Farce · 1959

Un petit bonjour en passant

de Patrice Buet

Représentation
≈ 34 min
Distribution
5 femmes
Répliques
390
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame Talmont F 122 ≈ 13 min 11
Isabelle F 139 ≈ 9 min 12
Justine F 50 ≈ 4 min 6
Christiane Comete F 38 ≈ 3 min 2
Mademoiselle Brignolet F 23 ≈ 3 min 1
Christiane N 18 ≈ 1 min 6
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Un Petit Bonjour en Passant
Madame Talmont absentabsent
Isabelle absent
Justine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Christiane Comete absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mademoiselle Brignolet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Christiane absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Un Petit Bonjour en Passant

Scène 1

Madame Talmont, Justine, Isabelle

Madame Talmont

Le courrier n'est pas encore arrivé Justine ?

Justine

Non, Madame.

Voyant des journaux sur une table.

Madame Talmont

Oui... Enfin... Comme il met autant de temps de la poste jusqu'ici que de Paris au chef-lieu, il faut avoir de la patience !... Nous avons les journaux pourtant...

Justine

Je suis allée les chercher chez le père Ducrod.

Madame Talmont

Vous auriez pu passer à la poste.

Justine

J'y suis passée... Le facteur était parti...

Madame Talmont

Vous auriez pu le rattraper : il a soixante-dix-huit ans, une jambe de bois et des rhumatismes dans l'autre...

Justine

On ne sait jamais comment il fait sa tournée... Ça dépend des lettres qu'il a... Aujourd'hui il a dû commencer par le château, et le père Ducrod habite à côté de la mairie... Alors...

Madame Talmont

Par le château ? Pourquoi par le château ?

Justine

Parce qu'ils mettent du vin en bouteilles aujourd'hui, c'est l'occasion ou jamais...

Un temps.

Madame Talmont

Charmant.... Et il est onze heures du matin !... D'ailleurs, ça m'est égal, je n'en attends pas...

Isabelle

De quoi, maman ?

Madame Talmont

De lettres... Si Mademoiselle Brignolet ne devait pas arriver, elle aurait déjà prévenu...

Isabelle

Oui... Malheureusement, elle n'a pas prévenu... et son train, à l'heure qu'il est, doit être en gare...

Madame Talmont

Vous avez fini, ma fille ?

Elle sort par la gauche.

Justine

Oui, oui, Madame...

Scène 2

Madame Talmont, Isabelle

Madame Talmont

Germaine !

Isabelle

Maman ?

Madame Talmont

Tu aurais pu te dispenser de cette réflexion devant la bonne.

Isabelle

Ça lui prouve que nous ne sommes pas plus contentes qu'elle de voir arriver Mademoiselle Brignolet.

Madame Talmont

Nous, nous avons le droit de ne pas être contentes. Elle, elle ne l'a pas. Elle est payée pour supporter ces ennuis...

Isabelle

À moins qu'elle ne nous donne ses huit jours...

Madame Talmont

Ses huit jours !... Comme tu y va !... Parce qu'il nous arrive une amie sur laquelle nous ne comptions pas ?... Je ne comprends vraiment pas, je te l'ai déjà dit, ton acharnement contre Mademoiselle Brignolet...

Isabelle

Oh ! Mon acharnement...

Madame Talmont

Parfaitement : ton acharnement. Tu devrais t'estimer très heureuse déjà que notre situation nous ait permis de quitter Paris pour l'été, de venir en Normandie, de nous installer à peu près confortablement dans cette maison...

Isabelle

D'accord, c'est une veine que papa ait pu trouver à la louer...

Madame Talmont

Je ne te le fais pas dire ! Une maison comme ça... bien meublée, bien agencée... à une époque où le tourisme est impossible et les hôtels inabordables... C'est une vraie chance, en effet...

Isabelle

Entendu... Grâce à papa, nous avons notre coin pour nous reposer...

Madame Talmont

Pendant qu'à Paris, lui, le pauvre, il travaille... pour nous la payer...

Isabelle

Oui, oui... Mais enfin, cette maison, si nous voulons nous y reposer, raison de plus pour ne pas la transformer en auberge pour ceux qui ne savent où aller...

Madame Talmont

Que tu es injuste et mauvaise !... Si ton père t'entendait, il y a longtemps que tu aurais reçu une gifle !

Isabelle

Papa ne s'est pas rendu compte qu'en nous envoyant Mademoiselle Brignolet...

Madame Talmont

Ne dis donc pas de bêtises... et tâche d'avoir un peu plus de respect pour ton père...

Isabelle

Qu'est-ce que tu veux, moi, Mademoiselle Brignolet...

Madame Talmont

Germaine !.... C'est une amie... Ton père n'a pas le droit de l'inviter, non ?...

Isabelle

Le droit ! Le droit !... Le droit, bien sûr...

Madame Talmont

Une vieille amie... de longue date... qui fut très liée avec ta grand'mère....

Isabelle

Une vieille fille...

Madame Talmont

D'accord.

Isabelle

Maniaque...

Madame Talmont

D'accord.

Isabelle

Remuante.

Madame Talmont

D'accord.

Isabelle

Encombrante.

Madame Talmont

D'accord... mais âgée, seule, sans grandes ressources... Nous avons une chambre d amis, c'est pour nous en servir...

Isabelle

On choisit ses amis...

Madame Talmont

Ou on les supporte... C'est bien le moindre des choses qu'on leur vienne en aide quand on le peut.

Isabelle

Oh ça va, ça va, maman, du moment que tu es satisfaite...

Madame Talmont

Je ne dis pas que je sois satisfaite... Je dis que, dans la vie, il y a certaines circonstances où il faut savoir, avec bonne humeur, accepter de petits sacrifices...

Isabelle

Bon !

Madame Talmont

J'espère que tu le comprendras et que tu me feras le plaisir de te montrer vis-à-vis de Mademoiselle Brignolet correcte... et je dirai même aimable...

Isabelle

Entendu, maman, là, puisqu'il le faut, je serai aimable...

Madame Talmont

Tu sais très bien l'être quand tu veux.

Isabelle

Je le voudrai.

Madame Talmont

À la bonne heure ! Je savais bien que tu n'es pas tout à fait un monstre ! Puisque nous avons le bonheur de disposer de cette maison, en somme, pas trop loin de Paris...

Isabelle

Deux cents kilomètres tout de même !

Madame Talmont

À deux pas de la mer...

Isabelle

Sept kilomètres !

Madame Talmont

Relativement facile d'accès...

Isabelle

Cinq heures d'omnibus et quatre heures de tortillard ! Une paille !

Madame Talmont

Sur les grandes lignes, on ne trouve rien... N'empêche qu'une fois qu'on y est, on y est bien et que c'est l'a seule façon désormais de passer des vacances à peu près potables... Mademoiselle Brignolet, après tout, n'est pas tellement désagréable : à Paris, elle vient bien dîner chez nous tous les quinze jours...

Isabelle

Et ici elle dînera quinze jours de suite... et quand je dis quinze jours...

Madame Talmont

Tu n'ignores pas qu'elle a été très utile à ton père pour l'affaire Pommier par ses relations avec Madame Pommier et que c'est pour ça que ton père n'a pu moins faire que de l'inviter... Sais-tu combien on lui demandait à l'hôtel où elle avait l'habitude d'aller avant la guerre et où on la recevait alors pour trente francs par jour ?

Isabelle

Évidemment, ça a dû augmenter.

Madame Talmont

Mille francs par jour, sans le vin, sans le petit déjeuner, sans le café, sans les taxes...

Isabelle

C'est fou !

Dégageant.

Madame Talmont

Tu en conviens ?... Alors, voyons, cette bonne Clémence, si son train n'a pas de retard, ne va pas tarder à arriver... Veux-tu voir si sa chambre est prête pendant que je vais au jardin cueillir quelques fleurs...

Madame Talmont sort par le fond. Germaine appelle à gauche.

Entre Justine.

Isabelle

Oui, maman... Justine ! Justine !

Scène 3

Justine, Isabelle

Justine

Mademoiselle ?

Isabelle

Est-ce que tout est préparé pour Mademoiselle Brignolet ?

Justine

Oui, Mademoiselle.

Isabelle

La chambre en ordre ? Le lit, fait ?

Justine

Oui, Mademoiselle.

Isabelle

Vous avez changé l'eau de la carafe ?

Justine

Oui, oui, Mademoiselle...

Isabelle

Très bien, Justine, très bien, ne vous énervez pas.

Justine

Je ne m'énerve pas, Mademoiselle. La chambre est en ordre, le lit est fait, l'eau de la carafe est changée, le parquet est ciré, la descente de lit est lavée... et il y a tout ce qu'il faut dans la table de nuit...

Isabelle

Je ne vous en demande pas davantage.

Justine

C'est donc que Mademoiselle ne sait pas tout.

Isabelle

Qu'est-ce que je ne sais pas ?

Justine

Mademoiselle Brignolet se lève à six heures. Une tasse de café et messe de sept heures. À huit heures, petit déjeuner, café au lait avec pain et beurre. À onze heures, un quart Vichy. Déjeuner à midi juste. À quatre heures goûter, thé très clair. Dîner à sept heures : bouillon de légumes, deux pommes de terre à l'eau et une petite cuillerée de confiture. À neuf heures, extinction des feux...

Isabelle

Je vous félicite de votre mémoire, Justine.

Justine

Je retiens très bien les choses, Madame m'a bien recommandé...

On sonne.

Isabelle

Je vois...

Justine

Au moins pendant une huitaine de jours... Après, dame, je ne réponds de rien.

Isabelle

On a sonné, je crois... Ça doit être elle.

Elle sort.

Justine

J'y vais.

Un temps pour La poudre.

Autre temps.

Un temps pour le rouge.

Autre temps.

Rengainant ses accessoires.

Isabelle

J'ai vaguement l'impression qu'il y a de l'orage dans l'air. Ça m'étonnerait. que Justine... supporte Mademoiselle Brignolet plus de huit jours... ou que Mademoiselle Brignolet supporte Justine plus de huit jours... La situation est dramatique !...

Justine disparaît. Germaine se précipite au devant de Christiane, qui est en costume de voyage et entre par la gauche.

Justine

Mademoiselle, c'est Mademoiselle Christiane Comète.

Scène 4

Isabelle, Christiane Comete

Isabelle

Oh par exemple ! C'est toi, Christiane ! C'est toi !...

Christiane Comete

Eh oui, c'est moi... Bonjour, Germaine, bonjour...

Isabelle

Si je m'attendais !... Ça, au moins, c'est une surprise !... Tu ne peux pas t'imaginer comme je suis contente !... Tout le monde va bien chez toi ?

Christiane Comete

Tout le monde.

Isabelle

Et toi ?

Christiane Comete

Tu vois.

Isabelle

Débarrasse-toi, je t'en prié... Ton chapeau, tes gants... ton sac... et raconte... raconte vite... Comment diable te rencontre-t-on dans ce bled perdu ?

Christiane Comete

C'est tout simple : papa n'a pas voulu que je reste à Paris...

Isabelle

Ah, ton père aussi ?...

Christiane Comete

Oui, pourquoi ?

Bondissant.

Isabelle

Continue, continue... Mais alors, le tortillard est arrivé ?

Christiane Comete

Le tortillard ? Quel tortillard ?

Isabelle

Le tortillard.

Christiane Comete

Je ne m'occupe pas du tortillard, moi, je suis en voiture.

Isabelle

En voiture !

Christiane Comete

Tu sais bien que je suis dans les Huiles...

Isabelle

Et Pétroles, oui... Tu y es toujours, dans les Huiles et Pétroles de la Compagnie... je ne sais plus quoi...

Christiane Comete

Jusqu'au cou... et ce ne serait pas la peine d'être la secrétaire du Président de la Compagnie A. E. I. O. U. si on n'avait pas de l'essence à toutes les pompes...

Isabelle

Naturellement... Eh bien, ça facilite les voyages, ça !

Christiane Comete

Les voyages, oui, mais pas les séjours. Il n'y a plus moyen de passer ses vacances à l'hôtel.

Isabelle

Archi-pleins et archi-prohibitifs, je connais !

Christiane Comete

Tu connais ?

Isabelle

Enfin, oui, je m'entends... Parle donc !

Christiane Comete

Tu ne me laisses pas le temps !... Donc, mon père, qui ne voulait tout de même pas que je passe l'été à Paris, m'a envoyée chez mon oncle à Bayeux...

Isabelle

À Bayeux ?... Je commence à comprendre.

Christiane Comete

Ce n'est pas malin : comme ton patelin est sur le chemin...

Isabelle

Je comprends...

Christiane Comete

Tu y a mis le temps... J'aurais été la dernière des dernières si je ne m'étais pas arrêtée un instant en passant pour te dire bonjour.

Isabelle

Je t'en aurais voulu à mort !... Et... il t'attend, ton oncle ?

Christiane Comete

Il m'attend sans m'attendre... Quand je pars en voiture, je n'aime pas avoir de rendez-vous, tu sais... Je l'ai simplement averti que j'arriverai dans le courant de la semaine.

Isabelle

Très bien ! Alors rien ne s'oppose à ce que tu restes trois ou quatre jours avec nous.

Christiane Comete

Pour un petit bonjour en passant, ce serait peut-être exagéré !

Isabelle

On ne dit pas un petit bonjour en passant à une copine de pension avec laquelle on a passé les dix meilleures années de sa vie.

Christiane Comete

Je ne voudrais pas ennuyer Madame Talmont.

Isabelle

Madame Talmont adore les visites.

Christiane Comete

Pas les visites de trois, quatre jours.

Isabelle

Avec ça !... Tiens, tu connais Mademoiselle Brignolet ? Tu l'as vue assez souvent chez nous à Paris...

Christiane Comete

Oui, oui...

Isabelle

Eh bien, nous l'attendons justement... Elle vient nous faire une visite... de... de plusieurs mois...

Christiane Comete

Non ?

Isabelle

Si, si...

Christiane Comete

Raison de plus pour que tu n'insistes pas : comme partenaire à la rigolade, Mademoiselle Brignolet n'offre par des horizons ensoleillés...

Isabelle

Raison de plus pour que j'insiste : si tu n'as pas une pierre à la place du coeur, tu ne me laisseras pas seule pour affronter ces horizons.

Christiane Comete

Ah bon !... S'il s'agit de se dévouer !...

Isabelle

Puisque je te le dis...

Christiane Comete

Et... c'est payé, çà ?

Isabelle

Comment ?

Christiane Comete

Cette... place... de demoiselle de compagnie ?

Jouant le jeu.

Isabelle

Ah ! On donne les deux repas, le petit déjeuner et la chambre.

Christiane Comete

C'est tout ?

Riant et se précipitant au cou de Christiane.

Isabelle

Et le sourire de la patronne ! Je t'adore, tiens... Tu peux dire que tu ne changeras jamais, toi !

Christiane Comete

Et toi donc !

Isabelle

Alors, c'est entendu, tu restes ?

Christiane Comete

Il faudrait d'abord savoir ce qu'en pense Madame Talmont.

Isabelle

Tu me casses les oreilles avec Madame Talmont... Ma mère m'impose Mademoiselle Brignolet, c'est bien le moins qu'elle accepte une de mes amies !

Christiane Comete

C'est juste, il y a Mademoiselle Brignolet... Alors, vraiment non, çà n'est pas payé !

Isabelle

Ta voiture n'a que deux places ?

Christiane Comete

Hein ?

Isabelle

Je dis : ta voiture n'a que deux places ?

Christiane Comete

Oui...

Isabelle

Eh ben alors...

Christiane Comete

Alors quoi ?

Isabelle

Alors il est tout naturel que je te fasse connaître un peu le pays...

Christiane Comete

Non, tu ne le connais pas ! Le matin, sitôt après le petit déjeuner, nous partirons toutes les deux et nous irons faire le marché... L'après-midi, sitôt après le repas, nous repartirons, toutes les deux et nous irons visiter les environs... Le soir, sitôt après le dîner...

Christiane Comete

Nous re-repartirons toutes les deux...

Madame Talmont, en effet, vient d'entrer par le fond, les bras chargés de fleurs qu'elle disposera dans des vases.

Isabelle

Non... Mais nous suggérerons à Mademoiselle Brignolet d'aller se coucher... Et comme ça, la vie sera très supportable... Voilà maman, justement.

Scène 5

Christiane Comete, Madame Talmont, Isabelle, Christiane

Christiane Comete

Bonjour, Madame Talmont.

Elle l'embrasse.

Madame Talmont

Tiens, Christiane ! Bonjour Christiane! Comment allez-vous ?... Quel vent vous amène ?

Christiane Comete

Le vent des vacances.

Madame Talmont

Vous aussi !

Christiane Comete

Pourquoi pas ?

Isabelle

Elle fait comme nous... Elle quitte Paris et elle va chez son oncle, à Bayeux...

Madame Talmont

Ah ! Très bien !

Christiane Comete

Je n'ai pas voulu passer sans venir vous dire bonjour et embrasser Germaine.

Aimable tout de même, à Germaine.

Madame Talmont

Je pense bien ! Lui as-tu offert quelque chose, au moins ?

Christiane Comete

Merci, je viens à peine d'arriver...

À Germaine.

Madame Talmont

Orangeade ? Citronnade ? Thé ? Café ? Où diable as tu la tête, toi ?

Isabelle

Je te demande pardon, maman, je lui ai offert mieux que çà !

gênée

Christiane

Germaine !

Madame Talmont

Quoi ?... Qu'est-ce que tu lui as offert ?

Isabelle

Je lui ai offert à déjeuner, à dîner et à coucher.

Se reprenant.

Madame Talmont

Tu as très bien fait ! Seulement, elle ne peut pas rester avec nous, puisqu'elle va chez son oncle.

Christiane

Oh, mon oncle n'est pas pressé.

Madame Talmont

Il sera tout de même bien content de vous voir. Je m'en voudrais de retarder son plaisir.

Isabelle

Il n'y a pas de retard, elle est en avance.

Madame Talmont

Il me semble que, toi aussi, tu as pris de l'avance ?

Christiane

C'est ce que je lui disais : ma réponse est soumise à votre acceptation, Madame Talmont.

Madame Talmont

Mon acceptation... Mon acceptation... de quoi ?

Isabelle

De l'invitation que j'ai faite à Christiane en ton nom.

En prenant son parti.

Madame Talmont

Ah ! Le déjeuner, le dîner, le coucher... Mais bien sûr, voyons... Ce que j'en disais, moi, c'était pour son oncle... Il la verra demain voilà tout.

Isabelle

Demain ou après-demain...

Christiane

Oh ! Il peut même attendre jusqu'à la fin de la semaine.

Madame Talmont

Eh bien ! Je suis ravie de voir que, pour une fois, tu as si vite et si bien profité de ta leçon...

Isabelle

Quelle leçon, maman ?

À Christiane.

Madame Talmont

Celle que je t'ai donnée tout à l'heure. Figurez-vous qu'il y a à peine dix minutes, elle me reprochait, à propos de la pauvre Mademoiselle Brignolet, de vouloir transformer cette maison en refuge pour les vacançards qui ne savent où aller...

Christiane

Alors, je ne pouvais pas mieux tomber !

Isabelle

D'autant plus que, comme j'ai promis à maman d'être, avec Mademoiselle Brignolet, correcte et aimable, je suis sûre qu'elle sera avec toi accueillante et... et maternelle...

À Christiane.

À Germaine.

Allant appeler.

Madame Talmont

Ne l'ai-je pas été ?... Allez vous mettre à l'aise, mon enfant... Tu installeras Christiane dans la chambre à côté de la tienne... Justine !... Justine !...

Christiane

Est-ce qu'il y a aussi un garage ?

Entre Justine par la gauche.

Isabelle

Bien sûr qu'il y a un garage !... Pour l'instant, c'est la bonne qui y couche ; mais on l'enverra coucher au grenier...

Scène 6

Madame Talmont, Isabelle, Justine, Christiane

Madame Talmont

Justine, il faudra préparer la petite chambre là-haut pour Mademoiselle Comète qui va rester avec nous jusqu'à demain...

Isabelle

Pour commencer...

Un temps.

Justine

Bien, Madame... Ça fait deux !

Madame Talmont

Deux quoi ?

Justine

Deux invitées.

Madame Talmont

Et alors ?

Justine

Alors rien... Ça double le service... Quand Madame m'a engagée, j'avais deux madames... maintenant j'en ai quatre...

Madame Talmont

Vous savez admirablement compter, ma fille, je ne vous connaissais pas tant d'instruction.

Christiane

Si c'est pour moi que vous vous inquiétez. Mademoiselle, n'ayez aucune crainte : je fais mon lit moi-même et les petits travaux du ménage ne me font pas peur.

Haussant les épaules.

Justine

À moi non plus... Les petits travaux !

Isabelle

À propos de lit, Justine, je vous demanderai de libérer le garage.

Justine

Libérer le garage ?

Isabelle

Oui, Mademoiselle Comète y mettra sa voiture...

Justine

En voilà une idée, de mettre la voiture au garage !... Et... où est-ce que j'irai coucher, moi ?

Madame Talmont

Vous vous arrangerez un coin dans le grenier.

Justine

Gomme ça, il faut que je déménage toutes mes affaires ?

Isabelle

Naturellement.

Justine

Naturellement !

Christiane

Je suis désolée de vous donner tant d'embarras.

Isabelle

Mais non, mais non, ce n'est rien, cela.

Justine

Ce n'est rien pour Mademoiselle.

Madame Talmont

Pour jusqu'à demain, cela n'a pas d'importance.

Justine

An contraire, ça en a bien plus !... Se donner tout ce travail pour jusqu'à demain !

Isabelle

Ce sont les circonstances, qu'est-ce que vous voulez !

Justine

Les circonstances ont bon dos...

Madame Talmont

En voilà assez, ma fille ! Au fait, vous n'aurez qu'à y rester au grenier... Il est très convenable, après tout...

Justine

C'est bon, c'est bon... J'irai au grenier...

Isabelle

Allez..., allez,.. Vous n'y perdrez rien, va... Mon amie, Mademoiselle Comète, est généreuse...

Elle sort par la gauche.

Justine

On dit ça !

Scène 7

Madame Talmont, Isabelle, Christiane

À Germaine.

Madame Talmont

Ouf ! Eh bien, voilà : tout est arrangé. Il ne te reste plus qu'à installer ton amie Christiane...

Isabelle

Oui, maman... Tu viens, Christiane ?...

Christiane

À tout à l'heure, Madame Talmont !

Madame Talmont

À tout à l'heure !

Scène 8

Madame Talmont

Elle va pour sortir à droite, mais la sonnerie du téléphone l'arrête.

À l'écouteur.

Aimable.

Un temps.

Un temps.

Un temps. Son visage se rembrunit.

Ne pouvant en croire ses oreilles.

Un temps.

Son agitation va désormais croître d'autant plus que son interlocutrice invisible ne la laisse pas parler; alors, par moments, elle trépigne.

Criant.

Criant.

Crescendo.

Complètement retournée.

Elle repose brutalement l'appareil et s'éponge le front.

Un temps. Furieuse.

Elle hésite entre le téléphone, la dépêche à envoyer, le mot à écrire, tourne, vire.

Entre Germaine toute guillerette, par la droite.

Madame Talmont

Évidemment, je me serais bien passé de cette petite Comète, qui est bien la plus insupportable jeune fille que je connaisse... Enfin !... Qu'est-ce qu'il y a encore ?... Allo ! Oui, c'est moi-même... Allo ! Qui est là ?... Tiens ! Bonjour, ma chère amie... Quelle bonne surprise ! Comment allez-vous ?... Très bien. Ah ?... Ah ?... Quoi ?... Non ?... Par exemple !... Avec les enfants !... Mais ce n'est pas possible ! Oh ! Écoutez, Mathilde... — Oui, mais, écoutez... Ils ont du toupet. Je dis, qu'ils ont du toupet !... Évidemment... Eh bien, ils s'en retourneront... Où ? Où ils voudront ! Ah non, ça alors, çà !... C'est un imbécile ! Je dis que mon mari est un imbécile ! Oui, oui, il est très bon, mais c'est un imbécile ! Non, je veux que... Laissez-moi vous dire... Il faut leur... Eh bien, mais vous... Je sais bien, mais... Non, je vous en prie, Mathilde, il faut leur... C'est absolument imposs... Vous n'avez qu'à... Ah non ! Écoutez !... Ne raccrochez pas !, ne raccrochez pas ! ! ne raccrochez pas ! ! Elle a raccroché ! Eh bien, çà, alors, çà !... C'est un... c'est une... catastrophe !... Il y a tout de même des gens qui ont un sans-gêne !... Eh, non, non, non, il n'y a rien à faire !... Rien ! C'est une... c'est un... c'est un cataclysme !...

Scène 9

Isabelle, Madame Talmont

Isabelle

Ça y est !... Justine est en train de déménager ; et Christiane commence à emménager...

Madame Talmont

Oui ?... Eh bien, tu peux aller dire à Justine de réaménager et à Christiane de déménager.

Isabelle

Hein ?... Tu déménages, maman !

Madame Talmont

Je le voudrais bien ! Sais-tu qui nous arrive ?

Isabelle

Il nous arrive encore quelqu'un ?... Chic, alors !

Madame Talmont

Et même quelques-uns !

Isabelle

Qui ça ?

Madame Talmont

Je te le donne en cent !

Isabelle

En cent ou en mille...

Madame Talmont

Tu ne devinerais pas... Tu n'as jamais rien deviné !

Isabelle

Alors, dis...

Madame Talmont

Les cousins de Saint-Maur.

Isabelle

Les cousins de Saint-Maur ?

Madame Talmont

Les cousins de Saint-Maur !

Isabelle

Comment le sais-tu ?

Madame Talmont

C'est Mathilde qui vient de me téléphoner.

Isabelle

Mathilde ?... Pourquoi Mathilde ?

Madame Talmont

Parce que, soi-disant, ils n'ont pas eu le temps de nous prévenir eux-mêmes.

Isabelle

Non ?

Madame Talmont

Si !... Aujourd'hui, ma petite, les gens sont comme çà : ils vous tombent dessus et ils vous préviennent après !

Isabelle

Moi, ce que je ne comprends pas là-dedans c'est Mathilde...

Madame Talmont

Moi, je comprends. Ils se sont décidés tout à coup comme c'est leur habitude... Pour une lettre, il était trop tard, un télégramme n'aurait pas été assez explicite, le téléphone était trop cher...

Isabelle

Dame ! Rats comme ils sont!

Madame Talmont

Oui... Tu les connais, les cousins !... Alors, au dernier moment, en route pour la gare, ils se sont arrêtés chez Mathilde, en laissant leur taxi en bas, et ils lui ont demandé de me téléphoner de leur part... Voilà ! C'est simple comme bonjour !...

Isabelle

Ils sont partis ?

Madame Talmont

Bien sûr, qu'ils sont partis !

Isabelle

Il n'y a plus moyen de les arrêter ?

Madame Talmont

Eh non ! Il n'y a plus moyen de les arrêter !

Isabelle

Ils sont partis quand ?

Madame Talmont

Ce matin... Ils arriveront sans doute par le train d'après celui de Mademoiselle Brignolet car... J'oubliais de te dire...

Isabelle

Quoi donc ?

Madame Talmont

Comme à Mademoiselle Brignolet, c'est ton père qui leur a soufflé cette idée-là !

Isabelle

Papa ?

Madame Talmont

Papa, oui !... Quelle idée d'aller comme ça raconter à tout le monde que nous avons cette maison ! Ah non, non, non, quel imbécile !

Isabelle

Ils ne savaient sans doute pas où aller, eux non plus, passer leurs vacances....

Madame Talmont

Ton père n'avait pais besoin de leur dire de venir les passer chez nous !

Isabelle

Il leur a peut-être dit ça en l'air.

Madame Talmont

Les choses qu'on dit en l'air vous retombent toujours sur le nez.

Isabelle

Papa est si bon.

Madame Talmont

Je sais, je sais, qu'il est bon, mais c'est un imbécile !

Isabelle

Que veux-tu, maman ! Il y a, dans la vie, certaines circonstances où il faut savoir, avec bonne humeur, accepter les petits sacrifices...

Madame Talmont

Oh ! Je t'en prie, ce n'est pas le moment de plaisanter !

Isabelle

Je ne plaisante pas, maman !

Madame Talmont

De petits sacrifices ! Merci !... Mademoiselle Brignolet, ça allait encore... mais les cousins de Saint-Maur !...

Isabelle

Ils ne viennent pas tous ?

Madame Talmont

Eh si ! Ils viennent tous !

Isabelle

Je ne pensais qu'au cousin et à la cousine...

Madame Talmont

Tu te figures qu'ils auraient laissé leurs enfants là-bas ?

Isabelle

Ce grand dadais de Théophile...

Madame Talmont

Et cette dinde de Virginie...

Isabelle

Le jeune Toto...

Madame Talmont

Et le mignon petit Pépé, qui passe ses jours à pleurnicher et ses nuits à hurler...

Isabelle

Où va-t-on mettre tout ce monde-là ?

Madame Talmont

Il n'y a pas à chercher : on leur installera le grenier.

Justine vient d'entrer par le fond.

Isabelle

Le grenier ? Mais...

Scène 10

Madame Talmont, Justine, Isabelle

Madame Talmont

Qu'est-ce qu'il y a, Justine ?

Justine

Je venais dire à Madame que j'ai terminé.

Madame Talmont

Terminé quoi ?

Soupir.

Justine

Le garage est libre... Mademoiselle l'amie de Mademoiselle en a pris possession... et moi, je suis au grenier... Au grenier !

Madame Talmont

Très bien, Justine, très bien, il ne vous reste plus qu'à recommencer...

Justine

À recommencer ?

Madame Talmont

Et à descendre vos affaires... Voyons, où ça, Germaine ?

Isabelle

À la buanderie...

Madame Talmont

C'est ça : à la buanderie.

Justine

À la buanderie ?

Isabelle

À moins que vous ne préfériez le cellier... ou la tonnelle...

Justine

Mademoiselle veut rire !

Madame Talmont

Nous n'en avons pas envie du tout, je vous assure !

Isabelle

Nous sommes aussi ennuyées que vous, Justine... Nous n'y pouvons rien... Il nous arrive encore deux personnes...

Madame Talmont

Les cousins de Saint-Maur.

Justine

Deux et deux quatre... et deux six... et un sept...

Madame Talmont

Comment sept ? Ça ne fait que six... Mademoiselle Brignolet, Mademoiselle Comète, les cousins et nous deux...

Justine

Eh bien, et moi alors ?... Je ne compte pas, moi ?... Il faut bien que je me serve aussi... Ce n'est pas une de ces dames qui me servira ?...

Madame Talmont

Vous faites mieux de ne pas y compter.

Isabelle

Mettons sept... un de plus, un de moins.

Madame Talmont

Il est vrai qu'il y a aussi les deux filles des cousins...

Justine

Et deux, neuf !

Isabelle

Et les deux garçons...

Justine

Et deux, onze !

Isabelle

Oh ! Le petit ne compte pas, il est encore au biberon...

Madame Talmont

Cela ne fait donc que dix et demi.

Regardant sa mère du coin de l'oeil.

Isabelle

Faites-vous une raison, Justine... Vous savez, il y a, dans la vie, certaines circonstances, où il faut accepter avec bonne humeur de petits sacrifices comme a dit...

Justine

N'importe qui qui a dit ça, c'est un bel imbécile !

Madame Talmont

Justine !... Vous vous oubliez, ma fille ! Allons, levez-vous !

Justine

Je me lève... Mais je dois prévenir Madame que Madame ne devra pas compter sur moi pour les cousins de Saint-Maur.

Madame Talmont

Vous ne voulez pas dire que vous nous quitteriez ?...

Justine

Je veux dire que je préfère rendre mon tablier plutôt que d'avoir dix personnes et demi à servir !

Madame Talmont

Attendez au moins qu'elles arrivent... Elles ne resteront peut-être pas longtemps...

Justine

Sans parler de toutes celles qui peuvent encore débarquer...

Madame Talmont

Oh ça ! Il n'en viendra plus, je vous le promets...

Entre Christiane par la droite.

Justine

Au train où ça va !...

Scène 11

Christiane, Madame Talmont, Justine, Isabelle

On sonne.

Christiane

Je vous annonce Mademoiselle Brignolet... Je viens de l'apercevoir au sommet de la route...

Madame Talmont

C'est elle... Voulez-vous y aller, Justine...

Justine

Çà commence !...

Justine sort par la gauche. Germaine remonte.

Isabelle

Ne commencez pas, Justine, avec Mademoiselle Brignolet... La pauvre ! Elle est toute seule. Soyez gentille avec elle...

Scène 12

Christiane, Isabelle, Madame Talmont

Christiane

J'espère — que je ne vous dérangerai pas trop...

Isabelle

Mais non, mais non...

Christiane

Il est épatant, ton garage, tu sais...

Madame Talmont

Oui, çà faisait une chambre très confortable pour la bonne...

Entrent par la gauche Mademoiselle Brignolet et Justine, celle-ci portant deux valises, celle-là suant et soufflant, encombrée d'un tas de paquets.

Christiane

Je lui revaudrai ça, Madame Talmont...

Scène 13

Madame Talmont, Mademoiselle Brignolet, Isabelle, Christiane, Justine

Madame Talmont

Ah ! Voilà cette bonne Clémence !... Bonjour ma chère amie !...

Elles s'embrassent.

Mademoiselle Brignolet

Bonjour ! Bonjour, Germaine...

Elles s'embrassent également. Mademoiselle Brignolet est très émue.

Isabelle

Bonjour, Mademoiselle Brignolet...

Madame Talmont

Vous connaissez Mademoiselle Christiane Comète...

Mademoiselle Brignolet

Oui, oui, bonjour, Mademoiselle... Enchantée de vous revoir...

Elles se serrent la main.

Christiane

Bonjour, Mademoiselle, vous êtes bien aimable...

Et pendant que Mademoiselle Brignolet, aidée par toutes, se débarrasse :

Madame Talmont

Mais débarrassez-vous, voyons... Vous avez l'air rendue !... Allons, Justine aidez un peu... Votre santé ?...

Mademoiselle Brignolet

Très bonne, merci !

Isabelle

Votre voyage ?

Mademoiselle Brignolet

S'est bien passé, merci !... Et chez vous, tout va bien ?

Madame Talmont

Tout va très bien, vous voyez...

Isabelle

Mais comment avez-vous fait pour transporter tant de choses de la gare ici ?

Mademoiselle Brignolet

J'ai eu la chance de trouver une personne complaisante qui m'a accompagnée presque jusqu'à la porte...

Isabelle

Nous ne pouvions pas aller à la gare, n'est-ce pas, étant donné l'incertitude de l'heure des trains...

S'asseyant enfin.

Mademoiselle Brignolet

Bien sûr, bien sûr, mon enfant... Ouf ! Je suis éreintée !

Madame Talmont

Justine, donnez donc un peu de limonade... avec du citron...

Justine

Oui, Madame...

Elles vont toutes deux pendant les répliques suivantes, servir les rafraîchissements.

Isabelle

Je vais vous aider...

Mademoiselle Brignolet

Je ne saurais trop vous dire, chère amie, combien je vous suis reconnaissante, à vous et à votre mari, d'avoir bien voulu me recevoir...

Madame Talmont

C'est tout naturel...

Mademoiselle Brignolet

Si, si, si, je vous suis reconnaissante pour moi... et surtout pour Célestine.

Madame Talmont

Célestine ?

Isabelle

Pourquoi : Célestine ? Qui est-ce ?

Mademoiselle Brignolet

C'est ma soeur, voyons !

Madame Talmont

Ah ! Celle qui habite rue de la Pomme ?

Mademoiselle Brignolet

Qui habitait.

Madame Talmont

Comment : qui habitait ?

Mademoiselle Brignolet

C'est vrai, vous ne savez pas !... Ah ! Il y a eu tant de choses depuis !... J'ai été obligée de la prendre avec moi...

Madame Talmont

Ah ?

Geste de l'index au front.

Mademoiselle Brignolet

Oui, ma chère amie... Figurez-vous que... Oui, oui, oui, elle finissait par perdre son si peu... Alors, dame, je ne pouvais pas la laisser seule, n'est-ce pas?

Madame Talmont

Bien entendu, je reconnais là votre bon coeur... Et... vous avez pu la placer quelque part ?

Elle boit.

Reprenant, à Madame Talmont.

Mademoiselle Brignolet

Merci, ma petite Germaine... Ah, ça fait du bien !... La placer quelque part ? Eh non... Vous savez, ces sortes de maladies-là, c'est très difficile à caser... et puis, je ne voulais pas me séparer d'elle...

Isabelle

Alors qu'est-ce que vous avez fait ?

Sensation.

Mademoiselle Brignolet

Eh bien, je l'ai amenée ici avec moi... Quand il y en a pour une, il y en a pour deux...

Justine

Mademoiselle a entendu ?

Isabelle

J'entends, j'entends.

Madame Talmont

Mais... où est-elle ?

Mademoiselle Brignolet

Où elle est ? Elle est à la gare... Je l'ai laissée avec Pauline...

Madame Talmont

Pauline ?

Mademoiselle Brignolet

Ma petite nièce... Je n'aurais pas voulu arriver chez vous, à deux personnes, sans Pauline... pour aider un peu au ménage, vous comprenez ?...

Isabelle

Vous avez très bien fait, Mademoiselle Brignolet...

Christiane

Toi, alors, tu exagères !

Bas.

Madame Talmont

Très bien fait, très bien fait... Ah ça, est-ce que je rêve, moi ?

Justine

En somme, si je compte bien, Mademoiselle Brignolet, c'est encore trois Madames...

Madame Talmont

Justine !

Mademoiselle Brignolet

Nous irons les chercher tout à l'heure à la gare, si vous voulez bien...

Isabelle

Pourquoi ne sont-elles pas montées avec vous ?

Mademoiselle Brignolet

À cause de Moustique... et des bagages...

Christiane

Qu'est-ce que c'est que Moustique?

Mademoiselle Brignolet

C'est mon chien... Vous verrez, un adorable petit Ric... Il n'a qu'un défaut : il déchire les rideaux et il aboie toute la journée...

Christiane

Pour les bagages, j'ai ma voiture...

Mademoiselle Brignolet

Vous avez une voiture, Mademoiselle ?... Oh, alors, ça, c'est parfait... si elle est assez grande...

Isabelle

Allons, maman, souris un peu...

Madame Talmont

Ah toi !

Mademoiselle Brignolet

Quand on se déplacé comme ça, on a tellement d'affaires à traîner avec soi... Enfin, ne vous inquiétez pas, si on ne peut pas tout prendre en une fois, on fera deux voyages, voilà tout... Avec une voiture !...

Madame Talmont

En somme, il n'y a que deux personnes à prendre, et les bagages ?

Mademoiselle Brignolet

C'est ça, et puis Moustique le chien... et Bichette la chatte...

Madame Talmont

Et vous êtes sûre que c'est tout ?

Mademoiselle Brignolet

Bien entendu. Je ne voudrais pas vous encombrer... Ah, si j'avais su que vous étiez si grandement logée...

Isabelle

Ça parait comme ça, mais la maison est toute petite.

Madame Talmont

Qu'est-ce que vous faites Justine ?

À Christiane.

Justine

Vous voyez, Madame, Madame voit... Je quitte mon tablier... Je libère le grenier, le garage, la buanderie, le cellier et la tonnelle... et je vais faire mes malles... Mademoiselle voudra peut-être bien m'emmener ?

Isabelle

Mais voyons, Justine...

Justine

Je me suis engagée dans une maison bourgeoise, moi !... Pas dans un capharnaüm !

Madame Talmont

Eh ben, ça alors, c'est le bouquet !

Isabelle

Allons, allons, maman, tu sais bien qu'il y a dans la vie certaines circonstances où il faut accepter avec bonne humeur de petits sacrifices... N'est-ce pas, Christiane ?...

Christiane

Bien sûr... D'ailleurs, moi, tu sais, je ne suis venue que vous dire un petit bonjour en passant...

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.