Scène 1
Cathis, Monsieur Broton, Lolotte, Victoire
ET LOLOTTE, en ensemble suivant
Cathis
Mon Papa !
avec humeur
Monsieur Broton
Ventrebleu, je ne sais où j'en fuis ! Est-ce que je peux, moi, vous forger des maris ? Ces trois carognes-là me font tourner la tête.
Lolotte
Nous voulons un état ; la demande est honnête.
Cathis
Le moyen, s'il vous plaît, detrouver des époux, Quand on ne voit ici que portes et verroux ?
Monsieur Broton
Eh ! Peut-on trop fermer, quand au travers des grilles, On voit s'évaporer l'honneur de tant de filles ?
Victoire
C'est donc notre vertu qui répond de nos moeurs : Rien ne peut arrêter le penchant de nos coeurs, C'est elle seule aussi que vous devez en croire, La contrainte, mon père....
Monsieur Broton
Ah ! Taisez-vous, Victoire.
Cathis
Pour trouver des partis, il faut paraître au moins.
Monsieur Broton
Non, vous dis-je, attendez tout du temps, de mes soins, Et je vous marierai ; ces conteurs de sornettes, Qui dans chaque maison débitent leurs fleurettes, Ne sont point épouseurs ; le quatrième jour Qu'on vous frequentera, serviteur ; plus d'amour ; Ou bien qu'on vous épouse.
Lolotte
Il paraît impossible Qu'une fille d'honneur qui doit être insensible, En quatre jours connaisse, aime, épouse...
Monsieur Broton
Comment, La doucette Lolotte aussi veut un amant ?
Lolotte
J'ai bientôt dix-huit ans.
Cathis
Et je suis son aînée.
Victoire
Moi, je suis déjà grande.
Monsieur Broton
Ah ! Tant mieux.
Cathis
Une année En donne trois ici, mon père, en vérité, Si vous ne modérez notre captivité, Point de maris pour nous. En fait de mariage....
Monsieur Broton
Morbleu !
Cathis
La plus pressée est toujours la plus sage.
ironiquement
Monsieur Broton
Ah ! Mesdames tant-pis ! Le tour est merveilleux ; Mais moi je ne veux point voir ici d'amoureux : Vous prenez des conseils, on vous met à la mode, Et corbleu, ma maison est déjà trop commode ! Votre belle Clorinde avec son Chevalier, Sans leur bail, à l'instant vuideraient mon premier. C'est elle qui vous met dans la coquetterie. Les pompons, la frisure, un air d'étourderie.... Je vois mille escoffions qui m'étetient inconnus Depuis qu'on la fréquente on ne travaille plus. Nouër un bout de soie, et sourire avec grâce ; Voilà ce qu'on vous montre, et tout cela me lasse. On ne dort plus ici ; c'est un train nuit et jour... Des carosses sans cesse, embarassent ma cour, Elle vient ; des laquais, des coureurs, et des pages. On frappe, on ouvre, on entre et de quatre équipages, Sortent comtes, marquis et des abbés coquets, L'un lui porte ses chiens, l'autre ses perroquets : Un Petit-Maitre tient le singe de Madame.... Voilà le bel exemple ! Ah ! Si ma pauvre femme Revenait à la vie et voyait ce fracas, Ses filles en rubans, aigrettes, falbalas...
Cathis
Pour les habillements on doit suivre l'usage, Clorinde a de grands airs, mais elle est belle et sage, Et jamais l'ornement n'influa sur les moeurs.
Monsieur Broton
Tous ces colifichets amollissent les coeurs ; Est-ce pour vous former qu'on vous lie des brochures, Qui plus que du latin me paraissent obscures, Et ne peuvent au plus amuser que des sots ? Eh ! Morbleu, lisez-moi, lisez-moi des bons mots, Encor bien rarement : que l'esprit se repose, Coudre, filer, pour vous est la meilleure chose. Il faut changer de ton ; Lolotte. Et vous Cathis, Passez racommoder, s'il vous plaît, mes habits.
Scène 2
Babot, Victoire
Babot
Que j'étais ennuyée avec sa sermonade ! Il ne finissait pas ; une heure en embuscade Je voulais vous parler ; Léandre...
Victoire
Il a raison. Mes soeurs, depuis un temps, prennent un mauvais ton : Ce qui sied à Clorinde a pour nous peu de grâce.
Babot
Léandre est là qui vient...
Victoire
Ce fard sur nous s'efface : L'éclat est pour les grands ; la noblesse a ses droits, Et la simplicité fait l'honneur des bourgeois.
Babot
Votre commodité n'est donc point de m'entendre ? Je reviendrai ce soir vous parler de Léandre.
Victoire
Léandre ? Que dis-tu?
Babot
Non, non, moralisez : Que voulez-vous de plus, quand vous vous amusez ? Si Monsieur Broton même en prêchant peut vous plaire, Je vais le rappeller : telle fille, tel père...
Victoire
Ah ! Finis. Quoi! Léandre est ici, dis, Babot ?
Babot
Parlez raison, vertu...
Victoire
Dis donc.
Babot
Je ne dis mot.
Victoire
Je t'en conjure, ah ! Dis ; que mon âme est émue !
Babot
Eh bien, j'ai ménagé pour vous une entrevue. Léandre vient...
Victoire
Grands Dieux ! Qu'il soit en mon pouvoir ; D'accorder la raison, l'amour et mon devoir.
Scène 3
Léandre, Victoire, Babot
Léandre
Qu'avez vous décidé, sage et tendre Victoire?
Victoire
De vous aimer toujours et de chérir ma gloire; Et si mon père un jour, consent à nous unir, Léandre, mon bonheur sera de vous chérir...
Léandre
Quand je suis dévoré, par une flame ardente, Puis-je me contenter d'une cruelle attente ?
Victoire
Peut-être peu de temps satisfera nos coeurs ; Il suffit que mon père ait marié mes soeurs, Il vous acceptera.
Babot
Bon ! Quand le seront-elles ? Il les garde avec soin, et quoi qu'elles soient belles, Elles resteront là.
Léandre
Mais il faut lui parler.
Babot
Si par un stratagème on pouvait l'engeôler ?
Victoire
C'est un soin superflu, qu'esperez vous Léandre ?
Léandre
Obtenir votre main.
Babot
Il n'y veut point entendre.
Victoire
Je suis une cadette, et mes soeurs pour mon choix, Ne seront pas d'humeur à me céder leurs droits.
Babot
Encor se marier est toute leur folie.
Victoire
Et moi qui suis plus jeune en ai-je moins d'envie ?
Léandre
Comment donc faire ?
Babot
Mais... Il faudrait boire un peu... Vous griser...
Léandre
Me griser !
Babot
Ceci n'est pas un jeu. Monsieur fait d'un bouchon sa retraite ordinaire, C'est là qu'il adoucit sa bile atrabilaire, Et qui peut sur un banc être assis près de lui, Bavarder et brailler deviendra son ami. Moi-même qu'au logis il bougonne sans cesse, Quand je vais l'y chercher...
Léandre
Eh ! Bien ?
Elle contrefait Broton.
Babot
Il me caresse. Et moi qui sais qu'il faut hurler avec les loups, J'avale de bon vin deux ou trois petits coups, Alors tout plein d'amour, il dit, ma gouvernante... Est une honnête fille... Et...
Léandre
Fille complaisante.
Babot
Écoutez, n'allez pas faire le Dameret, Il faut avec Broton aller au cabaret.
Léandre
Au Cabaret Babot !
Babot
Vous voilà bien à plaindre. Si par là vous parez ce que vous devez craindre, En buvant comme lui, rapellez le vieux temps ; Faites des contes bleus.
Léandre
Mais les honnêtes gens, Rougissent...
Babot
Il le faut.
Léandre
L'épreuve est un peu sotte.
Babot
Il le faut, il le faut.
Léandre
Allons, j'irai ; n'importe.
Babot
Il faut boire, jurer, parler beaux sentiments, Rire, à l'instant pleurer, critiquer les amants.
Léandre
Je ferai tout cela pour vous, belle Victoire.
Victoire
Léandre, en verité, je rougis de ma gloire ; Et Babot est bien folle...
Avec enthousiasme.
Babot
Il n'est que ce chemin ; Je vous le garantis son intime demain, Il tramera pour vous et contre vos soeurs même. Léandre est votre époux ; ah ! Lorsqu'un buveur aime, Avec un petit verre on ranime l'Amour, Et l'on fait vingt amis et cent amants par jour ! Clorinde vient...
Victoire
Ah Dieux !
Babot
Sortez, Mademoiselle, J'accommoderai tout ; Damis est avec elle : Broton ne veut souffrir aucun amant chez lui, Mais je trouve un moyen pour nous tirer d'ici ; Et crainte qu'on ne jase et qu'on ne vous soupçonne, Faites ce que je dis, je vais leur donner bonne.
Scène 4
Babot, Léandre, Clorinde, Le Chevalier Damis
Babot
Contrefaites le fou.
Léandre
Puis tantôt le buveur ? J'ai mis en bonnes mains l'interêt de mon coeur !
Babot
Eh bien, laissons tout là ; finissons la querelle !
Léandre
Non, non, poursuis, Babot, la cause en est trop belle.
Babot
Ah ! Le pauvre garçon ! Son mal est dangereux ! Il vaudrait mieux, ma foi, qu'il fût bien amoureux Que d'avoir des vapeurs qui lui tournent la tête ; Mais à plus de vingt ans être encor assez bête ; Pour ignorer l'Amour ! Il vient de m'avouer... J'ignore si l'on doit le plaindre ou le louer : Qu'il s'ennuie à périr près d'une jeune fille : Mon Maître a, ce dit-on, un secret de famille ; Pour guérir la folie; il vient le consulter, Madame, et vos beaux yeux ne font que l'irriter : S'ils approche de vous, d'abord au moindre geste, Son accès le prendra, puis vous le verrez, zeste, Sauter, gesticuler, devenir en fureur.
Clorinde
Ah ! Par ce seul récit tu me glace de peur !
Le Chevalier Damis
Vient-il souvent ici des objets de la sorte.
Léandre regarde fixement Damis et s'approche de Clorinde.
Babot
Non.
Clorinde
Son mal va lui prendre ! Ah ! Babot, fais qu'il sorte.
Le Chevalier Damis
Quoi donc ! Vos yeux, Madame, auraient pu le guérir ; Le refuseriez vous ?
Clorinde
J'aimerais mieux mourir ! Ah ! Damis... Je frissonne... Et je sens qu'il me peine.
Babot
Sa folie est tranquille.
Léandre sort avec Babot.
Clorinde
Ah ! J'en ai la migraine !
Scène 5
Le Chevalier Damis, Clorinde
Le Chevalier Damis
Madame il est sorti.
Clorinde
Comme il me regardait !
Le Chevalier Damis
Ainsi que lui, Madame, un sage le ferait.
Clorinde
Dans le trouble où je suis je crains quelques visites ; On l'interpreterait...
Le Chevalier Damis
Voilà...
Clorinde
Qui ?
Le Chevalier Damis
Les petites.
Scène 6
Clorinde, Cathis, Le Chevalier Damis, Lolotte
Clorinde
Ah ! Ce sont nos enfants ; avons-nous du papa, Obtenu joliment d'aller à l'Opéra, Mon coeur !
Elle rit et saute.
Cathis
Oh oui, Madame, et c'est ma soeur Lolotte ; Qui l'a déterminé.
Clorinde
Paix donc petite sotte ; Il faut cacher sa joye et que l'exterieur, Offre précifément le contraire du coeur ; Voilà le monde.
Le Chevalier Damis
Bien !
Cathis
Ah ! Ma belle Madame ! Que d'obligation... De plaisir... Que mon âme..
Clorinde
Comment donc ! Chevalier ! Elle a des sentiments !
Le Chevalier Damis
Oui, beaucoup, mais beaucoup... Et... Gare les amants !
Cathis
Je dissimulerai.
Le Chevalier Damis
Bon !
À Damis.
Clorinde
Que tout soit mystère. Pour vous, Lolotte, il est bien peu de chose à faire. Voyez elle a dejà certain air nonchalant.
Le Chevalier Damis
Elle est bien, et ses yeux ont l'air fier et galant.
Clorinde
Pour d'autres c'est un art, c'est nature chez elle.
Lolotte
Vous vous trompez, Madame, et je vois mon modèle.
Clorinde
Elle a le ton du monde ; elle est faite pour lui. Trop de vivacité nous annonce. Aujourd'hui, Les jeux, la promenade, et jusques à la danse ; Tout doit se prendre enfin d'un air d'indifférence. D'un transport modéré le plaisir est plus doux.
Le Chevalier Damis
Et plus durable aussi...
À Lolotte.
À Cathis.
À Damis.
Clorinde
L'Opéra, l'aimez vous ? Par exemple en ce lieu la morale est contrire. À ce que la vertu nous commande d'austère ; Mais cela se tolère à la faveur du chant ; On en est quitte après pour vaincre un doux penchant. Allons douce beauté, voir du grave, du tendre, Vous il vous faut du gai : nous allons tout entendre : Sortons. Que dites-vous de leur ajustement ?
Le Chevalier Damis
Qu'il leur faudrait un peu de rouge seulement.
Clorinde
Elles sont à charmer.
Cathis
Ces noeuds sont votre ouvrage.
Le Chevalier Damis
Une mouche par-là... Fort bien... Voilà je gage, Monsieur Broton.
Scène 7
Monsieur Broton, Le Chevalier Damis, Clorinde, Cathis
demi ivre
Monsieur Broton
Eh bien ! Qu'est-ce donc !... Du plaisir !...
Le Chevalier Damis
Il est gai : d'ou vient-il ?
Clorinde
Je sens à ce soupir Qu'il a fort bien diné.
à Cathis qui lui donne un fauteuil
Monsieur Broton
Qu'il fait chaud ! Non, ne bouge...
Cathis
Asseyez-vous, papa.
Monsieur Broton
Comme te voilà rouge !
Cathis
C'est que j'ai chaud aussi.
regardant leur parure
Monsieur Broton
Toujours mille chiffons ?
Clorinde
C'est moi qui l'ai parée.
se radoucissant
Monsieur Broton
Elle est.... Bien.. Propre.
Clorinde
Allons, Avouez qu'elle est bien.
Le Chevalier Damis
Mon cher Broton ?
Clorinde
Charmante !
amoureusement
Monsieur Broton
Ah ! Madame, c'est vous... Qui...
Clorinde
Je suis engageante ?
Le Chevalier Damis
N'est-il pas vrai, l'ami ?
Monsieur Broton
Vous avez... Un attrait...
Clorinde
Me trouvez-vous jolie ?
À ses deux filles : il se met dans le fauteuil.
Monsieur Broton
Ah ! Madame... Au parfait ! Que je vous parle, enfants : vous serez satisfaites, Et les choses déjà sont plus d'à moitié faites.
Elle sort avec Damis.
Clorinde
Nous voilà bons amis, mais ce prélude là, Nous annonce qu'il faut se passer d'Opéra.
Scène 8
Cathis, Monsieur Broton
Cathis
Vous plaît-il de parler ?
Monsieur Broton
Oui vous allez entendre. Au cabaret voisin... Connaissez vous Léandre?
Cathis
Non
Il sort.
Monsieur Broton
C'est un épouseur... Parbleu ! C'est toujours un... Bon garçon, qui boit bien... Et... N'est pas du commun. Je l'ai mis sous la table et quoi qu'il sache boire, J'ai remporté sur lui l'honneur de la Victoire ; Pour choisir entre vous il viendra dans ce jour, Songez à lui montrer beaucoup, beaucoup d'amour.
Scène 9
Babot, Cathis, Lolotte
Babot
J'ai vu le prétendu, dans l'instant il arrive.
Cathis
Est-il blond ?
Lolotte
Est-il brun ?
Babot
Ah ! Que vous êtes vive ! Il est noir de cheveux, d'humeur aussi, je crois : Ce que j'en ai pu voir me déplait fort à moi, Il prétend que l'on soit simple, silencieuse: Avec un tel bizarre on serait malheureuse.
Cathis
Point du tout ; vite otons mon rouge et mes rubans.
Elles courent toutes deux à une toilette qui est au fond du Théâtre.
Lolotte
Courons à la toilette : en avons nous le temps ?
Cathis
Par la simplicité pour moi je veux lui plaire.
Lolotte
Et moi par l'ornement.
Babot
Voilà bien du mystère, Pour tenter un coeur pris grâce à notre complot ; Le père est tout à nous.
Cathis
Suis-je bien ?
Lolotte
Moi, Babot ?
Babot
Votre frisure bouffe.
Lolotte
Et la mienne ?
Elles retournent à la toilette.
À Cathis et Lolotte qui reviennent.
Babot
Est trop plate. Victoire enfin aura le mari qui la flatte, Si nous réussissons dans ce nouveau projet ; Je pense qu'il vaudra celui du cabaret, De mon esprit fécond il est encore l'ouvrage, Léandre va venir jouer son personage ; Il a su plaire au père, il faut déplaire aux soeurs ; Par la condescendance on gagne tous les coeurs ; Mais il n'est pas aisé de dégouter des filles, Qui veulent un mari. Vous voilà bien gentilles, Quel dommage pourtant de quitter tout cela ! Car le futur époux voit mieux que le papa, Je m'en suis aperçue, il a l'humeur jalouse.
Lolotte
Le plaisir d'obéir est celui d'une épouse.
Cathis
Eh ! Mais, ma soeur, c'est moi qu'il doit choisir ici.
Lolotte
S'il a droit de choisir, moi j'y prétends aussi.
À part.
Babot
Vite, redressez-vous, votre père l'amène. Que la jeune Victdoire à présent est en peine !
Scène 10
Monsieur Broton, Léandre, Cathis, Babot, Lolotte
à Léandre
Monsieur Broton
Entrez...
Léandre
Non.
Monsieur Broton
Vous...
Léandre
Monsieur...
à ses filles
Monsieur Broton
Enfants c'est le mari... Dont je vous ai parlé ; mon gendre et mon ami ; Bon vivant, honnête homme... Et, voilà ma cadette, Et l'ainée, entre nous, elle est assez drolette ? Au moins !
Léandre
Comme une épouse elle est peinte en mon coeur.
Cathis
Monsieur, je m'applaudis de ce titre flatteur.
Babot
Cela peut vous flatter ?
Cathis
Tais-toi point d'interprète : Je pense en femme sage, et non pas en coquette...
Monsieur Broton
Il me disait tout bas que tous ces affiquets, L'avaient un peu choqué, que des airs trop coquets.
Léandre
Ah ! Doucement, Monsieur...
Monsieur Broton
Qui plaisent dans les femmes, Offusquent les maris.
Léandre
Excusez-moi mesdames, Si j'ai pu m'expliquer un peu trop librement. Je parlais en mari.
Babot
Ce n'est pas en amant ; On pourrait vous taxer, Monsieur de jalousie.
Cathis
Eh ! cet heureux défaut fait le bien de la vie.
Léandre
Si je le suis, jaloux ? oui, sans doute ; à l'excès !
Cathis
J'aime que pour un rien on me fasse un procès, La fureur d'un jaloux n'a rien dont je m'irrite, C'est un aveu secret de son peu de mérite, J'aime à le voir se croire indigne de mes feux, M'accabler de rigueurs et soupçonner mes voeux, C'est par ce sentiment que triomphe une belle : Être injuste n'est rien, quand le coeur est fidèle.
Babot
Ne vous y trompez pas, à présent les époux, Par le droit du plus fort sont coquets et jaloux.
Léandre
Oui l'Amour est jaloux de toute la nature, Mais si mon coeur un jour pouvait vous faire injure, Si pour quelques instants j'oubliais vos attraits, Je reviendrais à vous plus soumis que jamais. Il se peut quelquefois, qu'une âme un peu trop tendre, Sur les droits de l'hymen anticipe.
Cathis
Léandre, Cela me paraît fort; vous me poussez à bout : Être injuste n'est rien, être infidele est tout, Je n'excuserais pas...
Babot
Mais, vous êtes si bonne !
Monsieur Broton
Ah ! Mon gendre, c'est trop !
Léandre
La chose se pardonne.
Cathis
Une infidélité ! Qu'en dites-vous, ma soeur ?
Lolotte
Que l'on peut excuser la faiblesse du coeur ; Que la vertu triomphe avec plus d'avantage, Quand l'épouse pardonne, et qu'elle est belle et sage.
Cathis marque du dépit.
Babot
Vous pardonnerez tout à cet époux parfait? Voilà pour tous les tems un modele complet.
Monsieur Broton
Si Cathis est fachée, en tout cas j'ai trois filles. Entends-tu bien ; mon gendre ? Et toutes trois gentilles... Viens-t'en laisse-les là : viens vite boire un coup, Je veux t'accoutumer à boire comme un trou.
Scène 11
Lolotte, Babot, Cathis
Lolotte
Son caractere est franc, tendre.
Babot
Et sans artifice.
Cathis
Oui la chose vaut bien que l'on y réflechisse.
Lolotte
Faites moi part, ma soeur, de votre intention.
Cathis
Mon père saura seul ma résolution.
Scène 12
Victoire, Babot
Victoire
Eh ! Bien, chère Babot, a-t-on fait quelque chose ?
Babot
Léandre était à nous, et quand tout se dispose, Le diable dans l'instant vient qui nous brouille tout, Cathis n'en voulait plus, et Lolotte y prend goût.
Victoire
Que je suis malheureuse ! Il est vrai que Léandre, Ne veut aimer que moi, mais si longtemps attende. Ou sentir le remords d'avoir trompé mes soeurs ! Gouterais-je un plaisir qui leur coutât des pleurs ? Non j'en mourrai Babot.
Babot
Trop de délicatesse, Dans les pressants dangers dégénère en foiblesse. L'affaire est en bon train ; faites vous peu de cas, Que l'Amour et Bacchus y saient vos avocats ? Nous mettrons ordre à tout, vous voyez votre père ; Agir avec tendresse. Ah ! Le bon caractère ! Vive le bon vieux temps où l'on était tout rond, De cette pâte d'homme on n'a plus la façon.
Scène 13
Monsieur Broton, Cathis, Lolotte, Babot, Victoire, Lolotte Et Cathis
Lolotte et Cathis amènent Proton à Lolotte.
Monsieur Broton
Eh ! Mais... Laissez moi donc..
Cathis
Venez, venez mon père.
Monsieur Broton
Laissez-moi boire un coup.
Cathis
Terminez notre affaire,
Lolotte
Imposez donc silence à Atys.
Cathis
À ma soeur.
Lolotte
Terminez.
Cathis
Oui.
Babot
Sans doute.
Monsieur Broton
Allons de tout mon coeur, Commençons par Lolotte elle a vu que Léandre, A l'humeur déplaisante, il n'y doit plus prétendre,
Lolotte
Si vous y consentez, mon espoir le plus doux, Serait, des aujourdhui d'en faire mon époux. Rien ne doit effrayer dans un mari qu'on aime, Caractère léger, un peu libertin même, Tout est pour notre gloire un triophe de plus.
Cathis
Cessez, ma tendre soeur d'étaler vos vertus, Pour voler un amant, on n'est pas dégoutée, Mais vous oubliez donc que je suis votre aînée ? Que je l'épouse moi, que fut-il ombrageux, Suffisant, emporté, tel qu'il est, je le veux.
Lolotte
Vous déclamiez tantôt contre les infid7les, Et j'ai cru...
Cathis
Moi je sais...
Monsieur Broton
Peste des peronnelles ! Le diable vous épouse en peut-il prendre trois ? Car Victoire sans doute aime aussi le matois.
Victoire
Au refus de mes soeurs j'obeirai, mon père.
Monsieur Broton
Eh bien ! Soyez d'accord, et sans tant de colère, Laisses-lui le mari qui fait votre débat.
ensemble
Lolotte Et Cathis
Nous n'avons point de goût du tout au célibat ; Bien des grâces, mon père.
Victoire
On trouve par la suite.
Lolotte Et Cathis
Milles grâces, ma soeur.
Cathis
Ah ! Ma pauvre petite, Vous n'entendez pas mal déjá vos intérêts !
Monsieur Broton
Allez vous consulter, puisque j'ai fait les frais, Je vous donne un quart d heure, et veux sans plus attendre, La noce pour ce soir, ou bien, plus de Léandre.
Scène 14
Léandre, Monsieur Broton, Babot
Léandre
Hé bien, papa,
Monsieur Broton
Mon gendre on n'a pu rien gagner. Aussi c'est ma bonté qui me fait barguigner, Eh ! Que doit m'importer le rang de chaque fille ; Pourvu que mon ami vienne dans ma famille ?
Babot
Sans doute.
Monsieur Broton
Il faut qu'il ait celle qu'il a choisi, J'ordonnerai, morbleu ! Je veux être obéi. Je suis honteux d'agir avec tant de faiblesse.
Il rêve.
Léandre
Beau-père, il vaudrait mieux par quelque tour d'adresse, Appaiser les deux soeurs. Un valet entendu, Que j'ai pris depuis peu, qui leur est inconnu, Pourra nous y servir décriant ma conduite. Ici comme marchand... Il viendra...
Babot
Tout de suite, Oui je vais l'introduire, et soyez assuré, Qu'on vous équipera, Monsieur, à votre gré.
Monsieur Broton
Oui bon cela, l'ami !
Scène 15
Victoire, Babot, Monsieur Broton, Léandre
Victoire
Du transport qui m'anime ; Permettez qu'a vos pieds la douce ardeur s'exprime, Si je vous interromps...
Babot
Quelle vivacité !
Victoire
Mon père, pardonnez ; mon coeur est transporté, Par la crainte, l'amour et la reconnaissance.
s'attendrissant
Monsieur Broton
Tu transportes le mien ; va ; ton obéissance, M'a toujours contente, mon enfant, et ton coeur, Est franc comme le mien et digne d'un buveur, Je reconnais mon sang, c'est la fille à son père.
Victoire
Vos ordres sont si doux, qui pourrait vous déplaire?
Léandre
Que ce transport, Victoire, à de quoi me flatter ! J'en suis l'heureux objet, je n'en saurais douter.
Victoire
Oui c'est vous, cher Léandre !
Léandre
Hélas ! Chère Victoire !
tendre
Monsieur Broton
Morbleu ! Près de cela ce n'est rien que de boire, Chers enfants ! Oui... l'Amour... Vous me faites pleurer, Pour la première fois ils m'ont fait soupirer.
Léandre
Quel plaisir nous aurons à vous chérir sans cesse !
Victoire
Mon père et mon époux partagent ma tendresse.
Monsieur Broton
J'aurai tout le bonheur quand vous serez heureux.
Léandre
Ah ! Par ce seul désir vous comblez tous mes voeux.
Babot
Voilà nos gens d'esprit ! Si je n'y prenais garde, Ils passeraient, jarni ! Le temps à la moutarde, Allez, votre valet devrait être envoyé.
Léandre
Je vois qu'elle a raison : je m'étais oublié.
Babot
Le coeur quoi qu'on en dise, ici n'est qu'une bête, Et vous aviez tous trois bon besoin de ma tête.
Léandre
On s'oublierait à moins, et ces heureux instants. Sont les seuls de ma vie...
Babot
Ah ! Les beaux sentiments ! Allez, vous dis-je ; allez.
Il sort.
Léandre
Il faut te satisfaire.
Babot
Un millier de soupirs ne fait pas une affaire.
Scène 16
Cathis, Monsieur Broton
Cathis
Vous voulez nous parler, à ce que dit Babot, Vous décidez, sans doute ?
Il sort.
Monsieur Broton
Il n'en est pas le mot. Entre vous le débat ; la cadette ou l'ainée, Tout cela m'est égal, pourvu que la journée, Décide qui des trois de Victoire ou de vous, Recevra de ma main Léandre pour époux.
Scène 17
Champagne, Cathis, Babot, Lolotte
Champagne
Bonjour, ma belle enfant, où sont tes Demoiselles?
Cathis
À qui parles-tu là?
Champagne
J'ai les modes nouvelles.
Babot
C'est un petit marchand de pompons, de bijoux.
Bas à Babot.
Champagne
Des peignes, des saveurs pour les nouveaux époux. La fille du logis, m'a-t'on dit, se marie... On ne m'avait pas dit que tu sois si jolie.
À Champagne.
Cathis
Cette affaire, ma soeur, a déjà fait du bruit, Comment le savez vous?
À Babot en lui montrant des rubans.
Champagne
Tout le monde le dit. Voici de bons parfums, des mouches, des aigrettes: Pour le futur époux voilà des savonettes. Approchez-vous, ma Reine, et choisissez ici.
Babot
Toi qui sais si bien tout, que dit-on du mari ?
Champagne
Recevez ce ruban.
Babot
Tes façons sont galantes.
Champagne
J'en usé ainsi partout, pour les belles suivantes.
Babot
Mais réponds moi ; l'on dit...
Champagne
Que je suis son valet, Que quand je le regarde il me semble parfait.
Lolotte
Que dit il?
Babot
Il m'a dit, qu'il vous trouvait à plaindre.
Champagne
Non.
Bas.
Haut.
Babot
Tai-toi donc, serpent ! Que Léandre sait feindre.
Champagne
Le ferai-je chasser quand j'entre en goût pour toi ?
Babot
Je t'instruirai de tout.
Champagne
Qui le sait mieux que moi ? Voulez-vous du carmin ? Du beau blanc de ceruse ?
Babot
Ceruse, donc, manant ! Marche avec ta peinture.
Cathis
Nous n'en employons point.
Babot
Reviens un autre jour Il nous prenait, je crois, pour des femmes de Cour.
Cathis
Pourquoi le renvoyer ? nous aurions su peut être, Que Léandre n'est pas ce qu'il voudrait paraître.
Babot
Laissez moi seule, ici, je vais le rapeller, Fut-il, mardi ! Muet, je le ferai parler.
Lolotte
Oui sortons; tu pourras en savoir davantage.
Scène 18
Babot, Léandre, Champagne
Bas.
Babot
Écoutez, beau Marchand. Tout est manqué: j'enrage !
Léandre
Champagne, qu'as-tu fait ? Eh ! Bien suis-je chassé ?
Champagne
Pas... tout-à-fait, Monsieur,
Babot
Il aurait tout gâtê. Si je n'avais rien dit.
Léandre
Ah ! Maraud ! Ah ! Belître !
Babot
Loin de vous décrier, Valets sur ce chapitre, Ne tarissent jamais, leur esprit inventif : Trouve dessus cela du faux ou positif ; Lui, faisait votre éloge !
Champagne
En voici le mystère : Déplait-on quand on a tant de désir de plaire ? Vous me pardonnerez en regardant Babot.
Babot
C'est votre faute...
Champagne
Oui.
Léandre
Taisez-vous maitre sot !
Babot
Il n'était qu'a demi dans votre confidence.
Champagne
Si j'ai péché, Monsieur, c'était par ignorance; Je pourrai réparer tout le mal que j'ai fait.
Babot
Il voit ici deux soeurs, une autre est votre fait : Il ne comprenAit rien à toutes ces vétilles.
Champagne
Qui diable eut deviné que Broton eut trois filles ?
Léandre
Fort bien ! Il a raison, puisqu'il est amoureux ; Mais je perds mon bonheur, et c'est pour tes beaux yeux.
Babot
Pouvait-on deviner qu'on lui brouillait la vue ? On pourra retrouver l'occasion perdue.
Léandre
Votre zèle à présent serait hors de saison ; Je ne veux écouter que la droite raison. Enfin je vais risquer tout ce que je peux craindre, Et mon coeur souffre trop d'être obligé de feindre.
Scène 19
Léandre, Babot, Monsieur Broton
Léandre
Tout nous réussit mal; il saut, mon cher papa, Instruire les deux soeurs...
Babot
Justement les voilà.
Monsieur Broton
Eh oui ! La vérité ; c'est la vertu que j'aime. In vino veritas.
Scène 20
Clorinde, Babot, Léandre, Monsieur Broton, Le Chevalier Damis, Lolotte, Cathis, Champagne, Victoire
Clorinde
C'est ce fou ! C'est lui-même !... Je vois son teint rougir, et ses yeux s'égarer.
Babot
Nous possédons ici de quoi tout réparer.
Clorinde
Tu me l'as déja dit.
Léandre
Il n'est plus temps de feindre.
Clorinde
Ah ! Damis !
Léandre
Pardonnez ; vous n'avez rien à craindre. Et l'Amour seul, Madame, a causé ces erreurs, Je craignais d'offenser ces deux aimables soeurs ; En adressant mes voeux à ma chère Victoire, Dont la main comblerait mon bonheur et ma gloire. J'ose vous implorer...
Clorinde
Qu'en dites-vous, Damis ?
Monsieur Broton
On tirerait plutôt morbleu ! du vin d'un puits, Qu'on ne dégouterait filles du mariage, Surtout quand elles sont... Vous m'entendez... D'un âge...
Le Chevalier Damis
À moins que ce ne soit par leur propre raison.
Clorinde
Il faut faire un effort, mes chères.
Babot
Un bon non, Car ce libertinage et cette jalousie, Tout était faux...
Lolotte
Ma soeur...
Léandre
Ainsi que ma folie.
Cathis
Quoi ! Ma soeur on nous joue ! et Victoire...
Lolotte
Ah ma soeur ! Il faut abandonner ce Bourgeois...
Cathis
De grand coeur !
embrasse Cathis
Monsieur Broton
Baise moi mes Amours... Te voilà raisonnable, On verra mon bon coeur, quand nous serons à table, Je leur fais un présent qui vaut bien... Cent maris.
Clorinde
Je leur fais épouser pour le moins des Marquis : De leur âme à l'instant j'ai connu la noblesse ; Elles ont de grands biens ; la beauté, la sagesse : Que leur faut-il de plus ?
Babot
C'est fort bien engeôler.
Champagne
Et toi coquine, aussi voudrais-tu m'enrôler ?
Monsieur Broton
Allons boire aux accords de Victoire et Léandre ; Et vive le bon vin qui me procure un gendre !
Babot
L'amour avec Bacchus est au moins de moitié.
Victoire
Couronnez ce beau jour par la douce amitié : Je l'espère, mes soeurs, puisque tout m'autorise.
Cathis
On vous fréquentera quand on sera Marquise.