Comédie · 1760

Les philosophes de bois

de Louis Poinsinet de Sivry

Représentation
≈ 18 min
Distribution
1 femme, 5 hommes
Répliques
117
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Polichinelle H 39 ≈ 5 min 6
Monsieur Fagot H 19 ≈ 3 min 2
Arlequin H 11 ≈ 2 min 3
Monsieur Sapin H 23 ≈ 2 min 4
Dame Gigogne N 8 ≈ 2 min 1
Gille H 10 ≈ 1 min 2
Madame Gigogne F 6 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Polichinelle absentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Fagot absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arlequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Sapin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Dame Gigogne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Gigogne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Monsieur Fagot, Monsieur Sapin

Monsieur Fagot

Ne doutez point, mon cher Monsieur Sapin Notre fera souche ; Mais de crainte qu'il n'effarouche, L'esprit du vulgaire idiot, Il faut l'envelopper d'un style inextricable.

Monsieur Sapin

Inextricable ! Le beau mot.

Monsieur Fagot

Vous en être content ?

Monsieur Sapin

Je le trouve admirable.

Monsieur Fagot

Flattez toujours ; n'épargnez rien ! Et croyez qu'à mon tour je vous le rendrai bien.

Monsieur Sapin

C'est très bien dit

Monsieur Fagot

Change pour change. Il est bien doux, Monsieur Sapin, De s'entre-passer la louange.

Monsieur Sapin

Contre elle j'ai beau me raidir ; Je sens qu'en votre bouche elle flatte l'oreille.

Monsieur Fagot

À vos propos ma sève se réveille, Et quoique bois coupé, je me sens reverdir.

Monsieur Sapin

C'est vous qui de l'erreur avez levé les voiles, Des fruits de vos travaux l'univers est rempli Enfin sans vous, en plein midi, On n'aurait vu que des étoiles.

Monsieur Fagot

Vous réunissez tous les goûts : Vous êtes en savoir un autre Depostère Et c'est avec raison que chacun dit de vous, Il parle Français comme Homère.

Monsieur Sapin

Nous avons d'autres compagnons Qui comme autant d'étais soutiendront notre gloire ? Et feront revivre nos noms Dans les annales de l'histoire.

Monsieur Fagot

Tout franc, excepté nous, nos coopérateurs ; Il n'est point de génie et pas même d'auteurs. Que Dûchesne en savoir est bien un vrai problème ! Quelle charpente il vous a dans l'esprit ! Comme il dit tout ce qu'on a dit : Et que solidement il bâtit un système.

Monsieur Sapin

Il n'en démors jamais, et c'est ce que j'en aime, Quand il a dit un mot, ce seul mot il suffit. En dispute avec lui, gardez de passer outre : C'est vouloir vous heurter de front contre une poutre.

Monsieur Fagot

Pour Dusaule, il est souple, et facile à plier, Il manque de raideur : il faudra l'étayer. Nous lui devons appui ; car c'est notre confrère.

Scène 2

Monsieur Fagot, Polichinelle, Monsieur Sapin

Monsieur Fagot

Un profane est ces lieux !... Que veut ce gros ventru ? Et parmi nous que vient-il faire ?

Polichinelle

Vous voyez un nouvel intru.

Monsieur Sapin

Est-il déjà dans le mystère ?

Polichinelle

C'est un bien beau secret ; n'est-il pas vrai, Patron ? Contez nous un peu ça ; je suis bon compagnon ; Là ; rendez-moi la chose claire.

Monsieur Fagot

Entendra-t-il notre jargon ?

Polichinelle

J'ai vu plus fins que moi qui ne l'entendait guère.

Monsieur Fagot

Ouais ! C'est un philosophe.

Monsieur Sapin

Oh ! Oui, je crois qu'il l'est.

Polichinelle

Non. Mais je voudrais l'être ; et c'est là ma marotte.

Monsieur Fagot

Il est du bois dont on les fait.

Polichinelle

Ou du bois dont on les fagotte.

Monsieur Fagot

Mais il faudrait connaître tes talents. Dis-nous : dis nous quel est ton savoir faire ?

Polichinelle

Je suis de ce côté semblable à bien des gens, Je ne vaux rien sans un compère.

Monsieur Fagot

Vraiment c'est l'homme qu'il nous faut ? Un homme qui n'ait point d'autre esprit que le nôtre : Que nous t'en donnerons !

Polichinelle

Parbleu, Monsieur Fagot, Que vous êtes un bon apôtre ! Me bailler de l'esprit, à moi pauvre animal ? Je vous reconnais ; vous êtes libéral, Quand vous n'engagez rien du vôtre.

Monsieur Sapin

Orsus, écoute mon enfant ; Nous te recevons pour confrère, De ton aveu, tu n'es qu'un ignorant. Nous allons te faire pédant.

Ici Polichinelle quitte la Pratique.

Polichinelle

Vous n'aurez pas grand changement à faire.

Monsieur Sapin

Polichinelle, mon ami, Pourquoi quittes-tu la Pratique ?

Polichinelle

J'ai de bonnes raisons pour ne agir ainsi ; Croyez que j'entends la rubrique. Vous savez qu'un marchand qui cherche son profit Doit achalander ses étoffes ; Partant ; moi qui connais le ton qui réussit, Au lieu de la Pratique autrefois en crédit, Je prends celle des philosophes ; Car elle fait bien plus de bruit.

Monsieur Sapin

C'est très bien fait ; oui, c'est un parti sage.

Monsieur Fagot

Songe à te mettre bien chez tous nos beaux esprits ; À tout ce qui vient d'eux rend un aveugle hommage, Et surtout, ne va pas admirant nos écrits, T'engourdir, et ronfler à la première page.

Polichinelle

Aucun de vos Écrits si sublime qu'il soit, Ne m'endormira, je vous le jure ; Car je ne sais pas lire.

Monsieur Fagot

Eh ! c'est par cet endroit Que ta gloire en devient plus sûre ; Car du moins les censeurs ne t'accuseront pas D'avoir pillé tout ce que tu diras. Ce n'est point le temps de dormir ; Notre état est sujet à mainte catastrophe Il est bon de t'en prévenir.

Polichinelle

N'importe ; il n'est rien qui m'émeuve.

Monsieur Fagot

On te maltraitera de propos, à coup sûr.

Polichinelle

J'ai le tympan de l'oreille assez dur ; Là-dessus je suis à l'épreuve.

Monsieur Sapin

Oui, mais on te jouera.

Polichinelle

Le malheur n'est pas grand ; Je me vengerai par des Quand.

Monsieur Fagot

Oui-da, cette formule apprête assez à rire, Son retour monotone aiguise la satire. Certain auteur célèbre un beau jour t'inventa, Tout Paris aussitôt en singe l'imita.

Monsieur Sapin

Ne peut-on pas trouver quelque autre particule Pour prêter a l'Auteur un nouveau ridicule ?

Polichinelle

Sans doute nous pouvons employer tour à tour Des car, des si, des mais, des quoi, des pour.

Monsieur Fagot

Il faut te souvenir que la Philosophie Est, presqu'en tout, semblable à la maçonnerie : Le plus ou le moins des talents Nous est indifférent chez celui qui postule ; Et chez nous on reçoit tous les honnêtes gens Quand ils n'ont point trop de scrupule.

Polichinelle

Mais on m'a dit qu'il faut avoir Pour entrer dans la troupe un grand fonds de savoir.

Monsieur Sapin

Rien moins : ce serait duperie.

Polichinelle

Eh ! Que faut-il donc, je vous prie.

Monsieur Sapin

Il s'agit seulement d'accoupler de grands mots Faits pour éblouir le vulgaire, Que l'on répète à tout propos Et que soi-même n'entend guère.

Polichinelle

Quoi ? Sérieusement ?

Monsieur Sapin

C'est là tout le secret ; La science consiste à savoir le livret.

Monsieur Sapin et Monsieur Fagot sortent ; et Polichinelle les suit.

Polichinelle

En ce cas je prends sur moi l'affaire, Je vous suis l'un et l'autre, et vais me mettre au fait.

Scène 3

Madame Gigogne

Apercevant Polichinelle.

Madame Gigogne

Mon mari n'a-t-il pas vergogne De laisser tout à l'abandon ? Je gagerais qu'il est avec quelque tendron, Et qu'au premier bouchon enluminant sa trogne Il s'amuse sans vergogne à vider un flacon ; Mais je vais ventrebleu faire un beau carillon, Nous verrons s'il ne tient qu'à lamper du Bourgogne : Je vais mettre en entrant le feu dans la maison; Et puis je ferai voir à ce maître fripon Que le ressentiment de Madame Gigogne Est plus à redouter que celui de Junon. Ah ! Ah ! Vous voilà maître ivrogne ?

Scène 4

Madame Gigogne, Polichinelle

Madame Gigogne

Vous vous donnez donc du bon temps, Vous contentez donc votre humeur libertine ! Vous me laissez grosse de quatre enfants; Sans rien laisser à ma cuisine.

Polichinelle

Voyez le beau reproche. Eh! Que m'importe moi ! J'ai mes plaisirs ; cherchez les vôtres. Le Sage ne vit que pour soi, Et ne doit point songer aux autres.

Madame Gigogne

Comment, maraud, n'es-tu pas mon mari ? Me dois-tu pas prendre soin du ménage ?

Polichinelle

Le sage ne prend nul souci; Le repos est son apanage.

Madame Gigogne

Eh ! Quoi ! Les noeuds du mariage...

Polichinelle

Fi donc ! Les préjugés, Madame, où vous voilà, Ne sont que pour les gens de la plus mince sorte.

Madame Gigogne

Eh ! Depuis quand sais-tu ces belles choses-là ?

Polichinelle

Depuis que je suis philosophe.

Elle sort.

Madame Gigogne

Oh ! Oh ! Ne tient-il qu'à cela ? Mon cher époux, laissez-moi faire ; Je vais aussi sur ce pied là; M'initier dans le mystère ; Et puisque c'est à qui s'enphilosophera, Je veux savoir aussi si ce masque m'ira.

Scène 5

Polichinelle

Polichinelle rentre chez lui, et met à sa fenêtre une enseigne où il est écrit : POLICHINELLE PHILOSOPHE.

Polichinelle

La voilà donc philosophesse ! J'en ressens un plaisir réel : Car si Gigogne sait agir avec sagesse ; Elle consultera l'intérêt personnel. Je verrai chez nous abonder la richesse. Allons, je veux de mon côté Tirer un parti favorable De ma nouvelle qualité, Et mettre à ma boutique une enseigne honorable.

Scène 6

Arlequin

Arlequin

Il faut que je sois un grand chien. Où sont-ils ces Docteurs tout remplis d'importance ; Dont j'ai consulté la science, Et qui m'ont conseillé si bien. Ce sont eux cependant : c'est la belle morale, De tous ces conseillers de balle, Qui m'attire aujourd'hui ce désastre affligeant. Je voudrais bien tenir quelqu'un de leur caballe : Le premier qui paraît, je l'assome à l'instant.

Scène 7

Arlequin, Gille

Arlequin

Un inconnu vers moi s'avance ; Sachons s'il n'en est point : écoute, mon garcon N'es-tu pas philosophe ?

Il frappe Arlequin.

Gille

Non, Impertinent ! Et voilà pour t"apprendre. Me dire une injure. Un philosophe, moi ? J'aimerai mieux mille fois m'aller pendre : Je suis Gille ; et non pas philosophe.

Arlequin

Ma foi C'est bien dit ; touche là.

Gille

D'accord. Je veux t'apprendre Le beau tour que m'ont fait ceux que l'on nomme ainsi. Moi qui suis volontiers sans trouble et sans souci, J'envoyai bonnement ma femme à leur école. Ça lui formait l'esprit ; oh ! Rien n'était plus drôle. Elle y profita tant qu'enfin, le croiras-tu, Qu'enfin, deux mois après la masque m'a battu.

Arlequin

Quoi ? N'est-ce que cela ? C'est bagatelle pure, Et j'appréhendais ; je te jure, Quelque accident pour toi bien plus fâcheux.

Gille

Que veux-tu donc de pis ?

Arlequin

Je ne sais ; mais j'augure Que Gille des maris n'est pas leplus chanceux. Ta femme est femme et de plus philosophe.

Avec dépit.

Gille

Je leur ferai bien voir de quel bois je me chauffe.

Arlequin

Oui, c'est un tour très mal plaisant, Que sur la secte il faut poursuivre. J'approuve ton sentiment, Il faut leur enseigner à vivre.

Gille

T'auraient-ils dont aussi conseillé ?

Arlequin

Oui vraiment ; Je portais à mon maître un fromage excellent ; Très propre à réjouir l'odorat et la vue, Son parfum s'étendait aux deux bouts de la rue ; Et j'y trouvais surtout De quoi satisfaire mon goût. Ah ! J'ignorais qu'il dut me coûter tant de larmes ; Avec avidité je parcourrais ses charmes ; Lorsque tournant les yeux sur un écrit, Qui par malheur servait d'enveloppe au fromage, J'y lus les Maximes d'un Sage Qui flattèrent mon appétit. Ce passage enseignait qu'il n'est valet ni maître ; Que les soins pour autrui sont des soins importuns ; Que l'intérêt peut tout ; que l'amour de son être À tout mortel doit se faire connaître ; Qu'enfin tous les biens sont communs ; Ou tout du moins le devraient être Séduit par un faux argument,J Je n'envisageai plus que mon propre avantage, J'écoutai, je suivis un conseil imprudent Et bref, j'avalai le fromage.

Gille

Tout ceci pour ton dos ne me dit rien de bon : J'entrevois aisément la fin de l'aventure, Ton maître t'a rossé de bonne façon.

Arlequin

Il m'en reste une courbature Qui prouve que Gille a raison.

Gille

Mais oui, d'un frais battu tu portes t'encolure... Vois quelle est cette enseigne ; elle est celle que je crois, D'un philosophe.

Arlequin

Oui par ma foi.

Arlequin frappe à la porte de Polichinelle.

Gille

Va, cours vite, frappe à la porte, Frappe vite, te dis-je, et surtout fais en sorte Que l'ennemi ne nous échappe pas.

Scène 8

Polichinelle, Arlequin, Gille

Polichinelle

Tout beau. Qui frappe ainsi là-bas : Hélas ! Hé ! Doucement.

Arlequin

Ô le plaisant visage !

Polichinelle

Quels gens êtes-vous ?

Gille

Nous demandons un sage.

Polichinelle

C'est moi, Messieurs, que voulez-vous ?

Arlequin

Nous voulons t'étrangler.

Polichinelle

Messieurs, point de courroux. Que veulent dire je vous prie Ces compliments ? Quoi donc ? Êtes-vous fous ?

Gille

Nous déclarons la guerre à la Philosophie.

Polichinelle se bat avec Gille et Arlequin, et les met hors de combat.

Polichinelle

Écoutez, mes amis, je ne suis pas trop doux, Et si vous me mettez sur votre friperie...

Scène 9

Monsieur Sapin, Polichinelle

Monsieur Sapin

Mon cher Polichinelle ? Arrêtez. Qu'avez-vous ?

Polichinelle

Je veux les assommer, et me faire justice.

Apercevant Dame Gigogne.

Monsieur Sapin

La loi ne permet pas cela. Mais quel étrange forme ! Et qu'aperçois-je là ? Est-ce donc elle ? Oui ; mais par quel caprice ? Dame Gigogne, eh ! Quoi ? Vous moquez-vous des gens ?

Scène 10

Polichinelle, Dame Gigogne, Monsieur Sapin

Polichinelle

Mais, cette femme là n'est pas dans son vrai sens.

Dame Gigogne

J'ai pris le bon parti ; croyez-moi mes enfants ; « Pour la Philosophie un goût à qui tout cède, M'a fait choisir exprès l'état de quadrupède : J'invite même ici le sexe à m'imiter, Du moins ; si mon exemple a de quoi le tenter.»

Polichinelle

Je n'approuve point cette mode.

Dame Gigogne

Croyez que cette marche est bien la plus commode. « L'homme s'est fait esclave en se donnant des lois, Et tout n'irait que mieux s'il vivait dans les bois. Pour moi, je goûterais une volupté pure À nous voir tous rentrer dans l'état de nature. »

Monsieur Sapin

Où diantre a-t-elle pris ces gentillesses-là ?

Polichinelle

Peste : Elle parle comme un livre.

Monsieur Sapin

Eh ! Que n'en fait-elle un ?

Dame Gigogne

Un livre ! Et mais, oui-dà. L'idée est assez bonne ; et je prétends la suivre. Un instant. Attendez-moi là.

Polichinelle

Compère, je crois qu'elle est ivre.

Dame Gigogne

Au secours, mes amis! Je crains de me livrer Au Dieu qui daigne m'inspirer, Je vois son flambeau qui m'éclaire, Je sens que le génie opère. Aï ! Aï ! Aï !

Polichinelle

Qu'est ceci ?

Monsieur Sapin

Veut-elle plaisanter ? Qu'avez-vous ?

Dame Gigogne

Ah ! Je sens que je vais enfanter. J'accouche. Aï ! Aï ! Aï ! Aï !

Polichinelle

Compère, est-ce une fille ?

Monsieur Sapin

Non.

Polichinelle

Qu'est-ce donc ?

Dame Gigogne

Ce sont quatre fils naturels. À qui tu tiendras de Père de famille.

Polichinelle

Cette femme a toujours aimé les pluriels ; C'était bien assez d'un, pourquoi m'en donner quatre ?

Dame Gigogne

J'ai tout fait pour le mieux, et n'en puis rien rabattre. Ne sais-tu pas mon cher, qu'après le dénouement; (Car mon second accouchement En est un bien complet et de la bonne espèce...)

Polichinelle

Hé bien ! Achève.

Dame Gigogne

Hé bien ! Après la pièce Il nous fallait bien un Ballet ; Peut-on mieux l'amener ; dis ! Le voilà tout à fait.

La pièce se termine par le vaudeville suivant, et par un ballet dansé par les enfants de Mme Gigogne.

Polichinelle

Il faut lui rendre grâce encore de sa largesse ; La coquine est féconde en tout, même en raisons. Allons servons-nous donc de ces petits fripons ; Mais foin de la philosophie, Foin de celui qui l'injurie, Foin de tout écrivain qui crie, Et qui dans ses écrits, décrie Celui qui contre lui s'écrie. Parlez-moi de mon cher ami, De mon féal et bon compère. Je ne veux vivre qu'avec lui ; Car d'un bon compère l'appui À tout le monde est nécessaire ; C'est ce que je prouve aujourd'hui Par des couplets à ma manière ; Car comme un autre j'en sais faire, Écoutez-nous bien, les voici.

Vaudeville

Tous

II

III

IV

V

Tous

Ceci n'est point une satire Qui pourrait nous accuser ? Messieurs nous ne cherchons qu'à rire Notre seul but est d'amuser Si nos jeux ont de quoi vus plaire Venez à Passy quelques fois. Voir les philosophes de bois Polichinelle et son compère. Dans tous les cafés de la ville Auteurs crottés, abbés blondins, D'une façon fort incivile Font l'éloge de nos voisins ; En arts, en sciences en guerre, On veut en tout nous voir soumis, Pour exalter nos ennemis Il est chez nous plus d'un compère. Lise à quinze ans simple grisette, Avait gentillesse et fraîcheur, Mais retirée en sa chambrette Elle était sans adorateur : Un vieux chevalier la déterre, La promène en robe d'été ; On la court ; c'est une beauté ; Lise avait besoin d'un compère. Des auteurs bruyants se chamaillent, Libelles volent des deux parts, L'honnête public qu'ils tiraillent Rit bonnement de leurs écarts ; Mais lui seul, dupe du mystère, Prenant parti dans le combat, Ne voit pas que dans leur débat, L'un à l'autre sert de Compère. Il faut avoir bien de l'adresse, Pour plaire sans être méchant, Et je dois craindre que ma pièce N'ait pas votre applaudissement : Car le suffrage du parterre Ne s'accordent qu'aux bons auteurs On ne peut gagner ses faveurs, Par commère, ni par Compère.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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