Scène 1
Olivette, Diamantine
AIR : d'Atys.
Olivette
Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous. Vous allez donc enfin signer les articles de votre mariage. Là, vous sentez-vous la main assez ferme ?...
Diamantine
Je ne sais.
AIR : Si dans le mal qui me possède.
Olivette
En vérité, je vous admire. Comment ? Après que devant moi Octave a reçu votre foi, Vous voilà prête à vous dédire ! Vous trahiriez votre ferment ! Fi ! Vous avez le coeur normand ! Je ne sais ! Ouais ! Ce je ne sais présage une rechute d'incertitude.
Diamantine
Ma chère Olivette, apprends ce qui m'effraye.
Olivette
Voyons.
Diamantine
J'ai fait un songe épouvantable. J'ai vu deux pigeons qui sortaient d'un colombier...
Olivette
Deux pigeons qui sortaient d'un colombier ! Voilà un commencement de rêve qui fait trembler.
Diamantine
Ils se sont arrêtés dans un champ. La femelle caressait le mâle, qui, bien, loin de répondre à ses caresses, lui a donné deux coups de bec en fureur, et s'est envolé.
Olivette
Ah ! Le vilain mâle !
Diamantine
Ce spectacle m'a réveillée. J'ai regardé mon longe comme un avis que- le ciel ; me donne de me défier des hommes. Je ne signerai point le contrat. Je veux auparavant essayer encore le coeur d'Octave, et lui demander un délai.
AIR : Réveillez-vous belle endormie.
Olivette
Vous aimez, et l'on vous adore, Pourquoi ces bizarres essais ? Je n'ai point vu de fille encore Demander de pareils délais.
Diamantine
Tu me connais. Tu sais que j'ai pour le mariage une répugnance naturelle.
AIR : D'une main je tiens mon pot.
Olivette
Le principe est contre vous. Avouez-le entre nous. On peut bien trouver dans des belles Des répugnances naturelles. Pour certains maris concedo : Mais pour l'hymen, nego Oh ! Dites surnaturelle, s'il vous plaît.
Diamantine
Tes plaisanteries sont hors de saison. J'aime Octave, mais je ne veux pas être malheureuse.
AIR : Dedans nos bois il y a un ermite.
Olivette
Que fera-t-on du festin qu'on apprête, Que diront vos amis ? Ils vont bientôt s'assembler pour la fête ; Le bal leur edt promis, On rira .bien de cette contredanse. Je perds patience, Moi, Je perds patience.
AIR : La bonne aventure, ô gai.
Diamantine
Là-dessus fois sans effroi. De plus, je te jure Que les apprêts faits pour moi, Mon enfant, seront pour toi. Je devine ce qui vous fait perdre patience. Vous craignez que le retardement de mes noces ne recule les vôtres ; mais rassurez-vous, mademoiselle Olivette. Vous pouvez, dès aujourd'hui, épouser Arlequin.
Olivette
La bonne aventure, Ô gai La bonne aventure.
Diamantine
Ah ! Voilà monsieur Minutin, mon flegmatique notaire !
Olivette
Et voici le brusque monsieur Francoeur, marchand de rubans. Ce sont deux caractères bien opposés.
Scène 2
Monsieur FRANCOEUR, Olivette, Diamantine, Monsieur MINUTIN
AIR : Belle brune, belle brune.
Monsieur FRANCOEUR
La carogne ! La carogne ! C'est un esprit à rebours, C'est un vrai gâte-besogne, La carogne ! La carogne ! Que la peste la crève !
Olivette
Qui donc, monsieur Francoeur ?
Diamantine
De qui parlez-vous ?
Monsieur FRANCOEUR
Hé, parbleu ! C'est de ma femme !
Diamantine
Ah ! Ah !
Olivette
Vous en êtes occupé agréablement.
Monsieur MINUTIN
Il faut avoir de fortes raisons pour parler de la femme dans de pareils termes.
Diamantine
Assurément.
AIR : Comme un coucou que l'amour presse.
Monsieur FRANCOEUR
C'est une femme insupportable, Qui me met sans cesse en fureur. Aussi, je la bats comme un diable.
Olivette
Entendez-yous, monsieur Francoeur ? Heu ! Le vilain pigeon !
Diamantine
Qu'a-t-elle donc fait, monsieur Francoeur ?
Monsieur FRANCOEUR
La maudite femme devrait être déjà ici, et vous avoir apporté vos rubans.
Olivette
Quoi ! C'est pour cela que vous êtes si fort irrité contre elle ?
Diamantine
C'est là le sujet de votre colère !
Monsieur FRANCOEUR
Comment, ventrebleu ! N'ai-je pas raison ?
Monsieur MINUTIN
Le sujet est bien mince, monsieur Francoeur.
Monsieur FRANCOEUR
Bien mince, que diable, bien mince ! Je ne fais pas le doucereux ; comme-vous, moniteur Minutin.
Monsieur MINUTIN
Sans emportement.
Monsieur FRANCOEUR
Je veux m'emporter, moi ! Mêlez-vous de vos affaires.
AIR : Oui, je t'aime ; l'amour même.
Monsieur MINUTIN
Quel salpêtre ! Peut-on être : D'un tempérament si vif !
Monsieur FRANCOEUR
Quelle face A la glace ! C'est un réfrigératif.
Diamantine
Doucement, monsieur Francoeur. N'insultez pas Monsieur Minutin, mon notaire.
Monsieur FRANCOEUR
Qu'il me laisse donc en repos.
Monsieur MINUTIN
Eh ! Madame, laissez tirer Monsieur Francoeur ! Je ne crains pas le feu.
Monsieur FRANCOEUR
Je ne crains pas le feu. Il vous sied bien de faire le railleur.
AIR : Tu croyais, en aimant Colette.
Olivette
Aurez-vous toujours cette bile ? Regardez, monsieur Minutin : Quel maintien joyeux et tranquille !
Monsieur FRANCOEUR
Il a l'air d'un mari bénin.
Monsieur MINUTIN
Je me prête à la plaisanterie, monsieur Francoeur. Oui, j'aime ma femme. Je ne l'ai jamais tant aimée.
Olivette
Voilà la perle des époux.
Diamantine
À propos, comment se porte-t-elle, madame Minutin ?
Monsieur MINUTIN
Fort mal, là pauvre femme ; elle est à l'extrémité. Je l'ai laissée à l'agonie.
Diamantine
À l'agonie, Olivette ! À l'agonie ! Avec quel sang-froid il dit cela !
Olivette
Le bourreau ! Voici bien un autre pigeon, ma, foi !
AIR : Quand je tiens de ce jus d'octobre.
Monsieur MINUTIN
Mon médecin l'a condamnée. Il n'en manque point, entre nous. Je serai veuf dans la journée...
Monsieur FRANCOEUR
Voilà la perle des époux.
AIR : Mathieu, grâce à Dieu.
Olivette
Mathieu Grâce à Dieu, Ma femme est morte... Quel coup de bec !
Diamantine
Il dit cela avec une gaieté qui me révolte.
Olivette
Quels maris !
Diamantine
Ô ciel ! Allez messieurs, je n'ai pas besoin de vous.
Monsieur MINUTIN
Mais... votre contrat de mariage...
Diamantine
Ce ne sera pas pour aujourd'hui.
Monsieur FRANCOEUR
Vos rubans de noces...
Olivette
Cela ne presse pas. Tirez, tirez, tendres époux...
AIR : Menuet de Monsieur de Grandval.
Monsieur FRANCOEUR
Serviteur.
Monsieur MINUTIN
Adieu donc, madame, Puisque vous changez de dessein.
Monsieur FRANCOEUR
Que je vais bien rosser, ma femme.
Monsieur MINUTIN
Moi, bien payer mon médecin !
Scène 3
Diamantine, Olivette
Diamantine
Je n'ai pas tort, comme tu vois, de m'arrêter à mon songe.
Olivette
Oh ! Madame, Octave vous prépare un sort plus agréable ! Je vous en réponds.
Diamantine
Il me faut une autre caution que toi.
Scène 4
Laquais, Diamantine
Laquais
Votre couturière, madame.
Diamantine rentre.
Diamantine
Faites-la passer dans le salon au bout du jardin. Qu'on laisse la salle à la compagnie qui viendra.
Scène 5
Olivette
AIR : Voulez-vous savoir qui des deux.
Olivette
Lorsque l'hymen vient l'appeler, Un songe la fait reculer. Ne faisons point la même faute : Toute prête, à donner la main, Je ne serai pas assez sotte Pour rester en si beau chemin.
Scène 6
Octave, Arlequin, Olivette
Octave
Quel heureux jour, ma chère Olivette ! Enfin, l'aimable Diamantine fixe ses irrésolutions et se livre à ma tendresse. Je n'ai jamais été si content ; mon coeur ne peut contenir ses transports.
AIR : Réveillez-vous, belle endormie.
Il soupire comiquement.
AIR : Les filles de Nanterre,
Arlequin
Oui, tiens ne crois pas qu'il se moque ; Écoute ce tendre sanglot. Ouf ! L'amour tous deux nous suffoque. Nous en avons jusqu'au goulot. Quoi, Vous rêvez, ma chère !
Olivette
Je pense en ce moment Qu'un Hymen qu'on diffère N'en est que plus charmant
Arlequin
Pour une fille nubile, c'est penser bien extraordinairement.
Octave
Que veux-tu dire ? Explique-toi, de grâce.
Octave entre dans la maison.
Olivette
Ma maîtresse est dans le salon au bout du jardin. Elle a fait un rêve qui l'embarrasse. Allez lui mettre l'esprit en repos là-dessus.
Scène 7
Olivette, Arlequin
Olivette
Rends grâces au ciel de ce que je ne donne pas dans les songes, moi.
AIR : Belle brune, belle brime.
Arlequin
Belle brune, Belle brune, Quel changement feraient donc Les songes dans ma fortune,, Belle brune, Belle brune ?
AIR : Ne m'entendez-vous pas.
Olivette
Malgré tous les appas Du plus doux hyménée, Olivette obstinée Fuirait jusqu'au trépas, Ne m'entendez-vous pas.
Arlequin
Tu ne m'épouserais pas, si tu croyais aux songes ?
Olivette
Non.
Arlequin
Comment, diable !
Olivette
Un rêve qu'a fait Diamantine va peut-être rompre son mariage. Elle a vu en songe deux pigeons...
Arlequin
Étaient-ils à la crapaudine ?
Olivette
Le mâle a donné deux coups de bec à la femelle.
Arlequin
Deux coups de bec. Attendez, cela est équivoque. J'ai vu, moi, cent pigeons de Paris, assemblés au bois de Boulogne, se donner de bonne amitié cent coups de bec.
Olivette
Oh ! Le pigeon de notre rêve était en fureur ! Mais laissons cela. Seras-tu bon mari ?
AIR : de Joconde.
Arlequin
Tous les jours (j'en jure ma foi), Oui, ma petite brune, Je prétends souper avec toi, Et plutôt deux fois qu'une. Tous deux contents ; tous deux en paix, Tous deux n'ayant qu'une âme...
Elle rentre.
Olivette
Mais on ne nous prendra jamais Pour l'époux et la femme. Sans adieu. Je vais rejoindre ma maîtresse.
Arlequin
Et moi, les danseurs et les symphonistes qui doivent se rendre ici ; j'ai des ordres à leur donner de la part de mon maître... Mais que vois-je ! C'est Scaramouche.
Scène 8
Scaramouche, Arlequin
Ils s'embrassent.
Scaramouche
Eh ! Bonjour, Arlequin ! Tu es toujours dans le service, à ce qu'il me semble.
Arlequin
Est-ce que tu n'y es plus, toi ?
Scaramouche
J'ai fait une fin, mon enfant. Je suis devenu bourgeois de Paris. Je suis confiturier.
Arlequin
Bel établissement, ma foi ! Voilà de ton ouvrage, apparemment ?
Scaramouche
Sans doute. Ce sont des fruits confits que j'apporte dans cette maison pour une noce.
Arlequin
J'en veux goûter, pour voir ce que tu sais faire. À la besogne, on connaît l'ouvrier.
Scaramouche
Hé bien, qu'en dis-tu ?
Arlequin
Tu es bon confiseur. Parbleu, tu travailles à merveilles.
Scaramouche
Et toi, de même. Tudieu ! Vous êtes bien expéditif !
Arlequin
Par quelle aventure as-tu embrassé une si belle profession ?
Scaramouche
Je vais te le dire. Au commencement de cette année, j'entrai dans une boutique de confiturier, pour y acheter quelques petites douceurs, pour faire des étrennes.
Arlequin
Fort bien.
Scaramouche
Je vois dans le comptoir una dona qui avait un petit enfant auprès d'elle, ma una dona bene fatta.
Arlequin
Jeune et belle ?
Scaramouche
Là, là.
Arlequin
Blonde ?
Scaramouche
Non.
Arlequin
Brune donc ?
Scaramouche
Pas tout à fait. Ses cheveux sont noirs et blancs par-ci ; par-là...
Arlequin
Ah ! Oui. En demi-deuil.
Scaramouche
Je la salue... Je caresse le petit-enfant... Mais, que faites-vous là ?
Arlequin
Mignon, mignon. Tenez, mon fils.
Scaramouche
Vous prenez mes confitures, je crois.
Arlequin
C'est que je veux donner du bonbon à l'enfant.
Scaramouche
Hé, non, non ! Vous lui gâterez les dents... Je vous disais donc que je salue la marchande. Je lui demande des dragées, et je commence (vous m'entendez bien) à lui conter fleurettes.
Arlequin
Conter fleurettes. Je vous entends. Diable ! Vous êtes un fin matois.
S'apercevant qu'Arlequin visite encore la corbeille.
Scaramouche
Hé ! Hé !... Elle m'écoute ; et pour vous le couper court, elle m'apprend qu'elle est veuve. Je m'offre à l'épouser elle me prend au mot, et... Oh, oh ! Vous vous plaisez diablement de ce côté-là !
AIR : lon lan-la, derirette.
Arlequin
C'est que j'entends de ce côté Mieux que de l'autre, en vérité, Lon lan-la, derirette.
Scaramouche
Demeurez-y donc, mon ami, Lon lan-la, deriri.
Scène 9
Olivette, Scaramouche, Arlequin
Olivette
Arlequin est encore, ici !
Scaramouche
J'ai donc épousé cette veuve, et je me suis fait confiturier.
Olivette
Écoutons un peu cette conversation.
Arlequin
Vous avez fort bien fait.
Scaramouche
Pas trop. Je me suis bientôt aperçu que j'avais épousé une diablesse, une... En un mot, une femme...
Arlequin
Une femme. Oui, c'est tout dire.
Olivette
Rien n'est plus galant.
Scaramouche
Elle me contrecarre sans cesse, et défait ce que je fais.
Arlequin
Hé, ne pouvez-vous dompter cette bête quinteuse ?
Scaramouche
Comment feriez-vous pour cela.
Apercevant Olivette.
Arlequin
Comment ? Ventrebleu ! Je dirais à ma très honorée épouse : Regardez, ma mie, j'ai le bras vigoureux, le poignet ferme le geste vif ; Ensuite, je prendrais ma canne... Hoïmé !
Olivette
Hé bien ? Vous prendriez votre canne.
Il s'en va brusquement, et emporte la corbeille.
Arlequin
Oui... Oui... Je prendrais ma canne... et... et j'irais me promener.
Scaramouche
Rendez-moi du moins le panier.
Scène 10
Olivette
AIR : La faridondaine.
À la cantonade.
Olivette
Je vois que le songe a raison : Diamantine est sage. Ma foi, je serai un oison De me mettre en ménage. Arlequin ferait le pigeon, La faridondaine, La faridondon ; Attends, tu seras mon mari, Biribi, À la façon de barbari, Mon ami. Ô le scélérat ! Mais, voici, ce me semble, un changement de décoration.
Scène 11
Octave, Diamantine
Octave
Vous me le promettez donc, charmante Diamantine.
Diamantine
Oui. Si Monsieur Pépin, mon oncle, me donne une idée du mariage qui autorise vos empressements, je vous promets de rien écouter que mon coeur.
Octave
Je vais trouver monsieur et madame Pépin. Ils sont trop unis pour ne pas condamner vos incertitudes.
Diamantine
Elles ne doivent point vous offenser. Je vous estime ; et la seule crainte de voir finir trop tôt des sentiments qui me sont chers, m'empêche de vous rendre heureux.
Octave
Ah ! Je vous proteste.
Diamantine
Laissons-là les protestations. Mon oncle et ma tante me détermineront. Ils seront bientôt ici.
Il rentre dans la maison.
Octave
Je vais au-devant d'eux. Pardonnez-moi cette impatience.
Scène 12
Olivette, Diamantine
Olivette
Vous me paraissez rentrer en goût.
Diamantine
Que veux-tu ? Je me suis enfin rendue aux pressantes instances d'Octave.
Olivette
C'est fort bien fait à vous, Craignez de vous en repentir.
Diamantine
Qu'entends-je ! Toi, qui tantôt...
AIR : Quel plaisir de voir Claudine.
Olivette
Tenons-nous comme nous sommes, Jamais ne nous engageons : Je vois qu'aujourd'hui les hommes Sont tous de méchants pigeons. Au diable le meilleur ! J'ai fait mes réflexions. Je commence à donner dans les songes. Croyez-moi.
Scène 13
Arlequin
AIR : Jardinier ne vois-tu pas.
Arlequin
Vivent les ris et les jeux ! Ne parlons que de boire. L'oncle et la tante tous deux Viennent seconder nos voeux. Victoire, victoire, victoire ! Voici monsieur et madame Pépin. Gare, gare !
Scène 14
Monsieur PÉPIN, Madame PEPIN, Olivette, Olivette Et Arlequin, Diamantine, Arlequin, Octave
Monsieur PÉPIN
Hé bien, qu'est-ce, ma mignonne ? On raconte de vous des choses incroyables. Vous voulez, dit-on, différer, votre mariage à cause d'un songe.
Madame PEPIN
Un songe vous fait peur ! Ma nièce ! Quelle pauvreté ! Si vous aviez été au devin, encore passe.
Olivette
Peste ! Madame Pépin a l'esprit fort !
AIR : Y-avance, y-avance.
Madame PEPIN
En attendant ce jour charmant, Je répétais incessamment : Viens, beau jour, viens en diligence ! Y-avance, y-avance, y-avance ! Viens remplir mon impatience. Quand Monsieur Pépin me faisait l'amour, bien loin d'appréhender le jour de mes noces.
AIR : Jean de Vert.
Monsieur PÉPIN
Oh ! J'étais dans mes jeunes ans Un cadet d'importance ! Mes visites chez bien des gens Tiraient à conséquence. Madame Pépin n'acheta pas le chat en poche lorsqu'elle m'épousa.
Olivette
Oui, je crois qu'entre les galants Votre oncle brillait fort du temps De Jean de Vert (trois fois) en France.
AIR : Talalerire.
Madame PEPIN
Prenez un bon mari, ma fille.
Olivette
Le mariage lui fait peur.
Madame PEPIN
Elle n'est pas de la famille.
Il tombe en voulant sauter.
Monsieur PÉPIN
Nous n'avons pas cette froideur ; Nous n'aimons qu'à sauter, qu'à rire ;
le relevant
Olivette Et Arlequin
Talaleri, talaleri, talalerire.
Diamantine
Ah ! Mon cher oncle !
Monsieur PÉPIN
Ce n'est rien.
Madame PEPIN
N'êtes-vous point blessé, mon petit chaton ?
Monsieur PÉPIN
Non, ma poule.
Olivette
Quelle union !
Diamantine
Oh ! Pour cela, mon oncle et ma tante vivent dans une intelligence qui fait plaisir.
AIR : Voulez-vous savoir qui des deux.
Monsieur PÉPIN
J'ai l'honneur d'être marguillier. Cela est véritable.
Madame PEPIN
On nous connaît dans le quartier Pour ménage incomparable. En mangeant notre petit rôt, L'amour est avec nous à table.
Arlequin
Il est là d'un fort bel écot.
Monsieur PÉPIN
Madame Pépin est une franche brebis.
Madame PEPIN
Monsieur Pépin est un vrai petit mouton. Il y a trente-huit ans que nous vivons ensemble comme deux tourterelles.
Olivette
Sans vous donner le moindre coup de bec ?
Madame PEPIN
Oui, ma mie, trente-huit ans d'amour conjugal.
Octave
Vous l'entendez, belle Diamantine.
Diamantine
Rien n'est si charmant.
Monsieur PÉPIN
Madame Pépin ! Il y a, s'il vous plaît, quarante bonnes années bien complètes.
Madame PEPIN
Monsieur Pépin !...
Monsieur PÉPIN
Eh ! Madame Pépin ! Nous nous sommes mariés en 1676. J'en ai la note dans mon cabinet.
Madame PEPIN
La note, la note ! Vous faites-là de belles observations. Belle pièce de cabinet.
Monsieur PÉPIN
Croyez-moi, deux ans de plus ou de moins à notre âge... Baste. Notre temps est passé.
Madame PEPIN
Parlez du vôtre, monsieur Pépin, parlez du vôtre. Vous n'êtes plus bon à rien ; mais pour moi... suffit. Je ne radote point encore.
Monsieur PÉPIN
Mais, que diable, vous voyez,
Madame PEPIN
Oh ! Je vois, je vois que vous aimez à me contredire. Vous avez ce défaut-là, mon mari.
Monsieur PÉPIN
Vous en avez bien d'autres, vous, ma femme.
Madame PEPIN
Je ne sais comment j'ai pu durer si longtemps avec un homme aussi insupportable que vous.
Diamantine
Ma tante !
Monsieur PÉPIN
Vous mettez vos ridicules humeurs sur mon compte...
Octave
Monsieur Pépin.
Madame PEPIN
Mes ridicules humeurs ! Ah ! Le vieux fou ! Jour de Dieu ! Je vous dévisagerais. Souvenez-vous du chandelier que je vous jetai l'autre jour à la tête.
Olivette
Montrez-vous la plus sage.
Monsieur PÉPIN
Souvenez-vous du soufflet que je vous donnai en faisant les rois.
Arlequin
Souvenez-vous que vous êtes marguillier.
Madame PEPIN
Ne m'échauffez pas les oreilles.
Monsieur PÉPIN
Si je mets la main sur vous...
Madame PEPIN
Ah ! Ç'en est trop !
Ils se jettent l'un sur l'autre et se battent.
Monsieur PÉPIN
Je perds patience.
Octave
Allons, monsieur Pépin, allons !
Diamantine
Madame Pépin !
Arlequin
Mon oncle !
Olivette
Ma tante !
Diamantine
Vous voyez, Octave, quelle idée me donnent du mariage les arbitres que vous avez choisis. J'y renonce absolument.
Olivette
Et moi, tout de même.
Il s'en va.
Octave
Que je suis malheureux ! Il faut attendre un temps plus favorable pour vaincre son entêtement.
Arlequin
Et moi, mademoiselle Olivette, que vais-je devenir ?
Olivette
Vous, monsieur Arlequin, prenez votre canne, et vous allez promener.
Arlequin
Le diable emporte tous les Pépin présents et à venir.
Scène 15
Madame PEPIN, Diamantine, Olivette
Madame PEPIN
Cet impertinent ...!
Diamantine
Modérez-vous, ma tante. Voici l'assemblée.
Les violons qui sont entrés avec la compagnie se font entendre, et les masques forment une danse qui finit la pièce.
Olivette
Commençons la fête préparée. Faisons les contre-fiançailles. Réjouissons-nous de n'avoir pas fait la sottise de nous marier.