Les Deux Soutanes
Scène 1
L'Abbé Falut
L'Abbé Falut
De l'amour maternel, complaisante victime, En cédant à ses voeux je perdis mon estime ; Et, vaincu par ses soins, je suis presque apostat, Car, sur Tordre de Dieu ! ma mère l'emporta... Apôtre, me disait la parole du Maître, Aux Indes, pour porter ma croix je te fis naître.. Va donc, ardent semeur, prodiguer le bon grain Je saurai de ta mère apaiser le chagrin. Dans tout amour charnel est une idolâtrie... La terre est ton exil, le ciel est ta patrie ! » Mais survenait ma mère, et pressé sur son sein À ce vicariat, je bornais mon dessein.
Scène 2
Jeune Fille, L'Abbé Falut
entrant
Jeune Fille
Nous n'avons plus de pain depuis deux jours... l'aumône. S'il vous plaît.
En cherchant dans ses poches.
Cherchant dans les tiroirs de sa table.
L'Abbé Falut
Pauvre enfant !..... Mais que Dieu me pardonne, Je n'ai plus de monnaie..... attends... Il est urgent... De vendre au brocanteur mon vieux couvert d'argent... Prends... Voici quelques sous.
Jeune Fille
Oh ! Merci pour grand'mère.
L'Abbé Falut
J'irai la voir tantôt... Verrai-je ton grand-père ?
Jeune Fille
Non !... Père, aux Versaillais, ne lâche point Paris.
L'Abbé Falut
Dût-il en voir fumants les palais en débris !... À son siège fatal pour comble d'infortune, Paris voit succéder la sanglante Commune. Le fédéré blessé rugit comme un lion Dans sa cage de fer et la rébellion Qui, devant l'ennemi, l'acharné à tout détruire, En fait un criminel. Faubourien, sans t'instruire, Comme le chien hargneux, dans les clubs, tu jappais ! Dans la poudre et le sang trouveras-tu la paix ? D'où te vient le mot d'ordre ?... Et d'où l'or qui circule Aux mains de tes meneurs ?... Le désespoir t'accule ! Le fardeau, quel que soit le parti triomphant, Retombera sur toi, cruel et grand enfant ! Après l'enivrement d'un triomphe éphémère, Combien devront quitter cette France... leur mère ! !... Mais que le Communard sombre sur Nouméa ; Qu'il s'en prenne, en sa rage, au Dieu qui le créa ; Dans ses juges qu'il trouve un pouvoir despotique ; Homme de charité sourd à la politique Des partis factieux, le Ministre du Christ Ira calmer, bénir le Communard proscrit.
Scène 3
L'Abbé Falut, Seconde Jeune Fille
L'Abbé Falut
Pour panser les blessures De ton père ?
Seconde Jeune Fille
Oui, monsieur; son corps, plein des morsures Que lui fit un obus, saigne de toutes parts.
L'Abbé Falut
Où donc se battait-il ?
Seconde Jeune Fille
Il était aux remparts... On nous l'a rapporté Maman se désespère. Que devenir, hélas !... si nous perdons mon père !
L'Abbé Falut
Porte, au blessé, ce linge... et crois toujours en Dieu, Ma fille, va !
Seconde Jeune Fille
Maman me le dit.
Scène 4
L'Abbé Falut
L'abbé qui sort s'arrête dans le jardin pour respirer le parfum d'une rose, la servante Marie qui lui apporte une assiette de soupe le voyant s'éloigner, pose vivement l'assiette sur un meuble et court sur ses pas en criant.
L'Abbé Falut
En ce lieu, Resterai-je à prier ?.... Irai-je à la chapelle ?... Seigneur ! Je dois courir où le devoir m'appelle... Et le vaincu, tombé sous le feu du canon, À son dernier soupir confessera ton nom !
Scène 5
La Servante Marie
En s'arrêtant à la porte de la rue.
La Servante Marie
Monsieur l'abbé !... Monsieur ! ... Il court aux barricades... ! !. Les fédérés surpris quittent leurs embuscades Ils l'entourent. Lui, parle... ils soutiennent qu'il ment !... Ils l'entraînent au poste !... Ah ! mon pressentiment Ne m'avait pas trompée. On vocifère... on tire !... Jésus réserve-t-il l'outrage et le martyre Au ministre zélé qu'il vêt de sa douceur ?
Scène 6
La Servante Marie, LA MÈRE de l'abbé Falut
La Servante Marie
Sa mère vient déjà l'embrasser.
En cachant, dans le bas de l'armoire, soutane et chapeau.
Elle sort souriante.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Quel bonheur ! L'abbé dans le jardin se promène, Marie. Laissons-le respirer la rose épanouie !... Regarde la soutane et le chapeau romain Que, depuis plus d'un an, a refusés sa main. Avant le déjeuner, demain, jour de sa fête, Je lui présenterai ce chapeau pour sa tête ; Cette soutane neuve, un beau jasmin en fleurs, Et qu'il se plaigne ou non de toutes ces splendeurs ! J'aurai la joie enfin que je me suis promise. Mais il n'a plus de linge..... une seule chemise... Je vais en tailler deux ou trois dans un coupon De toile.
Scène 7
La Servante Marie
Deux fédérés passent en maltraitant un bourgeois vêtu d'une longue redingote noire.
La Servante Marie
Aux Versaillais, chaque fusil répond. J'ai cru que c'était lui !... Que de personnes viles Se vengent bassement dans les guerres civiles... Si j'osais... en deux bonds, j'irai chercher l'abbé.
Scène 8
Une Paroissienne, La Servante Marie
Une Paroissienne
Ah ! C'est bien la terreur ! Votre maître est tombé Frappé d'un coup de poing... et battu...
La Servante Marie
Dans le poste ?
Une Paroissienne
Sa bénédiction fut sa seule riposte.
La Servante Marie
Moins haut... Sa mère croit qu'il est dans le jardin.
Une Paroissienne
« Ce cafard nous trahit », répétait un gredin. Et le souffle aviné qui sortait de sa gorge Faisait pâlir l'abbé.
La Servante Marie
Que font-ils à la forge ?
Une Paroissienne
Ils frappent sur l'enclume.
La Servante Marie
Ils préparent des fers... Ainsi, martyrs chrétiens, vous vous êtes offerts, Partout aux moribonds portant le pain de vie... Ainsi le divin Maître à mourir vous convie... J'y vais !
Une Paroissienne
Gardez-vous en ! S'il doit être épargné, Vos cris le pourraient perdre !
En aparté.
Des fédérés débraillés passent avec leurs fusils.
La Servante Marie
Il est trop résigné, Le simple Abbé Falut, pour disputer sa tête... Sa mère ne pourra lui souhaiter sa fête.
Une Paroissienne
Ô ! Citoyens pervers que vous êtes hideux !
Plusieurs communards passent en criant dans la rue.
La Servante Marie
Depuis que, mère et fils, je les sers tous les deux, Je connais sur mon doigt l'histoire du bon prêtre. Toujours humble, jamais il ne voulut paraître. Respectueux, aimant, studieux, tout gamin Il était réputé l'être le plus humain De son pays natal. Son curé, très austère, Comprit qu'il était né pour le saint ministère... A sa mère, apprenant sans orgueil ses succès De doux séminariste,il répétait : « Tu sais ! « Je remporte pour toi la première couronne, « Mais mon bonheur, à moi, sera de faire un prône. » Et quand tout jeune il sut qu'en ce pauvre faubourg Il devait exercer, ce fut son plus beau jour ! « Enfin ! Nous disait-il, je vais avoir des âmes À soigner ; des pécheurs, consumés par les flammes Du mal, à ravir au noir démon, à guérir... Et je verrai la foi ! Dans leurs coeurs refleurir. » Trahison ! Trahison !... Les Versaillais arrivent ! !...
La Servante Marie
On a cessé le feu.
Une Paroissienne
Les Communards s'esquivent... Tenez, leur chef, là-bas ! fuit comme un réprouvé !
La Servante Marie
Ah ! Je rends grâce à Dieu !... L'abbé sera sauvé !
Une Paroissienne
Je cours à sa rencontre !
Mais elle s'arrête en entendant un feu de peloton et remontant vers la rue n'aperçoit pas la mère qui rentre avec un rouleau de toile.
La Servante Marie
Allez ! Allez ! Voisine ; Moi, je vais réchauffer sa soupe à la cuisine. Oh !... Quelle fusillade ! ! !
Scène 9
LA MÈRE de l'abbé Falut, La Servante Marie
En posant son rouleau de toile.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Entendez-vous l'abbé ! Encor dans le jardin... serait-il absorbé Tellement qu'il fut sourd aux fusils qui crépitent.
La Servante Marie
Les Communards chargés partout se précipitent.
Scène 10
Premier Communard, Second Communard, La Servante Marie
montrant le poing à la servante
Premier Communard
Il venait nous trahir, nous l'avons fusillé !
jetant la soutane de l'abbé à la tête de la servante
Second Communard
Tiens ! Comme un vieux lapin, moi, je l'ai dépouillé ! !
La Servante Marie
Atrocité !
Scène 11
LA MÈRE de l'abbé Falut, La Servante Marie
La servante ignorant que la mère s'avance derrière elle, lui présente la soutane sinistre en rentrant dans la salle.
La servante qui a traîné la soutane jusqu'à la pauvre mère la laisse sur elle.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Mon fils !
La Servante Marie
Relevez votre tête...
Une lutte s'engage entre la patiente et la servante qui veut faire disparaître la soutane ; enfin la servante renonce à arracher la soutane et la malade arrive à la prostration complète.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Mon fils ! !...
La Servante Marie
Quelle pâleur !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Ô cher fils... c'est ta fête ! !... Vois la belle soutane et le beau chapeau neufs... C'est pour aller au Ciel !... les pauvres seront veufs, Quand tu seras un ange !... eh ! tu dis toujours donne, Donne !... Mais je n'ai rien...
La Servante Marie
Sa raison l'abandonne...
Elle baise la soutane.
Découvrant les traces des balles.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Enflammé de l'amour que Jésus te portait... Sous ces lambeaux sacrés... ton coeur de saint battait ! Ils l'ont assassiné !... Non... tout à l'heure encore... Je ne connaissais pas la haine qui dévore !... Je ne connaissais pas cette fatalité Qui punit les méchants par la méchanceté ! !
La Servante Marie
Mais, par la charité, l'âme se rassérène.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Comme elle a pris mon fils !... Ah ! Que la mort me prenne ! !
Voyant que la malade essaie de se lever.
La Servante Marie
Buvez un peu de lait... Calmez-vous... Calmez-vous... Voulez-vous vous lever... ou vous mettre à genoux ?...
Mais ses forces la trahissent.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Laisse-moi... laisse-moi !
La Servante Marie
La douleur vous accable.
On aperçoit le curé traversant le jardin.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Je porte, dans mon sein, la vengeance implacable !
Scène 12
La Servante Marie, LA MÈRE de l'abbé Falut, Le Curé de la Paroisse
La Servante Marie
Monsieur le curé vient.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Le curé !... Que veut-il ?
La Servante Marie
Vous consoler.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Jamais !... Pas de propos subtil... Ses consolations, mon esprit les devine... Que Dieu venge mon fils ! devant lui, je m'incline.
Le Curé de la Paroisse
Votre fils, pauvre mère, au ciel est couronné ! Car, expirant martyr, son coeur a pardonné. Cessez d'offenser Dieu !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Vous condamnez ma haine ? Mais vous !... Vous avez su sauver votre bedaine... On ne vous a pas vu dans la fange et le sang, Traîner votre soutane au chevet du mourant; On ne vous a pas vu bravant cette mitraille Qui cloua le vicaire au flanc d'une muraille ; Vous n'êtes pas allé recueillir l'orphelin ; Vous vous êtes repu, n'étant pas assez plein ! Et, pour mieux digérer, tout comme un ver de terre, Vous vous êtes terré dans votre presbytère.
Le Curé de la Paroisse
La volonté de Dieu vint m'éprouver aussi. Deux jours, sous les verrous, je fus à la merci De plusieurs fédérés. Comme vous, l'oeil farouche, Ces forcenés avaient le blasphème à la bouche. De ma prière même ils étaient envieux. Tout à coup ! un sourire éclaira le plus vieux. Il vint à moi, me dit : « - Tu ne vaux pas un crime. » - Votre nom ? demandai-je. « - Un Communard infime. « Allons ! vite ! ! détale... ou mes cinq compagnons « Te pourraient bien, tantôt, aplatir les rognons ! » Grinçant un verrou glisse, un bras nerveux m'éloigne... Et de Dieu ! je sentis la formidable poigne, Car j'étais dans la rue, où libre, malgré moi, Je dus me résigner.
Avec ironie.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Le beau rêve, ma foi ! Plus que mon fils l'était, êtes-vous charitable ? Il donnait jusqu'au pain qu'on mettait sur sa table. Et, si les dons qu'il fit ont été publiés, Dieu serait donc le seul qui les eût oubliés ? C'est le mal pour le bien alors que Dieu dispense. Et du plus saint ! La mort reste la récompense.
Il désigne un tableau.
Le Curé de la Paroisse
Ne maudissez pas Dieu, mais de vos yeux hagards, Ô ! Femme courroucée, élevez les regards Vers ce Mont Golgotha... ...La foudre se déchaîne ! Et la mère du Christ pleure son fils, sans haine Pour ses fiers bourreaux... Oui ! Dieu prend le plus saint Et nul ne peut sonder son glorieux dessin. Mais si je fus sauvé, c'est que j'étais indigne D'être au rang des martyrs dont la palme est l'insigne.
Sanglotant et tombant dans un fauteuil.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Eh bien ! Gagnez la palme et montez droit au ciel !... Mais rendez-moi mon fils à genoux à l'autel !
Le Curé de la Paroisse
Il n'est plus à genoux, il trône dans les nues ! Les sublimes splendeurs lui sont toutes connues. Souffle de l'éternel ! Parfum de l'encensoir ! L'âme de votre fils est la brise du soir. « Manière, dit sa voix, recours à la prière, Je serai pour tes yeux la divine lumière ! »
La Servante Marie
Elle va reposer.
Il sort accompagné par la servante jusqu'à la première porte et dit.
Le Curé de la Paroisse
La paix soit en son coeur. Pour la soigner, je vais envoyer une soeur.
Scène 13
Scène muette.
Ayant fermé la porte, la servante, marchant sur la pointe des pieds, fait disparaître la vieille soutane et vient s'agenouiller auprès de sa maîtresse endormie ; puis elle se met en prière la tète dans ses deux mains qu'elle appuie sur la table. Donc silence absolu.
Scène 14
Le Communard Principal, LA MÈRE de l'abbé Falut, La Servante Marie
La servante terrifiée reste auprès de la table. La mère réveillée se redresse comme un spectre, tes yeux hagards, les cheveux sur les épaules et d'une voix vibrante de colère s'écrie.
Le Communard Principal
On me traque !... Un refuge ! !... Un trou dans une cave ! !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Mitrailleur de cure, est-ce ainsi qu'on est brave ?
Le Communard Principal
Je suis père !
Fermant la porte a la clef.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Moi, la mère d'un fusillé, Qui, de ta peau, bandit, te verrai dépouillé !... Tu ne crains pas la mort, quand c'est toi qui la donnes.
Le Communard Principal
J'ai défendu Paris !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Tresse-toi des couronnes !
Le Communard Principal
Je n'ai pu fusiller...
LA MÈRE de l'abbé Falut
Tu le voudrais nier ? La maison du martyr deviendra ton charnier ! L'atroce Communard commence par un traître Et finit par un lâche !... Il fusille le prêtre Et, sous son toit, demande une hospitalité Qui vaille au criminel l'heur de l'impunité... Dent pour dent, oeil pour oeil ! ! !
Le Communard Principal
Démon de sacristie, Votre haine s'exalte en délectant l'hostie ! Même à votre bon Dieu vous faites la leçon. Poursuivez l'innocent d'un perfide soupçon, Livrez le Communard !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Va !... Sur cette muraille, Le mitrailleur collé recevra la mitraille ! Je verrai ta dépouille aux mains de mes vengeurs, La jetant, immondice infecte !... Aux vidangeurs Puants.
Montrant ta poitrine pleine de cicatrices.
Avec ironie.
À pleins poumons.
Le Communard Principal
A ma raison, vous rendez l'équilibre. La vengeance a parlé, la mort me fera libre ! Non, ne me cachez pas... J'eus peur et m'en repens... Je te lègue, ô Paris, ma femme et mes enfants... Pour m'étrangler, bigote, avez-vous un bon câble ? Assouvissez,sur moi, votre haine implacable ! Ma poitrine, au Bourget, a bravé les Prussiens... Je puis dire à la mort- chassant la peur- reviens !... Ouvrez aux Versaillais, et voici ma supplique. En choeur, Madame, en choeur... Vive la République !
La Servante Marie
Téméraire !
LA MÈRE de l'abbé Falut
Il se livre.
Le Communard Principal
Ils nous laissent le temps De causer à notre aise... Eh bien !...
La Servante Marie
Je les entends !
Le Communard Principal
Jugez cette action si basse, vous, si haute ! De sauver le curé mon père a fait la faute,
Levant les mains au ciel.
Elle court à l'armoire, en sort soutane et chapeau neufs qu'elle donne au communard en criant.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Son père ?... le curé ?... Son père était celui... En mon âme, ô ! cher fils ! c'est ton âme qui luit ! Venger qui pardonna serait un acte infâme... Passez ce vêtement !
Le Communard Principal
Je reverrai ma femme ?
LA MÈRE de l'abbé Falut
Hâtez-vous !
On aperçoit à la porte de la rue un sous-lieutenant, cinq lignards et un caporal.
La Servante Marie
Par ici !
Scène 15
L'Officier, Un Caporal, LA MÈRE de l'abbé Falut, UN SOLDAT qui raisonne
L'Officier
Fouillez le bâtiment Du fond... deux sur ce toit... l'ignoble garnement A filé comme un lièvre...
Un Caporal
Ah ! Le vaurien !... La carne ! !...
On entend aussitôt une vitre qui tombe en éclat.
Durant ce temps la mère de l'abbé qui occupe la salle relève ses cheveux et rajuste un peu sa toilette.
L'Officier
Sautez dans ce grenier, en brisant sa lucarne...
La porte de la salle étant fermée à clef, l'officier frappe avec son sabre, et la mère vient ouvrir la porte.
L'Officier
Nous le trouverons bien, s'il s'est ici jeté.
L'Officier
On sait que vous cachez - dites la vérité ! - Un Communard fameux qui vient de disparaître.
L'officier va ouvrir l'armoire, regarde les statues de Jésus et de Marie, ouvre un des livres qui sont sur la table et dans lequel il trouve un rabat ; puis, saluant militairement.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Cette pauvre maison est la maison d'un prêtre... Et, mère de l'abbé, je frémis de terreur !
À ses soldats dans le jardin.
L'Officier
Madame, excusez-moi, je reconnais Terreur. Soldats, sortons d'ici ; c'est une fausse piste.
UN SOLDAT qui raisonne
Comment ?
L'Officier
À l'officier, que pas un ne résiste.
Un Caporal
J'aurais remué tout et fouillé tous les coins.
UN SOLDAT qui raisonne
De son passage là, nous avions des témoins.
Scène 16
LA MÈRE de l'abbé Falut
LA MÈRE de l'abbé Falut
Dieu ! Que ta volonté devient parfois terrible !
Scène 17
Le Communard Principal, LA MÈRE de l'abbé Falut
Sans moustaches,vêtu de la soutane, le chapeau à la main.
Le Communard Principal
Femme...
LA MÈRE de l'abbé Falut
Partez ! Partez ! !... Votre aspect m'est horrible ! !
Il traverse le jardin, mais s'arrête à la porte de la rue.
Le Communard Principal
Femme ! Je te vénère et tu me le défends... Je graverai ton nom au coeur de mes enfants.
Scène 18
La Servante Marie, LA MÈRE de l'abbé Falut
La Servante Marie
Il craint d'être suivi, car il reste à la porte.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Comme il chasse un fétu, le vent passe... et t'emporte !
En ce moment le Communard disparaît.
La Servante Marie
Peut-être est-il trop tôt de l'avoir fait sortir.
Scène 19
LA MÈRE de l'abbé Falut
Elle tombe à genoux et sa servante l'imite en même temps que la toile se baisse.
LA MÈRE de l'abbé Falut
Ô ! Mon fils bien aimé !... Mon chaste et doux martyr ! Dans l'air, comme on entend l'abeille qui bourdonne, Je t'entends murmurer : « Pardonne-leur, pardonne ! » Pour ta fête, à tes pieds, ta tombe se creusait. Et le vêtement neuf que ta main refusait, Déguise un Communard... Ô ! Prévoyance humaine, C'est donc ainsi que Dieu t'aveugle ! !... et puis te mène.