Comédie · 1737

Les mariages de canada

d’Alain-René Lesage

Représentation
≈ 33 min
Distribution
3 femmes, 5 hommes
Répliques
258
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Mezzetin H 73 ≈ 8 min 14
Le Chevalier H 40 ≈ 6 min 4
Damis H 51 ≈ 5 min 9
Madame Bourdon F 31 ≈ 4 min 5
Boniface H 20 ≈ 3 min 4
Lucile F 15 ≈ 2 min 4
Clitandre H 9 ≈ 2 min 2
Colombine F 11 ≈ 1 min 3
Clarice N 4 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Mariages de Canada
Mezzetin absentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Chevalier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Damis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Bourdon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Boniface absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lucile absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clitandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Colombine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Les Mariages de Canada

Scène 1

Mezzetin, Damis

AIR. [Voulez-vous savoir qui des deux ?]

Mezzetin

Malgré tous les périls divers. Que l'on peut courir dans les mers, Par une divine assistance De tout accident préservés Enfin, dans la Nouvelle France Nous voici tous deux arrivés.

AIR. ( Du Cap de Bonne Espérance. )

Damis

Tu sais bien ce qui m'amène À Québec, cher Mezzetin ; De mon amoureuse peine Je viens y chercher la fin. Mais, hélas ! Sur ce rivage, Triste fruit de mon voyage, Je crains de trouver un sort Plus malheureux que la mort.

Mezzetin

Je suis votre valet. Il n'y a point de plus grand malheur que celui de mourir.

Damis

Si tu étais dans la situation violente où je me vois...

AIR 105. ( Nos plaisirs seront peu durables. )

Mezzetin

Devenez, Monsieur, plus tranquille. Dans ces lieux vous allez revoir Aujourd'hui l'aimable Lucile ; Flattez-vous de ce doux espoir.

Damis

Quand Lucile serait à Québec, qui m'assurera qu'on ne l'a point encore mariée.

Mezzetin

C'est ce que nous saurons bientôt. Adressons-nous à quelque domestique de cette grande maison, où sont logées les personnes que l'on envoyé de France en Canada.

Damis

J'en vois un à la porte.

Mezzetin

Il faut lui parler.

Scène 2

Mezzetin, Boniface, Damis

AIR 79. (Faites boire à triple mesure.)

Mezzetin

N'êtes-vous point par aventure De cet hôtel un officier ?; À votre grassette encolure Je vous en crois le cuisinier.

Boniface

Non je n'en suis que le portier. Mon nom est Boniface.

Damis

N'est-ce pas chez vous que demeurent les personnes qui arrivent de Paris ?

AIR 106. ( Un jour dans un plein repos. )

Boniface

Toute fille de Paris, Ou laide ou jolie, Qu'on amène en ce pays, Pour la colonie, On la fait loger céans ; Et puis, sans perdre de temps, On vous la, Talera, lera, Lera tala, talera lala, On vous la marie. Oui.

Mezzetin

Au premier venu sans doute ?

Boniface

Non pas, s'il vous plaît. C'est à celui que veut lui donner Madame Bourdon, la Directrice de cet hôtel.

AIR. ( Amis, sans regretter Paris. )

Damis

Si cette Madame Bourdon Fait d'heureux mariages, Je crois qu'elle fait pour un bon Mille mauvais ménages.

AIR 107. [C'est à boire qu'il nous faut.]

Boniface

À la laide, à la gentille Elle trouve leur ballot : Qu'elle envisage une fille, Ho ! La bonne Dame aussitôt Sait le Drille, Drill, Drille, Sait le Drille qu'il lui faut. Oh, que non ! Diable ! C'est une femme d'un grand discernement.

Damis

Elle est donc bien pénétrante cette Madame Bourdon ,

AIR. [ Comme un coucou que l'amour presse. ]

Boniface

En regardant une Mignonne, Elle sait s'il faut lui donner Un épouseur qui la bâtonne Ou qui s'en laisse bâtonner. Cela n'est pas concevable.

Mezzetin

Quelle connaisseuse !

AIR. [ Pour passer doucement la vie. ]

Damis

Parmi ces filles malheureuses Que l'on envoie en Canada, On en peut voir de vertueuses. Mais Monsieur Boniface.

Boniface

J'en ai vu peu de celles-là.

Mezzetin

Il y en a pourtant. À telles enseignes que nous venons ici en réclamer une, et une fille de Paris encore.

AIR. [ Ô reguingué. ]

Damis

C'est une fille qui n'a pas Moins de sagesse que d'appas.

Boniface

D'où vient qu'elle est dans ces climats ?

Mezzetin

La pauvre fille ! Son voyage D'une belle-mère est l'ouvrage,

Boniface

Les méchantes femmes que les belles-mères ! Il y en a qui font capables de tout. Comment appelez-vous votre innocente parisienne ?

AIR. [ J'entends déjà le bruit des Armes. ]

Damis

De cette dame infortunée Le déplorable sort est tel, Que j'ai grand-peur que l'hyménée N'ait, dans ce redoutable Hôtel, Déjà lié sa destinée Au sort d'une indigne mortel. Lucile.

Boniface

Et c'est apparemment ce que vous souhaitez de savoir.

AIR. [ Pour faire honneur à la noce. ]

Damis

Tirez-moi d'inquiétude ; Que je vous doive mon repos : Vous savez que de tous les maux Le plus grand est l'incertitude, Tirez-moi d'inquiétude. Que je vous doive mon repos. Oui, Monsieur Boniface. Je vous prie de vous en informer.

Boniface

Volontiers.

Mezzetin

Faites ce plaisir, de grâce, à Monsieur Damis.

Boniface

Ouida, je ferai ce que je pourrai pour le contenter.

Damis

Ne rejetez point ma prière.

AIR 38. [ Le vin a des charmes puissants. ]

Boniface

Monsieur, je trouve en vérité Vos manières trop engageantes : J'aurais grand tort de mon côté De n'en avoir pas d'obligeantes. Je ne rejette rien. Je vais tout à l'heure découvrir ce qu'est devenue votre Lucile ; et il y aura bien du malheur, si je n'y puis réussir.

Damis

Vous me rendrez la vie.

AIR 19. ( Vive Michel Nostradamus. )

[ Boniface s'en va. ]

Boniface

Je vous en promets des nouvelles ; Comptez sur ce que je vous dis. J'en vais demander au commis Qui tient registre de nos belles. Attendez un moment ici, De tout vous serez éclairci.

Scène 3

Damis, Mezzetin

Damis

Dans quel état cruel Boniface me laisse ! Que je crains son retour !

AIR. ( Quand on a prononcé ce malheureux oui. )

Mezzetin

Seigneur, point de faiblesse. II vous faut préparer à tout événement. Je veux qu'en pareil cas un amant s'évertue, Boniface dit que Lucile est pourvue, Au lieu d'en concevoir une forte douleur, Il faut en philosophe apprendre ce malheur.

Scène 4

Le Chevalier, Damis, Mezzetin

Le Chevalier

Ton relon ton ton, Tontaine la fontaine ; Ton relon ton ton, Tontaine la tonton.

Damis

Ho, ho ! Quel homme est-ce que j'aperçois ?

Le Chevalier

Qui sont ces gens-ci ? Il me semble que je les connais.

AIR. ( Attende-moi sous l'Orme. )

Mezzetin

Ah ! Que vois-je paraître ! Quel est cet homme-là ; Je crois le reconnaître ; Oui, ma foi, le voilà. C'est ce fils de Libraire, Qui, quoique roturier, Prend d'un air Mousquetaire Le nom de Chevalier.

Damis

Justement, je me le remets. C'est un original.

Mezzetin

Qui n'est pas sans copie.

Ils s'embrassent.

Le Chevalier

Je ne me trompe point. C'est Damis. C'est Mezzetin.

AIR 108. [ Ô turlutaine ! ]

Mezzetin

Bonjour mon beau Capitaine ! De vous revoir je suis ravi Si loin des bords de la Seine, Ô turlutaine ! Le Chevalier Moreri, Turlutu tantaleri.

AIR. [ Belle Brune. ]

Bis.

Le Chevalier

C'est mon père, Qui, dans fa mauvaise humeur, Malgré moi, me l'a fait faire. Par quel hasard vous trouvez-vous a Québec ? Pour moi, si j'en ai fait le voyage,

Mezzetin

Le bon père ! Le bon père !

Il rit de toute sa force.

Le Chevalier

Oui ; mais je me suis bien vengé de sa tyrannie....

Damis

Comment cela ?

AIR 109. ( Sans-dessus dessous. )

Bis.

bis.

Le Chevalier

Les plus célèbres écrivains, Ma foi, passèrent par mes mains. La veille de mon départ de Paris je me glissai la nuit dans fa bibliothèque, où je fis un désordre effroyable.

Mezzetin

Je vois bien de quelle manière, Sans-dessus-dessous, Sans devant derrière, Vous mîtes les volumes tous Sans devant derrière Sans-dessus dessous.

Le Chevalier

Ho ! vous n'y êtes pas. J'ôtai de chaque tome vingt ou trente feuilles, sans respect pour aucun auteur ancien ou moderne, profane ou sacré. Je couvris le plancher de leurs dépouilles.

Damis

Quelle vengeance !

Mezzetin

Malepeste !

AIR. ( Des Trembleurs. )

Le Chevalier

Sans façon je fis main-basse Sur Denis d'Halicarnasse , Sur Plutarque, sur le Tasse ; Je les mis tous en lambeaux.

Damis

Qu'avez-vous fait ! quel ravage !

Mezzetin

Ah ! Quel horrible carnage !

Le Chevalier

Je mutilai dans ma rage Cent auteurs vieux et nouveaux.

Mezzetin

Ventrebleu !

AIR. ( J'ai fait souvent raisonner ma Musette.)

Le Chevalier

Je déchirai Cléopâtre et Clélie, Je n'épargnai pas même le Sethos ; Et dans l'excès de ma juste furie Du grand Cyrus je troublai le repos.

Mezzetin

Quel dommage !

AIR. ( De la Besogne. )

Damis

Ceux dont vous n'avez seulement Ôté que l'avertissement Ils n'ont reçu, je vous assure, Qu'une très légère blessure.

Mezzetin

Non, ma foi ; ils en font quittes à bon marché.

AIR. ( Le savant Diogenes. )

Le Chevalier

Orateurs, et Poètes, Voyageurs, Interprètes, Savants Commentateurs, Tous les Dictionnaires, Et même les Grammaires Ont senti mes fureurs.

Mezzetin

Quel enragé !

AIR. ( Je ne suis né ni Roi ni Prince. )

Il se remet à rire.

Le Chevalier

Ravi d'avoir dans ma colère Joué ce beau tour à mon père, Avant l'Aurore je partis. Ainsi mes mains autoricides En une nuit de son logis Firent un Hôtel d'Invalides. Je ne puis m'empêcher de rire quand je songe aux grimaces que mon père a dû faire après mon départ, en considérant les blessés.

Mezzetin

Et en calculant ce qu'il lui en coûtera pour leur guérison.

Damis

Mais, Chevalier, pourquoi votre père vous-a-t-il éloigné de lui si désagréablement ?

AIR 110. ( Quitte ta houlette. )

Le Chevalier

J'aimais une fille Fort sage et fort gentille, J'aimais une fille Du Faubourg Saint-Germain, J'étais fidèle À cette Belle, J'allais chez elle Soir et matin : Je voulais l'épouser enfin.

AIR 41. ( Que je regrette mon amant. )

Damis

Mais cette personne avait donc Une humeur bien réjouissante ?

Le Chevalier

Et de l'esprit comme un Démon Avec cette folle amusante Un jour me semblait un moment.

Mezzetin

C'était donc un ravissement.

Le Chevalier

Je me proposais d'en faire ma femme ; mais...

Damis

Mais le Papa n'y voulut pas consentir apparemment.

Le Chevalier

Il fit plus. Le cruel me défendit de fréquenter Clarice. C'est le nom de ma Princesse.

Mezzetin

Vous ne laissâtes pas de continuer à la voir malgré sa défense.

Le Chevalier

Belle demande !

Damis

Votre père perdit patience.

Le Chevalier

Vous y voilà. Et pour me séparer de Clarice, il m'a brusquement envoyé dans ce pays-ci.

Mezzetin

Il y a des pères bien malins.

AIR. ( Ahi, ahi, ahi ! Jeannette. }

Le Chevalier

Mon père la gâtera Dans l'esprit de la Police. Il est bien homme à oela ; Car je connais sa malice. Tout ce que je crains, c'est que Clarice est une orpheline sans bien et sans appui...

Mezzetin

Ahi, ahi, ahi ! Clarice, Clarice, ahi, ahi, ahi !

Le Chevalier

À cela près, je me console d'être hors de Paris. Je suis bien aise de voir le monde. Les voyages font bien les gens.

Mezzetin

Et particulièrement les Parisiens.

Damis

Chevalier, je vous conseille de faire tous vos efforts pour oublier Clarice.

Le Chevalier

C'est mon dessein.

Mezzetin

Vous en viendrez à bout.

Le Chevalier

Je n'en désespère pas.

AIR 9. (Voyelles Modernes.)

Mezzetin

Les enfants de familles Sont envoyés ici i, i, i, Pour oublier les filles. L'eau de Mississipi, i, i, i, En fait perdre la mémoire : C'est un fleuve d'Oubli. Je vous en réponds.

Le Chevalier

Biribi, ... J'en veux boire ! J'en veux boire ! Pour bannir plus facilement Clarice de mon souvenir, je me suis déterminée à prendre pour femme une fille que Madame Bourdon me destine.

Damis

C'est fort bien fait.

AIR 111. ( Changement pique l'appétit. )

Le Chevalier

C'est une fille appétissante, Qui danse, qui saute et qui chante D'une manière qui ravit. Je ne l'ai pas vue ; mais c'est un joli sujet, à ce que m'a dit la Directrice.

Mezzetin

Changement pique l'appétit.

AIR. ( Quand ìe péril est agréable. )

Le Chevalier

Je vais prier la Directrice De vouloir hâter cet hymen. Je crois qu'un tendron de sa main Vaudra bien ma Clarice. Jusqu'au revoir, Messieurs.

Damis

Je n'en doute nullement.

Il s'en va en dansant et en chantant.

Fin de l'AIR 87. ( Turlurette, turluron.)

Le Chevalier

Pour ce Tendron, Turelurette, Pour ce Tendron, Tureluron. Je me sens par avance de l'amour pour ce tendron.

Scène 5

Damis, Mezzetin

AIR 34. ( Baise-moi donc me disait Biaise. )

Bis.

Damis

Si nous jugeons sur l'étiquette, Je crois Clarice une coquette, Qui devrait être dans ces lieux.

Mezzetin

Oui vraiment, ce beau domicile À Clarice conviendrait mieux Mille fois qu'à votre Lucile.

Scène 6

Damis, Boniface, Mezzetin

AIR. (Adieu paniers. Vendanges sont faites. )

Damis

Hé bien, dites-nous si vous êtes Du sort de Lucile éclairci. Ah ! voici Monsieur Boniface.

Boniface

Vous arrivez trop tard ici : Adieu paniers, vendanges sont faites.

Mezzetin

Ouf !

Damis

Ô Ciel !

AIR. ( L'autre nuit j'aperçus en songe. }

Boniface

Voici ce que je viens d'apprendre : Lucile, m'a dit le Commis, Est venue ici de Paris Avec un appellé Clitandre. Ils disent qu'ils sont sous les lois. Du Dieu d'hymen depuis six mois.

Damis

Mezzetin !

Mezzetin

Monsieur !

Damis

Lucile mariée depuis six mois ! Il n'y a pas d'apparence à cela.

Mezzetin

Avec un Homme que nous ne connaissons point ! Il y a de l'impossibilité là dedans.

AIR 17. (Vaudeville du Nouveau-Monde. )

Damis

Cette Lucile n'est donc pas Celle dont nous suivons les pas.

Mezzetin

Ce ne saurait être la nôtre.

Damis

Ma Lucile a trop de candeur, Pour avoir trompé mon ardeur.

Mezzetin

Encore une fois c'est une autre.

Damis

J'en suis persuadé. Cependant je serais curieux de voir cette Lucile qui se dit femme de Clitandre.

Boniface

Je l'ai vue un moment. Le Commis me l'a montrée comme elle passait avec son mari.

AIR. (Tes beaux yeux, ma Nicole.)

Damis

Puisque vous l'avez vue, Dépeignez-nous-la donc.

Boniface

Elle est grande, menue, Étroite comme un jonc : Elle est toute charmante, Elle a les traits mignons, Une gorge naissante, Deux yeux des plus fripons.

Mezzetin

Monsieur, voilà une Lucile qui ressemble diablement à la vôtre.

Damis

D'accord ; mais je £uk sûr que ce n'est pas elle.

AIR. ( Le Cabaret est mon réduit. )

Mezzetin

Pour un moment dépouillons-nous De tout préjugé l'un et l'autre. Peut-être, que savez-vous, Cette Lucile est la nôtre. Cette Lucile est... Cette Lucile est... Cette Lucile est la nôtre. Je le crois comme vous ; mais...

Damis

Je gagerais bien que non. Monsieur Boniface, procurez-moi le plaisir de voir un instant cette Dame.

Damis et Mezzetin s'en vont.

Boniface

Ne vous éloignez pas d'ici. Je contenterai votre curiosité, sitôt que j'en trouverai l'occasion.

Scène 7

Boniface

AIR 112. ( Pendant que nous sommes. )

Boniface

Il n'en est aucune Dans cette Maison ; Ou s'il s'en trouve quelqu'une, Elle a donc changé de nom. Est-ce qu'il y aurait effectivement ici une autre Lucile que celle qui se dit femme de Clitandre. Je ne le crois pas. Mais voici celle que j'ai vue. Courons en avertir Damis.

Scène 8

Clitandre, Lucile

AIR. (On n'aime point dans nos Forêts.)

Clitandre

En nous disant unis tous deux. Par les liens du mariage, Nous évitons le sort affreux, Qui fait l'infaillible partage Des Français par force amenés Dans ces climats infortunés.

AIR 113 (L'autre jour dessous un Ormeau. )

Lucile

Nous avons tous deux le bonheur, Par cette fable, D'avoir paré la rigueur L'éternelle douleur, Le désespoir, l'horreur D'un hymen effroyable ; D'accord : Mais je suis, hélas ! Dans un autre embarras !

Clitandre

Dans quel embarras ?

Lucile

Je crains...

AIR. ( Ton limeur est cathereine. )

Clitandre

Que votre bouche s'explique. Hé quoi ?

Lucile

Vous passant pour mon époux, Il faudra, par politique, Que je demeure avec vous. J'en frémis, lorsque j'y pense.

AIR. ( Le Démon malicieux et fin. )

Clitandre

Votre crainte, en vérité, Lucile, sait une offense À ma générosité. Vous avez de quoi tout enflammer, On ne peut vous voir sans vous aimer ; Mais soyez cependant sans alarmes. Malgré les dons que vous ont fait les cieux, Mon respect sans cesse sur vos charmes S'efforcera de me fermer les yeux. Je suis honnête-homme. Ne craignez pas que j'abuse jamais de la situation fâcheuse où vous êtes réduite.

AIR 13. ( Ho, que si ! Ho, que nenni ! )

Lucile

En vain vous parlez ainsi, De troubler mon repos, Clitandre, Vous ne pourrez vous défendre.

Clitandre

Ho, que fi !

Lucile

C'est promettre, Téméraire, Plus que vous ne sauriez faire.

AIR. ( Quand je tiens de ce jus d'octobre. )

Clitandre

Ho, que nenni ! D'une amitié pure et parfaite Goûtant avec vous la douceur, Je vivrai dans notre retraite Comme un bon Frère avec sa soeur.

AIR 24. ( Je le crois bien, je n'en crois rien. )

Lucile

Près d'une fille de mon âge Qu'un Garçon soit quelque-temps sage, Je le crois bien ; Mais qu'il puisse avoir la constance De garder toujours le silence, Je n'en crois rien.

Scène 9

Boniface, Damis, Lucile, Clitandre

Boniface

Tenez, regardez. Est-ce-là vous Lucile ?

AIR 18. ( Menuet de Grandval. )

Damis

Oui, juste Ciel ! C'est elle-même !

Lucile

Ah ! quel objet s'offre à mes yeux ! Damis ! Ma surprise est-extrême ! Damis, vous êtes dans ces lieux !

AIR. ( Je me ris de qui fait le brave. )

Damis

Ah ! Lucile, Ingrate, Traîtresse, Vous avez donc trompé mes feux ! Quand vous écoutiez ma tendresse, Quoi ? J'avais un rival heureux ! Ah ! Lucile, Ingrate, Traîtresse, Vous avez.donc trompé mes feux !

AIR. ( Pourquoi n'avoir pas le coeur tendre ? )

Lucile

Vous me condamnez sans m'entendre.

Damis

L'Hymen vous tient sous sa loi Depuis six mois avec Clitandre.

Lucile

Non,non, non, je vous garde ma foi.

Damis

Serait-il possible ?

Bis.

Lucile

Clitandre n'est point mon époux, Damis, détrompez-vous.

Bis.

Damis

Comment ? Je serais dans l'erreur ! Ô Grands Dieux, quel bonheur !

AIR. ( Qu'on apporte bouteille. )

Lucile

Pour vous j'étais perdue ; Et Madame Bourdon Peut-être m'eût déjà pourvue De quelque époux de sa façon. Je suis venue ici de Paris avec Clitandre qui comme moi a été injustement envoyé en Canada. Nous nous sommes fait une mutuelle confidence de nos affaires ; et nous avons jugé à propos de nous dire mariés ensemble. Sans ce mensonge favorable, Mais le Ciel m'a du moins sauvée de ce malheur.

AIR. ( Vous brillez seule en ces retraites. )

AIR 74. ( Viens, charmante Anette.}

Damis

Je suis venu dans ces retraites Plus que jamais épris de vos appas. Damis ne se plaît qu'où vous êtes ; Et partout il suivra vos pas. C'est dans cet asile, Ma chère Lucile, Que mille plaisirs Combleront vos désirs. Jugez de ma joie par la vôtre. Sitôt que j'ai su l'injustice de vos parents, à votre égard, j'ai vendu à Paris tous mes effets, pour venir vous épouser en Canada, et passer mes jours avec vous dans une agréable habitation que je suis en état d'acheter.

Lucile

Que cette promesse Flatte ma tendresse ! À ce lieu charmant Rendons-nous promptement.

AIR. ( Ma raison s'en va beau train. )

Clitandre

De votre époux il faut donc Que j'abandonne le nom ?

Damis

Oui, je suis jaloux De ce nom si doux ; Cédez-le-moi, Clitandre.

Clitandre

Damis, il n'appartient qu'à vous : C'est à vous de le prendre, Lonla , C'est à vous de le prendre. Voilà Lucile hors d'affaire : mais je ne le fuis pas encore, moi. Quand Madame Bourdon saura que je ne suis point marié, elle voudra que je le sois. Heureusement, je connais le Secrétaire du Gouverneur. Je vais le trouver. Je crois qu'il voudra bien entrer dans mes intérêts.

Lucile

N'en doutez pas ; et il aura du moins le crédit de vous préserver du malheur de recevoir une Belle des mains de la Directrice.

Damis

Oh, qu'oui !

AIR 114. ( Vaudeville des Fétes du Cours. )

Il s'en va.

Clitandre

J'aime mieux sur mon âme Rester toujours garçon, Que d'avoir une femme Marquée à son poinçon. Si jamais je faisais un pareil mariage J'aurais peu d'agrément, Vraiment ; On n'en a même pas, Hélas ! Dans le meilleur ménage,

Scène 10

Lucile, Damis

AIR. { Quand on a prononcé ce malheureux oui. )

Lucile

Pour nous, qui souhaitons que l'hymen nous unisse, Allons sans différer chercher la Directrice.

Lucile et Damis sortent.

Damis

Contons-lui nos amours , et la pressons tous deux D'achever dès ce jour le bonheur de nos feux.

Scène 11

Mezzetin

AIR 57. ( Perrette étant dessus l'herbette. )

AIR (Je ne suis né ni Roi ni Prince.)

Il sort.

Le fond du théâtre s'ouvre, et représente une Salle en forme de Temple. On voit comme dans une Chaire de Régent un Notaire bizarrement vêtu, qui écrit sur un Regître, et Madame Bourdon habillée d'une maniéré modeste.

Mezzetin

Ah ! morbleu, cela me chagrine ! Je suis époux de Colombine ; Mais personne ici ne le sait. D'ailleurs, d'un Garçon j'ai la mine, Sur ma foi, risquons le paquet. Je crois que cette bonne Dame. Mérite un Mari polygame. Ma foi, de notre éloignement Je jurerais que la volage De son coté dans ce moment Fait à peu près le même usage. Les voilà qui vont se marier. Le Ciel en soit loué ! Je meurs d'envie d'en faire autant... Mais doucement, Monsieur Mezzetin, vous oubliez que vous avez une femme à Paris. Pourquoi non ? Je ne reverrai jamais mon épouse, trop de mers nous séparent. Rien ne doit m'arrêter. Au reste,

Scène 12

Madame Bourdon, Damis, Lucile

AIR. ( Ma pinte et ma mie ô gué. )

Madame Bourdon

Pour Lucile, enfin, Monsieur, L'amour vous enflamme.

Damis

Pour elle une vive ardeur Dévore mon âme. Daignez faire mon bonheur.

Madame Bourdon

Vous voulez donc de bon coeur La prendre pour femme, Ô gué, La prendre pour femme ?

AIR. ( Allons gay. )

Damis

C'est ma plus chère envíe.

Madame Bourdon

Votre main.

Damis

La voilà.

Madame Bourdon

Et la vôtre, ma mie.

Lucile

La voici.

AIR 115. ( Ah ! que j'étais insensée. )

Madame Bourdon

Touchez-là. Allons gay, D'un air gay, etc. Allez, votre affaire est faite ; Enfants, vous pouvez sortir De cet hôtel, et partir Tous deux pour votre retraite. Vous êtes, tendres époux, Unis des noeuds les plus doux.

AIR. ( Bergères de Maintenon. )

Damis

Madame, adieu. Je vais avec Lucile Dans un séjour agréable et tranquille.

AIR. ( Ce sont les amours qui font les beaux jours. )

Damis et Lucile saluent Madame Bourdon, et se retirent.

Madame Bourdon

Mais aimez-vous toujours dans votre asile. D'un amour sincère Sans cesse enflammés, Soyez animés Du soin de vous plaire. Ce sont les amours Qui font les beaux jours.

Scène 13

Madame Bourdon, Mezzetin

AIR. ( Dondaine, dondaine. )

Bis.

Madame Bourdon

Mais, que me veut dire ce gros garçon ?

Mezzetin

Salut à Madame Bourdon, Dondaine, dondaine.

Madame Bourdon

Apprends-moi sans façon Ce qui t'amène.

AIR 12. ( Voyelles anciennes. )

Mezzetin

Pendant que vous êtes en train D'aparier, ma bonne Dame, Je veux aussi de votre main Avoir, s'il vous plaît, une femme. Faites-moi cette grêce Ilà ; Je me sens une forte envi, i i i i i i e De demeurer en Canada, Pour renforcer la Coloni i i i i i i e.

Madame Bourdon

Ouidà, mon ami, il faut te satisfaire, puisque tu es de si bonne volonté. Mais quel talent as-tu pour subsister ici ; car tu n'es pas riche apparemment ?

AIR. ( Je suis la fleur des Garçons du Village.)

Mezzetin

J'ai pour tout bien deux bons bras en partage ; Je bêcherai, je piocherai : Pour faire aller rondement mon ménage Jour et nuit je travaillerai.

AIR. ( Je n'en veux pas davantage. )

Madame Bourdon

Avoir le coeur à l'ouvrage, C'est tout ce qu'il faut ici. Cela suffira.

Mezzetin

J'entends bien le Jardinage, Et le Labourage aussi. Pour vivre en ce lieu sauvage Faut-il que j'en sache plus long ?

Madame Bourdon

Hé, non, non, non, Il n'en faut pas davantage. Comment vous appelez-vous ?

Mezzetin

Mezzetin.

Madame Bourdon

Écrivez ce nom, Monsieur Griffon.

AIR. (Je ne suis né ni Roi ni Prince.)

Mezzetin

Oui ; mais donnez-moi, je vous prie, Pour ragoûter ma Seigneurie Quelque minois qui soit mignons Une fille de riche taille ; En un mot, Madame Bourdon, Distinguez-moi de la canaille.

AIR 85. ( Commer', j'ai un bon Mari. )

Bis.

Elle r'etttre.

Madame Bourdon

Je vais à mon magasin Moi-même chercher du fin, Une fille de mise : Je vais ramener enfin, De bonne marchandise. Cela est juste. Tu me parais mériter cette distinction.

Scène 14

Mezzetin

AIR. ( Amis, sans regretter Paris. )

AIR 51. ( Allons voir, trois fois. )

Fin de l'AIR. (J'entends le moulin taqueter. )

Mezzetin

Que cette Madame Bourdon À l'humeur obligeante ! De sa main j'attends un trognon D'une beauté charmante. Je vais voir, je vais voir, je vais voir Dans un moment ma future ; Je vais voir, je vais voir, je vais voir Quell'mine elle peut avoir. Ah ! Déja je sens, tique, tique , taque, Oui, je sens mon coeur taqueter. Cela m'est hoc. Ha! La voici.

Scène 15

Madame Bourdon, Mezzetin, Colombine

AIR 6. ( Vous avez bien de la bonté. )

Madame Bourdon

Tiens, je t'amène, mon Poulet Une aimable Poulette.

Mezzetin

De prime abord, son air me plaît. La Drôlesse est bien faite.

Madame Bourdon

Tu serais par trop dégoûté. Si tu ne trouvais cette fille Toute gentille.

Mezzetin

Madame, en vérité, Vous avez bien de la bonté.

Madame Bourdon

Je vous crois tous deux bien assortis.

AIR 116. ( Un certain je ne sais qu'est-ce. }

Mezzetin

Par ía jarni ! plus je la vois, Plus elle m'intéresse ! Je frémis déjà de tendresse ; À sa vue, en dépit de moi, Je sens un certain je ne sais qu'est-ce, Je sens un certain je ne sais quoi. Ah ! Pour cela oui.

Colombine ôte son voile.

Madame Bourdon

Çà, donnez-vous 1a main... Découvrez-vous , Mademoiselle, vous êtes mariée.

Mezzetin

Hoï-mé !

AIR 17. ( Diablezot. )

Madame Bourdon

Vois-tu ce petit air mutin.

Mezzetin

Ha ! ventrebleu ; c'est Colombine !

Madame Bourdon

Mais qu'as-tu donc, cher Mezzetin ? Tu me parais faire la mine. Rends grâce au Ciel de ton destin. Cette fille a de quoi te plaire, Il vient de t'échoir un bon lot. Te voilà bien en Ménagère.

Mezzetin

Diablezot !

Madame Bourdon

Mais qu'avez-vous donc tous deux ? Vous changez, de visage l'un et l'autre !

AIR 18. ( Menuet de Grandval. )

Colombine

Ah ! C'est donc toi, vilain ivrogne ?

Madame Bourdon

Le compliment me paraît doux.

Mezzetin

C'est vous, Madame la Carogne ?

Madame Bourdon

Ce font sans doute deux époux,

AIR. ( Des Fraises. )

Colombine

Qui croyait en Canada Trouver ce misérable ?

Mezzetin

Sans Madame que voilà...

Colombine

Je voudrais ce coquin-là Au Diable, au Diable, au Diable.

Mezzetin

Je le crois. Je juge de vous par moi-même.

AIR. ( Quand Iris prend plaisir à boire. )

À Colombine.

Bis.

Madame Bourdon

Laissez-là ces paroles vives, Ces fureurs et ces invectives ; Parlez-vous d'un air plus poli. Même dessein vous tenait en cervelle, Vous vouliez un nouveau mari, Et le drôle voulait aussi Prendre aujourd'hui Femme nouvelle. Vous n'avez rien à vous reprocher. Croyez-moi, mes amis, faites de nécessité vertu. Réconciliez-vous de bonne foi.

Mezzetin

J'y consens.

Madame Bourdon

Et vous ?

Colombine

Je ne m'y oppose pas ; mais...

Mezzetin

Quoi, mais ?... Il n'y a rien encore de fait.

AIR 117. (Hé, mariez-vous donc ?)

Colombine

Vous voulez que je me remette Avec cette tête malfaite, Pleine de souris et de rats ?

Mezzetin

Ne vous remettez pas.

Colombine

Malgré pourtant ma répugnance, Je veux enfin, par complaisance, Me raccommoder tout de bon.

Mezzetin

Raccommodons-nous donc ?

Madame Bourdon

Embrassez-vous tous deux sans rancune.

Mezzetin

Soit. Je ne veux plus me ressouvenus du passé.

Colombine

Ni moi non plus.

(J'entends déja le bruit des armes.)

Mezzetin

Faisons la paix, ma Colombine.

Colombine

Tu viens d'apaiser mon courroux.

Mezzetin

Tu r'allume mes feux, Coquine.

Colombine

Je reviens à toi, cher époux ; Puisque la Fortune s'obstine À nous rejoindre malgré nous.

Scène 16

Le Chevalier, Madame Bourdon

AIR. (Pierre Bagnolet. )

Le Chevalier

Vous m'avez promis une femme, Sans délai, livrez-la-moi donc. Vous m'avez assuré, Madame, Que c'est un objet tout mignon,, Un beau tendron, Un blanc chignon. Vous m'avez promis une femme, Sans délai livrez-la-moi donc.

AIR 53. ( Je suis un Précepteur d'amour. )

Elle rentre.

Madame Bourdon

À servir votre empressement, Chevalier, je suis toute prête ; Vous allez voir, dans un moment L'objet dont je vous ai fait fête. Attendez ici. Je suis à vous dans un instant.

Scène 17

Mezzetin, Le Chevalier

AIR. (Talaletrire.)

Mezzetin

Elle va remplir votre attente ; C'est sur quoi vous devez compter.

Le Chevalier

D'avoir une épouse charmante. Je crois que je puis me flatter.

Mezzetin

En la voyant vous allez dire : Talaleri Talaleri Talalerire.

Le Chevalier

J'ai un pressentiment que je vais voir une belle personne.

Lui montrant Colombine...

AIR 97. (J'ai bien la plus sobre femme.)

Mezzetin

Cette belle est mon partage. J'en suis persuadé. Oh, MadameBourdon sert bien les jolis Hommes. Par exemple...

Le Chevalier

Tu dois en être content. Oui, ventrebleu ! Ce visage Me paraît tout ragoûtant. Avec femme si jolie Un garçon de ton humeur Va faire à la Colonie, J'en suis sûr, beaucoup d'honneur.

Scène 18

Mezzetin, Le Chevalier, Clarice, Madame Bourdon, Ensemble

Mezzetin

Vous ferez aussi bien partagé que moi.

Le Chevalier

Je le souhaite.

AIR. (Ha, vous avez bon aire ! )

Mezzetin

Voyez cette Pouponne. Je vous en réponds. Tenez, regardez.

À Clarice

Le Chevalier

La gentille personne ! Tudieu ! qu'elle est mignonne ! Quelle grâce elle a ! Plus on vous considère, Plus vous plaisez, ma Chère. Ha ! vous avez bon aire !

Clarice

Vous m'aimez déjà !

AIR. ( Ma belle Diguedon. )

Le Chevalier

Vous avez un port de Reine, Belle Diguedi, diguedon dondaine. Je rends grâce à Madame Bourdon, Ma belle Diguedi, ma belle Diguedon, Du Tendron qu'elle m'améne, Belle Diguedi, diguedon , dondaine.

AIR. ( Je ne vous ai vu qu'un seul petit moment. )

Madame Bourdon

Vous applaudissez, Chevalier, à mon choix Vos yeux sont satisfaits, je le vois.

Le Chevalier

Quelle vive allure ! L'aimable figure ! Parbleu, je m'enflamme à la voir seulement, Et je me sens tout je ne sais comment.

AIR ( Le Cabaret est mon réduit. )

Madame Bourdon

Déjà vous en êtes épris ?

Le Chevalier

Oui, déjà je lui rends les armes.

Trois fois.

Madame Bourdon

Vraiment, ce sera bien pis, Quand vous verrez tous ses charmes, Quand vous verrez tous Ses charmes.

Le Chevalier

Vous irritez l'envie que j'ai de les voir.

Elle prend les mains de Clarice et du Chevalier, en disant à la Dame :

AIR. (La mirtamplain.)

Madame Bourdon

Pour époux ce jouvenceau À vous se présente ; Je vous joins d'un noeud si beau. e vais vous contenter.

Clarice

La mirtanplain, lantirelarigot. J'en suis bien contente.

AIR. ( N'y a pas d'mal à ça. )

Le Chevalier

Ma chère Clarice, Hé quoi, vous voilà. Ciel ! Quelle injustice ! Vous en Canada !

Mezzetin

N'y a pas d'mal à ça, N'y a pas d'mal à ça,

AIR 76. ( Ha, qui vous a, qui vous ai qui vous a. )

Le Chevalier

Vous Clarice, dans ces lieux ! Hélas ! ce triste voyage De mon Père furieux Ne serait-il point l'ouvrage ? Ha ! Qui vous a , qui vous a, qui vous a, Qui vous a donc fait cet outrage ?

AIR ( Tu croyais en aimant Colette. )

Clarice

Mais le Dieu puissant de Cithère, L'appui des amants malheureux, Pour nous venger de votre père Nous a rejoints ici tous deux. Oui, c'est le Papa Moreri, dont vous n'avez pas moins que moi sujet de vous plaindre.

AIR ( Je vous avais cru belle. )

Le Chevalier

Pardonnez-lui, Clarice, Son injuste rigueur. Perdons le souvenir de sa malice, Puisqu'elle fait enfin notre bonheur. Ne nous occupons ici que de notre tendresse. Mon Père est assez puni.

AIR. ( Ha ! Phylis, je vous aimerai tant. )

Clarice

C'est un emploi fort amusant, Cher époux, je vous aimerai tant ! Ne songeons qu'à nous aimer.

Le Chevalier

Et moi, je vous paierai comptant : Je vous vois, je vous ai, je vous aimerai tant,

Ensemble

Cher époux, je vous vois, je vous aime, Clarice, je vous vois, je vous aime, Ah ! Je vous ai, je vous aimerai tant!

AIR. ( Tout le long de la rivière. )

Madame Bourdon

Vite qu'on s'assemble. Adieu, mes enfants ; Allez tous ensemble Joyeux et contents Tout le long de la Rivière, Laire, Lonlanla, Tout le long de la Rivière, Ah ! qu'il fait bon là i Ho-çà, mes amis, apprenez votre destination. Il vous est ordonné de vous établir sur les bords du fleuve Saint-Laurent avec ceux qui ont été mariés dans cette maison depuis trois jours. Partez tous ensemble. Vous trouverez près de rivage le vaisseau qui doit vous porter au Canton où vous ferez votre demeure.

Scène 19

Mezzetin, Colombine

On danse, et la danse est coupée par ces deux couplets.

AIR 151. ( De Monsieur Gillier. )

Mezzetin

Éloignons-nous gaîment du port ; S'affliger est une faiblesse : Mes amis, allons, sans tristesse Où nous appelle notre sort. Par toute la terre habitable, Lorsque l'on a l'esprit joyeux, On est toujours moins misérable, Si l'on ne saurait être heureux.

AIR 152. (De Monsieur Gillier.)

On reprend la danse, et l'on chante le Vaudeville.

Colombine

N'appréhendons pas des Hurons Les farouches visages : Ou nous les apprivoiserons, Par nos plus doux usages ; Ou plus heureux, nous deviendrons Peut-être aussi Sauvages.

Vaudeville

Mezzetin, Colombine, Un Époux, Un Autre Époux, Une Femme

AIR 153. De Monsieur Gillier.

PREMIER COUPLET.

II. COUPLET.

Mezzetin

Dans un désert, où la Nature Ne fournirait pour nourriture Que de l'eau claire et du pain, Un amant avec sa maîtresse Oublierait le genre humain : Contentement passe richesse.

III. COUPLET.

Colombine

Nous aurons dans notre chaumière Une liberté toute entière ; Dans nos bois le long du jour. Ne respirant que la tendresse, Nous pourrons faire l'amour : Contentement passe richesse.

IV. COUPLET.

Un Époux

Là, soutenant avec constance Une supportable indigence, Suivis des Ris et des Jeux, Nous nous divertirons sans cesse ; Est-il des jours plus heureux ? Contentement passe richesse.

V. COUPLET.

Un Autre Époux

Dans une honorable famille, J'ai vu marier une fille À certain riche Barbon. L'épouse eût péri de tristesse i Sans le secours d'un Gascon : Contentement passe richesse.

VI. COUPLET.

Aux spectateurs.

Une Femme

Certaine fille, dans l'attente D'hériter, vivait chez sa tante ; La Tante était un dragon. La Nièce a de cette diablesse Abandonné la Maison : Contentement passe richesse,

Mezzetin

L'Auteur, Messieurs, voudrait vous plaire Sensible à la gloire, il préfère Votre estime à votre argent. Pour lui quel sujet d'allégresse, Si le Public sort content! Contentement passe richesse.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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