Les Boites
Scène 1
Subtil
AIR : En quatre mots.
AIR : Ah ! que je sens d'impatience.
Bis.
Subtil
Je vais revoir tous ces messieurs en us, Les citoyens Horatius, Curtius, Mutius ; Il n'y a qu'une chose qui m'désespère, C'est qu'not, président m'préfère C'vilain Torquatus, Mais j'ai l'appui du citoyen Gracchus, À ses yeux Torquatus N'est qu'un Olibrius ; J'sais qu'il a des poings tant et plus, Pour de l'esprit, motus. Tout en haut des bancs je m'élève Cela fixe l'attention; Drès le moment que je me lève Pour débiter m'a motion, Le plus profond silence, Le plus profond silence, Soudain se fait de l'un à l'autre bout Pour écouler mon éloquence , On prête l'oreille par-tout; On demandera , Qui donc parle-là ; C'est lui, le voilà , Puis chacun dira; C'est lui, le voilà , Puis chacun dira ; Paix là, paix là, paix là. À force, À force Chacun m'applaudira. Le v'la donc arrivé le moment heureux de la résurrection des jacobins, ce jour si vivement désiré ; c'est ce soir que la conjuration éclate. Cette nuit sera le plus beau jour de notre règne, il y a assez longtemps qu'on nous persécute, et pourtant nous n'voulons que l'bien d'nos concitoyens. Oh ! Qui m'tarde de voir r'commencer nos séances. J'veux l'jour d'l'ouverture d'not'salle, débiter cette superbe motion que mon cousin Sangsue m'a rédigée par écrit, et que j'ai apprise sur le bout de mon doigt. Président, j'demande la parole, j'fais la motion qu'on arrête sur-le-champ tous ceux qui n'iront pas d'not' avis. Quand ils seront une fois en prison, ils apprendront à d'venir libres. - Arrêté à l'unanimité. En masse... Et puis ensuite :
Scène 2
Subtil, Caton
Subtil
Ah ! C'est toi, citoyen Caton, eh bien ! Qu'y a-t-il de nouveau ?
Caton
Tout succède à nos voeux : cette nuit enfantera des miracles, nous chargeons les honnêtes gens d'un crime nouveau, nous armons contre eux les amis du gouvernement du jour, ces furoristes infâmes qui assassinèrent, les dix et onze thermidor, le génie de la liberté dans la personne de ses plus zélés défenseurs ; nous affaiblissons un parti par l'autre et ensuite nous les écrasons tous les deux.
Subtil
Oui, nous les écraserons tous les deux.
Caton
Au milieu du tumulte, nous nous porterons aux prisons, et nous délivrerons nos patriotes énergiques qui gémissent dans les fers.
Scène 3
Torquatus, Caton, Subtil, Scévola
AIR : Orléans Boiginci.
Torquatus
Triste jour, Affreux jour. Notre chef est parti pour Vendôme, Vendôme.
Caton
Que dis-tu ?
Subtil
Pas possible.
Scévola
Il n'est que trop vrai.
Torquatus
Tandis que j'le r'mouchions à la Porte Saint-Denis, il est sorti par la Barrière des Gobelins.
Caton
Mes amis, il n'en faut pas moins poursuivre notre entreprise ; quand elle aura réussi, nous aurons le temps d'envoyer des forces après lui, qui s'empareront de son escorte, qui le délivreront et qui le ramèneront en triomphe, recevoir le prix dû à ses rares vertus, à son incorruptible patriotisme.
Scévola
Ah ! Sandis, ce jour-là, je manque toutes mes pratiques.
AIR: J'ai perdu mon âne.
Bis.
Torquatus
T'nez-moi, j'suis crâne, J'm'atelle à près. J'veux morgué, quand i r'viendra, qu'j'allions tous aud'vant lui, que i'détellions les chevaux de sa voiture, et que j'le traînions en triomphe.
Bis.
Subtil
Eh ben s'sra, L'premier carrosse qu'on verra Traîné par un âne.
Torquatus
Qu'appelles-tu traîné par un âne ? Moineau sans plumes, j'te f'rai voir à qui tu parles.
Caton
Eh ! Mes amis, ne vous occupez point de querelles particulières, quand la querelle générale est sur le point de se vuider. Vous devez vos bras à la patrie.
Subtil
Nos bras tant que l'on voudra, pourvu que nos mains nous restent.
Scévola
Caton a raison, la patrie a besoin de vous, et elle met vos bras en réquisition.
Torquatus
T'es ben heureux, j'dis, que s'té réquisition-là vienne, sans ça tu sentirois c'qui pèsent.
Subtil
Il le ferait comme il le dit.
Torquatus
Mioche.
Scévola
En vérité tu es têtu comme une mule.
Torquatus
Allons, explique-moi c'que j'ons à faire.
AIR : Que j'aime mon cher Arlequin.
Bis.
Subtil
Moi j'm'en vais te conter tout çà, Ah ! que c'est drôle Quand tu sauras. Tu verras Quel royaliste est à quia En vérité c'est drôle. Ici bientôt il dansera La danse la plus drôle. Dabord tu sauras que...
À Torquatus.
Caton
Que tu ne sais ce que tu dis. Mon ami, depuis longtemps nous méditons notre projet dans l'ombre et le silence.
Subtil
Certainement dans l'ombre, nous nous assemblons dans des caves.
Caton
Mais tais-toi donc ; déjà tu le sais, nos ennemis en ont empêché l'exécution, en arrêtant notre tribun et ses braves amis ; mais les obstacles nous irritent, les revers nous élèvent, et de même que le nitre enflammé, plus nous sommes resserrés, plus notre explosion est terrible.
Scévola
Oui, nous sommes des petits volcans.
Caton
Cette nuit nous devons placer dans différents endroits de cette Commune des drapeaux blancs avec cette inscription : Mort aux Républicains. Les drapeaux seront couverts des emblèmes de la royauté, et ornés de cocardes blanches.
Torquatus
J'commence à découvrir la manigance, j'écrirons ben hant qu'c'est les royalistes, et que la contre-révolution est entrain.
Caton
C'est cela.
Subtil
C'est cela.
Scévola
C'est cela.
AIR : de la Soirée orageuse.
Torquatus
Les honnêtes gens à présent Sont tous aussi froids que la glace, Et nous avons trouvé plaisant De faire un complot à leur place ; Les républicains endormis, Que j'ai fait coucher sur mes listes, Ce matin seront bien surpris De se réveiller royalistes.
Caton
Des boîtes seront tirées dans différents quartiers, elles serviront de point de réunion pour nous, et de signal pour le massacre de nos ennemis. Quel plaisir, nous allons revoir du sang, du sang ! Nos yeux seront récréés par le spectacle enchanteur de l'aristocratie expirante. Oh ! Nuit immortelle, la postérité te placera auprès des journées des deux et trois septembre.
Scévola
Oh ! Que l'obscurité de cette nuit va me paraître brillante !
Caton
Toi, Torquatus, tu seras chargé de tirer une boîte ici, pendant que moi et Scévola planterons le drapeau.
Subtil
Rédige ben ta boîte toujours, et n'vas pas te fracasser la mâchoire avec.
Torquatus
Sois tranquille, j'nous y prendrons comme il faut.
AIR : de la Croisée.
Bis.
Subtil
V'là l'jour qui va bentôt être nuit, Vous verrez , moi j'vous dis d'avance Que Subtil est, quoi qui ne fasse pas bruit, Un César pour l'intelligence. Aux royalistes j'ferai ben voir Que mes ruses, sont des ruses rusées; Sur eux je veux tirer ce soir, Ce paquet de fusées. J'frai du bruit, moi aussi, dans st'affaire-là. I'm'a coûté trois sols en numéraire et je dis i'fra son effet.
Caton
Mes amis, souvenez-vous que la patrie attend tout de vous, méritez par votre dévouement, le titre glorieux de se s défenseurs.
Scévola
Mais quel est l'homme que notre courageux Aristide nous amène.
Subtil
C'est sans doute un collègue.
Scène 4
Aristide, Blaise, Caton, Torquatus, Scévola, Subtil
Aristide
Je suis charmé, mes amis, de vous rencontrer ensemble je vous présente un nouveau prosélite qui veut attacher sa fortune à la vôtre.
Blaise
Oui, Messieurs, j'veux m'faire jacobin, c'est s'y prendre un peu tard ; mais comme dit l'proverbe, vaut mieux tard que jamais.
Caton
Es-tu intelligent, mon ami ?
Blaise
Mon maître me dit quelquefois qu'je n'suis qu'une bête, mais j'espère vous prouver avant peu , que je ne suis pas aussi, bête que l'on pourrAit le croire.
Torquatus
Dis donc, ton maître est-il riche ?
Blaise
Il l'était autrefois ; mais d'puis qu'il a perdu son père, vous savez ben.
Scévola
D'not temps ?
Blaise
Oui, d'vot temps.
Caton
C'est bon, c'est bon, tu le verras avant peu....
Aristide
Te sens-tu des dispositions suffisantes pour remplir les augustes fonctions qui te seront confiées.
Blaise
Oui, citoyen, j'sais parfaitement.
Subtil
C'est cela.
Scévola
C'est le but de toutes nos actions.
Subtil
Mon camarade, permettez que je me prosterne devant vos dispositions.
Blaise
Mon camarade, si j'ai quelques talents, vous en avez aussi ; et je crois que nous ne nous nuirons pas.
Subtil
Citoyen collègue, j'en accepte l'augure.
Scène 5
Caton, Subtil, Aristide, Scévola, Tous
Bas, à part.
Caton
Voici nos braves défenseurs qui se rendent ici ; Aristide parle-leur, mon ami, enflamme leur courage. Quel enthousiasme les empêche de voir le péril dans lequel nous les précipitons.
Subtil
V'la Aristide qui va m'emflammer.
Aristide
Amis ! L'heure de la vengeance a sonné, la mort va planer sur cette ville, et dans peu d'instants vos ennemis expireront sous vos coups, dans peu d'instants la liberté triomphante vous nommera ses libérateurs ; soyez implacables, mes amis, souvenez-vous des outrages sans nombre que vous ont faits les royalistes : souvenez-vous qu'ils vous ont, le dix thermidor, arraché la puissance souveraine que vous avez entre les mains, que vos coups se dirigent surtout contre les auteurs de l'infâme constitution de 95, qui, n'en doutez pas, est l'ouvrage du cabinet autrichien, et dont l'effet est de ramener lentement au despotisme le peuple qui n'est plus réveilla par des secousses révolutionnaires.
Scévola
Cette phrase mérite de figurer dans nos journaux exclusifs.
Aristide
Jurez, oh ! Mes amis, de ne faire aucune grâce à quiconque ne sera pas jacobin.
Tous
Nous le jurons.
Aristide
De n'avoir égard ni au sexe, ni à l'âge, et d'éteindre dans le sang de leurs enfants, les germes de l'aristocratie.
Tous
Nous le jurons.
Aristide
Jurez, surtout, de faire tous vos efforts pour ressaisir les rênes de l'empire, rétablir le code auguste de Robespierre la constitution de et d'être toujours révolutionnaires.
Tous
Nous le jurons.
Aristide
La victoire est à nous, j'en atteste l'ardeur qui brille dans vos yeux.
Scévola
Je m'sens du courage pour deux.
Subtil tire un mouchoir blanc de sa poche, et est prêt de se moucher.
Subtil
Ah mon Dieu, il faut que c'diable de merlan m'ait pris le mien, car je ne m'en sens plus du tout.
Scévola
Prends-donc garde, tu vas salir notre drapeau.
AIR : On compterait les diamants.
Subtil
Hier au soir, à quelques chouans Aux boulevards fendant la presse, Nous avons pris les mouchoirs blancs, Avec une incroyable adresse ; Ce petit stratagème-là Aura des effets admirables, Et la marque nous servira À faire trouver des coupables. Oh ! Sois tranquille, j'en avons d'autres.
Il les ramène en groupe.
Caton
Mes braves amis, entrez chez moi ; là, nous vous donnerons les dernières instructions et tout ce qui vous est nécessaire pour votre entreprise. N'oubliez pas surtout le mot de ralliement, oreilles de chien.
AIR : Aussitôt que la lumière.
Aristide
Vrais enfants du terrorisme, Oui la victoire est à vous ; L'exécrable royalisme Va succomber sous vos coups. La pitié serait un crime Songez-bien, braves amis, Que tout devient légitime Pour perdre ses ennemis.
Scène 6
Blaise
AIR : Des portraits à la mode.
Blaise
Jadis, dans la France, Il n'était qu'un moyen D'être , regardé comme un bon citoyen, On donnait ce titre à l'homme de bien, C'était la vieille méthode. Toujours dans le coeur un sinistre projet, Par un nouveau crime, cacher un forfait Nager dans le sang voilà trait pour trait, Tous les exclusifs à la mode. J'saurai ben l'empêcher votre projet, scélérats ; mais qu'est-ce donc que c'est que s't'engeance-là ? Fallait que les Français eussent bien peu de chose à faire quand ils imaginèrent les jacobins. Monsieur Dorcy a été instruit de leurs projets, et tandis qu'il est allé avertir plusieurs de ses amis, moi, j'ai voulu pénétrer leurs complots de plus près. J'suis venu m'offrir au président, et il m'a reçu comme un sot... Puisse mon exemple prouver que s'ils ont trouvé quelques complices dans la classe indigente du peuple, c'est dans cette classe aussi qu'un gouvernement sage trouvera des bras pour le défendre et des coeurs pour l'aimer.
Scène 7
Dorcy, Blaise, Mulefort
Dorcy
Eh bien, mon cher Biaise ?
Blaise
Eh bien, Monsieur, tout est connu, on vous l'a dit, drapeaux blancs, inscriptions, cocardes, rien n'y manque.
Mulefort
Je vous félicite, mon ami, sur ce que votre active vigilance vous a fait découvrir.
Dorcy
Ce n'est pas à moi, mon cher Millefort, c'est à Blaise c'est à ce brave homme que vous devez rendre des actions de grâces... Il a été jusqu'au milieu d'eux leur arracher le secret de leur complot.
Mulefort
Je n'en suis pas étonné... Ce n'est pas la première fois que Blaise a servi l'humanité, nous l'avons vu dans ces temps de terreur, où toutes les bouches étaient muettes, arracher par sa rustique éloquence des victimes à l'échafaud.
AIR : N'en demande pas davantage.
Bis.
Il entre dans la maison de Caton.
Blaise
Que cette nuit pour eux déjà, De l'avenir soit le présage, Comme ces vilains messieurs-là Sont un dangereux voisinage ; N'oubliez donc rien, Traitez les si bien Qu'ils n'en veuillent pas davantage. Citoyen, j'ai fait mon devoir ; mais il me reste encore à faire, je vais entrer là-dedans, mais...
Scène 8
Mulefort
Il sort.
Mulefort
Moi, je vais disposer mes amis autour de ce lieu, partout où les scélérats se porteront, ils seront à l'instant cernés. Le gouvernement veille, sou active vigilance lui a fait prendre toutes les mesures nécessaires pour déjouer ce complot infernal ; mais il faut que les anarchistes frappent les premiers coups, c'est le moyen le plus sûr de connaître ces scélérats et leur chef. Vous m'avez choisi entre mille, pour partager avec vous le plaisir de les rosser ; j'espère vous prouver que je ne suis indigne ni de votre estime ni de votre confiance.
Scène 9
Dorcy
AIR : Vaudeville du Cousin de tout le monde.
Regardant dans la maison de Caton.
Il sort.
Dorcy
À son âme pure et fidèle On connaît un vrai citoyen , À son âme vile et cruelle On reconnaît un jacobin ; Démasquons donc sans plus attendre Les méprisables ennemis ; Oui, les poursuivre, c'est défendre Son innocence et son pays. Tout va pour le mieux.... Rosser un jacobin, c'est faire une oeuvre pie. J'entends du bruit... C'est ce malheureux Subtil... Puisque j'ai du temps de reste, amusons-nous un peu à ses dépens.
Scène 10
Subtil
AIR : Des petits montagnards.
Bis.
Bis.
AIR : Colinette au bois s'en alla.
Subtil
Ah ! ça ira , ça ira , ça ira ; D'not expédition le moment avance ; Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, De nous dans la France L'on parlera, Outre ma main et ma fortune, Je donne à tes appas divins, Une place dans la tribune Du président des jacobins. Tu verras quand j'ai la parole, Mon air , mon geste et mon regard , En honneur je remplis mon rôle Comme un illustre montagnard. Mon Dieu, mon Dieu, j'voudrais déjà Qu'ça soit après d'main ce jour-là Tralà deri dera , tralà deri dera, Et puis un gros bouquet sera Planté ç'te boutonnière là, Tralà deri dera, tralà deri dera, Au bal je frai d'jolis p'tits pas, Des rigaudons, des entrechats, Comme Vestris lui-même ; Tralà deri dera , la , la, la, etc. N'y a pas d'mal à ça Moi j'les aime , N'y a pas d'mal à ça. Nous verrons quand j'aurai d'la gloire par-dessus la tête, si mamzelle, Thérèse refusera encore de m'épouser. Demain, avec mon habit des dimanches et une couronne de lauriers sur le front, j'vas chez elle et lui dis... Citoyenne, j't'aime, je t'adore et tu ne sais'ce que peut te valoir le bonheur de m'épouser. Après ça, elle ne peut pas me refuser, et puis le contrat, et puis les accords, et puis la noce.
Scène 11
Dorcy, Subtil
Dorcy
Réveillons là, réveillons là,
Il se met sur l'avant-scène, derrière la draperie.
Subtil
Ah ! Mon Dieu, mon Dieu, c'est ce diable de Dorcy... Je m'souviens encor comme il m'a rossé à l'affaire du quatre Prairial... Où me cacher.
AIR : On doit soixante mille francs.
Bis.
Bis.
Dorcy
J'ai couru partout ce matin Sans rencontrer un jacobin, C'est ce qui me désole. Je conserve le doux espoir D'en rosser au moins deux ce soir, C'est ce qui me console,
Subtil
Hai ! hai ! hai !
Air : Accompagné de plusieurs autres.
Dorcy
À mes frères du bataillon Pour montrer un échantillon, De ces terroristes apôtres, Je remporte avec moi demain, Un oreille de Jacobin , Accompagnée de plusieurs autres.
Subtil
Je suis perdu.
Dorcy
Mais que vois-je là, c'est, je croie, ce coquin de Subtil.
Subtil
Ne me faites pas de mal, citoyen Dorcy, j'vais m'en aller.
Dorcy
Je rends grâces au ciel qui me donne les moyens d'accomplir une partie de mon voeu.
Subtil
Ayez pitié de moi.
Dorcy
Non, il faut que je te coupe les oreilles, ce sera toujours deux à compte sur celles que je veux remporter.
Subtil
Citoyen, respectez les personnes et les propriétés.
Dorcy
Écoute, composons, je pourrais te prendre tes deux oreilles de force, donne-m'en une de bonne volonté, je te tiendrai quitte de l'autre.
Subtil
La belle figure que j'aurai avec une oreille.
Il se recule comme pour le frapper ; Subtil profite de cet intervalle, pour se sauver, en criant : au secours , au secours.
Dorcy
Ah ! C'est trop barguigner.
Scène 12
Dorcy
Il entend du bruit chez Caton.
Dorcy
Ah! ah ! ah ! Il en a au moins pour huit jours à, revenir de cette peur-là, Voici les autres, allons leur en préparer une qui ne soit pas moindre.
Scène 13
Ils sortent portant quatre drapeaux blancs, et les attributs relatifs ; trois drapeaux sortent de différents côtés avec les groupes, les acteurs ci-dessus restent en scène, on joue l'air : Il nous fallait du sang.
Scène 14
Caton, Scévola, Aristide, Torquatus
Caton
Dépêchons-nous de planter notre drapeau, et allons nous cacher en attendant l'issue du combat.
Scévola
La motion est prudente, et je l'approuve.
Aristide
Torquatus, es-tu prêt ?
Torquatus
Quand tu voudras.
Torquatus met le feu à la boite, elle éclate, ils prêtent l'oreille, on entend différents coups dans le lointain.
Aristide
Allons, feu.
Caton
Bon, ça va.
Scévola apporte une échelle, et Caton plante le drapeau.
Aristide
Vite le drapeau.
Scévola
Ah ! Sandis, les royalistes en tiennent.
Torquatus
Oui morgué, ils en tiennent.
Scène 15
Subtil, Tous, Aristide, Caton
Subtil
Ah ! Mes amis, sauvez-vous, tout est perdu.
Tous
Que dis-tu ?
Subtil
Une foule de diables déchaînés, sont à nos trousses, ils ont battu les groupes où j'étais. Voyez comme ils m'ont arrangé.
Aristide
Encore, comment ?
AIR : De quel ressouvenir affreux.
Bis.
Subtil
« À bas , à bas les jacobins À bas ces vils anthropophages ». Ces messieurs avoient des gourdins, Qui firent peur à nos courages ; Puis à nos trousses les voilà Les yeux ardents, et la main leste, Battant par-ci, rossant par-là, Soufflets, bâtons, et cétéra. Daignez m'épargner le reste. À peine avions-nous planté notre drapeau, que nous avons été entourés par une foule de citoyens qui criaient tout haut :
Caton
Mes amis, il a raison, nous n'avons rien de mieux à faire que de nous sauver.
Comme ils vont pour se sauver, de toutes les coulisses, débouchent des citoyens armés de bâtons, conduits par Dorcy, Millefort et Blaise, ils forment un cercle autour des jacobins.
Tous
Oui... oui...
Scène 16
Dorcy, Jacobins, Scévola, Subtil
Dorcy
Nous vous tenons.
Jacobins
Grâce, grâce.
Dorcy
Non, scélérats, point de grâce, il faut confesser vos crimes et faire amende honorable Parlez.
Jacobins
Comment !... Que dire ?
Dorcy
Parlez, morbleu, ou vous expirez sous le bâton.
Jacobins
Ah ! Mon Dieu, mon Dieu.
AIR : Je suis heureux en tout, mademoiselle.
Dorcy
Quand sur nos jours un jacobin, un traître Croit régner en maître, Qui le fait connaître ? C'est sa cruauté. Est-il vaincu, la remarque est certaine, Sa race inhumaine, Se reconnaît sans peine, À sa lâcheté. Il faut tout dire aujourd'hui....
Jacobins
Oui.
Dorcy
Vous preniez le bien d'autrui.
Jacobins
Oui.
Dorcy
L'assassin fut votre ami.
Jacobins
Oui.
Dorcy
Vous lui servîtes d'appui.
Jacobins
Oui.
Dorcy
Et vous faisiez comme lui.
Jacobins
Oui.
Dorcy
Et vous faisiez comme lui.......
Pendant le dernier couplet, la force armée est entrée et a passé devant les citoyens, de manière que les jacobins quiont tous la figure du côté du public, ne peuvent la voir à la fin du couplet.
Dorcy
Quand sur nos jours, etc.
Jacobins
Ah ! Mon Dieu, nous sommes perdus.
Scévola
Citoyen, vous qui êtes si bon, ne nous livrez pas. Daignez garder Le silence, et....
AIR : Jeunes amants, cueillez des fleurs.
À la force armée.
La garde les saisit et les emmène à l'instant où ils sont prêts à sortir ; Subtil appelle Dorcy.
Dorcy
Tremblant à la voix des bourreaux, Le Français garda le silence, Et sur des milliers d'échafauds Coula le sang de l'innocence; Se taire sur un tel projet, Serait un crime impardonnable, On est complice du forfait Quand on veut sauver le coupable. Garder Le silence ?.... Jetez les yeux sur le passé.... Citoyens, faites, votre devoir.
Subtil
Citoyen Dorcy, citoyen Dorcy.
Dorcy
Que me voulez-vous ?
La garde qui tient Subtil, le rumine sur le devant de la scène.
Subtil
J'ai quelque chose à vous dire de bien intéressant.
Dorcy
Qu'avez-vous à me dire ?
Subtil
Si vous voulez me faire lâcher, je vais vous dévoiler un complot bien plus important que celui-ci.
Dorcy
La loi seule peut maintenant prononcer sur votre sort... Je ne puis rien pour vous... Quant à votre secret...
AIR : Sous le nom de l'amitié.
Bis.
Subtil
Sous le nom de l'amitié, Les jacobins en masse. Sous le nom de l'amitié, Doivent avec audace Égorger sans pitié, Sous le nom, Sous le nom, Sous le nom de l'amitié. Je m'en vais toujours vous le dire et ensuite vous ferez ; ce que vous pourrez pour moi ; la nuit du... au de ce mois, nous devons nous porter au camp de Grenelle bien armés, y surprendre les soldats endormis, et là... Ensuite nous nous porterons sur le directoire, et quand nous serons les maîtres, soyez sûr que je vous protégerai...
Dorcy
Vous croyez que ce projet insensé réussira ?
Subtil
Certainement, nous avons des intelligences dans le camp, et...
AIR : Ce fut par la faute du sort.
Bis.
Dorcy
Non, ils ne changeront jamais, Je reconnais bien leur langage, Mettre Français contre Français, De ces messieurs voilà l'usage. Malgré les projets des pervers, Malgré la noire calomnie, Nos coeurs seront toujours ouverts Aux défenseurs de la patrie. Malheureux, que dis-tu ?
Son garde L'emmène.
Subtil
Souvenez-vous toujours que c'est moi qui vous ai averti.
Dorcy
C'est bon, c'est bon.
Scène 17
Mulefort
Mulefort
Le génie qui veille sur la France, ne permettra pas que cette conspiration réussisse, elle servira seulement à prouver que l'être du monde le plus lâche et le plus cruel, c'est un jacobin.
Vaudeville
Mulefort, Blaise, Dorcy
AIR : Le bonheur en famille.
Mulefort
Sous des magistrats de son choix, Le français lassé par l'orage, Vit tranquille en suivant les lois D'un gouvernement juste et sage; Et si de tout notre pouvoir Sa sagesse est environnée Croyez-moi, des méchants l'espoir S'en ira toujours en fumée.
Blaise
Lorsqu'au nom de la liberté, On incarcérait l'innocence ; En vertu de l'égalité, Quand des brigands régnaient en France ; Si l'on a souffert si longtemps Que la vertu fût opprimée ; C'est que beaucoup de braves gens N'y voyaient que de la fumée.
Dorcy
Tyran justement détesté ! Du jacobin la vile engeance. En nous parlant de liberté, Creusait le tombeau de la France Et qui pourrait encor revoir Par eux la patrie opprimée ? Soyons français et leur espoir S'en ira toujours en fumée.
Blaise
L'auteur attend ce qu'on dira Et l'attente est toujours cruelle, Dans cet ouvrage, il vous montra Bien moins son talent que son zèle. L'intention qu'il a fait voir , Rassure son âme alarmée ; Ah ! Puisse ce rayon d'espoir Ne pas s'en aller en fumée !