorier
Pensez qu'un homme est tourmenté, Depuis qu'il lui convient souvent Aller à la pluie et au vent. Délaissant avec le ménage La femme en la fleur de son âge.
Richard
Le coeur lui faut, la conscience Lui fait connaître son offense.
Le Trésorier
Il ne m'est rien plus agréable Qu'avec ma femme désirable Jouir du bien que Dieu me donne. Mais quoi ? La pratique en est bonne : Car je pourrai, si je suis sage, Pratiquer en ce mien voyage Trois mille francs en peu de jours.
Richard
Cependant comment les amours Se demerront, la damoiselle Ne sera du tout si rebelle Qu'auparavant : car le loisir Lui fera mille fois choisir Le bon moyen, l'heure et le temps Pour rendre ses amis contents, Tant le courtisan que son page. Mais il faut faire mon message, Craignant qu'en quelque coin de rue Je ne le perde de la vue : Puis je pourrais venir trop tard. Dieu gard' monsieur.
Le Trésorier
Et bien Richard, Comment va du seigneur Loys ?
Richard
Il a toujours dix mille ennuis Qui le tourmentent, pour autant Qu'il n'a pas son argent content, Et si ne voit qui en apporte. Et qui pis est, jamais sa porte N'est sans un marchand ennuyeux, Qui se présentant à ses yeux Le menace pour son argent De lui envoyer un sergent.
Le Trésorier
Richard, par Dieu c'est comme moi, Car maintenant je ne reçois À peine rien de mon office. Encore pour faire service À quelques uns, toujours j'avance, Et si ma foi, la récompense Que j'en reçois, n'est comme rien.
Richard
Vertubieu : je vous entends bien, Le paiement n'est encore prêt, Nous demandons un intérêt, Voilà comment vous êtes doux. Je suis venu par devers vous Pour entendre tant seulement Si mon maître aura le paiement De son quartier que lui devez.
Le Trésorier
Vous êtes fort mal arrivés, Vous venez après la bataille Je ne sache pas une maille.
Richard
Comment, monsieur ? Et cependant Mon maître sera attendant Votre retour ?
Le Trésorier
Il le faut bien.
Richard
Mais, Monsieur, pensez-vous combien Ce lui est chose insupportable D'être si longtemps redevable À un tas de gens importuns ?
Le Trésorier
Vraiment Richard, je sais aucuns Qui m'ont voulu donner le quart De leur paiement.
Richard
Ma foi, Richard, N'a point telle commission : Pour donner une portion De l'argent, il le fera bien.
Le Trésorier
C'est bien parlé : viens ça, combien Veut-il donner pour l'intérêt, S'il trouve son argent tout prêt ? Quant est de moi, je ne l'ai pas : Mais il n'y a que quatre pas Jusqu'au logis d'un mien ami.
Richard
Le Trésorier n'est endormi, Se voyant en main la fortune; De pouvoir gagner la pécune.
Le Trésorier
Que dis-tu Richard ?
Richard
Je songeais, En comptant ci-dessus mes doigts, Combien il voudrait bien donner.
Le Trésorier
Je ne pourrai plus séjourner.
Richard
De trois cents livres vingt écus.
Le Trésorier
Ha vraiment il mérite plus. Voudrait-il bien en donner trente ?
Richard
Pour vingt et cinq, qu'il se contente : Je vous ferai récompenser, Si voulez encor avancer.
Le Trésorier
Je le veux à même profit : Aussi je voudrai qu'il me fit Quittance des paiements entiers Qu'il recevra des deux quartiers.
Richard
Vous les aurez.
Le Trésorier
Mais il ne faut Aussi m'en faire aucun défaut. Car je veux partir dans une heure : Pourquoi soyez en mon demeure Incontinent.
Il sort.
Richard
C'est bien assez. Jamais ils ne seront lassés De prendre argent de toutes parts : Il n'est pas des pauvres soudards Desquels ces braves trésoriers N'attirent tous jours les deniers : Mais au besoin il se faut taire.
Scène 3
Marie, Richard
Marie
Dieu, Monsieur le Protonotaire Est négligent en ses amours. J'ai vu le temps que tous les jours ; Il passait devant la maison Cinquante fois, mais la saison Comme je crois lui est venue, Qu'il ne va plus parmi la rue : Pensez qu'il est devenu sage.
Richard
Si je joue mon personnage, Je saurai d'elle tout' l'affaire De ce jeune Protonotaire.
Marie
Nous fuyons toujours notre bien, Jamais, jamais à un bon chien Ne tombera quelque bon os : Après qu'ils ont tourné le dos, Ils font les meilleures risées De celles qu'ils ont abusées.
Richard
Les plus rusés y sont donc pris.
Marie
Quant ils ont l'amour entrepris De quelque dame, à Dieu comment S'ils en ont eu contentement.
Richard
Autant ailleurs c'est ma devise.
Marie
Voilà mademoiselle éprise De l'amour d'un jeune écolier, Qui n'a le sou pour employer, Et veut être aimé à crédit.
Richard
Ne l'avais-je donc pas bien dit ?
Marie
Le seigneur Loys cependant Est à son amour prétendant, Sans toutefois avoir cet heur D'apaiser sa trop grande ardeur, Si n'est de quelque vaine course; Lui qui a plus d'écus en bourse Que l'autre n'a pas de deniers. Mais voilà comment les derniers Seront toujours favorisés, Et les plus fermes déprisés.
Richard
J'entends le noeud de la matière, Il se faut garder du derrière;
Marie
Voici Richard le serviteur Du seigneur Loys ; j'ai grand peur Qu'il n'ait entendu ce qu'ai dit; Au pis, j'en ferai contredit. Mon Dieu, Richard, venez avant.
Richard
Que faites-vous ici devant ?
Marie
Rien, sinon que ma damoiselle Veut parler à vous.
Richard
Que veut-elle ?
Marie
Quant à moi, je ne le sais pas, Elle est jà descendue en bas.
Acte II
Scène 1
Le Protonotaire, Boniface
Le Protonotaire
Hé, Boniface, mon ami, Je suis déjà mort à demi, Tant ce petit Dieu me tourmente. Ha, ma trop cruelle Constante ! La grand' constance de ton sort, Seule me causera la mort.
Boniface
Comment cela, Monsieur ? Vous ai-je Si longtemps servi au collège Pour maintenant vous défier De votre serviteur, premier Qui en a mis les fers au feu ?
Le Protonotaire
Hélas, Boniface ! pour Dieu Si jamais la fidélité De ton devoir m'a incité À récompenser ton service, Comme je dois, de mon office, C'est ores qu'il te faut prévoir Au mal instant du désespoir, Et montrer ton invention.
Boniface
Je sais bien qu'il n'est question Que d'argent, dont avez défaut : Car le temps est venu qu'il faut Toujours avoir argent en banque, Qui veut que la dame ne manque.
Le Protonotaire
Il est vrai : car tout mon tourment Vient de cela, tant seulement, Tu sais que nous n'avons la croix Encore qu'il y ait trois mois Avant que recevoir argent.
Boniface
Vous êtes par trop diligent A faire la magnificence, Depuis qu'avez la jouissance De quarante ou cinquante écus.
Le Protonotaire
Boniface, je ne suis plus Enfant comme je soulais être.
Boniface
Il faut que vous soyez le maître Dorénavant des passions De vos journelles actions.
Le Protonotaire
Je le serai. Mais penses-tu Combien est grande sa vertu, Et combien sa perfection Peut dompter mon affection ?
Boniface
Nous voyons cela tous les jours : Ce sont vos premières amours.
Le Protonotaire
Ce n'est point cela, Boniface : Tant seulement sa bonne grâce, Son doux parler et son maintien, Sans rien flatter méritent bien L'amour d'un bien plus grand seigneur.
Boniface
Voilà, vous y avez le coeur : Non pas vraiment que je déprise, Disant cela, votre entreprise : Mais il ne faut être si chaud En ses affaires.
Le Protonotaire
Son coeur haut Mérite un plus parfait service.
Boniface
Mais si l'argent du bénéfice Ne suffit à telle dépense ?
Le Protonotaire
Il faut aimer en espérance ; Il nous viendra quelque hasard.
Boniface
Oui bien, mais possible trop tard ; Il faut prévoir à son affaire.
Le Protonotaire
Encore le bien de mon père Ne manquera point.
Boniface
Il ne pense Que nous fassions si grand dépense.
Le Protonotaire
Ha, je veux être entretenu Honnêtement du revenu Qui m'appartient.
Boniface
C'est la raison : Car vous êtes d'une maison Qui le mérite : mais aussi Il faut avoir des siens souci.
Le Protonotaire
Or, Boniface, il n'est pas heure De faire plus longue demeure, Nous avons métier d'autre chose.
Boniface
Je l'entends.
Le Protonotaire
Dont je me repose Du tout sur toi.
Boniface
Je ferai tant Que nous aurons argent comptant.
Le Protonotaire
J'aime mieux payer l'intérêt, Pourvu que le paiement soit prêt.
Boniface
Je vous prie laissez faire à moi.
Le Protonotaire
Aussi je m'en attends à toi.
Boniface
Vous le pouvez, allez m'attendre Dans le palais, j'irai vous prendre Au repasser.
Le Protonotaire
Le Secrétaire M'y doit trouver pour quelque affaire.
Scène 2
Constante, Boniface, Richard
Constante
Richard mon ami, dites lui Que j'en endure autant d'ennui Qu'il m'est possible, et que j'espère, Mais qu'il soit parti, si bien faire Qu'il sera content du devoir Que j'en ferai.
Boniface
Il faut savoir Que veut ce doux contentement.
Richard
Vous n'en voulez foi ne serment, Mais il vous aime de tel coeur. Que déjà son amour vainqueur L'a presque mis au désespoir.
Constante
Las, Richard, il a tout pouvoir Sur moi qui suis sienne, et j'espère, S'il me survient en mon affaire, Le reconnaître tant que l'âme Me batte au corps.
Boniface
La pauvre femme Ne se donne qu'à ses amis : J'entends bien tout, elle a commis Quelque petite portion De l'amoureuse affection Sur la bourse d'un amoureux.
Richard
Mademoiselle, il est heureux De ce qu'il vous plaît demander La chose qu'il peut accorder.
Constante
Et bien, Richard, vous lui direz Que je suis sienne, et le prierez De ce dont je vous ai parlé.
Boniface
Voilà le paquet emmalé, Mon maître peut bien dire à Dieu.
Richard
Je ne puis plus être en ce lieu, Je vais quérir l'autre quittance.
Boniface
Si est-ce que j'ai espérance D'émoucher quelque argent de vous.
Constante
Haut, Boniface, un peu plus doux, Quelqu'un vous fait-il déplaisir ?
À Constante.
Boniface
Il la faut avoir à loisir. Ha, mademoiselle Constante.
Constante
Quel est l'ennui qui vous tourmente ? N'y saurait-on bientôt prévoir ? Il est grand seigneur, qui peut voir Monseigneur le Protonotaire.
Boniface
Il est empêché d'un affaire Qui est de bien grande importance, En quoi il a bonne espérance De parvenir à grand honneur.
Constante
Et bien, bien, ce sera Monsieur, Il ne voudra plus regarder Ses amis.
Boniface
Tant elle sait farder Et emmieller son langage !
Constante
Bon Dieu, que vous êtes sauvage Depuis un peu !
Boniface
C'est que je pense À une bonne récompense Qu'on donne pour son bénéfice, Si quelqu'un veut faire un service De lui prêter deux cents écus.
Constante
Ne lui en faudrait-il non plus ?
Boniface
Non.
Constante
N'a-t-il point quelque amitié Dedans Paris, pour la moitié ?
Boniface
Non du tout, oui bien pour cinquante.
Constante
Ha, vraiment je suis très contente De lui prêter le demeurant, Du bon du coeur, en m'assurant.
Boniface
Mademoiselle, le plaisir Sera selon votre désir Honnêtement récompensé.
Constante
À son vouloir.
Boniface
J'ai avancé Ma langue, sans son mandement.
Constante
Vous le pouvez honnêtement : Car je suis si bien son amie, Que s'il me demandait la vie Je lui départirais mon âme,
Boniface
Tant le bon vouloir d'une dame Peut aider l'ami au besoin.
Constante
Boniface, j'ai plus de soin De l'avancement de son bien Et honneur, que non pas du mien, Encore que j'en soi reprise ; Mais je suis tellement éprise De son amour, que j'ai grand peur Que ce soit mon dernier malheur. Au pis aller, je suis heureuse Que cette étincelle amoureuse A touché sa perfection.
Boniface
Ce n'est qu'a bonne intention Mademoiselle, et le tourment Se finira heureusement.
Constante
Je prie Dieu qu'il vous veuille ouïr.
Boniface
Et allez vous pourrez jouir, Vous savez quoi.
Constante
Ha ! Boniface.
Boniface
Mademoiselle, votre grâce, Et votre parfaite beauté Seule vainquit sa liberté : Car plus il vit en ce martyre, Tant plus constamment il aspire À faire chose qui contente Le seul désir de sa Constante.
Constante
Écoutez, je vous veux prier, À cause que le Trésorier S'apprête pour tantôt partir, D'en vouloir Monsieur avertir, Qu'il soit un peu plus diligent : Et cependant, voilà l'argent, Il m'en fera reconnaissance Quand il viendra.
À part.
Boniface
J'ai espérance Qu'avant qu'il soit une bonne heure Il sera dans votre demeure. Vive, vive l'invention Pour bien faire ma faction : Il en faut bien faire la croix En notre âtre : ils sont tous de poids, Je les ai eus tous pour le prix Que cette dame les a pris. Je reconnais bien celui-ci, Et ce double ducat aussi, Un noble, un angelot encor : C'était pour des bracelets d'or Que Monsieur lui donna un jour. Ce demeurant vient de l'amour Des bonnes gens de son quartier. A tous les diables le métier, Oui ne nourrit et entretient Le compagnon qui le maintient, Et ne fut qu'un peigne de buis.
Constante
Au moins si le seigneur Loys Me fait ce bien, dont je le prie, Ma bourse sera bien remplie De l'argent que j'ai déboursé.
Scène 3
Le Trésorier, Sulpice, Constante
Le Trésorier
Croyez qu'un argent avancé Vaut bien cela.
Sulpice
Si fait vraiment Et je m'ébahi fort comment Vous faites si honnête tour.
Le Trésorier
Sire Sulpice, c'est l'amour Que je lui porte.
Sulpice
Il le vaut bien. Et puis de ces gens l'entretien Sert de beaucoup aucune fois. Il me souvient qu'un jour j'étais En la court pour un mien affaire, Seulement un protonotaire Auquel j'avais fait du service Fit tout mon cas.
Le Trésorier
Sire Sulpice, Comme vous dites, le maintien De gens de Cour, est notre bien. Je crains que nos fautes commises À la parfin ne soient reprises, Comme nous voyons la fortune Être plus souvent importune À gens qui sont en tel degré, Qui n'ont toujours le vent à gré : Il ne faudrait au mal extrême Que ce bon gentilhomme même Pour bien conduire mon affaire, S'il m'advenait quelque misère.
Sulpice
Vous dites bien, il faut prévoir Au mal qui nous peut décevoir. C'est ainsi qu'il faut disposer, C'est ainsi qu'il faut aviser À un malheur qui se présente Pour brouiller toujours notre attente, Tant nature nous est cruelle. Mais n'est-ce pas Mademoiselle Que je vois venir droit à nous ?
Constante
Mon Dieu, Monsieur, dépêchez-vous, Vous savez qu'il est déjà tard.
Le Trésorier
Je n'attends plus qu'après Richard.
Constante
Hélas mon Dieu ! La seule peur Qu'il ne vous advienne un malheur Me le fait dire, tous les champs Sont remplis de mauvaises gens : Surtout gardez vous bien du soir.
Sulpice
Encore y fait il bon prévoir, Cela ne vient que de bon coeur.
Le Trésorier
Si vous voyez le serviteur Du seigneur Loys, que Marie L'amène après nous.
Constante
Je vous prie De tôt dépêcher votre affaire.
Scène 4
Marie
Marie
L'homme de ce Protonotaire N'est pas des plus niais du monde : Quand il est céans, il me sonde, Et semble bien à l'ouïr dire Qu'il ait intention de rire Tout ainsi comme fait son maître : Et crois que s'il se sentait être Si peu que rien favorisé, Il serait bien assez rusé D'essayer s'il pourrait bien faire Ce que fait le Protonotaire. Je n'userai plus de rudesse En son endroit, car ma maîtresse Dit qu'il ne faut point refuser Ce qui ne se peut onc user. Aussi est-ce une grand' folie Que d'engendrer mélancolie. Nous n'aurons pas toujours le temps Pour rendre nos désirs contents. Il faut donc prendre le loisir, Puisque nous voyons le plaisir S'offrir d'une gaieté de coeur. Et pourquoi non ? Le serviteur N'aura-t-il aussi grand' puissance De me donner la jouissance, Et rendre l'appétit content De ce point que l'on prise tant, Comme Monsieur à sa Constante ? Je crois que le mal qui tourmente L'esprit et mon repos de nuit Se guérit par même déduit : Autant peut le lait que le prêtre, Et le serviteur que le maître, Le pauvre, comme un de grand' race. Mais je ne vois point Boniface Venir ainsi qu'il a promis.
Acte III
Scène 1
Loys
Loys
Aujourd'hui l'on n'a plus d'amis Si n'est la bourse et les écus ; Aujourd'hui l'on ne trouve plus Qui veuille tenir la querelle De quelque honnête damoiselle : Le gain fait tout, le gain emporte Les remparts d'une ville forte ; Le gain fait cocus les maris ; Le gain est le dieu de Paris ; C'est le dieu des inventions Et la fin des intentions. Le gain fait courir les marchands Aux périls et dangers des champs, Aux périls des vents et tempêtes Qui plus souvent dessus leurs têtes. Tombants d'épouvantable effort, Leur mettent dans les dents la mort, Voire au plus beau de leur jeunesse. Encore qu'il soit tel, si est-ce Que jamais il n'eut la puissance De faire fléchir la constance De ma Cruelle. De son coeur Amour en fut le seul vainqueur : Tant seulement d'une beauté Son coeur se sentit incité ; Il repose aussi en un lieu Digne du triomphe d'un dieu. Qu'un dieu tout seul aussi se vante D'avoir fait broncher ma Constante, Elle seule, dessous le Ciel, Qui mérite avoir l'honneur tel. L'amour qui le commun enflamme N'est que neige auprès de ma flamme, D'autant que sa divinité Surpasse toute humanité Au brasier qu'il m'a fait sentir.
Scène 2
Richard, Loys
Richard
Monsieur, il est prêt à partir, Et ne reste plus que quittance Pour votre dette et pour l'avance : Car l'argent est déjà tout prêt.
Loys
Combien prend-il pour l'intérêt ?
Richard
Vingt-cinq écus sur le paiement, Et autant sur l'avancement.
Loys
C'est trop vraiment de la moitié.
Richard
Encore si n'était l'amitié D'un sien voisin, il ne pourrait Vous en bailler.
Loys
Et ce serait Un tour duquel la repentance Suivrait de bien près la vengeance. Retiendrait-il ainsi mon bien ?
Richard
Monsieur, encore n'y prend il rien, C'est un marchand, comme j'ai dit.
Loys
Pardieu il a pauvre crédit À ce prêteur.
Richard
Voilà que c'est : Les amis sont à intérêt, Encore se faut-il hâter.
Loys
Or puisqu'il en faut échapper Voilà l'autre quittance encor'.
Richard
C'est mon, mais de la chaîne d'or Que demande la damoiselle ?
Il sort.
Loys
Je n'en sache point d'assez belle : Délivre lui cinquante écus Pour en acheter une, ou plus, S'il est métier, la récompense Que je prétends vaut la dépence : Au demeurant hâte le pas.
Richard
Les escadrons et les combats N'eurent oncque si grand' puissance Que Monsieur n'y fit résistance : Et maintenant une beauté Triomphe de sa liberté. Encore vraiment la Damoiselle, Quand tout est dit, n'est pas si belle : Toutefois je ne la déprise : Car on dit que la marchandise Qui plaît est à demi vendue. Je crains que ma voix entendue Ne soit entrée en la cervelle De cette rapporte-nouvelle, Qui m'attend là devant la porte : Car vraiment elle est assez sotte Pour le rapporte à Constante.
Scène 3
Marie, Richard
Marie
Voici Richard qui se tourmente De quelque malheur advenu. Son esprit est bien détenu À voir sa manière de faire.
Richard
Il faut penser à mon affaire. Puisque j'approche la maison.
Marie
Venez, Richard, c'est la raison Que si longtemps on vous attende.
Richard
Et bien, quoi, petite friande ? Vous serez donc toujours fâcheuse ? Vous ferez donc la rigoureuse Au pauvre Richard langoureux ? Mon Dieu, que je serais heureux, Si je pouvais à mon loisir Avoir de ce sein le plaisir : Ces deux ivoirines boulettes, Ces deux cerises rondelettes. Ce sera bien quand vous voudrez.
Marie
Lâchez vos chiens, vous les prendrez, Car vous êtes le nonpareil.
Richard
Si vous êtes de mon conseil Nous ferons bien nos besognettes.
Marie
Et mon, Dieu, Richard, que vous êtes Ores éveillé pour votre âge !
Richard
Ce n'est sinon que le courage Qui s'augmente de jour en jour.
Marie
Vous voulez donc faire l'amour ?
Richard
Ma foi, Richard se délibère Avoir toujours pour l'ordinaire Quelque chose qui soit de mise.
Marie
Voilà une belle entreprise.
Richard
Il m'y faut or' avant prévoir.
Marie
Comment ? Il semblerait à voir Que vous ne sussiez troubler l'eau.
Richard
L'intention est au cerveau, Marie, et puis il ne faut pas Estimer le moine à son pas Quand il marche dans le couvent.
Marie
Ananda vous êtes savant, Vous entendez bien cette affaire.
Richard
Je suis niais, laissez moi faire, Aussi bien n'engendrai-je point.
Marie
Richard, Richard, j'entends le point. Vous voulez rire, c'est cela.
Richard
Ma foi, me voici, me voilà, Je ne tiens jamais mon courroux, Je suis humain, courtois et doux, Prêt à vous faire tout service, À celle fin que je jouisse. Vous entendez le demeurant.
Marie
Sus, sus, Richard : marchez avant : Monsieur le Trésorier attend Pour vous donner argent comptant. Il est chez le sire Sulpice.
Richard
Prendre argent est un bon office, Et mauvais d'être fournisseur.
Marie
Vous êtes un beau gaudisseur, Ananda je m'y recommande.
Richard
Adieu la petite friande.
Marie
Il veut ressembler Boniface.
Scène 4
Constante, Marie
Constante
Viens çà, méchante, quand sera-ce Que feras ce qu'il appartient ? Dis.
Marie
Ce n'est pas à moi qu'il tient.
Constante
Que jases-tu en cette place ?
Marie
Que voulez-vous si Boniface Ne se veut d'aventure hâter ?
Seule.
Constante
Qu'as-tu à faire d'arrêter Le valet du seigneur Loys, À babiller devant cet huis Avec lui ? Vous sentez le coeur : Encore avec un serviteur. Saint Jean, le bon ami de Dieu, Vous irez en un autre lieu Faire votre belle menée. Comment, madame l'affétée Est-ce l'état que je vous montre ? Croyez que si je vous rencontre, Vous maudirez à jamais l'heure D'avoir entré en mon demeure. Marchez, marchez, entrez dedans. Voilà, c'est l'amour de ce temps ; Aujourd'hui l'on ne voit plus homme Garder la fidélité, comme Les amoureux du temps passé. Le ferme amour est déchassé. Et en son lieu une feintise, Le seul masque, à sa place prise. Nous cependant, mal avisées, Sommes plus souvent abusées Par ceux qui ne font que chercher Le moyen de nous débaucher. Et voilà comment aujourd'hui La fin d'amour n'est rien qu'ennui : Car des hommes l'outrecuidance Est cause de cette inconstance Eux qui tireraient d'une femme Les biens, l'honneur, le corps et l'âme : Et puis quand ils ont fait, à Dieu, Tout autant en un autre lieu, Ainsi que fortune leur donne : Mais en vain je me passionne.
Scène 5
Le Protonotaire, Constante, Boniface
Le Protonotaire
Ma Constante se plaint de moi, Et m'accuse, comme je crois, De ce que je demeure tant À venir.
Constante
Ah ! Trop inconstant ! Et moi trop facile à le croire ! Je pensais le Protonotaire Être digne d'un plus grand heur : Mais je crois que son serviteur A pris sur lui plus de puissance Qu'il ne fit onc d'obéissance.
Le Protonotaire
Ha Boniface ! Maintenant J'aperçois que tout ce tourment Ne lui vient sinon que de moi.
Constante
L'amour donc n'aura plus de loi ? On n'en fera donc plus de compte ?
Le Protonotaire
L'impatience me surmonte, Je n'en saurais plus endurer.
Constante
Encore qui me fait espérer, C'est la mort après longue attente.
Le Protonotaire
Las ! Que pensez-vous, ma Constante, En vous menaçant du trépas ?
Boniface
Le voilà pris, il a son cas, La dame le tient à son aise.
Constante
Hélas ! Monsieur ne vous déplaise, Je vous pensais être plus loin.
Le Protonotaire
Comment, mon coeur ? Comment, mon soin ? Penseriez-vous bien qu'en amour Je voulusse faire un tel tour ? Vous n'avez expérimenté Quel vouloir à ma fermeté, Encore vous n'avez assurance Quelle est en amour ma constance.
Boniface
Il en a tout au long du bras.
Constante
Pardonnez moi, mon seul soulas, L'amour est toujours soupçonneux.
Boniface
C'est l'ordinaire entre amoureux, Qui fait que la foi se renforce : Car c'est d'amour subtile amorce Que les débats de deux amants.
Le Protonotaire
La mort puisse mes jeunes ans Plutôt retrancher en ma fleur, Que je sois jamais serviteur D'une autre dame que de vous. Jamais l'amour ne me soit doux, Si par mon infidélité Je sers à une autre beauté. Plutôt me laisse tout ami, Et plutôt me soit ennemi L'aspect de mon astre fatal.
Boniface
Il est au plus fort de son mal. Il n'y a rien dessous les cieux Ou pire, ou plus audacieux.
Constante
Aussi vous savez, Monseigneur, Que mon corps et tout mon honneur Vous fut abandonné par moi Sur l'assurance de la foi, Comme seul digne d'être aimé.
Le Protonotaire
Aussi toujours ai-je estimé Mon heur favorisé des dieux, Comme celui seul sous les cieux, Qui est heureux en ses amours.
Boniface
C'est la coutume, on voit toujours Ces jeunes gens à marier Devenir fols.
Le Protonotaire
Le Trésorier. A-t-il déjà gagné le haut ?
Constante
Non pas encore, mais il faut Entrer céans, et vous cacher : Encor faut-il se dépêcher, Car il n'est pas loin.
Le Protonotaire
Mais comment ? S'il demeurait plus longuement ?
Constante
Il est sur le point de partir.
Scène 6
Richard, Constante
Richard
Par le corps, j'en veux avertir Mon maître, il le saura : comment ! Est-ce là donc le beau serment De loyauté ? Je m'en doutais, J'en suis certain à cette fois : Car de mes deux yeux je l'ai vu.
Constante
Et bien, Richard, avez-vous eu Votre paiement ?
Richard
Une moitié.
Constante
Mon don n'est il point oublié ?
Richard
Voici l'argent pour en avoir, Si vous voulez le recevoir.
Constante
Pourquoi non ?
Richard
Ouvrez votre main.
Constante
Ha, Richard, ce serait en vain, Je vous prie, ne me trompez plus.
Richard
Non, non, voilà cinquante écus Pour avoir une chaîne d'or, Me pensez-vous moqueur ?
Constante
Encore Vous avez de moi souvenance ; Voilà pour votre récompense.
Richard
Il m'a commandé de savoir Quand il pourrait vous venir voir.
Constante
Non pas pour aujourd'hui, demain.
Elle sort.
Richard
Touchez en donc dedans ma main.
Constante
Je le veux, je me recommande.
Richard
Par le corps bieu, elle ne demande Que les écus : car quant au reste, Elle a son cas ; mais je proteste D'en avoir bientôt la vengeance, Et du paiement et de l'avance ; Et des cinquante écus encore, Des anneaux et des chaînes d'or Dont Monsieur lui a fait présent ; Elle n'a rien trop chaud ne pesant. Et voilà, la coutume est telle : Car envers une damoiselle Il faut toujours l'argent en main : Et puis on sait bien que son gain Est semblable à l'oisellerie : L'oiseleur en quelque prairie Vient épandre ses grains semés, Où les oiseaux accoutumés Ainsi se laissent amorcer : (Car il faut un peu avancer Pour en avoir du grain après) Et lorsqu'ils sont pris dans les rets Ils paient au long la dépense. Dont l'oiseleur a fait l'avance. Ainsi le bordeau, c'est le pré, Là ou l'amoureux est entré Comme un oiseau : la maquerelle Est l'oiseleur, qui renouvelle Souvent l'appas, et met en main Au lieu d'amorce, une putain : Les caresses, les mignardises, Les bonjours et les gaillardises, Le doux accueil, le deviser, Sont les moyens d'apprivoiser. Et en cette façon, mon maître Est aux rets : mais si je puis être Écouté, il aura vengeance De toute cette grand' dépense. Encore ce beau Trésorier, Et ce cocu, se fait prier, Où il est le plus diligent : Et fait accroire que l'argent Qu'il m'a baillé n'est pas à lui. Je lui ferai dire aujourd'hui Celui qui a mangé le lard, Si je le puis tenir à part.
Acte IV
Scène 1
Loys, Richard
Loys
Amour premier de notre vie Inventa la bourellerie, Et cruauté, comme je crois : Car assez en moi j'aperçois Combien sa rage est redoutable, Moi qui suis le plus misérable Qui soit en ce monde vivant. Je suis ébranlé comme au vent, Je suis époind et tourmenté, Demi-mort, rompu, transporté, Tourné dans la roue d'amour : En mon esprit ne fait séjour Aucun repos, je suis jà las, Là je suis où je ne suis pas, Mon esprit n'est là où je suis, Je veux cela que je ne puis ; Vivant et mourant je demeure ; Ce qui me plaît en la même heure Me tourne en mécontentement, Tant déjà l'amoureux tourment S'est acquis sur moi de puissance : Il me met en route, il m'élance, Il désire, il ravit, il tient, Ce qu'il me donne, il le retient : Il me fait à l'instant défaire Ce que lui même m'a fait faire, Et l'oeuvre faite à sa poursuite Est tout incontinent détruite Et encore avec ces malheurs, Ce seul point ci fait que je meurs. Richard.
Richard
Monsieur.
Loys
Ce peut-il faire Que ce gentil Protonotaire Soit jouissant de mon mérite ?
Richard
Je vous ai l'affaire décrite, Hors mis le saut tant seulement. N'est-ce donc pas assez ?
Loys
Comment ?
Richard
Demandez vous comment j'ai su Ce beau chef-d'oeuvre ? Je l'ai vu De mes deux yeux : et d'avantage, J'ai entendu tout leur langage, Et la conduite de l'affaire.
Loys
Mais qui est ce Protonotaire ? Le pourras-tu bien reconnaître ?
Richard
Ha, je vois bien que c'est mon maître Ne croira Dieu que sur bon gage.
Loys
Je perds le sens et le courage Tant ce dur rapport me tourmente. Qui eut pensé que ma Constante M'eut voulu faillir en amour, Et me faire un si lâche tour ? Encore ne le puis-je croire. As-tu vu ce Protonotaire Entrer dedans ?
Richard
Oui, je l'ai vu.
Loys
As-tu vu qu'elle la reçu ?
Richard
J'ai vu même qu'elle le baisait, Et, le flattant, le courtisait.
Loys
Tout cela n'est que courtoisie ; Je ne prends point de fantaisie Pour un baiser : car maintenant Cela se fait honnêtement.
Richard
Mais quand avecque ce baiser On ajoute le deviser, Qui montre assez l'affection De l'amoureuse passion, Je crois qu'il ne faut plus de doute.
Loys
Est-ce ainsi donc qu'elle me redoute ? Serai-je donc si peu prisé ?
Richard
Elle vous a dévalisé.
Loys
Encore ne le crois-je point. Raconte moi de point en point Comment le tout c'est démené.
Richard
J'étais en un lieu détourné, Ou j'ai entendu tout l'affaire.
Loys
Je suis donc contraint de le croire : Tu ne voudrais être menteur.
Richard
Je n'en suis que le serviteur, Et pour le devoir de service Je fais au moins mal mon office Qu'il m'est possible. Au demeurant Toujours véritable, espérant Faire toujours de mieux en mieux.
Loys
L'eau, la terre, l'air et les cieux, Et mille autres fureurs éprises Contrarient mes entreprises. Mais je veux montrer combien peut Mon vie depuis qu'elle s'émeut.
Richard
Celui qui voudra s'empêcher, Qu'il entreprenne être nocher. Pour dessus la grand' mer conduire Par son conseil une navire Et une femme : car au monde, Il n'y a rien qui plus abonde En toutes affaires nouvelles Que les nefs et les damoiselles. Et pourtant si mon maître est sage, Qu'il ne s'en fâche davantage. Puis j'ai entendu bien souvent, Que d'une femme le devant, Ressemble à cette lampe ardente, Qui est dans l'Église pendante, À fin d'allumer les chandelles De toutes les offrandes nouvelles : Elle en allume infinité Sans rien perdre de sa clarté : Aussi la femme a beau changer Un familier à l'étranger, L'étranger au premier venu, Toujours son cas est maintenu En son entier, si d'aventure Elle n'y mêle quelque ordure. Et si dit-on communément, Qu'après le doux ébattement Du jeu d'amour, il n'y perd plus Le tablier rabaissé dessus.
Scène 2
Le Trésorier, Sulpice
Le Trésorier
Sire Sulpice, j'ai vouloir De vous le faire apercevoir.
Sulpice
Vous me faites par trop d'honneur.
Le Trésorier
Vous trouverez un serviteur Et un ami en mon endroit.
Sulpice
Non, non, Monsieur, quand il faudrait Montrer la bonne affection, Vous sauriez quelle intention J'ai de vous faire du service.
Le Trésorier
Je le sais bien, sire Sulpice, Ce n'est d'aujourd'hui seulement : Et je vous promets le serment, Que tant que Dieu me donne vie J'aurai toujours pareille envie : Je vous connais digne d'aimer.
Sulpice
Autant devez vous estimer De ma part.
Scène 3
Loys, Richard, Thomas, Le Trésorier, Sulpice
Loys
Çà, çà, tous en armes.
Richard
Ils ont affaire à des gendarmes, Ils le connaîtront par effet.
Thomas
Monsieur, ce ne serait mal fait De prendre en main quelque rondelle.
Loys
Non, non, je n'ai que faire d'elle, Elle pense donc que je prise Davantage sa marchandise Que mon honneur : je ne suis plus De ceux qui donnent des écus Pour m' entretenir en sa grâce : Je suis d'une trop noble race.
Thomas
Je veux faire provision Maintenant d'un bon morion Pour couvrir le haut de ma tête.
Loys
Me penserait elle tant bête Que voulusse endurer tel sort ?
Le Trésorier
Sire Sulpice, quel effort ! Que veut dire cette entreprise ?
Sulpice
Possible quelque noise éprise Entre eux : car toujours ces soudards Ont querelles en toutes parts.
Le Trésorier
Entrons dedans.
Sulpice
Fermez votre huis.
Le Trésorier
Je connais le seigneur Loys, Je crois qu'il ne me cherche pas.
Richard
Monsieur, monsieur, hâtons le pas, Le Trésorier est à la porte.
Loys
Çà, çà, faites moi bonne escorte ; Qu'on me lui fende les naseaux.
Richard
Je veux comme des bécasseaux Enfiler cette Trésorière, Le Trésorier, la chambrière, Pour marque qu'une telle injure N'est impunie.
Thomas
Et moi je jure Que le premier par moi trouvé Demeurera sur le pavé, Protonotaire et Boniface.
Le Trésorier
Sire Sulpice, il nous menace. Hélas, mon Dieu ! Je suis perdu.
Thomas
Le Trésorier m'a entendu, Il heurte pour entrer dedans.
Sulpice
Ils sont armes jusques aux dents, Et si chacun son bâton porte.
Le Trésorier
Ne veut-on point ouvrir la porte ? Me laisserez vous massacrer ?
Thomas
Il est en grand peine d'entrer, Poussons dedans, armet en tête.
Loys
Sus, que chacun de vous s'apprête De faire maintenant devoir.
Richard
Je lui ferai bien à savoir A ce gentil Protonotaire, Qu'il n'a pas maintenant affaire À un pédante de collège.
Thomas
Il est pris, il s'est mis au piège.
Loys
Sus, sus, dedans, enfoncez l'huis.
Richard
Il me semble à voir que je suis A l'assaut de quelque rempart. Enfonçons l'huis de part en part, Nous sommes sur nos ennemis.
Scène 4
Marie
Marie
Miséricorde mes amis, Sommes-nous en une province Où l'on ne craigne point le Prince ? Hélas, mon Dieu ! Quelle frayeur ! Encore qui plus est, Monsieur A trouvé ce Protonotaire, Qui n'a su autre chose faire, Sinon que se pensant, sauver, Et voyant subit arriver Le courtisan et ses soudards Qui le cherchaient de toutes parts, Il s'est rendu à leur merci. Ô quel ennui ! ô quel souci ! Quelle lamentable journée Maintenant nous est ordonnée ! Voilà, jamais nous n'aurons bien Dans le logis : car aussi bien Toujours le Trésorier jaloux Nous acravantera de coups : Jamais il n'aura merci d'elle, Encore si ma Damoiselle N'eût été prise en ce délit Avec monsieur dessus le lit, L'on eut pu couvrir cette affaire : Mais comment ? le Protonotaire La tenait déjà embrassée, Quant le mari la devancée Comme elle se pensait cacher, Et si ne la pouvait lâcher : Ce qui a tant seulement fait Qu'il les a pris dessus le fait. Je m'ébahis bien fort comment Il n'est venu premièrement, À Boniface : toutefois J'en suis échappée.
Scène 5
Boniface, Marie
Boniface
J'étais Pour mon profit particulier, Quant j'ai ouï ce beau Trésorier Heurter, crier d'une voix forte Que l'on lui vint ouvrir la porte. Si est-ce que j'ai si bien fait, Qu'il ne m'a pris dessus le fait, Car, quand j'ai oui ce beau ménage, Ainsi qu'un homme de courage J'ai gagné le grenier au foin : Les jambes servent au besoin, Encore n'est-il que toujours être. Mais, par Dieu, cependant mon maître Est pour les gages demeuré, Et moi un peu plus assuré Que je n'étais.
Marie
Hé ! Boniface ! Vraiment vous avez bonne grâce, Encore vous vous moquez des gens.
Boniface
Comment cela ? Ce sont sergents, Qui veulent mener prisonnier Votre maître le Trésorier. Quant à moi, j'aime mieux m'en taire.
Marie
Mais Monsieur le Protonotaire Est tout seul entre ces soudards.
Boniface
Je ne me mets en tels hasards, Je pourrais bien faisant ma monstre Recevoir quelque malencontre : Je ferai ci la sentinelle.
Marie
Lors que dira Mademoiselle ! Il m'est avoir qu'elle me suit. Hé ! Vierge Marie, quel bruit ! Je crois que le seigneur Loys Veut vous tuer.
Boniface
Il n'est que l'huis Pour bien échapper du danger : C'est assez pour m'en étranger, Par Dieu, je n'y retourne pas.
Marie
Hé ! Boniface, parlez bas : Je m'en vais jusque à la sallette.
Boniface
Quant à moi, ma tâche est jà faite, Je n'y retourne du jourd'hui, Puisque l'affaire j'ai conduis, Jusqu'ici, j'en suis échappé. Et Monsieur demeure trompé ; Qu'il se contente à sa fortune.
Marie
Elle nous est à tous commune : Encore en fault-il voir la fin.
Boniface
J'en suis bien content : mais à fin Que ne m'y pensiez embrouiller, Si l'on me faisait dépouiller ; J'en aurais mon recours sur vous.
Acte V
Scène 1
Sulpice, Loys, Richard, Le Trésorier
Sulpice
Monsieur, soyez un peu plus doux, Quel profit pourriez vous avoir Quand vous le feriez à savoir À la justice ?
Loys
C'est tout un Le profit est à tous commun.
Richard
Çà, çà, monsieur le Trésorier, Vous en porterez le collier, Et ce pour juste récompense D'avoir pillé l'argent de France.
Sulpice
Il se soumet à tout accord.
Richard
Par Dieu, je serai le plus fort, Vous viendrez aussi quand et quand, Car vous en faisiez le paiement En son nom, m'aidant à tromper Vous ne me pouvez échapper Que ne vous fasse mille ennuis.
Le Trésorier
Écoutez moi, Seigneur Loys, Vous savez que j'ai fait avance : Sera-ce donc la récompense Que pour moi vous voulez choisir, Après vous avoir fait plaisir ? Auriez-vous bien donc le courage De m'empêcher en ce voyage, Considéré que mon affaire, Me contraint comme nécessaire Pour le profit de notre Prince ?
Richard
Vous êtes sujet à la pince, C'est cela qui gâte le tout.
Loys
Encore en aurons-nous le bout, Richard, fais ce que je commande.
Le Trésorier
Seigneur Loys, je ne demande Sinon avoir appointement Avecque vous.
Richard
Premièrement Il faut venir en la prison.
Le Trésorier
Je vous ferai toute raison, Si vous faites un tour honnête.
Richard
Cela n'est que laver la tête De l'âne qui est aux Bons-hommes.
Loys
Voici grand cas, tant que nous sommes N'aurons pouvoir de le mener Au palais pour l'emprisonner,
Richard
Chargez le moi comme une balle Sus le dos, ou comme une malle, Puis nous aurons votre courtaud Qui le mènera aussitôt Que commandé.
Sulpice
Soumettez vous, Et puis Monsieur sera plus doux.
Le Trésorier
À celle fin d'en voir le bout, Je suis content de perdre tout. J'ai payé le quartier passé, Encore vous ai-je avancé Celui qui vient, pour avoir paix Avecque vous, Monsieur, je fais Comme si n'eussiez rien reçu.
Sulpice
Vraiment vous ne serez déçu Par ce moyen, et de ma part J'en donnerai le vin à Richard : Et si désire faire plus.
Loys
Vous dites bien : mais les écus Que la Constante tient encore Pour avoir une chêne d'or ?
Le Trésorier
Ces écus vous seront rendus, Et d'autant d'autres dépendus, Pour nous réjouir tous ensemble.
Sulpice
C'est un bon parti ce me semble.
Richard
Le vin que vous avez promis À Richard, n'est-il pas donc mis Parmi le marché ?
Sulpice
Si est bien, Je vous le veux donner du mien.
Richard
Mais j'aime bien mieux dans ma main Le voir que d'attendre à demain : Car je sais bien que les promesses De leur naturel sont traîtresses : Parquoi si voulez paix à moi Foncez argent.
Sulpice
Ha, par ma foi, Vous l'aurez, car c'est la raison.
Loys
Entrons doncques en la maison Affin de ravoir ma quittance : Car je veux du tout assurance.
Scène 2
Boniface, Le Protonotaire
Boniface
Non, non, Monsieur, si j'eusse été Dedans notre Université, Je leur eusse fait à connaître Que là dedans je suis le maître. Encore j'ai bonne espérance D'en avoir un jour la vengeance.
Le Protonotaire
Mais que diable es-tu devenu Cependant ?
Boniface
J'étais détenu Combattant contre deux soudards : Par dieu, c'étaient deux grands pendards, Qui m'eussent arraché la vie Du corps, si n'eut été l'envie Qu'avais de vaillamment défendre, Si bien que je leur ai fait rendre Tout le courage avec les armes, Encore que ce fussent gendarmes.
Le Protonotaire
Par dieu, je n'ai su si bien faire, Qu'au plus fort de tout mon affaire Je n'aie été surpris. Mais quoi ? Il ne se souvient plus de moi : Car l'ardeur du Seigneur Loys, Qui enfonçait en bas son huis Pour entrer dedans la maison, Lui a fait perdre la raison.
Boniface
Non, Monsieur, je m'en veux venger.
Le Protonotaire
Mais, Boniface, en quel danger Penses-tu que j'étais alors ? Je t'assure que tout mon corps, Étant aussi froid que le marbre, Tremblait comme une feuille d'arbre.
Boniface
Ne pourriez-vous revancher ?
Le Protonotaire
Encore ne savais-je attacher Mes chausses chutes aux genoux.
Boniface
Ha, si j'eusse été avec vous !
Le Protonotaire
Encore me pensant sauver, Un autre m'est venu trouver Caché dans la chambre privée : Puis Constante y est arrivée, Ce qui a fait que, me sauvant, Je me suis trouvé au devant Du Seigneur Loys, qui suivait Le Trésorier, qui s'enfuyait.
Boniface
Quelle mine vous a-t-il fait ?
Le Protonotaire
Il m'a dit que c'était bienfait À l'homme qui cherche toujours Son aventure en ses amours, Et que lui, étant pourchassant De ce dont j'étais jouissant, Il se pensait être aimé d'elle.
Boniface
Comment ! De cette damoiselle ? Sait-on pas bien qui est Constante ?
Le Protonotaire
Oui, et qu'en cette folle attente Il avait dépendu beaucoup : Mais qu'il voulait tout en un coup Son argent, que le Trésorier Retenait dessus son quartier, Puisqu'elle était ainsi commune.
Boniface
Or la damoiselle en a d'une, L'argent qu'elle vous a prêté Entre nos mains est arrêté Jusque à la plus grande récompense, Des présents et de la dépense Que vous avez fait, poursuivant Son amour, et dorénavant Il se faut garder d'y rechoir.
Le Protonotaire
Boniface allons nous en voir Tous les écus de la Constante.
Scène 3
Marie
Marie
Loué soit Dieu, tout se contente : Et qui plus est, le Trésorier Ne sera point mis prisonnier; J'en remercie bien nos amis. Encore plus il a promis Pardonner, dont je me contente, À Mademoiselle Constante, Et à moi aussi, promettant D'en faire encore demain autant, Cela s'entend : mais par ma foi, Je regarderai mieux à moi, Et à mon cas dorénavant, Que je n'ai fait par ci-devant. Ne vaudra-il pas mieux choisir, Afin de prendre mon plaisir, Quelque jeune homme, que toujours Languir aux misères d'amours ? Si fait, pendant que la jeunesse Émut dans mon coeur l'allégresse Du doux amour, qui or' m'enlasse, Et duquel déjà Boniface M'a fait sentir l'ébattement, Mais ce sera secrètement : Car voilà, l'on n'est jamais sage Qu'après les plaies : c'est, c'est l'usage Du temps qui court, et pour vrai dire, Ma maîtresse veut toujours rire Au premier venu, c'est tout un, Autant aux nobles qu'au commun : Et en cela gît tant l'affaire De par dieu. Le Protonotaire Dont elle tirait tant d'écus, Maintenant n'y reviendra plus, Et voilà autant de pratique. Étrangée de sa boutique. Mais il faut aller apprêter Le banquet. De vous inviter Messeigneurs, j'aurai bonne envie : Mais, ananda, la compagnie Qui est céans mangerait bien Le Trésorier et tout son bien.