La Volière
Scène 1
Jacquot, Cascaret
Au lever du rideau la scène est vide.
Jacquot
Cascaret !...
Cascaret
Bourgeois !
Jacquot
Les oiseaux doivent avoir faim... donne-leur donc à manger.
Il entre tenant un petit panier rempli de graine.
Cascaret
Oui, bourgeois.
L'apercevant.
Jacquot
Cascaret !... Ah ! C'est bien heureux !... Monsieur Cascaret, s'il vous arrive de faire encore jeûner mes oiseaux, je vous flanque à la porte de mon établissement, de mon bazar de volatiles.
Cascaret
C'est drôle tout de même, que vous, monsieur Jacquot, un ancien notaire, vous vendiez des chardonnerets, des pinsons, des perroquets.
Jacquot
Eh bien, quoi ! C'est l'exploitation de l'oiseau par l'homme !...
Cascaret
Mais, bourgeois...
Jacquot
Tu m'impatientes !... Va-t'en, et porte ce qui te reste là de graine à ma jolie poule blanche, ma benjamine, ma Francinette, et que, dans mes moments de gaieté, j'appelle ma petite France.
Cascaret
Oh ! Dites donc, à propos de ça, le Canard fait drôlement de cancans sur votre petite France.
Jacquot
Bah !
Cascaret
Dame !.. Il rôle autour d'elle pas mal de prétendants!...
Jacquot
Chut ! Je sais bien .. Je sais bien qu'il y a des prétendants... mais ça ne te regarde pas; c'est à elle de fixer son choix... Va faire ce que je t'ai dit... Ah ! Cascaret, ferme bien toutes les portes.
Cascaret
Oui, oui... à cause de Monsieur Pincetout, votre voisin.
On entend à l'extérieur le cri du Canard.
Jacquot
Cet horrible oiseleur... Il rôde toujours autour de mes volières pour saisir et piper mes oiseaux. Allons bon ! Voilà déjà le Canard... Il vient encore nous apporter de fausses nouvelles... C'est bien le bipède le plus hâbleur, le plus... dentiste que je connaisse.
Scène 2
Le Canard, Jacquot, Cascaret
AIR : Canard, canard. (Caleb.)
Le Canard
Mes deux poumons sont de bons démocrates; Je vais criant qu'on va revoir chez nous Raison, génie, inspirer nos Socrates, Et nos Solons dîner à vingt-deux sous ; Je vais criant : égoïsme, ignorance, Ambition, qui de tout fait sa part, Orgueil, intrigue, et tous les maux de France, C'est aujourd'hui le jour de votr' départ... Canard, canard, canard! Ah ! vive le canard ! Oui, vive le canard !
Jacquot
Canard, ta place n'est pas ici... Elle est dans la basse-cour ou dans la rivière... Barbote, mon ami, barbote !...
Le Canard
Il n'y a pas que moi qui barbote en France ; d'ailleurs, c'est ma mission de troubler l'eau.
AIR : Je loge au quatrième étage.
Jacquot
Jadis la Franc', comme Narcisse, Fière de fraîcheur, de santé, Mirait quelquefois, par caprice, Dans l'eau du fleuve, sa beauté ; Elle charmait sa vanité. Les temps sont changés, camarade, L'eau devient un triste miroir, Trouble-la... le pays malade Frémirait, s'il pouvait s'y voir. Quant à ça, je ne te blâme pas, surtout dans ce moment-ci.
Le Canard
À propos, vous ne savez pas ? Nos deux candidats... Ils ne seront pas nommés... À la fin de leur profession de foi, ils ont l'imprudence eu de dire qu'ils avaient un domicile !... Ils échoueront contre les deux autres, qui ont l'avantage de n'en pas avoir. Ah ! Vous ne savez pas ? Paris touche à un grand cataclysme.
Cascaret
Cata, quoi ?
Le Canard
Clisme !... Depuis longtemps il s'organise une vaste conspiration contre la République.
Jacquot
Ah ! Sapristi !... Ah ! Quel malheur !... Sapristi!...
Le Canard
Le nombre des affiliés est immense... On connaît le lieu de leurs réunions.
Jacquot
Où se rassemblent-ils ?
Le Canard
Sur le Pont-Neuf, dans la statue d'Henri IV.
Jacquot
En voilà un canard !
Le Canard
Quand. quand, quand, quand on passe le soir, on les voit entrer dans le cheval... Ils sont tous à la queue.
Jacquot
Canard ! Il fallait rester chez toi, si, en fait de nouvelles, tu n'avais...
Cascaret sort. On entend la ritournelle de l'air suivant.
Le Canard
Ne parlez jamais de navets devant un canard.
Scène 3
Jacquot, Francinette, Francinrtie, Le Canard
Jacquot
Eh ! J'entends ma petite poule Francinette !
AIR de Vert-Vert. (Par une route solitaire.)
Francinette
Cod, cod, cod, cod, cod, cod, codette ! Me voilà, c'est moi Francinette, Et je compte dans le paya De nombreux, de brillants partis Oui, chacun d'eux voudrait fixer mon choix. Mais je ne sais vraiment à qui donner ma voix. S'engager avec eux. C'est un grand embarras. Et je crains les faux pas... Cod, rod, cod, cod, cod, cod, codette, Me voilà, c'est moi Francinette, Et je compte dans le pays De nombreux, de brillants partis !
Jacquot
Eh bien, ma pauvre Francinette, toujours solitaire, rêveuse, quêteuse.
AIR : Adieu, je vous fuit, boit charmant.
Francinette
Je ne sais pas si l'avenir, Me prépare quelque trouvaille; Le présent ne vient pas m'offrir Ici des perles sur la paille ! Vous me direz : quels sont tes voeux ! Je ne le sais pas bien encore... Mais il me semble que je veux, Quelque chose... qui me restaure. C'est vrai, père Jacquot, je cherche...
Jacquot
Ah ! Mon Dieu ! Ma Francinette, ma petite France !... Mais vous boitez, ma chérie !...
Francinette
Vous ne vous en aperceviez pas ? Il y a plus de deux ans que j'éprouve des difficultés dans ma marche.
Jacquot
Oui, oui, en effet, j'ai remarqué que tantôt vous penchiez à gauche, tantôt à droite... Dites donc, prenez garde à ça, il faut taire une consultation générale.
Francinette
J'en aurais bien envie ; mais-il paraît que je n'ai pas le droit de consulter avant 1852 ; on prétend que je peux aller jusque-là sans danger.
Jacquot
Ta, ra, ta, ta !... Ce n'est pas mon avis Je déclare que vous avez besoin d'un soutien... Prenez un mari ; vous ne manquez pas de prétendants.
Francinette
Je le sais.
Jacquot
D'abord, nous avons le citoyen Vautour... Il ne serait pas fâché de goûter à voire cuisine ; il a fort appétit.
Francinrtie
Nous avons aussi le Coq.
Jacquot
Pauvre Coq ! Il voudrait bien percher à côté de vous, et si vous lui tendiez la perche...
Francinette
Et le Duc, comme il soupire pour moi.
Jacquot
Ça ne serait peut-être pas un mauvais parti !... Et l'Aigle, donc ! Comme il vous fait de l'oeil !...
Francinette
Oui, c'est une association de soupirants non réunis. J'ai eu ce matin un entretien sérieux avec tous les quatre.
Jacquot
Avec tous les quatre à la fois ?
AIR du Domino noir.
Francinette
En amour, comme en politique, L'usage veut qu'on soit discret, En tête-à-tête l'on s'explique... Moi, je n'aime pas le secret. De chacun pesant bien l'ardeur, Faisant le compte de l'erreur, Je leur ai dit tout ce que j'avais sur le coeur ! Le Coq brilla par ses travaux ; Sous sa truelle et ses ciseaux De son tombeau Versailles sortit tout nouveau. Par sa force, le calme brille, Et, vigilant réveil-matin. À l'ouvrier, à sa famille, Chaque jour il donna du pain. Le Duc, ou l'appelle boudeur, On lui reproche sa froideur... Pour son honneur, Je réponds à l'accusateur : Si l'homme riche se fait pas De grandes fêtes, du fracas, C'est par pudeur... On n'insulte pas au malheur ! Rendons les ateliers tranquilles, Pacifions tous nos hameaux, Respectons l'ordre dans les villes, On dansera dans les châteaux. L'Aigle est fier et plein de valeur, Je lui confierais mon honneur.; Mais du canon Je n'aime plus autant le son... Autre temps veut autre métier, Notre sol fut assez guerrier ; Plomb meurtrier Coûte plus que pain nourricier. Quant au Vautour, son triste hommage Voudrait, je crois, forcer mon coeur; Mais, quand il parle mariage. Son air sauvage me fait peur. Il veut, despote en la maison, A chaque instant avoir raison ; C'est par des cris Qu'il nous transmet tous ses avis; Soir et matin, Triste, chagrin, Il apporte dans le festin, Pour doux refrain, La fusillade et le tocsin ! Avec lui jamais d'alliance, C'est un prophète de malheur ! Pour obtenir ma préférence Il faut avoir un noble coeur. Pourquoi pas ?
Le Canard
Ah ! Vous ne savez pas? on dit que les Cosaques sont Picpus!...
Jacquot
Canard, assez !... Va porter tes nouvelles à d'autres jobards !
Il sort en chantant.
Le Canard
Canard, canard, canard! N'est jamais en retard ! Ah vive le canard ! Je cours à la Démocratie pacifique
Scène 4
Un Cocher, Jacquot, Francinette, Cocher
Un Cocher
Voilà, voilà, Mademoiselle... Votre équipage est prêt...
Jacquot
Vous sortez, Francinette ?
Regardant dans la coulisse.
Francinette
Oui... Un tour au bois... J'ai demandé une voiture... Ah ! Bon Dieu ! Qu'est ce que vous m'avez amené là ? Quelle antiquaille !
Jacquot
Mais je reconnais ce carrosse... Oh ! Il est bien vieux... Souvent Henri IV y montait avec tous sec, ministres... Aussi, dans ce temps-là, l'appelait-on le char de l'État.
Cocher
C'est toujours son nom...
AIR de Mme Favart.
En ce moment on entend parler haut dans la coulisse.
Jacquot
Couvert d'éclatantes bannières, Nous offrant un brillant aspect, Ce vieux char. au temps de nos pères. Inspirait amour et respect ; Mais, aujourd'hui, chacun veut placé Sur le siège, dedans, dessus; Si bien que notre char menace De devenir un omnibus
Francinette
Eh ! Mon Dieu ! Qu'est-ce que cela ?
AIR : Tra la la.
Jacquot
Prenez-moi 1 Prenez-moi ! Car je m'y connais, ma foi; Prenez-moi ! Prenez-moi 1 Le siège doit être à moi ! Pardieu ! Ce sont vos prétendants !... Ils veulent tous quatre monter sur le siège et conduire le char de l'État. D'ici, je les entends vous crier :
Francinette
Mais lequel prendre ?
Jacquot
L'un vous mèn'ra royal'ment, L'autr' constitutionnell'ment... Le troisième impérial'ment, Le dernier socialement.
Francinette
Une idée !... Je vais faire un essai... Pour aujourd'hui, je les laisserai conduire tous les quatre à la fois...
SUITE DE L'AIR.
ENSEMBLE.
Jacquot
Je n' dois pas vous l' cacher, Vous pourriez bien accrocher .. Quand on veut bien marcher, Vaut mieux ne prendr' qu'un cocher.
Jacquot
Je n' dois pas vous l' cacher, Vous pourriez bien accrocher .. Quand on veut bien marcher, Vaut mieux ne prendr' qu'un cocher.
Elle sort suivie du cocher.
Francinette
J'espère bien marcher, Sans avoir peur d'accrocher ; En les voyant marcher Je choisirai mon cocher.
Scène 5
Jacquot, Melonnini, Avec Tristesse, Cascaret
Jacquot
Faites bien attention... N'allez pas verser !
entrant du côté opposé
Melonnini
Monsieur Jacquot, s'il vous plaît ?
Jacquot
Ancien notaire, marchands d'oiseaux ; c'est moi, monsieur...
Melonnini
Ai-je pataugé dans Paris pour vous trouver... Après ça, quand on est étranger...
Jacquot
Ah ! Vous êtes...
Melonnini
Oui... Je suis exotique... Je m'appelle Melonnini !
Avec Tristesse
J'ai le malheur d'habiter un pays qui vit encore en monarchie...
Jacquot
Comment ! Il y en a encore ?
Melonnini
Parole d'honneur...
Jacquot
Je vous plains, Monsieur...
AIR : Nous avons le pont national.
Melonnini
Nous végétons avec tiédeur Sous un régime sans couleur ; Pourvu que l'on soit travailleur. On vit chez nous de son labeur. On appelle ça le bonheur... Oh ! Oui... Nous sommes bien à plaindre.
Jacquot
Ah ! Quel blasphème ! Ah ! Quelle erreur !
Melonnini
Chez nous, voyez donc quelle horreur, Le portier n'est pas électeur 1 Au lieu de se faire orateur, Un bon tailleur reste tailleur, Jamais de club agitateur, Pas d'apôtre dévastateur...
Jacquot
Quoi ! Pas un seul conspirateur?
ENSEMBLE.
Melonnini
Pas mêm' d'affreux petit rhéteur t ......
Jacquot
Pour vous, monsieur, quel déshonneur !
Ils tombent dans les bras l'un de l'autre.
Melonnini
Pour nous, monsieur, quel déshonneur ! Quel pays de malheur !
Jacquot
Comment ! Chez vous, pas le moindre honorable citoyen qui veuille mettre tout sens dessus dessous ?
Melonnini
Non, monsieur !...
Jacquot
Pas de novateur qui hurle : À bas la propriété !;..
Melonnini
Non ; Monsieur !
Ils tombent de nouveau dans les bras l'un de l'autre en fondant en larmes.
Jacquot
Ah ! Monsieur...
AIR : Eh ! ma mère, est-c' que j' sais
Melonnini
Chacun soign' son héritage. Et c' qu'il a veut le tenir ; On respect' le mariage; Les enfants doiv'nt obéir; On se conform', sans murmure, Aux lois qu' la raison traça... V'Jà quinze cents ans qu' ça dure... Ça n' peut plus durer comm' ça !
Jacquot
Non, non, faut changer tout ça !
Melonnini
Un instant nous avons eu de l'espoir... Il entra dans notre pays des étrangers... des individus mâles... Ils furent logés, nourris, éclairés aux fiais du gouvernement... Pour témoigner leur reconnaissance, ils se mirent à jacasser...
Jacquot
Jacasser ?...
Melonnini
Eh bien, oui ! Bavarder contre le gouvernement... Dire que c'était un ci... que c'était un ça !... qu'il fallait le renverser !... Alors le gouvernement leur dit avec bonté : Non, non, pas de ça, mes petits enfants... Allez jacasser plus loin... Voilà de quoi faire votre route... partez tranquillement... et au plaisir de ne jamais vous revoir...
Jacquot
Et il leur a donné de l'argent !... Le gouvernement... Tyrannie... tyrannie !...
Melonnini
Alors, il m'est poussé une idée... Je me suis dit : allons trouver le célèbre monsieur Jacquot, marchand d'oiseaux...
Jacquot
Ancien notaire...
Melonnini
Je l'ignorais !... Ancien notaire... Il possède des oiseaux politiques, des perroquets bavards très au fait des nouvelles phrases à la mode, des grands mots patriotiques, je vais en acheter une cargaison, et, une fois dans mon pays, v'lan ! Je les lâche, et la police, vu leur élévation, ne peut pas leur mettre la main sur le collet.
AIR : Au clair de la lune.
Appelant.
Jacquot
Mon art vous seconde, Vous sort d'embarras ! Que faut-il, en c' monde. Pour mettr' tout à bas ? Maint' phrase tout' faite, Au sens incomplet, Et qu' chacun répète En vrai perroquet. Quelle imaginative !... J'ai ce qu'il vous faut... Eh ! Cascaret ! Lâche les perroquets politiques !
Cascaret
Voilà ! Voilà ! Voilà !
Scène 6
Perroquets, Jacquot, Melonnini
AIR de Roger Bontemps.
Perroquets
As-tu déjeuné, Jacquot ? — Oui, oui, oui, oui ! — De quoi ? — Du rôt. As-tu déjeuné, Jacquot ? — Oui, oui...
À Melonnini.
À un des Perroquets.
Jacquot
Silence ! Vous répondrez quand on vous parlera ! Monsieur, voilà des perroquets auxquels j'ai fait crier pendant trente ans : Vive le Roi ! Vive l'Empereur !... Maintenant, pour les placer, je lu fais crier : Vive la République ! Un fait ce qu'on peut ! Attention ! As-tu déjeuné, Jacquot ?
Perroquets
Oui, oui, oui, oui, oui !
Jacquot
Et de quoi ?
Perroquets
Du nez d'aristo.
Melonnini
Ah ! Bravo ! Bravo !
Au Perroquet.
Jacquot
Oh ! Ce n'est rien encore... Je l'ai fait percher huit jours dans un club... Il a tout retenu... As-tu été au club, Jacquot ?
Perroquets
Oui, oui, oui, oui, oui !
Jacquot
Et qu'as-tu entendu, Jacquot ?
Perroquets
À bas les tyrans, à bas les papas, à bas les mamans, à bat les enfants !
Melonnini
Mais c'est très bête, ce qu'il dit là...
Au Perroquet.
Jacquot
Dame ! Il répète ce qu'il a entendu... dans les clubs... Maintenant, passons aux vivat politiques... Jacquot, vive... allons... vive...
Perroquets
Vive l'empereur... de la République!
Melonnini
Eh bien ! Eh bien ! Il se trompe... Il mêle tout ensemble.
Jacquot
Ah ! Dam ! Que voulez-vous ! Depuis trente ans on ne sait p'us où on en est ! Et la république, et l'empereur, et la monarchie et le reempereur, et la remonarchie, et la rerépublique !... Allons, Jacquot... Vive... vive la...
Perroquets
Vive la république de l'empereur !
Jacquot
Non, c'est pas ça, voyons, vive...
Perroquets
Vive... le roi... démocratique et social !
Melonnini
Dites donc, dites donc, mais il fait un horrible salmis de l'ancien et du nouveau.
Jacquot
Oui, c'est comme lorsque je le fais chanter ; mais j'ai trouvé un moyen !... Vous voyez cette vieille serinette, elle a été faite sous la monarchie.
Melonnini
Et vous vous en servez encore ?
Il tourne la manivelle de la serinette ; on entend quelques mesures de la Marseillaise, et, sans interruption, elles sont suivies du commencement de l'air vive Henri IV ; puis la Marseillaise reprend, et bientôt après l'air de Henri IV s'achève.
Jacquot
Mais je l'ai faite arranger, et elle ne joue plus maintenant,que des airs républicains... On me l'a garantie.
Melonnini
Eh bien, eh bien, qu'est-ce que c'est que ça ?
AIR : Vaudeville de Fanchon.
Montrant une cage.
À Melonini.
Ouvrant.
Jacquot
On m' l'avait garantie, Et la voilà partie À droite, à gauche sans raison !.. On n'voit que girouettes... Dans c'temps-ci, plus de convictions .. Quoi 1 jusqu'aux serinettes Qui chang'nt d'opinions ! Est-ce qu'il y aurait un réactionnaire caché là dedans ! Oh ! Ce n'est pas comme l'oiseau qui est là dans une cage particulière... Cascaret, ouvrez la cage ! Monsieur, vous allez voir un perroquet qui n'a jamais voulu changer de cri... Petit ! Petit !
Scène 7
Jacquot, Melonnini, Perroquets, Au Perroquet
Jacquot
Regardez, Monsieur, comme il est joli !...
Melonnini
Ah ! Quel charmant plumage !
Au perroquet.
Jacquot
Et ce n'est rien encore que son plumage ! Vous allez entendre son... Jacquot, vive la Ré...
Perroquets
Vive son altesse ! Vive monseigneur !
Jacquot
Voyez-vous !
Melonnini
Oui, mais si vous le preniez par la douceur, si vous lui offriez une place, une pension...
Jacquot
Ah ! Ah ! Un perroquet ?
Melonnini
Ça s'est vu !... Tenez, offrez-lui des friandises.
Jacquot
Je veux bien essayer...
Au Perroquet
Tiens, mon petit Jacquot, voilà du bon su-sucre...
Perroquets
Vive son altesse ! Vive monseigneur ! Vive son altesse !
Melonnini
Rien n'y fait... Ah ! Voilà un oiseau rare...
AIR : Un page aimait la jeune Adèle.
Jacquot
À mes leçons ils se montrent rebelles, Ma voix en vain voudrait les corriger ; À leurs vieux cris ils sont toujours fidèles, Rien ne pourra les en faire changer. Comprenez-vous, dans les temps où nous sommes Que j'éprouve tant d'embarras 1... Ces oiseaux-là n' sont pas comm' certains hommes, Je ne peux pas en faire des ingrats ! J'en ai bien peu comme ça.
Melonnini
Allons, Monsieur Jacquot, je vois avec peine que vous n'avez pas les oiseaux que je cherche...
Cascaret les fait ranger au fond.
AIR des Maris ont tort.
Jacquot
Oui, je lie puis, je le répète, Les proposer à l'acheteur; Car leur science est incomplète Et leur langage est sans couleur... C' n'est pas la faut' du professeur... Chaqu' jour, du nouveau nous arrive... J'suis obligé de rester coi... Je leur apprends à crier vive... En attendant que j' sach' viv' quoi... Je ne peux que leur fair' crier vive... Car je n'sais pas encor viv' quoi... Personn' ne sait encor viv' quoi ! Cascaret, éloigne ceux là !... Eh mon Dieu ! J'en ai d'autres, que je soigne, que je prépare... mais ce sont de jeunes élèves qui attendent les événements...
Scène 8
Le Canard, Jacquot, Melonnini, Perroquets
Le Canard
Ah ! Vous voilà, Monsieur Jacquot, vous ne savez pas ?
Jacquot
Quoi donc ?
Le Canard
Je viens d'apprendre pourquoi il n'y a pas eu de boeuf gras cette année... C'est qu'on a craint qu'il ne devint enragé dans les rues de Paris...
Jacquot
Pourquoi ?
Le Canard
Il aurait pu rencontrer du rouge...
Jacquot
Laissez-moi donc tranquille...
Le Canard
Vous ne savez pas, on vient de pêcher une baleine près des bains Vigier...
Jacquot
Oh ! Je connais celui-là !
Le Canard
On l'a ouverte... et qu'est-ce qu'on a trouvé dedans ? les comptes du gouvernement provisoire...
AIR : J'ai vu le Parnasse des dames.
Jacquot
Oh ! Cette histoire est par trop forte !
Le Canard
Je puis vous garantir le fait... La pauvre baleine était morte Pour avoir croqué cet objet.
Jacquot
Vous prétendez me faire croire Qu' ces papiers l'ont fait expirer !
Le Canard
Dam' ! les comptes du Provisoire, C'est difficile à digérer... Ça ne peut pas se digérer!
Jacquot
Allez vous promener, Canard...
Le Canard
Oui, je vais pêcher des nouvelles...
ENSEMBLE.
REPRISE DE L'AIR de Roger Bontemps.
Melonnini
Oui, je vais, foi de Jacquot. Vous offrir du neuf et du beau. Vous verrez, chez mes oiseaux, Les plumages les plus nouveaux. Et moi, visiter vos volières...
Melonnini
Je vous suis, monsieur Jacquot. Offrez-moi du neuf et du beau; Je vais voir chez vos oiseaux Les plumages les plus nouveaux.
Bis.
Le Canard
Je viendrai, monsieur Jacquot, Vous conter du neuf et du beau.
Bis.
Cascaret et les perroquets sortent de différents côtés. Jacquot et Melonnini par le fond. Au même instant, Pincetout parait par la gauche.
Perroquets
As-tu déjeuné, Jacquot ? Oui, oui, oui, oui. — De quoi ? — Du rôt.
Scène 9
Pincetout
AIR : En avant toujours.
Plaçant un grand miroir à alouettes sur le théâtre.
Regardant autour de lui.
Appelant.
Cormoran paraît portant quatre grandes baguettes surmontés chacune d'un écriteau ; il les plante en terre autour du miroir, puis se retire.
Pincetout
L'oeil au guet, Toujours prêt. Comme un émouchet, J' viens piper, Agripper, Happer, Attraper 1 Mes gluaux, Mes appeaux, Mes pièges nouveaux Vont pincer les oiseaux. Pauvres oiselets, Simples et niais, Vous tromper, quelle joie ! Volez, pour vous voir, Vers ce beau miroir, Et vous serez ma proie ! L'oeil au guet, Toujours prêt. Connue un émouchet, J' viens piper, Agripper, Happer, Attraper ! Mes gluaux. Mes appeaux, Mes piégés nouveaux Vont pincer les oiseau ! Ah ! Bon ! Plus personne !... Ce gredin de Jacquot est parti... J'ai le champ libre, je vais pouvoir à mou aise lui prendre ce qu'il possède... Pourquoi possède-t-il ?... Parce qu'il a travaillé... belle raison... Est-ce que je ne travaille pas aussi en lui prenant ce qu'il a ?... Je travaille... Disposons mes gluaux, mes appâts, je les ai apportés avec moi... Cormoran ! plantons les gluaux...
Lisant le second écriteau.
AIR: Encore un quart'ron.
Lisant deux autres écriteaux.
Même air :
Il dispose le miroir qui se met à tourner.
À ce moment l'orchestre joue la ritournelle de l'air suivant.
Il regarde.
Il entre dans un massif.
Pincetout
Pour c'lui qui n' possèd' guère Et prétend subito Dev'nir propriétaire, Avoir tout à gogo, Ah ! Le bon gluau, Compère, Ah ! Quel bon gluau ! Oiseaux trop débonnaires, Vrais janots et badauds, Qui doublez vos misères, En votant toujours faux, Voilà des gluaux, Mes frères ; Ah ! Quels bons gluaux ! DROIT, non, c'est à dire FROID AU TRAVAIL. À BAS LES RICHES ! PLUS D'IMPÔTS !... - ALLIANCE DU PROLÉTARIAT ET DE LA BOURGEOISIE !... Maintenant, à mon miroir... Bien !... Qui vient là ?... Bon ! bon ! Mon miroir fait déjà son effet ; j'aperçois la Grue, l'Oie et le Dindon, conduits par le Serin, mes pratiques ordinaires... Ils se dirigent de ce côté... Vite, cachons-nous dans ce bosquet, et lâchons surtout qu'ils ne voient pas la ficelle !
Scène 10
Choeur, Le Serin, Le Dindon, Tous
AIR. Mire dans mes yeux.
Choeur
Amis, le joli miroir, Voyez comme il brille ! Amis, le joli miroir ! Je grille De m'y voir ! Voyez, voyez comme il brille !... Amis, je grille De m'y voir !
Le Serin
Approchons ! Approchons !...
Le Dindon
Glou, glou, glou, glou ! Prenez garde, serin mon compère... Si c'était encore un piège !...
Le Serin
Laissez donc ! Je m'y connais... Je ne suis pas Serin pour rien...
Le Dindon
Glou, glou, glou ! Les leçons que vous recevez ne vous profitent guère..,
AIR : Ah ! le bel oiseau!
REPRISE DU CHOEUR D'EMTRÉE.
Tout en chantant, chacun deux s'est approché d'un des écriteaux et parait être pris à la glue.
Le Serin
Amis, le joli miroir 1 Voyez comme il brille! Amis, le joli miroir ! Je grille De m'y voir ! Des leçons ! Je n'en reçois pas... J'en donne... Voyons, approchez... Venez sans crainte, vous dis-je... Venez lire ces jolis petits écriteaux... N'ayez pas peur... Hein !... Comme c'est attrayant !...
Le Serin
Aie ! Aie ! Aie! Je suis pincé !... Je suis englué !...
Le Dindon
Glou ! Glou ! Glou !... Au secours !
Tous
Au secours !
Scène 11
Pincetout, Le Serin, Quatre Prisonniers, Jacquot
Il rentre vivement et porte sous le bras un grand sac.
AIR : De la Carmagnole.
Pincetout
Je vous tiens, mes petits amis, Vous êtes cuits, Vous êtes pris !
Le Serin
Ah 1 grand Dieu, de nous c'en est fait 1 Nous sommes pris au trébuchet!
Ouvrant son sac:
Pincetout
Ah ! Ça vous apprendra À lir' ces écrits-là. J' vous suivais à la piste Et bientôt, crac ! Par mon mic-mac, Ma glue socialiste, Vous mettra, crac ! Dans le sac ! Au sac ! Au sac ! Au sac !
se débattant
Quatre Prisonniers
Au secours ! Au secours 1
Jacquot
Qui appelle ?
Pincetout
Jacquot !... Ah ! Diable !... Je ne suis pas en force... Dissimulons !!...
Scène 12
Jacquot, Pincetout
Regardant le serin qui a laissé sa queue au gluau.
AIR : Le Luth galant.
À Pincetout.
Jacquot
Aux bons avis, aux plus sages discours, Pauvres serins, vous resterez donc sourds? Le passé, le présent, hélas! rien ne vous forme; Aux gluaux du progrès, aux gluaux d'la réforme, A tout' nouvell' bâtis ; pourvu qu'elle soit énorme. On vous prendra toujours, On tous plum'ra toujours ! Me voila ! Me voila ! Ah !.. Bien ! Bon !.. Je vois ce que c'est... Vous vous êtes encore fait pincer... Cascaret !... Aide-les à se désocialiser... Vous avez donc perdu la tête !... Non !... Ce n'est pas la tête qu'il a perdue ! Voyez comme il se fait arranger... Et vous sortez de chez moi, embaucheur !...
Pincetout
Du tout... J'attends ci deux délégués, deux oiseaux de proie ! Nous allons discuter et tenir ici un conclave socialiste.
Jacquot
Eh bien, je ne serai pas fâché de voir ça.
Pincetout
J'entends mes amis...
Scène 13
Le Chat-Huant, Pincetout, Jacquot, Le Serin, Jacqcot, Jacruot, Chat Huant
AIR : Des premières armes du Diable.
Le Chat-Huant
Oiseau de la nuit, J'arrive sans bruit; J'aime l'ombre Sombre ! Mon règne viendra ; A ce moment-là, La nuit régnera.
Pincetout
Salut et fraternité, citoyen Chat-Huant !
Le Chat-Huant
La séance est ouverte, et nous allons développer nos théories.
Jacquot
Ah saperlotte, je vais donc savoir ce que c'est que le socialisme.
Le Chat-Huant
C'est facile à expliquer... Tenez, voilà le citoyen Pincetout qui depuis deux ans a écrit d'admirables articles sur cette nouvelle branche d'industrie. Je lui donne la parole.
Pincetout
Le socialisme, c'est le... non, le socialisme, c'est la... non, le socialisme, c'est les... non, Chat-huant, je vous cède la parole.
Jacquot
Ça ne vient pas tout seul ! 1
Le Serin
Ces choses faciles là sont difficiles à expliquer.
Il tire un petit livre de sa poche.
AIR : Aux braves hussards du cinquième.
Le Chat-Huant
Par sa surface égalitaire, Ce météore à rayons convergents, Offre à nos yeux un circuit planétaire Dont les reflets, en cercles pondérants, Viennent toujours joindre les adhérents. En divisant chaque nombre octogone Et les produits, dont l'axe est mu par l'air, Vous arrivez au péripolygone... Je crois. Monsieur, avoir été très clair. Comprenez-vous ? Citoyens !... Que je suis bête ! J'ai là dans ma poche la définition la plus lucide, à l'usage des esprits les plus épais. Écoutez :
Jacquot
D'honneur, pas plus qu'hier. Je dirai mieux, pas plus qu'avant-hier.
Le Serin
Eh bien, moi, je comprends.
Jacquot
Puisque je vous dis que je ne comprends pas.
Le Chat-Huant
Prenez d'abord ce que nous fondons, et quand nous vous aurons fondés...
AIR : Qu'il est flatteur d'épouser celle.
Jacquot
Chez nous rien de problématique, Nous saurons bien vous le prouver. Par un calcul mathématique, Nous sommes certains d'arriver. Nous serons fondus !
Jacquot
Ah ! Je comprends, sans être un aigle, Cette fois vous avez raison ; Votre doctrine est une règle Qui commenc' par la soustraction, Et finit par la soustraction.
au Chat-Huant
Jacqcot
Pardon... Une simple question... Avec votre système, de quoi vivra l'ouvrier ?...
Le Chat-Huant
De son salaire.
Jacqcot
Je croyais que vous l'aviez aboli ?
Le Chat-Huant
Du tout, nous le réglementons. « L'ouvrier qui travaillera bien gagnera un sou par jour, celui qui regardera travailler deux sous, celui qui dormira sur l'ouvrage vingt-cinq francs.
Jacquot
Comment, c'est parce qu'il dormira qu'il aura plus ?
Le Chat-Huant
Oui, l'homme qui n'aime pas le travail est un être à plaindre et la société lui doit des consolations... La peine de mort est conservée pour l'homme convaincu d'avoir...
Jacquot
Conspiré ?
Le Chat-Huant
Non transpiré en travaillant.
Jacruot
Est-ce là toute votre constitution ?
Il tire un papier de sa poche.
Lisant.
Mouvement d'adhésion.
Chat Huant
Non pas ! Ce que je viens de vous dire, ce sont les lois organiques, mais voici la constitution. Écoutez ! Article premier : le peuple sera consulté sur la forme du gouvernement à choisir. Article deux : on se passera de son avis.
Jacquot
Pourquoi se passera-t-on de son avis ?
Le Chat-Huant
Parce qu'il pourrait ne pas être de l'avis de ceux qui ont fait la constitution... Article additionnel : les poules...
Jacquot
Auront des dents ?
Il fouille dans sa poche.
Il montre les oeufs.
Chat Huant
Non... Les poules, à l'avenir, ne pondront que des oeufs rouges, comme ceux que j'ai dans ma poche. Ah ! mon Dieu ! Je me suis assis dessus !... Ils sont endommagés !...
Jacquot
Tiens !... En voilà un quia l'air d'éclore !... Qu'est-ce qui va donc sortir de là-dedans ?
Il en tire un petit niveau.
Le Chat-Huant
Voilà ! Un triangle social !
AIR : Du baiser au porteur.
Jacquot
Votre triangle humanitaire Ne m'offre qu'un piège fatal, Égalité dans la misère, Et fraternité dans le mal. Avec lui vous faites la guerre A tout sentiment noble et beau ; Mais l'pays, vous aurez beau faire, Ne s'mettra pas à votr' niveau. Ah ! Oui, oui, connu !
Il en tire un bonnet rouge.
Pincetout
Tiens, de celui-ci qu'est-ce qu'il en sort donc ? Un bonnet phrygien !
AIR : D'Yelva.
Jacquot
Mais quels transports, quels accès dé démence Viennent, hélas ! égarer votre coeur ! Se peut-il que l'on ose en France, Ressusciter ce signe de terreur, Ah ! Rejetez d'une époque sauvage Ce bonnet, sinistre drapeau Que des meurtriers sans courage Allaient teindre sous l'échafaud ! Voulez-vous bien cacher ça !
Scène 14
Le Canard, Jacquot
Le Canard
Ah ! Vous voilà, Monsieur Jacquot... Vous ne savez pas ?
Jacquot
Ça n'est pas vrai !...
Le Canard
Hier, entre onze heures et midi, on a découvert huit cent mille jésuites qui se cachaient, depuis six mois, rue Guérin-Boisseau, n° 11, au quatrième étage, au fond du corridor...
Jacquot
Canard, au nom de la Constitution !...
Le Canard
De laquelle ?
Jacquot
De celle de... monsieur, je vous somme d'aller barboter autre part.
Il va pour sortir et s'arrête en regardant en l'air.
Le Canard
Je m'en vas, citoyen, je m'en vas !... Ah ! Mon Dieu ! Qu'est-ce que je vois ?.. Le ciel est obscurci par une nuée d'oiseaux...
Jacquot
Je parie que ça n'est pas vrai !... Ah !... Si !... Enfin, ce sont des oiseaux d'heureux présage !... Des hirondelles, qui nous ramènent le printemps....
Scène 15
Hirondelles, Jacquot, Une Hirondelle, Seconde Hirondelle, Troisième Hirondelle, Première Hirondelle, Ensemble
AIR : Voici venir les fileuses.
Hirondelles
Les hirondelles légères Vous annoncent les beaux jours ; Nous sommes les messagères, Du printemps et des amours !
Jacquot
Soyez les bienvenues, mes petites hirondelles...
AIR: De la Fée aux roses.
Une Hirondelle
Oui, je suis l'hirondelle Et viens à tire d'aile Apporter en ces lieux Mes chiots les plus joyeux. Puisse notre ramage, En conjurant l'orage ; Éloigner de Paris? Les ennuis. Les soucis ! Ah ! Fuyez de Paris, Fâcheux et noirs soucis !
Jacquot
Et qu'avez vous fait pendant votre absence, mes gentilles hirondelles ?
Seconde Hirondelle
Oh ! Nous avons beaucoup voyagé...
Troisième Hirondelle
J'ai volé vers l'Amérique...
AIR : C'est le souvenir d'un génie. (1er Numéro de la Foire au Idées.)
Première Hirondelle
J'entends encor dans son enceinte Un long cri de joie et d'amour. Noble exilé, la ville sainte Enfin peut fêter ton retour ! Ces murs, qu'une horde ennemie A souillés par la trahison, Ta noble main les purifie Par la prière et le pardon ! Et moi vers l'Italie... Je me suis posée sur la coupole de Saint-Pierre... mes regards embrassaient toute la ville... Oh ! J'ai assisté à un beau triomphe.
Jacquot
Permettez, permettez... Mais vous tenez toutes de verts rameaux...
Seconde Hirondelle
Oui... Des souvenirs de nos voyages...
AIR : Royale Polka (Quidant).
Première Hirondelle
Et que nous rapportons en France.
On entend un grand bruit à l'extérieur.
Ensemble
Contre l'anarchie enfin tous Unissons nous, Du désordre brisons la chaîne ! Son souvenir nous guidera. Il sera là. Son ombre nous protégera !
Jacquot
Ah ! Mon Dieu ! Qu'est ca que c'est que ça ? Francinette, lui aurait-il arrivé quelque malheur ?
Scène 16
Choeur Général, Jacquot, Francinette, Tous
AIR : Vive la réforme.
Choeur Général
Mais quel accident ! Quel est ce bruit et ce tapage ? Que vient-il d'arriver à leur équipage ? Ces événement alarme tout le voisinage... Près de vous Nous v'nons tous. Vite, instruisez-nous !
Jacquot
Oh ! Mon Dieu, ma petite Francinette, que vous est-il arrivé ?
Francinette
Ce que vous aviez prévu... Nous commencions à rouler... Le Duc, le Coq et l'Aigle s'entendaient assez bien ; mais ce diable de Vautour a voulu tout faire... Il a escamoté le fouet, s'est emparé des rênes, a toujours donné à gauche, et, patatras ! Il nous a versés dans l'ornière... Je ne veux plus qu'il me conduise... Quant aux trois autres prétendants, le Duc, le Coq et l'Aigle, ils peuvent s'entendre, ce sont des gens bien élevés...
Jacquot
Mais lequel enfin préférez-vous, ma petite France ?
Tous
Oui, lequel ?
Jacquot
Car enfin, nous sommes là à attendre... Nous ne savons pas...
Francinette
Oh ! Le moment n'est pas venu encore de me prononcer.
Jacquot
Que faire alors ?
AIR de Pertuit.
Francinette
Ralliez-vous tous, en ce jour, Contre l'ennemi qui menace ; Avant tout, chassez le Vautour, Que d'abord il cède la place !
Jacquot
Contre lui soyez tous unis, L'union fait notre espérance ; Gens d'honneur de tous les partis. N'ayez qu'un cri : Vive la France 1
Tous
N'ayons qu'un cri ; Vive la France 1
Vaudeville Final
Choeur Général, Francinette, Choeur, Cascaret, Le Chat-Huant, Le Serin, Hirondelle, Le Canard, Jacquot, Pincetout
Air : Hardi coureur. (Lorgnon.) :
Choeur Général
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Francinette
Nos brav's soldats, dont l'honneur nous est cher, N'écout'ront pas une ligue ennemie... Ils savent bien qu' mettre la crosse en l'air Ce s'rait à bas mettre notre patrie !
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Cascaret
Le socialism' nous dit d'un ton criard : J' te mang' tout cru, malheureux, si tu bouge[s] ! Ne craignons rien : en Franc', comme au billard, Y aura toujours deux blanches contre un' rouge !
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Le Chat-Huant
Pauvres martyrs d' l'association, Faut' de clients vous fermez votr' boutique ; Votre principe en théorie est bon, Mais c' qui vous manque, hélas ! C'est la pratique !
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Le Serin
Le communisme, en tous lieux détesté, Et pour lequel nous sommes trop sévères, N'fra pas d' chang'ments à la propriété... Il n' veut changer que les propriétaires.
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Hirondelle
À tous les maux la France s'exposa En nous criant trop fort : Viv' la réforme ! Et maintenant, elle se sauvera En récriant plus fort : Viv' la réforme!
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Le Canard
La république est, dit-on, sauf erreur, Un s'cond soleil dont l'éclat nous étonne... Mais de cet astre, oui, telle est la hauteur, Que ses rayons ne réchauffent personne.
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Jacquot
Un journal roug' s'écrie avec fracas Qu'àl'voir descendr'dans la ru' faut s'attendre... Mais ce journal est descendu si bas. Que, désormais, il ne peut plus descendre !
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Pincetout
Nous conseillons de refuser l'impôt. Et ce conseil est facile à comprendre. Personn' ne doit entamer son magot... Car, tout entier, c'est nous qui voulons l'prendre t
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière... Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous !
Jacquot
Notre férule a toujours frappé sec... Nos ennemis crieront, c'est leur coutume... Mais nous ferons, malgré leurs coups de bec, Aux oiseaux roug's une guerre de plume.
Choeur
Ouvrons, ouvrons aux beaux Oiseaux Notre volière Hospitalière, Oiseaux méchants, envolez-vous, Ne faites plus vos nids chez nous.