Comédie · 1885

Molière enfant

d’Édouard Vierne

Représentation
≈ 44 min
Distribution
1 femme, 4 hommes
Répliques
490
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Molière N 78 ≈ 12 min 10
Nanon Laforest F 148 ≈ 10 min 16
Poquelin H 87 ≈ 9 min 10
Gauthier N 90 ≈ 8 min 10
Monsieur Jourdain H 48 ≈ 4 min 3
Le Père Cressé H 30 ≈ 2 min 3
Loyal H 9 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Molière Enfant
Molière absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Nanon Laforest absentabsentabsentabsent
Poquelin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gauthier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Jourdain absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Père Cressé absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Loyal absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Molière Enfant

Scène 1

Nanon Laforest

Au lever du rideau, Nanon Laforest, un tricot à la main, regarde par la porte du fond dans la rue.

Imitant le père Cressé.

L'horloge sonne quatre heures.

Nanon Laforest

Rien ! - Point de Jean-Baptiste ! - Et grand-papa Crosse1 De ramener l'enfant, voyez s'il est pressé !... Tantôt, quand de son gendre il eut vu la sortie : « Jean-Baptiste, fit-il, viens à la comédie ; Pour fêter tes quinze ans je t'en veux régaler ! Nanon, à Poquelin, toi, n'en va point parler. Puisqu'il installe au Louvre un meuble de commande, C'est trois heures au moins qu'il faudra qu'on ***** Bast ! nous serons avant raccourus au logis. Hardi ! petit garçon !» - Et les voilà partis. Bon voyage ! - Nanon faisant le pied de grue , Peste, tremble, et vingt fois va guetter à la rue, Et craint que le bourgeois n'arrive le premier, Qui, secouant monsieur son fils comme un prunier. Sur lui de bons soufflets ferait choir une averse. Ils n'y songent pour eux non plus qu'au schah de Perse ! À leur aise, jarni ! - Bon ! quatre heures ! - Oui-da ! Hardi ! Petit garçon ! Hardi ! le grand-papa ! - Je suis bien sotte, moi, d'en prendre l'épouvante !

Scène 2

Nanon Laforest, Gauthier

Nanon Laforest

Qui vient là ?

poliment

Gauthier

Serviteur !

Nanon Laforest

Et nous votre servante !

À part.

Gauthier

Un très joli morceau !

Nanon Laforest

Quel est ce patelin ?

Gauthier

Est-ce ici la maison de Monsieur Poquelin ?

Nanon Laforest

Oui.

Gauthier

Marchand fripier ?

À part.

Nanon Laforest

Oui ! - J'ai vu cette figure.

Gauthier

Et tapissier du roi ?

Nanon Laforest

Mais ! ! !...

Gauthier

Ai-je quelque enflure ? Un goitre, une jaunisse ou les yeux retournés, Que vous me reluquez, la belle, sous le nez ?

Nanon Laforest

Ha ! ha ! ha !

Gauthier

Qu'est ceci ? Quel mal vous prend, la fille ?

Nanon Laforest

C'est que...

Gauthier

Quoi ?

Nanon Laforest

Vous avez l'air de Gauthier-Garguille, Ce grand sec, qu'on voyait à la foire autrefois, Et qui faisait tant rire en avalant des pois ! Excusez, s'il vous plaît !

Gauthier

Mais voyez cette bête Qui me jette mon nom pour excuse à la tête ! Pardi ! Je suis Gauthier lui-même, entendez-vous, Et malhonnêtement vous riez devant nous. Il s'agit bien, ma foi, d'un histrion de foire ! Vous voyez un grand homme et très chargé de gloire !

Nanon Laforest

Ha ! ha ! ha ! Quelle farce !

Gauthier

Apprenez que le roi D'un peu plus de façons fait des frais avec moi.

Nanon Laforest

Hé ! Hé !

Gauthier

Le cardinal, notre éminentissime Cardinal ! Il me tient en une haute estime ! À l'hôtel de Bourgogne, entendez cela bien, Il m'a fait, l'an dernier, entrer comédien !

Nanon Laforest

Et monsieur Gros-Guillaume, avec sa rouge trogne ?... Et Turlupin ?...

Gauthier

Tous trois à l'hôtel de Bourgogne !

Nanon Laforest

Ha ! Tous trois !... Ah ! Ces bons bateleux !...

Gauthier

Je te dis.

Nanon Laforest

Laissez !... Je crèverai, ma foi, si je ne ris !... C'est malgré moi... Je vois toujours votre grimace, Et vos petits yeux ronds... vos cheveux de filasse Qui vous pendaient partout sur votre habit déteint... Et puis... les coups de pied que monsieur Turlupin...

Gauthier

Qu'elle rit de bon coeur !

Nanon Laforest

Et puis les coups de trique.

Gauthier

Et les claques aussi !

Nanon Laforest

Que c'était donc comique !

Gauthier

Arrête ! Arrête donc ! Ma foi ! Ton mal me prend. Ha ! Ha ! Les bons tréteaux du marché Saint-Laurent ! - C'est égal ; je te prie, empêche-toi de rire, Et m'écoute à présent.

Nanon Laforest

Là ! Vous n'avez qu'à dire ; Je ne veux plus lever le nez de mon chausson.

Gauthier

Ton maître Poquelin n'a-t-il pas un garçon ?...

Nanon Laforest

Tapissier ?

Gauthier

Non ! Son fils, sa propre géniture.

Nanon Laforest

Ah ! Ah ! Jean-Baptiste?

Gauthier

Oui ! C'est là sa signature.

Nanon Laforest

Il vous écrit ?

Gauthier

Hier, j'en reçus ce papier. Le ton en est pressant et l'objet singulier.

Nanon Laforest

Quel objet donc ?

Gauthier

Il veut jouer la comédie !

Nanon Laforest

Jouer la comédie !

Gauthier

Oh ! La chose est hardie ! Mais s'adresser à moi c'est d'un très bon renard, Et je lui veux montrer le plus fin de notre art.

Nanon Laforest

Voilà votre chapeau, Monsieur Gauthier-Garguille.

Gauthier

Pourquoi ?

Nanon Laforest

Pour décamper soudain.

Gauthier

Ho ! Ho ! La fille, Tu me donnes congé ?...

Nanon Laforest

Je vous le donne, net.

Gauthier

Et d'où prends-tu le droit ?...

Nanon Laforest

Le droit ? Sous mon bonnet. Vous nous venez céans apprêter des affaires, Des tracas et des cris-, pardieu, bien nécessaires ! Oh ! ça ! voici la porte et mon balai tout prêt, Et mon nom, qui qu'en grogne, est Nanon Laforét !

Gauthier

Ah ! Tu le prends ainsi ! - Je tiens donc la gageure ; Et, pour comédien, il l'est, je te le jure ! Je lui veux des tréteaux souffler le diable au corps !

Nanon Laforest

Vous le ferez ?

Gauthier

Fort bien !

Nanon Laforest

Quoi, Monsieur ?...

Gauthier

Sans remords !

Nanon Laforest

Oh ! Non ! Si vous saviez, Monsieur Gauthier-Garguille ! Il y va du repos de toute la famille. Mettrez vous de bon coeur notre maison en deuil, Dites ?

Gauthier

Qu'elle est gentille avec sa larme à l'oeil ! On a pour Jean-Baptiste une âme un peu bien tendre. Hein ?

Nanon Laforest

Quoi donc ?

Gauthier

Ces doux yeux le font assez entendre.

Nanon Laforest

Entendre quoi ?

Gauthier

Friponne ! Et ce nez amoureux ! Ah ! Nanon, le gaillard n'est pas trop malheureux ! Il suffit.

Nanon Laforest

Moi ! Pardine ! éclairez vos visières. Mais c'est un amoureux qu'on tiendrait aux lisières : Quinze ans, jouant à la fossette, un vrai gamin, Et de barbe au menton non plus que sur ma main.

Gauthier

Comment, diantre ! Un enfant ?

Nanon Laforest

La gentillesse même ! Tout bonté ! tout esprit ! tout malice, et qu'on aime En dépit que l'on ait.

Gauthier

Je le veux du moins voir. Dis-lui...

Nanon Laforest

L'occasion n'est pas bonne ce soir : Il a fait une fugue.

Gauthier

Eh bien, je vais l'attendre.

Nanon Laforest

Non ! Son père rentrant n'aurait qu'à vous surprendre !

Gauthier

Je reviens donc tantôt, car il m'attire fort.

Nanon Laforest

Et faites-lui tout bas sa morale.

Gauthier

D'accord, Si je prends sur ta joue un baiser pour ma peine.

Nanon Laforest

Un baiser ? C'est tout chaud pour la Saint-Jean prochaine. Oh ! J'aperçois monsieur. Délogez.

Gauthier

Quoi, sans rien ?

Nanon Laforest

Tôt donc ! Becquez-le vite et qu'il vous fasse bien.

Gauthier

Adieu !

Nanon Laforest

Par ma cuisine, afin qu'il ne vous voie !

Il sort à droite.

Gauthier

Prends garde ! Où je viendrai par Où l'on me renvoie.

Scène 3

Nanon Laforest, Poquelin

Ils arrivent, traînant à bras une petite charrette, jusqu'à la porte du fond.

Nanon Laforest

Voici nos gens dont l'air parait un brin penaud.

Poquelin

Mettez là ce fauteuil et le reste là-haut.

Nanon Laforest

Quoi ! Vous rapportez tout, Monsieur ?

Au garçon qui porte le fauteuil.

Poquelin

Tais-toi, criarde ! Allons, double butor !

Nanon Laforest

Hé ! Là ! Prenez-y garde !

Au garçon.

Les garçons disparaissent.

À Nanon.

Poquelin

Morbleu ! Tire d'ici. De quoi te mêles-tu? Peste soit du cagneux, et son air courbatu ! Çà ! Tous en haut ; qu'on se remette à la besogne ! Troupeau de fainéants ! - Mais tais-toi donc, carogne !

Nanon Laforest

Je ne dis mot !

Poquelin

Viens çà. Regarde ! En vérité, L'ouvrage est de mon fils et fort bien fagoté ! Le savetier du coin, je pense, en aurait honte. Bref ! Le Roi m'a laissé le meuble entier pour compte.

Nanon Laforest

Quoi ! Tout ? Chaises, fauteuils ?...

Poquelin

Et les pliants aussi.

Nanon Laforest

Vous n'aviez donc pas vu ?...

Se levant avec redoublement de colère.

Poquelin

Quelque niais ! Que si ! J'avais dès en partant aperçu la bévue ; Mais j'espérais qu'au Louvre on ne l'aurait pas vue : Avec un peu d'adresse on leur en passe tant ! Et déjà justement je bridais l'intendant : C'était fait ! - Tout à coup dans cette galerie Passe le Cardinal, qui, sur ma friperie Ajustant, le madré, tout droit son nez pointu : « Hé ! hé ! » - fait-il, d'un ton que je l'eusse battu, « Le tapissier du roi s'est trompé, sur mon âme, Et voici des fauteuils qu'il a faits pour sa femme ! » Et c'est ce Jean-Baptiste !... Où diable est-il ?...

Nanon Laforest

Il faut... Qu'il ait été chercher... Dame !... Un outil, là-haut.

Poquelin

Dans le moment, coquin ! que j'étais en instance Pour t'obtenir du Roi ma charge en survivance !... Brigand ! Trois mille écus, dont, selon mon contrat... Monsieur Jourdain !...

Nanon Laforest

Le fils du feu marchand de drap ?

Poquelin

Juste ; pour même somme il a ma signature !

Nanon Laforest

Quoi ! Ce vieux reliquat d'ancienne fourniture ?

À lui-même.

Monsieur Jourdain parait avec ses quatre laquais.

Poquelin

Tais-toi ! - Comment payer ?

Nanon Laforest

Monsieur !...

Poquelin

Petit Satan !

Nanon Laforest

Monsieur Jourdain !

Poquelin

Va-t'en !

Nanon Laforest

Quatre laquais !

Elle sort.

Poquelin

Va-t'en !

Scène 4

Monsieur Jourdain, Poquelin

Monsieur Jourdain

Hé ! Monsieur le fripier, foin de votre ruelle ! Mais sans la fange au moins, qu'on y voit qui ruisselle, Et qui m'eût des panneaux le dehors tout crotté, J'étais jusque chez vous dans ma chaise apporté !

Poquelin

Monsieur, j'en suis confus.

À ses laquais.

Monsieur Jourdain

Bien ! - Vous, près de la porte. Là ! - Debout ! - Tous les quatre, attendant que je sorte.

Poquelin

Peste du fou fieffé, dont la fièvre me bout !

Monsieur Jourdain

On la peut voir d'ici qui m'attend tout au bout.

Poquelin

Fort bien !

Monsieur Jourdain

Çà ! Si je viens vous en savez la cause : Voici votre billet.

Poquelin

Oui ! - Ce n'est pas grand'chose.

Monsieur Jourdain

Pardonnez-moi : ce sont trois mille bons écus, Dus par vous à mon père et de longtemps échus. C'était quelque fermage ou d'emprunt; je l'oublie.

Monsieur Jourdain piqué te couvre.

Poquelin

C'est pour du drap vendu. - Mettez, je vous supplie.

Monsieur Jourdain

Du drap ?

Poquelin

Et du velours à grand's bandes rayé. Il en vendait.

Monsieur Jourdain

Possible ! - On ne l'a point payé Toujours, et j'ai pour ce jour-ci votre parole.

Poquelin

Hélas !... Il est vrai !... Mais...

Monsieur Jourdain

Quoi ?

Poquelin

Pas une pistole ! Les affaires, Monsieur, ne vont pas à mon gré.

Monsieur Jourdain

Ah ! Ah !

Poquelin

Et je me vois, dont j'ai le coeur navré, Par le coup tout récent d'une perte importante, Obligé de tromper encore votre attente.

Monsieur Jourdain

Ma foi ! J'en suis marri, mon cher monsieur.

Poquelin

Eh quoi ! Pour cet argent ?...

Monsieur Jourdain

J'en ai besoin. Oui ! - Non pas moi ; Mais c'est pour un marquis qui me fait cette grâce De me les emprunter. Voulez-vous qu'il s'en passe?

Poquelin

Monsieur, je suis à bout !

Monsieur Jourdain

Un Marquis de la Cour !

Poquelin

Ma maison est bien lourde, et les enfants...

Monsieur Jourdain

Bonjour ! Un marquis ! N'est-ce rien qu'un marquis, je vous prie ?

Poquelin

Mais vous avez d'argent la cassette remplie.

Monsieur Jourdain

Point, point ; je n'en ai plus.

Poquelin

Qui ? vous ? En vérité ? Un gentilhomme !

Monsieur Jourdain

Eh oui ! Les gens de qualité, Justement, sont les plus gênés dans leurs affaires Far les choses qu'ils font outre les nécessaires.

Poquelin

Mais moi, je ne demande ici qu'un peu de temps.

Monsieur Jourdain

Mais...

Poquelin

C'est pour ma famille.

Monsieur Jourdain

Eh oui ! Je vous entends ! Là ! Vous me remuez avec cette prière, Et je vous donne une heure.

Poquelin

Une heure !

À ses laquais.

Monsieur Jourdain et ses laquais sortent par le fond.

Monsieur Jourdain

Tout entière ! Mais si vous me manquez, morbleu ! Plus de crédit : J'aurai là mon huissier, Monsieur Loyal. - J'ai dit. - Au revoir ! Vous, venez, et montrez par la ville Que vous êtes à moi , me suivant à la file !

Scène 5

Poquelin, Nanon Laforest

Poquelin

Maugrebleu du gredin que la peste étranglât ! Et son Marquis avec, et sa chaise, et son drap ! Mais où donc est mon fils ! - Ah ! fripon, j'imagine...

Nanon Laforest

Monsieur, si vous veniez...

Poquelin

Me diras-tu, coquine, Où mon fils a passé ?

Nanon Laforest

Monsieur...

Poquelin

Dis.

Nanon Laforest

Je ne sais.

Poquelin

Tu mens.

Nanon Laforest

Je...

Poquelin

Parle franc : ou sans autre procès Je t'applique...

Nanon Laforest

Et quoi donc ?

Poquelin

Bon ! Tu fais la hardie ! Mais je sais où le prendre, et , vers la Comédie De ce pas...

Nanon Laforest

Oh ! Monsieur !...

Poquelin

Ah ! Te voilà donc mat !

Nanon Laforest

Hélas ! Ce n'est pas lui.

Poquelin

Parbleu ! Non, c'est le chat.

Nanon Laforest

C'est son grand-père aussi qui le met en frairie, Et vous devez sur lui porter cette furie.

Poquelin

Encor ! Quoi ! Ce vieux fou me perdra mon enfant ! Mais lui, devait-il faire aussi ce qu'on défend ? Et mon meuble, Nanon, est-ce encor son grand-père ? Morbleu ! Que je lui vais payer à ma manière...

Nanon Laforest

Monsieur ?

Poquelin

Quoi ?

Nanon Laforest

Gardez-vous céans ce bel habit ?

Il sort à gauche.

Poquelin

Non, je vais en changer, et j'attends mon bandit.

Nanon Laforest

Mordienne ! Il était temps ! Car de notre fenêtre, Tout à l'heure, au tournant, je les ai vus paraître !

Scène 6

Le Père Cressé, Molière, Nanon Laforest

Jean-Baptiste et le père Cressê s'arrêtent timidement à la porte, et le vieillard se cache derrière l'enfant.

Le Père Cressé

Hum ! hum !

à demi-voix

Molière

Nanon !

Nanon Laforest

Gageons qu'ils marchandent tous deux À qui n'entrera pas.

Le Père Cressé

Hum ! hum !

Nanon Laforest

Le bon tousseux !

Molière

Eh ! Nanon !

Nanon Laforest

Qui va là ?

Molière

C'est nous !

Le Père Cressé

C'est nous !

Molière

Le père Est-il rentré ?

Nanon Laforest

Venez.

Le Père Cressé

Ouf ! J'ai couru, j'espère !

Nanon Laforest

Ma foi ! Je vous admire, et notre horloge aussi !

Le Père Cressé

Mais il n'est pas trop tard !

Molière

Mon père est donc ici ?

Nanon Laforest

Dame !

Le Père Cressé

Il est tard ! Bonsoir !

Nanon Laforest

Oui, vous flairez l'orage.

Le Père Cressé

Moi ! Ma foi, je m'en moque !

Nanon Laforest

On sait votre courage !

Le Père Cressé

Et puis... je ne crains rien du tout.

Nanon Laforest

On verra bien !

Molière

Tu nous as donc trahis, Nanon ?

Nanon Laforest

Je n'ai dit rien. Mais voulez-vous savoir quel diable le possède, Qui, pour tout deviner, lui vient toujours en aide ? C'est qu'à tous coups, sachant votre démangeaison, Il vous tient au théâtre, absents de la maison.

Molière

Le théâtre ! Ah ! Nanon, la belle comédie !

Le Père Cressé

Ah ! nous avons bien ri !

Nanon Laforest

Chienne de maladie !

Molière

Non ! Tu n'en peux sentir comme moi le transport ! Pour m'en désenivrer j'ai beau me faire effort; Je vois, j'entends toujours; et, dans cette boutique, Je fais la comédie avec chaque pratique ! Ma vie est toute là, je pense, et mon bonheur !

Le Père Cressé

Bravo ! Petit garçon !

Nanon Laforest

Eh ! vilain suborneur, Vous devriez pleurer, le voyant si malade.

Le Père Cressé

Malade ?

Nanon Laforest

Oui ; c'est l'effet de votre régalade.

Le Père Cressé

C'était pour l'égayer.

Molière

Ne gronde pas, Nanon ; Tu lui fais du chagrin, et grand-père est si bon ! Sais-tu qu'il m'a promis que j'irais au collège ! J'étudierai !

Nanon Laforest

Toi ?

Molière

Moi-même !

Nanon Laforest

Dieu nous protège ! Et ton état?

Il prend ses outils sur l'établi et les jette à terre.

Molière

Ma foi, parlons-en ! Il est beau ! Oh ! L'aiguille, le crin et l'odieux marteau !

Nanon Laforest

Ciel !

Molière

Non ! J'y crèverais, vois-tu, de maLe rage.

Nanon Laforest

Hé ?...

Le Père Cressé

Oui ! C'est son idée !

À Cressé.

Nanon Laforest

Hé là ! Le bel ouvrage ! Et son père ?...

Le Père Cressé

Tant pis !

Nanon Laforest

Vous ! Mais les deux genoux Vous fondraient sous le corps au seul bruit de sa toux.

Poquelin paraît : la parole expire sur les lèvres du père Cressé.

Le Père Cressé

Moi ? Pour qui me prends-tu ? Penses-tu que je tremble ? Mon gendre c'est mon gendre ; et tout le monde ensemble, Et Poquelin, ici, montant ses grands chevaux.... Morbleu ! l'on ne sait pas non plus ce que je vaux ! Et je...

Scène 7

Poquelin, Molière, Le Père Cressé, Nanon Laforest

Poquelin

Vous voilà donc, coureur de mascarades ? Hein ? On n'a donc pas mis d'horloge à vos parades ? Vous comptiez m'en donner encor; mais cette fois, Tarare ! Votre fil est trop court de deux doigts !

Molière

Mon père !...

Poquelin

Venez ça.

Le Père Cressé

Mon gendre...

Poquelin

Mon beau-père, Vous mettez votre nez où vous n'avez que faire.

Le Père Cressé

Je...

Montrant le fauteuil.

Poquelin

Du diable avec vous il hante la maison, Et vous le menez boire à même le poison. - Voyez les beaux profits aussi qu'il en retire ! Il est devenu bête , oui ! plus qu'on ne peut dire, Gauche, aussi mal s'aidant de ses mains qu'un manchot, Et voici le chef-d'oeuvre enfin de ce magot !

Le Père Cressé

Franchement, le fauteuil est l'ouvrage d'un âne, Et cette pièce-là tout à fait le condamne.

Nanon Laforest

Mais ce n'est qu'un fauteuil, que ne le refait-on ?

Le Père Cressé

Et de l'étoffe, bête ! En as-tu le coupon ? Elle était de commande et pour le meuble faite.

Nanon Laforest

Bast ! Par quelque benêt nous en aurons défaite. Pour s'asseoir il n'est pas, je pense, que le roi, Et les autres chrétiens siègent tretous, ma foi !

À son fils.

Poquelin

Fadaise ! En attendant, moi, je n'ai sou ni maille Pour contenter ce soir quelqu'un qui me travaille. Et sans toi, garnement...

Nanon Laforest

C'est pour monsieur Jourdain ?

À son fils.

Poquelin

Oui, lui-même. Tais-toi ! Je devrais d'un gourdin...

Nanon Laforest

Donnez-lui du marquis.

Poquelin

À tous coups tu m'arrêtes !

Nanon Laforest

C'est de l'or !

Poquelin

Sais-tu bien, toi, ce que tu t'apprêtes ?

Nanon Laforest

Quoi ?

Poquelin

Des coups de bâton pour m'empêcher toujours De faire à ce coquin entendre mon discours.

Poquelin prend un bâton et la poursuit.

Nanon Laforest

Vous grondez de travers.

Molière

Mon père !

Le Père Cressé

Hé ! là !

Poquelin

Pendarde !

Nanon Laforest

Certes ! Et trop chaude au nez vous monte la moutarde !

Poquelin

Laissez-moi !

Nanon Laforest

Voulez-vous le fin mot ? Votre fils, Soit qu'on le prêche ou non, ne fera que gâchis. Il n'est point du tout né pour vous trousser des sièges, Et veut étudier, jarni ! dans les collèges.

Poquelin

C'est pour rire ?

Nanon Laforest

En voici des témoins assignés Qu'il a, nous le jurant, à beaux pieds trépignes.

Poquelin

Est-il vrai, Jean-Baptiste ?

À Poquelin, prenant un grand parti.

Nanon Laforest

Eh ! Confesse la chose. Être comédien ! - Voilà tout !

Le Père Cressé

Bellerose Est un grand homme, au moins ! Et s'il monte au?si haut...

Molière

Je le vaudrai, grand-père, et plus encor, s'il faut.

Il prend son fils par la main.

Poquelin

Mon fils court à l'abîme, ô ciel ! Et tout le monde Le pousse par l'épaule à sa chute profonde ! Écoute, mon enfant, à quinze ans, oses-tu - Te risquer pour la vie hors du sentier battu? Tu cherches un pays où la gloire t'attire : Sais-tu bien ce qu'il est? Moi, je n'en peux rien dire, Mais des honnêtes gens enfin s'il est hanté, Ils n'y jettent de loin qu'un regard de côté, Et certes on n'en voit guère, avec ta hardiesse, Y planter leur racine, en bouton de jeunesse.

Molière

Non, peut-être, et j'entends, mon père, votre avis; Mais, qui veut être honnête, il l'est en tout pays.

Molière va silencieusement ramasser son marteau et lève des yeux mouillés de larmes sur son père qui lui tend les bras.

Poquelin

Il est vrai. Cependant c'est faire en homme sage D'attendre que l'honneur s'affermisse avec l'âge; Et déjà, n'est-ce pas un excès trop hardi Qu'un enfant, tout nouveau de ses langes sorti, Maudissant le métier qui fait vivre son père, Outrage ainsi l'outil laborieux à terre? Tu nous méprises donc, et ce qui te sourit, Ce sont les songes creux et les choses d'esprit ! Mais, est-ce de quoi vivre? Eu savants on fourmille Et tu vas avec toi ruiner la famille. - Regarde : je suis pauvre et déjà je blanchis ; Tes frères et tes soeurs sont encor bien petits , Ma main à les nourrir va tomber de vieillesse, Et que deviendrons-nous si mon fils nous délaisse-?

Molière

Pardon !

Poquelin

Dieu soit béni ! Viens, viens donc dans mes bras !

Le Père Cressé

Oh ! Oh ! Bon petit coeur ! Nanon, ne vois-tu pas?

Montrant le fauteuil.

Molière

Non. Vous n'en aurez pas, mon père, le déboire. Je veux dans mon état chercher toute ma gloire; Et d'abord à ceci je me vais installer : Vous verrez !

Poquelin

Bien, mon fils !

Le Père Cressé

Oui ! Voilà bien parler !

Poquelin sort par la gauche.

Poquelin

Je vais un peu là-haut penser pour cette dette. Je n'aurai plus après qu'un soin qui m'inquiète : C'est ma charge. Le roi nous la peut bien ôter !

Le père Cressé saisit son chapeau et sort brusquement par la rue.

Le Père Cressé

Morbleu ! C'est une chance au moins qu'on peut tenter.

Scène 8

Molière, Nanon Laforest

Molière commence à travailler ; puis, levant la tête, aperçoit Nanon debout et immobile devant lui.

Molière

Te voilà bien plantée ici, ma bonne fille ?

Nanon Laforest

Non : c'est que je suis bête, et le désir me grille... Que j'en ai là tout gros au coeur !...

Molière

Dis-nous de quoi.

Nanon Laforest

Eh ! C'est de t'embrasser !

Molière

Eh bien ! Embrasse moi !

Nanon Laforest

Dame ! Ton action part d'un gentil courage, Et tu vaux qu'on t'admire ainsi brave à l'ouvrage. Quel effort d'un seul coup !

Molière

Ma foi ! ton compliment , Ma pauvre Laforest , se trompe étrangement , Et mon coeur sentirait une peine plus dure À vous abandonner qu'à rompre ma nature. Mon père avait raison : un bon état vaut mieux Que toutes ces chansons, ces farces et ces jeux.

Nanon Laforest

Jarni ! Tu parles d'or ! J'en pensais tout de même, Et si je te faisais chorus, c'est que je t'aime.

Il se met en pose.

Molière

Je t'aime bien aussi, va ! - Mais j'ai réfléchi , Et de mes visions je me suis affranchi Sans peine, sans courage et sans que je m'admire. Qu'est-ce que ces pantins? Des figures de cire Aux chandelles brillant; mais, quand le jour a lui , On voit tout leur éclat se fondre devant lui. - Tiens ! j'ai bien ri tantôt; mais, quand je me rappelle, Le jeu n'en valait pas, comme on dit , la chandelle. - C'est une vieille farce : un certain Patelin , Avocat, sans souliers, mais d'esprit très-malin. Le voilà tout grincheux, maigre, râpé, sans linge, La mine enfarinée et de longs bras de singe ! - Il songe d'un habit - et , la peste ! il fait bien, Car on a froid aux yeux à voir bâiller le sien. Mais de s'en procurer devine un peu l'adresse...

Nanon Laforest

Dame !

Molière

Il se met en frais...

Nanon Laforest

De quoi ?

Molière

De politesse ; Et chez monsieur Guillaume, un gros marchand de drap, S'en va , menu trottant et serré comme un rat. Puis, là, force saluts, courbettes, simagrées, Force : - Monsieur Guillaume ! - et paroles sucrées. - J'ai connu votre père. Ah ! l'honnête marchand ! Et vous lui ressemblez ! - Il n'était pas méchant ! Il eût bien à crédit drapé tout le royaume ! Mais quelle ressemblance ! - Et là, prenant Guillaume. Il l'étreint et le serre à crac entre ses bras, Et l'autre se confond de honte et d'embarras.

Nanon Laforest

Et l'habit ?

Molière

Oh ! L'habit, il en guigne les pièces. Et d'un beau drap marron , parmi ses gentillesses, Entrelarde à tous coups des propos plus hardis ; Si bien qu'à son baiser tous les mots en sont dits. Sa dupe a le bec plein : - « N'eussiez-vous croix ni pile, « Prenez-en ! Prenez donc ; prenez toute la pile ! » Il en prend et repaît , pour demain , son marchand D'une oie... à s'en lécher les doigts, avec l'argent.

Nanon Laforest

Tredame ! Il la tient bonne ! On la paiera bien !

Molière

Voire ! En cris d'agonisant, transports de fièvre noire, Et cent jargons mêlés. - Patelin au grabat Rêve d'apothicaire à chaque mot du drap.

Nanon Laforest

Bonne buse !

Molière

Et la suite ! Et le berger qui paie L'avocat à son tour d'un éternel : Bé, bée !

Nanon Laforest

Quel bée ?

Molière

Et tout le reste ! On pâmait ! Les acteurs Triomphaient par les cris de mille spectateurs ! Et l'auteur, je ne sais son nom , mais dans les rues, On lui devrait, je pense, élever des statues !

Nanon Laforest

Voilà mon fou parti ! - Mais tu ne fais plus rien !

Revenant à Nanon qui s'en allait.

Molière

Pardi ! Je l'oubliais !... Quel bon comédien Que l'avocat !...

Nanon Laforest

Or sus ! Laisses-tu ton ouvrage ?

Il la pousse à la porte. Nanon sort en riant.

Molière

Va-t'en : je perds mon temps avec ton bavardage.

Scène 9

Molière

À son fauteuil.

Il change d'outils.

S'adressant à un clou qui résiste.

Dansant et chantant le menuet.

Il court au comptoir du fond et en tire ses manuscrits.

Avec une emphase comique.

Il trempe sa plume dans l'encrier, réfléchit, écrit, rature et tombe insensiblement dans une méditation profonde. - Statue de la Fontaine-Molière.

Molière

Ma foi ! J'en ris moi-même : il a l'air d'un bossu ! J'ai bourré tout cela sans m'en être aperçu. Arrachons tous les clous... Les oreilles me cornent Des applaudissements !... Oh ! Mes pinces t'écornent ! Attends, pauvre bossu. - Que de joie et quel bien Ils semblaient faire au coeur du bon comédien ! On voyait dans ses yeux flamber un air de gloire ! - Est-il dur, celui-là ! maudit clou ! - J'ai mémoire, Lorsque je t'enfonçai, toi, d'un coup de travers, Que tu me fis trouver une rime à mon vers. Mais nous n'en ferons plus ! Bonsoir à notre pièce ! Allons, viens ! - L'entêté veut emporter la pièce ! - C'est dommage ! Il était plaisant, mon gros Jourdain, Dans la scène au menuet, sautant d'un air badin. Là ! là ! là ! là ! là ! là ! Haut la tête ! En cadence ! Là ! là ! - Pauvre bonhomme, il peut se mettre en danse : Son portrait reste en route ! - Enfin ! diable de clou ! - Mais les vers allaient mal : mieux vaut à ce bon fou La prose toute ronde !... À propos de Parnasse, Il faut de mes papiers que je me débarrasse. Voilà tout, cornet, plume, et grimoire ! Sortez, Vers, prose, tout ensemble ! - 0 chefs-d'oeuvre avortés ! Sortez du vieux comptoir qui vous cachait dans l'angle, Il faut périr ! C'est un grand homme qu'on étrangle ! Il tombe assis dans son fauteuil, jouant l'accablement du désespoir. - Puis il commence à feuilleter ses papiers. Voici l'acte premier !... J'aurais fini d'un trait, Avant toute action, le principal portrait. Il y manque !... J'y songe, avant qu'il ne périsse, Je l'achèverais bien !... C'est un petit caprice !...

Scène 10

Nanon Laforest, Molière

Nanon Laforest

Je n'entends plus son bruit ! - Ardez ! En vérité, Le beau songeux de vers, comme il est bien posté ! - Fais-tu des Patelin? Il faudra ta statue : Reste coi : par ma fi ! Car la voilà fondue !

Molière

Hein ?...

Nanon Laforest

Entends-tu ?

Molière

Oui.

Nanon Laforest

Non.

Molière

Parbleu ! Je l'ai trouvé ! Tu seras sa servante et l'homme est achevé !

Nanon Laforest

Il est fou, je vous dis, à lier !

Molière

Je t'écoute.

Nanon Laforest

Je ne t'avais pas dit, l'ayant perdue en route, Une nouvelle.

Molière

Quoi ?

Nanon Laforest

Quelqu'un vint pour te voir.

Molière

Quelqu'un ?...

Nanon Laforest

Oui, sur ta lettre est accouru ce soir.

Molière

Qui donc ?

Nanon Laforest

Pardi ! Gauthier-Garguille !

Il se lève brusquement et renverse son encrier sur le fauteuil.

Molière

Est-il possible ?... Ciel !

Nanon Laforest

Qu'est-ce donc ?

Molière

Regarde !

Nanon Laforest

Oh ! La tache est horrible.

Molière

Nanon, tout est perdu !

Nanon Laforest

Que faire ?

Molière

Adieu ! je pars, Je fuis mon père et n'ose affronter ses regards.

Nanon Laforest

Où vas-tu?

Molière

Je ne sais... Avec Gauthier-Garguille... Hors d'ici !... Loin d'ici !... Laisse-moi !

Nanon Laforest

Ta famille...

Il jette ses papiers et s'enfuit par le fond.

Molière

Adieu, Nanon ! Adieu pour toujours !...

Scène 11

Nanon Laforest, Poquelin

Elle se range devant le fauteuil.

Nanon Laforest

Oh !

Apercevant la tache.

Poquelin

Quels cris ! Que caches-tu là ? - Ciel !

Nanon Laforest

C'est moi !

Considérant la tache du fauteuil.

Ramassant une feuille à terre.

Poquelin

Non ; c'est mon fils ! Le voilà bien perdu : cette fois, c'est la bonne, Et nous n'espérons plus de le vendre à personne ! Oh ! le funeste enfant ! - Et quels sont ces papiers? Des vers ! ce sont des vers ! Il fait des vers entiers ! Le malheureux ! Sa mère était pourtant chrétienne ! Il me fera mourir ! - Nanon, dis-lui qu'il vienne.

Nanon Laforest

Ah ! Monsieur...

Poquelin

Quoi ?

Nanon Laforest

Monsieur !...

Poquelin

Hein ?

Nanon Laforest

Le pauvre petit, Il s'est enfui de peur !

Poquelin

Enfui? m'as-tu bien dit? Parti de chez son père, en coureur d'aventure?

Nanon Laforest

Je le rattraperai, Monsieur, je vous le jure.

Poquelin

Non ! Non ! Qu'il aille au gré du sort.

Vers la fin de cette scène on a vu paraître au fond Gauthier-Garguille attirant de force Molière, qui s'échappe à gauche. - Gauthier entre et se trouve nez à nez avec Nanon.

Nanon Laforest

Oh ! Que non pas ! Je me doute où le prendre, et j'y cours de ce pas.

Scène 12

Nanon Laforest, Gauthier, Poquelin

Nanon Laforest

Monsieur, voici votre homme !

Gauthier

Au chef de la famille...

Poquelin

Monsieur ?...

Reprenant son exorde.

Gauthier

Pour vous servir, monsieur Gauthier-Garguille. Au chef de la maison nous...

Poquelin

Un comédien Chez moi !

Nanon Laforest

C'est un brave homme.

À Poquelin.

Gauthier

Oh ! Oui ! Ne craignez rien : C'est un ambassadeur, et pourvu qu'il obtienne La grâce d'un enfant soumis qu'il vous ramène...

Poquelin

Vous ?

Pendant le couplet suivant, Nanon va chercher Molière dans la rue. Elle l'amène presque de force et sur la pointe du pied. Molière se cache sous le comptoir.

Gauthier

Je l'ai rencontré comme il courait chez moi.

À Nanon.

Poquelin

Dites-lui qu'il y reste et qu'il suive sa loi. Je n'espère plus rien d'une âme si mal faite Que chagrin, que misère et ruine complète. Gardez-le, s'il vous plaît le garder, je vous dis, Et qu'il soit histrion ; moi, je n'ai plus de fils ! Si monsieur Jourdain vient, fais, Nanon, qu'il s'arrête; Je vais chez des amis tâcher que l'on me prête.

Scène 13

Gauthier, Nanon Laforest, Molière

À Molière qui sort du comptoir.

Gauthier

Oh, ce bonhomme-là n'est pas du velours, non; Et, museau pour museau, j'aime autant sa Nation. Or çà, petit fripon , à ce que je puis croire , C'est donc un trait, morbleu, de malice bien noire

Nanon Laforest

Voyez, le beau sujet de malédiction !

Gauthier

Ah ! j'entends ! - Et voilà la grande passion, Qui pour la comédie a notre âme enflammée ! C'est la peur du fouet qui fait cette fumée ?

Nanon Laforest

Bon ! Toussez !

Molière

Moquez-vous. Mais moi, je le sens bien , Je serai, malgré tout, comédien ou rien.

Nanon Laforest

Allez !

Gauthier

Ah ! Ah !

Nanon Laforest

Marchez !

Gauthier

Tu nous vois sur la scène ; Mais..

Nanon Laforest

Poussez donc.

Gauthier

Ma foi ! Quelque chose me gêne.

Nanon Laforest

Quoi donc ?

Gauthier

Ton Poquelin ne me plaît pas du tout. Guette un peu son retour.

Nanon Laforest

Vous, ferme ! Et de l'atout !

À part.

Nanon sort par le fond et va faire sentinelle dans la rue.

Gauthier

Sois tranquille. - Mieux vaut ne pas tant, devant elle, Déformer ce qu'en nous pourrait aimer la belle.

Scène 14

Gauthier, Molière

Gauthier

Comédien, dis-tu ! - Rends-toi galérien, Gueusard, goutteux, martyr, mais pas comédien ! Les pauvres baladins qu'on voit à la chandelle, Sais-tu bien les sueurs dont leur tête ruisselle ? Connais-tu leur supplice ? - On est triste, chagrin, Malade, point d'affaire, il faut ronger son frein; Il faut rire, chanter et faire pirouette. Le public est toujours d'une santé parfaite. Quand l'homme est à la cave, on l'appelle au grenier; Il s'échine : on le siffle. - Et voilà le métier !

Molière

Oui ! Mais on l'applaudit.

Gauthier

Oh ! oh !

Molière

Çà ! je vous prie ; Qu'on me cite un état sans dégoût dans la vie. J'en vois ici venir de toutes les façons : Gentilshommes, vilains, mariés et garçons; Tout le monde se plaint, pleure, geint, se lamente; Mais moi, qu'on m'applaudisse et mon âme est contente. Triste ? Eh bien, je rirai ! - Malade, moribond? Jusqu'au bout, devant eux, je me tiendrai d'aplomb, Je le jure ! Oh ! j'aurai moins d'angoisse à contraindre, Comédien mourant, que fripier, sans me plaindre !

À Molière.

Gauthier

Hum ! Il a de bons mots ! - Il a bien de l'esprit ! Oui ! mais un histrion, tu sais qu'on le maudit, Le monde s'en écarte et chacun le méprise.

Molière

C'est qu'à ramper trop bas lui-même y donne prise. Pour moi, je ne sais rien, mais je vois dans mon coeur Un théâtre sans honte, implacable et moqueur, Qui, du monde et du ciel cherchant le vrai service, D'un mortel ridicule assassine le vice ; Et le comédien, sur ses planches monté, N'enseignant que bon sens, justice et vérité, Au ciel qui le pardonne, au monde qui l'admire, Serait un fils de plus, qu'on aime et qui fait rire.

Gauthier

Têtebleu ! Que dit-il ? - Tu renverses tout l'art ! Il n'est grimace, enfant, ni perruque ni fard Qui se hausse à de tels emplois, et les poètes N'ont pas des rôles faits pour ces grandes conquêtes.

Molière

Eh bien, nous en ferons, nous autres baladins !

Gauthier

Ah ! Ah ! Qu'il est plaisant, le petit ! - Des gredins, Des ânes comme nous grimper sur le Parnasse, Et jouer de la plume en bonnet de filasse !

Molière

Oh ! Mais j'étudierai ! J'ai bon-papa Cressé Qui me l'a bien promis. Tout mon plan est dressé : J'apprendrai le beau style et meublerai ma tête. Pardi ! Ce n'est qu'un homme, après tout, un poète !

Gauthier

La peste ! Quel bambin !

Molière

On m'a dit qu'un ancien Auteur, Plaute, en son temps était comédien. Si j'étais comme lui ?

Gauthier

Voyez-vous cette audace, Qui de Plautus, chez nous, rêve déjà la place ! J'en suis tout ébaubi ! - Prends-la, petit vaurien !

Molière

Mais le plus dur, c'est d'être un bon comédien.

Gauthier

Ma foi, voire ! Le pire est de trouver la pièce.

Molière

J'en ai fait... j'en essaie une !

Gauthier

Ah ! de quelle espèce? Morbleu ! Nous en rirons, mais pas comme il faudrait !

Molière

Oui ! Faire rire est un difficile secret.

Gauthier

Très difficile ! - Il faut cette longue habitude...

Molière

Il faut des gens qu'on voit faire une bonne étude , Copier sur nature et peindre des portraits. On regorge de gens ridiculement faits ! Voilà, monsieur Jourdain... un bourgeois-gentilhomme.

Gauthier

Tout Paris le connaît et rit dès qu'on le nomme.

Molière

Tant mieux ! - Je l'avais mis en scène.

Gauthier

Bon sujet !

Molière

Hélas ! J'ai tout perdu ! Mais je tiens mon projet : Je le rattraperai, lui, sa ronde commère, Ses maîtres, sa servante et sa folle chimère. Il vient souvent : j'écris les choses qu'il nous dit, Et mon sac d'un bon trait chaque fois s'arrondit. Vous verrez !

Gauthier

Je ne sais si c'est moi qui suis bête, Mais je ne trouve rien à dire dans ma tête.

Scène 15

Nanon Laforest, Gauthier, Molière

Nanon Laforest

Hélas ! Voici là-bas venir monsieur Jourdain, Suivi de son huissier qui saisira soudain ! Que faire ?

Gauthier

Quoi ! C'est lui !...

Elle remonte au fond.

Nanon Laforest

C'est une grosse somme, Trois mille écus !...

Il lui fait endosser un bel habit pendu dans la boutique, et se retire avec lui dans un coin.

Molière

Gauthier, le bourgeois-gentilhomme, Si vous voulez m'aider, va demander crédit. Venez , que je m'explique, et mettez cet habit.

Scène 16

Monsieur Jourdain, Nanon Laforest, Loyal, Molière, Gauthier

Monsieur Jourdain

Ah ! Voilà de quoi rire, et l'insolence est grande ! Que j'attende, corbleu ! Pense-t-on que j'attende ? J'instrumente à l'instant, si l'argent n'est compté. On ne se moque pas des gens de qualité.

Nanon Laforest

Ah ! Diantre !

Monsieur Jourdain

Oh çà, monsieur Loyal.

À Monsieur Jourdain.

Écrivant.

Loyal

D'un coeur paisible ! « Ce quinzième janvier, trente-sept...

Molière

Impossible !

Gauthier

Vous céderez.

Molière

Non pas.

Loyal

« Nous, Loyal...

Gauthier

Je vous dis Qu'il le faut !

Monsieur Jourdain

Quel débat !

Molière

Non, Monsieur le Marquis.

Loyal

On me trouble.

Monsieur Jourdain

Un marquis !

Loyal

« Nous...

Loyal continue à lire tout bas ce qu'il écrit.

Monsieur Jourdain

Taisez-vous, bélître. C'est un marquis ! Lisez tout bas votre chapitre.

Gauthier

J'aurai ce meuble.

Molière

Oh ! non !

Gauthier

C'est un point résolu : Je ne sors point d'ici que nous n'ayons conclu.

À Monsieur Jourdain.

Nanon Laforest

Ah ! J'y suis ! Pour la cour on a fait ces beaux sièges, Et ce marquis les veut.

Monsieur Jourdain

Plus bas !

Gauthier

Que de manèges ! Il me les faut. Je veux qu'on dise, entrant chez moi : Marquis de Gargouillé, c'est un meuble de roi ! - Juste : il était pour lui , répondrai-je, comtesse ; Mais au roi j'ai, parbleu, brûlé la politesse !

Nanon Laforest

Il n'est pas dégoûté !

Monsieur Jourdain

Je le crois. Quel honneur ! L'emporter sur le roi !

Nanon Laforest

C'est un fort grand seigneur.

Gauthier

Voyons ! Nous disons donc : six fauteuils, douze chaises... J'offre deux mille écus !...

Nanon Laforest

Le ladre ! Il prend ses aises. Cela vaut plus du double.

Monsieur Jourdain

En effet.

Gauthier

Est-ce dit ?

Molière

Non !

Gauthier

Trois mille !

Monsieur Jourdain

Et moi, quatre ! - Une heure de crédit.

Molière

L'y voilà ! Poussez-le.

Gauthier

Je voudrais bien connaître Qui vient sur ma brisée.

Nanon Laforest

Il en est bien le maître. Monsieur Jourdain, Monsieur, est un homme important; Et de biens au soleil il en a son content.

Gauthier

Monsieur !

Monsieur Jourdain

Marquis ! Monsieur le Marquis !

Nanon Laforest

Feu son père Fut un fort gros marchand de drap.

Monsieur Jourdain

Veux-tu te taire ?

Loyal

« Pour vingt aunes de drap et... »

À Gauthier.

Monsieur Jourdain

Taisez-vous aussi. Gentilhomme ! Il l'était comme moi, Dieu merci ! Et point du tout marchand, c'est une calomnie.

Molière

Ignorante ! Il avait un singulier génie Pour se connaître en drap, et, sans être marchand, Il en donnait à ses amis pour de l'argent.

Monsieur Jourdain

Voilà tout ! Oui, monsieur : c'est la vérité pure.

À Nanon.

Gauthier

Corbleu ! de ces vilains la grossière nature ! Sotte ! Monsieur Jourdain, en toussant seulement, Montre assez qu'il est né.

Bas, à Nanon.

Nanon sanglote dans son tablier.

Molière

Peste ! Pleure un moment.

Gauthier

Avec cet air de cour on n'est point du commerce.

À part.

Monsieur Jourdain

Monsieur ! Quel honnête homme !

Loyal

À la partie adverse, Il faut signifier, Monsieur...

Monsieur Jourdain

Dans un moment.

Gauthier

Revenons au marché, s'il vous plaît.

Monsieur Jourdain

Justement. C'est quatre mille écus que j'ai dit et répète.

Gauthier

Cinq mille, pour finir.

Monsieur Jourdain

Six !

Il montre la tache.

Molière

L'offre est fort honnête. Mais le meuble est taché, messieurs.

Monsieur Jourdain

En vérité ?

Nanon Laforest

Le roi l'a de sa main lui-même ainsi gâté.

Monsieur Jourdain

Le roi !

Molière

Pour le refaire à nous on le renvoie.

Monsieur Jourdain

Le Roi ! C'est un pâté du roi !

Gauthier

Pas tant de joie ! J'y tiens, Monsieur Jourdain.

Monsieur Jourdain

Ah ! Monsieur le Marquis , Laissez-moi cette gloire, il n'importe à quel prix.

Gauthier

Non !

Monsieur Jourdain

J'en mourrais, Monsieur !...

Gauthier

Ah ! ce mot me renverse. Je suis battu !

Loyal

Monsieur, à la partie adverse Il faut signifier.. .

Monsieur Jourdain

Hors d'ici, quant-et-quant !

Loyal

Mais l'exploit ?...

On emporte Loyal dans la rue.

Monsieur Jourdain

Mes laquais, ôtez-moi ce croquant.

Loyal

Monsieur, cette infamie aura sa récompense.

Monsieur Jourdain

Ah ! Monsieur le Marquis, que de reconnaissance !

Scène 17

Poquelin, Monsieur Jourdain, Gauthier

Apercevant Monsieur Jourdain.

Poquelin

Quel est tout ce fracas ?... Hélas ! Monsieur Jourdain, Je suis bien désolé !

Monsieur Jourdain

Je suis ravi !

Poquelin

Dandin Ne m'a rien pu donner !

Monsieur Jourdain

Tenez, voilà quittance !

Poquelin

Mais je n'ai point d'argent...

Monsieur Jourdain

D'allégresse je danse ! Et puis mon intendant vous portera ce soir Trois autres mille écus que je reste devoir.

Poquelin

Rêve-t-il, ou bien moi ?

Monsieur Jourdain

Çà, marquis, ma personne Est toute à vous, au moins.

Gauthier

Monsieur, elle est bien bonne !

Il sort, suivant la fauteuil solennellement emporte par les quatre laquais.

Monsieur Jourdain

Qu'on l'emporte avec soin ! - Et le reste chez moi , Ce soir ! - Meuble de cour ! Une tache du roi !

Scène 18

Poquelin, Nanon Laforest, Gauthier

Poquelin

Il emporte le meuble !

Nanon Laforest

Oui, monsieur, il l'achète ! Rien que six mille écus et fier de son emplette ! Ce marquis le poussait !... Il s'y serait, je crois, Ruiné tout entier. - C'est un pâté duRoi !

Poquelin

Quoi ! Monsieur le Marquis ?

Gauthier

De Gargouillé, je pense ; Toujours pour vous servir.

Poquelin

Quoi ! Vous ! Cette obligeance !...

Scène 18

Gauthier, Poquelin, Nanon Laforest

Gauthier

Ce n'est qu'un intermède ici de sa façon, Que j'ai joué, monsieur, au profit du garçon. L'auteur n'ose approcher.

Il l'embrasse.

Poquelin

Eh ! Le sournois, qu'il ose !

Nanon Laforest

Ma foi ! La comédie est bonne à quelque chose !

Gauthier

Dans le commerce.

Scène 19

Le Père Cressé, Molière, Gauthier, Poquelin, Nanon Laforest

Le Père Cressé

Enfants ! Tout est raccommodé , Un coupon de rencontre !

Molière

Il est fort bien brodé ! Je le donne à Gauthier pour gilet de Jocrisse.

Le Père Cressé

Hein ?... Garguille !...

Gauthier

Bonjour !

Le Père Cressé

Mais...

Gauthier

À votre service.

Poquelin

Notre meuble est vendu, mon beau-père.

Le Père Cressé

Ah !... tant mieux ! Si j'avais su !... Voici, du moins !. .. Ouvrez vos yeux : C'est un écrit du roi qui transfère la charge À Jean-Baptiste - Et le grand sceau de cire en marge i

Nanon Laforest

Oh ! Le grand sceau ! - Voyons, monsieur.. .

Gauthier

Non, croyez-moi; C'est un méchant présent, monsieur, qu'on fait au roi. Tapissier d'apparat ! Tapissier chimérique ! Il est né pour la scène : il mourrait en boutique.

Poquelin

Tapissier d'apparat !

Gauthier

Je vous le garanti Poète, pour le moins qui peut valoir Hardy.

Poquelin

Des farces ! Bel effort et d'un puissant génie !

Molière

En la haussant d'un ton, la scène rajeunie, Mon père, grandirait plus que vous ne croyez.

Poquelin

Tu la feras grandir, toi, marmot ?

Molière

Essayez !

Poquelin

Certes ! Il n'est plus d'enfants !

Molière

Oh ! Dieu ! si j'avais l'âge, Et l'esprit dégourdi d'un peu d'apprentissage, J'ai des chimères là dont on serait surpris !

Poquelin

Toi ? Mais tu ne sais rien !

Molière

Moi ! Je sais tout Paris ! Il est plein d'animaux à l'envi ridicules, Et l'un pétrit et l'autre avale les pilules ! Les fameux médecins, les pédants, les docteurs, Les maîtres que l'on plume, et les valets menteurs, Les vieux maris jaloux, et les jeunes coquettes !. - Bast ! j'en voudrais garnir cent aunes de banquettes. Mais, sans aller bien loin, dites-moi, n'est-ce rien Que notre noir voisin, ce saint homme de bien, Ce bon monsieur Tartufe ? - Et sa fausse grimace, Peut-on sur nos tréteaux lui marchander sa place? Çà ! de l'y démasquer serait-ce pas bien fait? Allez ! J'en ai mon sac qui regorge !

Poquelin

En effet !

Le Père Cressé

Moi ! J'en pleure.

Poquelin

Eh bien donc !...

Molière

Non. Gardez-le, mon père ; Car de me partager, c'est tout ce que j'espère. Pourvu qu'à mes loisirs le reste soit permis...

Poquelin

Tu seras tapissier ?

Molière

Puisque je l'ai promis.

Poquelin

Touche donc là. Demain je t'envoie au collège.

Molière

Enfin ! Mon coeur s'élance et bondit comme un liège Sur un flot de plaisir et de bonheur profond ! Tout me rit à présent , car l'avenir fécond S'ouvre devant mes yeux si gonflé de promesses ! Vous verrez ! vous verrez ! - Et vous, mes chères pièces, Rêves dans le silence et l'effroi caressés, La barrière est à bas : levez-vous, paraissez ! Apprêtez vos habits de marquis et de prudes, Et venez tous grandir au soleil des études !

Le Père Cressé

Ah ! Nanon !

Gauthier

Ah ! Nanon !

Nanon Laforest

Allons ! Tout finit bien !

Poquelin

Il sera tapissier !

Molière

Je suis comédien !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.