Scène 1
Laforêt, Molière
Le théâtre représente une salle à manger chez Molière. Une porte dans le fond ; une à droite et une à gauche.
Laforêt
Ah ! vous voilà, Monsieur ?
Molière
Me voilà !
Laforêt
Du souci ?...
Molière
Toujours.
Laforêt
Amphitryon n'a donc pas réussi ?
S'asseyant.
Molière
Au contraire : il a fort désopilé les rates. Mais ce Mercure m'a rompu les omoplates.
Laforêt
Jusques à quand, Monsieur, voulez-vous les jouer Ces rôles où de coups vous vous faites rouer, Sganarelle et Géronte, et Sosie, et vingt autres ?... Les rôles les plus doux devraient être les vôtres ; Vous toussez, il vous prend des hoquets en parlant, Vous revenez lassé, de sueur ruisselant ; Vous vous tuez enfin !
Molière
Là ! Ne sois pas si prompte...
Laforêt
Et puis, fatigue à part, j'aurais un peu de honte, S'il me fallait jouer les sots et les poltrons Et prêter, chaque soir, l'échiné à tant d'affronts.
Molière
Ah çà ! décidément, Boileau t'a fait visite, Laforêt ?
Molière, tousse.
Laforêt
Non, Monsieur, mais tout cela m'excite... Tenez ! voilà la toux !
Molière
Fais-moi chauffer du lait.
Laforêt
Un verre de bon vin, une aile de poulet...
Molière
Non, je ne soupe point !... Mais ma femme soupe, elle, N'est-ce pas ?
Laforêt sort par le fond.
Laforêt
Je ne sais.
Se levant.
Après un silence.
Molière
Avec Lauzun, Chapelle, Guiche, Guérin... peut-être avec l'ingrat Baron, Mon élève, mon fils !... Ah ! Le voilà l'affront !... L'affront toujours vivant, qui me fait saigner l'âme ! Oh ! Si j'étais aimé seulement de ma femme ! Si, le soir, en rentrant, je la trouvais ici, Prête à noyer dans un sourire mon souci, Et, pour me faire accueil quand je parais morose, Offrant âmes baisers un joli bambin rose !... Si je pouvais, en les prenant sur mes genoux, Dire : « Assez pour autrui : vivons un peu pour nous ! » Comme je braverais les cris et la colère Des faquins emplumés à qui j'ai su déplaire, Des pédants, des fâcheux que mon vers fustigea Et des bigots qui m'ont cent fois damné déjà !... Mais, rien ! Le foyer froid et la maison déserte !
Laforêt
Eh bien ! Et moi, Monsieur ?
Molière
Pardon !
Laforêt
Je sais bien, certes, Que la vieille servante est loin de remplacer Un beau jeune tendron...
Molière
Laisse-moi t'embrasser, Laforêt ! Car toi seule encor...
Scène 2
De Brie, Molière, Laforêt
De Brie
Autre blasphème !
Molière
De Brie ?...
De Brie
Oui, puisqu'il faut vous prouver qu'on vous aime !
Aux deux femmes.
Il s'assied à table. Laforêt et de Brie vont et viennent par la porte du fond, et apportent une collation.
Molière
Ah ! Merci, chère enfant ! C'était donc un complot ? Soupons alors ! Six mois je n'ai bu que de l'eau Et du lait ; c'est malsain : au diable les tisanes Et les docteurs !
De Brie
Fort bien, ce sont des sots !
Laforêt
Des ânes !
Molière
Tu vas loin !
Laforêt
Voilà pas qu'il fait le renchéri ?
Molière
Des médecins pourtant je n'ai pas beaucoup ri.
De Brie
Oh ! non, mais ça viendra !
Molière
Dam ! si je suis malade ! Je raille Alceste quand je me sens trop maussade, Arnolphe quand ma femme a fui de la maison, Et Dandin quand je suis... trompé comme un oison !
Laforêt
Quoi ! Vous y revenez ?
De Brie
Dites-nous donc, cher maître, Dans quels moments bénis de joie et de bien-être, D'Éliante et d'Agnès vous faites les portraits ?
Laforêt
En quel temps avez-vous étudié de près, Pour les camper si bien, les deux poings sur les hanches, Ces sages en jupons trop courts et coiffes blanches Qui s'appellent Dorine et Nicole ?
Regardant en souriant de Brie.
Molière
Ma foi, Celles-ci sont un peu tes parentes à toi. Les autres...
De Brie
Taisez-vous !
Molière
Et quant à Célimène, Son véritable nom...
Laforêt
Hélas ! tout l'y ramène.
Molière
L'ingrate !... et pour des sots !... Un Guérin d'Estriché, Un Baron, de succès galants tout entiché, Un Lauzun, courtisan bouffi d'effronterie...
Laforêt
À quoi bon parcourir toute la galerie ?
Molière
Laforêt a raison ! Quel pauvre homme je suis ! Allons, versez à boire, et noyons les ennuis. Il nous faudrait Chapelle.
Laforêt
Un libertin damnable !
De Brie
Est-ce donc se damner que d'un peu rire à table ?
Laforêt
La Fontaine et Boileau...
Molière
Pour le bonhomme, encor Passe, il est assez gai, mais l'autre vous endort. À propos, nous allons faire encore un esclandre : Le roi veut voir Tartuffe à son retour de Flandre ; Nous allons répéter demain.
De Brie
Et j'y jouerai...?
Molière
Marianne, parbleu !...
De Brie
Que je vous aimerai ! Car vous ferez Valère, et mon coeur en raffole. Sera-ce assez gentil !
Molière
Ah ! Chère tête folle ! Les rôles de barbon sont à présent mon fait, Et je vais, dans Tartufe, être un Orgon parfait.
De Brie
Orgon ?... pouah !
On entend des coups à la porte d'en bas.
Vivement.
À Laforêt.
Molière
Vous verrez si j'y suis supportable, Et comme, en me cachant prestement sous la table, Ma femme.... On a frappé ! Va voir si ce n'est point Armande.
Elle sort à gauche.
Laforêt
Ô grand naïf !
De Brie
À la lourdeur du poing, Je crains bien d'un fâcheux la visite incongrue.
Molière
Tu crois ?... Tâchez alors de le mettre à la rue. Je n'y suis pas.
On entend une grosse voix dans l'escalier.
De Brie
Monsieur, pour répéter Orgon, Si vous vous cachiez là ?...
À de Brie, montrant la porte de droite.
Il sort par la droite.
Molière
C'est un accent gascon ! Sauvons-nous... Je serai derrière cette porte, Et pourrais au besoin...
Scène 3
Laforêt, Le Marquis de Montespan, De Brie
Laforêt
Pour venir de la sorte, À dix heures, troubler d'honnêtes gens chez eux, Quels motifs avez-vous?
Il place les deux hommes dans l'escalier.
À Laforêt avec violence.
Le Marquis de Montespan
Placez-vous là tous deux. Quels motifs ? Je t'ai dit que c'est à ses épaules Que ces gens les diront avec leurs grandes gaules ! Fais-moi venir ici ce bouffon éhonté !
De Brie
Mon Dieu !
Laforêt
Je vais crier !
Le Marquis de Montespan
Criez en liberté : Le guet ne viendra point, et j'ai posté dix hommes À quatre pas d'ici.
De Brie
Mais, Monsieur, nous ne sommes Que deux femmes céans...
Allant à la porte du fond et frappant du poing.
Appelant.
Molière entre par la droite et s'avance gravement et avec beaucoup de dignité vers Montespan qui recule un peu surpris.
Le Marquis de Montespan
Les hommes sont cachés ? Hé ! Molière !
Scène 4
Molière, Le Marquis de Montespan, De Brie
Molière
Monsieur, c'est moi que vous cherchez ?
Le Marquis de Montespan
Je cherche l'insolent qui, devant le parterre, Vient de glorifier trois heures l'adultère ; Le rimeur immoral, doublé d'un histrion, Qui livre à Jupiter l'honneur d'Amphitryon. - Je veux le bâtonner, et c'est ce qui m'amène.
De Brie
Bon ! un Amphitryon dont on a pris l'Alcmène !
Molière
Je suis Molière.
Le Marquis de Montespan
Vous ?
Allant à la porte de gauche et s'adressant aux deux hommes.
Il ferme la porte au verrou.
Molière
Moi... Mais quant au bâton, Je le subis en scène, et point dans ma maison. Sortez, drôles !
Le Marquis de Montespan
Monsieur, sachez que l'on me nomme Marquis de Montespan...
Molière
Vous êtes gentilhomme, Et je ne le suis point ; mais si vous consentez À laisser un moment vos noms et qualités, Je vous demanderai pourquoi tous ces outrages.
Le Marquis de Montespan
Des outrages ?... c'est vous, Monsieur, dont les ouvrages Insultent chaque soir, avec impunité, La noblesse, l'honneur, la foi, la chasteté; Vous, qui n'avez jamais plus vives épigrammes Que contre les maris dont on séduit les femmes !
Molière
Décidément, le bât le blesse en cet endroit.
Le Marquis de Montespan
Ma femme est à présent la maîtresse du roi.
À Laforêt et de Brie.
Les deux femmes sortent par le fond.
Molière
Monsieur ?... Sortez.
Scène 5
Le Marquis de Montespan, Molière
Le Marquis de Montespan
Ah ! bah ! Personne ne l'ignore Que cette Mortemart, hélas ! Nous déshonore.
Molière
Je l'ignorais, Monsieur, et ces dames aussi ; Quelle rage vous prend de vous trahir ainsi ?
Le Marquis de Montespan
Il vaudrait mieux, je sais, être un mari commode Et poli, taisant tout, comme c'en est la mode, Sachant céder sa place, et, derrière le dos, Tendant sa main où son rival met des cadeaux... Mais je ne hais rien tant qu'un mari philosophe, Et tout Paris va voir de quel bois je me chauffe !
Molière
Vous allez donc crier partout à haute voix ?...
Le Marquis de Montespan
Oui, Monsieur, devant tous, même devant Louvois (Que ma femme, toujours prévenante et gentille. Charge de me loger, dit-on, à la Bastille). Même devant le Roi !...
Molière
Marquis, vous vous perdrez.
Le Marquis de Montespan
Oh ! Si de vos conseils, Monsieur, vous m'honorez !...
Molière
Peste soit du bourru !
Le Marquis de Montespan
Je viens des Pyrénées...
Molière
On le voit bien : un ours !
Le Marquis de Montespan
J'ai passé quatre années Dans un isolement complet, et, chaque jour, J'envoyais à ma femme un message d'amour, Suppliant, attendant le retour de l'ingrate... Sandis ! Ma patience est à bout, et j'éclate ! Et j'irai, dès demain, j'en fais ici serment, Reprendre Athénaïs à son royal amant...
Molière
Mais je ne suis pour rien, je crois, en cette affaire.
Le Marquis de Montespan
Vous, Monsieur! Vous avez loué cet adultère ! Vous êtes un de ces courtisans sans pudeur Qui des vices du roi lui font une grandeur, Qui chantent sa faiblesse à l'égal de sa gloire, Et lui comptent un crime au poids d'une victoire !
Molière
En un mot comme en cent, ma pièce vous déplaît ?
Le Marquis de Montespan
Amphitryon, Monsieur, est l'oeuvre d'un valet Qui déprave son maître en approuvant ses fautes.. Le théâtre a, je crois, des missions plus hautes.
Molière
Et vous avez, Marquis, quelques prétentions À m'enseigner ici ces hautes missions ? C'est plaisant !... J'ai déjà fait quinze comédies, Par la ville et la cour chaudement applaudies, Où l'on trouve, il paraît, assez de vérité, Et qui peut-être iront à la postérité... Et, parce que le roi les soutient et les aime, Mes ouvrages sont tous dignes de l'anathème ?
Le Marquis de Montespan
Eh ! s'il les aime, c'est que vous l'y flagornez, Et lui brûlez partout de l'encens sous le nez. Je comprends qu'il ait ri tout à l'heure et pour cause !... Votre pièce finit par son apothéose !...
Molière
Mais Plaute, qui traita ce sujet avant moi, Pensez-vous qu'il voulût aussi flatter le roi ?
Le Marquis de Montespan
Morbleu ! L'on sait fort bien que messieurs les poètes, Ont toujours pour louer des fables toutes prêtes, Sur lesquelles ils vont rebrodant à nouveau, Les fades compliments dont est plein leur cerveau ; Vous n'eussiez pas choisi cette pièce romaine, Si le roi - Jupiter - n'eût pris ma femme - Alcmène...
Molière
Savez-vous bien, Marquis, que vous extravaguez, Et que les noms affreux que vous me prodiguez, Bien que je sois au fond un auteur philosophe, Pourraient bien me pousser à vous trouer l'étoffe ?
Le Marquis de Montespan
Qu'est ce à dire ? un duel ? de vous à moi ?
Silence.
Molière
Pardon ; Vous m'avez menacé de vos coups de bâton, Parce que vous avez des argousins à gage... Je suis plus modéré, je crois, en mon langage, Puisque, pouvant au roi raconter vos affronts, Je dis : « Si vous voulez, Marquis, nous nous battrons. »
Le Marquis de Montespan
Je le veux bien !... Au fait, ce doit être bizarre : Un duel de marquis à rimeur, et fort rare ! Or, j'ai juré de faire un scandale d'enfer : C'est entendu, Monsieur, nous croiserons le fer, Mais quand ?
Molière
Ce soir.
Le Marquis de Montespan
Où donc ?
Molière
Ici même, sur l'heure ! J'ai deux lames, et vais vous offrir la meilleure.
Le Marquis de Montespan
Eh ! Quoi ! pas de témoins pour juger du combat ?
Molière
Un duel, ce n'est pas une affaire d'État ! Et, de même qu'il faut enfouir dans son âme Les affronts que l'on peut recevoir de sa femme...
Le Marquis de Montespan
Le détour est adroit... mais je suis, là-dessus, Intraitable, et je veux que les affronts reçus Soient tous vengés ! Je veux qu'au fond d'un monastère Ma femme aille expier son brillant adultère ! J'ai déjà pris le deuil, ainsi que pour sa mort ; Mais comme le roi peut m'envoyer dans un fort Pour me punir d'avoir osé vouloir ma femme, Je veux, si mon pourpoint résiste à votre lame, Aller demain encor, comme j'ai fait tantôt, Me promener sous les fenêtres du château, À Versailles Déjà mon bizarre équipage Parmi les curieux a fait quelque tapage...
Molière
Quel équipage ?
Le Marquis de Montespan
Un noir carrosse surmonté De cornes. Vous riez, Monsieur ?
Molière
En vérité, Vous êtes inventif par delà toutes bornes, Marquis ! Un noir carrosse agrémenté de cornes !... Je ne me battrai plus avec vous à présent.
Le Marquis de Montespan
Pourquoi, Monsieur ?
Molière
Pourquoi ? Vous êtes si plaisant, Vous ferez tel fracas avec votre équipée, Que j'aurais un regret mortel si mon épée Privait le bon public d'un spectacle si gai.
Le Marquis de Montespan
De votre ton railleur je suis très fatigué, Monsieur !
Il rit aux éclats.
Molière
Excusez-moi, Marquis ! je suis malade, Et j'ai le plus souvent le naturel maussade ; Laissez-moi rire un peu, cela fait tant de bien !
On frappe du dehors.
Le Marquis de Montespan
Je suis fou de souffrir que ce comédien...
Molière
Ne bougez pas, Marquis.
Scène 6
Laforêt, Chapelle, Molière, Le Marquis de Montespan, De Brie
Elle sort à gauche et on l'entend crier.
Laforêt
On frappe encor. Qui vive ?
Chapelle
As-tu peur, Laforêt ?
Molière
Chapelle ! un gai convive, Un bavard endiablé, marquis, que celui-là, Et qui peut vous aider à faire de l'éclat ! Il a deux cents amis qui sauront la nouvelle Au point du jour, et la répandront avec zèle...
Le Marquis de Montespan
Je ne veux point, Monsieur, d'un pareil allié ! Et puis j'ai réfléchi... Que tout soit oublié. Vous avez quelques droits à me railler peut-être ; Chapelle n'en a point.
Montespan s'assied. - Appelant.
Molière
Alors, daignez vous mettre À cette table, et boire en galant compagnon. De Brie !
Le Marquis de Montespan
À votre ami, Monsieur, taisez mon nom.
De Brie
Qu'est-ce ?
Molière
Chapelle est là, reprenez votre place.
De Brie
Ah ! Nous sommes sauvés !
Chapelle est un peu pris de vin pendant la première moitié de la scène.
Il embrasse Molière, Laforêt, et veut embrasser de Brie qui le
Chapelle
Viens çà que je t'embrasse Pour le chef-d'oeuvre exquis que tu nous as donné !
Le Marquis de Montespan
Encore un complaisant ? Je suis assassiné !
Montespan s'incline à peine et ne dit mot.
Chapelle
Monsieur ?...
Molière
Assieds-toi là, près de ce gentilhomme, Un de mes vieux amis de Gascogne... et qu'on nomme... Seigneur du Mont-Perdu, marquis de Bois-Jaloux.
Le Marquis de Montespan
Mordieu ! L'impertinent !
À Laforêt qui sert à table.
Buvant, à Molière.
Il boit.
Il chante :
REFRAIN.
2ème COUPLET.
Chapelle
Marquis, je bois à vous ! À la vôtre, de Brie, adorable ingénue ! Tu ne bois pas un coup pour fêter ma venue ? Grand critique en jupons, dont le simple bon sens Vaut mieux que le savoir de quarante pédants ! Ho ! Ton vin est meilleur qu'à la Croix-de-Lorraine. C'est donc là, vieux sournois, ta source d'Hippocrène ? Comme je comprends bien les petits vers exquis De ton Amphitryon ! - À la vôtre, marquis ! Chantons-nous pas un peu, comme autrefois ? J'enrage De voir qu'autour de moi le monde devient sage ! « Ô mes bons compagnons, jadis Buveurs sans honte et sans reproche, Quel hiver vous a refroidis ? Vous ne buvez que l'eau de roche ! Las ! Et vous oubliez les nuits Où les muids succédaient aux muids, Où les verres pleins de cervoise ! Se vidaient si dévotement, Où le vin, nectar écumant, S'épandait en verve grivoise ! » « De notre bande au cabaret Ô l'éternelle beuverie! Quels pots de vin, brun ou clairet 1 Blanc ou bleu notre confrérie Vidait jadis au cabaret ! Dans mon vin qui rit, ô regret ! Je bois une larme attendrie ! » « Racine est mort, mort est Boileau, Puisque leurs pâlissantes trognes Ne se mirent plus que dans l'eau, Dans l'eau, ce poison des ivrognes, Toi, Saint-Amand, ô buveur-roi, Tu cuves dans un tombeau froid Ton dernier vin. Rigide et calme, Tu te rappelles maintenant Ces tournois où pas un tenant N'osait te disputer la palme ! De notre bande au cabaret... » etc.
Molière
Ta chanson n'est point gaie.
Chapelle
Elle porte le deuil De nos petits soupers à ta maison d'Auteuil.
Molière
Il est vrai. Le bon temps !... t'en souvient-il, de Brie ?
Moment de silence parmi les convives.
De Brie
S'il m'en souvient !
Nouveau silence.
Chapelle
Voyons ! Cette larme attendrie, C'est pour la rime !... Diable ! Un Chapelle versant Des larmes dans son vin ? Ce serait amusant ! - A la vôtre, Marquis ! Et la pièce nouvelle, Amphitryon, comment la trouvez-vous ? Fort belle, N'est-ce pas ?
Le Marquis de Montespan
J'en ai dit tantôt mon sentiment.
Chapelle
Admirez-vous surtout ce leste dénouement, Et la moralité qui de l'oeuvre transpire ?
Le Marquis de Montespan
Hum !
Molière
Vous vous trahirez !
Vers par lesquels Sosie termine Amphitryon.
Chapelle
« Faisons trêve aux discours, Et que chacun chez soi doucement se retire : Sur telles affaires toujours Le meilleur est de ne rien dire. »
Le Marquis de Montespan
J'enrage !
Molière
Calmez-vous.
Chapelle
Et Jupin s'enfuyant Vers l'Olympe, et laissant Amphitryon béant ?
Le Marquis de Montespan
Corbleu ! Ce dénouement vous en parlez à l'aise ! Courtisans débauchés, je comprends qu'il vous plaise, Car tout vous semble bien dès que le maître a ri ! Mais que si vous étiez le malheureux mari, Tous trouveriez cela bien moins plaisant, en somme.
Chapelle
Ah ! diable ! j'ai marché sur les cors du bonhomme !
Le Marquis de Montespan
Si vous étiez, ayant atteint l'âge que j'ai, Les époux d'un tendron qui vous donnât congé, Qui vous laissât moisir pendant plusieurs années Dans un manoir désert, là-bas, aux Pyrénées, Et traînât loin de vous, avec votre blason, Des bâtards destinés à porter votre nom, Vous trouveriez alors que l'affront est sensible, Et qu'un mari... trompé, ce n'est pas si risible !
Chapelle
Son nom de Bois-Jaloux est dignement porté !
De Brie
Mais ce n'est point son nom.
De Brie qui parle bas.
Se levant, à Montespan, montrant Molière.
Chapelle
Comment ? En vérité ? Marquis, excusez-moi. J'ignorais par sa faute Que mon ami chez soi possédât un tel hôte...
Le Marquis de Montespan
Vos excuses seraient des insultes encor : Taisez-vous, s'il vous plaît !
Chapelle
Au diable le butor !
Le Marquis de Montespan
Quant à vous qui prêchez cette morale obscène, Et traînez les maris trompés sur votre scène...
Molière
Mais en les y mettant c'est moi que j'y produis ! Vos griefs contre moi vont être bien réduits Quand vous saurez qu'au fond de ma philosophie (N'allez pas répéter ce que je vous confie !) Se cachent les tourments d'un mari malheureux : Je raille les jaloux, mais je suis l'un d'entre eux...
Le Marquis de Montespan
Oh ! Les conditions, Monsieur, sont différentes : Le théâtre, on le sait, a des moeurs tolérantes, Des amours passagers, éclos en un instant, Et qu'avec son costume on dépouille en sortant. On s'y prend, on s'y quitte, on s'y reprend encore, Mais une trahison jamais n'y déshonore, Et l'on doit peu souffrir quand un caprice rompt Ou dénoue un lien à se former si prompt.
Molière
Voilà ce que partout on nous jette à la face : Au théâtre, tout n'est que fard et que grimace ; Un coeur n'y bat jamais à l'abri d'un pourpoint ; Sous le comédien l'homme n'existe point, C'est en-tendu!... Que si l'acteur est un poète, Il n'a rien dans le coeur, tout lui vient de la tête. Il fait pleurer et rire, il place devant vous Des hommes bien vivants, des sages et des fous, Arnolphe aimant Agnès, Alceste? Célimène, Tous payant leur tribut à la faiblesse humaine... C'est fort bien ! Mais celui qui les fait discourir, N'a ni le droit d'aimer ni le droit de souffrir ; Il ne peut éprouver ce qu'aux autres il prête, Car ce n'est qu'un acteur et ce n'est qu'un poète ! Quelle dérision !
Molière tousse.
Chapelle
Bien, Molière !... Boileau, Dans son fameux sermon sur les charmes de l'eau, Sermon pendant lequel il but mainte rasade, Ne fut, au prix de toi, qu'un endormeur maussade.
De Brie
Mais cela vous fait mal d'y mettre tant de feu !
Il sort en toussant suivi par de Brie.
Molière
Je suis comédien, tout cela n'est que jeu !
Scène 7
Laforêt, Chapelle, Le Marquis de Montespan
Laforêt
Vous voulez donc, marquis, lui faire rendre l'âme, Franchement !... Hé ! Morbleu ! Que nous fait votre femme ? Elle vous trompe... Quoi ! Vous avez du souci ? Mais la nôtre est pareille, et nous en donne aussi !...
Chapelle
Et vous avez sur nous encor cet avantage, Marquis, que vous souffrez d'un illustre partage.
Le Marquis de Montespan
Un partage ! Jamais !
Chapelle
Je sais tel grand seigneur Qui prendrait votre affront pour un excès d'honneur ! Tandis que lui, Marquis, sa femme le délaisse Pour deux ou trois galants de roturière espèce, Et descend de l'auteur d'ouvrages éternels À Guérin et Baron, deux bouffons solennels !
Le Marquis de Montespan
Elles sont donc partout les mêmes ces... femelles !
Chapelle
Toutes ? non. Regardez : il en est de fidèles.
Scène 8
De Brie, Molière, Chapelle, Laforêt, Le Marquis de Montespan, Une Voix
De Brie
Vous ne souffrez plus ?
Molière
Non. Merci, ma chère enfant !
De Brie
Quand vous toussez ainsi, j'ai mon coeur qui se fend ! . - Chassez cet importun, ne gardons que Chapelle... Je vous dirai mon rôle.
Haut, en souriant.
Molière
Aussi bonne que belle !.. Pauvres coeurs méconnus que nous sommes tous deux ! Éliante !
De Brie
Alceste !
Chapelle
Hé ! Ce sont des amoureux !
À la vue de Molière souffrant, il se produit chez Montespan, bon coeur au fond, un apaisement subit.
Laforêt
Plût à Dieu que mon maître oubliât son Armande, Et qu'il aimât ailleurs !
Le Marquis de Montespan
Monsieur, je vous demande D'oublier mes gros mots et mes emportements, Nous souffrons tous les deux, je vois, mêmes tourments ; Vous savez les cacher, vous pouvez même en rire Et changer en leçons pour nous votre martyre : Je suis moins philosophe, ou moins fort de moitié, Et pour qui me trahit mon coeur est sans pitié !...
Molière
Mais pourquoi les montrer, ces tourments qu'on ignore ? C'est par le bruit qu'on fait que l'on se déshonore.
Le Marquis de Montespan
Eh bien, je me tairai, je l'essaierai du moins, Et pour mieux dévorer mes affronts sans témoins, Je reprends le chemin de nos chères vallées, Qui de ces trahisons ne sont jamais troublées, Et qui n'ont pour tout bruit que le chant des oiseaux, Le murmure du gave et la voix des troupeaux. Je me fais paysan, je retourne mes terres, J'ensemence de blé nos landes solitaires, Je répands par mes prés des vaches et des boeufs, Et des moutons bêlants sur mes coteaux herbeux. Je taille en mon verger les pêchers et les treilles, Veille à la basse-cour, au vivier, aux abeilles... Parfois, pour me distraire, armé d'un long roseau, Je jette l'hameçon aux truites du ruisseau, Puis prenant un épieu, fièrement j'accompagne Dans leurs chasses à l'ours, mes voisins de montagne, Les seigneurs de Biron, dont les pères jadis, Ont mis le Béarnais sur le trône des lis, Et qui, disgraciés, oubliés de Versailles, Ont gardé leur honneur intact et leurs murailles.
Molière
Voilà des sentiments tels qu'on en doit avoir Quand on souffre, Marquis !... Allez donc les revoir Ces bois, ces champs, ces prés, ces terres paternelles, Qui, quand tout nous trahit, nous demeurent fidèles, Dissipent nos chagrins, apaisent nos remords, Nous nourrissent vivants et nous abritent morts.
Le Marquis de Montespan
Venez donc avec moi vous rasséréner l'âme.
Molière
Non. Mon oeuvre imparfaite encore me réclame.
Le Marquis de Montespan
Votre oeuvre ?
Molière
Oui. Vous allez défricher vos guérets, Ensemencer vos champs, replanter vos forêts Or j'ai... ma terre à moi, dont je suis idolâtre, Que je veux féconder aussi, c'est le théâtre. Terre ingrate, terrain perfide, où si souvent Le grain ne lève pas et se dessèche au vent ! Terrain que, jusqu'ici, des laboureurs frivoles Avaient ensemencé d'ivraie et d'herbes folles, Et qu'en tout sens je veux remuer, assainir, Afin que les moissons y puissent bien venir. - En termes clairs, je veux mettre encor sur la scène Quelques échantillons de la sottise humaine ; Tourner et retourner l'homme dans tous les sens, Lui montrer ses côtés odieux ou plaisants, Et, d'aimables dehors habillant ma satire, Faire un peu réfléchir en faisant beaucoup rire.
Le Marquis de Montespan
Ah ! vous avez raison ! Tenez, j'étais un sot Quand sur votre métier je vous raillais tantôt. Continuez, Monsieur, fustigez sans faiblesse Les marquis fanfarons entichés de noblesse, Les bigots, les fâcheux, les niais, les bourrus, Les pédants dont les noms se terminent par us, Ou par es, les Cathos, oracles des ruelles... Mais réservez toujours quelques flèches cruelles Pour les maris trompés qui viennent, comme moi, Se plaindre de l'honneur que leur fait le grand roi.
Il se rassied.
Chapelle
Marquis, je suis charmé de vous voir raisonnable. Cet heureux changement veut qu'on le fête à table.
Coups répétés à la porte.
Le Marquis de Montespan
Que le roi garde en paix son illustre catin ! Je vais faire enlever mon fils le duc d'Antin, Pour qu'il ne soit jamais perverti par sa mère, Ni coudoyé par les enfants de l'adultère ; Et, mettant vingt pays entre ma femme et moi, Attendre le moment.
du dehors
Une Voix
Ouvrez ! au nom du roi !
Stupéfaction générale.
Chapelle
Au diable ! je suis pris !
Molière
Comment ?
De Brie
J'ai peur !
Molière
Explique Ce qui peut te causer...
Chapelle
C'est... la force publique, Le guet, que nous avons tantôt... avec Faret Et d'autres... tu comprends... ! Sortant du cabaret, Nous avions le sang chaud, et, transformant les rôles, Nous avons quelque peu mis en fuite ces drôles.
Une Voix
Ouvrez !
Il sort à gauche.
Molière
Attendez là, je vais parlementer.
Scène 9
Le Marquis de Montespan, Chapelle, Laforêt
Le Marquis de Montespan
Si c'était moi, Monsieur, que l'on vînt arrêter ?
Il empoche la bouteille.
Il met une tranche de pâté dans l'autre poche.
Il va pour sortir.
Chapelle
Ah ! bah ! Prenons au moins ce flacon délectable ; La prison en janvier, est très peu confortable, Et l'eau pure est si froide ! Un coin de ce pâté Pour faire contre-poids. Allons, je suis lesté.
Le Marquis de Montespan
La troupe que tantôt vous avez mise en fuite ?...
Chapelle
Était là, sous le mur, à droite.
Le Marquis de Montespan
C'est ma suite, Et non le guet !
Chapelle
Pardon ! je ne me trompe pas, Marquis, et le guet seul peut filer de ce pas. Vos hommes aux talons portent-ils donc des ailes ?
Le Marquis de Montespan
Poltrons !
Chapelle
Encore un coup. - Adieu, Mesdemoiselles.
Laforêt
Pauvre ami !
Molière rentre.
Le Marquis de Montespan
J'ai regret...
Scène 10
Molière, Le Marquis de Montespan, Chapelle, De Brie, Voix De L'exempt, Laforêt
Molière
On vient vous arrêter, Marquis.
Le Marquis de Montespan
Moi ?
Molière
Vous.
Chapelle
Voyons, est-ce pour plaisanter ?
Molière
Du tout : l'exempt est là... l'ordre est de La Reynie.
Le Marquis de Montespan
Je reconnais ma femme à cette ignominie, Et ce valet brutal qu'on appelle Louvois ! D'un époux trop gênant on étouffe la voix, C'est dans l'ordre, et les rois ont construit la Bastille Pour mettre le mari dont la femme est gentille.
Molière
Votre absurde carrosse est cause de cela ! Mais le roi, j'en suis sûr, ignore cet éclat ; Je le verrai demain.
Saluant.
Il va pour sortir et se livrer.
Le Marquis de Montespan
Merci, Monsieur Molière. Mesdames !
Chapelle
J'ai regret...
Tous le regardent surpris.
Molière
L'idée est singulière... Et cependant... Allons, tout pourra s'arranger...
Chapelle
Que dit-il ?
Molière
Entre vous hâtez-vous de changer De pourpoint.
Chapelle
Hé ! Comment ?
À Montespan.
Molière
C'est toi que l'on appelle Marquis de Montespan, et vous êtes Chapelle.
Le Marquis de Montespan
Monsieur !
Molière
Hâtez-vous donc.
Chapelle
Es-tu fou ?
Molière
Si c'est lui Qu'on encage, il en a pour de longs jours d'ennui : La prison s'ouvre vite, et lentement se rouvre ; Tandis que si c'est toi, demain tout se découvre, Je vais parler au roi, l'on voit qu'on s'est trompé, Et tu sors, quand Monsieur sans bruit a décampé.
Le Marquis de Montespan
Je ne puis me prêter à pareil subterfuge ; Qu'on m'emprisonne, soit ! il faudra qu'on me juge.
Molière
Hé ! l'on ne juge point ceux qu'on arrête ainsi ! On vous enterrera dans un fort, loin d'ici, À Pignerol, ou bien au Château d'If, n'importe...
Montespan et Chapelle échangent leurs pourpoints et leurs chapeaux.
Chapelle
Je me dévoue, allons, cette raison l'emporte ! Et puis, c'est un bon tour, digne de Rabelais.
Le Marquis de Montespan
Corbleu ! L'on me prendrait pour un de mes valets !
Molière
Sous un déguisement la fuite est plus aisée.
Chapelle
Aurai-je d'un marquis la démarche empesée ?
Molière
La nuit est noire, va, cher ami, dors en paix !
Le Marquis de Montespan
Que je me semble gueux !
Chapelle
Que je me trouve épais !
Le Marquis de Montespan
Mes gens en me voyant me fermeront la porte !
Chapelle
Si ma mère m'eût vu fagoté de la sorte !
Molière
Vous êtes bien tous deux.
Il reprend le flacon dans la poche de Montespan.
Il reprend le pâté. - À de Brie et Laforêt.
Chapelle
Rendez donc le flacon. Et le pâté ! C'est dur pourtant pour un garçon De remplacer un vieux jaloux.
De Brie
C'est héroïque !
À De Brie.
Chapelle
Pour un épicurien, je me trouve stoïque ! Si vous vouliez pourtant, charmante, d'un baiser Adoucir les ennuis où je vais m'exposer !
De Brie
Cela diminuerait, par trop le sacrifice : On couronne un martyr, mais après son supplice.
Chapelle
Tu viendras me chercher ?
Le Marquis de Montespan
Je ne sais quelque jour Si je pourrai, Monsieur, vous payer de retour.
Chapelle
J'espère bien que non ! Je suis célibataire, Et veux l'être jusqu'à ce qu'on me porte en terre.
Molière
Finissons ces discours, Marquis ; on vous attend.
Ouvrant la porte de gauche et s'adressant à l'exempt avec solennité.
Chapelle
Pour faire un peu de bien, qu'il en coûte pourtant ! Est-ce à moi qu'on en veut ?
sur le palier
Voix De L'exempt
Est-ce vous qu'on appelle Marquis de Montespan ?
Chapelle
C'est moi.
Laforêt
Pauvre Chapelle !
Scène 11
Molière, Le Marquis de Montespan, Laforêt, De Brie
Molière
Vous voyez, cher marquis, que la dextérité D'un poète comique a son utilité.
Tendant la main à Molière.
Le Marquis de Montespan
Je vois que j'ai blessé, dans ma jalouse rage, Un homme dont l'esprit égale le courage ! Votre ami pour toujours, Monsieur Molière !
Molière
Et moi, Votre humble serviteur, Marquis.
Ils s'embrassent.
Le Marquis de Montespan
Non, sur ma foi !... Serviteur ? Allons donc ! Je vous tiens pour un maître, Et vous embrasserai, si vous voulez permettre.
Laforêt
Il n'a pas celui-là des boutons de cristal À son gilet ! Et moi, qui le croyais brutal ! Le pauvre homme !
Le Marquis de Montespan
Ah ! Tenez, vous êtes belle et douce ; Aimez ce grand esprit, que sa femme repousse, Égayez son logis, soufflez-lui de beaux vers, Et guérissez son coeur des maux qu'il a soufferts !
De Brie
Ce conseil est oiseux, marquis, je vous l'atteste : Éliante ne peut aimer jamais qu'Alceste... Aussi, quand Célimène a troublé sa raison, En lutin familier, je viens à la maison ; Je saute, je babille ainsi qu'une écolière, Et mets toute ma gloire à dérider Molière.
Molière
Quoi ! vous contez fleurette à de Brie, à présent ?... Il faut quitter Paris, le danger est pressant ; On peut s'apercevoir de notre stratagème.
Le Marquis de Montespan
Hélas ! partir la nuit, comme un voleur, sans même Récompenser celui qui pour moi s'est livré ?
Molière
Chapelle ? Hé ! N'a-t-il pas votre pourpoint doré ? Il le vendra pour boire. - Allons, et faites hâte.
Le Marquis de Montespan
Si je pouvais au moins souffleter mon ingrate !
Molière
Fi ! Marquis, je croyais tous ces transports calmés.
Le Marquis de Montespan
Vous les comprenez bien, Monsieur, si vous aimez !
Haut.
Molière
Hélas ! Oubliez-la !
Le Marquis de Montespan
Je ne peux !
Laforêt
Deux malades, Dont l'un veut guérir l'autre !
Molière
Auprès de vos cascades, À l'ombre de vos bois, le calme en votre sein Renaîtra : la nature est un grand médecin...
Le Marquis de Montespan
Et vous aussi, Monsieur ! Vos paroles sensées Ont remis l'équilibre au fond de mes pensées, Et je vous dois, non pas seulement d'éviter Le cachot où Louvois espérait me jeter, Mais de comprendre aussi, quoiqu'un peu tard en somme, Ce que, dans mon malheur, doit faire un galant homme. Votre Sosie, au fond, n'a pas un si grand tort, Et j'applaudis les vers que j'ai blâmés d'abord :