Comédie · 1768

Les filles à marier

d’Elisabeth Guibert

Représentation
≈ 31 min
Distribution
3 femmes, 5 hommes
Répliques
308
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Babot H 70 ≈ 8 min 14
Monsieur Broton N 43 ≈ 7 min 10
Cathis F 43 ≈ 3 min 11
Léandre H 41 ≈ 3 min 8
Clorinde H 28 ≈ 3 min 5
Victoire F 26 ≈ 3 min 7
Lolotte F 22 ≈ 1 min 8
Champagne H 16 ≈ 1 min 3
Le Chevalier Damis H 17 ≈ 1 min 5
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Babot absentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Broton absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cathis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Léandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clorinde absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Victoire absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lolotte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Champagne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Cathis, Monsieur Broton, Lolotte, Victoire

ET LOLOTTE, en ensemble suivant

Cathis

Mon Papa !

avec humeur

Monsieur Broton

Ventrebleu, je ne sais où j'en fuis ! Est-ce que je peux, moi, vous forger des maris ? Ces trois carognes-là me font tourner la tête.

Lolotte

Nous voulons un état ; la demande est honnête.

Cathis

Le moyen, s'il vous plaît, detrouver des époux, Quand on ne voit ici que portes et verroux ?

Monsieur Broton

Eh ! Peut-on trop fermer, quand au travers des grilles, On voit s'évaporer l'honneur de tant de filles ?

Victoire

C'est donc notre vertu qui répond de nos moeurs : Rien ne peut arrêter le penchant de nos coeurs, C'est elle seule aussi que vous devez en croire, La contrainte, mon père....

Monsieur Broton

Ah ! Taisez-vous, Victoire.

Cathis

Pour trouver des partis, il faut paraître au moins.

Monsieur Broton

Non, vous dis-je, attendez tout du temps, de mes soins, Et je vous marierai ; ces conteurs de sornettes, Qui dans chaque maison débitent leurs fleurettes, Ne sont point épouseurs ; le quatrième jour Qu'on vous frequentera, serviteur ; plus d'amour ; Ou bien qu'on vous épouse.

Lolotte

Il paraît impossible Qu'une fille d'honneur qui doit être insensible, En quatre jours connaisse, aime, épouse...

Monsieur Broton

Comment, La doucette Lolotte aussi veut un amant ?

Lolotte

J'ai bientôt dix-huit ans.

Cathis

Et je suis son aînée.

Victoire

Moi, je suis déjà grande.

Monsieur Broton

Ah ! Tant mieux.

Cathis

Une année En donne trois ici, mon père, en vérité, Si vous ne modérez notre captivité, Point de maris pour nous. En fait de mariage....

Monsieur Broton

Morbleu !

Cathis

La plus pressée est toujours la plus sage.

ironiquement

Monsieur Broton

Ah ! Mesdames tant-pis ! Le tour est merveilleux ; Mais moi je ne veux point voir ici d'amoureux : Vous prenez des conseils, on vous met à la mode, Et corbleu, ma maison est déjà trop commode ! Votre belle Clorinde avec son Chevalier, Sans leur bail, à l'instant vuideraient mon premier. C'est elle qui vous met dans la coquetterie. Les pompons, la frisure, un air d'étourderie.... Je vois mille escoffions qui m'étetient inconnus Depuis qu'on la fréquente on ne travaille plus. Nouër un bout de soie, et sourire avec grâce ; Voilà ce qu'on vous montre, et tout cela me lasse. On ne dort plus ici ; c'est un train nuit et jour... Des carosses sans cesse, embarassent ma cour, Elle vient ; des laquais, des coureurs, et des pages. On frappe, on ouvre, on entre et de quatre équipages, Sortent comtes, marquis et des abbés coquets, L'un lui porte ses chiens, l'autre ses perroquets : Un Petit-Maitre tient le singe de Madame.... Voilà le bel exemple ! Ah ! Si ma pauvre femme Revenait à la vie et voyait ce fracas, Ses filles en rubans, aigrettes, falbalas...

Cathis

Pour les habillements on doit suivre l'usage, Clorinde a de grands airs, mais elle est belle et sage, Et jamais l'ornement n'influa sur les moeurs.

Monsieur Broton

Tous ces colifichets amollissent les coeurs ; Est-ce pour vous former qu'on vous lie des brochures, Qui plus que du latin me paraissent obscures, Et ne peuvent au plus amuser que des sots ? Eh ! Morbleu, lisez-moi, lisez-moi des bons mots, Encor bien rarement : que l'esprit se repose, Coudre, filer, pour vous est la meilleure chose. Il faut changer de ton ; Lolotte. Et vous Cathis, Passez racommoder, s'il vous plaît, mes habits.

Scène 2

Babot, Victoire

Babot

Que j'étais ennuyée avec sa sermonade ! Il ne finissait pas ; une heure en embuscade Je voulais vous parler ; Léandre...

Victoire

Il a raison. Mes soeurs, depuis un temps, prennent un mauvais ton : Ce qui sied à Clorinde a pour nous peu de grâce.

Babot

Léandre est là qui vient...

Victoire

Ce fard sur nous s'efface : L'éclat est pour les grands ; la noblesse a ses droits, Et la simplicité fait l'honneur des bourgeois.

Babot

Votre commodité n'est donc point de m'entendre ? Je reviendrai ce soir vous parler de Léandre.

Victoire

Léandre ? Que dis-tu?

Babot

Non, non, moralisez : Que voulez-vous de plus, quand vous vous amusez ? Si Monsieur Broton même en prêchant peut vous plaire, Je vais le rappeller : telle fille, tel père...

Victoire

Ah ! Finis. Quoi! Léandre est ici, dis, Babot ?

Babot

Parlez raison, vertu...

Victoire

Dis donc.

Babot

Je ne dis mot.

Victoire

Je t'en conjure, ah ! Dis ; que mon âme est émue !

Babot

Eh bien, j'ai ménagé pour vous une entrevue. Léandre vient...

Victoire

Grands Dieux ! Qu'il soit en mon pouvoir ; D'accorder la raison, l'amour et mon devoir.

Scène 3

Léandre, Victoire, Babot

Léandre

Qu'avez vous décidé, sage et tendre Victoire?

Victoire

De vous aimer toujours et de chérir ma gloire; Et si mon père un jour, consent à nous unir, Léandre, mon bonheur sera de vous chérir...

Léandre

Quand je suis dévoré, par une flame ardente, Puis-je me contenter d'une cruelle attente ?

Victoire

Peut-être peu de temps satisfera nos coeurs ; Il suffit que mon père ait marié mes soeurs, Il vous acceptera.

Babot

Bon ! Quand le seront-elles ? Il les garde avec soin, et quoi qu'elles soient belles, Elles resteront là.

Léandre

Mais il faut lui parler.

Babot

Si par un stratagème on pouvait l'engeôler ?

Victoire

C'est un soin superflu, qu'esperez vous Léandre ?

Léandre

Obtenir votre main.

Babot

Il n'y veut point entendre.

Victoire

Je suis une cadette, et mes soeurs pour mon choix, Ne seront pas d'humeur à me céder leurs droits.

Babot

Encor se marier est toute leur folie.

Victoire

Et moi qui suis plus jeune en ai-je moins d'envie ?

Léandre

Comment donc faire ?

Babot

Mais... Il faudrait boire un peu... Vous griser...

Léandre

Me griser !

Babot

Ceci n'est pas un jeu. Monsieur fait d'un bouchon sa retraite ordinaire, C'est là qu'il adoucit sa bile atrabilaire, Et qui peut sur un banc être assis près de lui, Bavarder et brailler deviendra son ami. Moi-même qu'au logis il bougonne sans cesse, Quand je vais l'y chercher...

Léandre

Eh ! Bien ?

Elle contrefait Broton.

Babot

Il me caresse. Et moi qui sais qu'il faut hurler avec les loups, J'avale de bon vin deux ou trois petits coups, Alors tout plein d'amour, il dit, ma gouvernante... Est une honnête fille... Et...

Léandre

Fille complaisante.

Babot

Écoutez, n'allez pas faire le Dameret, Il faut avec Broton aller au cabaret.

Léandre

Au Cabaret Babot !

Babot

Vous voilà bien à plaindre. Si par là vous parez ce que vous devez craindre, En buvant comme lui, rapellez le vieux temps ; Faites des contes bleus.

Léandre

Mais les honnêtes gens, Rougissent...

Babot

Il le faut.

Léandre

L'épreuve est un peu sotte.

Babot

Il le faut, il le faut.

Léandre

Allons, j'irai ; n'importe.

Babot

Il faut boire, jurer, parler beaux sentiments, Rire, à l'instant pleurer, critiquer les amants.

Léandre

Je ferai tout cela pour vous, belle Victoire.

Victoire

Léandre, en verité, je rougis de ma gloire ; Et Babot est bien folle...

Avec enthousiasme.

Babot

Il n'est que ce chemin ; Je vous le garantis son intime demain, Il tramera pour vous et contre vos soeurs même. Léandre est votre époux ; ah ! Lorsqu'un buveur aime, Avec un petit verre on ranime l'Amour, Et l'on fait vingt amis et cent amants par jour ! Clorinde vient...

Victoire

Ah Dieux !

Babot

Sortez, Mademoiselle, J'accommoderai tout ; Damis est avec elle : Broton ne veut souffrir aucun amant chez lui, Mais je trouve un moyen pour nous tirer d'ici ; Et crainte qu'on ne jase et qu'on ne vous soupçonne, Faites ce que je dis, je vais leur donner bonne.

Scène 4

Babot, Léandre, Clorinde, Le Chevalier Damis

Babot

Contrefaites le fou.

Léandre

Puis tantôt le buveur ? J'ai mis en bonnes mains l'interêt de mon coeur !

Babot

Eh bien, laissons tout là ; finissons la querelle !

Léandre

Non, non, poursuis, Babot, la cause en est trop belle.

Babot

Ah ! Le pauvre garçon ! Son mal est dangereux ! Il vaudrait mieux, ma foi, qu'il fût bien amoureux Que d'avoir des vapeurs qui lui tournent la tête ; Mais à plus de vingt ans être encor assez bête ; Pour ignorer l'Amour ! Il vient de m'avouer... J'ignore si l'on doit le plaindre ou le louer : Qu'il s'ennuie à périr près d'une jeune fille : Mon Maître a, ce dit-on, un secret de famille ; Pour guérir la folie; il vient le consulter, Madame, et vos beaux yeux ne font que l'irriter : S'ils approche de vous, d'abord au moindre geste, Son accès le prendra, puis vous le verrez, zeste, Sauter, gesticuler, devenir en fureur.

Clorinde

Ah ! Par ce seul récit tu me glace de peur !

Le Chevalier Damis

Vient-il souvent ici des objets de la sorte.

Léandre regarde fixement Damis et s'approche de Clorinde.

Babot

Non.

Clorinde

Son mal va lui prendre ! Ah ! Babot, fais qu'il sorte.

Le Chevalier Damis

Quoi donc ! Vos yeux, Madame, auraient pu le guérir ; Le refuseriez vous ?

Clorinde

J'aimerais mieux mourir ! Ah ! Damis... Je frissonne... Et je sens qu'il me peine.

Babot

Sa folie est tranquille.

Léandre sort avec Babot.

Clorinde

Ah ! J'en ai la migraine !

Scène 5

Le Chevalier Damis, Clorinde

Le Chevalier Damis

Madame il est sorti.

Clorinde

Comme il me regardait !

Le Chevalier Damis

Ainsi que lui, Madame, un sage le ferait.

Clorinde

Dans le trouble où je suis je crains quelques visites ; On l'interpreterait...

Le Chevalier Damis

Voilà...

Clorinde

Qui ?

Le Chevalier Damis

Les petites.

Scène 6

Clorinde, Cathis, Le Chevalier Damis, Lolotte

Clorinde

Ah ! Ce sont nos enfants ; avons-nous du papa, Obtenu joliment d'aller à l'Opéra, Mon coeur !

Elle rit et saute.

Cathis

Oh oui, Madame, et c'est ma soeur Lolotte ; Qui l'a déterminé.

Clorinde

Paix donc petite sotte ; Il faut cacher sa joye et que l'exterieur, Offre précifément le contraire du coeur ; Voilà le monde.

Le Chevalier Damis

Bien !

Cathis

Ah ! Ma belle Madame ! Que d'obligation... De plaisir... Que mon âme..

Clorinde

Comment donc ! Chevalier ! Elle a des sentiments !

Le Chevalier Damis

Oui, beaucoup, mais beaucoup... Et... Gare les amants !

Cathis

Je dissimulerai.

Le Chevalier Damis

Bon !

À Damis.

Clorinde

Que tout soit mystère. Pour vous, Lolotte, il est bien peu de chose à faire. Voyez elle a dejà certain air nonchalant.

Le Chevalier Damis

Elle est bien, et ses yeux ont l'air fier et galant.

Clorinde

Pour d'autres c'est un art, c'est nature chez elle.

Lolotte

Vous vous trompez, Madame, et je vois mon modèle.

Clorinde

Elle a le ton du monde ; elle est faite pour lui. Trop de vivacité nous annonce. Aujourd'hui, Les jeux, la promenade, et jusques à la danse ; Tout doit se prendre enfin d'un air d'indifférence. D'un transport modéré le plaisir est plus doux.

Le Chevalier Damis

Et plus durable aussi...

À Lolotte.

À Cathis.

À Damis.

Clorinde

L'Opéra, l'aimez vous ? Par exemple en ce lieu la morale est contrire. À ce que la vertu nous commande d'austère ; Mais cela se tolère à la faveur du chant ; On en est quitte après pour vaincre un doux penchant. Allons douce beauté, voir du grave, du tendre, Vous il vous faut du gai : nous allons tout entendre : Sortons. Que dites-vous de leur ajustement ?

Le Chevalier Damis

Qu'il leur faudrait un peu de rouge seulement.

Clorinde

Elles sont à charmer.

Cathis

Ces noeuds sont votre ouvrage.

Le Chevalier Damis

Une mouche par-là... Fort bien... Voilà je gage, Monsieur Broton.

Scène 7

Monsieur Broton, Le Chevalier Damis, Clorinde, Cathis

demi ivre

Monsieur Broton

Eh bien ! Qu'est-ce donc !... Du plaisir !...

Le Chevalier Damis

Il est gai : d'ou vient-il ?

Clorinde

Je sens à ce soupir Qu'il a fort bien diné.

à Cathis qui lui donne un fauteuil

Monsieur Broton

Qu'il fait chaud ! Non, ne bouge...

Cathis

Asseyez-vous, papa.

Monsieur Broton

Comme te voilà rouge !

Cathis

C'est que j'ai chaud aussi.

regardant leur parure

Monsieur Broton

Toujours mille chiffons ?

Clorinde

C'est moi qui l'ai parée.

se radoucissant

Monsieur Broton

Elle est.... Bien.. Propre.

Clorinde

Allons, Avouez qu'elle est bien.

Le Chevalier Damis

Mon cher Broton ?

Clorinde

Charmante !

amoureusement

Monsieur Broton

Ah ! Madame, c'est vous... Qui...

Clorinde

Je suis engageante ?

Le Chevalier Damis

N'est-il pas vrai, l'ami ?

Monsieur Broton

Vous avez... Un attrait...

Clorinde

Me trouvez-vous jolie ?

À ses deux filles : il se met dans le fauteuil.

Monsieur Broton

Ah ! Madame... Au parfait ! Que je vous parle, enfants : vous serez satisfaites, Et les choses déjà sont plus d'à moitié faites.

Elle sort avec Damis.

Clorinde

Nous voilà bons amis, mais ce prélude là, Nous annonce qu'il faut se passer d'Opéra.

Scène 8

Cathis, Monsieur Broton

Cathis

Vous plaît-il de parler ?

Monsieur Broton

Oui vous allez entendre. Au cabaret voisin... Connaissez vous Léandre?

Cathis

Non

Il sort.

Monsieur Broton

C'est un épouseur... Parbleu ! C'est toujours un... Bon garçon, qui boit bien... Et... N'est pas du commun. Je l'ai mis sous la table et quoi qu'il sache boire, J'ai remporté sur lui l'honneur de la Victoire ; Pour choisir entre vous il viendra dans ce jour, Songez à lui montrer beaucoup, beaucoup d'amour.

Scène 9

Babot, Cathis, Lolotte

Babot

J'ai vu le prétendu, dans l'instant il arrive.

Cathis

Est-il blond ?

Lolotte

Est-il brun ?

Babot

Ah ! Que vous êtes vive ! Il est noir de cheveux, d'humeur aussi, je crois : Ce que j'en ai pu voir me déplait fort à moi, Il prétend que l'on soit simple, silencieuse: Avec un tel bizarre on serait malheureuse.

Cathis

Point du tout ; vite otons mon rouge et mes rubans.

Elles courent toutes deux à une toilette qui est au fond du Théâtre.

Lolotte

Courons à la toilette : en avons nous le temps ?

Cathis

Par la simplicité pour moi je veux lui plaire.

Lolotte

Et moi par l'ornement.

Babot

Voilà bien du mystère, Pour tenter un coeur pris grâce à notre complot ; Le père est tout à nous.

Cathis

Suis-je bien ?

Lolotte

Moi, Babot ?

Babot

Votre frisure bouffe.

Lolotte

Et la mienne ?

Elles retournent à la toilette.

À Cathis et Lolotte qui reviennent.

Babot

Est trop plate. Victoire enfin aura le mari qui la flatte, Si nous réussissons dans ce nouveau projet ; Je pense qu'il vaudra celui du cabaret, De mon esprit fécond il est encore l'ouvrage, Léandre va venir jouer son personage ; Il a su plaire au père, il faut déplaire aux soeurs ; Par la condescendance on gagne tous les coeurs ; Mais il n'est pas aisé de dégouter des filles, Qui veulent un mari. Vous voilà bien gentilles, Quel dommage pourtant de quitter tout cela ! Car le futur époux voit mieux que le papa, Je m'en suis aperçue, il a l'humeur jalouse.

Lolotte

Le plaisir d'obéir est celui d'une épouse.

Cathis

Eh ! Mais, ma soeur, c'est moi qu'il doit choisir ici.

Lolotte

S'il a droit de choisir, moi j'y prétends aussi.

À part.

Babot

Vite, redressez-vous, votre père l'amène. Que la jeune Victdoire à présent est en peine !

Scène 10

Monsieur Broton, Léandre, Cathis, Babot, Lolotte

à Léandre

Monsieur Broton

Entrez...

Léandre

Non.

Monsieur Broton

Vous...

Léandre

Monsieur...

à ses filles

Monsieur Broton

Enfants c'est le mari... Dont je vous ai parlé ; mon gendre et mon ami ; Bon vivant, honnête homme... Et, voilà ma cadette, Et l'ainée, entre nous, elle est assez drolette ? Au moins !

Léandre

Comme une épouse elle est peinte en mon coeur.

Cathis

Monsieur, je m'applaudis de ce titre flatteur.

Babot

Cela peut vous flatter ?

Cathis

Tais-toi point d'interprète : Je pense en femme sage, et non pas en coquette...

Monsieur Broton

Il me disait tout bas que tous ces affiquets, L'avaient un peu choqué, que des airs trop coquets.

Léandre

Ah ! Doucement, Monsieur...

Monsieur Broton

Qui plaisent dans les femmes, Offusquent les maris.

Léandre

Excusez-moi mesdames, Si j'ai pu m'expliquer un peu trop librement. Je parlais en mari.

Babot

Ce n'est pas en amant ; On pourrait vous taxer, Monsieur de jalousie.

Cathis

Eh ! cet heureux défaut fait le bien de la vie.

Léandre

Si je le suis, jaloux ? oui, sans doute ; à l'excès !

Cathis

J'aime que pour un rien on me fasse un procès, La fureur d'un jaloux n'a rien dont je m'irrite, C'est un aveu secret de son peu de mérite, J'aime à le voir se croire indigne de mes feux, M'accabler de rigueurs et soupçonner mes voeux, C'est par ce sentiment que triomphe une belle : Être injuste n'est rien, quand le coeur est fidèle.

Babot

Ne vous y trompez pas, à présent les époux, Par le droit du plus fort sont coquets et jaloux.

Léandre

Oui l'Amour est jaloux de toute la nature, Mais si mon coeur un jour pouvait vous faire injure, Si pour quelques instants j'oubliais vos attraits, Je reviendrais à vous plus soumis que jamais. Il se peut quelquefois, qu'une âme un peu trop tendre, Sur les droits de l'hymen anticipe.

Cathis

Léandre, Cela me paraît fort; vous me poussez à bout : Être injuste n'est rien, être infidele est tout, Je n'excuserais pas...

Babot

Mais, vous êtes si bonne !

Monsieur Broton

Ah ! Mon gendre, c'est trop !

Léandre

La chose se pardonne.

Cathis

Une infidélité ! Qu'en dites-vous, ma soeur ?

Lolotte

Que l'on peut excuser la faiblesse du coeur ; Que la vertu triomphe avec plus d'avantage, Quand l'épouse pardonne, et qu'elle est belle et sage.

Cathis marque du dépit.

Babot

Vous pardonnerez tout à cet époux parfait? Voilà pour tous les tems un modele complet.

Monsieur Broton

Si Cathis est fachée, en tout cas j'ai trois filles. Entends-tu bien ; mon gendre ? Et toutes trois gentilles... Viens-t'en laisse-les là : viens vite boire un coup, Je veux t'accoutumer à boire comme un trou.

Scène 11

Lolotte, Babot, Cathis

Lolotte

Son caractere est franc, tendre.

Babot

Et sans artifice.

Cathis

Oui la chose vaut bien que l'on y réflechisse.

Lolotte

Faites moi part, ma soeur, de votre intention.

Cathis

Mon père saura seul ma résolution.

Scène 12

Victoire, Babot

Victoire

Eh ! Bien, chère Babot, a-t-on fait quelque chose ?

Babot

Léandre était à nous, et quand tout se dispose, Le diable dans l'instant vient qui nous brouille tout, Cathis n'en voulait plus, et Lolotte y prend goût.

Victoire

Que je suis malheureuse ! Il est vrai que Léandre, Ne veut aimer que moi, mais si longtemps attende. Ou sentir le remords d'avoir trompé mes soeurs ! Gouterais-je un plaisir qui leur coutât des pleurs ? Non j'en mourrai Babot.

Babot

Trop de délicatesse, Dans les pressants dangers dégénère en foiblesse. L'affaire est en bon train ; faites vous peu de cas, Que l'Amour et Bacchus y saient vos avocats ? Nous mettrons ordre à tout, vous voyez votre père ; Agir avec tendresse. Ah ! Le bon caractère ! Vive le bon vieux temps où l'on était tout rond, De cette pâte d'homme on n'a plus la façon.

Scène 13

Monsieur Broton, Cathis, Lolotte, Babot, Victoire, Lolotte Et Cathis

Lolotte et Cathis amènent Proton à Lolotte.

Monsieur Broton

Eh ! Mais... Laissez moi donc..

Cathis

Venez, venez mon père.

Monsieur Broton

Laissez-moi boire un coup.

Cathis

Terminez notre affaire,

Lolotte

Imposez donc silence à Atys.

Cathis

À ma soeur.

Lolotte

Terminez.

Cathis

Oui.

Babot

Sans doute.

Monsieur Broton

Allons de tout mon coeur, Commençons par Lolotte elle a vu que Léandre, A l'humeur déplaisante, il n'y doit plus prétendre,

Lolotte

Si vous y consentez, mon espoir le plus doux, Serait, des aujourdhui d'en faire mon époux. Rien ne doit effrayer dans un mari qu'on aime, Caractère léger, un peu libertin même, Tout est pour notre gloire un triophe de plus.

Cathis

Cessez, ma tendre soeur d'étaler vos vertus, Pour voler un amant, on n'est pas dégoutée, Mais vous oubliez donc que je suis votre aînée ? Que je l'épouse moi, que fut-il ombrageux, Suffisant, emporté, tel qu'il est, je le veux.

Lolotte

Vous déclamiez tantôt contre les infid7les, Et j'ai cru...

Cathis

Moi je sais...

Monsieur Broton

Peste des peronnelles ! Le diable vous épouse en peut-il prendre trois ? Car Victoire sans doute aime aussi le matois.

Victoire

Au refus de mes soeurs j'obeirai, mon père.

Monsieur Broton

Eh bien ! Soyez d'accord, et sans tant de colère, Laisses-lui le mari qui fait votre débat.

ensemble

Lolotte Et Cathis

Nous n'avons point de goût du tout au célibat ; Bien des grâces, mon père.

Victoire

On trouve par la suite.

Lolotte Et Cathis

Milles grâces, ma soeur.

Cathis

Ah ! Ma pauvre petite, Vous n'entendez pas mal déjá vos intérêts !

Monsieur Broton

Allez vous consulter, puisque j'ai fait les frais, Je vous donne un quart d heure, et veux sans plus attendre, La noce pour ce soir, ou bien, plus de Léandre.

Scène 14

Léandre, Monsieur Broton, Babot

Léandre

Hé bien, papa,

Monsieur Broton

Mon gendre on n'a pu rien gagner. Aussi c'est ma bonté qui me fait barguigner, Eh ! Que doit m'importer le rang de chaque fille ; Pourvu que mon ami vienne dans ma famille ?

Babot

Sans doute.

Monsieur Broton

Il faut qu'il ait celle qu'il a choisi, J'ordonnerai, morbleu ! Je veux être obéi. Je suis honteux d'agir avec tant de faiblesse.

Il rêve.

Léandre

Beau-père, il vaudrait mieux par quelque tour d'adresse, Appaiser les deux soeurs. Un valet entendu, Que j'ai pris depuis peu, qui leur est inconnu, Pourra nous y servir décriant ma conduite. Ici comme marchand... Il viendra...

Babot

Tout de suite, Oui je vais l'introduire, et soyez assuré, Qu'on vous équipera, Monsieur, à votre gré.

Monsieur Broton

Oui bon cela, l'ami !

Scène 15

Victoire, Babot, Monsieur Broton, Léandre

Victoire

Du transport qui m'anime ; Permettez qu'a vos pieds la douce ardeur s'exprime, Si je vous interromps...

Babot

Quelle vivacité !

Victoire

Mon père, pardonnez ; mon coeur est transporté, Par la crainte, l'amour et la reconnaissance.

s'attendrissant

Monsieur Broton

Tu transportes le mien ; va ; ton obéissance, M'a toujours contente, mon enfant, et ton coeur, Est franc comme le mien et digne d'un buveur, Je reconnais mon sang, c'est la fille à son père.

Victoire

Vos ordres sont si doux, qui pourrait vous déplaire?

Léandre

Que ce transport, Victoire, à de quoi me flatter ! J'en suis l'heureux objet, je n'en saurais douter.

Victoire

Oui c'est vous, cher Léandre !

Léandre

Hélas ! Chère Victoire !

tendre

Monsieur Broton

Morbleu ! Près de cela ce n'est rien que de boire, Chers enfants ! Oui... l'Amour... Vous me faites pleurer, Pour la première fois ils m'ont fait soupirer.

Léandre

Quel plaisir nous aurons à vous chérir sans cesse !

Victoire

Mon père et mon époux partagent ma tendresse.

Monsieur Broton

J'aurai tout le bonheur quand vous serez heureux.

Léandre

Ah ! Par ce seul désir vous comblez tous mes voeux.

Babot

Voilà nos gens d'esprit ! Si je n'y prenais garde, Ils passeraient, jarni ! Le temps à la moutarde, Allez, votre valet devrait être envoyé.

Léandre

Je vois qu'elle a raison : je m'étais oublié.

Babot

Le coeur quoi qu'on en dise, ici n'est qu'une bête, Et vous aviez tous trois bon besoin de ma tête.

Léandre

On s'oublierait à moins, et ces heureux instants. Sont les seuls de ma vie...

Babot

Ah ! Les beaux sentiments ! Allez, vous dis-je ; allez.

Il sort.

Léandre

Il faut te satisfaire.

Babot

Un millier de soupirs ne fait pas une affaire.

Scène 16

Cathis, Monsieur Broton

Cathis

Vous voulez nous parler, à ce que dit Babot, Vous décidez, sans doute ?

Il sort.

Monsieur Broton

Il n'en est pas le mot. Entre vous le débat ; la cadette ou l'ainée, Tout cela m'est égal, pourvu que la journée, Décide qui des trois de Victoire ou de vous, Recevra de ma main Léandre pour époux.

Scène 17

Champagne, Cathis, Babot, Lolotte

Champagne

Bonjour, ma belle enfant, où sont tes Demoiselles?

Cathis

À qui parles-tu là?

Champagne

J'ai les modes nouvelles.

Babot

C'est un petit marchand de pompons, de bijoux.

Bas à Babot.

Champagne

Des peignes, des saveurs pour les nouveaux époux. La fille du logis, m'a-t'on dit, se marie... On ne m'avait pas dit que tu sois si jolie.

À Champagne.

Cathis

Cette affaire, ma soeur, a déjà fait du bruit, Comment le savez vous?

À Babot en lui montrant des rubans.

Champagne

Tout le monde le dit. Voici de bons parfums, des mouches, des aigrettes: Pour le futur époux voilà des savonettes. Approchez-vous, ma Reine, et choisissez ici.

Babot

Toi qui sais si bien tout, que dit-on du mari ?

Champagne

Recevez ce ruban.

Babot

Tes façons sont galantes.

Champagne

J'en usé ainsi partout, pour les belles suivantes.

Babot

Mais réponds moi ; l'on dit...

Champagne

Que je suis son valet, Que quand je le regarde il me semble parfait.

Lolotte

Que dit il?

Babot

Il m'a dit, qu'il vous trouvait à plaindre.

Champagne

Non.

Bas.

Haut.

Babot

Tai-toi donc, serpent ! Que Léandre sait feindre.

Champagne

Le ferai-je chasser quand j'entre en goût pour toi ?

Babot

Je t'instruirai de tout.

Champagne

Qui le sait mieux que moi ? Voulez-vous du carmin ? Du beau blanc de ceruse ?

Babot

Ceruse, donc, manant ! Marche avec ta peinture.

Cathis

Nous n'en employons point.

Babot

Reviens un autre jour Il nous prenait, je crois, pour des femmes de Cour.

Cathis

Pourquoi le renvoyer ? nous aurions su peut être, Que Léandre n'est pas ce qu'il voudrait paraître.

Babot

Laissez moi seule, ici, je vais le rapeller, Fut-il, mardi ! Muet, je le ferai parler.

Lolotte

Oui sortons; tu pourras en savoir davantage.

Scène 18

Babot, Léandre, Champagne

Bas.

Babot

Écoutez, beau Marchand. Tout est manqué: j'enrage !

Léandre

Champagne, qu'as-tu fait ? Eh ! Bien suis-je chassé ?

Champagne

Pas... tout-à-fait, Monsieur,

Babot

Il aurait tout gâtê. Si je n'avais rien dit.

Léandre

Ah ! Maraud ! Ah ! Belître !

Babot

Loin de vous décrier, Valets sur ce chapitre, Ne tarissent jamais, leur esprit inventif : Trouve dessus cela du faux ou positif ; Lui, faisait votre éloge !

Champagne

En voici le mystère : Déplait-on quand on a tant de désir de plaire ? Vous me pardonnerez en regardant Babot.

Babot

C'est votre faute...

Champagne

Oui.

Léandre

Taisez-vous maitre sot !

Babot

Il n'était qu'a demi dans votre confidence.

Champagne

Si j'ai péché, Monsieur, c'était par ignorance; Je pourrai réparer tout le mal que j'ai fait.

Babot

Il voit ici deux soeurs, une autre est votre fait : Il ne comprenAit rien à toutes ces vétilles.

Champagne

Qui diable eut deviné que Broton eut trois filles ?

Léandre

Fort bien ! Il a raison, puisqu'il est amoureux ; Mais je perds mon bonheur, et c'est pour tes beaux yeux.

Babot

Pouvait-on deviner qu'on lui brouillait la vue ? On pourra retrouver l'occasion perdue.

Léandre

Votre zèle à présent serait hors de saison ; Je ne veux écouter que la droite raison. Enfin je vais risquer tout ce que je peux craindre, Et mon coeur souffre trop d'être obligé de feindre.

Scène 19

Léandre, Babot, Monsieur Broton

Léandre

Tout nous réussit mal; il saut, mon cher papa, Instruire les deux soeurs...

Babot

Justement les voilà.

Monsieur Broton

Eh oui ! La vérité ; c'est la vertu que j'aime. In vino veritas.

Scène 20

Clorinde, Babot, Léandre, Monsieur Broton, Le Chevalier Damis, Lolotte, Cathis, Champagne, Victoire

Clorinde

C'est ce fou ! C'est lui-même !... Je vois son teint rougir, et ses yeux s'égarer.

Babot

Nous possédons ici de quoi tout réparer.

Clorinde

Tu me l'as déja dit.

Léandre

Il n'est plus temps de feindre.

Clorinde

Ah ! Damis !

Léandre

Pardonnez ; vous n'avez rien à craindre. Et l'Amour seul, Madame, a causé ces erreurs, Je craignais d'offenser ces deux aimables soeurs ; En adressant mes voeux à ma chère Victoire, Dont la main comblerait mon bonheur et ma gloire. J'ose vous implorer...

Clorinde

Qu'en dites-vous, Damis ?

Monsieur Broton

On tirerait plutôt morbleu ! du vin d'un puits, Qu'on ne dégouterait filles du mariage, Surtout quand elles sont... Vous m'entendez... D'un âge...

Le Chevalier Damis

À moins que ce ne soit par leur propre raison.

Clorinde

Il faut faire un effort, mes chères.

Babot

Un bon non, Car ce libertinage et cette jalousie, Tout était faux...

Lolotte

Ma soeur...

Léandre

Ainsi que ma folie.

Cathis

Quoi ! Ma soeur on nous joue ! et Victoire...

Lolotte

Ah ma soeur ! Il faut abandonner ce Bourgeois...

Cathis

De grand coeur !

embrasse Cathis

Monsieur Broton

Baise moi mes Amours... Te voilà raisonnable, On verra mon bon coeur, quand nous serons à table, Je leur fais un présent qui vaut bien... Cent maris.

Clorinde

Je leur fais épouser pour le moins des Marquis : De leur âme à l'instant j'ai connu la noblesse ; Elles ont de grands biens ; la beauté, la sagesse : Que leur faut-il de plus ?

Babot

C'est fort bien engeôler.

Champagne

Et toi coquine, aussi voudrais-tu m'enrôler ?

Monsieur Broton

Allons boire aux accords de Victoire et Léandre ; Et vive le bon vin qui me procure un gendre !

Babot

L'amour avec Bacchus est au moins de moitié.

Victoire

Couronnez ce beau jour par la douce amitié : Je l'espère, mes soeurs, puisque tout m'autorise.

Cathis

On vous fréquentera quand on sera Marquise.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.