Scène 1
Laroche, Julie de Latour
Laroche
Mademoiselle, voici l'instant décisif ; deux rivaux se disputent votre main, et c'est aujourd'hui qu'il faut choisir.
Julie de Latour
Je voudrais connaître les intentions de mon oncle.
Laroche
Et moi, je voudrais bien connaître les vôtres.
Julie de Latour
Monsieur de Chambre me paraît avoir d'excellentes qualités.
Air : Aimé de la belle Ninon.
Laroche
Moi, je crois (soit dit entre nous) Que, pour le bonheur d'un ménage, Il ne faut jamais que l'époux Affecte le maintien d'un sage. Souvent la femme d'un Caton, Dans un siècle comme le nôtre, Laisse à son mari sa raison, Et perd la sienne avec un autre. Oui ; mais il est bien sérieux : un mari sérieux ! Ah ! Prenez-y garde, mademoiselle.
Julie de Latour
Tu as, je le vois, une grande idée de nos forces... Mais, dis-moi, as-tu découvert quelque chose sur l'inconnu qui prétend à ma main ?
Laroche
Monsieur votre oncle ne dit que ce qu'il veut ; je sais seulement qu'on attend un homme célèbre dans l'art des calembours, et qu'on m'a donné l'ordre de préparer son appartement.
Julie de Latour
Je suis bien impatiente de savoir qui c'est.
Air d'Arlequin afficheur.
Laroche
De l'époux qu'on n'a jamais vu, On se forme une douce image ; Et pour lui le coeur prévenu Du bonheur rêve le présage. L'amant soumis qu'on attendait, Se montre, ce n'est plus qu'un maître : Pour l'aimer toujours, il faudrait Ne jamais le connaître. Modérez, croyez-moi, votre empressement, mademoiselle.
Julie de Latour
Trève de leçons, je n'aime point ta morale.
Laroche
Je vous annonce Monsieur de Chambre ; la sienne vous plaira peut-être davantage.
Scène 2
De Chambre, Julie de Latour, Laroche
De Chambre
Enfin, je puis vous trouver seule un instant.
Julie de Latour
Quel intérêt si puissant pouvait vous le faire désirer ?
De Chambre
L'impatience de voir décider mon sort. Vous savez, belle Julie, que de vous dépend tout mon bonheur. J'aurais déjà sollicité le consentement de votre oncle, si je pouvais me flatter d'obtenir le vôtre.
Romance du Prisonnier.
Julie de Latour
Les sentiments que l'on inspire, Ne doit-on pas les deviner.
De Chambre
Dans votre coeur je crains de lire L'arrêt qui doit me condamner.
Julie de Latour
Par l'amitié la plus constante Je vous ai payé de retour : Quoi ! votre âme n'est point contente ?
MÊME AIR.
De Chambre
L'amitié n'est pas de l'amour. Pour prix de tant d'amour, Julie, Vous m'offrez un froid sentiment ! Vous ne seriez que mon amie, Et moi, je serais votre amant.
Julie de Latour
Je crois répondre à votre attente Par une amitié sans détour.
De Chambre
Laissez ce mot qui me tourmente : L'amitié...
Laroche
Promet de l'amour, L'amitié promet de l'amour.
De Chambre
Ah ! Combien je me croirais heureux, si cette promesse était partie de votre coeur !
Julie de Latour
Je pouvais la démentir.
De Chambre
Julie !... Je vous connais trop généreuse pour me laisser un espoir que vous n'auriez pas dessein de couronner.
Julie de Latour
Suis-je maîtresse de mon sort ? Vous savez qu'un oncle a sur moi toute la puissance d'un père, et vous n'ignorez pas qu'il a déjà reçu les propositions d'un de vos rivaux.
Air : Souvent la nuit, quand je sommeille.
De Chambre
Si les talents, si la naissance, De votre oncle fixaient le choix, À mériter la préférence Peut-être aurais-je moins de droits ; Mais il vous aime, et son suffrage Va combler mes voeux aujourd'hui, Puisqu'il doit préférer celui Qui sait vous chérir davantage.
Julie de Latour
J'en accepte l'augure. Mais j'oublie que la santé de mon oncle réclame ma présence. Je vous quitte.
De Chambre
Souffrez que je vous accompagne auprès de lui, et qu'en partageant vos soins, je m'efforce à le disposer en ma faveur.
Scène 3
Laroche
Air : Cet arbre apporté de Provence.
Laroche
De l'aveu qu'ils viennent de faire, Chacun d'eux semble satisfait : Mais qui va si vite en affaire, N'arrive pas toujours au fait. Les deux amants auront beau faire, Sans le cher oncle rien n'est fait ; Et l'intérêt pourra défaire Ce que l'amour croit avoir fait. Voilà bien les amants ; un seul mot, et ils se croient sûrs du succès.
Scène 4
Laroche, Dubois
Laroche
Quelqu'un vient de ce côté... Un valet en livrée... Je ne reconnais point cet habit-là... Eh ! C'est monsieur Dubois.
Dubois
Quelle est la jolie bouche qui décline aussi bien mon nom ? Oh ! La charmante rencontre ! Quoi ! C'est toi, mon adorable ?
Laroche
Dubois est un peu familier. Il me parlait plus poliment avant de porter cet habit.
Dubois
Tu as raison, ma chère ; mais alors je n'étais pas homme... de condition.
Laroche
Monsieur veut dire en condition. Sais-tu qu'il y a cinq ans que nous ne nous sommes rencontrés, Dubois ?
Dubois
Oui, vraiment. Depuis notre dernière entrevue, il nous est tombé à chacun un lustre sur la tête : cela ne m'a pas empêché de faire bien des métiers.
Laroche
Voyons : lesquels ?
Air du petit Matelot.
Dubois
D'abord, commis à la barrière.
Laroche
Pour parler toujours poliment ?
Dubois
Ensuite garçon d'un libraire,
Laroche
Afin de lire couramment ?
Dubois
À Pézenas, je fus dentiste.
Laroche
Aussi, dis-tu la vérité. Est-ce tout ?
Dubois
Des courtiers, je grossis la liste. Oh ! Que non...
Laroche
Pour faire un cours de probité ?
Dubois
Et toi, ma belle, as-tu changé de condition ?
MÊME AIR.
Laroche
Chez une dévote discrète ; Moi ! J'ai fait aussi quatre maisons... D'abord.
Dubois
Aussi, tu ne médis jamais ?
Laroche
Puis j'entrai chez une coquette :
Dubois
L'art n'est pour rien dans tes attraits ?
Laroche
Après, dans une hôtellerie.
Dubois
Chacun te paya son écot. Et tu fus en dernier ?
Laroche
Dans un bureau de loterie.
Dubois
M'as-tu gardé quelque bon lot ? À propos, qu'est devenu Frontin, mon ci-devant rival ?
Laroche
Ah ! Celui qui voulait emporter aux îles une cargaison de vin de Champagne ?
Dubois
Sans doute pour que son vaisseau ne manquât pas de mousse.
Laroche
Il ne m'a pas écrit.
Dubois
Il n'a pas écrit ! C'est qu'en arrivant au port, il aura jeté l'ancre.
Laroche
Je vois que tu es aussi mauvais sujet qu'autrefois.
Dubois
Je pouvais jadis avoir des défauts ; mais maintenant je suis... Je suis un homme de qualité.
Laroche
Tu le suis... Et tu le nommes ?
Dubois
Monsieur de Bièvre, aimable courtisan, professeur de calembours, homme de lettres à la mode ; c'est pour le devenir que je suis entré chez lui.
Laroche
Devenir homme de lettres ! Toi, Dubois....
Air : Une fille est un oiseau.
Dubois
Ne voit-on pas aujourd'hui Des emprunts de toute espèce ? On emprunte la richesse, Même la femme d'autrui. Combien de belles vantées, N'ont que grâces empruntées ! Combien de vertus citées Des moeurs empruntent l'habit ! On emprunte sa coiffure, Et maint auteur qui figure N'a pu se mettre en crédit, Qu'en empruntant son esprit. Oui, je suis Dubois.... Dont on les fait ; d'ailleurs, cela n'est pas difficile à présent. Près de mon maître, il ne faut que de la mémoire.
Laroche
Est-il connu dans cette maison ?
Dubois
Depuis un siècle ! Sans un maudit voyage que nous obligea de faire une vieille Comtesse...
Laroche
Une ?...
Dubois
Une vieille contestation sur des biens de famille, mon maître aurait tenu fidèle compagnie au cher oncle, qui, dit-on, se porte assez mal. Comment va-t-il ?
Laroche
Le pauvre homme, perclus de la goutte, ne peut sortir de sa chambre.
Air : De la croisée.
Dubois
Ah ! Je le plains en vérité, Sa souffrance doit être extrême. Le mal dont il est tourmenté A pourtant un côté que j'aime. Si j'en crains l'effet douloureux, Son nom n'a rien qui me dégoûte : Quoique j'aime peu les goûteux, Parfois j'aime la goutte. Et je compte bien boire à la noce de mon maître.
Laroche
Et quelle est sa future ?
Dubois
Ta maîtresse. Son oncle y consent, c'est un mariage arrangé.
Laroche
Mais qui n'est pas fait.
Dubois
Aurions-nous un rival ?
Laroche
Cela se pourrait.
Dubois
Il n'est pas à craindre.
Laroche
Peut-être.
Air : La comédie est un miroir.
Dubois
Ah ! Si ta maîtresse a du goût, Elle doit préférer mon maître : Grâce, esprit, talents, il a tout, Et plaît dès qu'on le voit paraître. Dans l'art de vaincre un jeune coeur, Ne crois pas qu'il faille l'instruire : Celui qui fit le Séducteur, A tout ce qu'il faut pour séduire.
Laroche
Entre nous, mon cher Dubois, ton maître fera bien de renoncer à ses prétentions ; son rival est aimé.
Dubois
Tu le protèges, je gage ?
Laroche
Un peu.
Dubois
C'est trop. Son nom ?
Laroche
Monsieur de Chambre.
Dubois
Monsieur de Chambre, dis-tu ? Mais tu n'y penses pas. Nous devons tous deux être contre lui.
Laroche
Pourquoi cela ?
Dubois
Ne sommes-nous point par état voués à l'antichambre ?
Laroche
Je vois bien que toutes les bêtes ne sont pas à Montmartre.
Dubois
Très heureusement, car cela ferait un sot mont.
Laroche
Mon pauvre Dubois, qui te montre ce jargon ?
Dubois
Voici mon maître.
Scène 5
De Bievre, Laroche, Dubois
De Bievre
Mademoiselle de Latour n'est point ici ?
Laroche
Pardonnez-moi, monsieur.
Air nouveau.
De Bievre
Brûlant d'impatience De lui faire ma cour, Sans m'arrêter un jour, J'arrive en diligence.
Dubois
Oui, et bien suspendue encore ; la voiture allait si vite, que les cailloux battaient la caisse. Aussi avons-nous failli verser.
De Bievre
Eh bien, le grand malheur ! On nous aurait relevés avec un cric. Mais... Ne perdons point de temps, va vite, mon enfant, avertis ta maîtresse que je demande la permission de la voir, et dis-lui que si elle veut bien se rendre ici de bonne heure...
Dubois
Elle sera le nôtre.
De Bievre
Le coquin me l'a volé !
Laroche
J'obéis.
Scène 6
De Bievre, Dubois
De Bievre
À présent, Monsieur Dubois, il faut faire marcher de front l'Amour et Thémis, et cela doit être, parce qu'ils n'y voient pas mieux l'un que l'autre. Il faut aujourd'hui gagner ma maîtresse et mon procès. Pour cela, tandis que je vais intéresser en ma faveur l'oncle et la nièce, tu iras faire ma cour à certain homme de loi dont les bonnes grâces me sont aussi très chères.
Air : Ô ma tendre musette !
Dubois
Vautours et gens d'affaires, Corbeaux et procureurs, Éperviers et notaires, Et buses et rimeurs, Partout c'est la coutume, Il faut s'en consoler : Tout ce qui porte plume Est sujet à voler. Oh ! Oui, très chères ; mais cela ne doit pas vous étonner.
De Bievre
Prends mon cheval... Le coureur, celui auquel on a mis hier les fers aux pieds, et qui n'en va que plus vite.
Haut.
Dubois
Il est bon celui-là. Mais, monsieur, j'aime mieux prendre le mien ; le vôtre est si rétif, il fait des pointes.
De Bievre
Mon cheval fait des pointes ? Le charmant animal ! Eh bien ! Prends mon petit cheval de selle.
Dubois
Un cheval de sel, vous n'y pensez pas, monsieur ; s'il venait à pleuvoir, je jouerais au cheval fondu.
De Bievre
Comment ! Point d'éperons, toujours étourdi, toujours négligent !
Dubois
Et vous, toujours grondeur.
Gravement.
De Bievre
Cette fois-ci, je conviens que c'est à propos de bottes... Mais laissons cela ; prends cette lettre, et qu'elle soit remise avant deux heures.
Dubois
Avant deux heures ? Remise !.... Que cette lettre soit remise !
De Bievre
Eh bien ! Qu'attends-tu ?
Dubois
Un petit moment, monsieur ; une lettre.... Remise.... Ma foi, monsieur, je n'entends pas celui-là. Je me rends. Cependant je devine assez facilement comme monsieur peut voir.
Il lui donne la lettre.
De Bievre
L'imbécile ! Il lui faut toujours de l'esprit. Tiens-t-en à la lettre, maraud !
Dubois
Ah ! Pour le coup j'y suis, je vais la porter.
De Bievre
Et moi, je vais chez Monsieur de Latour.
Dubois
Monsieur n'a pas d'autres commissions à me donner ?
De Bievre
Non... Ah ! Tu passeras chez mon banquier pour toucher cette lettre de change, et tu iras aux Français pour savoir si l'on donnera demain ma pièce.
Dubois
Je serai ici dans une heure.
Scène 7
Laroche, Dubois
Laroche
Tu sors, Dubois ; où vas-tu donc ?
Dubois
Sur mes sens enflammés l'amour a tant d'empire. Je vais... je viens... je pars... et ne sais que vous dire...
Laroche
Je ne t'entends pas.
Dubois
Je te plains.
Laroche
Mais, monsieur Dubois, je vous trouve bien merveilleux. Savez-vous que vous visez à l'impertinence ?
Dubois
J'espère bien l'avoir attrapée.
Laroche
Croyez-vous qu'elle vous réussisse ?
Air : Honoré du brillant poste.
Laroche veut s'en aller.
Dubois
À la cour comme à la ville, Pour être du meilleur ton, Il faut toujours de son style Bannir la sotte raison. Quoi ! Vous faites la cruelle ! Sans doute !
Laroche
Je suis lasse du jargon.
Dubois
Je croyais ton coeur, ma belle, Un peu moins dur que ton nom. Diable, Mademoiselle Laroche !
Laroche
Encore une équivoque.
Air : Réveillez-vous, belle endormie.
Dubois
Ma chère, il faut que je t'embrasse. Pour te l'expliquer,
Laroche
Cessez vos gestes libertins : Les jeux de mots, on vous les passe ; Mais trêve pour les jeux de mains.
Dubois
Inhumaine ! Barbare !
Laroche
Laisse-moi, ma maîtresse vient.
Dubois
Et moi, je me sauve.
Scène 8
Julie de Latour, Laroche
Julie de Latour
Quel est ce valet ?
Laroche
C'est celui de Monsieur de Bièvre, que vous connaissez sans doute à présent pour le rival de Monsieur de Chambre.
Julie de Latour
Oui, mon oncle vient de m'ordonner de lui accorder un moment d'entretien. Tu connais donc ce valet ?
Laroche
Oui, mademoiselle.
Julie de Latour
Tu semblais lui parler familièrement.
Laroche
Je l'ai vu autrefois à Paris ; mais il est devenu si fou, que je ne le reconnais plus : son maître et lui ne parlent qu'en pointes ou en calembours.
Julie de Latour
Quelle manie !
Air : Il n'est pas de généreux (Claudine.)
Laroche
Monsieur Dubois a de l'esprit, Mais son esprit tient du délire ; On goûterait fort ce qu'il dit, Si l'on savait ce qu'il veut dire. De son maître, singe et rival, Il l'imite, il le parodie, Et c'est un grand original, Quoiqu'il ne soit qu'une copie.
Julie de Latour
Que ce travers me déplaît !
Laroche
Y pensez-vous, mademoiselle ? Il doit vous servir.
Julie de Latour
À quoi ?
Laroche
À éconduire Monsieur de Bièvre.
Julie de Latour
Explique-toi.
Laroche
C'est tout simple. Vous exigez de lui le sacrifice de son goût dominant, il vous le doit, il vous le promettra ; mais l'habitude sera plus forte, et manquant à sa parole, il vous laissera maîtresse de la vôtre.
Julie de Latour
L'idée est heureuse et j'en profiterai.
Laroche
Vous n'attendrez pas longtemps pour le mettre à l'épreuve : le voici lui-même.
Scène 9
De Bievre, Julie de Latour
De Bievre
Mademoiselle, je sors de chez monsieur votre oncle ; je dois à son amitié la permission de vous présenter mon hommage.
Julie de Latour
Je suis flattée, monsieur....
Air : Lorsque vous verrez un amant.
De Bievre
Pour rendre hommage à vos appas, Attiré par la renommée, Je cherche l'amour sur vos pas, Et laisse ma gloire à l'armée. Le camp, sans détours je le dis, Bien moins que ce séjour me tente : Quand de la nièce on est épris, Sans regret on quitte la tente.
Julie de Latour
Votre nom, monsieur, votre réputation préviennent en votre faveur ; mais avant de répondre à des intentions qui ne peuvent que m'honorer, vous conviendrez que la connaissance du caractère...
Air nouveau.
De Bievre
L'amour qui rit de mes tourments, Redoublant les maux que j'endure, Pour rendre ses traits plus piquants, A pris ceux de votre figure. J'admire tant d'appas divers, Qui du printemps m'offrent l'image : Ces pieds où je vois l'univers, Ces beaux yeux, ce joli corsage. Vous avez raison, mademoiselle, sans caractère on ne peut faire impression. Mais il suffit de vous voir, pour vous rendre le tribut qui vous est dû.
Haut.
Julie de Latour
Changeons de conversation. L'attachement que vous avez pour mon oncle, Monsieur, vous retiendra sans doute quelques jours ici.
De Bievre
Monsieur de Latour m'a permis d'y attendre le résultat de vos réflexions.
Julie de Latour
Mon oncle, Monsieur, doit en être le premier instruit.
Air : Vaudeville de Claudine.
Il veut lui prendre la main.
De Bievre
Pour époux, sans vous contraindre, Si vous m'avez accepté, Ah ! sans avoir rien à craindre, Je vais être époux vanté.
Julie de Latour
Monsieur !...
De Bievre
Auprès de vous rien n'apaise Les doux transports que je sens ; Mais aussi, quoique française, Vous avez des yeux perçants.
Julie de Latour
On ne m'a point trompée, Monsieur, en me parlant de votre esprit ; mais permettez à ma franchise un aveu que le vôtre rend nécessaire. Je déteste les calembour, c'est un tort sans doute à vos yeux ; mais si vous mettez quelque prix à mon opinion, vous me ferez le sacrifice d'un goût trop frivole pour que vous y attachiez de l'importance.
De Bievre
Mademoiselle.
Air : Femmes, voulez-vous éprouver.
Julie de Latour
Je hais ce jargon pointilleux, Par qui le faux esprit circule, Art où le plus ingénieux Est toujours le plus ridicule : Pour plaire, un amant, un auteur, Doit-il se donner la torture ? Amants, consultez votre coeur ; Auteurs, consultez la nature.
De Bievre
Vous êtes bien sévère, mademoiselle ; mais s'il faut, pour vous plaire, renoncer à un genre d'amusement que je croyais innocent, je prends ici l'engagement solennel de ne jamais faire de calembours.
Haut.
Julie de Latour
Ô ciel ! Vous me le promettez !
Air : J'ai vu partout mes voyages.
De Bievre
Oui, je vous jure, et pour la vie, De renoncer au calembour ; Je sens que la plaisanterie Blesse le véritable amour. Quand le coeur est de la partie, Pour plaire on a tout ce qu'il faut, Et l'on ne peut gagner Julie En jouant avec un défaut.
À part.
Haut.
Julie de Latour
Je respire. Un dés faux !
De Bievre
Ah ! Dieu ! Je suis perdu... L'habitude m'a emporté : mais croyez, belle Julie.
Air : Vaudeville de Racan.
Julie de Latour
J'applaudirais de bien bon coeur Aux traits dont votre esprit nous frappe ; Mais, je vous l'ai dit, par malheur, Des énigmes le mot m'échappe : Je ne comprends pas vos discours. À ma main cessez de prétendre : Pour s'épouser, il faut toujours Commencer par s'entendre. L'habitude, Monsieur, est une seconde nature ; je sens que j'avais trop exigé : ne soyez pas étonné que je ne joigne point mon consentement au choix de mon oncle.
Scène 10
De Bievre
RONDEAU du Prisonnier.
De Bievre
Oui, dès l'instant qu'on se marie, Il faut vivre comme un Caton, Et l'heureux temps de la folie Fait place au temps de la raison. Oui, le mariage Veut un esprit sage ; Le soin du ménage S'oppose au bonheur ; Et puis votre belle Devient infidèle : Vous brûlez pour elle, Un autre a son coeur. De l'hymen la chaîne Après elle entraîne Les tourments, la gêne, Trop souvent l'ennui. Hélas ! tout l'atteste, Par un sort funeste, Le dégoût nous reste Quand l'amour a fui. Oui, dès, etc. Je ne pourrai jamais la faire revenir sur mon compte. Je ne puis pourtant pas l'abandonner à mon rival ; je ne dois pas souffrir qu'elle devienne femme de Chambre.... Au reste, que sais-je ? Peut-être m'en trouverai-je mieux. Vraiment, je ne suis pas assez raisonnable pour me marier. Ah ! J'aperçois Monsieur de Chambre.
Scène 11
De Chambre, De Bievre
De Chambre
On vient de me prévenir, Monsieur, que vous étiez dans cet appartement, et j'ai pensé que vous voudriez bien y recevoir ma visite sans cérémonie.
De Bievre
Je suis flatté que Monsieur de Chambre ne me fasse pas une visite de cour.
De Chambre
Je prie Monsieur de Bièvre de me prêter l'oreille.
De Bievre
Monsieur, je ne me la fais jamais tirer.
De Chambre
Trêve de plaisanterie, s'il vous plaît ; les pointes, à la longue...
De Bievre
Je vois que Monsieur préfère les courtes pointes.
De Chambre
Votre intention, sans doute, est de m'aigrir ?
De Bievre
Point du tout, Monsieur, je ne me trouve pas trop gras comme cela.
De Chambre
Je croyais mériter plus d'égards.
De Bievre
Monsieur, en doutez-vous ?
De Chambre
Vous êtes homme d'honneur, je compte sur votre franchise ; quelles sont ici vos vues ?
De Bievre
Les plus élevées. Je n'aime pas les vues basses.
De Chambre
De grâce, parlons sérieusement, ou je croirai que vous m'insultez. Voulez-vous vous asseoir ?... Mademoiselle Latour ?...
De Bievre
Au nom de Latour, je sens que c'est le cas d'un siège...
Air : Du pas redoublé.
Bièvre rit.
De Chambre
Allons, quittez ce ton railleur Et ce froid persiflage : Sachez que je ne puis, monsieur, Le souffrir davantage. C'en est trop, l'épée à la main, Et, sans plus de remise..... Monsieur, vous voulez me pousser à bout.
De Bievre
Acceptez, monsieur, puisqu'enfin Nous en sommes aux prises.
De Chambre
Il me semble, Monsieur, que vous ne savez faire que du bruit.
De Bievre
Vous me dites cela, parce que je viens de tirer une boîte.
Air : Que ne suis-je la fougère !
Se mettant en garde.
De Chambre
Du bel esprit, avec charmes, Lancez les traits contre moi ; Mais il vous faut d'autres armes Pour me faire ici la loi. Voici l'instant de connaître Si, lorsqu'il s'agit d'honneur, Les gens d'esprit savent être Quelquefois des gens de coeur. Vous défendez-vous, monsieur ?
Air : Des fraises.
Il le fait reculer.
ter.
De Bievre
Au poing ferme, au coup-d'oeil sûr, Chez moi l'adresse est jointe : Je vous mets au pied du mur ; Car je suis vraiment fort sur La pointe. Vous le prenez au sérieux. Eh bien ! Malgré cela, nous allons faire des parades : mais, je vous en préviens :
Scène 12
Julie de Latour, De Bievre, De Chambre
Air : Tout est charmant chez Aspasie.
Julie de Latour
Ah ! grands dieux, quel transport barbare ! Qu'alliez-vous faire ? je frémis ! Vite au secours, qu'on les sépare !
De Bievre
Mais, vous nous croyez donc unis ? Nous séparer !
À Monsieur de Bièvre.
À Monsieur de Chambre.
Julie de Latour
Ah ! Monsieur, chez mon oncle ! Venez, monsieur, suivez-moi, je l'exige.
De Chambre
Au revoir, monsieur.
De Bievre
Je vous entends, Monsieur.
Scène 13
De Bievre
Air : Sur l'échantillon je comprends.
De Bievre
À ce langage ingénieux Les hommes devraient rendre hommage, En songeant qu'autrefois les dieux Des doubles sens faisaient usage. À Delphes, Apollon consulté En calembours faisait miracle ; Peut-on mieux faire, en vérité, Que de parler comme un oracle ? Je ne puis m'empêcher de rire quand je songe à la fureur de Monsieur de Chambre ; il n'aime pas les pointes ; je ne conçois pas cela.
Scène 14
De Bievre, Dubois
Dubois se frotte les yeux.
De Bievre
Te voilà, Dubois ? Eh bien ! Qu'as-tu donc qui te chagrine ?
Dubois
Hélas ! Monsieur, en traversant Paris, une paille m'est entrée dans l'oeil : j'ai répandu la larme dans tout le quartier.
De Bievre
Ce ne sera rien. As-tu reçu ma lettre de change ?
Dubois
Non, monsieur, la voilà. Elle est impayable.
De Bievre
Pourquoi donc ?
Air : J'ai perdu mon âme.
Bis.
Bis.
Dubois
Ah ! quelle bévue ! Monsieur, votre payeur est Aveugle, et votre billet Est payable à vue.
De Bievre
Oh ! Je lui ferai bien voir qu'il me faut de l'argent.
Dubois
Certainement, quand ce ne serait que pour prêter à Monsieur de Saint-Far, qui est venu vous demander cent louis.
De Bievre
Non, en vérité, je ne veux plus être utile qu'au Mont-de-Piété : au moins celui-là est-il rempli de reconnaissances.
Dubois
Votre pièce, Monsieur, ne sera pas jouée : Molé est si enrhumé qu'on ne l'entend pas.
De Bievre
Tant mieux, il faut jouer le Séducteur en roué... Au moins, mon procès est-il jugé ?
Dubois
Oui, Monsieur ; il est même gagné.
De Bievre
J'ai gagné mon procès !
Dubois
Non, Monsieur, il est gagné par votre partie adverse ; mais ce qui doit vous consoler, c'est que vous l'avez perdu par votre faute.
De Bievre
Comment ?
Dubois
Votre avocat ne vous a point défendu ; il m'a rendu la lettre que vous lui aviez envoyée, à laquelle il n'a rien compris.
Il lit.
De Bievre
Elle est pourtant bien claire ; il s'agit d'un pré, il fait partie d'un héritage qui m'est échu ; mes titres sont en règle, il ne faut que les présenter : voici ce que dit ma lettre, écoute. « MONSIEUR, Je vous envoie les pièces ; tenez-vous-en au texte, et nous aurons le pré ; car mon procès n'est qu'un pré-texte. Quoique l'objet en litige ne soit pas éloigné, je le crois précaire. »
Dubois
C'est en Égypte.
De Bievre
« Cependant, si vous le voulez, vous emporterez le pré par votre talent pré-dominant, et je suis caution de votre succès, si vous prenez toutes vos pré-cautions.» Je suis, etc. D. B. Dans le fait, ce n'est pas là précisément le style du Palais. Mais quoi ! La sottise est faite, et l'on ne peut pas revenir sur le pré-jugé.
Dubois
Il est incurable !
De Bievre
Comment ! Incurable ?
Dubois
Certainement, Monsieur. Vous avez fait aujourd'hui cinquante calembours, au moins, il n'y en a pas trente neufs.
De Bievre
Qu'y a-t-il de nouveau à Paris ?
Dubois
Il y a bien des choses, Monsieur. D'abord, j'ai traversé les Tuileries, et j'ai trouvé tous les arbres en allées.
De Bievre
Après ?
Dubois
J'ai passé chez votre libraire. Oh ! Monsieur, c'est un bien brave homme que votre libraire.
De Bievre
Je te l'ai toujours dit.
Dubois
Il m'a donné trois livres pour quarante-cinq sols.
De Bievre
Peste !
Dubois
Enfin, Monsieur, ce qui sans doute vous sera fort agréable... Ma femme est sur le point d'accoucher.
De Bievre
Tu as raison, cela me fait grand plaisir, et je t'en félicite. Tu vas avoir un nouveau-né.
Air : Du Jockey.
Dubois
Nouveaux plaisirs, nouvelles fêtes, Nouveaux maintiens, nouveaux habits, Nouveaux bals, nouvelles conquêtes, Nouveaux tourments pour les maris, Nouveaux romans dans les affiches, Faits par de nouveaux gens d'esprit, Et tout exprès de nouveaux riches, Pour lire les nouveaux écrits. Enfin tout est nouveau, Monsieur, tout. Mais vous n'écoutez pas mes nouvelles, monsieur.
De Bievre
Je réfléchissais. J'admire ma journée ! De pointes en pointes : j'ai perdu ma maîtresse, mon procès, et j'ai manqué de gagner un coup d'épée.
Dubois
Voilà de l'esprit bien employé !... Comment ! Monsieur de Chambre...
De Bievre
Il faut que je te conte cela. Tu étais à peine parti...
Scène 15
De Bievre, Un Valet, Dubois
De Bievre
Qui vient nous interrompre ? Oh ! Je te vois venir, messager de malheurs ; c'est un congé que tu m'apportes.
Un Valet
Monsieur, c'est de la part...
De Bievre
Oh ! C'est de la part de l'oncle, de la nièce... Ce poulet-là contient des politesses, et les adieux de toute la famille.
Un Valet
Monsieur...
Air.
De Bievre
J'ai perdu ce procès, l'objet de tant de soins ; Mon rival épouse Julie. Quelques dettes de plus, une femme de moins, Tout est balancé dans la vie. On s'imagine que je vais me désespérer : mais si j'ai perdu d'un côté, j'ai gagné de l'autre.
Dubois
Belle consolation !
À part.
Air : Des fraises.
Suit la signature.
De Bievre
Je veux vous voir au plus tôt ; À demain, deux novembre, Venez dîner, sans écot, À la fortune du pot... Enfin, lisons... « Monsieur de Latour vient de m'accorder son aimable nièce : soyons donc amis, puisque nous ne sommes plus rivaux. J'espère que vous voudrez bien m'en donner une preuve, en accédant à la première demande que je prends la liberté de vous faire au nom de mon oncle et de mon épouse.» Monsieur de Chambre est très honnête.
Dubois
Quelle fortune !
De Bievre
Qu'as-tu à rire ?
Dubois
Comment, Monsieur, vous n'appréciez pas tout votre bonheur !
De Bievre
Ah ! Battu ! Morbleu ! Battu avec mes propres armes ! Un mal-adroit !
Dubois
Pas si bête, pourtant.
De Bievre
Qui n'a jamais fait un calembour.
Dubois
C'est bien commencer.
Air : Vaudeville de la Revue.
De Bievre
Si le mauvais ton du faubourg Égale celui de la ville, Et si dans l'art du calembour Un ignorant se montre habile ; Je vois que pour être en crédit, Pour être toujours sûr de plaire, Il faut avoir beaucoup d'esprit, Mais qu'il faut se garder d'en faire. Il me passe au travers du corps la première pointe, peut-être, qu'il ait faite de sa vie : après un coup comme celui-là, il ne m'est plus permis de dire rien de plaisant.
Dubois
C'est ce que beaucoup de gens disent : mais, croyez-moi, Monsieur, c'est par jalousie. Avec un jeu comme le vôtre, et un valet de coeur comme moi, vous gagnerez toujours la partie.
De Bievre
Que vois-je ! Julie avec Monsieur de Chambre ?
Scène 16
De Bievre, Julie de Latour, Laroche, De Chambre, Julie, Dubois
De Bievre
Ah ! Monsieur, ce n'est point assez pour vous de l'emporter sur moi : voulez-vous encore ajouter à mes regrets, en m'offrant le spectacle de votre bonheur ?
Julie de Latour
J'aime à croire, Monsieur, qu'un amour aussi subit n'a pas fait encore de grands progrès : les sujets de consolation dont vous êtes environné, vos talents, une fortune considérable...
De Bievre
Ah ! Madame, ma fortune d'aujourd'hui ne sera certainement pas une bonne fortune.
Laroche
Je crois que vous pouvez vous rassurer sur les jours de Monsieur de Bièvre, il fait de l'esprit, il n'en mourra pas.
Après avoir salué.
Air : D'un bouquet de romarin.
De Bievre
Puis-je vous offrir Dubois, Pour servir Madame ? Voilà ce qui vous trompe, Mademoiselle Laroche, j'en mourrai, mais il me faudra du temps.
De Chambre
Gardez-le, son nom, je crois, Peut faire épigramme.
De Bievre
Puisqu'il n'a point votre voix, Il faut partir, je le vois, En gardant toujours du bois, Pour nourrir ma flamme.
Air : Fidèle époux, franc militaire.
De Chambre
Oui, prolongez votre voyage, Ici de vous on a besoin ; Aujourd'hui, pour mon mariage, Veuillez me servir de témoin. Nous nous flattons que vous resterez, Monsieur ; vous êtes attendu chez Monsieur de Latour.
De Bievre
Je ne saurais.
De Chambre
Ah ! pour Julie Vous devez être complaisant ; Puisqu'en ce jour on la marie, Il lui faut au moins.... un présent.
À part.
Haut.
De Bievre
Pas mauvais ! Si je pouvais riposter. Je suis désolé de vous refuser ; mais....
De Chambre
Je le demande comme un ami, et Madame comme une Grèce.
À part.
Haut.
De Bievre
Encore ! Et rien ne me vient.... À ce titre, je dois céder.
à Bièvre
Julie
Nous ne vous retiendrons que le temps nécessaire pour signer le contrat.
De Bievre
Je suis donc à vos ordres.
Julie
Cela ne sera pas long. Vous savez que les notaires font beaucoup de choses.... dans une minute.
Haut.
De Bievre
Julie aussi ! Ah ! Je vois que vous voulez me combattre avec mes propres armes.
Dubois
Une minute.... Je n'aurais pas deviné celui-là.
Laroche
C'est que tu n'as pas l'esprit devin.
De Bievre
Nous sommes perdus, tout le monde s'en mêle.
À Bièvre.
À Julie.
De Chambre
À votre école on profite. Allons, ma chère Julie, retournons près de votre oncle, et méritons, par nos soins, les bontés dont il nous comble aujourd'hui.
Vaudeville
De Chambre, Tous, De Bievre, Julie, Dubois, Laroche
Air : De la Monaco.
De Chambre
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.
Tous
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.
De Bievre
Je blâme nos Auteurs frivoles ; Leurs discours, moins profonds que creux, N'ont pas de sens, et mes paroles Pour l'esprit en ont toujours deux.
Tous
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.
Julie
Rien ne s'achève, tout s'esquisse, On veut tout faire, on manque tout : Le feu brillant de l'artifice Éclipse le flambeau du goût.
Tous
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.
Dubois
Combien de pièces très connues Ont la vogue en ce pays-ci ; Les scènes y tombent des nues, Le dénouement en tombe aussi.
Tous
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.
Laroche
Le jargon est commun en France : Sans vouloir le mettre en crédit, Pour une fois, sans conséquence, Approuvez l'abus de l'esprit. Le grand Molière, Par qui l'on rit, Nous apprendra l'art de vous plaire. Réduits à faire Tout en petit, Nous fuirons l'abus de l'esprit.