Acte I
Scène 1
Le Comte, Hortense
Le Comte
Non ma cousine, non je n'y saurais tenir De vous-même, avec vous, je veux m'entretenir ; Je veux savoir enfin comment il peut se faire que vous ayez changé de ton, de caractère, Et dans l'espace au plus de trois mois écoulés.
Hortense
Eh bien expliquons-nous, puisque vous le voulez J'écoute ; allons ; parlez, vous en êtes le maître.
Le Comte
Ce qu'en venant ici vous avez fait paraître De solide raison d'esprit mûr et sensé, Eh ! Comment tout cela s'est-il donc éclipsé ?
Hortense
J'avais donc l'air bien grave et le ton bien capable ?
Le Comte
Vous aviez... ce qui rend une femme adorable. J'admirais qu'à votre âge, exempte des travers, Que l'on veut appeler faussement les bons airs, Vous eussiez tous les goûts que la raison nous donne, Quand de nos jeunes ans l'erreur nous abandonne.
Hortense
Je crois que mon cousin fait le mauvais plaisant, Loue en moi le passé, pour blâmer le présent : J'aurais eu cet instinct de raison naturelle ?
Le Comte
Ah ! Ce portrait n'est pas ce que fut le modèle : Tenez, ma chère Hortense, un jour, je m'en souviens ; À cette place , après l'un de ces entretiens Où nos coeurs s'entendaient, se devinaient l'un l'autre, Je jurai que mon sort suivrait en tout le vôtre, Je jurai de n'aimer, de n'épouser que vous.
Hortense
Et moi, que répondis-je à cet aveu si doux ?
Le Comte
Je vis, sur tous vos traits, la douce joie empreinte ; J'y reconnus aussi la modeste contrainte D'un plaisir que l'on sent et qu'on n'ose avouer.
Hortense
De mon trouble, cousin, vous dûtes vous louer.
Le Comte
Il me parut encor ajouter à vos charmes : De vos yeux attendris je vis tomber des larmes.
Hortense
Ah ! ah ! ah ! ah ! Ceci devient exagéré.
Le Comte
Pourquoi donc ?
Hortense
Moi, cousin ! Je n'ai jamais pleuré.
Le Comte
Ne niez point ces pleurs que vos yeux répandirent ; Jusqu'au fond de mon coeur vos larmes descendirent : Avec elles bientôt j'y sentis pénétrer L'espoir d'un bien suprême où j'osais aspirer.
Hortense
Voyons, de ce récit qu'elle sera la suite.
Le Comte
On vint nous interrompre, en vous faisant visite.
Hortense
Eh bien c'est grand dommage ; et j'aurais à coup sûr, De l'humeur dont j'étais, dans un pathos obscur, Fait l'aveu d'un amour éternel et sincère : Ces éternités-là souvent ne durent guère. Oh ! oui : je m'en souviens ; j'étais en ce moment Dans une telle crise avec le sentiment !... Je gage, que l'accès chez moi fut éphémère.
Le Comte
Oui ; ma joie en effet fut courte et passagère.
Hortense
Je vous le disais bien ces maux-là n'ont qu'un cours ; En guérit on ? c'est fait une fois pour toujours. Eh ! Le jour qui suivit cette touchante scène ?
Le Comte
On ne put vous parler ; vous aviez la migraine.
Hortense
Eh bien ! C'était l'effet de tous vos tendres soins : Cela porte à la tête, et fait bien mal au moins.
Le Comte
Depuis ce moment-là vous n'êtes plus la méme ; Courses, fêtes, jeux, goût d'une parure extrême ; Ce sont là les objets de vos plus chers désirs Un fol oubli de soi tient donc lieu de plaisirs ! Cousine, observez bien ceci, je vous en prie D'un grand désir de plaire, à la coquetterie, Le passage est étroit, et quelque fois glissant.
Hortense
Oh ! ça ! Vous voulez donc savoir absolument Ce qui produit en moi cette métamorphose ? Vous allez en connaître, en approuver la cause. Au sortir du couvent, sotte comme un oison, Les préjugés du cloître offusquaient ma raison Aujourd'hui, façonnée à l'école du monde....
Le Comte
Quoi ! Votre étourderie en principes se fonde ? Quoi ! Ce goût des travers, chez vous est raisonné ?
Hortense
Oui, vraiment ; c'est un plan mûrement combiné.
Le Comte
Vous tirez vanité d'une telle conduite ?
Hortense
Je m'en loue ; et s'il est en moi quelque mérite...
Avec dépit.
Le Comte
Qui, c'est un coeur léger, une tête à l'évent, De sottise remplie, et qui n'a que du vent. Allez, Mademoiselle à à vos penchants livrée. Courez dans la carrière où vous êtes entrée Elle est vaste, et vos yeux pourront y rencontrer Maint ridicule encor, dont il faut vous parer. Pour moi, qui vous aimai, d'un sentiment si tendre, Je vois bien que de vous je n'ai rien à prétendre : Un coeur qui méconnaît la raison et l'amour, Est un coeur égaré sans espoir de retour.
Hortense
Mais en effet cousin, je doute, et non sans cause, Que vous pussiez de moi faire un jour quelque chose.
Le Comte
Oh ! Je n'y prétends pas.
Hortense
C'est fort bien fait à vous.
Le Comte
Je suivrai de si loin vos insipides goûts ! Je vous verrai si peu
Hortense
Vous en êtes le maître.
Le Comte
Cherchez qui vous adore.
Hortense
En cherchant bien, peut-être Je trouverai...
Le Comte
Je romps dès à présent nos noeuds.
Hortense
Bon !
Le Comte
Je me sens à froid.
Hortense
Eh ! c'est.ce que je veux.
Scène 2
Le Comte
Le Comte
Quelle tête, bon Dieu quelle folle cervelle ! De ma position si triste, si cruelle, Seule, elle m'aurait fait supporter la rigueur ; Je sens que je n'ai plus où reposer mon coeur. Mon père n'a qu'un mot à la bouche ; noblesse : C'est là son seul refrain ; il y revient sans cesse ; Et l'autre jour encor, sans rime ni raison, Parlant de ses chevaux il citait le blason. Son Médecin, un jour, scrutant sa maladie, Cherche si le mal tient quelque noble partie « N'en doutez pas, répond mon père avec effroi, N'en doutez pas Monsieur, et tout est noble en moi. » Je vois d'ici l'instant, (la chose sera neuve) Où pour entrer céans il faudra faire preuve : Ma soeur est, sur ce point, plus ridicule encor, À tout son libre orgueil elle donne l'essor, Et pour flatter mon père, enchérit sur lui-même. Je suis hors de ma sphère ici ; j'estime, j'aime, La franche égalité ; l'honnête homme sans nom Est encor à mes yeux, d'assez bonne maison : Pour adoucir mon sort il me fallait Hortense.
Scène 3
Cléonte, Le Comte
Cléonte
Qu'on me vante à présent les femmes, leur constance !
Le Comte
Vous savez donc, Cléonte ?
Cléonte
Eh parbleu ! Si je sais ; Plus que je ne voudrais : le coup m'a terrassé.
Le Comte
La chose est bien étrange.
Cléonte
Elle est, abominable.
Le Comte
Le trait est noir.
Cléonte
Affreux.
Le Comte
Horrible.
Cléonte
Épouvantable.
Le Comte
Que j'aime à vous voir prendre un si vif intérêt Aux peines que je sens !
Cléonte
Comment donc, s'il vous plaît ?
Le Comte
Vous me plaignez d'aimer alors qu'on m'abandonne !
Cléonte
Je peste du congé que votre soeur me donne.
Le Comte
Ma soeur !
Cléonte
Oui, votre soeur si jamais un amant A pu se croire aimé c'est moi certainement ; Et vous le savez bien.
Le Comte
Mais ma soeur elle-même, Ne m'a jamais caché combien elle vous aime.
Cléonte
Eh bien ! De cet amour l'effet pur et constant, Est un congé formel qu'on me donne à l'instant.
Le Comte
Cela ne se peut pas.
Cléonte
Oh ! Vous pouvez m'en croire : Monsieur le Duc d'Arbois a seul toute la gloire De l'emporter sur nous : n'est-il pas Duc ? Eh bien ? Près d'un titre si beau tout mon amour n'est rien. Le ridicule orgueil ! La sotte impertinence !
Le Comte
Je n'ai pas fort, non plus, à me louer d'Hortense. M'en croirez-vous Cléonte ? Unissons nos chagrins : L'amitié, le malheur rapprochent nos destins, Cherchons, en voyageant, à charmer notre peine.
Cléonte
Non, parbleu ! Pas ; je suis votre valet, Saincenne ; Ce n'est pas mon dessein, certes ! de voyager ; J'ai beaucoup mieux à faire.
Le Comte
Eh quoi
Cléonte
De me venger. Oh ! Je suis fait ainsi : sincère auprès des femmes, Mon faible ne va pas jusqu'à gâter ces dames. Ont-elles quelques torts ? Je me venge, et punis.
Le Comte
Eh comment punit-on ?
Cléonte
Saincenne, en quel pays Avez-vous donc vécu ? Peste de l'imbécile ! Où domine l'orgueil, la vengeance est facile. Il n'est pas démontré, d'abord, que votre soeur En signant mon congé, m'ait banni de son coeur. Le titre de Duchesse un moment l'a séduite : Il se peut... Elle vient, retirons-nous bien vite ; Je vous expliquerai plus loin tous mes desseins.
Scène 4
La Comtesse Aurélie, Lise
La Comtesse Aurélie
Le pauvre malheureux ! Mon Dieu ! Que je le plains!
Lise
Ceci paraît tout neuf ; plaindre ceux qu'on afflige !
La Comtesse Aurélie
J'aime beaucoup Cléonte ; eh ! Mais, beaucoup, vous dis-je ; Il est noble, et partout peut disputer le pas...
Lise
Est-ce que cela fait qu'on aime ou n'aime pas ?
La Comtesse Aurélie
Pour un homme de rien brûler de tendres flammes !
Lise
J'ai vu de ces gens-là fort bien traités des dames : Quand un jeune homme est leste, et joliment tourné, On le prend aisément pour un homme bien né ; Et, se sent-on presser d'une tendre folie ? Sans trop examiner, le coeur se mésallie.
La Comtesse Aurélie
Fi ! De pareils penchants sont ignobles et bas ; C'est déroger, d'aimer ce qui ne nous vaut pas.
Lise
Cléonte vous vaut bien ; et malgré sa noblesse...
La Comtesse Aurélie
C'est pour un Duc et Pair aussi que je le laisse : Le Duc d'Arbois.
Lise
Ah ! Ciel ! Le fils du Duc d'Alfort ?
La Comtesse Aurélie
Lui-même : eh ! Pourquoi donc vous récrier si fort ?
Lise
Ah par ma foi Madame, excusez la surprise; Un monstre de laideur ainsi que de bêtise.
La Comtesse Aurélie
Eh ! Que me font à moi, l'air et l'esprit qu'il a ? L'honneur du tabouret répare tout cela.
Lise
Parlez-vous tout de bon, ou si vous voulez rire ?
La Comtesse Aurélie
Rien n'est plus sérieux ; que voulez-vous donc dire ?
Lise
Mais c'est un talisman qu'un pareil tabouret ; Il vous fait trouver beau ce que Dieu fit si laid.
La Comtesse Aurélie
Lise, pour mon hymen dès lors que tout s'empresse, D'avance appelez-moi, Madame la Duchesse.
Lise
Mai oui, pour prendre date.
La Comtesse Aurélie
Avec ce titre là, Combien de gens de moins à saluer !
Lise
Oui dà ! C'est un profit tout clair ; en devenant Duchesse, Vous gagnez cent pour cent en frais de politesse.
Scène 5
Un Valet de Chambre, La Comtesse Aurélie, Blondel
Un Valet de Chambre
Le Maitre à danser.
La Comtesse Aurélie
Bon ! Monsieur Blondel, bonjour ; Je me vois au moment de paraître à la Cour ; Je voudrais avec vous faire mes révérences.
Blondel
Très volontiers, Madame.
La Comtesse Aurélie
Il est des convenances Que l'on doit observer, je pense, en pareil cas : Par exemple, Monsieur, je n'imagine pas Que la femme d'un Duc salue ainsi qu'une autre.
Blondel
Pardonnez-moi.
La Comtesse Aurélie
Comment un nom tel que le nôtre, Ne met à tout cela nulles distinctions ?
Blondel
Aucune, absolument.
Elle se met en place pour les révérences.
La Comtesse Aurélie
C'est singulier... Voyons. Monsieur Blondel, avant que la leçon commence, Dites au tabouret comment prend-on séance ?
Blondel
Madame... en s'asseyant, comme l'on fait partout.
La Comtesse Aurélie
Le cérémonial n'y change rien ?
Blondel
Du tout.
Elle se place pour les révérences.
La Comtesse Aurélie
Tout cela me paraît bien extraordinaire : Voilà bien les Français et leur tête légère ! De l'austère étiquette, adoucir les rigueurs, Et s'asseoir à la Cour, comme on s'assoit ailleurs ! Certes ! Sur ce point-là nous sommes bien en faute.
Il la fait plier, et très bas.
Blondel
Moins de décision ; la tête un peu moins haute.
La Comtesse Aurélie
C'est beaucoup trop Monsieur, croyez qu'il ne sied pas Aux femmes de mon rang de plier aussi bas.
Scène 6
Le Marquis de Saincenne, La Comtesse Aurélie
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ! Que fais-tu là, ma Comtesse Aurélie ?
La Comtesse Aurélie
Vous voyez ; aux saluts de Cour je m'étudie.
Le maître sort, et Lise aussi.
Le Marquis de Saincenne
C'est toujours fort bien fait je t'en sais gré vraiment ; Mais Monsieur reviendra dans un autre moment.
Scène 7
Le Marquis de Saincenne, La Comtesse Aurélie
Il montre le coeur.
Le Marquis de Saincenne
Viens ma chère Comtesse, approche ; et que ma joie Toute entière en ton sein se verse et se déploie : Père de deux enfants, je crois n'en avoir qu'un. Tant l'autre, humble, Bourgeois, au-dessous du commun, Dégénère par-là du sang qui l'a fait naître : Toi, dont le noble orgueil s'est toujours fait connaître, Tu vas - te pâmer d'aise en apprenant ici, Pour notre avancement combien j'ai réussi : Tu te crois bien heureuse avec ton mariage ; Pah ! Ce n'est rien, au prix de ce que j'envisage.
La Comtesse Aurélie
Quelque plus grand Seigneur sollicite ma main ? Est-il du sang de France, ou Prince Souverain! Vous n'avez qu'à parler, à tout je me résigne; Avec moi, le plus noble est toujours le plus digne.
Le Marquis de Saincenne
Écoute, mon enfant ; j'ai, depuis plus d'un jour, Le projet d'établir les Saincennes en Cour Toute illustration relève la noblesse. À servir mon dessein le Duc d'Alfort s'empresse ; Mon fils épousera sa fille un Régiment, La présentation, sont la dot.
La Comtesse Aurélie
Mais vraiment Ce double hymen me plaît, et sur nous il attire...
Le Marquis de Saincenne
À l'une et l'autre dot je ne pourrais suffire ; J'ai rompu ton hymen l'autre seul se fera.
La Comtesse Aurélie
Mon père !
Le Marquis de Saincenne
Vois combien ton nom y gagnera. N'es-tu pas, comme moi rejeton des Saincennes ? N'est-ce pas même sang qui coule dans nos veines ?
La Comtesse Aurélie
Tout comme il vous plaira mais chacun vit pour soi ; Et mon sang n'est mon sang, que lorsqu'il coule en moi. Du titre de Duchesse à mes yeux rehaussée, À toute ma maison, comme telle annoncée, Je... non mon père, non ; cela ne sera pas.
Le Marquis de Saincenne
Madame, s'il vous plaît, prenez le ton plus bas.
La Comtesse Aurélie
Vous prétendez, mon père
Le Marquis de Saincenne
Oui, je prétends, Madame, Dussiez-vous enrager dans le fond de votre âme, Je prétends ajouter à l'éclat de mon nom. Sachez sur vos devoirs vous faire une raison, Prendre les sentiments de mon état, du vôtre : Eh ! L'on vit dans les siens ; leur grandeur est la nôtre ; Serai-je Colonel en mariant mon fils ? Je n'en aime pas moins sa gloire ; j'en jouis. Au reste, ce serait une peine inutile De s'armer contre moi d'un esprit indocile : La parole est donnée, attendez en l'effet.
La Comtesse Aurélie
De tout notre pouvoir traversons ce projet.
Scène 8
Davon, Le Marquis de Saincenne
Davon
Vous l'aimez tant, Monsieur, que l'on conçoit à peine...
Le Marquis de Saincenne
Dès qu'il s'agit de rang, il n'est amour qui tienne ; Cet intérêt prévaut le reste n'est plus rien. Pour me supposer noble, eh ! J'ai donné mon bien ; Je me suis à prix d'or créé bon Gentilhomme, Et ma fille voudrait... Non, non ; qu'elle me nomme De tous les noms que peut le dépit suggérer ; J'aime beaucoup mon sang, mais c'est pour l'illustrer. Tout riche Financier fait, sa fille Duchesse ; Mais allier mon fils à la haute noblesse, En faire un Colonel, et le voir présenté ! De cet événement je suis si transporté... Davon, je ne me plains que d'une seule chose : Avec la dignité que mon état m'impose, Je n'ose ouvertement montrer mon âme à nu ; Et j'étouffe en dedans, d'un plaisir retenu. Je te dois tant d'honneurs.
Davon
À moi !
Le Marquis de Saincenne
Chose certaine : C'est toi qui m'indiquas le Baron de Saincenne ; De ses vieux parchemins ce Baron m'a fait part ; Et Stemmate, un beau jour, par un coup de son art, Établit sur ce nom ma généalogie.
Davon
Sur d'autres fondements je la voudrais bâtie ; Ce Baron a les moeurs d'un escroc usurier, Au premier qui le paie il se vend tout entier.
Le Marquis de Saincenne
Je voudrais qu'il vendît sa langue de vipère ; Je l'achèterais vite afin de m'en défaire. Un secret avec lui n'est point en sûreté : Avec un peu d'esprit et plus de vanité, Sans cesse tourmenté du besoin de médire, Il sacrifierait tout pour un mot qui fait rire. Aussi, tu vois Davon, tu vois si j'ai pris soin De tenir éloigné cet indiscret témoin ; Mon argent le consigne au fin fond de la France.
Davon
Il a mis à haut prix pareille résidence.
Le Marquis de Saincenne
Oh ! Je m'en débarrasse en le payant bien cher ; Dès qu'il veut venir ; crac, lettres de change en l'air : Il est si fort escroc, (quoique bon Gentilhomme ) Qu'il n'accuse jamais que le quart de la somme, Se réservant le droit d'en demander autant.
Davon
Monsieur, m'en croirez-vous ! Enrayez sur l'argent ; Ce mariage-ci va vous mettre en dépense.
Bas, d'un ton de confidence.
Le Marquis de Saincenne
Il faut bien cheminer suivant la circonstance Vas, vas, c'est à mon sens faire un marché très bon, De prodiguer son or pour acquérir un nom ; Et celui de Ducreux m'a causé tant de peine ! Je ne vis que depuis qu'on m'appelle Saincenne. Le titre de Marquis a pour moi tant d'appas, Que je me surprends seul, le répétant tout bas ; Je sens battre mon coeur sitôt qu'on le prononce ; Et dans les lieux publics, où, tout haut l'on m'annonce Je traîne, et reste-là, comme un homme perclus, Pour m'entendre appeler cinq ou six fois de plus.
Davon
Monsieur, l'argent s'en va ; je le vois avec peine.
Davon va chercher le Suisse.
Le Marquis de Saincenne
As-tu vu sur ma porte écrit hôtel Saincenne ?... Eh mon Suisse à propos je voudrais lui parler ; Il faut dans son emploi, tout d'abord l'installer.
Scène 9
Le Marquis de Saincenne
Le Marquis de Saincenne
Ceci, dans tout Paris, va faire un bruit du Diable : Oh ! Rien n'annonce mieux l'homme considérable...
Scène 10
Le Marquis de Saincenne, Un Suisse
Le Marquis de Saincenne
Il faut, de ce moment, vous établir là-bas... Pourquoi sans baudrier ? Cela ne me plaît pas Cela n'est pas décent : chacun, dès qu'il arrive, Doit voir de votre état la marque distinctive.
Un Suisse
Monsieur.
Le Marquis de Saincenne
Non pas Monsieur, mais Monsieur le Marquis : Monsieur le Comte, alors qu'il s'agit de mon fils ; Et ma fille en un mot, comme étant Chanoinesse, A droit de s'appeller Madame la Comtesse,
Un Suisse
Oui, Monsieur le Marquis.
Le Marquis de Saincenne
C'est fort bien parlé, bon ! Plus d'une fois le jour, montrez-vous au salon ; A l'heure du Courrier, cela va bien sans dire.
Un Suisse
Oui, Monsieur le Marquis.
Le Marquis de Saincenne
Allons, qu'on se retire.
Il sort.
Un Suisse
Avec empressement je ferai mon devoir.
Le Marquis de Saincenne
Le plus pressé toujours c'est de vous faire voir.
Scène 11
Le Marquis de Saincenne, Davon
Le Marquis de Saincenne
Il reste à prévenir mon fils sur notre affaire ; De l'humeur dont il est, elle va lui déplaire. Il ne peut pas souffrir de paraître au grand jour : C'est un pauvre sujet bien peu fait pour la Cour.
Davon
Au nom de Dieu ! Monsieur, n'en parlez pas de même ; Chacun, pour ses vertus, et le respecte, et l'aime ; Il est bon Officier, bon fils, bon citoyen.
Le Marquis de Saincenne
Des qu'il vit sans éclat, à mes yeux il n'est rien.
Davon
Monsieur, sur tous les points sa conduite est parfaite ; Ce jeune homme jamais n'a fait un sou de dette.
Le Marquis de Saincenne
Morbleu ! Qu'il me raine et qu'il me fasse honneur.
Davon
Vous savez si l'on doit estimer sa valeur, Et le trait qui l'a fait admirer à la guerre ; Sans lui son Régiment périssait.
Le Marquis de Saincenne
Belle affaire ! Et pour un tel exploit, dis, qu'a-t-il obtenu ?
Davon
Monsieur, est-ce sa faute ?
Le Marquis de Saincenne
Il veut vivre inconnu ; Il craint de se montrer chez lui c'est un système ; Il voudrait que l'on mît sa grandeur en soi-même : En soi-même qui diable irait la chercher là ? Certes ! je ne l'ai pas élevé pour cela. Dans ma fille et mon fils, j'ai su dès leur enfance, Fonder l'opinion de leur haute naissance : Des principes d'orgueil que je leur ai tracés, Ma Elle en a trop pris ; et mon fils pas assez. L'un et l'autre aujourd'hui me tiennent à la gêne... Allons, je veux écrire au Baron de Saincenne, Sur cet hymen du Comte et le moment d'après, Le Comte en recevra l'ordre le plus exprès.
Acte II
Scène 1
La Comtesse Aurélie
La Comtesse Aurélie
bon ! Tandis que ma tante intrigue, agit, manoeuvre, Manoeuvrons aussi, nous, et mettons tout en oeuvre. De la petite Hortease il faut bien nous aider ; Je n'aurai pas de peine à lui persuader De conserver un coeur que l'on veut lui soustraire : Sûrement elle aspire à la main de mon frère ; Dans sa prétention il la faut affermir... Je vais bien l'étonner en flattant son désir. Je la traitai toujours de manière assez dure ; Eh comme on doit traiter de noblesse à roture ; Surtout en prévenant tout air d'égalité : ( Ma mère est le seul noeud de notre parenté. ) Je vais en lui parlant, lui rendre un peu courage : Voilà sur ces gens-là, ce qu'on a d'avantage ; Dès qu'on leur fait accueil, ils en sont tous bouffis ; De la côte d'Adam ils s'estiment sortis.
Scène 2
La Comtesse Aurélie, Hortense
La Comtesse Aurélie
Ma petite cousine, approchez.
Hortense
Je m'empresse D'obéir à vos lois. Madame la Comtesse. Mais d'un titre si cher m'accordant la faveur, Depuis quand daignez-vous me faire cet honneur ? J'avais cru qu'en dépit d'une même origine, Vous ne trouviez pas bon qu'on fût votre cousine.
La Comtesse Aurélie
Oh ! La petite espiègle ! A-t-elle assez d'esprit ? Elle met de la grâce à tout ce qu'elle dit. Ce n'est pas tout encor ; voyez comme elle est belle ! L'homme le moins sensible en perdrait la cervelle : L'air, le ton, tout en elle est noble et gracieux ; En vivant à la Cour on ne serait pas mieux.
Hortense
Comment vous me gâtez ! Je n'y peux rien comprendre : Aurais-je par hasard quelqu'office à vous rendre ? L'intérêt quelquefois rapproche de bien loin ; La politesse alors est la loi du besoin : Parlez ; je suis très bonne, et surtout sans rancune.
Avec poids.
La Comtesse Aurélie
D'honnenr ce n'est point là la tournure commune ; On n'a point cet esprit, cette vivacité. Mon enfant vous serez femme de qualité.
Hortense
Moi ! Femme ! Oh ! Pour le coup ! En voici bien d'une autre.
En se parlant à elle-même.
La Comtesse Aurélie
Allons, ne faites point ici le bon apôtre ; Je sais que mon frère aime, adore vos appas. J'en mourrais de chagrin, s'il ne l'épousait pas.
Hortense
Le Comte m'épouser ! Quel rêve ! Quelle histoire !
La Comtesse Aurélie
Si c'est un rêve, au moins il est permis d'y croire, Ma petite, écoutez ceci n'est point un jeu ; Ma tante de Murcé vous donne son aveu.
Hortense
Vraiment ? Il n'en faut donc plus qu'un ; mais nécessaire.
La Comtesse Aurélie
Quel est-il ?
Hortense
C'est celui de Monsieur votre père : Peut-être, je pourrais vous dire aussi le mien.
La Comtesse Aurélie
Pour celui-là, j'y compte.
Hortense
En répondez-vous bien ?
La Comtesse Aurélie
J'en réponds.
Malignement.
Hortense
Eh bien ! Moi, pour un tel mariage, Je me trouve, à la fois, et trop folle, et trop sage : Trop folle ; mon humeur au Comte disconvient : Trop sage ; le devoir sous ses lois me retient. Lorsqu'aux bontés d'un oncle on doit son existence On lui doit bien aussi quelque reconnaissance ; Gêner ses volontés, serait mal en user ; J'aime mieux rester fille, et de tout m'amuser. Adieu, cousine, adieu ; je sens que je vous lasse : Malgré mon sot refus, conservez-moi de grâce, Les bontés dont j'ai fait un essai si charmant ; Faites que mon bonheur dure plus d'un moment.
Scène 3
La Comtesse Aurélie
La Comtesse Aurélie
La voilà bien contente oui, cela s'imagine Que je vais la traiter désormais de cousine ; Ce ton d'égalité ne subsistera pas. Éloignons-nous, mon père ici tourne ses pas.
Scène 4
Le Marquis de Saincenne, Le Comte
Ils s'assoient.
Le Marquis de Saincenne
Mon fils, asseyons-nous un moment ; prenez place... On vous a prévenu sur tout ce qui se passe ; Sans doute vous savez ce qu'on doit à l'honneur.
Le Comte
Je n'ai, pour le savoir, qu'à descendre en mon coeur.
Le Marquis de Saincenne
Je ne vous parle pas de l'être imaginaire Dont vous vous êtes mis en tête la chimère, Qui vous tourne l'esprit ; autre espèce d'honneur, Dont un rustre jouit ainsi qu'un grand Seigneur ; Je parle de l'honneur des grands, enfin du nôtre.
Le Comte
Celui-là, selon vous, est donc plus vrai que l'autre ? Moi, j'en juge autrement jamais L'orgueil humain Ne put accréditer un préjugé plus vain Que celui qui, fondé sur un droit de naissance, D'un homme à son semblable a mis tant de distance. Ce préjugé fatal, chez les humains admis, En livre un au respect, et dix mille au mépris. Est-ce ainsi qu'il fallait endoctriner les hommes ? De tant de passions, vains jouets que nous sommes ! On nous veut, à mal faire, encor autoriser ; On nous donne le droit de nous mieux mépriser. J'en parle sans humeur, vous le sentez, mon père ; Le sort m'a bien traité s'il m'eût été contraire, Ou dirait que des grands repoussant la hauteur, Mon orgueil roturier veut se venger du leur ; Non, c'est l'humanité que je plains ; c'est pour elle Que je parle ; on lui fait une injure cruelle, Pair ces distinctions que l'on veut maintenir : Un sot de qualité pourra tout obtenir ? Et l'homme de talent, enfant de la nature, Reste seul accablé du poids de sa roture ; Il sent flétrir en lui d'inutiles vertus ! Et vous approuveriez de semblables abus ?
Le Marquis de Saincenne
Sans les justifier, je pourrais vous répondre, J'en profite ; mais, non ; je prétends vous confondre. Ce que vous appelez un préjugé si vain, Est un sentiment vrai, né dans le cceur humain. Tous les peuples, ceux même, et de Grèce et de Rome, Ont su le cas qu'on doit faire d'un Gentilhomme : Votre grand Cicéron, lui-même, le premier, N'eut-il pas à rougir d'être né roturier ? La noblesse est un don que partout on révère On tient compte aux enfants de ce que fut leur père.
Le Comte
Fort bien : je n'y vois plus qu'un léger embarras ; On leur tient compte aussi des vertus qu'ils n'ont pas : Leur père en eut pour eux ; il se rendit illustre ; Ses enfants, de son nom ternissent tout le lustre, Et leur mépris pour tout ce qui n'est pas titré, S'autorise du nom qu'ils ont deshonoré. Pour abaisser l'orgueil d'une race si fière, Je les renvoie à ceux dont la vertu première Jetta de leur grandeur le fondement heureux : Ces pères rougiraient de fils indignes d'eux ; Ils leur disputeraient leur gloire imaginaire : Eh bien ! Ce qu'ils feraient, ma raison l'ose faire.
Le Marquis de Saincenne
Plus le noble a de droits, plus on doit s'applaudir D'être du nombre heureux ; plus il faut s'aggrandir, Et par ses soins actifs rehausser sa noblesse : Oui, partout où la force écrase la faiblesse, Je craindrai d'être faible.
Le Comte
Eh ! Que concluez-vous De ce raisonnement !
Le Marquis de Saincenne
Je conclus, entre nous, Que vous devez bénir l'hymen qu'on vous propose.
Le Comte
Les biens de pur éclat som pour moi peu de chose ; Je tiens à mon bonheur, à mon repos ; je tiens Au sentiment qui doit former de tels liens.
Le Marquis de Saincenne
Vous voulez que par goût, estime, sympathie, Ainsi qu'un roturier, un noble se marie ? Mais c'est mettre ici bas, tout sans-dessus-dessous. Laissez au roturier son estime et ses goûts : L'homme de cet état n'a rien de mieux à faire ; Mais nous, notre grandeur est notre unique affaire : Estime, aime, qui peut ! Pour l'honneur de mon nom, Je m'associerais, moi, la plus sotte guenon.
Le Comte
L'honneur gagne beaucoup à de tels mariages ! Les séparations renversent les ménages ; Les enfants élevés dans ces discors honteux, Rendent à leurs parents ce qu'ils ont appris d'eux, La haine et le mépris la race ainsi s'altère ; Le vice est d'un grand nom la tache héréditaire. Ah qu'un sage hyménée a bien plus de douceur ! Le sentiment y vit sous les lois du bonheur ; Et ce bonheur transmis, descend de race en race ; Voilà la vérité, mon père quoiqu'on fasse, En dépit de l'orgueil et des prétentions, La nature survit à nos conventions, Et qui veut la goûter, en soi n'a qu'à descendre.
Le Marquis de Saincenne
Sans un dépit mortel, je ne saurais l'entendre ; Et de mon sang formé, je ne sais pas comment... Ah ça ! Tiens, réponds-moi bien naturellement : Quoi l'honneur de montrer à la Cour les Saincennes, Ne fait pas pétiller tout ton sang dans tes veines ?
Le Comte
Sans nulle émotion vous m'y voyez penser.
Le Marquis de Saincenne
Caractère rampant qu'on ne peut rehausser ! Vas, tu seras toujours l'opprobre de ma vie.
Le Comte
Un fils qui vous respecte, hélas ! Vous humilie ! Un fils qui n'a jamais cessé de vous chérir ! Un fils, dont les devoirs sont le plus doux plaisir !
Le Marquis de Saincenne
La noble dignité du coeur t'est étrangère.
Le Comte
Permettez à ce mot, je répondrai, mon père. Je manque, dites-vous, de noble dignité ? Eh mais, ce sentiment est tout de mon côté. Qui, de vous, ou de moi lorsqu'un grand se présente, Sait mieux mettre à son point la hauteur imposante ? Fuit plus ces petits soins qui, dès lors qu'on les rend, D'infériorité sont un signe apparent ? Mais votre intention me semble mal remplie ; Eh ! Du matin au soir votre orgueil s'humilie ! Le mien marche d'un pas plus ferme et plus égal ; L'infériorité sans doute, lui sied mal ; Il ne domine rien et rien ne le domine : Je suis auprès des grands, l'usage et la routine, Et descends avec goût jusqu'à l'inférieur : Voilà ma dignité je la porte en mon coeur. Quant au projet d'hymen qui paraît tant vous plaire, Mon père il en est un bien plus facile à faire, Qui de vos deux enfants comblerait tous les voeux, Qui, tous deux, les rendrait également heureux. Permettez que ma soeur...
Le Marquis de Saincenne
Saincence, plus d'instance.
Le Comte
Mon père.
Le Marquis de Saincenne
Encore un coup, c'est trop de résistance.
Le Comte
À ce que vous voulez, il faut bien consentir ; Plaignez-vous donc d'un fils qui ne sait qu'obéir.
Le Marquis de Saincenne
Moi, me plaindre de toi ! J'aime ton caractère, Tes vertus et j'en ai la preuve la plus chère. Crois moi, c'est ton bonheur que tu viens d'accepter : À l'éclat des grandeurs on ne peut résister : C'est en les possédant qu'on s'en laisse séduire ; Tu me remercieras d'avoir su t'y conduire ; Vas te parer un peu ; j'attends le Duc d'Alfort ; Sa fille est adorable, et tu lui plairas fort : Demande - tout mon bien : du Marquis de Saincenne ; Il n'est rien, il n'est rien que ton amour n'obtienne,
Scène 5
Le Marquis de Saincenne, Davon
Le Marquis de Saincenne
Il accepte, Davon ; il va se marier.
Davon
À sa soumission vous n'osiez vous fier; Vous pensiez qu'il faudrait lui faire violence, Et vous avez d'un mot vaincu sa résistance.
Le Marquis de Saincenne
Oui, je le jugeais mal ; il a beaucoup de bon ; Et son courage est fait pour porter loin son nom : Je rappelle à présent ce qu'il fit à la guerre ; C'est l'acte distingué d'un brave militaire : Avec tant de valeur, et l'argent à la main, Un Gentilhomme est sûr de faire son chemin... Sais-tu depuis qu'il est l'honneur de ma famille, Je sens que je n'ai plus tant de goût pour ma fille. J'enrage de lui voir pratiquer mes leçons, Et s'armer contre moi de mes propres raisons. Lui, depuis qu'il souscrit à l'hymen, je te jure Que je lui vois déjà toute une autre tournure... Tu n'imagines pas tout ce que mon coeur sent ; C'est au point d'en rougir ; je suis comme un enfant : Ma joie est en dedans, et si grande et si vive, Que je voudrais tout haut conter ce qui m'arrive ; Jamais un Duc et Pair ne m'a paru si grand.
Davon
Il faudrait en public, vous contenir pourtant.
Le Marquis de Saincenne
En bien ! Aide-moi donc ; tire-moi par la manche, Quand je montre une joie et si vive et si franche.
Scène 6
Davon, Le Marquis de Saincenne
Davon
Que veulent ces gens-ci qui vous dit de monter ?
Tandis qu'on place les tableaux, le Marquis, marchant à grands pas sur le devant du théâtre.
Avec transport.
Le Marquis de Saincenne
Ce sont de vieux portraits que j'ai fait apporter, Et que j'ai ramassés dans des fonds de boutiques. Je me fais des aïeux de ces minois gothiques. J'ai soin de les choisir, tous, aux fronts balaffrés, Tous, d'un costume antique, et d'ordres décorés ; J'y fais mettre mon nom, et leur noble effigie Servira d'ornement à cette galerie ; J'y recevrai le Duc : fais ranger ces portraits, Et par ordre de date, elle est marquée exprès. Colonel ! Présenté ! De grandes alliances ! Que pourrait désormais borner mes espérances ? Mon fils peut s'égaler à tous nos grands Seigneurs Des rubans, vert et bleu, revêtir les couleurs. Au fait, c'est un beau nom que celui de Saincenne ; L'ambition du Duc échauffera la sienne : Et puis, l'ambition, cela vient en un jour ; Tel qui n'en eut jamais, en acquiert à la Cour... Il faut en convenir, il est doux d'être père Lorsqu'un fils gentilhomme, ainsi perce et prospère Ah ! Dame ! La nature alors parle : comment ! Elle parle ! Elle crie : ah ! Quel heureux moment !... Chut ! Si Davon eût vu ce transport d'allégresse, C'eût bien été le cas du signal de sagesse.
Davon
Monsieur veut-il venir regarder ses tableaux ?
Le Marquis de Saincenne
À merveille ! Fort bien ! Ces ornements nouveaux Sont d'un très bon effet ; ils parent ces demeures.
Scène 7
Un Valet de Chambre, Duc, Le Marquis de Saincenne
Un Valet de Chambre
Monsieur le Duc d'Alfort.
vers la coulisse
Duc
Mon carosse cinq heures. Bonjour mon cher Marquis ; je ne connaissais pas Cet appartement-ci.
Davon s'approche de lui, et le tire par la basque pour l'avertir.
Le Marquis de Saincenne
L'on travaille là bas ; La lambrissure était presqu'à moitié détruite ; Et puis, ma foi par goût, c'est ceci que j'habite ; Les Saincennes sont là tous, peints de père en fils ; J'aime mieux ces portraits que les plus beaux lambris.
Le Marquis de Saincenne
Ma foi ! Monsieur le Duc, écoutez de tels hommes, Illustres avant nous, nous font ce que nous sommes.
Scène 8
Un Valet de Chambre, Duc, Le Marquis de Saincenne
Un Valet de Chambre
Monsieur, votre Intendant demande à vous parler.
Duc
Permettez-vous ?
Le Marquis de Saincenne
Qu'il entre.
Duc
Où bien je vais aller...
Le Marquis de Saincenne
De la cave au grenier, du Maître jusqu'au Suisse, Tout l'hôtel de Saincenne est à votre service.
Duc
De tant d'honnêteté je n'abuserai pas.
Le Marquis de Saincenne
Ce Suisse, s'il montait, ce serait bien le cas : Le Duc, sans l'observer, aura passé, peut-être.
Scène 9
Un Valet de Chambre, Le Marquis de Saincenne, Stemmate, Clenard, Duc
Un Valet de Chambre
Monsieur Stemmate.
Le Marquis de Saincenne
Ah ! Ah ! Bonjour donc mon cher maître.
Stemmate
Votre Suisse m'a presque empêché de monter.
Le Marquis de Saincenne
Vous avez très bien fait de ne pas l'écouter. Tous ces animaux-là sont des bêtes de somme ; C'est le milieu tout juste entre la brute et l'homme. Les gens de qualité, sur ma foi sont bien fous : Les plus simples bourgeois sont mieux servis que nous : Qu'y faire ? C'est l'usage, il faut bien y souscrire.
Stemmate
Mon ami, j'ai deux mots très pressés à vous dire.
Le Duc s'assied sur le devant du théâtre, l'un des coins, le Marquis, au coin opposé Clénard est debout, appuyé sur le fauteuil du Duc, et tournant le dos au Marquis ; Stemmate est assis tout auprès du Marquis, et tournant le dos au Duc. Toute cette scène doit, des deux côtés être jouée à demi-voix.
Le Marquis de Saincenne
Tenez, Monsieur le Duc, avec Monsieur Clénard, Établissez-vous là, seul, tranquille, à l'écart ; Rien, je vous en réponds, ne viendra vous distraire Je vais, de mon côté, m'occuper d'une affaire.
Clenard
Je dois à Monseigneur montrer ce qu'on m'écrit.
Duc
En ! Sur quoi ?
Il remet une lettre au Duc, qui la lit.
Clenard
Sur l'hymen dont le projet vous rit; L'écrit n'est pas signé.
Stemmate
Cette lettre anonyme, Mon cher et tendre ami, rabat de mon estime Pour l'hymen dont j'avais secondé le projet.
Duc
Cette lettre me peint comme un mauvais sujet, Le gendre dont je vais embâter ma famille ; Par ma foi ce sera l'affaire de ma fille. Dans cette union-là, je vois beaucoup d'argent, Je dis, d'argent pour moi ; mon état est urgent. Depuis assez longtemps mes biens sont en déroute : Faire ce mariage ou faire banqueroute, Il n'est pas de milieu, j'opte pour le contrat.
Le Marquis de Saincenne
Comment ! De cet écrit vous faites quelque état ! Oh bien ! Je suis plus brave, il n'a rien qui m'arrête : Ma bru sera, dit-on, une mauvaise tête ; On ne pourra jamais en rien la réformer ; C'est à faire à mon fils de la faire enfermer : Eh ! Que m'importe à moi tout ce que j'envisage, C'est l'éclat que doit faire un pareil mariage. Allons il ne faut pas un moment balancer ; La Cour, un Régiment, il s'agit de percer.
En pesant beaucoup sur ces derniers mots.
Clenard
Mais, Monseigneur, ces gens sont de basse roture ; Ce n'est qu'à prix d'argent qu'ils font quelque figure Et le grand-père était rat-de-cave à Béziers.
Duc
Tant mieux ! Plus ils seront d'ignobles roturiers, Plus nous les trouverons empressés à conclure ; Et plus je leur vendrai ma fille avec usure.
Stemmate
Sur un fait important prenez votre parti ; Le Duc est ruiné, je vous en averti.
Le Marquis de Saincenne
Tant mieux je suis alors son unique ressource ; Mon ami, je le tiens, comme on dit, par la bourse.
Clenard
Mais ce prétendu noble affecte les grands airs ; Il veut représenter comme vos Ducs et Pairs: Chacun est révolté du grand ton qu'il affiche.
Duc
Tant mieux qu'il soit prodigue, alors qu'il est si riche : Ne voudriez-vous pas qu'il fût ladre et vilain ? Je ne tirerais pas un écu de sa main.
Stemmate
Le Duc d'Alfort, sur rien n'a de principe ferme ; C'est un de nos roués dans la force du terme.
Le Marquis de Saincenne
Tant mieux ! À ces gens-là, fargent lient lieu d'honneur ; Et les roués de Cour ne m'ont jamais fait peur.
Clenard
Si bien que, Monseigneur, sur tout obstacle passe ?
Duc
Oui puisons dans la bourse et pour le reste, grace ;
Stemmate
Tout, ce que je vous dis ne vous arrête pas ?
Le Marquis de Saincenne
Non, je flaire la Cour et redouble le pas.
Duc
Clénard, il ne faut pas qu'ici, de ma déroute On ait quelque soupçon, pas le plus léger doute : Allons mon cher Clénard, mon très digne intendant. Vous êtes, de mes biens, l'unique répondant ; Songez qu'il faut en rendre un brillant témoignage ; Mentez fort.
Clenard
Monseigneur m'a fait à ce langage.
Duc
Restez ; vous me direz riche comme Crésus.
On se lève, et tout le monde se rapproche.
Le Marquis de Saincenne
Vous sentez mes raisons ; il se peut, au surplus, Que ton discute ici quelques droits de naissance ; Et votre avis sera d'une grande importance : Restez ; vous me direz noble comme César.
Duc
Je crains, mon cher Marquis, devoir manqué d'égard. Pardon.
Le Marquis de Saincenne
Vous vous moquez ; liberté pleine, entière.
Duc
On ne peut sur son bien avoir trop de lumière : Je voulais de la dot assurer mieux les fonds.
Le Marquis de Saincenne
Nos enfants nous ont bien des obligations ; D'un titre encor obscur j'examinais la date ; Et par les soins heureux de mon ami Stemmate...
Scène 10
La Comtesse Aurélie, Le Marquis de Saincenne, Le Comte, Duc
La Comtesse Aurélie
Sachons ce qu'aura fait ma tante de Murcé ; Voyons si notre espoir s'est un peu rehaussée
Le Marquis de Saincenne
Voici le Comte ; il vient saluer son beau père.
Le Duc doit être placé entre le père et le fils ; et le vieux Saincenne inspecte son fils et l'interrompt : sans cesse.
Le Comte
Je sens comme je dois, l'honneur qu'il veut me faire,
À part.
Le Marquis de Saincenne
Son plaisir est si grand qu'il n'ose le montrer. Si ce n'est lui, c'est moi.
Le Comte
L'on pouvait différer La célébration de l'hymen qui s'apprête.
Le Marquis de Saincenne
Qu'on différât d'un jour, il en perdrait la tête.
Le Comte
Plus d'examen souvent previendrait bien des maux.
Le Marquis de Saincenne
De nos vieux Chevaliers il a tous les propos ; Comme il est de la race, il en suit les usages.
Le Comte
Mon père a stipulé pour tous nos avantages ; Je stipule pour ceux qui dépendent de moi. Douceur, égalité, candeur et bonne-foi. Le contrat, je le sais, n'admet point telle clause ; Mais si le vrai bonheur compte pour quelque chose, Ce sont là des trésors utilement acquis ; Et la rareté même y met un nouveau prix.
Le Marquis de Saincenne
Le Comte, comme on voit, suit encor le vieux style ; Les Saincennes sont tous faits ainsi.
Duc
Difficile Qui s'en plaindrait ! Je l'aime, et je l'estime fort : On se ressent toujours de ceux de qui l'on sort.
On entend des fouets de poste.
La Comtesse Aurélie
La rage de l'hymen est en eux bien ancrée ; Ces gens se marieront malgré vents et marée.
Le Marquis de Saincenne
Qu'est-ce que j'entends ! Ho ! Quelqu'un ! Voyez là bas, Ce qui peut dans ma cour causer tant de fracas.
Scène 11
Davon, Le Marquis de Saincenne, Duc
Davon
Le Baron de Saincenne, ici vient de descendre.
Le Marquis de Saincenne
Le Baron !
Davon
Tout le bruit que vous venez d'entendre, C'est lui seul qui le cause.
Le Marquis de Saincenne
Oh ! Le dur contretemps ! Je crains de ce railleur les propos insultants.
Duc
Quel est donc ce Baron ?
Le Marquis de Saincenne
Un parent de Province Un peu rustre, et bavard ; un sujet assez mince.
Scène 12
Le Baron de Saincenne, Le Marquis de Saincenne, La Comtesse Aurélie, Le Comte
Il dit en riant les derniers mots.
Il les regarde met le nez.
Il rit.
Le Baron de Saincenne
Bonjour, cousin, Bonjour, tu ne m'attendais pas : Que veux-tu mon ami ? Sur ma foi ! J'étais las De me voir éloigné de toute ma famille. Ah ça ! Fais moi connaître et ton fils et ta fille ; Sans doute, ces Messieurs sont des cousins aussi, Cousins, cousins partout.
Le Marquis de Saincenne
Non ; vous voyez ici Monsieur le Duc d'Alfort ; un Duc et Pair de France, Avec qui nous allons contracter alliance.
Le Baron de Saincenne
Comment quelqu'un des tiens va-t-il se marier ?
Le Marquis de Saincenne
Oui.
Le Baron de Saincenne
J'arrête les bans, prêts à se publier.
La Comtesse Aurélie
Bon !
Le Comte
Tant mieux !
Le Marquis de Saincenne
Pourquoi donc ?
Le Baron de Saincenne
J'ai mes projets en tête, Qui pourraient bien chez toi servir de trouble-fête. Du fond du Périgord, en poste ici j'accours, Crevant tous les chevaux ; je n'ai mis que trois jours. Tandis que pour venir, je payais double guide, Je vois que tu courrais toi-même à toute bride : Peste ! Quel train tu vas ! D'un hymen si prochain Tu ne m'instruisais pas, moi, ton noble cousin !
Le Marquis de Saincenne
La lettre allait partir.
Le Baron de Saincenne
Oh, bien bien quelle reste.
La Comtesse Aurélie
L'heureux événement !
Le Marquis de Saincenne
Le contretemps funeste !
Scène 13
Un Maitre d'Hotel, Le Marquis de Saincenne
Un Maitre d'Hotel
Ces Messieurs sont servis.
À part.
Le Marquis de Saincenne
Monsieur le Duc, passons. J'ai bien peur d'essuyer le plus grand des affronts.
Acte III
Scène 1
Le Marquis de Saincenne, Davon
Le Marquis de Saincenne
Jamais à mon avis, repas n'a tant duré Davon, j'en sors à jeun, comme j'étais entré.
Davon
Eh ! pourquoi donc, Monsieur ? Qu'est-ce qui vous arrive ?
Il s'éloigne et revient.
Il sort.
Le Marquis de Saincenne
Ce Baron, que j'avais tout droit en perspective, Par ses méchants dictons coup sur conp répétés, Retenait en suspens toutes mes facultés. Je voulais contenir sa pétulante joie ; De l'oeil je l'arrêtais, comme un chien fait sa proie. Pour occuper aussi son gourmand appétit, Il n'est morceau friand que ma main ne choisit ; Pah ! Causeur importun, et glouton parasite, De l'un et l'autre rôle à la fois il s'acquitte : Il fait feu de la langue aussi bien que des dents. J'enrage la faim ; oui, je m'en vais là-dedans, D'un verre de rota sustenter ma faiblesse. Toi, si le Baron vient tâches avec adresse, De savoir le dessein qui l'amène à Paris ; Dis lui, surtout, qu'il traite un peu mieux ses amis : À sa rapacité lorsque je m'abandonne, Qu'il tire sur ma bourse, et non sur ma personne. À propos ! Conçois-tu ce que disent tout bas, Le Duc et l'Intendant ; ils n'en finissent pas De tous ces pourparlers, mais qu'elle est donc la cause ? Je crains que l'Intendant n'ait appris quelque chose, Qu'on n'ait de ma naissance au moins quelque soupçon ; D'avance, je m'en prends à ce chien de Baron : Oui, sa présence seule est un mauvais augure ; Je crois voir mon malheur écrit sur sa figure. Puissé-je en l'éloignant, parer mon déshonneur !
Scène 2
Davon
Davon
Si c'est pour son plaisir qu'on se fait grand Seigneur, Je trouve à ce calcul, pour moi, bien du mécompte. Que leur en revient-il ? Moins d'honneur que de honte. Qui veut mentir ainsi sert mal son intérêt ; Le plus sûr est, je crois, de rester ce qu'on est.
Scène 3
Le Baron de Saincenne, Davon
Le Baron de Saincenne
Où donc est le Marquis ?
Davon
Daignez ici l'attendre; Et tout en l'attendant, veuillez, Monsieur, m'entendre. Puis-je vous demander, sans vous faire aucun tort, Ce qui vous fait soudain quitter le Périgord.
Le Baron de Saincenne
De la part du Marquis, Davon ici me sonde.
Davon
Vos intentions ?
Le Baron de Saincenne
Moi les meilleures du monde : Chez vous tout est en noce, et prêt à s'égayer ; Un violon de plus ; je viens me marier.
Davon
Vous marier ! À qui ?
Le Baron de Saincenne
Mais, dans le fond de l'âme, Je tiens plus à la dot, encore qu'à la femme ; Pourtant ta chanoinesse est un friand morceau ; Son grand oeil est si tendre et son regard si beau ! Je la vois me lorgner, et ce soin là me touche : Je crois que j'en ferai ma compagne de couche : Je l'emmène au pays ; nous nous convenons fort : Ce sera la beauté de tout le Périgord.
Davon
Serait-ce par hasard la Comtesse Aurélie Dont vous parlez ainsi
Le Baron de Saincenne
De qui donc je te prie ? La fille de Saincenne, ou je n'y comprends rien : Est-elle aussi Comtesse ? Allons, je le veux bien Et Comtes et Marquis, chez vous naissent en foule : Vous en tenez fabrique ; Eh ! Vous avez le moule, Et notre cher cousin n'y plaint pas la façon. Si bien donc que changeant de titre, et pas de nom, Ta Comtesse bientôt deviendra ma Baronne. Tu goûtes ce projet ? Il n'a rien qui t'étonne ? Toi qui sais nos secrets, tu sais qu'un tour de main, De Ducreux roturier, fit un jour mon cousin : Un nouveau tour de main en fera mon beau-père ; Quelques cent mille écus arrangeront l'affaire.
Davon
Ne parlez pas d'argent je vous en conjure.
Le Baron de Saincenne
Ouais ? Monsieur Davon ! C'est le cas d'en parler où jamais. Ton d'Alfort me paraît un écumeur de bourses ; Sur celle du Marquis il fonde ses ressources. Qu'un grand Seigneur consente à se mésallier, On est bien sûr qu'il a des dettes à payer. Le Marquis, à coup sûr, va signer sa ruine ; Et puisqu'à ce parti, comme un sot il incline, Tope ; moi, j'y consens ; mais, à parler sans fard, Je dois bien du pillage avoir aussi ma part. Tiens ; nous rédigerons en commun les articles, Et pour y voir plus clair, je mettrai mes besicles : Tu riras ; il n'est Clerc foncé dans son état, Qui sache comme moi minuter un contrat... Ne vois-je pas vers nous, venir la Chanoinesse ?
Scène 4
La Comtesse Aurélie, Le Baron de Saincenne
Haut.
La Comtesse Aurélie
Je puis, sans me manquer, faire ici politesse ; Cet homme est de mon rang, et j'ai besoin de lui : Sachons habilement nous en faire un appui. Vous venez du pays où fleurit notre race ; Ah Monsieur le Baron ! Ah ! Parlez m'en de grâce ! Je voudrais, pour beaucoup, avoir vu de mes yeux, Cet antique berceau de mes nobles aïeux : C'est là que ma maison jette son plus grand lustre ; Ici, j'en aime en vous, le rejetton illustre. On n'a rien de si cher que les gens de son nom : Cet intérêt, chez moi, tient de la passion.
Le Baron de Saincenne
De la passion !
La Comtesse Aurélie
Oui ; je le répète encore, On se tient par le nom, quand le nom nous honore : S'appartenir ainsi, c'est l'attribut des grands ; Et c'est nous que Dieu fit pour avoir des parents.
Le Baron de Saincenne
Vous paraissez bien forte en généalogie.
La Comtesse Aurélie
Ce goût-là va, chez moi, jusques à la manie ; Des plus grandes maisons, juste, à point, je dirais L'époque et l'origine à deux ou trois jours près.
Le Baron de Saincenne
Peste ! Et dans ce travail vous avez je l'espère, Suivi tous les dégrés de Monsieur votre père ?
La Comtesse Aurélie
En doutez vous ? Malheur à tout homme nouveau, Qui sorti du comptoir, ou du fond d'un bureau, Croit son nom décrassé par sa grande richesse, Antidate de loin sa moderne noblesse, Et peuple un Régiment, de marmots d'Officiers, Appellés tous, Marquis, Comtes ou Chevaliers : Il faut, de ces Messieurs, que l'orgueil en rabatte ; Et leurs titres, par moi, sont mis, juste, à leur date.
Le Baron de Saincenne
Pah ! Votre austérité fait bien grâce à quelqu'un.
La Comtesse Aurélie
Non, non point de quartier ; je n'en épargne aucun.
Le Baron de Saincenne
J'estime ce courage il tient du philosophe : Mais du vrai noble, en vous, pour renforcer l'étoffe, Peut-être peu d'hymen...
La Comtesse Aurélie
Je venais pour cela.
Le Baron de Saincenne
Je vous ai devancée, et tout est faitd éjà.
La Comtesse Aurélie
Fait ! Quoi ! Vous saviez donc...
Le Baron de Saincenne
Oui, de rien je n'ignore.
La Comtesse Aurélie
Mon père a-t-il déjà consenti ?
Le Baron de Saincenne
Pas encore ; Mais je réponds de lui tout autant que de moi.
La Comtesse Aurélie
Je ne puis exprimer tout ce que je vous dois ; Car mon bonheur, enfin, tient à cet hyménée.
Le Baron de Saincenne
Vrai trésor de mon coeur ! - Mais, vois, la destinée Qui veut qu'à point nommé je quitte Périgueux, Pour m'en venir, en poste, acquiescer à tes voeux !
La Comtesse Aurélie
Quel est ce tutoiement apostrophe pareille, Ne s'est pas faite encor entendre à mon oreille.
Le Baron de Saincenne
Tu t'y feras, petite ; on s'accoutume à tout. Quand j'aurai de plus près intéressé ton goût...
La Comtesse Aurélie
Encor un coup, Monsieur, réformez ces manières.
Le Baron de Saincenne
C'est ce petit nez-là qui les rend familières.
La Comtesse Aurélie
Je n'y tiens pas, je vais chercher mon père.
Le Baron de Saincenne
Lui ! Tu te crois donc bien forte avec un tel appui ?
La Comtesse Aurélie
Il sait ce qu'en me doit ; et sa dignité fière N'entend pas raillerie en pareille matière.
Le Baron de Saincenne
Du respect pour son sang, il me tient acquité ; Ce gentilhomme-là me traite avec bonté. Bien loin qu'il te soutienne en ton humeur farouche, Je m'en vais parler... Les honneurs de ta couche, Que je lui fais signer tout ce que je te dis.
La Comtesse Aurélie
Je gage le contraire.
Le Baron de Saincenne
Eh bien tiens le voici : La rage dans le coeur, vas lui porter ta plainte.
Scène 5
La Comtesse Aurélie, Le Marquis de Saincenne, Le Baron de Saincenne
La Comtesse Aurélie
À vos droits les plus chers, mon père, on porte atteinte, Monsieur vient de manquer au respect qui m'est dû.
Le Marquis de Saincenne
Lui ! Du respect pour vous ! Loin qu'il y soit tenu, Vous-même lui devez égards et déférence.
Le Baron de Saincenne
Petite fille ! Allons ! Faites la révérence. Eh ! Tu vois bien mon coeur ; je te l'avais prédit.
Haut.
La Comtesse Aurélie
Je crois rêver ceci me confond, m'interdit. Comment ! Vous supportez que sans autre formule, D'un ton impertinent, autant que ridicule, Il me parle d'hymen, et qu'un aveu grossier S'accompagne chez lui du geste familier ?
Le Marquis de Saincenne
La formule n'est rien le geste pas grand chose ; Et je suis très flatté de ce qu'il vous propose.
La Comtesse Aurélie
À quel titre, Monsieur, s'est-il acquis des droits, Un empire absolu, qu'à peine je conçois ?
Le Marquis de Saincenne
Laissez c'est entre nous affaire d'étiquette ; Il est la branche aînée, et je suis la cadette.
Le Baron de Saincenne
Et ce qui plus ajoute à l'aveu qu'il te fait, C'est que l'aîné, de loin, devança le cadet.
La Comtesse Aurélie
Je demeure immobile, et n'y peux rien comprendre.
Le Baron de Saincenne
Nous en aurions bien long, là dessus, à t'apprendre : Vas, vas, si tu savais tout ce que nous savons !
Le Marquis de Saincenne
Suffit qu'il est le chef, et que nous lui devons.
La Comtesse Aurélie
Moi devoir à Monsieur !
Le Baron de Saincenne
Ma superbe cousine ! Crois donc ce qu'on te dit, et fais moins la mutine. Je suis un malin peste, et tels de mes parents, Se sont vus devant moi de bien petites gens ; Demande au cher papa ; est-il pas vrai Saincenne ?
Le Marquis de Saincenne
Le Baron vous dit vrai.
La Comtesse Aurélie
Cela se croit à peine : Il le faut avoir vu. Ce Monsieur le Baron Nous ferait roturiers, qu'on ne dirait pas non.
Scène 6
Dimanche, Le Marquis de Saincenne, Le Baron de Saincenne, La Comtesse Aurélie
Dimanche
Des portraits enlevés du fond de ma boutique, Et chez vous apportés, Monsieur, j'en revendique Un qui n'est pas du compte, et je l'affirme encor, Que je ne vendrais pas, fût-ce son pesant d'or : C'est celui de mon père.
Le Marquis de Saincenne
Hein ! Que voulez vous dire ? Je ne vous connais pas ; sortez d'ici.
Dimanche
J'admire Que vous ne vouliez pas me connaître, en effet Eh ! Vous-même m'avez demandé le secret...
Le Marquis de Saincenne
Maraud, je te ferai chasser par les épaules.
Le Baron de Saincenne
Hon ! J'entrevois ici quelque tour des plus drôles.
La Comtesse Aurélie
Un parent de Province il faut avoir raison.
Dimanche
Comment !...
Le Marquis de Saincenne
Veux-tu sortir ?
La Comtesse Aurélie
Un tel outrage ! Oh ! non ; J'en mourrais, s'il fallait l'endurer.
Dimanche
Ça ! J'espère Que l'on me permettra de remporter mon père.
Le Marquis de Saincenne
Ma fille, éloignez-vous.
Le Baron de Saincenne
Le Marquis est aux champs.
La Comtesse Aurélie
Me manquer de la sorte !
Ils entrent tous.
Le Marquis de Saincenne
Holà oh tous mes gens Vite ! Que ce maraud de chez moi déguerpisse.
Il aperçoit le portrait de son père et y court.
Il lit l'inscription du portrait.
Les gens l'entraînent hors du théâtre, toujours criant et pestant.
Dimanche
Soit ; mais j'ai contre vous mon recours en justice. Mon pauvre père ! Eh bien le voilà justement ! Tenez ; ils m'en ont fait un carême-prenant. La belle mascarade ! Oui ! Le casque et l'armure ! Il était cent fois mieux sous son habit de bure. César-Timoléon de Saincenne ? non, non ; Boniface Dimanche : eh ! Voilà son vrai nom.
Le Baron de Saincenne
S'il eût continué, je mourais sur la place.
Elle sort.
La Comtesse Aurélie
Bon ! J'avise un moyen de punir son audace.
Scène 7
Le Marquis de Saincenne, Le Baron de Saincenne
Le Marquis de Saincenne
Oui ; riez, riez donc.
Le Baron de Saincenne
Mais dame que veux-tu ? Il faut bien s'égayer, puisque tu l'as voulu. Toi seul t'es attiré cette lourde disgrâce. Faire d'un fripier borgne, un des chefs de ma race ! Sois sûr que le Public en rira comme moi ; Car ceci fera bruit, ainsi que je le crois : Et vienne le procès...
Le Marquis de Saincenne
Oh ! ça ! Changeons de thèse ; Voulez-vous m'obliger ?
Le Baron de Saincenne
Oui dà.
Le Marquis de Saincenne
Montez en chaise, Et retournez aux lieux d'où vous êtes venu.
Le Baron de Saincenne
En Périgord ?
Le Marquis de Saincenne
Tout droit.
Le Baron de Saincenne
À qui Diable en as-tu ? Comment ! Pour t'embrasser, ingrat, je m'expatrie !
Le Marquis de Saincenne
Votre indiscrétion me coûterait la vie.
Le Baron de Saincenne
Mais dame si tu veux, je ne parlerai pas.
Le Marquis de Saincenne
Votre silence parle ; il tue.
Le Baron de Saincenne
Or, en ce cas, La Chanoinesse aussi sera donc du voyage : J'y suis butté, je veux en meubler mon ménage.
Le Marquis de Saincenne
Au lieu d'elle, épousez Hortense.
Le Baron de Saincenne
Hortense quoi Ce petit oeil fripon !... Attends donc : sur ma foi! Elle me plaît assez, active, sémillante... En fait de femme, moi, j'ai l'âme accommodante.
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ! Partez soudain : ma nièce vous suivra À la poste prochaine on vous la conduira ; Vous vous y marierez sans faste, sans tapage... On publiera les bans après le mariage.
Le Baron de Saincenne
Que mon cousin Ducreux est un drôle de corps ! Il vous bacle, en deux mots, vous conclut des accords ; Et des deux mots pas un sur la dot qu'on emporte.
Le Marquis de Saincenne
Plutôt vous partirez, plus elle sera forte.
Au Marquis.
Il l'embrasse.
Il sort en riant.
Le Baron de Saincenne
La Fleur ! Cours à la poste, amène des chevaux. Tu vois ; à tes desirs j'immole mon repos. Mais je te quitterai le coeur plein d'amertume : Tu n'imagines pas combien je m'accoutume À te croire vraiment de mon sang, de mon nom : Communauté de biens fixe l'opinion. Le Duc, au même prix, t'adopterait je gage ; Ça ! Ne vas pour lui nous faire cet outrage : Mon nom te sied, il faut t'en tenir à cela ; Et parti de si ioin, tu peux bien rester là. Pauvre cher homme ! Vas, ton embarras me touche.
Scène 8
Le Marquis de Saincenne
Le Marquis de Saincenne
Quel homme ! Quoi ! Toujours le sarcasme à la bouche !
Scène 9
Davon, Le Marquis de Saincenne
Davon
Monsieur, tout est perdu.
Le Marquis de Saincenne
Tout est perdu, Davon ?
Davon
Perdu, perdu, vous dis-je.
Le Marquis de Saincenne
Eh de quelle façon ?
Davon
On sait tout ; l'Intendant à découvert la mèche. Tout-à-l'heure, haussant sa voix de pie-grieche, De l'entretien secret qui vous tient en souci, Il a laissé percer...
Le Marquis de Saincenne
Quoi ?
Davon
Deux mots les voici.
Le Marquis de Saincenne
Voyons.
Davon
Tout combiné, je n'ose vous les dire : Vous en mourrez.
Le Marquis de Saincenne
D'avance, à peine je respire : Autant vaut m'achever, et décider mon sort.
Davon
C'est... Rat...
Le Marquis de Saincenne
Rat ?
Davon
Rat de cave à Béziers.
Le Marquis de Saincenne
Je suis mort. Et ces mots !...
Davon
Oui, Mansieur, oui; j'ai cru les entendre.
Le Marquis de Saincenne
Allons, s'il est ainsi, je n'ai plus qu'à me pendre.
Davon
Ma foi, j'en ai grand peur.
Le Marquis de Saincenne
Quel funeste incident ! Si je graissais la patte à ce chien d'Intendant ! Avec tous ces gens-là, c'est ainsi que l'on traite : Comme un effet Marchand, un Intendant s'achète.
Davon
Ils coûtent gros : - suivant ma petite raison, Il est toujours bien temps d'enrichir un fripon. Voyez venir le Duc, et sur sa contenance, Jugez...
Le Marquis de Saincenne
Enfuyons-nous le voici qui s'avance.
Scène 10
Duc, Clenard
Duc
Vous me faites trembler : Saincenne aurait appris L'état abominable où mes biens sont réduits ?
Clenard
Je le crains.
Duc
Eh ! Sur quoi ?
Clenard
Son Généalogiste A lâché quelques mots : il nous suit à la piste. Je lui crois le coup-d'oeil et sûr et pénétrant : Qui sait tromper autrui, croit qu'autrui le lui rend ; L'intérêt l'avertit. Sur le faux noble il donne De la fausse monnaie, et prend de lui la bonne ; Il craint que Monseigneur n'en veuille prendre aussi...
Duc
Clénard, je suis perdu, si la chose est ainsi. L'hymen rompu, le feu se met dans mes affaires : Mes mille créanciers, Juifs, Arabes, Corsaires, Vont saisir, vont piller ; un incident pareil...
Clenard
Si j'ose à Monseigneur proposer un conseil, Voyez venir votre homme ; il vous sera facile De juger ce qu'il pense, à son air, à son style.
Duc
Oui, vous avez raison : l'épreuve est sûre, et si...
Clenard
Il vient ; de tout bientôt vous serez éclairci.
Scène 11
Le Marquis de Saincenne, Duc
Le Marquis de Saincenne
Il n'est pas trop aisé de risquer l'abordage ; Je lui vois, comme Duc, sur moi trop d'avantage.
Duc
Qui croirait qu'il fallût, faute d'un million, Ménager ces gens-là ! Dure position ! Il traîne, ce me semble, et tire de l'arrière ; Hon ! ce n'est pas trop là son allure ordinaire.
Haut avec embarras.
Le Marquis de Saincenne
D'avance, je remarque ( on voit ce que l'on craint ) Je ne sais quoi de noir, sur son visage empreint. À bien de sots discours, un grand nom nous expose, Monsieur le Duc.
Haut.
Duc
Malpeste ! Il va droit à la chose. Oui, l'on croit tout savoir ; on veut tout contrôler.
Haut avec plus d'embarras.
Le Marquis de Saincenne
C'est de mon déshonneur qu'il prétend me parler. Ce qui m'étonne plus, en fait de médisance...
Duc
Je fois s'embarrasser toute sa contenance. Ceci va mal.
Le Marquis de Saincenne
Le Duc cherche à part lui, comment Il pourra me tourner son mauvais compliment.
Duc
Peut-être il n'osera me parler de rupture.
Le Marquis de Saincenne
Il serait bien fâcheux, qu'au moment de conclure.
Haut.
Duc
Voilà le mot fatal, je n'ai pu l'éviter ; Essayons, par mon air, de le déconcerter. Vous croyez donc, Monsieur, à force d'impostures.
Le Marquis de Saincenne
Impostures, Monsieur la chose est des plus sûres ; Demandez à Stemmate.
Duc
Ah parbleu ! Oui ; voilà Des garants bien choisis, que vous nous citez-là ! Oh bien ! Si vous n'avez que des preuves semblables !
Le Marquis de Saincenne
Lesquelles faut-il donc ?
Duc
Toutes sont récusables.
Le Marquis de Saincenne
Comment ! Ce que Stemmate a vu, touché, senti !
Duc
Toujours cet homme-là Stemmate en a menti ; Demandez à Clénard.
Le Marquis de Saincenne
Pensez-vous qu'on défere À de pareils témoins ?
Duc
J'y crois fort.
Le Marquis de Saincenne
Et moi guère : J'ai pour les Intendants, la même aversion Que vous ressentez vous, pour les gens de blason,
Duc
En ce cas.
Le Marquis de Saincenne
En ce cas.
Duc
Notre afaire est rompue.
Le Marquis de Saincenne
C'en est fait ; et je sens que ce mot là me tue. Quoi que je puisse dire, il ne me croira pas.
Il se met à marcher dans la chambre.
Duc
Tâchons de lui cacher mon mortel embarras.
Il fuit par derrière le Duc, en marchant sur la pointe du pied : le Duc fait le tour de la chambre, et revient à sa place ; le Marquis revient à la sienne.
Bas.
Ils gardent tous deux le silence, toussant, se mouchant, prenant du tabac, comme des gens embarrassés.
Le Marquis de Saincenne
Le voilà qui s'en va ne souffrons pas qu'il sorte : Je suis perdu, s'il met le pied hors de la porte. Rien n'est désespéré le Duc reste.
Duc
Ceci File du long : tant mieux ! Tant mieux ! J'en suis ravi. Le dernier mot lui coûte, et le respect l'arrête. Je voudrais bien ne pas me jeter à sa tête ; Faute de s'avancer, pourtant il ne faut pas...
Tous deux en même-temps, se jetant l'un vers l'autre.
Le Marquis de Saincenne
On peut avec un Duc, faire les premiers pas. Il faut, coûte qui coûte, enlever tout obstacle. Monsieur le Duc.
En se retirant, à part.
Duc
Marquis. À merveille !
Le Marquis de Saincenne
À miracle
Duc
Il revient.
Haut.
Le Marquis de Saincenne
Il amène. Il faudrait s'expliquer.
Duc
Je n'ai pas prétendu sur un mot me piquer.
Le Marquis de Saincenne
Rien ne manque jamais, que faute de s'entendre.
Duc
Eh que ne parlez-vous aussi sans plus attendre : Voyons si, de nous deux, l'un a raison, ou tort.
Le Marquis de Saincenne
La calomnie...
Duc
Oh moi, je la hais à la mort.
Le Marquis de Saincenne
Et moi donc j'en ai peur cent fois plus que du Diable.
Duc
C'est un fléau d'enfer.
Le Marquis de Saincenne
Une peste effroyable.
Duc
Avec la calomnie, on ne sait ce qu'on tient.
Le Marquis de Saincenne
Vous rompez un traité, lorsque plus il convient
Duc
Il faut bien nous garder d'une peste si noire.
Le Marquis de Saincenne
Oh ! Pour moi, j'ai juré de ne jamais rien croire.'
Il lui donne la lettre anonyme qu'il a reçue.
Duc
Je vous en livre autant ; et, tenez, preuve en main ; Ils m'ont fait parvenir un écrit clandestin. Où donc en serions-nous, si sottement crédule, J'eusse tenu pour vrai cet avis ridicule ?
Le Marquis de Saincenne
Et vous, croyez-vous donc qu'on vous ait épargné ? Ce billet malhonnête, et qu'ils n'ont pas signé...
Duc
Voilà le cas qu'on fait de tout papier semblable.
Le Marquis de Saincenne
Les hommes ! Mon cher Duc ! C'est l'engeance du Diable. Qu'on vienne...
Duc
Au premier mot, je les arrête court.
Le Marquis de Saincenne
Il sauront beau crier, je suis devenu sourd.
Duc
Parbleu ! Voilà traiter avec pleine franchise !
Le Marquis de Saincenne
Oui ; le coeur comme on dit, sur les lèvres.
Duc
J'avise Que d'une et d'autre part, tout est bien éclairci.
Le Marquis de Saincenne
Les gens de qualité traitent toujours ainsi.
Duc
Pour gage du traité, recevez l'embrassade.
Le Marquis de Saincenne
Ainsi les Chevaliers se donnent l'accolade.
Duc
Tout à vous.
Le Marquis de Saincenne
Pour la vie.
Il sort.
Duc
Oh ! Du coup, je le tiens.
Ils sortent en se faisant de grandes démonstrations.
Le Marquis de Saincenne
Le voilà de mon nom aussi sûr que du sien.
Acte IV
Scène 1
Le Comte
Le Comte
J'attends Hortense ici,je la guette au passage / Ce que je viens d'entendre ; un ton si vrai, si sage ; Ce juste éloignement pour l'hymen du Baron, Son refus motivé par la saine raison ; Cette raison, de grâce, et de douceur ornée, Tout cela ne part point d'une tête tournée / Les cerveaux éventés ne parlent point ainsi. « Monsieur, lui disAit-elle, à ce sage parti Par mes réflexions je me vois décidée ; Je me fais de l'hymen une trop haute idée : Avant que de songer à des liens si doux, Je veux connaître, aimer, estimer, mon époux. » S'il se pouvait qu'Hortense en effet moins légère... Si son air étourdi cachait quelque mystère ! Si... je cherche un moyen de pouvoir me flatter.
Scène 2
Le Comte, Hortense
Le Comte
Ma cousine, un moment, daigniez vous arrêter.
Hortense
Bon ! Vous allez me dire encor que je suis folle.
Le Comte
Non ; je ne vous crois plus légère, ni frivole.
Hortense
Ah ! Ah ! Depuis quand donc ce changement soudain ?
Le Comte
Depuis que du Baron vous refusez la main, Et d'un ton, ah ! D'un ton, bien fait pour me surprendre.
Hortense
Qui vous a dit ?
Le Comte
C'est moi qui viens de tout entendre ; J'étais caché.
Hortense
Caché mais cela n'est pas bien De venir écouter un secret entretien.
Le Comte
Oh ! Vous m'avez ravi !
Hortense
Bon !
Le Comte
Le ton de décence. La froide dignité, la juste convenance... Tout ce que vous étiez quand je vous vis d'abord.
Hortense
Courage ! Allons cousin, encore un peu plus fort ! Vous êtes étonnant pour voir tout à l'extrême.
Le Comte
Hortense, je vous vois ainsi que je vous aime. Avec moi désormais plus dedéguisement ; C'est soin perdu ; je sais votre secret.
Hortense
Comment ! Que voulez-vous donc dire ? Et...
Le Comte
Tenez, je parie Que c'est un jeu joué que votre étourderie.
Hortense
Oui ; c'est un fait exprès.
Le Comte
Voilà parler cela : Et - le motif secret de ce petit jeu là ?
Hortense
C'est de vous dégoûter de m'aimer.
Le Comte
Ah ! De grâce !
Hortense
Vrai.
Le Comte
De ce persiflage à la fin je me lasse.
Hortense
Vous ne me croyez pas ? J'ai tenté cet essai : Le vrai, dit en riant, n'en est pas moins le vrai.
Le Comte
À ce mauvais propos, quoi ! Votre esprit s'attache.
En montrant sa tête.
Hortense
Quand quelque chose est là, rien, rien ne l'en arrache.
Le Comte
Parbleu ! C'est pousser loin le goût de plaisanter.
Scène 3
Davon, Le Comte, Hortense
Il montre un porte-feuille plein de papiers.
Davon
Monsieur, voulez-vous bien un moment m'écouter ? Voici, voici la dot qu'au Baron l'on destine. Ce don, de votre père avance la ruine ; Je ne puis le cacher.
Le Comte
Donne-moi ces papiers : Le Baron les tiendra de moi.
Il lui donne le porte-feuille.
Davon
Très volontiers.
Le Comte
Vous ne voulez donc pas absolumenmt m'instruire ?
Hortense
Cousin, j'en ai trop dit ; je n'ai plus rien à dire.
Scène 4
Le Comte
Il sort.
Le Comte
Hélas ! D'un vain espoir j'avais su me flatter ; Avec ces têtes-là, sur quoi peut-on compter ?
Scène 5
Le Marquis de Saincenne, Davon
Le Marquis de Saincenne
As-tu remis la somme ?
Davon
Oui ; j'y vais tout-à-l'heure : Mais si...
Le Marquis de Saincenne
Mais si ! Mais quoi ! Tu veux donc qu'il demeure ?
Davon
Hortense à l'épouser ne veut pas consentir.
Le Marquis de Saincenne
En bien ! Avec la dot, vas le faire partir: C'est tout ce qu'il veut.
Davon
Mais...
Le Marquis de Saincenne
Quoi qu'il me déshonore! Mourir sur le fumier et mourir noble encore. Crains-tu que je ne fasse une mauvaise fin ? Gentilhomme, crois-moi, jamais n'est mort de faim : Le nom fait vivre. - Pars.
Davon
Ah ! Que le ciel nous aime ! Et lui sauve les maux qu'il se fait à lui-même !
Scène 6
Le Marquis de Saincenne
Il réfléchit.
Le Marquis de Saincenne
J'affecte du sang-froid, bien plus que je n'en ai ; Je vois le précipice où je suis entraîné. Mon sort tient au retour du vieux Comte Desborde ; Qu'il revienne, du coup, il faut montrer la corde : De cinq cents mille francs je me trouve en défaut. À cet accident-là, parons tout au plutôt. Le moyen, c'est d'unir Cléonte avec ma fille ; Il est noble, a du bien : admis dans ma famille, Sa générosité me répond au besoin D'un secours que, sans lui, j'irais chercher bien loin. Ma fille veut un Duc ; au fond, j'en suis la casse : Lui donnant de l'orgueil, j'ai poussé trop la dose. Oui ? Par un autre orgueil combattons celui-là : Jamais je n'obtiendrai rien d'elle que par-là. Voici tout justement Cléonte qui s'avance.
Scène 7
Le Marquis de Saincenne, Cléonte
Le Marquis de Saincenne
Venez, mon pauvre ami, me conter votre chance. Ma fille vous a donc donné votre congé ? Moquez-vous d'elle, allez ; je vous ai bien vengé.
Cléonte
Vengé !
Le Marquis de Saincenne
Vengé, vous dis-je ; et de cette vengeance Que le sexe sent mieux, et dont plus il s'offense.
Cléonte
Voulez-vous bien, Monsieur, m'expliquer tout-à-fait...
Avec un air de mystère.
Le Marquis de Saincenne
Je vous le dirai ; mais gardez-moi le secret. La Duchesse d'Ossonne ; ai-je dit, vous épouse.
Cléonte
Eh bien ! Marquis ?
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ! Ma fille en est jalouse : Je l'ai vue, et rougir et pâlir tour-à-tour ; Excès d'orgueil, enté sur un excès d'amour, La travaille en dedans ; je vous le jure encore : De ce dépit jaloux, qui ronge et qui dévore, Elle en a, tout autant que femme en peut porter. C'est à vous désormais de vous bien comporter ; Jouez, en lui parlant, l'humeur et le caprice ; Faites de mon propos prospérer la malice. Êtes-vous malin, vous ?
Cléonte
On le dit.
Le Marquis de Saincenne
Bon tant mieux. Quand vous aurez traité la chose au sérieux, Je veux en bon accord, tous les deux vous remettre.
Cléonte
C'est ce que je suis loin, Monsieur, de vous promettre.
Le Marquis de Saincenne
Vous me le tiendrez donc sans me l'avoir promis.
Cléonte
Non pas, assurément.
Le Marquis de Saincenne
Je le veux.
Cléonte
Je ne puis.
À part.
Le Marquis de Saincenne
J'y compte, et je prends jour pour la cérémonie. Allons piquer d'honneur notre fière Aurélie.
Scène 8
Cléonte
Cléonte
Je cherchais la vengeance, elle vient me trouver ; Quel plaisir ! De quel air je m'en vais la braver ! Double rivalité, d'attraits, et de naissance ! Oh ! J'acquiers un grand prix par cette concurrence. Ce que femme veut moins, une autre le voulant, Le lui fera vouloir avec acharnement. La voici qui s'avance ; allons, ferme, courage ! Prenons l'air et le ton de notre personnage.
Scène 9
La Comtesse Aurélie, Cléonte
La Comtesse Aurélie
Monsieur, à quand la noce ?
Cléonte
Au gré de mon désir, Le fortuné moment n'en peut trop tôt venir.
La Comtesse Aurélie
Cette joie empressée est bien peu naturelle.
Cléonte
Pourquoi donc, s'il vous plaît ? L'affaire est assez belle...
La Comtesse Aurélie
Belle ! Où donc, je vous prie, où voyez-vous cela ? Moi, je vois tout commun dans cette union-là.
Cléonte
Comment ! Une Duchesse.
La Comtesse Aurélie
Oh ! La grande merveille ! De ce mot imposant remplissez-nous l'oreille : L'ambition mesquine ! On vous la passerait Si vous étiez d'hier.
Cléonte
Eh ! Mais, ce tabouret. Qui vous tourne l'esprit !
La Comtesse Aurélie
En ce tabouret même, Jette sur votre hymen un ridicule extrême : Votre femme le perd en vous épousant. Fi ! Le sot rôle à jouer que celui d'un mari, Dont le nom doit coûter des honneurs à sa femme !
Cléonte
J'admire qu'avec vous, l'hymen ne soit, Madame, Qu'un trafic de grandeurs et de rang à la Cour, Stipulé par l'orgueil, à l'insu de l'amour.
La Comtesse Aurélie
L'amour, vous voudriez donc bien me faire accroire Qu'il joue un rôle aussi dans toute cette histoire.
Cléonte
Un rôle ! Essentiel.
La Comtesse Aurélie
Cela n'est pas vrai,
Cléonte
Non ?
La Comtesse Aurélie
Non.
Cléonte
Mais vous l'affirmez avec conviction.
La Comtesse Aurélie
C'est que je sais juger un coeur tel que le vôtre : Allez vous m'aimez trop pour en aimer une autre.
Cléonte
Pour rendre ceci vrai, votre esprit conséquent? N'a qu'à mettre au passé ce qu'il met au présent.
Elle feint de pleurer.
La Comtesse Aurélie
Arrêtez ; grâce au moins du ton d'impertinence.. Aveugle que j'étais ! Ma tendre confiance...
Cléonte
Oh ! non ; dispensez-vous de pleurer, s'il vous plaît ; Les larmes du dépit sont d'un faible intérêt.
La Comtesse Aurélie
Du dépit qui pourrait m'en donner, je vous prie ? Votre prétention me paraît bien hardie ; Du dépit pour un coeur par moi répudié, Et qui s'est, de dépit ailleurs, réfugié ! Oh ! Vous calculez mal les faiblesses humaines, Si vous nous supposez de tels sujets de peines ; On n'a point de dépit quand on rompt le premier.
Cléonte
Elle a ma foi raison je ne puis le nier : En ce cas, tout ceci n'a rien qui l'humilie.
Haut.
La Comtesse Aurélie
Frappons le coup plus fort. Soyez sûr que Aurélie A de quoi remplacer un coeur qu'elle a perdu.
Haut.
Cléonte
Parbleu ! C'est singulier ; je n'aurais jamais cru Qu'il fût si mal aisé de se venger des femmes : Elles ont des retours qui subjuguent nos âmes. Écoutez n'allons pas agir en étourdis ; Votre père voudrait que nous fussions unis : Sans votre ambition qui tient de la manie...
La Comtesse Aurélie
Vous me la reprochez ; je vous la sacrifie.
Cléonte
Ce sacrifice-là ne m'est pas démontré.
La Comtesse Aurélie
Dans le fond de-mon coeur il est trop avéré.
Cléonte
Vraiment ?
Haut.
La Comtesse Aurélie
Bon ! Cela prend. Oui, vous devez m'en croire ; Titre et rang, sont des mots sortis de ma mémoire.
Cléonte
Ô ciel ! S'il était vrai ?
La Comtesse Aurélie
Mais rien n'est moins douteux.
Cléonte
En ce cas, des mortels je suis le plus heureux.
Scène 10
Le Comte, La Comtesse Aurélie, Cléonte
Le Comte
Ma soeur écoutez-moi ; le temps , la chose presse : Tout va selon vos voeux, et vous serez Duchesse.
La Comtesse Aurélie
Duchesse !
Le Comte
Il serait trop long de vous dire comment Mon mariage a pu manquer subitement ; Il faut à cet accord en suppléer un autre ; Et mon hymen rompu, nécessite le vôtre.
La Comtesse Aurélie
On m'avait de tout temps prédit le tabouret ; Il était fou d'aller contre un pareil décret.
Cléonte
Quoi ! Vous pourriez encor ?
Tendrement.
La Comtesse Aurélie
Fuit-on sa destinée, Cléonte ! Par mon sort, je me vois entraînée ; L'astre prédominant qui régla mon destin, Veut que j'aille à la Cour ; allons, j'y cède enfin : Mais non sans regretter une chaîne si belle.
Cléonte
Allez, femme perfide ! Allez, femme infidèle ! Tristement attachée à votre sot époux, Caressez par orgueil l'objet de vos degoûts : La honte d'un tel choix vous punit et me venge. Sous la loi du destin puisqu'il faut qu'on se range, J'adopte ce conseil, et sans plus consulter, Mon sort est de vous fuir et de vous détester.
Ils sortent tous deux par des côtés différents.
La Comtesse Aurélie
Moi, lancée à la Cour, et sous le dais placée, Je vous aurai toujours présent à la pensée.
Scène 11
Le Marquis de Saincenne, Le Comte
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ! Mon Colonel ! La noce est en bon train ; Je doublerais la dot, et que ce fût demain.
Le Comte
La noce, croyez-moi, n'est pas prête à se faire.
Le Marquis de Saincenne
Pas prête pourquoi donc ?
Le Comte
Il n'est plus temps, mon père, De rien dissimuler ; le Baron m'a tout dit.
Le Marquis de Saincenne
Je pense, sur ma foi ! qu'il a perdu l'esprit.
Le Comte
Non ; je n'ai rien perdu que ma noble origine.
Le Marquis de Saincenne
Quelque chose a soudain détraqué la machine.
Le Comte
Appelez le Baron qu'il prononce entre nous.
Le Marquis de Saincenne
Lui ! Je vous tiens pour fou, mon fils, et des plus fous.
Le Comte
Une telle folie est du moins estimable ; Elle consiste à faire un aveu véritable ; À dire qui je suis, avant de m'engager.
Le Marquis de Saincenne
Ça ! ne badinons pas.
Le Comte
Rien ne saurait changer La résolution que sur ce point j'ai prise.
Le Marquis de Saincenne
Si vous vous avisiez d'une telle sottise... Ne vous y jouez pas.
Le Comte
Mon père, les enfants Sont-ils complices nés, des torts de leurs parents ?
Le Marquis de Saincenne
Des torts ! C'est bientôt dit la parole est légère : Tout devient tort, mon fils, sitôt qu'on l'exagère ; Mais ce jugement même est un tort de l'esprit : Il faut être du siècle et du monde oùl'on vit. Ce que vous supposez, (et qu'il ne faut pas croire) Eh bien ! Quand ce serait en effet mon histoire, Serais-je le premier qui, maltraité du sort, Eût trouvé la noblesse au fond d'un coffre-fort, Et se fût fait Marquis avec un peu d'adresse? Quel mal fait cet emploi d'une grande richesse ? Le pauvre en souffre-t-il est-ce un surcroît d'impôt Qui surcharge sa peine, et trouble son repos ? Tout en va-t-il plus mal dans la chose publique ? Damis a, pour monter, pris cette route oblique, Et les grains au marché, n'en ont pas renchéri. Que je hais l'esprit dur, le caractère aigri, Qui voit partout le mal, où partout le suppose ; D'un fétu fait un monstre ; et de rien quelque chose ! Ce travers, croyez-moi, vous perdrait à la Cour. Le Baron sait, à tout, donner un mauvais tour : Votre hymen, ( ce point-là doit certes vous suffire ) Votre hymen détruira ce qu'un fat a pu dire ; Et pour croire aux faux bruits dont il veut nous tâcher, Qui Diable en Périgord voudra l'aller chercher ?
Le Comte
Mon pere, ce discours n'est qu'un vain subterfuge : J'en appelle à vous-même, oui, soyez votre juge, Ou plutôt que l'honneur soit le vôtre et le mien ; À nos propres regards ne dissimulons rien : Tout mensonge est affreux, il blesse la droiture. Qu'est-ce donc que vouer sa vie à l'imposture ? Admettre le besoin et la nécessité D'un mensonge éternel, avec art concerté ? De ce que vous signez, rien n'est vrai, légitime ; Votre seing est un faux, et tout faux est un crime. Eh ! Que prétendez-vous ? Être un peu plus qu'un tel : Le bel honneur surtout lorsqu'un mépris réel... Pardonnez-moi ce mot, il échappe à ma bouche : Je vous aime, mon père, et votre honneur me touche. Je ne puis devant vous feindre ni déguiser : Au reste, quelque loi qu'on puisse m'imposer, Je dois, même avant vous, croire ma conscience ; Je me sens affranchi de toute obéissance, Dès qu'à vous obéir l'honneur est compromis. Moi ! Tromper la famille où je serais admis ! À chaque instant du jour il faudrait donc me dire, Si l'on savait ! Ah Dieu ! Pour me faire souscrire À ce plan médité de lâche trahison, Il faudra fasciner mes sens et ma raison.
Le Marquis de Saincenne
Non, non ; pour m'assurer de toi, de ton silence, J'emploierai la douceur, et non la violence ; Je te ferai sentir que ma vie en dépend.
Le Comte
Mon père !
Le Marquis de Saincenne
Calme-toi ; raisonnons un instant. Tiens ; je ne prétends plus te cacher ma faiblesse : Oui, c'est à prix d'argent que j'acquis la noblesse ; Et je l'aurais acquise au prix de tout mon sang, Tant l'aveugle désir et du nom et du rang, Fut de mon coeur troublé l'inquiète folie ! Toi, de qui la raison sent, calcule, apprécie De l'état roturier l'infâme abjection ; Toi, qui m'en as marqué ton indignation, Condamne-moi d'avoir, par un heureux mensonge, Purgé l'ignominie où cet état nous plonge.
Le Comte
Loin de vous en laver, vous vous reconnaissez Flétri par votre état quand vous en rougissez. Lorsqu'un tel préjugé nous foule, nous rabaisse, Il faut chercher en soi ses titres, sa noblesse : L'aveu de ce qu'on est commande le respect ; On releve par là l'état le plus abject : C'est la raison alors, qui devient la plus forte, Et sur le préjugé, la vérité l'emporte. Viennent nos grands Seigneurs ! Je les mets tous au pis, Pour me faire rougir d'être ce que je suis : Du dédain avec moi, que leur fierté s'avise ! J'en déconcerterais plus d'un dans l'entreprise. Roturier, et pour tel montré de bonne-foi, Je ferai reculer le mépris devant moi.
Le Marquis de Saincenne
Oh bien ! Moi je m'abonne à cent coups d'étrivière. À me jeter, la tête en bas, dans la rivière, Si jamais je souscris à cette indignité De me salir du nom que mon père a porté. Eh ! Lorsque dans la rue un violon résonne, Je croirais que c'est moi que la ville chansonne. Devant ma fille même, il faudrait me cacher.
Haut.
Le Comte
Dieu quel aveuglement comment l'en arracher ! Que n'ai-je su plutôt ! J'étais trop jeune encore : Mes conseils.
Le Marquis de Saincenne
Des conseils ! Je les fuis, les abhorre ; Des conseils ! Je n'en prends que de ma passion.
Le Comte
Que puis-je donc pour vous ?
Le Marquis de Saincenne
À ta soumission, Je ne demande rien de plus que le silence ; Modère ta franchise, et fais-toi violence : Conclus le mariage.
Le Comte
Eh ! C'est me demander Un sacrifice affreux.
Le Marquis de Saincenne
Que tu dois m'accorder.
Le Comte
C'est celui de l'honneur.
Le Marquis de Saincenne
Ta gloire la plus chere; Sera d'avoir sauvé des affronts à ton père. Tu balances ! Faut-il me mettre à tes genoux ? Je m'y mettrai.
Le Comte
Mon père ! Ô ciel ! Que faites-vous ?
Scène 12
La Comtesse Aurélie, Le Comte, Le Marquis de Saincenne
La Comtesse Aurélie
Qu'est-ce donc que ceci ?
Le Comte
Je suppliais mon père ; Je mettais à ses pieds mon instante prière : Mais, ma soeur, il persiste, et s'obstine en son choix.
La Comtesse Aurélie
Je ne sais que penser de tout ce je vois.
Le Marquis de Saincenne
Je vous ai confié le destin de ma vie ; Si vous me trahissez, Hortense en est punie.
Le Comte
Hortense ?
Le Marquis de Saincenne
Elle est sans bien, sans parents, sans appui ; Je la cloître à jamais.
Le Comte
Vous pourriez !...
À part.
Le Marquis de Saincenne
Je le puis, Je le veux. Ce n'est pas une menace vaine ; C'est elle, de vos torts, qui portera la peine : Pensez-y. Ceci peut revenir aux d'Alforts ; Allons les prévenir contre de tels rapports.
Scène 13
La Comtesse Aurélie, Le Comte
Haut.
La Comtesse Aurélie
Plus je regarde, et moins je ne puis rien comprendre. Mon frère, au nom de Dieu ! Daignez un peu m'apprendre, Ce qui peut entre vous causer tant de rumeur.
Il sort.
Le Comte
Laissez-moi ; j'ai le monde, et la vie en horreur.
La Comtesse Aurélie
Ceci va mal ; je crains d'avoir été trop prompte : Tâchons de ratrapper, s'il se peut, mon Cléonte.
Acte V
Scène 1
Le Comte, Hortense
Le Comte
Hortense, au nom de Dieu ! Ceci n'est pas plaisant ; Abstenez-voudserire, aumoinspouruninstant.
Hortense
Rien qu'en disant cela, vous m'en donnez envie ; Vous allez gravement me dire une folie.
Le Comte
Mon récit n'est pas gai si vous le trouvez tel, J'en féliciterai votre heureux naturel. Je suis, vous le savez déchu de ma noblesse.
Hortense
Voyez le grand malheur ! Auriez-vou la faiblesse D'en être désolé ?
Le Comte
Dieu m'en préserve, hélas ! D'un pareil accident, je sais qu'on ne meurt pas : Mais il faut détromper le Duc sur ma naissance.
Hortense
Oui.
Le Comte
Mon père m'en fait une expresse défense Et si je résistais à son commandement Il vous en punit.
Le Comte
Moi !
Le Comte
Vous, vous-même.
Hortense
Eh ! Comment ?
Le Comte
On vous enterre vive, au fond d'un monastère.
Hortense
Saincenne, il se pourrait ?
Le Comte
Rien de plus vrai ; mon père...
Hortense
Jusqu'à cette injustice il a pu s'oublier ?
Le Comte
Oui ; c'est moi qui, d'un mot, vais vous sacrifier : Ma situation est-elle assez cruelle ?
Hortense
J'en sens toute l'horreur.
Le Comte
Mon courage chancelle ; C'est la première fois qu'un devoir m'a coûté.
Hortense
Armons-nous tous les deux de sage fermeté ; Je vous réponds de moi; vous n'avez rien à craindre Je n'ai que trop appris à souffrir sans me plaindre Tout injuste qu'il est, cet ordre rigoureux N'ajoute pas beaucoup à mon malheur affreux.
Le Comte
Hortense, expliquez-vous.
Hortense
L'aveu que je vais faire Me rendra votre estime ; elle m'est nécessaire Pour adoucir ma peine, et pour me consoler.
Le Comte
Hortense encore un coup, hâtez-vous de parler.
Hortense
Vous me jugiez légere, étourdie et coquette ?
Le Comte
Eh bien !
Hortense
Je fus sensible, et prudente, et discrète.
Le Comte
Ciel !
Hortense
Je désespérais d'être à vous quelque jour ; J'ai voulu vous guérir d'un dangereux amour, Et lever cet obstacle aux volontés prévues D'un père ambitieux, qui sur vous a des vues.
Le Comte
Est-il possible, ô cîel ! L'ai-je bien entendu ? Le ridicule en elle était une vertu !
Hortense
J'ai saisi ce moyen ( en était-il quelqu'autre ? ) Pour régler mon amour, et contenir le vôtre.
Le Comte
Votre amour !
Hortense
Malgré moi, ce mot m'est échappé ; Mais n'en abusez pas.
Le Comte
Me serais-je trompé ? L'avez-vous prononcé ; ce mot, si doux, si tendre ? Répétez-le cent fois cent fois je veux l'entendre : Hortense ; vous m'aimez ! Un aveu si flatteur, De tous mes sentiments à rallumé l'ardeur : Cet aveu va, lui seul, régler ma destinée. Qu'on ne me parle plus d'aucun autre hyménée ; Plus de Ducs, plus d'honneurs, je les abjure tous : Dans l'univers entier je ne vois plus que vous. Tout autre noeud me pèse ; il m'est insupportable.
Hortense
Insensé ! Croyez-vous qu'une femme capable De l'effort que j'ai fait, trahisse son devoir ?
Le Comte
Je suis aimé.
Hortense
Perdez un si funeste espoir.
Le Comte
Je suis aimé !
Hortense
Suivez vos démarches honnêtes ; Allez trouver le Duc ; dites-lui qui vous êtes : S'il persiste, d'un père accomplissez les voeux.
Le Comte
Non, jamais.
Hortense
Il le faut.
Le Comte
Je ne puis.
Elle sort.
Hortense
Je le veux. Saincenne, estimons-nous : le reste s'use, passe ; L'amour qui du devoir nous fait quitter la trace, Après avoir trompé notre espoir le plus doux, S'éteint dans les remords, et meurt dans les dégoûts ; Saincenne, estimons-nous ; c'est-là le bien suprême : Il nous adoucira notre infortune extrême. De tout, remettons-nous aux volontés du ciel; Méritons d'être heureux, c'est-là l'essentiel.
Scène 2
Le Comte
Le Comte
Je n'ai pas sur mon sort la plus légère crainte Sitôt que j'aurai pu m'expliquer sans contrainte; Il n'est point de raisons ni de moyens puissants, Qui rapprochent jamais des états si distants ; Mon vrai nom reconnu, rompt toute convenance : Qu'ils gardent leurs grandeurs, j'aimemieuxmonHortensel Le sort me traita bien en me donnant le jour; il me fit roturier pour servir mon amour. Mais si j'expose Hortense au courroux de mon père S Bon un pareil propos échappe à la colère Mais au moment d'agir, on change, on file doux. Voici le Duc eh vite eh vite empressons-nous De lui tout raconter.
Scène 3
Le Comte, Le Marquis de Saincenne, Duc
Le Comte
Avec impatience, J'attends de vous, Monsieur, un moment d'audience.
Il s'approche tout doucement, et se tient à l'entrée d'une coulisse, d'où il prend part à la scène par ses gestes d'étonnement, de crainte, de désespoir.
Le Marquis de Saincenne
Mon fils avec le Duc ! Est-ce pour me trahir ?
Duc
Je me doute où mon gendre à dessein d'en venir : Son père m'a parlé.
Geste de désespoir du Marquis.
Le Comte
Monsieur, de ma naissance J'eus longtemps une vague et fausse connaissance.
Duc
L'y voilà justement ; je l'avais bien prévu.
Le Comte
De tout temps appelé Saincenne, j'avais cru Que ce nom, hautement reconnu pour le nôtre, Ne déparerait point un nom tel que le vôtre : Mieux instruit de mon sort, sachant ce que je sais...
Duc
Quoi ! Vous n'êtes pas noble ?
Le Comte
Hélas ! Rien n'est plus vrai.
Duc
Je n'en suis pas fâché.
Le Comte
Comment ! Vous voulez rire.
Duc
Non.
Le Comte
Je ne comprends pas ce que ceci veut dire.
Duc
Quoi ! Ne venez-vous pas de me signifier Quele sort vous a fait.
Le Comte
Oui, Monsieur, roturier, Roturier roturier, tout ce qu'on le peut être.
Duc
Eh bien ! Pour tel, je suis charmé de vous connaître ; Il est de ses gens-là dont je fais très grand cas ; Vous, tout le premier.
Le Comte
Mais vous ne prétendez pas, À coup sûr, me railler, ni m'insulter, je pense.
Duc
Priser votre personne, est-ce vous faire offense ?
Le Comte
Je m'y perds on dirait que de dessein formé...
Duc
Le voilà bien honteux d'être tant estimé !
Le Comte
Encore un coup, Monsieur, expliquons-nous, de grâce : Ceci, de votre part, est jeu, feinte, grimace ; C'est pour vous égayer que, monté sur ce ton...
Duc
Oui, sans doute, je ris, et c'est avec raison. Vous vous laissez mener comme un enfant crédule : Le Baron vous a fait un conte ridicule ; Il a mis son plaisir à vous persuader Que vous n'êtes pas noble ; et, sans y regarder, Vous vous en allez, vous, prendre au vrai cette injure.
Le Comte
C'est après examen que j'y crois, je vous jure.
Duc
Allez, mon cher ami ; de telles visions Vous mèneraient tout droit aux petites-maisons : La simplicité même a des bornes prescrites.
Duc
Mais la chose n'est pas telle que vous la dites.
Duc
C'est drôle : on le fera noble, la force en main, Comme on fait Sganarelle apprenti Médecin.
Duc
Mais, Monsieur, je soutiens.
Gravement.
Plus fort encore.
Duc
Brisons là, je vous prie ; Je prendrais mal enfin cette plaisanterie. Vous êtes Gentilhomme, et rien n'est plus certain Lorsque j'ai pour fille accepté votre main : Cela vous sert de preuve, oui, ma seule alliance Vous répond de vous-même et de votre naissance : Un homme de mon rang, délicat en son choix, Pour se donner un gendre, y regarde à deux fois. Vous êtes Gentilhomme est-ce assez vous le dire ? Gardez-vous bien, Monsieur, d'en plaisanter, d'en rire ; Ce serait me manquer.
Scène 4
Le Marquis de Saincenne, Le Comte, Duc
Le Marquis de Saincenne
Tenez-le vous pour dit : Vous êtes Gentilhomme.
Le Comte
Ah ! J'en perdrai l'esprit.
Au Duc.
Le Marquis de Saincenne
Vous êtes Gentilhomme. Une amourette en tête ; De la petite Hortense il s'est fait la conquête.
Le Comte
Oui, mon père il est vrai; j'adore ses appas, J'adore ses vertus, je ne m'en défends pas.
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ! Monsieur le Duc, je ne lui fais pas dire.
Duc
Eh si ce goût vous tient, s'il vous jette en délire, Fallait-il pour cela renier votre nom ?
Le Marquis de Saincenne
Renier des aïeux du temps de Pharamond !
Le Comte
Mon père...
Le Marquis de Saincenne
Taisez-vous.
Duc
Rien ne change à l'affaire !
Le Marquis de Saincenne
J'y tiens plus que jamais.
Duc
Allons, tant mieux.
Scène 5
La Comtesse Aurélie, Le Marquis de Saincenne, Duc, Cléonte, Le Comte, Davon
La Comtesse Aurélie
Mon père, Deshorde est de retour ; mais Cléonte aujourd'hui, De cinq cent mille francs vous acquitte envers lui. Suivant ce qu'on m'a dit, le Baron de Saincenne, En partant, mit à sec vos fonds.
Le Marquis de Saincenne
Fâcheuse antienne !
La Comtesse Aurélie
Le mal est réparé.
Duc
Qu'est-ce donc que j'entends ?
Cléonte
Ce service, Madame, est des moins importans.
Duc
Que veut dire ceci ? Quoi ! J'étais votre dupe, Monsieur vous me trompiez tandis que je m'occupe À couvrir vos affronts ; et, soit dit entre nous, Quand je vous fais l'honneur de m'allier à vous. Vous...
Le Comte
Permettez, Monsieur ; un pareil ton m'offense ; Et l'on n'insulte pas mon père en ma présence.
Duc
Conçoit-on cet orgueil dans de pareilles gens ?
Le Comte
Monsieur, il en est un qui sied à tous les rangs ; C'est de savoir partout faire honorer son père.
Le Duc veut sortir, le Comte l'arrête.
Duc
Sortons ; il vaut bien mieux s'éloigner et se taire, Que de se compromettre avec des gens de rien.
Le Comte
Tout hymen est rompu ?
Duc
Vous vous en doutez bien.
En regardant le Duc.
Le Comte
La somme qui vous fut indignement surprise, Mon père, la voici ; c'est moi qui l'ai reprise, En chaussant comme escroc, votre infâme Baron. C'est d'un homme de rien qu'il tient cette leçon.
Duc
Me voilà pris pour dupe et ceci me dérange.
La Comtesse Aurélie
Mais mon frère se donne un titre bien étrange.
Davon
Moi, Monsieur, de l'argent au Baron envoyé, J'ai, depuis vingt-cinq ans soustrait plus de moitié ; C'est ainsi qu'accusant cette faible partie, Le Baron se plaignait de votre économie. La somme ici prospère, et vous porte intérêt.
Le Marquis de Saincenne
La nouvelle est très bonne, et ce retour me plaît.
Duc
J'enrage ; j'ai trop tôt déclaré la rupture : Gare les créanciers après cette aventure.
Scène 6
Cléonte, Le Marquis de Saincenne, La Comtesse Aurélie
Cléonte
Mon offre vous devient inutile, Marquis.
Le Marquis de Saincenne
Mon coeur reconnaissant n'en sent pas moins le prix.
Cléonte
Puis-je obtenir de vous une grâce dernière ?
La Comtesse Aurélie
Ma main ? Elle est à vous je vivrai pour vous plaire ; Ma seule ambition est de vous rendre heureux.
Cléonte
Ce n'est plus là le but où tendent tous mes voeux.
La Comtesse Aurélie
Comment donc ?
Cléonte
Du Marquis, la grâce que j'espère, C'est qu'il soit mon ami sans être mon beau-père.
La Comtesse Aurélie
Quoi vous refuseriez de m'épouser, Monsieur?
Cléonte
À moi n'appartient pas Madame, tant d'honneur.
Elle sort.
La Comtesse Aurélie
Ciel ! Quel affront ! Faisons tout au plutôt retraite ; Allons vivre au chapitre, en vraie anachorete, Jusqu'à ce que le ciel, sur nous, ait acquitté Tout ce qu'il doit d'honneurs aux gens de qualité.
Scène 7
Hortense, Le Marquis de Saincenne, Le Comte
Hortense
Mon oncle...
Le Marquis de Saincenne
Eh bien ?
Le Comte
Mon père, agréez je vous prie, Qu'à cet objet charmant, je consacre ma vie. De vous seul occupés, nous vivrons près de vous ; Et vous serez l'objet de nos soins les plus doux.
Bas.
Haut.
Le Marquis de Saincenne
Grand merci de ce zèle ; il n'est pas nécessaire. D'un témoin importun songeons à nous défaire : Mon fils à la grandeur met si peu d'intérêt, Qu'il s'en irait tout haut confesser ce qu'il est. Je vais le confiner dans l'une de mes terres ; Là, faute d'écoutants, il ne parlera guère. Oh ça ! Vous vous aimez ; j'ai pitié de vos feux ; Je consens que l'hymen vous unisse tous deux.
Le Comte
Mon père !
Le Marquis de Saincenne
Un moment donc, et moins de pétulance ! Sachez ce que j'attends de votre obéissance. Je veux que vous viviez dans ma terre d'Ulsaux : On est toujours fort bien où l'on a des vassaux ; Et, comme chacun sait, tout grand propriétaire, Pour le bien du pays, doit habiter sa terre. Dans la vôtre, vivez en Seigneurs opulents ; Le pauvre se nourrit des dépenses des grands. Faites-vous respecter ; qu'on vous nomme Comtesse, Ma bru je vous en fais la loi la plus expresse. Que vos nobles voisins, chez vous soient seuls admis ; Aux voisins roturiers fermez, le Pont-levis. Représentez beaucoup, soyez toujours en scène ; Tenez le grand couvert un jour de la semaine : Rien n'en impose tant. Sitôt qu'ils seront nés, Que mes petits enfants me soient tous amenés : Je prétends mettre en eux, dès l'âge le plus tendre, Tout ce qu'un Gentilhomme, en naissant, doit apprendre. À ces conditions, allez, partez ; bonsoir.
Le Comte
Pouvons-nous quelquefois espérer de vous voir ?
Le Marquis de Saincenne
Oui ; j'irai voir, chez vous, si l'on soutient noblesse.
Ils sortent.
Hortense
Nous vous jurons, respect, zèle, amour et tendresse.
Scène 8
Le Marquis de Saincenne, Davon
Le Marquis de Saincenne
Moi pour que tout ceci fasse un peu moins d'éclat, Je vais de mon côté, vivre à mon Marquisat. À Paris, en huit jours, tout s'efface et s'oublie ; On change de nouvelle ainsi que de folie : Disparaissez un an puis revenez sur l'eau, Le Public vous revoit comme un être nouveau ; Il n'a plus contre vous, ni dépit, ni rancune. Tiens, je dois rendre grâce à ma bonne fortune, De ce que le Baron, expulsé de chez moi, En sort, la bourse vide, et tout rempli d'effroi ; La crainte lui défend d'y jamais reparaître. Allons, mon vieux Davon, soutiens un peu ton maître ; Montre-moi du courage, ose tout espérer, Et tirons du malheur, ce qu'on peut en tirer. Tu ne le croirois pas ; aujourd'hui, ( chose sûre ! ) J'ai cru de deux degrés, malgré mon aventure.
Davon
Ces degrés, quels sont-ils ?
Il sort.
Le Marquis de Saincenne
Mon Suisse, et mon hôtel: Le reste s'oubliera ; ceci me reste.
Davon
Ô ciel! Après un tel affront garder tant d'assurance ! Ce désir des grandeurs suit l'extrême opulence ; Vive les pauvres gens pour se passer d'aïeux ! On est fils de son père, et cela vaut bien mieux.