Le Vrai Généreux
Scène 1
Grand-Galop, Sans-Quartier
Ils entrent ensemble.
Grand-Galop
Eh bien, Monsieur le Grenadier, ma foi voilà un seigneur d'une bonne trempe que je viens d'amener au village, et la fête que nous aurons à sa réception sera de la nouvelle espèce.
Sans-Quartier
On ne suivra pas tout à fait l'ancien usage. Autrefois un seigneur bien riche, bien fier... était reçu au milieu de gens bien misérables, bien ivres...
Grand-Galop
Aujourd'hui le plaisir fera tous les frais... Il n'y aura de vin qu'autant qu'il en faut pour entretenir la gaieté... Et les quatre filles qu'on va marier... sages, pauvres, et bien amoureuses des futurs... Ma foi ne font-ce pas des merveilles que cela, Monsieur le Grenadier.
Sans-Quartier
N'est-ce pas que c'est une bonne idée, que de marier quatre couples de cette espèce là... Et de les doter. Je crois que c'est le moyen de se faire aimer de la jeunesse du canton.
Grand-Galop
Et de la postérité donc Monsieur le Grenadier... Car il y en aura, cela ne manque jamais à la campagne, les gens de la ville ont souvent de bon terrain. Mais vive les villageois pour le faire valoir, voilà les mariages dont-il faut se mêler, ils sont bons ceux-là...
Sans-Quartier
Et ils feront heureux Monsieur Grand-Galop, car tous ceux dont le nouveau seigneur se mêle tournent toujours à bien ... Voyez le mien s'il n'a pas prospéré.
Grand-Galop
Le vôtre... Est-ce que vous êtes marié !
Sans-Quartier
Eh sarpejeu, vous n'entendez pas... C'est qu'il a été mon Capitaine... C'est ce qui fait, comme vous voyez qu'il me donne toute sa confiance.
Grand-Galop
Ah toute... Et à moi un peu je crois.
Sans-Quartier
À la bonne heure... Je suis fâché pourtant que nous ne brûlions pas quelques amorces, en son honneur et gloire.
Grand-Galop
Et Monsieur Godichon qui depuis quatre jours ne sort pas du cabaret du père Rebus, afin de soutenir l'enthousiasme... Et qui fait une litanie de couplets pour l'arrivée de Monseigneur serait bien attrapé si l'on ne les chantait pas... Car Monseigneur, veut être inconnu tout aujourd'hui...
Sans-Quartier
Il se fait un plaisir de cet incognito... Il faut bien lui garder le secret...
Grand-Galop
Ah ne craignez rien... Avez-vous su de Monsieur le Bailli. Monsieur Sans-Quartier si la petite Jeannette sera des mariées de Monseigneur.
Sans-Quartier
Ma cousine, oh assurément... N'en êtes-vous pas amoureux Monsieur le Postillon ?
Grand-Galop
Mais j'en aime trois ou quatre... C'est un amour coulé à fond je crois à l'égard de Jeannette, car Marcel est le favori.
Sans-Quartier
Et c'est aussi lui qu'elle épousera... Mais nous avons concerté une feinte... Pour mettre son petit coeur à l'épreuve... Mettez-vous toujours sur les rangs... Blaizot viendra aussi se présenter.
Grand-Galop
Qui ce nigaud, ce benêt.
Sans-Quartier
Lorsqu'il s'agit de mariage, ce sont souvent ceux-là auxquels les filles donnent la préférence.
Grand-Galop
Pas dans ce pays-ci, Monsieur le Grenadier pas dans pays-ci, elles font trop connaisseuses ...
Sans-Quartier
Jeannette, est trop jolie, pour n'être pas un peu coquette ; coquette, comme on l'est au village s'entend.
Grand-Galop
sans doute... Il n'y a pas d'état pour ça. Pauvres comme riches, citoyennes, ou villageoises, par toute la terre ça tient à la nature des femmes.
Sans-Quartier
Nous voulons donc l'éprouver... Je vous dirai que j'ai déjà enrôlé secrètement Marcel. Il eût besoin de deux louis, il y a quelques jours, je les lui prêtai sous condition, il sera embarrassé pour me les rendre. Monseigneur est prévenu de tout... Et le laissera un petit moment dans l'embarras, afin de lui faire trouver le plaisir plus vif.
Grand-Galop
À merveilles ... Mais voilà du monde... C'est le Bailli, et Monseigneur.
Scène 2
Le Bailli, Le Seigneur du Village, Sans-Quartier
Le Bailli
J'ai l'honneur de vous assurer, Monseigneur, que les mémoires, que je vous ai envoyé sur les filles à marier font d'après les notions les plus authentiques, rédigées dans l'ordre requis et convenable.
Le Seigneur du Village
Ce sont les plus sages.
Le Bailli
Au comparatif, et au superlatif, Monseigneur.
Le Seigneur du Village
Les moins fortunées.
Le Bailli
À mourir de misère. Si la santé et la Jeunesse ne les soutenaient pas.
Le Seigneur du Village
Bien aimées des futurs, et les aimants bien.
Le Bailli
De coeur, d'âme, et de toutes leurs facultés corporelles, spirituelles, et intellectuelles, Monseigneur, et vous pouvez regarder comme incontestable, tout ce que j'ai eu l'honneur de vous communiquer touchant leur vertu, circonstances et dépendances.
Le Seigneur du Village
C'est fort bien, gardez moi le secret jusqu'à demain. Et vous aussi Postillon. Sans-Quartier avez-vous vu ce petit Marcel.
Sans-Quartier
Pas encor, mon Capitaine.
Le Seigneur du Village
Vous avez donné ordre Monsieur le Bailli qu'on distribuât des grains aux familles indigentes, les vieillards trouveront un asile dans la maison que j'ai cédé pour cet objet.
Le Bailli
Oui Monseigneur.
Le Seigneur du Village
Allons, il ne faut plus songer qu'à nos jeunes gens, nous leur donnerons des vignes à faire valoir ; des champs à cultiver ; des jeunes femmes fraîches et jolies, j'espère que rien de tout cela ne restera en friche. Suivez moi sans- Quartier, vous Postillon annoncez mon arrivée simplement comme celle d'un de mes gens. Je viendrai sous cet habit me mêler parmi eux, je veux que mon arrivée soit pour eux l'aurore du bonheur et cette journée sera pour moi la fête de l'humanité.
Scène 3
Le Bailli
Le Bailli
Ce nouveau seigneur ci, ne rendra pas ma charge fort lucrative, suivant les apparences, il ne fera pas valoir les épices.
Scène 4
Mère Catherine, Le Bailli, Mère Simonne
Mère Catherine
Ah Monsieur le Bailli, on dit qu'il vient d'arriver l'homme d'affaires de Monseigneur.
Le Bailli
Cela est vrai.
Mère Simonne
Et Monseigneur quand viendra-t- il ?
Le Bailli
Peut-être ce soir.
Mère Catherine
Savez-vous Monsieur le Bailli si ma Jeannette est nommée pour être mariée.
Il montre un paquet cacheté.
Le Bailli
Vous allez le savoir au château... Voici qui contient votre sort... et celui de vos filles... Ce font les volontés de Monseigneur .
Mère Simonne
Et ma fille Toinette, Monsieur le Bailli.
Les femmes et le Bailli sortent, Madame Catherine dit en sortant à Jeannette qui entre sur la scène.
Le Bailli
Au château vous dis-je. Venez, je vais vous intimer les ordres de Monseigneur.
Mère Catherine
Sois tranquille ma Jeannette, je vais au Château et je t'apporterai sûrement de bonnes nouvelles.
Scène 5
Jeannette
Jeannette
Sois tranquille... Oh oui tranquille... On en marie que quatre. C'est un bon humain que notre nouveau seigneur de marier comme cela de pauvres filles. Oui, mais encore une fois, on en marie que quatre... et il y en aura peut-être plus de cent. Ah ! VLà Marcel.
Scène 6
Marcel, Jeannette
Il veut l'embrasser.
Marcel
Ah ma chère Jeannette !... Ma chère Jeannette, je viens de rencontrer votre mère.... Elle va au Château...、 Elle m'a appelé son gendre.... Comme elle s'intéresse à notre bonheur ; ah ma chère Jeannette !
Jeannette
Notre mariage est-il décidé ?
Marcel
Non, pas encor... mais j'espère.
Jeannette
Il n'est pas décidé : laissez donc ma main.
Marcel
Mais, il le sera bientôt. Ah ma chère Jeannette ! On marie les plus sages, les plus laborieuses, combien ne devez-vous pas espérer. Et moi ma chère Jeannette... Je suis honnête garçon, j'exerce mes bras, et morgué, quand Monseigneur fait des mariages, c'est pour établir de bons pères de famille ; il choisira ceux qui en sont les plus capables peut-être... Et je me sens de force à défier tous les garçons du village, pourvu que ce soit avec toi dà ma chère Jeannette.
Jeannette
Mon cher Marcel, si nous perdons cette occasion nous ne ferons mariés de longtemps, nous sommes si pauvres, et dans ce temps ci... Il faut acheter le bonheur.
Marcel
Le sort des filles qui ne sont pas riches, est bien à plaindre.
Jeannette
À propos, dis- moi donc, d'où tu as tiré cet argent que tu as apporté à ma mère, ça ma inquiété, deux louis c'est considérable.
Marcel
Ce font mes épargnes ma chère amie, est-ce que Madame Catherine en est inquiète aussi ?
Jeannette
Oh ! Vraiment elle en est bien joyeuse, sans cela nous étions perdues ; comme ça fait plaisir d'avoir obligation à ce qu'on aime. Eh mon Dieu ! Que ferions-nous devenues ; plus de denrées pour porter à la ville, sans le secours que tu nous a fourni.
Marcel
N'en parle plus, n'en parle plus, à propos on dit que les filles choisissent les garçons, ça s'appelle ne rien retrancher du plaisir.
Jeannette
C'est le doubler ; ce bon seigneur, il ne fait pas les choses à demi... Je crois entendre ma mère, oh c'est ce Blaizot ! Celui-là, on me payerait bien pour l'épouser.
Scène 7
Blaizot, Jeannette, Marcel
Blaizot
Serviteur, Mademoiselle Jeannette, eh bien ! Vous n'allez pas au château, Monseigneur doit arriver ce soir, ça sera une fête... Vous n'êtes donc pas curieuse.
Jeannette
Non, Monsieur Blaizot.
Blaizot
Oh moi ! Je suis toujours curieux des fêtes... parce que vous savez bien le proverbe, ça n'arrive pas tous les jours, et puis je suis sûr, que dans les quatre filles qu'on marie, il y en a trois qui vou[d]ront de moi, mais pour cette fois- ci, je n'en épouserai qu'une.
Marcel
Vous devriez être honteux de vous mettre sur les rangs, Monsieur Blaizot, quand Monseigneur fait des mariages de sa bonne grâce ; c'est pour secourir la sagesse, l'indigence et l'envie de bien faire. Imitez-le morgué, lorsqu'il se montre si généreux, faites le bonheur de quelque jeune fille, c'est une chose qui ne profite guères chez vous, que le bon exemple.
Jeannette
Oh ! Vraiment Marcel, on dit qu'il a reçu des nouvelles, comme quoi il hérite d'un de ses parents qu'est mort aux îles.
Blaizot
Eh bien ! Est-ce que je n'ai pas pris du noir pour lui faire honneur donc ?... Ah ça écoutez, Mameselle Jeannette... Marcel a raison... Je veux faire vot' bonheur, je vas vous demander en mariage à la Maman, si Monseigneur donne la dot, nous la prendrons, s'il ne la donne pas, nous nous en passerons ; mais je serai toujours vot' petit mari. Çà vous duit-il, çà répondez ?
Jeannette
Çà ne me duit pas Monsieur Blaizot, au reste, vous pourrez attendre ma mère, mais vous savez que Monseigneur laisse aux filles le choix des garçons.
Blaizot
Eh bien !... Est-ce que je ne sis pas d'une bonne pâte ? Allons, acceptez-moi tout de suite ; un bon tien vaut mieux que deux tu l'auras.
Jeannette
Adieu Monsieur Blaizot.
Blaizot
Adieu la Poulette.
Scène 8
Blaizot, Marcel
Blaizot
Ah ! Je la croquerai bientôt... Je sis un fin renard, et puis elle est bonne travailleuse.... Moi je sis un peu paresseux, elle me convient.
Marcel
Si cet homme avait le coeur obligeant.
Il chante.
Blaizot
Si je ne l'épouse pas, j'aurai sa cousine Angélique qui doit être nommée... Eh ! Vous v'là bien rêveur, Monsieur Marcel, allons gai, tout le monde est gai au village. C'est dommage qu'il n'y ait pas de fusées, de pétards. J'aime les fusées moi, BZ. BZ... Ah ! Petit chose, hausse-moi pour voir les fusées volantes.
Marcel
Monsieur Blaizot, seriez- vous homme à me rendre un service essentiel qui ne vous coûtera rien, et qui me rachètera la vie.
Blaizot
Oh ! Si ça ne coûte rien, j'y regarderai, voyons.
Marcel
Ce serait de me prêter deux Louis... Vous en avez.
Blaizot
Et tu dis que ça ne coûte rien ?
Marcel
Écoutez, pour deux jours, seulement, pour deux jours.
Blaizot
Oh tu veux m'enjôler !... Tiens v'là Monsieur Sans-Quartier, adresses toi à lui ; c'est le cousin de Jeannette, en sa faveur il t'obligera.
Marcel
Oh Ciel ! C'est lui... Comment vais-je faire ?
Scène 9
Sans-Quartier, Blaizot, Un Tambour
Sans-Quartier
Eh bien Pays ! Comment cela va-t-il ?... Quand voulez-vous tâter de la grenade ? Bonjour Marcel.
Blaizot
Nous avons à tâter d'autre chose aujourd'hui, Monsieur Sans Quartier.
À Blaizot.
Il lui met son bonnet.
Sans-Quartier
As-tu songé à notre affaire Luron ?... Mille charretées de Bombe, c'est dommage que vous ne preniez pas parti, vous auriez fait un beau Frikmann. Voyons un peu, sarpejeu, il y a des gens que ça grandit ; mais, çà vous rapetisse, mille diables me labourent l'estomac, si je n'aimais pas autant habiller mon brûle-gueule.
Un Tambour
Allons, venez trinquer ici près, chez le Papa Rebus, il y a de bon vin, ça fait croître la moustache.
À Sans-Quartier.
Il sort avec le Tambour.
Blaizot
Allons, allons vous me turlupinez... Bonjour. Monsieur Sans-Quartier, j'ai fait enfuir la cousine... mais j'ai de belles espérances.
Sans-Quartier
La Tulippe, va faire tirer chopine, chez Monsieur Rebus.
Scène 10
Sans-Quartier, Marcel
Sans-Quartier
Ah ça Cadet ! C'est aujourd'hui qu'il faut faire l'engagement, les deux Louis ne viennent pas... J'ai ton billet.
Marcel
Ah Monsieur Sans-Quartier ! Si vous vouliez m'accorder deux jours, à cause de la circonstance... Voyez c'est peut-être aujourd'hui que sera décidé mon mariage avec votre cousine, je vous en prie Monsieur Sans-Quartier.
Sans-Quartier
Eh Parbleu ! Pourquoi prends-tu des engagements de deux côtés à la fois, il faut déserter de l'un ou de l'autre.
Marcel
Vous m'avez paru si bon... Songez donc au mariage.
Sans-Quartier
En mille Escadrons ! As-tu peur que Jeannette ne manque d'époux.
Marcel
Pas plus que le roi de soldats.
Marcel
Ah ! Je crois que tu fais le raisonneur, écoute, j'ai ton billet, mes deux Louis, ou partir demain matin, oh je te ferai bien marcher.
Marcel
Il ne faudra pas de violence, Monsieur, quoique je n'aies pas l'honneur d'être grenadier, je sais tenir ma parole.
Sans-Quartier
À la bonne heure comme ça.
Marcel
Avez-vous vu Madame Catherine, Monsieur Sans-Quartier ?
Sans-Quartier
Oui, je l'ai vu du côté du château avec la mère Simonne et le vieux Père Hubert, qu'on a fait exempter de la taille, de la part de Monseigneur ; ils chantaient tous ses louanges ; c'est bin naturel.
Marcel
Ils seront donc bientôt de retour.
Sans-Quartier
Ils ne tarderont pas.
Marcel
Je vous quitte un moment... Monsieur Sans-Quartier, vous ne vous défiez pas de moi... Je promets d'être revenu avant cet après-midi.
Marcel sort.
Sans-Quartier
Oh ! Va, je te trouverai toujours bien.
Scène 11
Sans-Quartier
Sans-Quartier
Ah ah ah ah !... Oh ma foi ! Il n'est pas difficile de voir qu'il en tient pour Jeannette... Je crois qu'il aimerait mieux la joindre que le Régiment... Voyons astheure si Jeannette en tient pour lui... C'est amoureux, et ça n'a pas de quoi vivre, et ça veut se marier pardessus. Nous n'avons pas de ces faiblesses-là, nous autres, sarpejeu, voilà la maîtresse d'un Grenadier, (montrant son sabre.) elle ne lui fait jamais d'infidélité, vive les amours à la Grenadière.
Scène 12
Jeannette, Sans-Quartier
Jeannette
Ah vous voilà ! Mon cousin sans-Quartier.
À part.
Sans-Quartier
Oui ma cousine. Têtebleu la jolie figure, quel tendron pour un quartier d'hiver... Ce fripon de Marcel, est bien heureux, misère n'est rien, plaisir est tout.
Jeannette
Que dites-vous de Marcel ?
Sans-Quartier
Je dis que vous ne le haïssez pas, à ce que je me persuade, c'est dommage qu'il ne soit pas riche.
Jeannette
Mais, il a bon coeur, qu'il faut bien avoir de l'amitié pour lui.
Sans-Quartier
Oui, et lui vous fait l'amitié de vous faire l'amour.
Jeannette
Vous venez du château, mon cousin, il y a du nouveau sûrement.
Sans-Quartier
Vous vous en doutez bien, on a nommé les filles dont on va faire des mères de famille ; c'est une jolie métamorphose, n'est-ce pas ?
Jeannette
Vous y étiez, mon cousin, s'en est-il présenté beaucoup ?
Sans-Quartier
Oh ! Je vous le demande... Il y avait de quoi faire une belle recrue, allez, elles ne se faisaient pas tirer l'oreille.
Jeannette
Et a-t-on nommé les quatre ?....
Sans-Quartier
Les quatre miliciennes, qui vont travailler à donner des sujets au Roi, par la faveur de Monseigneur, eh oui ! On les a nommées .
Jeannette
Peut-on savoir ?...
Sans-Quartier
Qui c'est ? ... Volontiers, la première est fille de Catherine Jonquillon, veuve de Christophe Bedaine, ancien bedeau de la paroisse, et cousine de Monsieur Sans-Quartier, Anspessade de la première Compagnie de Grenadiers du Régiment de Picardie, premier régiment de France.
Jeannette
Eh ! Mais c'est moi.
Sans-Quartier
Eh ! Mais, c'est cela à peu près.
Jeannette
Ah Ciel !... Eh Monsieur Sans-Quartier, savez-vous, quel est l'époux ?...
Sans-Quartier
Qu'on vous destine, et vous vous moquez je crois, pensez-vous que Monseigneur fournit de tout ?
Jeannette
Oh ! Ce sera Marcel assurément.
Sans-Quartier
Cela n'est pas sûr.
Jeannette
Cela n'est pas sûr ?
Sans-Quartier
Pas trop... Le Diable s'en mêle quelquefois, il pourrait faire une autre noce, je veux lui donner une femme, moi.
Jeannette
Oh ! N'en faites rien.
Sans-Quartier
Bon, il y a tant d'épouseux... Vous n'en manquerez pas.
Jeannette
Il n'y a qu'un Marcel.
Tout le Village arrive en dansant, il y a des violons, les Filles et Garçons à Marier se font remarquer, on chante en choeur les couplets fuivants.
Sans-Quartier
Ne vous chagrinez pas.... mais, qui font ces chanteux ? Ah ! C'est tout notre monde... Je vas chercher mon tambour pour augmenter la symphonie.
Scène 13
Tous, Mère Catherine, Angélique, Toinette, Jeannette, Vieux Hubert, Mère Simonne, Blaizot, Vieux Hubert, Tous Les Garçons
Sur l'Air : Lison dormait dans un Boccage.
Tous
À La ville comme au village On voit par-ci, on voit par-là, Soupirer tendron du bel âge Quel mal est-ce donc que cela ? Plus de repos pour ces poulettes Que faut-il donc pour guérir çà Pour guérir çà, pour guérir çà ? C'est un mari pour ces fillettes, Oh ! C'est cela, oh ! C'est cela, Et Monseigneur leur donnera. Mais, Lison n'est pas satisfaite, Un coeur par-ci, Mari par-là, Que faut-il donc à la pauvrette ? Est-ce avoir tout que d'avoir çà ? Il faut argent dans un ménage, Il faut la dot ; et caetera . Car sans cela, car sans cela L'amour porte un triste visage, N'est-ce que çà, n'est-ce que çà, Ah ! Monseigneur la dotera. Pour bien célébrer cette fête, Nos coeurs par-ci, nos coeurs par-là, Seront aujourd'hui sa conquête, Nous ne possédons que cela, Peut-être qu'avec bienveillance, Ce bon Seigneur, les recevra, Les recevra, les recevra, Les fruits de la reconnaissance Mûrissent-là, mûrissent-là, Et Monseigneur les cueillera.
Mère Catherine
Allons, ma chère Jeannette, voilà tes compagnes qui viennent te chercher ; vous êtes toutes associées aujourd'hui par le bonheur.
Angélique
Il est bien plus doux quand il est partagé.
Elles s'embrassent.
Toinette
Plus on fait de parts, plus il s'augmente.
Jeannette
Où donc est Marcel ?
Montrant son futur.
Angélique
Nous l'avons rencontré qui courait au château, ma chère amie, voilà Firmin.
Jeannette
Te voilà bien heureuse... Mais, où est allé Marcel ?
Vieux Hubert
Allons, Madame Simonne, il ne faut pas tant barguigner, il faut choisir avant que Monseigneur arrive. Acceptez vous mon fils, il aime votre fille, il n'est pas engourdi ; j'espère qu'il pourra la rendre heureuse.
Mère Simonne
C'est parce qu'il l'aime, qu'il ne l'aura pas, avec l'amour il y a trop de temps perdu.
Blaizot
Voulez-vous me la donner, moi je ne l'aime pas.
Mère Simonne
Vous êtes trop chiche vous, Monsieur Blaizot et vous n'avez pas assez d'expédition.
Blaizot
Il y a temps pour tout.
Vieux Hubert
Allons, déterminez-vous, j'ai mes soixante-douze ans voyez-vous et cette journée ci, m'en ôte la moitié... Ces quatre mariages là, prospéreront... Et je compte bin avant de mourir, voir une demi douzaine de bons gars, dans chaque famille.
Tous Les Garçons
Vous avez raison Père Hubert.
Vieux Hubert
Voyez-vous mes amis, c'est un présent du Ciel que ce bon seigneur là, ça augmente votre patrimoine, il faut de braves gens comme ça dans le monde pour que les pauvres puissent aimer les riches... Allons Mère Simonne acceptez-vous Jeannot.
Scène 14
Le Seigneur du Village, Grand-Galop, Tous, Jeannette, Toinette, Angélique, Firmin, Mère Simonne
Le Seigneur du Village
Ne me découvre pas.
Il dit tout bas à celui qui est à côté de lui.
Cela se répète de la même manière en faisant la ronde. Tout bas.
Grand-Galop
Ne craignez rien. C'est l'homme d'affaires de Monseigneur, C'est l'homme d affaires de Monseigneur.
Grand-Galop
Eh ! Bien enfants de la joie allons de la gaieté, est-ce que vous ne venez pas chez le papa Rebus. Il faudrait que le chagrin fût bien escorté pour entrer dans sa maison aujourd'hui. Le Bailli vient de faire distribuer du grain, par ordre de Monseigneur. Les vieillards, les mères, les petits enfants, tout s'est jeté pêle mêle dans son cabaret, deux ménétriers, raclent des rondes dans la cour pendant que Monsieur Godichon leur distribue des couplets, tenez en voulez-vous.
Tous
Donnez-nous. Donnez-nous .
Pendant que les gens du Village lisent les couplets, et sautent de joie, ce qui forme un espèce de brouhaha d'allégresse.
Le Seigneur du Village
Quelle joie naïve, quelles scènes touchantes, c'est bien la l'image du vrai sentiment, riches trésoriers, favoris de la fortune qui remplissez vos palais de peintures acquises à grands frais, voilà les tableaux vivants que vous devriez plutôt vous procurer à chaque pas, ce font là les galeries d'un homme sensible. C'est ainsi qu'on sème dans le champ de l'humanité, et la reconnaissance est la moisson des bons coeurs ; melons-nous parmi eux sous ce vêtement grossier, plus on leur ressemble, plus on s'approche de la nature.
Jeannette
J'ai un duo de la mariée avec son bon ami.
Toinette
Moi, j'ai un couplet en l'honneur de Monseigneur.
Angélique
Voyez quelle est heureuse.
Firmin
Moi, j'ai les plaisirs du ménage.
Mère Simonne
Qu'est-ce donc que ce Monsieur là ?
Grand-Galop
C'est un monsieur qui.. Est au service de Monseigneur.
Mère Simonne
Je l'aurais deviné à son air de probité.
Jeannette
Monseigneur vient-il aujourd'hui ?
Le Seigneur du Village
I ne tardera pas .
Jeannette
C'est notre Dieu tutélaire .
Toinette
C'est notre sauveur.
Le Seigneur du Village
C'est votre bienfaiteur, mes amis, c'est votre Bienfaiteur voilà le mot véritable, il est assez flatteur, toutes les autres expressions ne font que de beaux mensonges. Tous à la fois par acclamation. C'est notre bienfaiteur.
Grand-Galop
Madame Simonne, voudra-t-elle bien se souvenir, que Son très zélé serviteur Grand-Galop, a depuis longtemps de fort grandes prétentions sur Mademoiselle Toinette Sa fille, la plus aimable production du Canton, sans faire tort à ces demoiselles, qui font aussi de fort jolies productions.
Toinette
C'est fort joli cela Monsieur Grand-Galop, mais on ne peut donner son coeur qu'une fois, et vous savez bien que vous n'avez pas le mien.
Grand-Galop
Je ne m'en suis pas aperçu... Ah ! Voilà le papa Rebus.
Scène 15
Le Père Rebus, Mère Simonne, Firmin, Jeannette, Mère Catherine, Jeannot
Le Père Rebus
Holà hé ! N'êtes-vous pas las d'attendre vous autres ? Tout le Village s'est jeté chez moi... Le Bailli qui met de l'ordre pour les conduire au château... Et vous faites assemblée à part. Et vous Monsieur Grand-Galop, vous emporté les chansons de nos gens qui ne savent plus où ils en sont. Allons Gaudiamus.
Mère Simonne
Vous v'là déjà en pointe.
Firmin
Le Père Rebus commence toujours par là sa journée, ça le met en train de faire ses affaires.
Le Père Rebus
Tu te trompes mon ami quand j'ai bu le matin toutes mes affaires sont faites.
Mère Simonne
Il est un peu gai.
Le Père Rebus
Comme vous voyez, Bonum vinum laetificat. Je fais crédit à tout le monde aujourd'hui, c'est le plaisir qui me payera les intérêts de la créance... À propos cadet Marcel n'est pas revenu... Il s'est chamaillé avec Sans-Quartier.
Jeannette
Ah ciel ! Que ferait-ce donc ?
Mère Catherine
Ah mon dieu ! Qu'est ce que c'est ?
Le Père Rebus
Ne craignez rien, c'est le jour du bonheur... Et vous Madame Simonne tous les prétendants de Mademoiselle Toinette vous demandent, allez donc avec eux au-devant de Monseigneur.
Mère Simonne
Je vais les joindre... Allez Père Hubert le choix est tout fait.
Les mères sortent avec le père Hubert, Blaizot, et Grand-Galop.
Jeannot
Ah que je suis heureux !
Scène 16
Le Père Rebus, Firmin, Le Seigneur du Village, Toinette
Aux filles qui restent.
Au seigneur qu'il aperçoit à son côté.
Le Père Rebus
Menez un peu les autres. Il faudra remuer le cotillon aujourd'hui les petites mamans... Il y aura de la danse. Est-ce que Monsieur serait un futur ?
Firmin
Monsieur est de la maison de Monseigneur.
Le Père Rebus
De la maison de Monseigneur... Ah ah ... Eh bien Monsieur, c'est comme cela ici... Il n'y a pas de chagrin quand nous nous occupons de lui.. Vlà de jolies plantes qu'il va faire fructifier... Ça séchait sur pied... La plus belle fleur tombe si elle n'est pas arrosée. Vous entendez bien... Et Monseigneur est un bon jardinier...
Le Seigneur du Village
Vous avez raison Papa Rebus.
Le Père Rebus
Eh monsieur ! Vous Savez mon nom.
Le Seigneur du Village
Eh bien !
Le Père Rebus
Eh bien ! Il se montre aujourd'hui le père de cette jeunesse... Et j'espère que dans quelque temps... Il sera aussi le père de leurs enfants. Le père de leurs enfants... En tout bien tout honneur au moins.
Le Seigneur du Village
Il est unique... Ce bon homme.
Toinette
Allons, Monsieur Rebus, vous êtes un peu en train, ça n'amuse pas Monsieur.
Au seigneur.
Le Père Rebus
Taisez-vous, taisez-vous petite fille... Tenez ça ne peut pas tenir sa langue. Ça veut donner des conseils ... Y aurait-il longtemps que vous seriez marié Monsieur par exemple ?
Le Seigneur du Village
Jamais.
Le Père Rebus
Il y a longtemps en ce cas là.
Scène 17
Grand-Galop, Jeannette, Le Père Rebus
Grand-Galop
Allons Messieurs les maris... On vous attend pour se mettre en marche.
Jeannette
Monsieur Grand-Galop vous n'avez pas vu Marcel ?
Grand-Galop
Diantre, mais vous l'aimez bien ce Marcel, vous n'avez que lui dans la tête.
Jeannette
Vraiment oui je l'aime. Est-ce que cela parait Monsieur le Postillon ?
Grand-Galop
Est-ce que ça peut se cacher ?... Quand une fille a de l'amour à travers le coeur, ça ne se fait quelquefois que trop apercevoir.
Le Père Rebus
Monsieur le Postillon a raison ; mais gardez toujours cette amitié là, petit coeur, elle ne fait pas de tort dans la maison, cela diminue bien quelquefois après la noce.
Jeannette
Cela diminue.
Le Père Rebus
Oui, c'est selon, il y a des filles après le mariage qui ont quelque chose de plus, il y en a qui ont quelque chose de moins.
Jeannette
Ah ! Vous êtes sorcier.
Le Père Rebus
Sorcier, non...
Toutes les filles sortent avec les Futurs.
Jeannette
Allons mes amies.... Allons joindre les autres. Ah ! Quelle figure vais-je faire sans Marcel.
Scène 18
Le Père Rebus, Le Seigneur du Village, Grand-Galop
Le Père Rebus
Ces enfants-là n'entendent pas malice, n'est-ce pas frère, excusez de la familiarité.
À part.
Le Seigneur du Village
Il n'y a pas de mal. Que de vrais plaisirs dans cette classe d'hommes.
Le Père Rebus
Vous étiez un peu entiché je crois de cette Jeannette, Monsieur le Postillon.
Grand-Galop
De cette Jeannette, non... Vous n'y êtes pas, de la cousine Toinette, dites donc.
Le Père Rebus
Bon, Toinette, Jeannette, c'est la même chose, dans ces petites filles-là, de l'une à l'autre, il n'y a pas çà de différence, n'est-ce pas, Monsieur ? Tenez je suis Roger, Bon-temps, moi, in Vino veritas .... veritas, la vérité... Vous ne croiriez pas, elle loge chez moi la vérité... Elle est là sur mon enseigne, CHEZ REBUS, BON VIN, À LA VÉRITÉ. Vous savez que c'est la vertu des bonnes gens, ne trouvant pas de gîte ailleurs il a fallu qu'elle se loge dans un Bouchon ; aussi c'est dans ce Bouchon-là, qu'on a fait les couplets qu'on doit chanter à Monseigneur... C'est une ingrate pourtant elle m'a quitté.
Le Seigneur du Village
Elle vous a quitté... La Vérité.
Le Père Rebus
Oui, je suis comme les amoureux absents de leur maîtresse ; je ne l'ai plus qu'en peinture.
Le Seigneur du Village
Qu'est-elle donc devenue ?
Le Père Rebus
On dit que, le Roi depuis quelque temps, l'à fait venir à Versailles, et qu'elle est en faveur... motus.
Le Seigneur du Village
Elle aura surpris bien du monde dans ce pays-là, on la croyait perdue... sans doute elle s'était réfugiée en Province.
Le Père Rebus
C'est chez moi je vous dis... Çà ne doit pas vous surprendre, il y a des gens qui la nichent au fonds d'un puits, moi je la loge au cabaret, c'est plus décent.
Grand-Galop
Je me souviens de l'avoir vu arriver chez vous, Père Rebus, elle faisait pitié, elle avait traversé toute la Gascogne, c'est dans ce pays-là qu'elle a pâti.
Le Père Rebus
Et en Normandie donc, ils ont voulu dix fois lui donner le coup de pouce, aussi ni les Normands, ni les Gascons, ne viennent boire chez moi, et cela à cause de l'enseigne.
Grand-Galop
En parlant de vérité... Il y en a une bien triste pour Mademoiselle Jeannette... Marcel est engagé ...
Le Père Rebus
Cela contrarierait un peu son mariage.
Grand-Galop
Ma foi, Sans-Quartier, ne s'en cache pas. Si Jeannette en a quelque soupçon... La pauvre enfant en mourra de chagrin.
Le Seigneur du Village
Il ne faut pas laisser aller la chose plus loin, Monsieur le Postillon... Il faut me chercher Marcel, et dire à Jeannette, d'être tranquille.
Le Père Rebus
Oh oui ! Ma foi vous êtes attaché à notre nouveau seigneur, çà se voit à votre premier mouvement. Voilà ce qu'opèrent les beaux modèles.
Le Seigneur du Village
Sans doute, et c'est ce qui rend aujourd'hui la Nation si respectable, tout Français veut imiter son souverain, chez nous les modes viennent toujours de la Cour.
Le Père Rebus
Oh ! Vous viendrez boire chez moi, vous frère... Tenez il n'y a que cela que j'envie aux riches, moi, c'est le pouvoir de faire du bien.
Le Seigneur du Village
Savez-vous Père Rebus... que vous parlez quelquefois... comme un Philosophe.
Le Père Rebus
Philosophe... Qu'est-ce que c'est que cela ? Philosophe.
Grand-Galop
On dit, que ce sont des gens qui ressemblent aux poteaux qu'on met sur les grands Chemins ; ils enseignent la bonne route mais ils n'y marchent pas... Mais voilà tous nos épouseux, tâche de faire entendre, raison à Sans-Quartier Monsieur Rebus.
Le Père Rebus
Je ne me charge pas de cela .... Vois-tu, c'est un Grivois qui boit ses quatre bouteilles sans qu'il y paraisse ; j'ai du faible pour lui.
À Grand-Galop.
Le Seigneur du Village
Que Jeannette, soit là-dessus, sans inquiétude... Elle ne languira pas longtemps ... Courez me chercher Marcel et le Recruteur, vous dis je ? Et venez me joindre, je vous attends au château.
Scène 19
Le Père Rebus, Mère Catherine, Jeannette, Blaizot, Firmin
On arrive en sautant, le violon joue la noce du Déserteur.
Tous avec des couplets.
Le Père Rebus
Allons, le la jubilation.... Eh bien ! Enfants, avez-vous saigné la barrique aux couplets... C'est celle de la franchise... Il n'y a que les amoureux qu'elle ne peut pas corriger de mentir... Eh bien ! Est-ce que nous ne chantons pas... Allons nous ferons chorus... On ne peut pas trop devancer le plaisir. C'est à Mademoiselle Jeannette à commencer.
Mère Catherine
Allons à toi... Qu'est-ce que ton couplet ?
Jeannette
C'est un duo sur le bonheur, avec qui voulez-vous que je le chante.
Blaizot
Ne me vlà-t'il pas Mademoiselle.
AIR.
Firmin
L'amour dans un bon ménage, De la peine et du plaisir, Fait toujours égal partage ; Lorsqu'hymen vient nous unir Il nous comble de ses biens, C'est le plus doux des liens. Le beau jour de notre mariage, Est le jour du vrai bonheur ; L'amour en fera pour nous l'hommage, Que l'on doit à Monseigneur : Le sentiment en fait autant, Et le coeur alors est content. Que sans soucis et sans chagrin, Le destin apprête, Pour lui sans fin, Des jours sereins De vrais jours de fête. Tant que Marcel ne sera pas ici, elle ne chantera pas ; je vas commencer, moi. C'est un couplet d'épouseur, les plaisirs du ménage ... sur l'air entre ma femme et la table.... Ça va ronfler.
Scène 20
Tous, Le Seigneur du Village, Marcel, Le Bailli, Le Père Rebus, Firmin, Une Paysanne, Un Paysan, Vieux Hubert, Blaizot, Sans-Quartier, Thérèse
Dès-que l'ariette est finie ; Marcel entre le premier.
Tous
Oh ! Vlà Marcel, vlà Marcel.
Le Seigneur du Village
La belle Jeannette, veut bien que je lui présente son amoureux.
Marcel
Ah ! Ma chère Jeannette, Monsieur vient de me rendre à la vie.
Il donne de l'argent à Sans-Quartier.
Marcel
Monsieur Sans-Quartier, voulait vous le disputer. Mais voici qui vous mettra d'accord. Est- il possible qu'une somme aussi modique, eut pu retrancher de la patrie, une race de bons Citoyens.
Le Bailli
Permettez-moi d'observer.
Le Père Rebus
Allons, Bailli, observez... Observez... Monsieur, ce que vous faites là est bien loyal...
Le Seigneur du Village
Je ne fais mes amis, que ce que le seigneur aurait fait lui-même.
Il donne la Chanson.
Le Père Rebus
Nous étions à chanter ses louanges... Pargué Monsieur, nous allons continuer, vous nous en direz votre sentiment. Allons, mes amis, qui est-ce qui chante le premier couplet ?... à la ronde... Donnez.
Sur l'Air, de la bonne avanture.
Le Père Rebus
Oui, entonne nous cela un peu, Frère Firmin.
Ier. Couplet.
Firmin
Quel miracle dans ce jour, Quatre mariages, Tous quatre unis par l'amour, Tendres époux, filles sages, N'est-ce pas prodigieux, Et pourrait-on dire mieux, La bonne aventure, Ogué. La bonne aventure.
I Ie.
Une Paysanne
Bonté, Franchise et Candeur, Dans une âme pure, Tout cela chez Monseigneur, Se voit, chose sûre : Quand il fait notre bonheur, Oh ! C'est toujours pour son coeur. La bonne aventure, etc.
II Ie .
Un Paysan
Mes amis dans ce beau jour, La reconnaissance, Doit s'unir avec l'amour, Et la bienfaisance. Quelle fête c'est pour nous, Répétons voilà pour tous : La bonne aventure, etc.
I Ve.
Vieux Hubert
Comme on voit dans le printemps, Renaître verdure, Le bonheur de mes enfants, Ranime nature ; Et malgré mes cheveux blancs, Je chante comme a vingt ans. La bonne aventure, etc .
Il prend la feuille.
Le Père Rebus
Eh bien ! Et à moi donc ... Comme vous y allez vous autres... Il n'y en a plus.
Firmin
Eh bien ! Faites en un, Père Rebus.
Ve. Couplet.
Le Père Rebus
Un ami franc et grivois, Bon vin, gaIeté pure, Fille de joli minois, Fraîche et sans parure, C'est en comptant par ses doigts, Trouver juste quatre fois La bonne aventure, ogué, etc . Rebus... Tiens en vlà un bon Rebus .
Le Père Rebus
Allons, Blaizot... à toi un petit impromptu....
Blaizot
Çà, n'est pas proposible...
Le Père Rebus
Qu'est-ce que vous dites de tout cela ?...
Sans-Quartier
Ma foi, Monseigneur, si vous ne voulez que faire des heureux, vous devez être content.
Tous
Monseigneur...
Le Bailli
Oui, c'est le seigneur lui-même.
Le Seigneur du Village
Sans-Quartier ....
Sans-Quartier
Ma foi, Monseigneur... Je n'y puis plus tenir c'était chagriner ces bonnes gens, que de leur laisser ignorer plus longtemps qui vous êtes .... Vous ne vous êtes déguisé, que pour leur faire du bien. Comment pouviez-vous leur en faire d'avantage.
Tous
Pardon, Monseigneur, pardon de ne vous avoir pas reconnu.
Le Seigneur du Village
Eh ! Mes amis ... Tous les Hommes se ressemblent ... Leurs actions les distinguent... Et je me trouve trop heureux que les miennes se soient fait connaître avant moi... Je suis enchanté de vous, mes enfants... Ne démentez point votre Patrie... J'espère que nos quatre jeunes mariés, donneront bientôt de nouveaux habitants dignes de leurs pères. Et pour entretenir l'émulation. Je promets outre la dot, cent écus à celui des quatre époux, qui pourra le premier se glorifier d'être père.
Tous
Ah le bon seigneur !
Sans-Quartier
Sarpejeu... Mon Capitaine ! Voilà des traits dignes d'un César ; permettez-moi, de vous imiter un peu..... Je vous le demande, au nom de l'uniforme. Tenez Père Rebus, voilà l'argent que Monseigneur m'a donnés... Je veux qu'il soit employé à régaler les épousés.
Le Bailli présente les épousés.
Le Père Rebus
Vlà un beau procédé .... Il n'y a donc que ce Blaizot, qui ne se signalera pas.
Blaizot
Pardi ils me passent tous la plume par le bec.
Marcel
Allons, un petit effort ...... Vlà Thérèse à qui vous faisiez la cour avant d'hériter ; elle mérite bien, qu'on mette l'avarice de côté.
Thérèse
Oh ! Si Monseigneur, m'avait mis des quatre.. Il m'aurait bien pris... Il sait pourtant ce qu'il m'a promis.
Blaizot
Allons, va, c'est une affaire faite... à condition que tu me feras gagner les cent écus que Monseigneur vient de promettre.
Le Seigneur du Village
Doucement Monsieur Blaizot... Vous n'avez pas droit à ma promesse ; mais pour que vous n'ayez pas de repentir, je me charges de la dot de Thérèse...!
Tous
Ah ! Le bon seigneur... Le bon seigneur.
Le Seigneur du Village
Bon... Oui mes amis, Bon... C'est l'éloge qui me flatte le plus... Et j'espère toujours le mériter. Et n'est-ce pas pour moi la plus douce jouissance que de l'entendre prononcer. C'est ainsi que doivent penser, ceux auxquels le hasard accorde les richesses et les biens de la terre, ils ne font que les dépositaires de la nature, et les Vrais Généreux, doivent trouver leur bonheur, en faisant celui des autres.
Vieux Hubert
Ah ! Vive notre nouveau seigneur.
Vieux Hubert
Oui vive Monseigneur... Que le ciel vous accorde ses bénédictions, et à ces enfants là, la douceur de vous voir encor plus âgé que moi dans le sein de leurs familles, et cela pour le plaisir des honnêtes gens, le bonheur de l'humanité, et le soulagement des pauvres filles.
Vaudeville
Tous
sur l'Air : de celui de Tom-jones.
I.
II.
III. Au public.
Tout le monde danse, à la villageoise, le seigneur avec eux, et la pièce finit.
Tous
Chacun ici se dispute la gloire De consacrer d'aussi beaux noeuds Pour en garder la fidèle mémoire, On y compte que des heureux. Le Dieu d'hymen tout fier de sa conquête Appelle la félicité, Le coeur s'en mêle, et cette fête Est celle de l'humanité. Qu'il est touchant pour la triste indigence Le coeur toujours gros de soupirs, De voir les soins que prend la Bienfaisance, Pour lui procurer des plaisirs. Avec gaieté regardez la sourire Aux dons que lui fait le bonheur, Ses doux transports et son délire, sont l'éloge le plus flatteur. Daignez Messieurs applaudir cet ouvrage Enfant du coeur et de l'instant, Il ne sied pas un jour de mariage De se retirer mécontent. Votre suffrage est le plus doux salaire C'est l'avantage le plus flatteur, Et Si la pièce a pu vous plaire, C'est le triomphe de l'Auteur.