Opéra comique · 1712

Le tableau du mariage

de Fuzelier et Lesage

Représentation
≈ 19 min
Distribution
3 femmes, 6 hommes
Répliques
209
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Olivette F 49 ≈ 5 min 11
Diamantine F 35 ≈ 3 min 8
Arlequin H 34 ≈ 3 min 6
Scaramouche H 20 ≈ 2 min 2
Madame PEPIN F 17 ≈ 2 min 2
Monsieur PÉPIN H 16 ≈ 1 min 1
Monsieur FRANCOEUR H 15 ≈ 1 min 1
Monsieur MINUTIN H 11 ≈ 1 min 1
Octave H 10 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Olivette absentabsentabsentabsent
Diamantine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arlequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Scaramouche absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame PEPIN absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur PÉPIN absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur FRANCOEUR absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur MINUTIN absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Olivette, Diamantine

AIR : d'Atys.

Olivette

Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous. Vous allez donc enfin signer les articles de votre mariage. Là, vous sentez-vous la main assez ferme ?...

Diamantine

Je ne sais.

AIR : Si dans le mal qui me possède.

Olivette

En vérité, je vous admire. Comment ? Après que devant moi Octave a reçu votre foi, Vous voilà prête à vous dédire ! Vous trahiriez votre ferment ! Fi ! Vous avez le coeur normand ! Je ne sais ! Ouais ! Ce je ne sais présage une rechute d'incertitude.

Diamantine

Ma chère Olivette, apprends ce qui m'effraye.

Olivette

Voyons.

Diamantine

J'ai fait un songe épouvantable. J'ai vu deux pigeons qui sortaient d'un colombier...

Olivette

Deux pigeons qui sortaient d'un colombier ! Voilà un commencement de rêve qui fait trembler.

Diamantine

Ils se sont arrêtés dans un champ. La femelle caressait le mâle, qui, bien, loin de répondre à ses caresses, lui a donné deux coups de bec en fureur, et s'est envolé.

Olivette

Ah ! Le vilain mâle !

Diamantine

Ce spectacle m'a réveillée. J'ai regardé mon longe comme un avis que- le ciel ; me donne de me défier des hommes. Je ne signerai point le contrat. Je veux auparavant essayer encore le coeur d'Octave, et lui demander un délai.

AIR : Réveillez-vous belle endormie.

Olivette

Vous aimez, et l'on vous adore, Pourquoi ces bizarres essais ? Je n'ai point vu de fille encore Demander de pareils délais.

Diamantine

Tu me connais. Tu sais que j'ai pour le mariage une répugnance naturelle.

AIR : D'une main je tiens mon pot.

Olivette

Le principe est contre vous. Avouez-le entre nous. On peut bien trouver dans des belles Des répugnances naturelles. Pour certains maris concedo : Mais pour l'hymen, nego Oh ! Dites surnaturelle, s'il vous plaît.

Diamantine

Tes plaisanteries sont hors de saison. J'aime Octave, mais je ne veux pas être malheureuse.

AIR : Dedans nos bois il y a un ermite.

Olivette

Que fera-t-on du festin qu'on apprête, Que diront vos amis ? Ils vont bientôt s'assembler pour la fête ; Le bal leur edt promis, On rira .bien de cette contredanse. Je perds patience, Moi, Je perds patience.

AIR : La bonne aventure, ô gai.

Diamantine

Là-dessus fois sans effroi. De plus, je te jure Que les apprêts faits pour moi, Mon enfant, seront pour toi. Je devine ce qui vous fait perdre patience. Vous craignez que le retardement de mes noces ne recule les vôtres ; mais rassurez-vous, mademoiselle Olivette. Vous pouvez, dès aujourd'hui, épouser Arlequin.

Olivette

La bonne aventure, Ô gai La bonne aventure.

Diamantine

Ah ! Voilà monsieur Minutin, mon flegmatique notaire !

Olivette

Et voici le brusque monsieur Francoeur, marchand de rubans. Ce sont deux caractères bien opposés.

Scène 2

Monsieur FRANCOEUR, Olivette, Diamantine, Monsieur MINUTIN

AIR : Belle brune, belle brune.

Monsieur FRANCOEUR

La carogne ! La carogne ! C'est un esprit à rebours, C'est un vrai gâte-besogne, La carogne ! La carogne ! Que la peste la crève !

Olivette

Qui donc, monsieur Francoeur ?

Diamantine

De qui parlez-vous ?

Monsieur FRANCOEUR

Hé, parbleu ! C'est de ma femme !

Diamantine

Ah ! Ah !

Olivette

Vous en êtes occupé agréablement.

Monsieur MINUTIN

Il faut avoir de fortes raisons pour parler de la femme dans de pareils termes.

Diamantine

Assurément.

AIR : Comme un coucou que l'amour presse.

Monsieur FRANCOEUR

C'est une femme insupportable, Qui me met sans cesse en fureur. Aussi, je la bats comme un diable.

Olivette

Entendez-yous, monsieur Francoeur ? Heu ! Le vilain pigeon !

Diamantine

Qu'a-t-elle donc fait, monsieur Francoeur ?

Monsieur FRANCOEUR

La maudite femme devrait être déjà ici, et vous avoir apporté vos rubans.

Olivette

Quoi ! C'est pour cela que vous êtes si fort irrité contre elle ?

Diamantine

C'est là le sujet de votre colère !

Monsieur FRANCOEUR

Comment, ventrebleu ! N'ai-je pas raison ?

Monsieur MINUTIN

Le sujet est bien mince, monsieur Francoeur.

Monsieur FRANCOEUR

Bien mince, que diable, bien mince ! Je ne fais pas le doucereux ; comme-vous, moniteur Minutin.

Monsieur MINUTIN

Sans emportement.

Monsieur FRANCOEUR

Je veux m'emporter, moi ! Mêlez-vous de vos affaires.

AIR : Oui, je t'aime ; l'amour même.

Monsieur MINUTIN

Quel salpêtre ! Peut-on être : D'un tempérament si vif !

Monsieur FRANCOEUR

Quelle face A la glace ! C'est un réfrigératif.

Diamantine

Doucement, monsieur Francoeur. N'insultez pas Monsieur Minutin, mon notaire.

Monsieur FRANCOEUR

Qu'il me laisse donc en repos.

Monsieur MINUTIN

Eh ! Madame, laissez tirer Monsieur Francoeur ! Je ne crains pas le feu.

Monsieur FRANCOEUR

Je ne crains pas le feu. Il vous sied bien de faire le railleur.

AIR : Tu croyais, en aimant Colette.

Olivette

Aurez-vous toujours cette bile ? Regardez, monsieur Minutin : Quel maintien joyeux et tranquille !

Monsieur FRANCOEUR

Il a l'air d'un mari bénin.

Monsieur MINUTIN

Je me prête à la plaisanterie, monsieur Francoeur. Oui, j'aime ma femme. Je ne l'ai jamais tant aimée.

Olivette

Voilà la perle des époux.

Diamantine

À propos, comment se porte-t-elle, madame Minutin ?

Monsieur MINUTIN

Fort mal, là pauvre femme ; elle est à l'extrémité. Je l'ai laissée à l'agonie.

Diamantine

À l'agonie, Olivette ! À l'agonie ! Avec quel sang-froid il dit cela !

Olivette

Le bourreau ! Voici bien un autre pigeon, ma, foi !

AIR : Quand je tiens de ce jus d'octobre.

Monsieur MINUTIN

Mon médecin l'a condamnée. Il n'en manque point, entre nous. Je serai veuf dans la journée...

Monsieur FRANCOEUR

Voilà la perle des époux.

AIR : Mathieu, grâce à Dieu.

Olivette

Mathieu Grâce à Dieu, Ma femme est morte... Quel coup de bec !

Diamantine

Il dit cela avec une gaieté qui me révolte.

Olivette

Quels maris !

Diamantine

Ô ciel ! Allez messieurs, je n'ai pas besoin de vous.

Monsieur MINUTIN

Mais... votre contrat de mariage...

Diamantine

Ce ne sera pas pour aujourd'hui.

Monsieur FRANCOEUR

Vos rubans de noces...

Olivette

Cela ne presse pas. Tirez, tirez, tendres époux...

AIR : Menuet de Monsieur de Grandval.

Monsieur FRANCOEUR

Serviteur.

Monsieur MINUTIN

Adieu donc, madame, Puisque vous changez de dessein.

Monsieur FRANCOEUR

Que je vais bien rosser, ma femme.

Monsieur MINUTIN

Moi, bien payer mon médecin !

Scène 3

Diamantine, Olivette

Diamantine

Je n'ai pas tort, comme tu vois, de m'arrêter à mon songe.

Olivette

Oh ! Madame, Octave vous prépare un sort plus agréable ! Je vous en réponds.

Diamantine

Il me faut une autre caution que toi.

Scène 4

Laquais, Diamantine

Laquais

Votre couturière, madame.

Diamantine rentre.

Diamantine

Faites-la passer dans le salon au bout du jardin. Qu'on laisse la salle à la compagnie qui viendra.

Scène 5

Olivette

AIR : Voulez-vous savoir qui des deux.

Olivette

Lorsque l'hymen vient l'appeler, Un songe la fait reculer. Ne faisons point la même faute : Toute prête, à donner la main, Je ne serai pas assez sotte Pour rester en si beau chemin.

Scène 6

Octave, Arlequin, Olivette

Octave

Quel heureux jour, ma chère Olivette ! Enfin, l'aimable Diamantine fixe ses irrésolutions et se livre à ma tendresse. Je n'ai jamais été si content ; mon coeur ne peut contenir ses transports.

AIR : Réveillez-vous, belle endormie.

Il soupire comiquement.

AIR : Les filles de Nanterre,

Arlequin

Oui, tiens ne crois pas qu'il se moque ; Écoute ce tendre sanglot. Ouf ! L'amour tous deux nous suffoque. Nous en avons jusqu'au goulot. Quoi, Vous rêvez, ma chère !

Olivette

Je pense en ce moment Qu'un Hymen qu'on diffère N'en est que plus charmant

Arlequin

Pour une fille nubile, c'est penser bien extraordinairement.

Octave

Que veux-tu dire ? Explique-toi, de grâce.

Octave entre dans la maison.

Olivette

Ma maîtresse est dans le salon au bout du jardin. Elle a fait un rêve qui l'embarrasse. Allez lui mettre l'esprit en repos là-dessus.

Scène 7

Olivette, Arlequin

Olivette

Rends grâces au ciel de ce que je ne donne pas dans les songes, moi.

AIR : Belle brune, belle brime.

Arlequin

Belle brune, Belle brune, Quel changement feraient donc Les songes dans ma fortune,, Belle brune, Belle brune ?

AIR : Ne m'entendez-vous pas.

Olivette

Malgré tous les appas Du plus doux hyménée, Olivette obstinée Fuirait jusqu'au trépas, Ne m'entendez-vous pas.

Arlequin

Tu ne m'épouserais pas, si tu croyais aux songes ?

Olivette

Non.

Arlequin

Comment, diable !

Olivette

Un rêve qu'a fait Diamantine va peut-être rompre son mariage. Elle a vu en songe deux pigeons...

Arlequin

Étaient-ils à la crapaudine ?

Olivette

Le mâle a donné deux coups de bec à la femelle.

Arlequin

Deux coups de bec. Attendez, cela est équivoque. J'ai vu, moi, cent pigeons de Paris, assemblés au bois de Boulogne, se donner de bonne amitié cent coups de bec.

Olivette

Oh ! Le pigeon de notre rêve était en fureur ! Mais laissons cela. Seras-tu bon mari ?

AIR : de Joconde.

Arlequin

Tous les jours (j'en jure ma foi), Oui, ma petite brune, Je prétends souper avec toi, Et plutôt deux fois qu'une. Tous deux contents ; tous deux en paix, Tous deux n'ayant qu'une âme...

Elle rentre.

Olivette

Mais on ne nous prendra jamais Pour l'époux et la femme. Sans adieu. Je vais rejoindre ma maîtresse.

Arlequin

Et moi, les danseurs et les symphonistes qui doivent se rendre ici ; j'ai des ordres à leur donner de la part de mon maître... Mais que vois-je ! C'est Scaramouche.

Scène 8

Scaramouche, Arlequin

Ils s'embrassent.

Scaramouche

Eh ! Bonjour, Arlequin ! Tu es toujours dans le service, à ce qu'il me semble.

Arlequin

Est-ce que tu n'y es plus, toi ?

Scaramouche

J'ai fait une fin, mon enfant. Je suis devenu bourgeois de Paris. Je suis confiturier.

Arlequin

Bel établissement, ma foi ! Voilà de ton ouvrage, apparemment ?

Scaramouche

Sans doute. Ce sont des fruits confits que j'apporte dans cette maison pour une noce.

Arlequin

J'en veux goûter, pour voir ce que tu sais faire. À la besogne, on connaît l'ouvrier.

Scaramouche

Hé bien, qu'en dis-tu ?

Arlequin

Tu es bon confiseur. Parbleu, tu travailles à merveilles.

Scaramouche

Et toi, de même. Tudieu ! Vous êtes bien expéditif !

Arlequin

Par quelle aventure as-tu embrassé une si belle profession ?

Scaramouche

Je vais te le dire. Au commencement de cette année, j'entrai dans une boutique de confiturier, pour y acheter quelques petites douceurs, pour faire des étrennes.

Arlequin

Fort bien.

Scaramouche

Je vois dans le comptoir una dona qui avait un petit enfant auprès d'elle, ma una dona bene fatta.

Arlequin

Jeune et belle ?

Scaramouche

Là, là.

Arlequin

Blonde ?

Scaramouche

Non.

Arlequin

Brune donc ?

Scaramouche

Pas tout à fait. Ses cheveux sont noirs et blancs par-ci ; par-là...

Arlequin

Ah ! Oui. En demi-deuil.

Scaramouche

Je la salue... Je caresse le petit-enfant... Mais, que faites-vous là ?

Arlequin

Mignon, mignon. Tenez, mon fils.

Scaramouche

Vous prenez mes confitures, je crois.

Arlequin

C'est que je veux donner du bonbon à l'enfant.

Scaramouche

Hé, non, non ! Vous lui gâterez les dents... Je vous disais donc que je salue la marchande. Je lui demande des dragées, et je commence (vous m'entendez bien) à lui conter fleurettes.

Arlequin

Conter fleurettes. Je vous entends. Diable ! Vous êtes un fin matois.

S'apercevant qu'Arlequin visite encore la corbeille.

Scaramouche

Hé ! Hé !... Elle m'écoute ; et pour vous le couper court, elle m'apprend qu'elle est veuve. Je m'offre à l'épouser elle me prend au mot, et... Oh, oh ! Vous vous plaisez diablement de ce côté-là !

AIR : lon lan-la, derirette.

Arlequin

C'est que j'entends de ce côté Mieux que de l'autre, en vérité, Lon lan-la, derirette.

Scaramouche

Demeurez-y donc, mon ami, Lon lan-la, deriri.

Scène 9

Olivette, Scaramouche, Arlequin

Olivette

Arlequin est encore, ici !

Scaramouche

J'ai donc épousé cette veuve, et je me suis fait confiturier.

Olivette

Écoutons un peu cette conversation.

Arlequin

Vous avez fort bien fait.

Scaramouche

Pas trop. Je me suis bientôt aperçu que j'avais épousé une diablesse, une... En un mot, une femme...

Arlequin

Une femme. Oui, c'est tout dire.

Olivette

Rien n'est plus galant.

Scaramouche

Elle me contrecarre sans cesse, et défait ce que je fais.

Arlequin

Hé, ne pouvez-vous dompter cette bête quinteuse ?

Scaramouche

Comment feriez-vous pour cela.

Apercevant Olivette.

Arlequin

Comment ? Ventrebleu ! Je dirais à ma très honorée épouse : Regardez, ma mie, j'ai le bras vigoureux, le poignet ferme le geste vif ; Ensuite, je prendrais ma canne... Hoïmé !

Olivette

Hé bien ? Vous prendriez votre canne.

Il s'en va brusquement, et emporte la corbeille.

Arlequin

Oui... Oui... Je prendrais ma canne... et... et j'irais me promener.

Scaramouche

Rendez-moi du moins le panier.

Scène 10

Olivette

AIR : La faridondaine.

À la cantonade.

Olivette

Je vois que le songe a raison : Diamantine est sage. Ma foi, je serai un oison De me mettre en ménage. Arlequin ferait le pigeon, La faridondaine, La faridondon ; Attends, tu seras mon mari, Biribi, À la façon de barbari, Mon ami. Ô le scélérat ! Mais, voici, ce me semble, un changement de décoration.

Scène 11

Octave, Diamantine

Octave

Vous me le promettez donc, charmante Diamantine.

Diamantine

Oui. Si Monsieur Pépin, mon oncle, me donne une idée du mariage qui autorise vos empressements, je vous promets de rien écouter que mon coeur.

Octave

Je vais trouver monsieur et madame Pépin. Ils sont trop unis pour ne pas condamner vos incertitudes.

Diamantine

Elles ne doivent point vous offenser. Je vous estime ; et la seule crainte de voir finir trop tôt des sentiments qui me sont chers, m'empêche de vous rendre heureux.

Octave

Ah ! Je vous proteste.

Diamantine

Laissons-là les protestations. Mon oncle et ma tante me détermineront. Ils seront bientôt ici.

Il rentre dans la maison.

Octave

Je vais au-devant d'eux. Pardonnez-moi cette impatience.

Scène 12

Olivette, Diamantine

Olivette

Vous me paraissez rentrer en goût.

Diamantine

Que veux-tu ? Je me suis enfin rendue aux pressantes instances d'Octave.

Olivette

C'est fort bien fait à vous, Craignez de vous en repentir.

Diamantine

Qu'entends-je ! Toi, qui tantôt...

AIR : Quel plaisir de voir Claudine.

Olivette

Tenons-nous comme nous sommes, Jamais ne nous engageons : Je vois qu'aujourd'hui les hommes Sont tous de méchants pigeons. Au diable le meilleur ! J'ai fait mes réflexions. Je commence à donner dans les songes. Croyez-moi.

Scène 13

Arlequin

AIR : Jardinier ne vois-tu pas.

Arlequin

Vivent les ris et les jeux ! Ne parlons que de boire. L'oncle et la tante tous deux Viennent seconder nos voeux. Victoire, victoire, victoire ! Voici monsieur et madame Pépin. Gare, gare !

Scène 14

Monsieur PÉPIN, Madame PEPIN, Olivette, Olivette Et Arlequin, Diamantine, Arlequin, Octave

Monsieur PÉPIN

Hé bien, qu'est-ce, ma mignonne ? On raconte de vous des choses incroyables. Vous voulez, dit-on, différer, votre mariage à cause d'un songe.

Madame PEPIN

Un songe vous fait peur ! Ma nièce ! Quelle pauvreté ! Si vous aviez été au devin, encore passe.

Olivette

Peste ! Madame Pépin a l'esprit fort !

AIR : Y-avance, y-avance.

Madame PEPIN

En attendant ce jour charmant, Je répétais incessamment : Viens, beau jour, viens en diligence ! Y-avance, y-avance, y-avance ! Viens remplir mon impatience. Quand Monsieur Pépin me faisait l'amour, bien loin d'appréhender le jour de mes noces.

AIR : Jean de Vert.

Monsieur PÉPIN

Oh ! J'étais dans mes jeunes ans Un cadet d'importance ! Mes visites chez bien des gens Tiraient à conséquence. Madame Pépin n'acheta pas le chat en poche lorsqu'elle m'épousa.

Olivette

Oui, je crois qu'entre les galants Votre oncle brillait fort du temps De Jean de Vert (trois fois) en France.

AIR : Talalerire.

Madame PEPIN

Prenez un bon mari, ma fille.

Olivette

Le mariage lui fait peur.

Madame PEPIN

Elle n'est pas de la famille.

Il tombe en voulant sauter.

Monsieur PÉPIN

Nous n'avons pas cette froideur ; Nous n'aimons qu'à sauter, qu'à rire ;

le relevant

Olivette Et Arlequin

Talaleri, talaleri, talalerire.

Diamantine

Ah ! Mon cher oncle !

Monsieur PÉPIN

Ce n'est rien.

Madame PEPIN

N'êtes-vous point blessé, mon petit chaton ?

Monsieur PÉPIN

Non, ma poule.

Olivette

Quelle union !

Diamantine

Oh ! Pour cela, mon oncle et ma tante vivent dans une intelligence qui fait plaisir.

AIR : Voulez-vous savoir qui des deux.

Monsieur PÉPIN

J'ai l'honneur d'être marguillier. Cela est véritable.

Madame PEPIN

On nous connaît dans le quartier Pour ménage incomparable. En mangeant notre petit rôt, L'amour est avec nous à table.

Arlequin

Il est là d'un fort bel écot.

Monsieur PÉPIN

Madame Pépin est une franche brebis.

Madame PEPIN

Monsieur Pépin est un vrai petit mouton. Il y a trente-huit ans que nous vivons ensemble comme deux tourterelles.

Olivette

Sans vous donner le moindre coup de bec ?

Madame PEPIN

Oui, ma mie, trente-huit ans d'amour conjugal.

Octave

Vous l'entendez, belle Diamantine.

Diamantine

Rien n'est si charmant.

Monsieur PÉPIN

Madame Pépin ! Il y a, s'il vous plaît, quarante bonnes années bien complètes.

Madame PEPIN

Monsieur Pépin !...

Monsieur PÉPIN

Eh ! Madame Pépin ! Nous nous sommes mariés en 1676. J'en ai la note dans mon cabinet.

Madame PEPIN

La note, la note ! Vous faites-là de belles observations. Belle pièce de cabinet.

Monsieur PÉPIN

Croyez-moi, deux ans de plus ou de moins à notre âge... Baste. Notre temps est passé.

Madame PEPIN

Parlez du vôtre, monsieur Pépin, parlez du vôtre. Vous n'êtes plus bon à rien ; mais pour moi... suffit. Je ne radote point encore.

Monsieur PÉPIN

Mais, que diable, vous voyez,

Madame PEPIN

Oh ! Je vois, je vois que vous aimez à me contredire. Vous avez ce défaut-là, mon mari.

Monsieur PÉPIN

Vous en avez bien d'autres, vous, ma femme.

Madame PEPIN

Je ne sais comment j'ai pu durer si longtemps avec un homme aussi insupportable que vous.

Diamantine

Ma tante !

Monsieur PÉPIN

Vous mettez vos ridicules humeurs sur mon compte...

Octave

Monsieur Pépin.

Madame PEPIN

Mes ridicules humeurs ! Ah ! Le vieux fou ! Jour de Dieu ! Je vous dévisagerais. Souvenez-vous du chandelier que je vous jetai l'autre jour à la tête.

Olivette

Montrez-vous la plus sage.

Monsieur PÉPIN

Souvenez-vous du soufflet que je vous donnai en faisant les rois.

Arlequin

Souvenez-vous que vous êtes marguillier.

Madame PEPIN

Ne m'échauffez pas les oreilles.

Monsieur PÉPIN

Si je mets la main sur vous...

Madame PEPIN

Ah ! Ç'en est trop !

Ils se jettent l'un sur l'autre et se battent.

Monsieur PÉPIN

Je perds patience.

Octave

Allons, monsieur Pépin, allons !

Diamantine

Madame Pépin !

Arlequin

Mon oncle !

Olivette

Ma tante !

Diamantine

Vous voyez, Octave, quelle idée me donnent du mariage les arbitres que vous avez choisis. J'y renonce absolument.

Olivette

Et moi, tout de même.

Il s'en va.

Octave

Que je suis malheureux ! Il faut attendre un temps plus favorable pour vaincre son entêtement.

Arlequin

Et moi, mademoiselle Olivette, que vais-je devenir ?

Olivette

Vous, monsieur Arlequin, prenez votre canne, et vous allez promener.

Arlequin

Le diable emporte tous les Pépin présents et à venir.

Scène 15

Madame PEPIN, Diamantine, Olivette

Madame PEPIN

Cet impertinent ...!

Diamantine

Modérez-vous, ma tante. Voici l'assemblée.

Les violons qui sont entrés avec la compagnie se font entendre, et les masques forment une danse qui finit la pièce.

Olivette

Commençons la fête préparée. Faisons les contre-fiançailles. Réjouissons-nous de n'avoir pas fait la sottise de nous marier.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.