Comédie · 1882

Molière et Montespan

de Fabié François

Représentation
≈ 34 min
Distribution
2 femmes, 3 hommes
Répliques
258
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Molière H 91 ≈ 12 min 8
Le Marquis de Montespan H 69 ≈ 12 min 9
Chapelle H 40 ≈ 6 min 5
Laforêt F 28 ≈ 2 min 9
De Brie F 27 ≈ 2 min 7
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Molière absentabsentabsent
Le Marquis de Montespan absentabsent
Chapelle absentabsentabsentabsentabsentabsent
Laforêt absentabsent
De Brie absentabsentabsentabsent
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Scène 1

Laforêt, Molière

Le théâtre représente une salle à manger chez Molière. Une porte dans le fond ; une à droite et une à gauche.

Laforêt

Ah ! vous voilà, Monsieur ?

Molière

Me voilà !

Laforêt

Du souci ?...

Molière

Toujours.

Laforêt

Amphitryon n'a donc pas réussi ?

S'asseyant.

Molière

Au contraire : il a fort désopilé les rates. Mais ce Mercure m'a rompu les omoplates.

Laforêt

Jusques à quand, Monsieur, voulez-vous les jouer Ces rôles où de coups vous vous faites rouer, Sganarelle et Géronte, et Sosie, et vingt autres ?... Les rôles les plus doux devraient être les vôtres ; Vous toussez, il vous prend des hoquets en parlant, Vous revenez lassé, de sueur ruisselant ; Vous vous tuez enfin !

Molière

Là ! Ne sois pas si prompte...

Laforêt

Et puis, fatigue à part, j'aurais un peu de honte, S'il me fallait jouer les sots et les poltrons Et prêter, chaque soir, l'échiné à tant d'affronts.

Molière

Ah çà ! décidément, Boileau t'a fait visite, Laforêt ?

Molière, tousse.

Laforêt

Non, Monsieur, mais tout cela m'excite... Tenez ! voilà la toux !

Molière

Fais-moi chauffer du lait.

Laforêt

Un verre de bon vin, une aile de poulet...

Molière

Non, je ne soupe point !... Mais ma femme soupe, elle, N'est-ce pas ?

Laforêt sort par le fond.

Laforêt

Je ne sais.

Se levant.

Après un silence.

Molière

Avec Lauzun, Chapelle, Guiche, Guérin... peut-être avec l'ingrat Baron, Mon élève, mon fils !... Ah ! Le voilà l'affront !... L'affront toujours vivant, qui me fait saigner l'âme ! Oh ! Si j'étais aimé seulement de ma femme ! Si, le soir, en rentrant, je la trouvais ici, Prête à noyer dans un sourire mon souci, Et, pour me faire accueil quand je parais morose, Offrant âmes baisers un joli bambin rose !... Si je pouvais, en les prenant sur mes genoux, Dire : « Assez pour autrui : vivons un peu pour nous ! » Comme je braverais les cris et la colère Des faquins emplumés à qui j'ai su déplaire, Des pédants, des fâcheux que mon vers fustigea Et des bigots qui m'ont cent fois damné déjà !... Mais, rien ! Le foyer froid et la maison déserte !

Laforêt

Eh bien ! Et moi, Monsieur ?

Molière

Pardon !

Laforêt

Je sais bien, certes, Que la vieille servante est loin de remplacer Un beau jeune tendron...

Molière

Laisse-moi t'embrasser, Laforêt ! Car toi seule encor...

Scène 2

De Brie, Molière, Laforêt

De Brie

Autre blasphème !

Molière

De Brie ?...

De Brie

Oui, puisqu'il faut vous prouver qu'on vous aime !

Aux deux femmes.

Il s'assied à table. Laforêt et de Brie vont et viennent par la porte du fond, et apportent une collation.

Molière

Ah ! Merci, chère enfant ! C'était donc un complot ? Soupons alors ! Six mois je n'ai bu que de l'eau Et du lait ; c'est malsain : au diable les tisanes Et les docteurs !

De Brie

Fort bien, ce sont des sots !

Laforêt

Des ânes !

Molière

Tu vas loin !

Laforêt

Voilà pas qu'il fait le renchéri ?

Molière

Des médecins pourtant je n'ai pas beaucoup ri.

De Brie

Oh ! non, mais ça viendra !

Molière

Dam ! si je suis malade ! Je raille Alceste quand je me sens trop maussade, Arnolphe quand ma femme a fui de la maison, Et Dandin quand je suis... trompé comme un oison !

Laforêt

Quoi ! Vous y revenez ?

De Brie

Dites-nous donc, cher maître, Dans quels moments bénis de joie et de bien-être, D'Éliante et d'Agnès vous faites les portraits ?

Laforêt

En quel temps avez-vous étudié de près, Pour les camper si bien, les deux poings sur les hanches, Ces sages en jupons trop courts et coiffes blanches Qui s'appellent Dorine et Nicole ?

Regardant en souriant de Brie.

Molière

Ma foi, Celles-ci sont un peu tes parentes à toi. Les autres...

De Brie

Taisez-vous !

Molière

Et quant à Célimène, Son véritable nom...

Laforêt

Hélas ! tout l'y ramène.

Molière

L'ingrate !... et pour des sots !... Un Guérin d'Estriché, Un Baron, de succès galants tout entiché, Un Lauzun, courtisan bouffi d'effronterie...

Laforêt

À quoi bon parcourir toute la galerie ?

Molière

Laforêt a raison ! Quel pauvre homme je suis ! Allons, versez à boire, et noyons les ennuis. Il nous faudrait Chapelle.

Laforêt

Un libertin damnable !

De Brie

Est-ce donc se damner que d'un peu rire à table ?

Laforêt

La Fontaine et Boileau...

Molière

Pour le bonhomme, encor Passe, il est assez gai, mais l'autre vous endort. À propos, nous allons faire encore un esclandre : Le roi veut voir Tartuffe à son retour de Flandre ; Nous allons répéter demain.

De Brie

Et j'y jouerai...?

Molière

Marianne, parbleu !...

De Brie

Que je vous aimerai ! Car vous ferez Valère, et mon coeur en raffole. Sera-ce assez gentil !

Molière

Ah ! Chère tête folle ! Les rôles de barbon sont à présent mon fait, Et je vais, dans Tartufe, être un Orgon parfait.

De Brie

Orgon ?... pouah !

On entend des coups à la porte d'en bas.

Vivement.

À Laforêt.

Molière

Vous verrez si j'y suis supportable, Et comme, en me cachant prestement sous la table, Ma femme.... On a frappé ! Va voir si ce n'est point Armande.

Elle sort à gauche.

Laforêt

Ô grand naïf !

De Brie

À la lourdeur du poing, Je crains bien d'un fâcheux la visite incongrue.

Molière

Tu crois ?... Tâchez alors de le mettre à la rue. Je n'y suis pas.

On entend une grosse voix dans l'escalier.

De Brie

Monsieur, pour répéter Orgon, Si vous vous cachiez là ?...

À de Brie, montrant la porte de droite.

Il sort par la droite.

Molière

C'est un accent gascon ! Sauvons-nous... Je serai derrière cette porte, Et pourrais au besoin...

Scène 3

Laforêt, Le Marquis de Montespan, De Brie

Laforêt

Pour venir de la sorte, À dix heures, troubler d'honnêtes gens chez eux, Quels motifs avez-vous?

Il place les deux hommes dans l'escalier.

À Laforêt avec violence.

Le Marquis de Montespan

Placez-vous là tous deux. Quels motifs ? Je t'ai dit que c'est à ses épaules Que ces gens les diront avec leurs grandes gaules ! Fais-moi venir ici ce bouffon éhonté !

De Brie

Mon Dieu !

Laforêt

Je vais crier !

Le Marquis de Montespan

Criez en liberté : Le guet ne viendra point, et j'ai posté dix hommes À quatre pas d'ici.

De Brie

Mais, Monsieur, nous ne sommes Que deux femmes céans...

Allant à la porte du fond et frappant du poing.

Appelant.

Molière entre par la droite et s'avance gravement et avec beaucoup de dignité vers Montespan qui recule un peu surpris.

Le Marquis de Montespan

Les hommes sont cachés ? Hé ! Molière !

Scène 4

Molière, Le Marquis de Montespan, De Brie

Molière

Monsieur, c'est moi que vous cherchez ?

Le Marquis de Montespan

Je cherche l'insolent qui, devant le parterre, Vient de glorifier trois heures l'adultère ; Le rimeur immoral, doublé d'un histrion, Qui livre à Jupiter l'honneur d'Amphitryon. - Je veux le bâtonner, et c'est ce qui m'amène.

De Brie

Bon ! un Amphitryon dont on a pris l'Alcmène !

Molière

Je suis Molière.

Le Marquis de Montespan

Vous ?

Allant à la porte de gauche et s'adressant aux deux hommes.

Il ferme la porte au verrou.

Molière

Moi... Mais quant au bâton, Je le subis en scène, et point dans ma maison. Sortez, drôles !

Le Marquis de Montespan

Monsieur, sachez que l'on me nomme Marquis de Montespan...

Molière

Vous êtes gentilhomme, Et je ne le suis point ; mais si vous consentez À laisser un moment vos noms et qualités, Je vous demanderai pourquoi tous ces outrages.

Le Marquis de Montespan

Des outrages ?... c'est vous, Monsieur, dont les ouvrages Insultent chaque soir, avec impunité, La noblesse, l'honneur, la foi, la chasteté; Vous, qui n'avez jamais plus vives épigrammes Que contre les maris dont on séduit les femmes !

Molière

Décidément, le bât le blesse en cet endroit.

Le Marquis de Montespan

Ma femme est à présent la maîtresse du roi.

À Laforêt et de Brie.

Les deux femmes sortent par le fond.

Molière

Monsieur ?... Sortez.

Scène 5

Le Marquis de Montespan, Molière

Le Marquis de Montespan

Ah ! bah ! Personne ne l'ignore Que cette Mortemart, hélas ! Nous déshonore.

Molière

Je l'ignorais, Monsieur, et ces dames aussi ; Quelle rage vous prend de vous trahir ainsi ?

Le Marquis de Montespan

Il vaudrait mieux, je sais, être un mari commode Et poli, taisant tout, comme c'en est la mode, Sachant céder sa place, et, derrière le dos, Tendant sa main où son rival met des cadeaux... Mais je ne hais rien tant qu'un mari philosophe, Et tout Paris va voir de quel bois je me chauffe !

Molière

Vous allez donc crier partout à haute voix ?...

Le Marquis de Montespan

Oui, Monsieur, devant tous, même devant Louvois (Que ma femme, toujours prévenante et gentille. Charge de me loger, dit-on, à la Bastille). Même devant le Roi !...

Molière

Marquis, vous vous perdrez.

Le Marquis de Montespan

Oh ! Si de vos conseils, Monsieur, vous m'honorez !...

Molière

Peste soit du bourru !

Le Marquis de Montespan

Je viens des Pyrénées...

Molière

On le voit bien : un ours !

Le Marquis de Montespan

J'ai passé quatre années Dans un isolement complet, et, chaque jour, J'envoyais à ma femme un message d'amour, Suppliant, attendant le retour de l'ingrate... Sandis ! Ma patience est à bout, et j'éclate ! Et j'irai, dès demain, j'en fais ici serment, Reprendre Athénaïs à son royal amant...

Molière

Mais je ne suis pour rien, je crois, en cette affaire.

Le Marquis de Montespan

Vous, Monsieur! Vous avez loué cet adultère ! Vous êtes un de ces courtisans sans pudeur Qui des vices du roi lui font une grandeur, Qui chantent sa faiblesse à l'égal de sa gloire, Et lui comptent un crime au poids d'une victoire !

Molière

En un mot comme en cent, ma pièce vous déplaît ?

Le Marquis de Montespan

Amphitryon, Monsieur, est l'oeuvre d'un valet Qui déprave son maître en approuvant ses fautes.. Le théâtre a, je crois, des missions plus hautes.

Molière

Et vous avez, Marquis, quelques prétentions À m'enseigner ici ces hautes missions ? C'est plaisant !... J'ai déjà fait quinze comédies, Par la ville et la cour chaudement applaudies, Où l'on trouve, il paraît, assez de vérité, Et qui peut-être iront à la postérité... Et, parce que le roi les soutient et les aime, Mes ouvrages sont tous dignes de l'anathème ?

Le Marquis de Montespan

Eh ! s'il les aime, c'est que vous l'y flagornez, Et lui brûlez partout de l'encens sous le nez. Je comprends qu'il ait ri tout à l'heure et pour cause !... Votre pièce finit par son apothéose !...

Molière

Mais Plaute, qui traita ce sujet avant moi, Pensez-vous qu'il voulût aussi flatter le roi ?

Le Marquis de Montespan

Morbleu ! L'on sait fort bien que messieurs les poètes, Ont toujours pour louer des fables toutes prêtes, Sur lesquelles ils vont rebrodant à nouveau, Les fades compliments dont est plein leur cerveau ; Vous n'eussiez pas choisi cette pièce romaine, Si le roi - Jupiter - n'eût pris ma femme - Alcmène...

Molière

Savez-vous bien, Marquis, que vous extravaguez, Et que les noms affreux que vous me prodiguez, Bien que je sois au fond un auteur philosophe, Pourraient bien me pousser à vous trouer l'étoffe ?

Le Marquis de Montespan

Qu'est ce à dire ? un duel ? de vous à moi ?

Silence.

Molière

Pardon ; Vous m'avez menacé de vos coups de bâton, Parce que vous avez des argousins à gage... Je suis plus modéré, je crois, en mon langage, Puisque, pouvant au roi raconter vos affronts, Je dis : « Si vous voulez, Marquis, nous nous battrons. »

Le Marquis de Montespan

Je le veux bien !... Au fait, ce doit être bizarre : Un duel de marquis à rimeur, et fort rare ! Or, j'ai juré de faire un scandale d'enfer : C'est entendu, Monsieur, nous croiserons le fer, Mais quand ?

Molière

Ce soir.

Le Marquis de Montespan

Où donc ?

Molière

Ici même, sur l'heure ! J'ai deux lames, et vais vous offrir la meilleure.

Le Marquis de Montespan

Eh ! Quoi ! pas de témoins pour juger du combat ?

Molière

Un duel, ce n'est pas une affaire d'État ! Et, de même qu'il faut enfouir dans son âme Les affronts que l'on peut recevoir de sa femme...

Le Marquis de Montespan

Le détour est adroit... mais je suis, là-dessus, Intraitable, et je veux que les affronts reçus Soient tous vengés ! Je veux qu'au fond d'un monastère Ma femme aille expier son brillant adultère ! J'ai déjà pris le deuil, ainsi que pour sa mort ; Mais comme le roi peut m'envoyer dans un fort Pour me punir d'avoir osé vouloir ma femme, Je veux, si mon pourpoint résiste à votre lame, Aller demain encor, comme j'ai fait tantôt, Me promener sous les fenêtres du château, À Versailles Déjà mon bizarre équipage Parmi les curieux a fait quelque tapage...

Molière

Quel équipage ?

Le Marquis de Montespan

Un noir carrosse surmonté De cornes. Vous riez, Monsieur ?

Molière

En vérité, Vous êtes inventif par delà toutes bornes, Marquis ! Un noir carrosse agrémenté de cornes !... Je ne me battrai plus avec vous à présent.

Le Marquis de Montespan

Pourquoi, Monsieur ?

Molière

Pourquoi ? Vous êtes si plaisant, Vous ferez tel fracas avec votre équipée, Que j'aurais un regret mortel si mon épée Privait le bon public d'un spectacle si gai.

Le Marquis de Montespan

De votre ton railleur je suis très fatigué, Monsieur !

Il rit aux éclats.

Molière

Excusez-moi, Marquis ! je suis malade, Et j'ai le plus souvent le naturel maussade ; Laissez-moi rire un peu, cela fait tant de bien !

On frappe du dehors.

Le Marquis de Montespan

Je suis fou de souffrir que ce comédien...

Molière

Ne bougez pas, Marquis.

Scène 6

Laforêt, Chapelle, Molière, Le Marquis de Montespan, De Brie

Elle sort à gauche et on l'entend crier.

Laforêt

On frappe encor. Qui vive ?

Chapelle

As-tu peur, Laforêt ?

Molière

Chapelle ! un gai convive, Un bavard endiablé, marquis, que celui-là, Et qui peut vous aider à faire de l'éclat ! Il a deux cents amis qui sauront la nouvelle Au point du jour, et la répandront avec zèle...

Le Marquis de Montespan

Je ne veux point, Monsieur, d'un pareil allié ! Et puis j'ai réfléchi... Que tout soit oublié. Vous avez quelques droits à me railler peut-être ; Chapelle n'en a point.

Montespan s'assied. - Appelant.

Molière

Alors, daignez vous mettre À cette table, et boire en galant compagnon. De Brie !

Le Marquis de Montespan

À votre ami, Monsieur, taisez mon nom.

De Brie

Qu'est-ce ?

Molière

Chapelle est là, reprenez votre place.

De Brie

Ah ! Nous sommes sauvés !

Chapelle est un peu pris de vin pendant la première moitié de la scène.

Il embrasse Molière, Laforêt, et veut embrasser de Brie qui le

Chapelle

Viens çà que je t'embrasse Pour le chef-d'oeuvre exquis que tu nous as donné !

Le Marquis de Montespan

Encore un complaisant ? Je suis assassiné !

Montespan s'incline à peine et ne dit mot.

Chapelle

Monsieur ?...

Molière

Assieds-toi là, près de ce gentilhomme, Un de mes vieux amis de Gascogne... et qu'on nomme... Seigneur du Mont-Perdu, marquis de Bois-Jaloux.

Le Marquis de Montespan

Mordieu ! L'impertinent !

À Laforêt qui sert à table.

Buvant, à Molière.

Il boit.

Il chante :

REFRAIN.

2ème COUPLET.

Chapelle

Marquis, je bois à vous ! À la vôtre, de Brie, adorable ingénue ! Tu ne bois pas un coup pour fêter ma venue ? Grand critique en jupons, dont le simple bon sens Vaut mieux que le savoir de quarante pédants ! Ho ! Ton vin est meilleur qu'à la Croix-de-Lorraine. C'est donc là, vieux sournois, ta source d'Hippocrène ? Comme je comprends bien les petits vers exquis De ton Amphitryon ! - À la vôtre, marquis ! Chantons-nous pas un peu, comme autrefois ? J'enrage De voir qu'autour de moi le monde devient sage ! « Ô mes bons compagnons, jadis Buveurs sans honte et sans reproche, Quel hiver vous a refroidis ? Vous ne buvez que l'eau de roche ! Las ! Et vous oubliez les nuits Où les muids succédaient aux muids, Où les verres pleins de cervoise ! Se vidaient si dévotement, Où le vin, nectar écumant, S'épandait en verve grivoise ! » « De notre bande au cabaret Ô l'éternelle beuverie! Quels pots de vin, brun ou clairet 1 Blanc ou bleu notre confrérie Vidait jadis au cabaret ! Dans mon vin qui rit, ô regret ! Je bois une larme attendrie ! » « Racine est mort, mort est Boileau, Puisque leurs pâlissantes trognes Ne se mirent plus que dans l'eau, Dans l'eau, ce poison des ivrognes, Toi, Saint-Amand, ô buveur-roi, Tu cuves dans un tombeau froid Ton dernier vin. Rigide et calme, Tu te rappelles maintenant Ces tournois où pas un tenant N'osait te disputer la palme ! De notre bande au cabaret... » etc.

Molière

Ta chanson n'est point gaie.

Chapelle

Elle porte le deuil De nos petits soupers à ta maison d'Auteuil.

Molière

Il est vrai. Le bon temps !... t'en souvient-il, de Brie ?

Moment de silence parmi les convives.

De Brie

S'il m'en souvient !

Nouveau silence.

Chapelle

Voyons ! Cette larme attendrie, C'est pour la rime !... Diable ! Un Chapelle versant Des larmes dans son vin ? Ce serait amusant ! - A la vôtre, Marquis ! Et la pièce nouvelle, Amphitryon, comment la trouvez-vous ? Fort belle, N'est-ce pas ?

Le Marquis de Montespan

J'en ai dit tantôt mon sentiment.

Chapelle

Admirez-vous surtout ce leste dénouement, Et la moralité qui de l'oeuvre transpire ?

Le Marquis de Montespan

Hum !

Molière

Vous vous trahirez !

Vers par lesquels Sosie termine Amphitryon.

Chapelle

« Faisons trêve aux discours, Et que chacun chez soi doucement se retire : Sur telles affaires toujours Le meilleur est de ne rien dire. »

Le Marquis de Montespan

J'enrage !

Molière

Calmez-vous.

Chapelle

Et Jupin s'enfuyant Vers l'Olympe, et laissant Amphitryon béant ?

Le Marquis de Montespan

Corbleu ! Ce dénouement vous en parlez à l'aise ! Courtisans débauchés, je comprends qu'il vous plaise, Car tout vous semble bien dès que le maître a ri ! Mais que si vous étiez le malheureux mari, Tous trouveriez cela bien moins plaisant, en somme.

Chapelle

Ah ! diable ! j'ai marché sur les cors du bonhomme !

Le Marquis de Montespan

Si vous étiez, ayant atteint l'âge que j'ai, Les époux d'un tendron qui vous donnât congé, Qui vous laissât moisir pendant plusieurs années Dans un manoir désert, là-bas, aux Pyrénées, Et traînât loin de vous, avec votre blason, Des bâtards destinés à porter votre nom, Vous trouveriez alors que l'affront est sensible, Et qu'un mari... trompé, ce n'est pas si risible !

Chapelle

Son nom de Bois-Jaloux est dignement porté !

De Brie

Mais ce n'est point son nom.

De Brie qui parle bas.

Se levant, à Montespan, montrant Molière.

Chapelle

Comment ? En vérité ? Marquis, excusez-moi. J'ignorais par sa faute Que mon ami chez soi possédât un tel hôte...

Le Marquis de Montespan

Vos excuses seraient des insultes encor : Taisez-vous, s'il vous plaît !

Chapelle

Au diable le butor !

Le Marquis de Montespan

Quant à vous qui prêchez cette morale obscène, Et traînez les maris trompés sur votre scène...

Molière

Mais en les y mettant c'est moi que j'y produis ! Vos griefs contre moi vont être bien réduits Quand vous saurez qu'au fond de ma philosophie (N'allez pas répéter ce que je vous confie !) Se cachent les tourments d'un mari malheureux : Je raille les jaloux, mais je suis l'un d'entre eux...

Le Marquis de Montespan

Oh ! Les conditions, Monsieur, sont différentes : Le théâtre, on le sait, a des moeurs tolérantes, Des amours passagers, éclos en un instant, Et qu'avec son costume on dépouille en sortant. On s'y prend, on s'y quitte, on s'y reprend encore, Mais une trahison jamais n'y déshonore, Et l'on doit peu souffrir quand un caprice rompt Ou dénoue un lien à se former si prompt.

Molière

Voilà ce que partout on nous jette à la face : Au théâtre, tout n'est que fard et que grimace ; Un coeur n'y bat jamais à l'abri d'un pourpoint ; Sous le comédien l'homme n'existe point, C'est en-tendu!... Que si l'acteur est un poète, Il n'a rien dans le coeur, tout lui vient de la tête. Il fait pleurer et rire, il place devant vous Des hommes bien vivants, des sages et des fous, Arnolphe aimant Agnès, Alceste? Célimène, Tous payant leur tribut à la faiblesse humaine... C'est fort bien ! Mais celui qui les fait discourir, N'a ni le droit d'aimer ni le droit de souffrir ; Il ne peut éprouver ce qu'aux autres il prête, Car ce n'est qu'un acteur et ce n'est qu'un poète ! Quelle dérision !

Molière tousse.

Chapelle

Bien, Molière !... Boileau, Dans son fameux sermon sur les charmes de l'eau, Sermon pendant lequel il but mainte rasade, Ne fut, au prix de toi, qu'un endormeur maussade.

De Brie

Mais cela vous fait mal d'y mettre tant de feu !

Il sort en toussant suivi par de Brie.

Molière

Je suis comédien, tout cela n'est que jeu !

Scène 7

Laforêt, Chapelle, Le Marquis de Montespan

Laforêt

Vous voulez donc, marquis, lui faire rendre l'âme, Franchement !... Hé ! Morbleu ! Que nous fait votre femme ? Elle vous trompe... Quoi ! Vous avez du souci ? Mais la nôtre est pareille, et nous en donne aussi !...

Chapelle

Et vous avez sur nous encor cet avantage, Marquis, que vous souffrez d'un illustre partage.

Le Marquis de Montespan

Un partage ! Jamais !

Chapelle

Je sais tel grand seigneur Qui prendrait votre affront pour un excès d'honneur ! Tandis que lui, Marquis, sa femme le délaisse Pour deux ou trois galants de roturière espèce, Et descend de l'auteur d'ouvrages éternels À Guérin et Baron, deux bouffons solennels !

Le Marquis de Montespan

Elles sont donc partout les mêmes ces... femelles !

Chapelle

Toutes ? non. Regardez : il en est de fidèles.

Scène 8

De Brie, Molière, Chapelle, Laforêt, Le Marquis de Montespan, Une Voix

De Brie

Vous ne souffrez plus ?

Molière

Non. Merci, ma chère enfant !

De Brie

Quand vous toussez ainsi, j'ai mon coeur qui se fend ! . - Chassez cet importun, ne gardons que Chapelle... Je vous dirai mon rôle.

Haut, en souriant.

Molière

Aussi bonne que belle !.. Pauvres coeurs méconnus que nous sommes tous deux ! Éliante !

De Brie

Alceste !

Chapelle

Hé ! Ce sont des amoureux !

À la vue de Molière souffrant, il se produit chez Montespan, bon coeur au fond, un apaisement subit.

Laforêt

Plût à Dieu que mon maître oubliât son Armande, Et qu'il aimât ailleurs !

Le Marquis de Montespan

Monsieur, je vous demande D'oublier mes gros mots et mes emportements, Nous souffrons tous les deux, je vois, mêmes tourments ; Vous savez les cacher, vous pouvez même en rire Et changer en leçons pour nous votre martyre : Je suis moins philosophe, ou moins fort de moitié, Et pour qui me trahit mon coeur est sans pitié !...

Molière

Mais pourquoi les montrer, ces tourments qu'on ignore ? C'est par le bruit qu'on fait que l'on se déshonore.

Le Marquis de Montespan

Eh bien, je me tairai, je l'essaierai du moins, Et pour mieux dévorer mes affronts sans témoins, Je reprends le chemin de nos chères vallées, Qui de ces trahisons ne sont jamais troublées, Et qui n'ont pour tout bruit que le chant des oiseaux, Le murmure du gave et la voix des troupeaux. Je me fais paysan, je retourne mes terres, J'ensemence de blé nos landes solitaires, Je répands par mes prés des vaches et des boeufs, Et des moutons bêlants sur mes coteaux herbeux. Je taille en mon verger les pêchers et les treilles, Veille à la basse-cour, au vivier, aux abeilles... Parfois, pour me distraire, armé d'un long roseau, Je jette l'hameçon aux truites du ruisseau, Puis prenant un épieu, fièrement j'accompagne Dans leurs chasses à l'ours, mes voisins de montagne, Les seigneurs de Biron, dont les pères jadis, Ont mis le Béarnais sur le trône des lis, Et qui, disgraciés, oubliés de Versailles, Ont gardé leur honneur intact et leurs murailles.

Molière

Voilà des sentiments tels qu'on en doit avoir Quand on souffre, Marquis !... Allez donc les revoir Ces bois, ces champs, ces prés, ces terres paternelles, Qui, quand tout nous trahit, nous demeurent fidèles, Dissipent nos chagrins, apaisent nos remords, Nous nourrissent vivants et nous abritent morts.

Le Marquis de Montespan

Venez donc avec moi vous rasséréner l'âme.

Molière

Non. Mon oeuvre imparfaite encore me réclame.

Le Marquis de Montespan

Votre oeuvre ?

Molière

Oui. Vous allez défricher vos guérets, Ensemencer vos champs, replanter vos forêts Or j'ai... ma terre à moi, dont je suis idolâtre, Que je veux féconder aussi, c'est le théâtre. Terre ingrate, terrain perfide, où si souvent Le grain ne lève pas et se dessèche au vent ! Terrain que, jusqu'ici, des laboureurs frivoles Avaient ensemencé d'ivraie et d'herbes folles, Et qu'en tout sens je veux remuer, assainir, Afin que les moissons y puissent bien venir. - En termes clairs, je veux mettre encor sur la scène Quelques échantillons de la sottise humaine ; Tourner et retourner l'homme dans tous les sens, Lui montrer ses côtés odieux ou plaisants, Et, d'aimables dehors habillant ma satire, Faire un peu réfléchir en faisant beaucoup rire.

Le Marquis de Montespan

Ah ! vous avez raison ! Tenez, j'étais un sot Quand sur votre métier je vous raillais tantôt. Continuez, Monsieur, fustigez sans faiblesse Les marquis fanfarons entichés de noblesse, Les bigots, les fâcheux, les niais, les bourrus, Les pédants dont les noms se terminent par us, Ou par es, les Cathos, oracles des ruelles... Mais réservez toujours quelques flèches cruelles Pour les maris trompés qui viennent, comme moi, Se plaindre de l'honneur que leur fait le grand roi.

Il se rassied.

Chapelle

Marquis, je suis charmé de vous voir raisonnable. Cet heureux changement veut qu'on le fête à table.

Coups répétés à la porte.

Le Marquis de Montespan

Que le roi garde en paix son illustre catin ! Je vais faire enlever mon fils le duc d'Antin, Pour qu'il ne soit jamais perverti par sa mère, Ni coudoyé par les enfants de l'adultère ; Et, mettant vingt pays entre ma femme et moi, Attendre le moment.

du dehors

Une Voix

Ouvrez ! au nom du roi !

Stupéfaction générale.

Chapelle

Au diable ! je suis pris !

Molière

Comment ?

De Brie

J'ai peur !

Molière

Explique Ce qui peut te causer...

Chapelle

C'est... la force publique, Le guet, que nous avons tantôt... avec Faret Et d'autres... tu comprends... ! Sortant du cabaret, Nous avions le sang chaud, et, transformant les rôles, Nous avons quelque peu mis en fuite ces drôles.

Une Voix

Ouvrez !

Il sort à gauche.

Molière

Attendez là, je vais parlementer.

Scène 9

Le Marquis de Montespan, Chapelle, Laforêt

Le Marquis de Montespan

Si c'était moi, Monsieur, que l'on vînt arrêter ?

Il empoche la bouteille.

Il met une tranche de pâté dans l'autre poche.

Il va pour sortir.

Chapelle

Ah ! bah ! Prenons au moins ce flacon délectable ; La prison en janvier, est très peu confortable, Et l'eau pure est si froide ! Un coin de ce pâté Pour faire contre-poids. Allons, je suis lesté.

Le Marquis de Montespan

La troupe que tantôt vous avez mise en fuite ?...

Chapelle

Était là, sous le mur, à droite.

Le Marquis de Montespan

C'est ma suite, Et non le guet !

Chapelle

Pardon ! je ne me trompe pas, Marquis, et le guet seul peut filer de ce pas. Vos hommes aux talons portent-ils donc des ailes ?

Le Marquis de Montespan

Poltrons !

Chapelle

Encore un coup. - Adieu, Mesdemoiselles.

Laforêt

Pauvre ami !

Molière rentre.

Le Marquis de Montespan

J'ai regret...

Scène 10

Molière, Le Marquis de Montespan, Chapelle, De Brie, Voix De L'exempt, Laforêt

Molière

On vient vous arrêter, Marquis.

Le Marquis de Montespan

Moi ?

Molière

Vous.

Chapelle

Voyons, est-ce pour plaisanter ?

Molière

Du tout : l'exempt est là... l'ordre est de La Reynie.

Le Marquis de Montespan

Je reconnais ma femme à cette ignominie, Et ce valet brutal qu'on appelle Louvois ! D'un époux trop gênant on étouffe la voix, C'est dans l'ordre, et les rois ont construit la Bastille Pour mettre le mari dont la femme est gentille.

Molière

Votre absurde carrosse est cause de cela ! Mais le roi, j'en suis sûr, ignore cet éclat ; Je le verrai demain.

Saluant.

Il va pour sortir et se livrer.

Le Marquis de Montespan

Merci, Monsieur Molière. Mesdames !

Chapelle

J'ai regret...

Tous le regardent surpris.

Molière

L'idée est singulière... Et cependant... Allons, tout pourra s'arranger...

Chapelle

Que dit-il ?

Molière

Entre vous hâtez-vous de changer De pourpoint.

Chapelle

Hé ! Comment ?

À Montespan.

Molière

C'est toi que l'on appelle Marquis de Montespan, et vous êtes Chapelle.

Le Marquis de Montespan

Monsieur !

Molière

Hâtez-vous donc.

Chapelle

Es-tu fou ?

Molière

Si c'est lui Qu'on encage, il en a pour de longs jours d'ennui : La prison s'ouvre vite, et lentement se rouvre ; Tandis que si c'est toi, demain tout se découvre, Je vais parler au roi, l'on voit qu'on s'est trompé, Et tu sors, quand Monsieur sans bruit a décampé.

Le Marquis de Montespan

Je ne puis me prêter à pareil subterfuge ; Qu'on m'emprisonne, soit ! il faudra qu'on me juge.

Molière

Hé ! l'on ne juge point ceux qu'on arrête ainsi ! On vous enterrera dans un fort, loin d'ici, À Pignerol, ou bien au Château d'If, n'importe...

Montespan et Chapelle échangent leurs pourpoints et leurs chapeaux.

Chapelle

Je me dévoue, allons, cette raison l'emporte ! Et puis, c'est un bon tour, digne de Rabelais.

Le Marquis de Montespan

Corbleu ! L'on me prendrait pour un de mes valets !

Molière

Sous un déguisement la fuite est plus aisée.

Chapelle

Aurai-je d'un marquis la démarche empesée ?

Molière

La nuit est noire, va, cher ami, dors en paix !

Le Marquis de Montespan

Que je me semble gueux !

Chapelle

Que je me trouve épais !

Le Marquis de Montespan

Mes gens en me voyant me fermeront la porte !

Chapelle

Si ma mère m'eût vu fagoté de la sorte !

Molière

Vous êtes bien tous deux.

Il reprend le flacon dans la poche de Montespan.

Il reprend le pâté. - À de Brie et Laforêt.

Chapelle

Rendez donc le flacon. Et le pâté ! C'est dur pourtant pour un garçon De remplacer un vieux jaloux.

De Brie

C'est héroïque !

À De Brie.

Chapelle

Pour un épicurien, je me trouve stoïque ! Si vous vouliez pourtant, charmante, d'un baiser Adoucir les ennuis où je vais m'exposer !

De Brie

Cela diminuerait, par trop le sacrifice : On couronne un martyr, mais après son supplice.

Chapelle

Tu viendras me chercher ?

Le Marquis de Montespan

Je ne sais quelque jour Si je pourrai, Monsieur, vous payer de retour.

Chapelle

J'espère bien que non ! Je suis célibataire, Et veux l'être jusqu'à ce qu'on me porte en terre.

Molière

Finissons ces discours, Marquis ; on vous attend.

Ouvrant la porte de gauche et s'adressant à l'exempt avec solennité.

Chapelle

Pour faire un peu de bien, qu'il en coûte pourtant ! Est-ce à moi qu'on en veut ?

sur le palier

Voix De L'exempt

Est-ce vous qu'on appelle Marquis de Montespan ?

Chapelle

C'est moi.

Laforêt

Pauvre Chapelle !

Scène 11

Molière, Le Marquis de Montespan, Laforêt, De Brie

Molière

Vous voyez, cher marquis, que la dextérité D'un poète comique a son utilité.

Tendant la main à Molière.

Le Marquis de Montespan

Je vois que j'ai blessé, dans ma jalouse rage, Un homme dont l'esprit égale le courage ! Votre ami pour toujours, Monsieur Molière !

Molière

Et moi, Votre humble serviteur, Marquis.

Ils s'embrassent.

Le Marquis de Montespan

Non, sur ma foi !... Serviteur ? Allons donc ! Je vous tiens pour un maître, Et vous embrasserai, si vous voulez permettre.

Laforêt

Il n'a pas celui-là des boutons de cristal À son gilet ! Et moi, qui le croyais brutal ! Le pauvre homme !

Le Marquis de Montespan

Ah ! Tenez, vous êtes belle et douce ; Aimez ce grand esprit, que sa femme repousse, Égayez son logis, soufflez-lui de beaux vers, Et guérissez son coeur des maux qu'il a soufferts !

De Brie

Ce conseil est oiseux, marquis, je vous l'atteste : Éliante ne peut aimer jamais qu'Alceste... Aussi, quand Célimène a troublé sa raison, En lutin familier, je viens à la maison ; Je saute, je babille ainsi qu'une écolière, Et mets toute ma gloire à dérider Molière.

Molière

Quoi ! vous contez fleurette à de Brie, à présent ?... Il faut quitter Paris, le danger est pressant ; On peut s'apercevoir de notre stratagème.

Le Marquis de Montespan

Hélas ! partir la nuit, comme un voleur, sans même Récompenser celui qui pour moi s'est livré ?

Molière

Chapelle ? Hé ! N'a-t-il pas votre pourpoint doré ? Il le vendra pour boire. - Allons, et faites hâte.

Le Marquis de Montespan

Si je pouvais au moins souffleter mon ingrate !

Molière

Fi ! Marquis, je croyais tous ces transports calmés.

Le Marquis de Montespan

Vous les comprenez bien, Monsieur, si vous aimez !

Haut.

Molière

Hélas ! Oubliez-la !

Le Marquis de Montespan

Je ne peux !

Laforêt

Deux malades, Dont l'un veut guérir l'autre !

Molière

Auprès de vos cascades, À l'ombre de vos bois, le calme en votre sein Renaîtra : la nature est un grand médecin...

Le Marquis de Montespan

Et vous aussi, Monsieur ! Vos paroles sensées Ont remis l'équilibre au fond de mes pensées, Et je vous dois, non pas seulement d'éviter Le cachot où Louvois espérait me jeter, Mais de comprendre aussi, quoiqu'un peu tard en somme, Ce que, dans mon malheur, doit faire un galant homme. Votre Sosie, au fond, n'a pas un si grand tort, Et j'applaudis les vers que j'ai blâmés d'abord :

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.