Comédie · 2017

Molière à québec

de Paul Fièvre

Représentation
≈ 54 min
Distribution
2 femmes, 6 hommes
Répliques
396
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Molière H 131 ≈ 17 min 15
Madame la Forest F 38 ≈ 8 min 7
Gouverneur N 45 ≈ 7 min 5
Mademoiselle du Rosé F 35 ≈ 7 min 3
Gros-René H 55 ≈ 5 min 10
Béjart N 44 ≈ 4 min 12
Le Mousse H 19 ≈ 3 min 6
Le Bosco H 19 ≈ 2 min 3
Un Vieux Marin H 6 ≈ 1 min 2
Le Capitaine Jammes H 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Molière à Quebec
Molière absent
Madame la Forest absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gouverneur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mademoiselle du Rosé absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gros-René absentabsentabsentabsentabsentabsent
Béjart absentabsentabsentabsent
Le Mousse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Bosco absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Molière à Quebec

Scène 1

Le Mousse

Il sort précipitamment.

Le Mousse

Qui va là ?... Holà !... Êtes-vous un fantôme ? Si c'est oui, dites-le aussi... Sinon, dites-le aussi... Il ne faut pas me faire de mal. Je suis le mousse. Il ne faut rien me faire. Le métier est dur mais je ne veux pas mourir tout de suite. Vent, froid, chaleur, tempête, pluie et grêle, par tous les temps j'inspecte le pont, je nettoie le pont, je range le pont et tout le monde se joue de moi. Je suis jeune, je ne mérite pas de mourir... J'ai contrarié le Capitaine, certes... Mais je ne savais pas... On ne peut pas tout savoir, n'est ce pas ? Moi je viens de la campagne... de Luçon... On ne connait pas bien la mer à Luçon. Je ne peux pas tout savoir. Faut pas m'en vouloir.... Hein ? Et, puis... Et puis... j'ai chapardé un peu de viande séchée mais c'est parce que j'avais faim. Ce n'est pas condamnable d'avoir faim. Sinon, presque tout le monde serait en prison... Non ?... On ne peut pas mettre tout le monde en prison, c'est pour ça qu'il y a beaucoup de chapardeurs comme moi. Juste un peu pour manger. Épargnez-moi, je vous prie et laissez moi m'éloigner.

Scène 2

Béjart, Molière

rejoignant Molière qui regarde au large

Béjart

Eh bien, Jean-Baptiste, es-tu toujours bien assuré de notre aventure ?

Molière

Très certainement.

Béjart

Tout de même ! Partir à l'aventure pour la Nouvelle France, sans savoir si on peut y jouer des spectacles, s'il y a un public digne de ce nom. Alors que...

Molière

Alors que nous aurions pu rester dans le Sud de la France, en étant d'indésirables pestiférés, répudiés par le Duc d'Épernon, dans un pays à feu et à sang. En craignant de retourner à Paris où quelque créancier inconnu me guette pour une dette oubliée avec un féroce sergent brandissant son exploit. Non, vraiment !...

Béjart

Ne vois-tu pas toutes les choses trop en noir... Et le public... notre public.

Molière

Le public est partout, il suffit de savoir lui plaire. Ce qui faisait rire à Bordeaux ne faisait pas rire à Lyon ou Pézenas... enfin pas à chaque fois.

Béjart

J'ai confiance en toi, même si je n'y crois pas.

Molière

Que fait ton frère.

Béjart

Il dort avec Duparc... comme toujours.

Scène 3

Béjart, Gros-René, Molière, Un Vieux Marin, Le Mousse

Béjart

Te voilà réveillé. Mets-toi donc prêt de la rambarde... Un peu plus par là.

Gros-René

Pourquoi donc me mettre de côté ?

Molière

Mon haut-de-chausse se souvient encore de tes haut-le-coeur. Donc, reste loin.

Gros-René

Je me sens bien.

Béjart

Ne bouge pas d'un pouce.

Gros-René

Molière ! Viens à mon secours.

Molière

Duparc ! Reste où tu es et nous resterons amis.

Gros-René

Tout de même.

Molière

On te jette à l'eau si tu t'approches.

Gros-René

Tout de même !

Béjart

Ne nous tente pas.

Gros-René

Tout de même !

Molière

Pense à autre chose et ça ira mieux.

Gros-René

Que sait-on des sauvages ?

Molière

Moi, je n'en sais rien. Ils doivent chasser du Gros-René et le manger les jours de fêtes. Je ne sais même pas comment on les nomme.

Un Vieux Marin

Il y a deux peuples. En fait, il y en a plus mais deux tribus se font la guerre là où nous allons.

Gros-René

Et ces tribus ont un nom ?

Un Vieux Marin

Oui, les Iroquois, les Montagnais et les Hurons... principalement. Les Hurons sont avec les Français et les Iroquois avec les Anglais... pour vous dire les choses simplement. Les Hurons ne vont pas bien, ils presque tous décimés.

Gros-René

Nous qui voulions éviter la guerre. Nous y voilà... et avec des sauvages.

Molière

Pourquoi veux-tu que les hommes d'ici soient plus pacifiques que nous. Ces sauvages, comme tu dis, sont sauvages avec les étrangers que nous sommes. En terre chrétienne tout le monde est sauvage avec tout le monde.

Gros-René

Je me disais qu'avec un grand pays, comme celui-là, on pourrait s'étaler, s'espacer suffisamment pour ne pas se faire la guerre. Est-ce que c'est grand là-bas ?

Un Vieux Marin

On n'en connait pas les limites. Au Nord est un pays qui est couvert de glace un grande partie de l'année et de moustiques pendant un petit été étouffant. Au Sud les Anglais, ce qui est pire, et à l'Ouest des terres qui vous mènent nulle part avec des animaux féroces et des peuples dangereux.

Gros-René

Mais pourquoi est-on monté sur ce bateau ?

Molière

Ne te plains pas, ce n'est pas une galère.

Gros-René

J'aurais préféré Paris à ce lieu perdu, abandonné de Dieu.

Molière

Paris est en guerre aussi. Les sauvages de France se battent autant que les sauvages de la Nouvelle France. Je viens de te l'expliquer. Duparc, on dirait que tu reviens d'un voyage dans les Empires de la Lune et que tu ne sais rien de ce qui se passe en France et que tu ne sais rien des hommes, ni de ce qu'il y a en bas. Ce que je sais c'est que quand ils saignent leur sang est rouge comme le nôtre, qu'ils ont froid quand il neige, sont heureux du printemps qui revient, se baignent dans les lacs quand il fait chaud, font des fêtes et des festins. Ils meurent comme nous de vieillesse, de maladie ou homicidés dans une guerre.

Montrant la direction de la proue.

Gros-René

Je préfère mourir chez moi, même occis par un bretteur... que mangé par un sauvage ou étripé par un ours.... Il y a des ours ?... Là-bas.

Il fait le geste d'un ours avec ses griffes.

Un Vieux Marin

Énormes... voraces. Ils vous retirent la tête d'un coup de patte... Comme ça.

Molière

Non. Je ne retournerai pas à Paris, je ne retournerai pas en prison. Je ne veux plus revoir ces corbeaux : notaires, avocats, médecins, financiers, abbés. Tous ces faiseurs de procès, de processions ou de lavements... Ici, c'est un pays nouveau.

Gros-René

Mais pourquoi n'est-on pas resté ?

On entend la vigie qui crie : "Terre, Terre".

Béjart

Tu as donc perdu toute ta mémoire pendant ce voyage ? Tu as oublié qu'après les promesses des Grands Hommes de ce temps sont venus les reniements. Tu as oublié que nous étions sommés de partir sans rien. Où aller ?...

Le Mousse

Terre ! Terre !

Molière

Puisse-t-elle être accueillante et verdoyante ?

Béjart

Un pays de fleurs et de miel.

Un Vieux Marin

Pas tout à fait.

Gros-René

On devine un contour !

Gros René regarde par-dessus la rambarde de cour à jardin.

Béjart

Oui ! On voit un nouveau rivage. On devine une île ici. Et là... là... un immense poisson blanc.

Molière

À l'avant cela se rétrécit. C'est le bout de la baie ?

Le Mousse

Nous sommes arrivés. Nous sommes sur un fleuve.

Béjart

Comment le sais-tu ?

Le Mousse

Quand on affale la trinquette pour ne garder que le petit foc, c'est qu'on n'est pas loin.

Béjart

Comment le sais-tu ?

Le Mousse

Le vieux briscard que je suis sait tout. J'entends sonner Tierce.

Scène 4

Mademoiselle du Rosé, Molière, Gros-René, Le Mousse, Un Vieux Marin, Béjart

Plus fort.

On entend des bruits de mousquet.

Elle crie, en agitant un mouchoir blanc.

On entend un coup de canon.

Mademoiselle du Rosé

Oh ! Le charmant petit port avec son gros fort au dessus. Comme c'est pittoresque... Oh ! On voit des gens qui gesticulent. Ils nous font signe.... Un public... Enfin un public ! Il m'a tant manqué pendant près de deux mois. Quand personne ne me regarde, je ne suis rien, j'ai l'impression d'être vide de tout, je m'étiole, je meurs... Hou hou, les gens ! Ils nous tirent dessus. À l'aide. On nous meurtrit. Les sauvages !... Nous venons en paix. N'ayez point peur, je suis une actrice... Je n'ai que vingt ans. Je vous aime... Ne me tuez pas... Hou, hou.

Molière

Cessez Catherine, ne soyez pas ridicule. Ce sont des saluts militaires.

Mademoiselle du Rosé

Ici, on vous salue en vous tirant dessus. Heureuse nouvelle. C'est d'un plaisant. Je suis rassurée vraiment... Avec des moeurs comme celles-ci, on aurait tout autant pu aller chez les Turcs.

Molière

Catherine Leclerc du Rosé. Encore une fois, taisez-vous.

Mademoiselle du Rosé

Monsieur Molière, vous m'ennuyez. Eh bien, mourons en silence puisqu'il le faut... Enterrez-moi en terre sanctifiée si cela est possible dans ce désert.

Molière

Faut-il vous rappeler que vous êtes excommuniée ? On vous enterrera où on pourra.

Mademoiselle du Rosé

Jetez-moi aux lions !

Molière

Ici, il n'y a point de lions.

Mademoiselle du Rosé

Et voilà, un pays sauvage sans lions ? Qu'est-ce donc que ce pays-ci ! Ceci est du dernier bourgeois.

Gros-René

Il y a des ours énormes et des sauvages féroces ?

Mademoiselle du Rosé

Des sauvages ?... Ah, oui ! Sont-ils beaux au moins ?

Le Mousse

Voyez par là.

À Gros-René.

Mademoiselle du Rosé

Youhou, gentils sauvages ! Youhou !... Ils me font signe. Ils sont charmants. J'aime qu'on m'aime. Il y en a de fort laids.

Gros-René

Peut-être veulent-ils vous manger ?

Mademoiselle du Rosé

Me manger, moi ?... Quelle idée ! Moi, on me déguste. Je suis savoureuse, exquise mais mangeable aucunement... Oh... mais je les vois mieux. Ils ont des coiffes curieuses et belles... Ils se peignent le visage... non ?

Gros-René

Vraisemblablement... Ils font peur.

Le Mousse

Il y a plein de significations dans leurs tenues.

Mademoiselle du Rosé

Ce sont de biens jolis costumes qu'ils portent. Rustiques mais jolis. Colorés. Qu'ils sont pittoresques. Descendons, descendons, vite. Je veux les voir de plus près.

Le Mousse

Soyez prudente, Madame. Certains sont très farouches. Il se vexent des fois on ne sait pourquoi.

Mademoiselle du Rosé

Voilà bien ma chance. Moi qui suis si spontanée, si chaleureuse, si aimante.

Un Vieux Marin

C'est une drôle de nature, votre dame.

Gros-René

En effet ! En effet ! Mais ce n'est pas ma dame. Dieu m'en préserve.

Mademoiselle du Rosé

Venez, venez. On descend un joli canot.

Molière

Descendez à terre. Moi, je reste pour préserver nos hardes.

Béjart

Que risquons-nous sur ce navire ?

Molière

Non, vraiment. J'irai plus tard.

Scène 5

Molière, Madame la Forest

Molière

Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?

Madame la Forest

Je me cache.

Molière

Je l'ai remarqué mais je voulais en savoir la raison.

Madame la Forest

La raison est que je veux retourner en France.

Molière

Comment êtes-vous montée sur ce navire qui vient d'arriver ?

Madame la Forest

Je suis montée par là.

Molière

Mais vous êtes en France... La Nouvelle France, certes, mais en France quand même. Je suppose que retourner en France devrait éloigner la crainte de vous montrez ici.

Madame la Forest

En France, la cause de ma crainte serait éloignée d'un océan, cela devrait suffire. Ensuite, je disparaîtrai dans quelque désert montagneux.

Molière

On vous menace donc de mort ou de quelque supplice ?

Madame la Forest

Les deux ! Le supplice c'est le mariage et c'est comme mourir !

Molière

Dans ce pays-ci rien ne vous oblige.

Madame la Forest

Détrompez-vous, Monsieur le nouvel arrivant. Ici, les usages sont plus brutaux encore.

Molière

La nature, les espaces, la liberté sont pour tous.

Madame la Forest

Seule et isolée ici, c'est mourir assurément. L'espace est un ennemi, les hivers sont si rudes.... si rudes. Vous le verrez bien.

Molière

Le climat me semble fort doux pour la saison, les forêts giboyeuses, les indiens accueillants... semble-t-il.

Madame la Forest

C'est un aveuglement, tout est terrifiant ici-bas. Je veux repartir avec ce bateau.

Molière

Je peux sans doute résoudre votre problème. Vous n'avez pas besoin de vous cacher.

Madame la Forest

Il faudrait que vous soyez terriblement... terriblement... sûr de vous pour dire de telles choses... Mais, c'est très généreux à vous tout de même. Ne faites rien, je vous en prie. Vous attireriez l'attention sur moi et je ne veux point de cela.

Molière

Dites-moi la chose par le menu. Qui êtes vous ?

Madame la Forest

Je ne sais pas qui je suis.

Molière

Tout le monde sait qui il est. Votre nom au moins.

Elle essuie une larme.

S'arrêtant un instant.

Madame la Forest

Je ne le sais pas plus que vous. J'étais au couvent proche de La Rochelle depuis ma plus tendre enfance. Chez les Ursulines, on me nommait soeur Agnès. Mais je n'aime pas ce nom. Le mien, on me l'a caché. Aux Ursulines, la vie n'était pas si rude et puis je ne connais que ça. On n'a jamais répondu à mes questions. Un jour de Noël, la supérieure me fit venir et me dit qu'elle ne pouvait me garder plus longtemps sans me dire pourquoi. Puis, elle m'annonça que je devais partir pour la Nouvelle France par le prochain navire. Je ne comprenais pas, je fus émue aux larmes, d'autant que mon petit chat était mort la veille. Pauvre petit chat... Je pris le peu d'affaires qu'on me donna dont cette robe bleue pâle avec ces galons dorés. Pour me consoler, la Supérieure me dit avec toute l'affection qu'elle n'avait pas : Priez souvent. On me réveilla tôt, il faisait nuit. Une charrette me mena au port, je montai illico sur un gros navire comme celui-ci, on ne me ménagea pas, tous ces hommes me regardaient d'un oeil qui me faisait peur. J'ai prié longuement et souvent. D'autres jeunes filles arrivèrent, toutes aussi apeurées. On les poussa sans plus de ménagement de crainte qu'elles s'échappent. Nous, toutes, étions tellement terrifiées que nous n'avons pensé qu'à nous blottir en attendant d'être soumise à on ne sait quel supplice... Nous partîmes par un jour sans vent, très lentement... C'était comme un abandon. Après un voyage interminable, on accosta ici. Le Révérend père jésuite nous fit défiler. On nous mis en face d'hommes qu'on ne connaissaient pas... puants, grossiers, édentés pour la plupart. On nous maria sur le champ, sans messe, avec une simple bénédiction. La seule chose que mon mari me demanda, alors que je pleurais, était si je lisais la Bible. Je fis signe que oui, ce qui me rassura sur la bonté de son âme que je supposais alors sincère. Puis, il me demanda si j'étais de la Religion Réformée, au visage que je fis, il comprit que non. Rendez-vous compte j'étais mariée à un huguenot dans un pays inconnu, le mois de mes quinze ans... Je désespérais... Je pleurais tout le temps... Donc, puisque vous me le demandez, mon nom est La Forest, femme du sieur La Forest, paysan de son état, propriétaire de vingt arpents à peine défrichés situés à vingt lieues d'ici, buveur et méchant homme. Il pensait sûrement que je serais son animal de trait. Il inspecta mes mains fort blanches à côté des siennes. Pardon, je suis confuse. On apprit plus tard, on ne sait comment, que l'homme était marié en France à Agen. Je ne sais même pas où c'est cet Agen. Le Commandeur de la place et le Révérend père en furent offusqués et extrêmement fâchés. C'est ce qu'on m'a raconté ensuite. Le Gouverneur le fit venir, il avoua en bafouillant. On le laissa en liberté, la colonie a besoin de bras pour s'établir et s'agrandir. On lui dit de me laisser tranquille et libre mais il me pourchasse sans cesse. Puis, on ne sut quoi faire de moi, on me promit aux Indiens... À un chef Huron presque vieux, il souriait de me savoir sienne. Il me faisait tellement peur que je regrettais La Forest. Je me suis enfuie, je me suis cachée, j'ai faim.

Molière

La chose est grave.

Madame la Forest

Ah, je le vois sur le quai, cachez moi.

Molière

Je ne puis... Retournez au milieu des cordages.

Madame la Forest

Parlons-nous sans nous regarder.

Molière

Lequel est-ce ? Il y a du monde sur le quai.

Madame la Forest

Il a l'air d'un homme qui n'aime personne, qui en veut à la terre entière. Une fille qui fit le voyage avec moi, Magdelon, m'a dit que les autres colons ne l'aimaient pas, qu'il querellait tout le monde et chacun pour un rien, pour un regard, pour un bonjour. Il donne des conseils à qui ne veut pas l'entendre, il a un avis sur tout et finit toujours par parler tout seul avec un air renfrogné.

Il l'imite. Laforest éclate de rire et est secoué d'un rire inextinguible.

Molière

Ah, je le vois... Est-ce celui qui marche ainsi ?

Madame la Forest

Oh ! Comment faites-vous ?... Faites attention, il pourrait vous quereller. Il n'a que faire que l'on m'ait donné à un indien, il veut me garder et s'en retourner chez lui. Une femme est une esclave peu coûteuse et presque toujours consentante... Enfin je veux dire résignée. Ici, on ne peut fuir nulle part. Fuir c'est mourir.

Il imite le mari.

Molière

Vous ne voulez vraiment pas rester avec...

Madame la Forest

Cessez, cessez. Je vous en prie. On va m'entendre... Arrêtez.

Scène 6

Gros-René, Molière, Madame la Forest

Gros René entre en courant.

Gros-René

Molière !... Où es tu ?... Molière ! Ah te voilà... Que fais-tu ?

Molière

Je me délasse. Que t'arrive-t-il ?

Gros-René

Tout est au plus mal. Pays maudit ! Pays maudit, je le savais. C'est la guerre comme chez nous.

Molière

Comment ça ! Tout était paisible, il y a une heure.

Gros-René

C'était il y a une heure. La brume se levait, nous étions accueillis comme des Dieux. Du Rosé pensait devenir une princesse. C'était, il y a une heure. Je n'étais plus malade. Des salves de bienvenue, des hourras, des danses indiennes. C'était il y a une heure. Nous allions être riches et gras, la terre ferme enfin... Il y a une heure.

Molière

Hé bien quoi ! Au lieu de parler du passé qui n'est plus, parle moi du présent.

Gros-René

Qui est cette belle enfant ? Pourquoi se cache-t-elle ?

Molière

Peu importe.

Madame la Forest

La Forest.

Gros-René

Oui, justement. C'est de là qu'ils sont arrivés...

Molière

Qui ça ?

Gros-René

Les indiens. Pas les nôtres... enfin pas ceux qui nous ont accueillis avec des danses et des cris de joie.

Molière

De joie... De joie... rien n'est moins sûr. Tu sais qu'un public s'achète. On applaudit pour deux raisons : on aime ou on est payé.

Gros-René

Crois-tu ces innocents souriants soudoyés ?

Madame la Forest

Ils ne le sont pas. Ils voient chaque nouveau colon ou soldat comme un renfort pour les défendre contre leurs ennemis. Ils sont sauvages mais pas fous.

Gros-René

Quelles ennemis alors ? Des Hollandais, des Anglais.

Madame la Forest

Des Iroquois.

Molière

Qui sont des ?...

Madame la Forest

Indiens aussi... Une autre tribu, plutôt un autre peuple... Enfin je ne sais.

Gros-René

Les indiens se battent les uns contre les autres, je crois. Parce que là, ils font du bruit à faire trembler les montagnes.

Molière

Je vois une bonne raison pour que cela ne soit pas. Ils sont doués de raison, ils ont un langage, sûrement de solides croyances, des biens convoitables, des territoires, un commerce avec les colons. Donc autant de bonnes raisons pour se faire la guerre.

Molière la regarde longuement.

Madame la Forest

Ce sont aussi des enfants de Dieu.

Gros-René

Sont-ils cruels ?

Madame la Forest

Pas plus que nous... pour autant que je sache. Ils sont plus effrayants car nous n'avons pas l'habitude de leurs moeurs. Ils mangent le coeur de leurs victimes, dit-on.

Gros-René

Ah ! Les barbares !

Madame la Forest

Pas plus barbares que ceux qui abandonnent leurs enfants dans un couvent.

Gros-René

Tout de même.

À Gros-René.

Molière

La controverse mériterait une longue étude... Reviens donc à ce qui t'amène.

Gros-René

On en perdrait son latin dans ce pays. Les Hurons s'agitaient, puisqu'ils ont un nom ces sauvages, la garnison s'est animée tout à coup et on sortait des fusils pour les commerçants et bourgeois. Il se virent trois cents en arrivant au port... peut-être trente en fait. Le Gouverneur a changé de costume, un marin m'a dit que c'était un signe.

Molière

Le Gouverneur a changé de costume ! L'heure est grave ! Ce n'est pas un exercice.

Gros-René

Tu en doutais ?

Molière

Non, mais je me demandais.

Madame la Forest

Alors, c'est la guerre. Regardez, le port s'est vidé.

Gros-René

C'est ce que je dis. Vous n'entendez rien !

Molière

Les Ironiens sont proches ?

Madame la Forest

Iroquois.

Gros-René

On ne sait rien. J'ai couru au bateau au plus vite pour prévenir.

Molière

Ou pour te réfugier...

Gros-René

Je sais être courageux quand c'est nécessaire. Mais, franchement, c'est rarement nécessaire. Et puis, une fois mort, à quoi servirai-je ?

Molière

Il t'arrive de dire des choses censées même si ça reste rare.

Scène 7

Molière, Béjart, Gros-René, Madame la Forest

Molière

Vous voilà donc.

Regardant la jeune La Forest.

Béjart

Je prenais pied à terre. Cela faisait longtemps. Je vois bien que vous aviez de solides raisons pour rester à bord.

Molière

Voyons Madeleine, cette jeune femme est perdue.

Béjart

Depuis qu'elle vous connaît, c'est devenu une certitude.

Molière

Arrêtez Madeleine, l'heure n'est pas à la farce.

Béjart

Que veut cette Eurydice ?

Molière

S'éloigner d'un mari excommunié et fuir un chef indien édenté.

Béjart

Rien de moins. De fait, vous êtes un sauveur... Fichtre ! Je ne suis pas revenue pour te quereller. Il semble que cela s'agite en ville et point pour des fêtes.

Molière

Gros René, viens de nous en faire l'épique récit.

Béjart

Mettons-nous à l'abri. Le chemin pour le fort est coupé.

Gros-René

Rompons les amarres et descendons le fleuve.

Madame la Forest

N'y pensez pas. Les îles en aval sont traîtres. Savez-vous naviguer au moins ?

Gros-René

Cela n'a pas l'air compliqué.

Molière

Si, c'est très difficile pour des comédiens : là il ne s'agit pas de paraître mais de faire. De plus, nous n'avons pas de vivres ni d'eau.

Madame la Forest

On ne trouvera pas de lieu sûr en aval.

Gros-René

Traversons la rivière.

Madame la Forest

Nenni. Les Iroquois y sont plus nombreux.

Gros-René

Mourons, puisqu'il le faut.

Béjart

Une troupe s'avance vers nous sur des canots. Ils portent des flambeaux.... sûrement pour mettre le feu.

Molière

Soyons vaillants. Soyons braves.

Madame la Forest

Je n'ai plus peur. Dieu est en moi.

Gros-René

Nous ne sommes pas des soldats.

Molière

Il est plus facile de paraître soldat que de faire le matelot... Vite, trouvez des tenues... Tenez voilà un canon.

Scène 8

Le Mousse, Molière, Madame la Forest, Béjart, Gros-René

Entre le mousse.

Le Mousse

Ce n'est qu'un canon pour faire peur. Nous n'avons pas de boulets.

Molière

On trouvera bien quelque matière à envoyer. Pointez-le, bien en vue vers le port... Non non... Vers là-bas. Nous sommes des soldats pour faire peur.

Le Mousse

Il y a des tenues de soldats dans la cale. Ils sont pour la garnison.

Molière

Prenons ces costumes. Des mousquets ? Des épées ?

Le Mousse

Trois mousquets. Deux sabres.

Le mousse sort vite et revient immédiatement les bras chargés.

Molière

C'est tout. Va les chercher. Mousaillon ! Habillons-nous.

Madame la Forest

Moi aussi ?

Molière

Oui, vous êtes notre nouvelle jeune première travestie... Regroupons-nous.

Madame la Forest

Oui, prions pour le salut de nos âmes.

Béjart

Elle est étonnante de fraîcheur !

Molière

Nous sommes trop peu nombreux pour faire fuir une troupe déterminée.

Gros-René

Fuyons, alors !

Molière

Nos ennemis ne savent pas combien nous sommes. Nous sommes... trois et deux... font cinq, plus cinq font dix et dix font vingt. Plus...

Gros-René

Plus, rien du tout. Madeleine, toi, moi, le mousse, cette jeune fille. Cinq, c'est tout.

Molière

C'est l'heure de notre spectacle, car nous allons jouer un spectacle... Voilà le canevas. Le mousse tirera le mousqueton en proue et en poupe pour faire croire qu'il y a deux soldats. De loin il n'y paraîtra rien. Notre troupe nombreuse est une illusion. Du mouvement et du bruit, voilà ce qu'il nous faut. Tapez des pieds lorsque vous vous déplacerez.

Béjart

Et le canon, sans le canon, l'illusion sera comique.

Molière

Sais-tu faire fonctionner le canon ?

Le Mousse

Moi non. Mais lui oui.

Gros-René

Qui ça lui ?

Le Mousse

Le bosco.

Scène 9

Molière, Le Bosco, Madame la Forest, Le Mousse, Gros-René, Béjart

Le mousse pousse le bosco. Ce dernier grogne et jure. La Forest, qui regarde la ville, pousse un cri. Le bosco désaoule tout à coup.

Molière

Réveille-le. Même saoul, il vaut un régiment... en le regardant de loin.

Le Bosco

Hein, quoi ? Qui est tombé à la mer ?

Madame la Forest

Seigneur ! Mon Dieu ! Aie pitié de nous.

Molière

Ce n'est pas le moment.

Madame la Forest

Le couvent des Ursulines brûle. C'est la fin.

Le Bosco

Et alors ?

Le Mousse

C'est la guerre.

Le Bosco

Laquelle ?

Le Mousse

Les indiens.

Le Bosco

Bon. Que dit le Capitaine ?

Le Mousse

Rien ! Il n'est pas là. Il est à terre.

Le Bosco

Il a abandonné le navire ?

Le Mousse

Non, nous sommes au port... amarrés.

Le Bosco

Dans ce cas, qui est le maître des lieux ?

Le Mousse

Le Comédien avec sa troupe.

Molière

Oui, Monsieur. J'ai organisé la défense du navire.

Le Bosco

Qu'est-ce qu'un comédien militaire ? Êtes-vous franc gascon vantard, Monsieur le comédien ?

Molière

Non, Monsieur. Je suis comédien et à l'occasion chef de troupe. Cette troupe se déplace comme n'importe quel régiment avec armes et bagages ou plutôt costumes et bagages. Donc, en effet, je ne suis pas grand capitaine ni manieur d'estramaçon.

Le Bosco

Ce qui n'est pas suffisant pour vaincre un ennemi cruel qui vous rôtira le coeur.

Molière

Si je ne sais pas l'art de mourir en héros, je sais l'illusion du paraître, l'art de construire des cités avec une phrase, faire sortir du néant une armée avec un geste, et même faire rire un cardinal.

Le Bosco

J'en ai connu un au siège de La Rochelle qui ne riait pas.

Molière

Vous étiez du côté ?...

Le Bosco

Du mauvais côté... Mais vous, vous avez vos hardes et vous voulez faire peur à des sauvages qui tuent des ours avec un simple coutelas.

Molière

L'illusion du nombre, le bruit du canon, les tenues des soldats devraient suffire.

Le Bosco

Il est vrai que ces sauvages, savent battre en retraite avant de perdre trop d'hommes. Ils préfèrent revenir en cherchant le point faible plutôt que tenir un siège. Leurs chefs sont plus économes en soldats que nos glorieux généraux.

Madame la Forest

Ils arrivent par le fleuve. Sainte Marie, mère de Dieu.

Le Bosco

Ils arrivent toujours par le fleuve. Le feu des Ursulines n'est qu'un accident.

Molière

Ou une diversion...

Le Bosco

Allez leur demander !

Molière

Vous savez manier le canon ?

Le Bosco

Artilleur de métier à La Rochelle, marin de fortune. Tant qu'à mourir, mourons en faisant croire que nous sommes une armée. Soyez notre chef, la défaite, ça me connaît.

Molière

Pour les soldats, c'est le combat de votre vie, pour les comédiens c'est le rôle que vous n'auriez jamais eu, pour les croyants... Pour les croyants... Priez pour notre salut.

Le Bosco

Pointez ce canon sur l'amont du fleuve. Ils arrivent par là-haut.

Madame la Forest

Ils sont là.

Gros-René

Mais pourquoi est-on monté sur ce bateau ?

Les costumes sont distribués. Personne n'a une tenue à sa taille. Ce qui fait une troupe ridicule.

Béjart

Habillez-vous vite ! Si vous voulez rester en vie.

La Forest se met à genoux et se met à prier.

Le mousse montre comment charger un mousquet. Le bosco bouge le canon. Molière trouve un chapeau avec une grande plume et s'en affuble.

Molière

Soldats ! Nous avions franchi les mers aux périls de nos vies. Dieu nous a guidé sur ces flots... inhospitaliers. Prenez vos postes et... faites au mieux. Dieu nous garde. Il n'est plus temps Mademoiselle. Dieu, qui voit tout, sait que vous êtes là et regarde votre bravoure comme un cadeau que vous lui faites.

Béjart

Mon ami, maintenant, vous êtes une cible.

Molière

Non maintenant, je suis un terrible capitaine et mon plumeau indique la grandeur de mes exploits.

Béjart

Puisqu'il en est ainsi.

Molière

Jouons aux braves même si nous ne le sommes pas. Le public... L'ennemi ne le sait pas. Soyons plus grand que nous-mêmes. Osons tout comme des héros que nous sommes... Bosco au canon. Moussaillon, au tir des mousquets, Laforest à la recharge des mousquets. Gros-René gesticule sur le bord.

Scène 10

Gros-René, Molière, Madame la Forest, Le Bosco, Béjart

Du bruit venant de la terre détourne leur attention. Deux iroquois montent à bord en silence. Le troupe de Molière se retourne et leur fait face en silence. Immobilité totale. Le plus grand des deux Iroquois bouge doucement puis reste en arrêt devant La Forest. Cette dernière tombe à genoux tout doucement. L'iroquois en reste pétrifié. La Forest joint ses mains. L'iroquois fait de même. Ils se contemplent tous pendant un long moment. Le chef indien fait un pas en arrière. Molière fait une profonde révérence et salue avec son chapeau comme à la Cour. Le plus grand Iroquois salue aussi, fait un signe à son comparse. Le second indien est moins menaçant, il fait un petit salut mais a l'air toujours farouche. Molière indique du regard, qu'il faut saluer. Tous saluent, y compris le bosco et le mousse. Ils se rapprochent les uns des autres. Le chef indien, salue l'ensemble du groupe. Puis, suit un étrange ballet des comédiens, le mousse essaye de suivre. La Forest reste immobile, les yeux fixés sur le chef indien. Cette danse est une marche. Le Bosco sort un fifre et joue la Marche des Turcs du Bourgeois Gentilhomme. Des bruits de canons au loin marquent le temps. Les deux indiens contemplent étonnés.

Gros-René

Et que faisons nous... maintenant ?

Molière

On continue.

Gros-René

Et jusqu'à quand ?

Le mousse prend un cordage fin et long et en donne un bout à La Béjart et l'autre à Molière. Tout en dansant et en saluant, ils procèdent à l'attachement de La Forest qui ne bouge pas. Puis, ils font l'inverse et saluent profondément en regardant leurs chaussures. La musique s'arrête. On n'entend plus le canon. Le chef indien salue, fait signe au second de repartir. Les deux se retirent. Les comédiens et matelots restent un moment dans leur pause de révérence.

Molière

Le temps nécessaire pour qu'ils repartent.

Madame la Forest

Sont-ils repartis ?

Molière

Il semble.

Gros-René

Quel soulagement ! J'ai cru mourir.

Madame la Forest

Il est reparti sans moi.

Gros-René

Tant mieux et qu'il n'y revienne pas. Il verra à qui il a affaire. Nous connaissons plein d'autres danses : des gigues et des menuets. Je connais des bourrées qui sont mieux qu'une courante.

Molière

C'est fini.

Le Bosco

On peut dire que vous savez vous battre.

Béjart

Que voulez-vous d'autre, ils sont partis nous sommes saufs ?

Molière

Monsieur ! Je ne doute pas de vos capacités pour toutes sortes de choses, remuer un bateau contre des flots insensés ou filer entre des écueils tranchants mais pour ce qui est de changer une situation, ou faire apparaitre devant vous des monstres, des cocus ou des médecins, je sais ma pratique. Nous savons notre travail, voulez-vous rire ou pleurer, nous sommes là. Avoir de la pitié ou de la terreur, nous sommes là. Avec nos mains nos créons des mondes, avec notre voix, nous éteignons des soleils, d'un regard nous déclarons des guerres, d'un sourire l'amour renaît, des enfants reprennent espoir, la mère revoit son fils perdu, le vieillard retrouve sa jeunesse. Le temps que les bougies de la scène se consument nous sommes la mesure de l'Univers.

Le Bosco

Vous vous prenez pour des magiciens sans doute.

Scène 11

Le Capitaine Jammes, Gouverneur, Le Bosco, Gros-René, Molière, Béjart, Madame la Forest, Le Mousse

Entrent le Capitaine et le Gouverneur de la place de Québec.

Le Capitaine Jammes

Bosco, vous pouvez le croire et vous venez de le prouver.

Gouverneur

C'est la victoire la plus aisée que je n'ai jamais vue. Qu'avez-vous donc fait ?

Le Bosco

Ils ont dansé devant eux comme des pantins.

Gros-René

Vous ne savez pas reconnaître une gesticulation d'une danse de Cour ?

Molière

Nous avons fait comprendre que nous ne sommes pas leurs ennemis, nous leur avons montré du respect, nous avons échangé des civilités, puis nous avons fait comprendre qu'une guerre était inutile et que nous avions des choses en commun.

Gouverneur

Eh bien ?... Comme vous y allez... Quelque chose en commun avec des Iroquois ?

Molière

Le goût du rythme, une élégance naturelle, un franc-parler.

Gouverneur

Avec un Ambassadeur comme vous, j'aurais une paix éternelle. Le souhaitez-vous ?

Molière

Moi ? Ambassadeur ?...

Béjart

Non.

Gros-René

Ne pas dire non... Dites-moi, Monseigneur, c'est bien payé ?

Gouverneur

Je m'adressais à Monsieur.

Molière

Monseigneur, excusez-les, notre troupe a des habitudes. Chacun peut donner son avis. Nous vivons ensemble, nous décidons ensemble. Mademoiselle Béjart ne souhaite pas rester, j'entends sa requête et je tiens compte de son opinion. Monsieur Duparc est soucieux de notre bien-être, ce qui me prévient contre la vanité d'une gloire sans doute aussi flatteuse qu'éphémère.

Gouverneur

Vous semblez pourtant être leur chef.

Molière

Je suis leur responsable mais pas leur maître. Je ne suis rien sans ma troupe. Vous le savez, Gouverneur, seul dans la vie, nous ne sommes que des pauvres hères. Sans vos soldats, qu'êtes-vous vous-même ?

Le Capitaine Jammes

Veuillez respecter le représentant de sa Majesté le Roi dans la Nouvelle France ou je vous mets aux arrêts.

À Molière.

Molière fait une révérence.

Gouverneur

Capitaine ! Il ne me manque pas de respect, il me montre sa vérité. Mais permettez-moi de vous posez une question qui m'intéresse au plus haut point. Il y a bien dans votre vision du monde, une force supérieure qui vous gouverne quand vous êtes seul.

Molière

Non, je ne suis rien sans les hommes. Personne ne peut dire qu'il est vraiment homme seul dans la nature.

Béjart

Monsieur Molière sous-entend qu'il a du respect pour son Roi et une vénération pour Dieu, créateur de toute chose.

À Molière.

Gouverneur

Madame, ce n'est pas ce qu'il dit. La voix de Monsieur Molière m'importe beaucoup. Ici, c'est une colonie de mille cinq cent personnes. C'est un équilibre fragile dans un milieu dont vous avez mesuré les dangers. Il m'importe de savoir si chaque nouvel arrivant ne met pas en péril toute la colonie. Monsieur Molière est plein de ressources et semble être un très honorable responsable, comme il le dit lui-même. Il a gagné une bataille sans perdre un homme, ni son navire. Et si, nous devons lui accorder une grande confiance, je dois aussi connaître le coeur de l'homme. Éclairez-moi sur ce mot seul. Qu'y a-t-il dans votre coeur ?

Molière

Chacun sait que le monde a été créé par Dieu ainsi que toutes choses sur Terre. Adam et Ève durent quitter le jardin d'Éden. Depuis l'Homme est sur Terre dans la souffrance pour avoir désobéi à Dieu, c'est de cette solitude dont je veux parler. Celle qui fait que l'homme implore son Dieu de lui pardonner le péché originel et de ne rien entendre.

Madame la Forest

Il m'a sauvé la vie. Dieu m'est témoin.

Gros-René

Dieu va nous sauver la vie ?

Béjart

Tais-toi donc.

Gouverneur

Monsieur, vous êtes sûrement un honnête homme, sans aucun doute, mais la grâce qui est en chaque être est-elle pour vous...

Molière

Prédestinée. Non, bien sûr que non. Chaque homme choisit son destin. Le libre arbitre est ce qui fait que l'homme sait choisir entre le mal et le bien.

Le Mousse

De quoi parlent-ils ?

Le Bosco

De politique, sans doute.

Gouverneur

Vous comprenez que la Nouvelle France est une terre neuve et fragile. La Hollande et l'Angleterre possèdent aussi des territoires au sud et nous devons tous à notre jeune roi Louis de belles conquêtes et des victoires étincelantes. Comme vous êtes venu de La Rochelle, j'ai pensé que la pensée huguenote, ou pis encore, vous habitait.

Molière

Votre Seigneurie, je suis de Paris, mon père possède une charge de tapissier du Roi. Le manque d'envie de lui succéder dans le métier m'ont amené jusqu'ici.

Gouverneur

Ici, vous n'aurez pas le public que votre talent mérite. Par contre, je vous prédis un meilleur avenir ailleurs.

Molière

Il n'est point de meilleur avenir que de rester ici auprès de votre Seigneurie.

Gouverneur

Ne flattez point trop. Voici une qualité qui vous manque... Retournez à Paris sur ce navire qui repart dans peu de temps.

Gros-René

Voilà qui est une bonne idée.

Molière

Paris, n'est pas un endroit favorable pour moi.

Gouverneur

N'y retournez pas de suite. Faîtes-vous connaître, et quand le talent de votre troupe vous mènera près du Louvre. Sachez parler au Roi et à ses ministres et dites-leur ce que vous savez de nous. Je fonde de grands espoirs en cette terre de France.

Molière

Votre voix ne suffit-elle pas à franchir les mers ?

Gouverneur

Un homme qui demande n'est jamais entendu par les princes.

Béjart

Retournons, c'est un ordre supérieur. Que serons-nous si nous ne sommes pas désirés ?

Scène 12

Mademoiselle du Rosé, Molière, Gouverneur, Béjart, Gros-René, Le Capitaine Jammes

Du Rosé entre échevelée.

Mademoiselle du Rosé

Bravo, bravo, bravo. Ces indiens sont si beaux et si étranges. Et comme on ne les comprend pas, ils ont l'air mystérieux. Ah, quand il vous fixent avec leurs yeux noirs, quand ils tendent leurs mains pour toucher vos cheveux blonds, des émotions animent mon coeur. On voudrait être emportée dans leurs bras vigoureux au fond d'une forêt... Certes, il y en a de fort laids mais la laideur est commune sur toute la terre que Dieu fit.

Molière

Catherine. Pensez-vous parfois que vous parlez trop ?

Mademoiselle du Rosé

Point du tout... Je... Je travaille ma voix et l'intelligence de mes mots... afin que dans vos spectacles, on puisse comprendre l'obscurité de vos propos.

Molière

Il faut que vous preniez tout à mal.

Mademoiselle du Rosé

Et dites-moi, Monsieur, comment devrais-je le prendre quand vous me sommez de me taire ou de faire la sotte ?

Molière

Vous l'êtes sans conteste. Prenez-le tout doux, comme le conseil d'un frère...

Mademoiselle du Rosé

Mon frère me parlait mieux que ça. Il me disait : "Ma petite soeur". Il me souriait... Il me donnait des fleurs.

Molière

Vous avez un frère ?

Mademoiselle du Rosé

Non point. Que dites vous là ?

Molière

Mais c'est vous Catherine qui venez de le dire.

Mademoiselle du Rosé

Mais cela ne fait rien à l'affaire. J'ai la famille qui me convient et dont j'ai besoin. Laissez-moi.

Gouverneur

Elle est piquante.

Mademoiselle du Rosé

Voilà que celui-ci me prend pour un chardon. Oh, mais cela ne va pas se passer comme cela. Messieurs, je vous mets au défi.

Molière

Mais, Catherine, au défi de quoi ? Vous déraisonnez.

Mademoiselle du Rosé

Au défi de me rendre raison.

Regardant Molière avec amusement.

Gouverneur

Quelle caractère ! Heureusement, que ma troupe n'est composée que d'hommes. Allons, Monsieur, relevons le défi.

Molière

Vous n'y pensez pas. Cela peut être très dangereux, vous vous en repentiriez. Certains faillirent en mourir.

Gouverneur

Tué par cette charmante dame et avec quelle arme ?

Molière

La pire de toute...

Gouverneur

J'ai hâte de savoir...

Molière

Sa langue.

Gouverneur

Vous vous moquez, Molière !

Molière

Alors. Faites comme bon il vous plaira.

À Du Rosé.

Gouverneur

D'Ambassadeur, vous voilà donneur de conseil. Vous manquez des qualités de courtisan. Madame, je suis votre homme, choisissez votre heure.

Mademoiselle du Rosé

Maintenant. Et je vous provoque avec mes mots.

Molière

Je vous ai prévenu.

Béjart

Renoncez. Vous avez le pouvoir d'arrêter avant qu'il ne soit trop tard.

Gros-René

Vous êtes un homme mort. Elle va faire la coquette et pire encore.

À Du Rosé.

Gouverneur

Il suffit. Taisez vous. Madame, à vous l'honneur.

Mademoiselle du Rosé

Monseigneur, vous me flattez.

Gouverneur

On ne peut flatter le soleil qui nous éclaire, on ne peut que le louer de nous éclairer.

Mademoiselle du Rosé

Monseigneur, sachez que je vous offre une chance de vous retirer.

Gouverneur

Madame, je vous admire mais ne vous crains pas.

Mademoiselle du Rosé

Vous devez renoncez pendant notre échange à utiliser votre titre et votre autorité. De même, vous renoncez à ne point vous venger de votre défaite.

Gouverneur

Vous avez ma parole de gentilhomme. Ce sera un plaisir d'assister à la vôtre.

Elle détache ses cheveux et retrousse ses manches.

Mademoiselle du Rosé

Alors subissez mon foudre.

Gouverneur

Auriez-vous l'intention de me donner quelque soufflet ?

Du Rosé marche rapidement en faisant trois cercles. Elle semble réfléchir. Le Gouverneur la contemple avec amusement.

Mademoiselle du Rosé

Nenni ! Ce serait une moindre douleur pour vous.

Du Rosé continue en silence. Bas, au Capitaine.

Molière

Je vous en prie, Catherine. Demandez ce qui vous plaît et renoncez. Est-on prêt à appareiller ?

Le Capitaine Jammes

Oui, les matelots chargent les vivres et l'eau. Je n'ai qu'à sonner la cloche du départ.

Molière

Parfait.

Le Capitaine Jammes

Mais nous n'avons pas prévu de partir avant plusieurs jours. Il nous faut l'autorisation du Gouverneur.

Le Capitaine fait des signes au bosco et au mousse. Tous trois sortent.

Molière

Vous l'aurez plus rapidement qu'on ne pense. Activez la manoeuvre.

Scène 13

Béjart, Gros-René, Mademoiselle du Rosé, Gouverneur, Molière

Béjart

Écartons-nous un peu. Nous savons qu'un regard peut nous faire rentrer dans la querelle sans que nous le voulions.

Il se met derrière la Béjart.

Gros-René

Je vous suis. Je préfère les places des loges plutôt que celles du parterre.

Elle fait une révérence.

Mademoiselle du Rosé

Monsieur.

Il fait un salut profond.

Gouverneur

Madame. À vous le premier assaut.

Mademoiselle du Rosé

Nous savons tous votre mérite et votre nom brille de mille feux au firmament de la gloire et de la bravoure.

Gouverneur

Soyez remerciée de ce compliment. Votre beauté étiole les plus belles roses, la maîtrise de votre art fait de vous l'égale des muses.

Mademoiselle du Rosé

Vos ancêtres ont fait la renommée de la France. Certains disent qu'ils furent à Roncevaux.

Gouverneur

Tout de même.

Mademoiselle du Rosé

Vous fûtes envoyé dans dans ce désert pour agrandir le Royaume de notre jeune roi Louis et pour le bien de la très vraie foi catholique et romaine. Et l'on voit, au premier regard, que vous excellez dans l'art si raffiné de la construction militaire.

Gouverneur

En effet, je construis dans cet écrin de verdure, la plus belle colonie qui puisse accueillir le plus étonnante et la plus remarquable des artistes.

Mademoiselle du Rosé

Quelle palissade ! Quelle muraille avec ces créneaux si harmonieux, cette pente adoucie jusqu'au fleuve, et ce pont-levis qui coulisse à merveille. Que de merveilles. Oh, et bien cette falaise grise sous le fort est du plus bel effet. Vous avez su vous installer dans un endroit stratégique quand le fleuve fait un coude majestueux.

Gouverneur

Ce n'est rien, je vous l'assure. Cette falaise était là avant que nous arrivions, c'est l'oeuvre de Dieu. Le choix de l'emplacement revient à Monsieur de Champlain, mon illustre prédécesseur.

Mademoiselle du Rosé

Vraiment ? Mais vous êtes trop modeste... Vous mettez tout en valeur avec une excellence et une élégance qui est l'apanage des grands hommes. Sans mentir, si vos succès se rapportent à votre modestie, vous être le génie de cette colonie.

Gouverneur

Je lis dans vos propos une grandeur d'âme et qui n'ont d'égal que la beauté de vos yeux. Mais ne voyez-vous pas tout ceci avec les yeux d'une enfant ?

Les autres personnages s'écartent doucement et sortent, un à un.

Mademoiselle du Rosé

Mon âge m'empêche de faire valoir une expérience aussi suprême que la vôtre. Cependant, toute petite qu'elle soit, cette petite expérience m'a fait rencontrer suffisamment d'hommes de renom et qui ne sont pas moins de pauvres personnages. Et, qu'ils soient grands ou petits, ils n'en sont pas moins avides de la moindre gloriole. D'un lopin de terre, ils se font un Royaume, d'un butte ils font une montagne, d'une petite victoire contre une faible troupe d'ennemis - pirates ou sauvages - ils se drapent d'une légende. Mais rien n'y fait, ils ne sortent jamais de l'obscurité d'où ils sont issus et que leur plus belle réussite est tout au plus dans l'habile choix d'un haut-de-chausse. Monsieur, sans doute, en connaissez vous !

Gouverneur

Madame, quel est ce ton malséant ? Et à qui s'adresse-t-il ?

Mademoiselle du Rosé

Ce ton est celui qu'il me plaît de prendre. Il s'adresse à qui veut m'écouter. Monsieur, répondez, puisque nous sommes là pour ça. Et pour parler tout franc, l'ami du genre soldat n'est point du tout mon fait. Dites-moi, vous ai-je bien peint ?

Gouverneur

Le portrait du peintre est grossier, les couleurs sont criardes, le modelé approximatif ; l'exagération est votre lot, la caricature est votre quotidien. Il semble que vous êtes agité par une pensée de soubrette, sans grandeur ni élévation d'âme. Un tableau grotesque ne fait pas une oeuvre, tout au plus il amusera le peuple.

Mademoiselle du Rosé

La grossièreté du portrait n'est que le reflet de ce qu'il vous renvoie. L'important est de savoir s'il est juste.

Gouverneur

Enfin, Madame, dans vos propos rien n'est exact.

Mademoiselle du Rosé

Le portrait n'a pas à être exact. Voilà une idée de maître maçon. Le portrait a besoin d'être vrai, sincère, saisissant. Tous devraient dire : c'est lui. Son nom est...

Gouverneur

Il suffit.

Elle essaye de reprendre, puis sort après un profond salut.

Au Gouverneur.

Molière

Cessons là ! La chose est entendue. Catherine, je vous demande de regrouper et vérifier les ballots de la troupe. N'en faites rien. N'écoutez point ces fables de comédiens, ces mots en l'air ne valent rien.

Scène 14

Gouverneur, Molière

Gouverneur

L'insulte est grave.

Molière

Point du tout. Catherine du Rosé est d'une nature emportée et ne fait pas la distinction entre la scène et la ville. C'est une coquette de scène, pour elle le rideau se lève dès que le soleil pointe et tombe chaque soir comme le char de Phaéton. Elle a grandi en province auprès d'un savetier qui n'était point son père, elle se prend pour une dame et rêve d'un mariage avec un comte ou un prince mais se contenterait d'un petit marquis pour peu qu'elle puisse entrer au Louvre et saluer toute la Cour. L'avez vous vu ? Elle salue à merveille.

Gouverneur

Fi, elle me rendra compte de ce qu'elle a dit.

Molière

Vous ne pouvez. Vous avez accepté de ne rien faire des conséquences de cette lutte... et devant témoins.

Gouverneur

Il est vrai.

Molière

Votre réputation en serait entachée. Et pour tenir votre ville, il faut montrer que votre parole est ferme. Vous vous amuserez de l'anecdote en parlant d'une folle que vous avez eu la faiblesse d'écouter, et que vous avez renvoyée à l'hospice. Rien de plus simple.

Gouverneur

Monsieur de Molière, approchez-vous.

Molière

Monseigneur.

Se reprenant.

Gouverneur

Je vous donne ordre de ne pas descendre à terre, de repartir le plus vite possible pour la France avec votre petite troupe ridicule et surtout votre harpie. Sachez que je vous regretterai et nous savons ce que la colonie vous doit. On le saura où il faut que ça se cache. Aucun coup, aucune perte, une victoire. Monsieur, je vous donne mon salut. Vous êtes le héros le plus éphémère que cette Terre a connu.

Molière

Tout est éphémère le temps d'une représentation. Ce qui dure, ce sont nos souvenirs.

Gouverneur

Vous dites vrai et avec justesse. Retournez en France et approchez-vous au plus près de la Cour, ensuite faites que votre immense talent s'y montre. N'oubliez pas notre accord, votre succès sera le nôtre pour la gloire du Roi et de Dieu tout-puissant.

Molière

Soyez assuré de mon dévouement et de mon obéissance. Je suis votre serviteur.

Gouverneur

Emportez avec vous la pauvre La Forest, elle est perdue ici.

Molière

Je prendrai soin d'elle.

Gouverneur

Allez ! Emmenez-moi au loin toute votre petite troupe. Ici, nous avons plus besoin de bras pour faire de cette Terre une Nouvelle France, que de langues perfides et sournoises pour semer le désordre et la sédition.

Molière

Monseigneur, ne jugez pas trop sévèrement la fougue de notre jeune première. Elle a la jeunesse pour elle et nous ne pouvons nous passer de ce talent.

Apparaît Béjart qui sort de la cale.

Gouverneur

Je le comprends bien, mais éloignez-la d'ici définitivement.

Scène 15

Béjart, Molière, Gouverneur

Béjart

Eh bien, quand arriverons-nous ? Quel est tout ce vacarme ?

Molière

Nous y sommes et nous repartons.

Béjart

Comment cela nous repartons... Et celui-ci, dans son habit vert et sa plume blanche, d'où sort-il ? Il m'a l'air d'un fieffé coquin.

Gouverneur

Décidément ! Encore un nouveau personnage !

Béjart salue le Gouverneur.

Molière

Béjart, un ton plus bas. Monseigneur est le Gouverneur de la place de Québec.

Il tourne la tête à droite et à gauche.

Béjart

Nous serions donc aux Amériques et personne n'a pris soin de me prévenir. Cela ne se peut.

Molière

Et pourquoi, Monsieur Béjart ?

Béjart

Parce que cela ne l'y ressemble pas. Les arbres n'ont pas la bonne taille. Et puis, où sont les sauvages ? Ce fleuve est trop large, de toute évidence, sur la carte il était plus petit.

Molière

Mais tu ne connais pas la Nouvelle France, comment pourrais-tu ?...

Béjart

Je le sens. Ce n'est pas l'endroit prévu.

Il salue, Molière le salue et il sort.

Gouverneur

Monsieur Molière, je crois que vous avez fort à faire avec votre... troupe... peuplée d'originaux. Les indiens me semblent finalement beaucoup plus raisonnables. Je vous laisse. Le devoir m'appelle, vous me voyez tout à fait charmé d'avoir fait votre connaissance. Recommandez-vous de moi, je vous l'ordonne, j'ai quelque crédit auprès de gens de qualité. Et rappelez-vous notre accord.

Scène 16

Béjart, Molière

Béjart

Et que fait-on maintenant ?

Molière

On retourne à Paris.

Béjart

De suite ? Tous ?

Molière

Oui, pourquoi ? Juste quelques jours le temps du déchargement et du rechargement des vivres et des peaux de castor. Nous sommes consignés à bord.

Béjart

Ça va nous coûter le reste de nos économies.

Molière

Le Gouverneur de la place y a pourvu.

Béjart

Quelqu'un d'entre nous a dû l'offenser.

Molière

En effet.

Béjart

C'est vous Jean-Baptiste ?

Molière

Non.

Béjart

Qui ça ? Madeleine ?

Molière

Non. Laisse cela. Veux-tu ?

Béjart

C'était bien la peine de tout faire pour quitter notre patrie, pour une aventure qui n'a pas eu lieu, des spectacles que l'on a pas joués, un public que l'on a pas vu... Bah, ce n'est pas grave... Bon. Il est tard, je vais manger et me coucher. C'est ce qu'on peut faire de mieux par les temps qui courent.

Molière

De retour en France, nous devrons aider Catherine à trouver un mari.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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