Le Prix des Talents
Scène 1
Le Seigneur du Village
AIR. C'est un enfant du Devin de Villages.
AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.
Le Seigneur du Village
Amour Je t'implore en ce jour Que les plaisirs Suivent mes désirs, Tu peux Favoriser nos jeux: Dans ce séjour Établis ta cour. Viens, quitte Cythère ; Peut-on mieux te plaire, Qu'en faisant briller les talents ! Qu'ils sont charmants, Qu'ils sont charmants. Le talent quand on le méprise Disparaît, et meurt en naissant ; Mais le talent qu'on autorise Renais, s'embellit et surprend. Par une façon peu commune, Je veux me faire respecter, Qui sait partager sa fortune, Prouve qu'il sait la mériter.
Scène 2
Le Bailli, Le Seigneur du Village
AIR. Mon aimable Javotte.
Le Bailli
Selon votre ordonnance, Nos bourgeois sont tretous assemblés ? Je viens en diligence Savoir ce que vous voulez ; Tout le monde est poudré, Paré, Tiré, Ambré, Fardé, Bien cardé. Chaque berger Est léger, Et prétend voltiger. En galants escarpins, Ces biaux poupins, Accoutumés à s'exercer Sont, quand il faut se trémousser, Toujours prêts à danser.
AIR. Quoi vous partez.
Le Seigneur du Village
Pour célébrer la fête du village, Je veux donner quatre prix aujourd'hui. Chaque vainqueur aura pour son partage Deux cents ducats, et j'y joins mon appui.
Le Bailli
C'est trop, Seigneur, honorer le Village, Et son Bailli vous rend grâce pour lui.
AIR. De tous les Capucins, etc.
AIR. Non je ne ferai pas, etc.
Le Seigneur du Village
La Peinture doit la première Ouvrir cette belle carrière. De la voix, les charmants attraits» Feront la seconde conquête : Les armes paraîtront après La danse finira la fête. Mais de gagner deux prix si quelqu'un a la gloire, Je veux en l'épousant couronner sa victoire.
Le Bailli
Qu'un garçon les remporte, il aura donc l'honneur De se voir aujourd'hui femme de son Seigneur.
AIR. De M. de Catinat.
Le Seigneur du Village
Ah ! Vous avez raison et je n'y pensais pas ; Pour suivre Arueris, j'allais faire un faux pas.
Le Bailli
Cherchons, sans plus tarder, un remède à cela ; Car souvent on s'égare en suivant l'Opéra.
AIR. Ici sont venus en personne.
Le Seigneur du Village
Si c'est un garçon, il doit prendre Le cher objet qui le rend rendre ; Lui donner sa main et son coeur. Si quelque fille a l'avantage D'avoir deux prix pour son partage ; C'est moi qui ferai son bonheur.
Le Bailli
Mais, mais, y pensez-vous Seigneur[.]
Le Seigneur du Village
Oui, je l'épouserai d'honneur.
AIR. Quand l'Auteur de la nature.
Le Bailli
Vot' personne nous est chère? Je craignons pour vous, qu'en cette affaire, Le sort ne vous soit contraire : Vous baillant Un objet déplaisant.
Le Seigneur du Village
Telle passe Pour une Grâce, Dont la beauté n'a rien qui m'agace ; Elle lasse, Et s'efface. Les talents. Ont seuls tous mon encens.
Le Bailli
Mais, palsangué, qu'une fille, Qui par tous ses talents prime et brille, Soit folle d'un autre drille, À quoi sert Qu' vous lui soyez offert.
Le Seigneur du Village
Oh ! Je gage Pour mon suffrage Mon bien m'est garant de cela : La volage, La sauvage. Nulle enfin ne résistera, Je gagnerais la plus sage.
Le Bailli
La plus sage de l'Opéra : Tatigué, qu'en cette affaire, Chez les grands la mode est singulière. Sans choix on prend minagère. Après ça L'aimera Qui pourra.
ÁIR. Nous sommes précepteurs d'amour.
Le Seigneur du Village
Annoncés les prix destinés, Que votre zèle me seconde. Les talents seront couronnés : Rassemblez ici tout le monde.
AIR. Des bons Villageois:
bis.
Le Bailli
Morgué queu brave Seigneur, Comme il prend soin de nos familles ? C'est en les piquant d'honneur, Bailler du talent à nos filles : Aisément on les pourvoira, Car dès que quelqu'un en aura, C'est à Paris qu'on l'enverra, Et son talent rétablira.
Scène 3
Le Seigneur du Village
AIR. N°1.
Le Seigneur du Village
Du charmant objet que j'adore ; Rien ne peut effacer les traits ; Chaque instant l'embellit encore, Et rien n'étale ses attraits ; Mais son mérite qui m'engage, M'offre des charmes plus constants. Rarement on devient volage, Quand on ne cède qu'aux talents. Dans la bouche de sa bergère Un je vous aime, est bien flatteur ; Ce mot varié sait nous plaire ; Il est la source du bonheur. Tantôt dit avec innocence, Et tantôt dit avec gaieté. Lison sait fixer la constance, Par l'attrait de la nouveauté.
Scène 4
Lison, Le Seigneur du Village
AIR. Ô doux espoir, de Raton et de Rosette.
Lison
Quel coup affreux ! Quoi, vous brisez nos noeuds ? Expliquez-moi qui vous rend infidèle. Quel coup affreux ! Quoi, vous brisez nos noeuds ? Hélas ! Pourquoi Dégager votre foi ?
Le Seigneur du Village
Sois sans effroi 7 Rassure-toi : Mon ardeur doit être éternelle. Ce coeur soumis Qui t'est promis, De tes attraits Ressent toujours les traits. Sans s'abuser, L'amour, peut tout oser. De tes talents fais voir une étincelle.
Lison
Avant la loi Votre coeur est à moi, Et sans égard, Vous l'offrez au hasard.
AIR. Menuet d'Isis.
Le Seigneur du Village
Peux-tu craindre une inconstante ardeur ? Ta beauté, t'assure de mon coeur, Permets donc, pour prix de ma tendresse, Que je me livre au charme si flatteur, De pouvoir couronner ma maîtresse.
Lison
Je ne dois plus espérer ce bonheur.
AIR. De s'engager il n'est pas trop facile.
Le Seigneur du Village
Les plus beaux dons sont votre heureux partage. Est-ce le prix qui ne vous flatte pas ?
Lison
D'un tendre amant est-ce là le langage ? Vous me vantiez autrefois mes appas.
AIR. À l'ombre de vert bocage.
Le Seigneur du Village
À la beauté tout rend hommage. Sous ses lois elle range un coeur ; Mais souvent il devient volage, Séduit par un talent vainqueur. Puis-je ne pas être fidèle, Quand Lison qui sait m'engager, Pourrait même sans être belle, Fixer l'Amant le plus léger.
AIR. Que j'estime mon cher voisin
Lison
Les talents vous rendraient heureux Ah ! Que je les envie !
AIR. L'Amant frivole et volage.
Le Seigneur du Village
Non, Bergère, il n'est point sans eux, De charmes dans la vie. Des talents qui savent plaire, Lison ne manqua jamais : Ils sont sans nombre, Bergère, De même que tes attraits. Par tes pas quand tu nous traces, Les feux naissants des désirs, Déjà l'on croit voir les Grâces, Donner la main aux Plaisirs. Tu prêtes à la peinture Un lustre, un éclat nouveau. Toujours on voit la nature Orner ton moindre tableau. De la Reine de Cythère, Tu fis le portrait un jour. L'amour croyant voir sa mère Vint voltiger à l entour.
AIR. Ne v'là-t-il pas que j'aime.
Lison
On croit trouver tous les talents Dans un objet qu'on aime : Hélas ! Les coeurs indifférents N'en jugent pas dé même.
AIR. L'amour vous-appelle.
Le Seigneur du Village
Ouvrez la carrière, Embellissez nos jeux, L'Enfant de Cythère Va combler vos voeux. Ce Dieu, sur vos traces, Prouve que le talent Sait donner aux grâces Un tendre agrément.
Scène 5
Lison
AIR. L'anonime.
Lison
Mon amant veut en vain s'en défendre ; Son amour fait place à la froideur. S'il m'aime... Non, je ne puis comprendre Qu'il m'expose à mourir de douleur ; Il fallait cacher mon ardeur. J'aurais plus de pouvoir sur son coeur : Tendre amour, viens calmer mes alarmes. Avec toi renaîtront les plaisirs : On sent mieux ce que valent tes charmes, Quand ils sont précédés des soupirs. Inspire-moi dans ce moment Le moyen de fixer mon amant. Tu m'instruis... oui, je dois l'entreprendre ; On peut tout, animé par tes feux, Mon bonheur, du succès va dépendre ; Et l'amour me le promet heureux[.]
Scène 6
Le Bailli
AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.
Le Bailli
C'est en ce lieu que l'on couronne Aujourd'hui le talent vainqueur. Toute place nous paraît bonne Quand on est près de son Seigneur. Je n'avons à votre personne Point marqué de place d'honneur. Ce gazon même vaut un trône, Lorsque, vous l'occupez, Monsieur.
Scène 7
AIR. Four fléchir une None austère.
Scène 8
Peintresse, Lison, Le Seigneur du Village, Le Bailli
AIR. Bergers sortez de vos retraites.
Même Air.
AIR. M. te Prévöt des Marchands.
Peintresse
Venez-vous ici pour m'exclure ; De la victoire où je prétends ? J'aurai le prix, oui, je l'augure, Je le désire et je l'attends. Le génie a des coups hardis, Qui balancent le coloris. Au quel donner la préférence ?
Lison
Pour tous deux je disputerai.
AIR. De tous les Capucins du monde.
Peintresse
Par les traits frappants je commence, Voyons si je remporterai. Je peins un homme sans science, Pourvu d'un poste d'importance, Que lui procura son Iris, Je le peins ardent à tout faire.
Lison
Moi ! Je le représente assis, Appuyé sur son secrétaire.
AIR. Des Charbonniers.
Peintresse
Je peins une veuve en noir, Qui se livre au désespoir.
Lison
Je peins une veuve en noir, Pleurant devant un miroir.
Peintresse
Une prude est-elle bien peinte Avec un livre en méditant ,
Lison
Pour tracer cette vertu feinte, Ce n'est pas ainsi qu'on s'y prend. Je la peins un masque en main En rendez-vous clandestin.
Peintresse
D'un parasite indigent, Je peins l'air bas et rampant.
Lison
Je le peins au Palais-Royal De midi guettant le signal.
Peintresse
J'ai coiffé dans le plus galant, Cette actrice, qui brille tant, Perles, rubis, dentelle, Tout marque sa fierté.
Lison
Je coiffe, cette Belle À la frivolité.
Peintresse
D'un air minaudier, mis comme un petit-Maître. La lorgnette en main, je peins l'Abbé Poupin.
Lison
Et moi, pour le faire encore mieux reconnaître Je le peins en femme, un flacon à la main.
AIR. Des folies d'Espagne,
Le Seigneur du Village
Pour le dessein, ma Lison vous surpasse.
Lui montrant un Portrait.
Peintresse
Que les couleurs me vengent à l'instant. Considérez ce portrait d'une grâce.
Lison
Examinez celui de mon amant.
AIR. 2° Couplet des folies d'Espagne.
Le Bailli
Quel vif éclat ! Rendez, rendez les armes[.]
Le Seigneur du Village
Tout est frappant, tout flatte en ce tableau. À ces couleurs, l'amour prête des charmes.
Lison
Oui, l'amour même a conduit mon pinceau.
Scène 9
Le Seigneur du Village, Le Bailli, Lison
AIR. Pour soumettre mon äme.
Le Seigneur du Village
Doit-on dans un village, Se piquer de bien chanter ? Un brillant étalage Ne peut ici nous flatter. Souvent un grand air ennuyé, Égayés nous mes amis ; La chanson la plus jolie, En ce jour aura le prix.
AIR. Vantez-vous en.
Le Bailli
Ô s'il s'agit de chansonnettes Morgué, j'en sais des plus drôlettes Qui pourraient fort bien l'emporter Sans hésiter, J'vons disputer ! Il faut que je sachions chanter : Car plus d'une fois les fillettes Ont pris plaisir à notre chant ; Vantez-vous en.
AIR. Noté, N°2
AIR. Note N°3. Ronde. Prélude de Tambourin.
AIR. Noté. N° 4. Prélude de Mandoline,
AIR. Vous en venez.
Le Bailli
Pour le prix, je n'ai plus de zélé Et je sens, ma voix qui chancelle. Par vos talents, vous contentez, Vous enchantez, Vous l'emportez. Oui, la Belle, vous le méritez, Et vous l'emportez.
AIR. Quand aux champs.
AIR. Comme un oiseau.
Le Seigneur du Village
Lycas, froid et langoureux, Peint mal les feux de Cythère. Le Bailli, chanteur, joyeux, Plaît ; mais il ne touche guère. D'un et d'autre côté, Tout cède à ma bergère. Sa naïve gaieté, Sait attacher et plaire. Ma Lison, a double avantage. Qu'à jamais l'Hymen nous engage. Ah ! Quel bonheur !
Le Berger sort.
Lison
Mais, d'un berger de ce village, Je puis devenir le partage, S'il est vainqueur.
Scène 10
AIR. La Foire de Brie, Contredmfii
Scène 11
Arlequin, Lison
AIR. À table je fuis Grégoire;
Arlequin
Allons, d'estoc et de taille Répondons à qui va là. C'est notre champ de bataille. Ça ventrebleu, ti, ta , ta. Largement je viens de boire. Que je vais faire d'éclat ! À table je suis Grégoire, Et le diable en un combat.
AIR. Courez, vìte éprenez, le Patron.
Lison
C'est par trop garder l'incognito, Quand, tu fais là le fat à gogo. Mais pour contenter ton vertigo, Je t'attaque ici subito.
Arlequin
Ho !
AIR. Ta, ton, tu, Taine.
Lison
Allons, montrez votre savoir.
Arlequin
Oh ! C'est ce que vous allez voir ; Mais contre vous, c'est vain espoir : Vous plaisantez, ma reine.
Lison
Et, tu, tu , tu Quel garçon es-tu ? Et, ton, ton, ton, Est-ce là le ton ? Pour qui me prend-on ? Pour un hanneton, Tutaine, tuton , Tuton, tuton, tutaine.
AIR. Fous avez, bien de la bonté.
Arlequin
Le prix que je viens disputer Ne peut être le vôtre.
Lison
Et moi je prétends remporter, L'un, aussi bien que l'autre. Je ne veux point d'honnêteté,
Arlequin
Belle, n'employez que vos charmes, Pour toutes armes.
Lison
Monsieur, en vérité, Vous avez bien de la bonté.
AIR. Fanfare de Saint Cloud.
Arlequin
Que mon pareil fasse rage, Aussitôt j'aurai mon tour ; Mais d'une beauté m'engage, À la combattre en ce jour ; L'un anime mon courage, L'autre excite mon amour.
AIR. Menuet d'exaudet.
Elle fait le salut.
Elle tire une quarte, il pare en rompant la mesure.
Ils féraillent.
Lison
Sur ceci, Point ici De faiblesse. Voyons donc votre début : Recevez le salut. En garde, avec vitesse. Le nigaud ? Quel assaut ! Il hésite. S'il ne fait mieux, sur ma foi, La victoire est pour moi. Petite... Une quarte sous les armes, Déjà le met en alarmes. Soutenez, Prévenez, Votre perte.... Mais, il prend mieux son essor. Voyons s'il est encor Alerte.
Arlequin
Grâce, hélas 1 Je suis las ; Faisons trêve.
Lison
Votre espoir est une erreur.
Arlequin
Ce n'est point par terreur ; Mais, ventrebleu je crève.
Lison
Redoublez.
Arlequin
Vous troublez ma cervelle.
Lison
Voulez-vous finir, hé bien ?
Arlequin
Oh ! cette femme est bien Cruelle !
AIR. Si c'est un honneur de boire.
Arlequin
C'est aussi trop de faiblesse ; Songeons à lui résister.
Elle lui porte me botte.
Elle le désarme.
Lison
Mettons toute notre adresse À pouvoir le surmonter : Il se rit d'une cornette ; Mais agissons tout de bon. Bon ! Apprenons à cet athlète, Qu'à tort il fait le pimpant... Pan.
AIR. Et non, non , non.
Arlequin
C'est assez, plions bagage ; Cette femme est un démon. Je suis vaincu, j'en enrage. Avoir le sort d'un poltron ?
Lison
Est-ce qu'à votre courage, Il faut encore une leçon ?
Il sort.
Arlequin
Et non, non, non, Je n'en veux pas davantage.
Scène 12
Le Seigneur du Village, Le Bailli
AIR. II faut l'envoyer à l'école.
Le Seigneur du Village
Ah ! Quel espoir pour mon amour ! Chacun ici vous rend les armes, À vos charmes ; Je vois que tout cède en ce jour.
Le Bailli
Alle sait bian Jouer son rôle. Qui lui dispute son talent : à l'instant, Alle vous envoie à l'école.
Scène 13
Une Danseuse, Le Bailli, Lison, Le Seigneur du Village
AIR. Grandeur -brillante ,oà fai tout vu.
Une Danseuse
La danseuse enchante? Anime les désirs, Les transports, les plaisirs. Quelle est brillante ! Quelle reçoit d'encens ! Par ses charmes puissants Qui séduisent les sens. Fille novice, Lorsque le pied vous glisse, Ne vous troublez pas ; La plus savante, hélas ! Fait bien d'autres pas. Charme suprême, Par tes vives ardeurs, Tu séduis tous les coeurs. L'amour lui-même, Se plaît dans nos ébats, Et fait voir dans nos bras, Ses grâces, ses appas.
AIR. J'ai pris bien du plaisir.
Le Bailli
Quelle petite éveillée ! Alle ne manque point d'art. Pour danser sous la feuillée, Que j'aimons cet air gaillard ! Alle est vive, alle est légère ; Aile est taillée à ravir : Danse, gentille bergère, Nous aurons bien du plaisir.
AIR. Dieu de la tendresse.
Elle danse au tambourin.
Une Danseuse
Lise, avec aisance, Danse, Toujours en cadence : J'entreprends, Des pas brillants. Je pars avec pétulance : L'activité, Nous peint la gaieté ; L'agilité, Dont on est enchanté. Il faut sans attendre, Tendre, Au prix le plus tendre, Que l'amour, Donne en ce jour, Par une danse légère, Toujours on est sûr de plaire. Le sérieux est ennuyeux : Je me ris d'un terre-à-terre, Quand je puis m'élever aux cieux.
AIR. Sous un ormeau.
Elles forment un pas de deux et sur le même air, l'une danse légèrement, et l'autre majestueusement.
Lison
Sur un air lent, Tendre et galant, Dans ce talent, On touche, on surprend ; Tout ce que l'on entreprend : Prend. Au prix il faut tenter ; Je veux sans m'emporter, L'emporter. Je prends des airs, mignards, J'adoucis mes regards, Et je pars, Voyez mes pas, Mes ports de bras, Sans ce fracas, De vos entrechats ; Ceci mettra nos débats Bas.
AIR. Ton joli belle Meunière.
Le Bailli
Stelle-ci, qu'alle est jolie ; C'est un vrai bijou ; Mais cette autre dégourdie Nous rend presque fou : Aille, nous baille l'envie De danser itou.
AIR. Ah ! qu'il est gentil mon mari.
À la danseuse.
À Lison.
À la danseuse.
À Lison.
Le Seigneur du Village
L'une a des charmes sémillants, Et pour les grâces, l'autre est faite. L'art vous donne mille talents. La nature vous rend parfaite : Vous méritez tous nos égards ; Et voici votre arrêt, Mesdames. Vous, vous étonnez nos regards ; Mais, vous, vous enlevez nos âmes.
AIR. Je m'éloigne vainement.
bis.
Une Danseuse
Un jour viendra que j'aurai Le prix en partage. En m'exerçant, je pourrai Faire davantage.
AIR. Noté N°6.
Le Seigneur du Village
Tant de talents en ta personne, Rendent tous mes sens interdits. L'amour croit te donner un prix, Et c'est à moi seul qu'il le donne.
AIR. Charmant Amour:
Lison
En ce beau jour, nous allons nous unir : Pour toi, mon ardeur est extrême. Que je m'engage avec plaisir ! Je t'aimerai toujours de même. Quand on aime, et qu'on aime bien, On ne désire plus rien.
Vaudeville
[tous]
N°7.
II.
III.
IV.
V.
VI.
[tous]
Dans ses talents, trop d'espérance, Indispose le Spectateur ; Mais aussi trop peu d'assurance, Peut être nuisible à l'acteur. Qu'importe ! Le sort qu'on nous garde ; Tentons toujours d'aller au bien.. Qui ne hasarde, N'a jamais rien. Si Lycas ne peint son martyre, Il est triste, il est languissant ; Il me regarde, et puis soupire. Est-ce là le fait d'un amant ? Quand la vertu n'est plus en garde, L'Amour doit presser l'entretien. Qui ne hasarde N'a jamais rien. Un vieux caissier par son usure, Trafique en argent confié ; Il sait qu'il met à l'aventure. Qu'on pourrait lui faire haut le pied ; Mais toujours à payer il tarde, De s'enrichir, c'est le moyen. Qui ne hasarde N'a jamais rien. Vous risquez, disait Araminte, Ma fille, d'aller seule aux bois : La Belle y retourne sans crainte ; Elle attrape un nid cette fois, Elle arrive l'humeur gaillarde, Et dit, voyez ce que je tiens. Qui ne hasarde N'a jamais rien. Eglé, jeune solliciteuse, Chez Damis poursuit un Procès : Damis d'une jeune plaideuse Toujours assura le succès. L'Amour pourrait bien par mégarde, Se mêler dans leur entretien. Qui ne hasarde N'a jamais rien. Messieurs, daignez à la Jeunesse, Prouver aujourd'hui vos bontés : Nos auteurs sentent leur faiblesse ; Mais de vous plaire, ils sont tentés. Aux défauts ne prenez point garde ; Quelquefois risquer est un bien, Qui ne hasarde, N'a jamais rien.