Un Petit Bonjour en Passant
Scène 1
Madame Talmont, Justine, Isabelle
Madame Talmont
Le courrier n'est pas encore arrivé Justine ?
Justine
Non, Madame.
Voyant des journaux sur une table.
Madame Talmont
Oui... Enfin... Comme il met autant de temps de la poste jusqu'ici que de Paris au chef-lieu, il faut avoir de la patience !... Nous avons les journaux pourtant...
Justine
Je suis allée les chercher chez le père Ducrod.
Madame Talmont
Vous auriez pu passer à la poste.
Justine
J'y suis passée... Le facteur était parti...
Madame Talmont
Vous auriez pu le rattraper : il a soixante-dix-huit ans, une jambe de bois et des rhumatismes dans l'autre...
Justine
On ne sait jamais comment il fait sa tournée... Ça dépend des lettres qu'il a... Aujourd'hui il a dû commencer par le château, et le père Ducrod habite à côté de la mairie... Alors...
Madame Talmont
Par le château ? Pourquoi par le château ?
Justine
Parce qu'ils mettent du vin en bouteilles aujourd'hui, c'est l'occasion ou jamais...
Un temps.
Madame Talmont
Charmant.... Et il est onze heures du matin !... D'ailleurs, ça m'est égal, je n'en attends pas...
Isabelle
De quoi, maman ?
Madame Talmont
De lettres... Si Mademoiselle Brignolet ne devait pas arriver, elle aurait déjà prévenu...
Isabelle
Oui... Malheureusement, elle n'a pas prévenu... et son train, à l'heure qu'il est, doit être en gare...
Madame Talmont
Vous avez fini, ma fille ?
Elle sort par la gauche.
Justine
Oui, oui, Madame...
Scène 2
Madame Talmont, Isabelle
Madame Talmont
Germaine !
Isabelle
Maman ?
Madame Talmont
Tu aurais pu te dispenser de cette réflexion devant la bonne.
Isabelle
Ça lui prouve que nous ne sommes pas plus contentes qu'elle de voir arriver Mademoiselle Brignolet.
Madame Talmont
Nous, nous avons le droit de ne pas être contentes. Elle, elle ne l'a pas. Elle est payée pour supporter ces ennuis...
Isabelle
À moins qu'elle ne nous donne ses huit jours...
Madame Talmont
Ses huit jours !... Comme tu y va !... Parce qu'il nous arrive une amie sur laquelle nous ne comptions pas ?... Je ne comprends vraiment pas, je te l'ai déjà dit, ton acharnement contre Mademoiselle Brignolet...
Isabelle
Oh ! Mon acharnement...
Madame Talmont
Parfaitement : ton acharnement. Tu devrais t'estimer très heureuse déjà que notre situation nous ait permis de quitter Paris pour l'été, de venir en Normandie, de nous installer à peu près confortablement dans cette maison...
Isabelle
D'accord, c'est une veine que papa ait pu trouver à la louer...
Madame Talmont
Je ne te le fais pas dire ! Une maison comme ça... bien meublée, bien agencée... à une époque où le tourisme est impossible et les hôtels inabordables... C'est une vraie chance, en effet...
Isabelle
Entendu... Grâce à papa, nous avons notre coin pour nous reposer...
Madame Talmont
Pendant qu'à Paris, lui, le pauvre, il travaille... pour nous la payer...
Isabelle
Oui, oui... Mais enfin, cette maison, si nous voulons nous y reposer, raison de plus pour ne pas la transformer en auberge pour ceux qui ne savent où aller...
Madame Talmont
Que tu es injuste et mauvaise !... Si ton père t'entendait, il y a longtemps que tu aurais reçu une gifle !
Isabelle
Papa ne s'est pas rendu compte qu'en nous envoyant Mademoiselle Brignolet...
Madame Talmont
Ne dis donc pas de bêtises... et tâche d'avoir un peu plus de respect pour ton père...
Isabelle
Qu'est-ce que tu veux, moi, Mademoiselle Brignolet...
Madame Talmont
Germaine !.... C'est une amie... Ton père n'a pas le droit de l'inviter, non ?...
Isabelle
Le droit ! Le droit !... Le droit, bien sûr...
Madame Talmont
Une vieille amie... de longue date... qui fut très liée avec ta grand'mère....
Isabelle
Une vieille fille...
Madame Talmont
D'accord.
Isabelle
Maniaque...
Madame Talmont
D'accord.
Isabelle
Remuante.
Madame Talmont
D'accord.
Isabelle
Encombrante.
Madame Talmont
D'accord... mais âgée, seule, sans grandes ressources... Nous avons une chambre d amis, c'est pour nous en servir...
Isabelle
On choisit ses amis...
Madame Talmont
Ou on les supporte... C'est bien le moindre des choses qu'on leur vienne en aide quand on le peut.
Isabelle
Oh ça va, ça va, maman, du moment que tu es satisfaite...
Madame Talmont
Je ne dis pas que je sois satisfaite... Je dis que, dans la vie, il y a certaines circonstances où il faut savoir, avec bonne humeur, accepter de petits sacrifices...
Isabelle
Bon !
Madame Talmont
J'espère que tu le comprendras et que tu me feras le plaisir de te montrer vis-à-vis de Mademoiselle Brignolet correcte... et je dirai même aimable...
Isabelle
Entendu, maman, là, puisqu'il le faut, je serai aimable...
Madame Talmont
Tu sais très bien l'être quand tu veux.
Isabelle
Je le voudrai.
Madame Talmont
À la bonne heure ! Je savais bien que tu n'es pas tout à fait un monstre ! Puisque nous avons le bonheur de disposer de cette maison, en somme, pas trop loin de Paris...
Isabelle
Deux cents kilomètres tout de même !
Madame Talmont
À deux pas de la mer...
Isabelle
Sept kilomètres !
Madame Talmont
Relativement facile d'accès...
Isabelle
Cinq heures d'omnibus et quatre heures de tortillard ! Une paille !
Madame Talmont
Sur les grandes lignes, on ne trouve rien... N'empêche qu'une fois qu'on y est, on y est bien et que c'est l'a seule façon désormais de passer des vacances à peu près potables... Mademoiselle Brignolet, après tout, n'est pas tellement désagréable : à Paris, elle vient bien dîner chez nous tous les quinze jours...
Isabelle
Et ici elle dînera quinze jours de suite... et quand je dis quinze jours...
Madame Talmont
Tu n'ignores pas qu'elle a été très utile à ton père pour l'affaire Pommier par ses relations avec Madame Pommier et que c'est pour ça que ton père n'a pu moins faire que de l'inviter... Sais-tu combien on lui demandait à l'hôtel où elle avait l'habitude d'aller avant la guerre et où on la recevait alors pour trente francs par jour ?
Isabelle
Évidemment, ça a dû augmenter.
Madame Talmont
Mille francs par jour, sans le vin, sans le petit déjeuner, sans le café, sans les taxes...
Isabelle
C'est fou !
Dégageant.
Madame Talmont
Tu en conviens ?... Alors, voyons, cette bonne Clémence, si son train n'a pas de retard, ne va pas tarder à arriver... Veux-tu voir si sa chambre est prête pendant que je vais au jardin cueillir quelques fleurs...
Madame Talmont sort par le fond. Germaine appelle à gauche.
Entre Justine.
Isabelle
Oui, maman... Justine ! Justine !
Scène 3
Justine, Isabelle
Justine
Mademoiselle ?
Isabelle
Est-ce que tout est préparé pour Mademoiselle Brignolet ?
Justine
Oui, Mademoiselle.
Isabelle
La chambre en ordre ? Le lit, fait ?
Justine
Oui, Mademoiselle.
Isabelle
Vous avez changé l'eau de la carafe ?
Justine
Oui, oui, Mademoiselle...
Isabelle
Très bien, Justine, très bien, ne vous énervez pas.
Justine
Je ne m'énerve pas, Mademoiselle. La chambre est en ordre, le lit est fait, l'eau de la carafe est changée, le parquet est ciré, la descente de lit est lavée... et il y a tout ce qu'il faut dans la table de nuit...
Isabelle
Je ne vous en demande pas davantage.
Justine
C'est donc que Mademoiselle ne sait pas tout.
Isabelle
Qu'est-ce que je ne sais pas ?
Justine
Mademoiselle Brignolet se lève à six heures. Une tasse de café et messe de sept heures. À huit heures, petit déjeuner, café au lait avec pain et beurre. À onze heures, un quart Vichy. Déjeuner à midi juste. À quatre heures goûter, thé très clair. Dîner à sept heures : bouillon de légumes, deux pommes de terre à l'eau et une petite cuillerée de confiture. À neuf heures, extinction des feux...
Isabelle
Je vous félicite de votre mémoire, Justine.
Justine
Je retiens très bien les choses, Madame m'a bien recommandé...
On sonne.
Isabelle
Je vois...
Justine
Au moins pendant une huitaine de jours... Après, dame, je ne réponds de rien.
Isabelle
On a sonné, je crois... Ça doit être elle.
Elle sort.
Justine
J'y vais.
Un temps pour La poudre.
Autre temps.
Un temps pour le rouge.
Autre temps.
Rengainant ses accessoires.
Isabelle
J'ai vaguement l'impression qu'il y a de l'orage dans l'air. Ça m'étonnerait. que Justine... supporte Mademoiselle Brignolet plus de huit jours... ou que Mademoiselle Brignolet supporte Justine plus de huit jours... La situation est dramatique !...
Justine disparaît. Germaine se précipite au devant de Christiane, qui est en costume de voyage et entre par la gauche.
Justine
Mademoiselle, c'est Mademoiselle Christiane Comète.
Scène 4
Isabelle, Christiane Comete
Isabelle
Oh par exemple ! C'est toi, Christiane ! C'est toi !...
Christiane Comete
Eh oui, c'est moi... Bonjour, Germaine, bonjour...
Isabelle
Si je m'attendais !... Ça, au moins, c'est une surprise !... Tu ne peux pas t'imaginer comme je suis contente !... Tout le monde va bien chez toi ?
Christiane Comete
Tout le monde.
Isabelle
Et toi ?
Christiane Comete
Tu vois.
Isabelle
Débarrasse-toi, je t'en prié... Ton chapeau, tes gants... ton sac... et raconte... raconte vite... Comment diable te rencontre-t-on dans ce bled perdu ?
Christiane Comete
C'est tout simple : papa n'a pas voulu que je reste à Paris...
Isabelle
Ah, ton père aussi ?...
Christiane Comete
Oui, pourquoi ?
Bondissant.
Isabelle
Continue, continue... Mais alors, le tortillard est arrivé ?
Christiane Comete
Le tortillard ? Quel tortillard ?
Isabelle
Le tortillard.
Christiane Comete
Je ne m'occupe pas du tortillard, moi, je suis en voiture.
Isabelle
En voiture !
Christiane Comete
Tu sais bien que je suis dans les Huiles...
Isabelle
Et Pétroles, oui... Tu y es toujours, dans les Huiles et Pétroles de la Compagnie... je ne sais plus quoi...
Christiane Comete
Jusqu'au cou... et ce ne serait pas la peine d'être la secrétaire du Président de la Compagnie A. E. I. O. U. si on n'avait pas de l'essence à toutes les pompes...
Isabelle
Naturellement... Eh bien, ça facilite les voyages, ça !
Christiane Comete
Les voyages, oui, mais pas les séjours. Il n'y a plus moyen de passer ses vacances à l'hôtel.
Isabelle
Archi-pleins et archi-prohibitifs, je connais !
Christiane Comete
Tu connais ?
Isabelle
Enfin, oui, je m'entends... Parle donc !
Christiane Comete
Tu ne me laisses pas le temps !... Donc, mon père, qui ne voulait tout de même pas que je passe l'été à Paris, m'a envoyée chez mon oncle à Bayeux...
Isabelle
À Bayeux ?... Je commence à comprendre.
Christiane Comete
Ce n'est pas malin : comme ton patelin est sur le chemin...
Isabelle
Je comprends...
Christiane Comete
Tu y a mis le temps... J'aurais été la dernière des dernières si je ne m'étais pas arrêtée un instant en passant pour te dire bonjour.
Isabelle
Je t'en aurais voulu à mort !... Et... il t'attend, ton oncle ?
Christiane Comete
Il m'attend sans m'attendre... Quand je pars en voiture, je n'aime pas avoir de rendez-vous, tu sais... Je l'ai simplement averti que j'arriverai dans le courant de la semaine.
Isabelle
Très bien ! Alors rien ne s'oppose à ce que tu restes trois ou quatre jours avec nous.
Christiane Comete
Pour un petit bonjour en passant, ce serait peut-être exagéré !
Isabelle
On ne dit pas un petit bonjour en passant à une copine de pension avec laquelle on a passé les dix meilleures années de sa vie.
Christiane Comete
Je ne voudrais pas ennuyer Madame Talmont.
Isabelle
Madame Talmont adore les visites.
Christiane Comete
Pas les visites de trois, quatre jours.
Isabelle
Avec ça !... Tiens, tu connais Mademoiselle Brignolet ? Tu l'as vue assez souvent chez nous à Paris...
Christiane Comete
Oui, oui...
Isabelle
Eh bien, nous l'attendons justement... Elle vient nous faire une visite... de... de plusieurs mois...
Christiane Comete
Non ?
Isabelle
Si, si...
Christiane Comete
Raison de plus pour que tu n'insistes pas : comme partenaire à la rigolade, Mademoiselle Brignolet n'offre par des horizons ensoleillés...
Isabelle
Raison de plus pour que j'insiste : si tu n'as pas une pierre à la place du coeur, tu ne me laisseras pas seule pour affronter ces horizons.
Christiane Comete
Ah bon !... S'il s'agit de se dévouer !...
Isabelle
Puisque je te le dis...
Christiane Comete
Et... c'est payé, çà ?
Isabelle
Comment ?
Christiane Comete
Cette... place... de demoiselle de compagnie ?
Jouant le jeu.
Isabelle
Ah ! On donne les deux repas, le petit déjeuner et la chambre.
Christiane Comete
C'est tout ?
Riant et se précipitant au cou de Christiane.
Isabelle
Et le sourire de la patronne ! Je t'adore, tiens... Tu peux dire que tu ne changeras jamais, toi !
Christiane Comete
Et toi donc !
Isabelle
Alors, c'est entendu, tu restes ?
Christiane Comete
Il faudrait d'abord savoir ce qu'en pense Madame Talmont.
Isabelle
Tu me casses les oreilles avec Madame Talmont... Ma mère m'impose Mademoiselle Brignolet, c'est bien le moins qu'elle accepte une de mes amies !
Christiane Comete
C'est juste, il y a Mademoiselle Brignolet... Alors, vraiment non, çà n'est pas payé !
Isabelle
Ta voiture n'a que deux places ?
Christiane Comete
Hein ?
Isabelle
Je dis : ta voiture n'a que deux places ?
Christiane Comete
Oui...
Isabelle
Eh ben alors...
Christiane Comete
Alors quoi ?
Isabelle
Alors il est tout naturel que je te fasse connaître un peu le pays...
Christiane Comete
Non, tu ne le connais pas ! Le matin, sitôt après le petit déjeuner, nous partirons toutes les deux et nous irons faire le marché... L'après-midi, sitôt après le repas, nous repartirons, toutes les deux et nous irons visiter les environs... Le soir, sitôt après le dîner...
Christiane Comete
Nous re-repartirons toutes les deux...
Madame Talmont, en effet, vient d'entrer par le fond, les bras chargés de fleurs qu'elle disposera dans des vases.
Isabelle
Non... Mais nous suggérerons à Mademoiselle Brignolet d'aller se coucher... Et comme ça, la vie sera très supportable... Voilà maman, justement.
Scène 5
Christiane Comete, Madame Talmont, Isabelle, Christiane
Christiane Comete
Bonjour, Madame Talmont.
Elle l'embrasse.
Madame Talmont
Tiens, Christiane ! Bonjour Christiane! Comment allez-vous ?... Quel vent vous amène ?
Christiane Comete
Le vent des vacances.
Madame Talmont
Vous aussi !
Christiane Comete
Pourquoi pas ?
Isabelle
Elle fait comme nous... Elle quitte Paris et elle va chez son oncle, à Bayeux...
Madame Talmont
Ah ! Très bien !
Christiane Comete
Je n'ai pas voulu passer sans venir vous dire bonjour et embrasser Germaine.
Aimable tout de même, à Germaine.
Madame Talmont
Je pense bien ! Lui as-tu offert quelque chose, au moins ?
Christiane Comete
Merci, je viens à peine d'arriver...
À Germaine.
Madame Talmont
Orangeade ? Citronnade ? Thé ? Café ? Où diable as tu la tête, toi ?
Isabelle
Je te demande pardon, maman, je lui ai offert mieux que çà !
gênée
Christiane
Germaine !
Madame Talmont
Quoi ?... Qu'est-ce que tu lui as offert ?
Isabelle
Je lui ai offert à déjeuner, à dîner et à coucher.
Se reprenant.
Madame Talmont
Tu as très bien fait ! Seulement, elle ne peut pas rester avec nous, puisqu'elle va chez son oncle.
Christiane
Oh, mon oncle n'est pas pressé.
Madame Talmont
Il sera tout de même bien content de vous voir. Je m'en voudrais de retarder son plaisir.
Isabelle
Il n'y a pas de retard, elle est en avance.
Madame Talmont
Il me semble que, toi aussi, tu as pris de l'avance ?
Christiane
C'est ce que je lui disais : ma réponse est soumise à votre acceptation, Madame Talmont.
Madame Talmont
Mon acceptation... Mon acceptation... de quoi ?
Isabelle
De l'invitation que j'ai faite à Christiane en ton nom.
En prenant son parti.
Madame Talmont
Ah ! Le déjeuner, le dîner, le coucher... Mais bien sûr, voyons... Ce que j'en disais, moi, c'était pour son oncle... Il la verra demain voilà tout.
Isabelle
Demain ou après-demain...
Christiane
Oh ! Il peut même attendre jusqu'à la fin de la semaine.
Madame Talmont
Eh bien ! Je suis ravie de voir que, pour une fois, tu as si vite et si bien profité de ta leçon...
Isabelle
Quelle leçon, maman ?
À Christiane.
Madame Talmont
Celle que je t'ai donnée tout à l'heure. Figurez-vous qu'il y a à peine dix minutes, elle me reprochait, à propos de la pauvre Mademoiselle Brignolet, de vouloir transformer cette maison en refuge pour les vacançards qui ne savent où aller...
Christiane
Alors, je ne pouvais pas mieux tomber !
Isabelle
D'autant plus que, comme j'ai promis à maman d'être, avec Mademoiselle Brignolet, correcte et aimable, je suis sûre qu'elle sera avec toi accueillante et... et maternelle...
À Christiane.
À Germaine.
Allant appeler.
Madame Talmont
Ne l'ai-je pas été ?... Allez vous mettre à l'aise, mon enfant... Tu installeras Christiane dans la chambre à côté de la tienne... Justine !... Justine !...
Christiane
Est-ce qu'il y a aussi un garage ?
Entre Justine par la gauche.
Isabelle
Bien sûr qu'il y a un garage !... Pour l'instant, c'est la bonne qui y couche ; mais on l'enverra coucher au grenier...
Scène 6
Madame Talmont, Isabelle, Justine, Christiane
Madame Talmont
Justine, il faudra préparer la petite chambre là-haut pour Mademoiselle Comète qui va rester avec nous jusqu'à demain...
Isabelle
Pour commencer...
Un temps.
Justine
Bien, Madame... Ça fait deux !
Madame Talmont
Deux quoi ?
Justine
Deux invitées.
Madame Talmont
Et alors ?
Justine
Alors rien... Ça double le service... Quand Madame m'a engagée, j'avais deux madames... maintenant j'en ai quatre...
Madame Talmont
Vous savez admirablement compter, ma fille, je ne vous connaissais pas tant d'instruction.
Christiane
Si c'est pour moi que vous vous inquiétez. Mademoiselle, n'ayez aucune crainte : je fais mon lit moi-même et les petits travaux du ménage ne me font pas peur.
Haussant les épaules.
Justine
À moi non plus... Les petits travaux !
Isabelle
À propos de lit, Justine, je vous demanderai de libérer le garage.
Justine
Libérer le garage ?
Isabelle
Oui, Mademoiselle Comète y mettra sa voiture...
Justine
En voilà une idée, de mettre la voiture au garage !... Et... où est-ce que j'irai coucher, moi ?
Madame Talmont
Vous vous arrangerez un coin dans le grenier.
Justine
Gomme ça, il faut que je déménage toutes mes affaires ?
Isabelle
Naturellement.
Justine
Naturellement !
Christiane
Je suis désolée de vous donner tant d'embarras.
Isabelle
Mais non, mais non, ce n'est rien, cela.
Justine
Ce n'est rien pour Mademoiselle.
Madame Talmont
Pour jusqu'à demain, cela n'a pas d'importance.
Justine
An contraire, ça en a bien plus !... Se donner tout ce travail pour jusqu'à demain !
Isabelle
Ce sont les circonstances, qu'est-ce que vous voulez !
Justine
Les circonstances ont bon dos...
Madame Talmont
En voilà assez, ma fille ! Au fait, vous n'aurez qu'à y rester au grenier... Il est très convenable, après tout...
Justine
C'est bon, c'est bon... J'irai au grenier...
Isabelle
Allez..., allez,.. Vous n'y perdrez rien, va... Mon amie, Mademoiselle Comète, est généreuse...
Elle sort par la gauche.
Justine
On dit ça !
Scène 7
Madame Talmont, Isabelle, Christiane
À Germaine.
Madame Talmont
Ouf ! Eh bien, voilà : tout est arrangé. Il ne te reste plus qu'à installer ton amie Christiane...
Isabelle
Oui, maman... Tu viens, Christiane ?...
Christiane
À tout à l'heure, Madame Talmont !
Madame Talmont
À tout à l'heure !
Scène 8
Madame Talmont
Elle va pour sortir à droite, mais la sonnerie du téléphone l'arrête.
À l'écouteur.
Aimable.
Un temps.
Un temps.
Un temps. Son visage se rembrunit.
Ne pouvant en croire ses oreilles.
Un temps.
Son agitation va désormais croître d'autant plus que son interlocutrice invisible ne la laisse pas parler; alors, par moments, elle trépigne.
Criant.
Criant.
Crescendo.
Complètement retournée.
Elle repose brutalement l'appareil et s'éponge le front.
Un temps. Furieuse.
Elle hésite entre le téléphone, la dépêche à envoyer, le mot à écrire, tourne, vire.
Entre Germaine toute guillerette, par la droite.
Madame Talmont
Évidemment, je me serais bien passé de cette petite Comète, qui est bien la plus insupportable jeune fille que je connaisse... Enfin !... Qu'est-ce qu'il y a encore ?... Allo ! Oui, c'est moi-même... Allo ! Qui est là ?... Tiens ! Bonjour, ma chère amie... Quelle bonne surprise ! Comment allez-vous ?... Très bien. Ah ?... Ah ?... Quoi ?... Non ?... Par exemple !... Avec les enfants !... Mais ce n'est pas possible ! Oh ! Écoutez, Mathilde... — Oui, mais, écoutez... Ils ont du toupet. Je dis, qu'ils ont du toupet !... Évidemment... Eh bien, ils s'en retourneront... Où ? Où ils voudront ! Ah non, ça alors, çà !... C'est un imbécile ! Je dis que mon mari est un imbécile ! Oui, oui, il est très bon, mais c'est un imbécile ! Non, je veux que... Laissez-moi vous dire... Il faut leur... Eh bien, mais vous... Je sais bien, mais... Non, je vous en prie, Mathilde, il faut leur... C'est absolument imposs... Vous n'avez qu'à... Ah non ! Écoutez !... Ne raccrochez pas !, ne raccrochez pas ! ! ne raccrochez pas ! ! Elle a raccroché ! Eh bien, çà, alors, çà !... C'est un... c'est une... catastrophe !... Il y a tout de même des gens qui ont un sans-gêne !... Eh, non, non, non, il n'y a rien à faire !... Rien ! C'est une... c'est un... c'est un cataclysme !...
Scène 9
Isabelle, Madame Talmont
Isabelle
Ça y est !... Justine est en train de déménager ; et Christiane commence à emménager...
Madame Talmont
Oui ?... Eh bien, tu peux aller dire à Justine de réaménager et à Christiane de déménager.
Isabelle
Hein ?... Tu déménages, maman !
Madame Talmont
Je le voudrais bien ! Sais-tu qui nous arrive ?
Isabelle
Il nous arrive encore quelqu'un ?... Chic, alors !
Madame Talmont
Et même quelques-uns !
Isabelle
Qui ça ?
Madame Talmont
Je te le donne en cent !
Isabelle
En cent ou en mille...
Madame Talmont
Tu ne devinerais pas... Tu n'as jamais rien deviné !
Isabelle
Alors, dis...
Madame Talmont
Les cousins de Saint-Maur.
Isabelle
Les cousins de Saint-Maur ?
Madame Talmont
Les cousins de Saint-Maur !
Isabelle
Comment le sais-tu ?
Madame Talmont
C'est Mathilde qui vient de me téléphoner.
Isabelle
Mathilde ?... Pourquoi Mathilde ?
Madame Talmont
Parce que, soi-disant, ils n'ont pas eu le temps de nous prévenir eux-mêmes.
Isabelle
Non ?
Madame Talmont
Si !... Aujourd'hui, ma petite, les gens sont comme çà : ils vous tombent dessus et ils vous préviennent après !
Isabelle
Moi, ce que je ne comprends pas là-dedans c'est Mathilde...
Madame Talmont
Moi, je comprends. Ils se sont décidés tout à coup comme c'est leur habitude... Pour une lettre, il était trop tard, un télégramme n'aurait pas été assez explicite, le téléphone était trop cher...
Isabelle
Dame ! Rats comme ils sont!
Madame Talmont
Oui... Tu les connais, les cousins !... Alors, au dernier moment, en route pour la gare, ils se sont arrêtés chez Mathilde, en laissant leur taxi en bas, et ils lui ont demandé de me téléphoner de leur part... Voilà ! C'est simple comme bonjour !...
Isabelle
Ils sont partis ?
Madame Talmont
Bien sûr, qu'ils sont partis !
Isabelle
Il n'y a plus moyen de les arrêter ?
Madame Talmont
Eh non ! Il n'y a plus moyen de les arrêter !
Isabelle
Ils sont partis quand ?
Madame Talmont
Ce matin... Ils arriveront sans doute par le train d'après celui de Mademoiselle Brignolet car... J'oubliais de te dire...
Isabelle
Quoi donc ?
Madame Talmont
Comme à Mademoiselle Brignolet, c'est ton père qui leur a soufflé cette idée-là !
Isabelle
Papa ?
Madame Talmont
Papa, oui !... Quelle idée d'aller comme ça raconter à tout le monde que nous avons cette maison ! Ah non, non, non, quel imbécile !
Isabelle
Ils ne savaient sans doute pas où aller, eux non plus, passer leurs vacances....
Madame Talmont
Ton père n'avait pais besoin de leur dire de venir les passer chez nous !
Isabelle
Il leur a peut-être dit ça en l'air.
Madame Talmont
Les choses qu'on dit en l'air vous retombent toujours sur le nez.
Isabelle
Papa est si bon.
Madame Talmont
Je sais, je sais, qu'il est bon, mais c'est un imbécile !
Isabelle
Que veux-tu, maman ! Il y a, dans la vie, certaines circonstances où il faut savoir, avec bonne humeur, accepter les petits sacrifices...
Madame Talmont
Oh ! Je t'en prie, ce n'est pas le moment de plaisanter !
Isabelle
Je ne plaisante pas, maman !
Madame Talmont
De petits sacrifices ! Merci !... Mademoiselle Brignolet, ça allait encore... mais les cousins de Saint-Maur !...
Isabelle
Ils ne viennent pas tous ?
Madame Talmont
Eh si ! Ils viennent tous !
Isabelle
Je ne pensais qu'au cousin et à la cousine...
Madame Talmont
Tu te figures qu'ils auraient laissé leurs enfants là-bas ?
Isabelle
Ce grand dadais de Théophile...
Madame Talmont
Et cette dinde de Virginie...
Isabelle
Le jeune Toto...
Madame Talmont
Et le mignon petit Pépé, qui passe ses jours à pleurnicher et ses nuits à hurler...
Isabelle
Où va-t-on mettre tout ce monde-là ?
Madame Talmont
Il n'y a pas à chercher : on leur installera le grenier.
Justine vient d'entrer par le fond.
Isabelle
Le grenier ? Mais...
Scène 10
Madame Talmont, Justine, Isabelle
Madame Talmont
Qu'est-ce qu'il y a, Justine ?
Justine
Je venais dire à Madame que j'ai terminé.
Madame Talmont
Terminé quoi ?
Soupir.
Justine
Le garage est libre... Mademoiselle l'amie de Mademoiselle en a pris possession... et moi, je suis au grenier... Au grenier !
Madame Talmont
Très bien, Justine, très bien, il ne vous reste plus qu'à recommencer...
Justine
À recommencer ?
Madame Talmont
Et à descendre vos affaires... Voyons, où ça, Germaine ?
Isabelle
À la buanderie...
Madame Talmont
C'est ça : à la buanderie.
Justine
À la buanderie ?
Isabelle
À moins que vous ne préfériez le cellier... ou la tonnelle...
Justine
Mademoiselle veut rire !
Madame Talmont
Nous n'en avons pas envie du tout, je vous assure !
Isabelle
Nous sommes aussi ennuyées que vous, Justine... Nous n'y pouvons rien... Il nous arrive encore deux personnes...
Madame Talmont
Les cousins de Saint-Maur.
Justine
Deux et deux quatre... et deux six... et un sept...
Madame Talmont
Comment sept ? Ça ne fait que six... Mademoiselle Brignolet, Mademoiselle Comète, les cousins et nous deux...
Justine
Eh bien, et moi alors ?... Je ne compte pas, moi ?... Il faut bien que je me serve aussi... Ce n'est pas une de ces dames qui me servira ?...
Madame Talmont
Vous faites mieux de ne pas y compter.
Isabelle
Mettons sept... un de plus, un de moins.
Madame Talmont
Il est vrai qu'il y a aussi les deux filles des cousins...
Justine
Et deux, neuf !
Isabelle
Et les deux garçons...
Justine
Et deux, onze !
Isabelle
Oh ! Le petit ne compte pas, il est encore au biberon...
Madame Talmont
Cela ne fait donc que dix et demi.
Regardant sa mère du coin de l'oeil.
Isabelle
Faites-vous une raison, Justine... Vous savez, il y a, dans la vie, certaines circonstances, où il faut accepter avec bonne humeur de petits sacrifices comme a dit...
Justine
N'importe qui qui a dit ça, c'est un bel imbécile !
Madame Talmont
Justine !... Vous vous oubliez, ma fille ! Allons, levez-vous !
Justine
Je me lève... Mais je dois prévenir Madame que Madame ne devra pas compter sur moi pour les cousins de Saint-Maur.
Madame Talmont
Vous ne voulez pas dire que vous nous quitteriez ?...
Justine
Je veux dire que je préfère rendre mon tablier plutôt que d'avoir dix personnes et demi à servir !
Madame Talmont
Attendez au moins qu'elles arrivent... Elles ne resteront peut-être pas longtemps...
Justine
Sans parler de toutes celles qui peuvent encore débarquer...
Madame Talmont
Oh ça ! Il n'en viendra plus, je vous le promets...
Entre Christiane par la droite.
Justine
Au train où ça va !...
Scène 11
Christiane, Madame Talmont, Justine, Isabelle
On sonne.
Christiane
Je vous annonce Mademoiselle Brignolet... Je viens de l'apercevoir au sommet de la route...
Madame Talmont
C'est elle... Voulez-vous y aller, Justine...
Justine
Çà commence !...
Justine sort par la gauche. Germaine remonte.
Isabelle
Ne commencez pas, Justine, avec Mademoiselle Brignolet... La pauvre ! Elle est toute seule. Soyez gentille avec elle...
Scène 12
Christiane, Isabelle, Madame Talmont
Christiane
J'espère — que je ne vous dérangerai pas trop...
Isabelle
Mais non, mais non...
Christiane
Il est épatant, ton garage, tu sais...
Madame Talmont
Oui, çà faisait une chambre très confortable pour la bonne...
Entrent par la gauche Mademoiselle Brignolet et Justine, celle-ci portant deux valises, celle-là suant et soufflant, encombrée d'un tas de paquets.
Christiane
Je lui revaudrai ça, Madame Talmont...
Scène 13
Madame Talmont, Mademoiselle Brignolet, Isabelle, Christiane, Justine
Madame Talmont
Ah ! Voilà cette bonne Clémence !... Bonjour ma chère amie !...
Elles s'embrassent.
Mademoiselle Brignolet
Bonjour ! Bonjour, Germaine...
Elles s'embrassent également. Mademoiselle Brignolet est très émue.
Isabelle
Bonjour, Mademoiselle Brignolet...
Madame Talmont
Vous connaissez Mademoiselle Christiane Comète...
Mademoiselle Brignolet
Oui, oui, bonjour, Mademoiselle... Enchantée de vous revoir...
Elles se serrent la main.
Christiane
Bonjour, Mademoiselle, vous êtes bien aimable...
Et pendant que Mademoiselle Brignolet, aidée par toutes, se débarrasse :
Madame Talmont
Mais débarrassez-vous, voyons... Vous avez l'air rendue !... Allons, Justine aidez un peu... Votre santé ?...
Mademoiselle Brignolet
Très bonne, merci !
Isabelle
Votre voyage ?
Mademoiselle Brignolet
S'est bien passé, merci !... Et chez vous, tout va bien ?
Madame Talmont
Tout va très bien, vous voyez...
Isabelle
Mais comment avez-vous fait pour transporter tant de choses de la gare ici ?
Mademoiselle Brignolet
J'ai eu la chance de trouver une personne complaisante qui m'a accompagnée presque jusqu'à la porte...
Isabelle
Nous ne pouvions pas aller à la gare, n'est-ce pas, étant donné l'incertitude de l'heure des trains...
S'asseyant enfin.
Mademoiselle Brignolet
Bien sûr, bien sûr, mon enfant... Ouf ! Je suis éreintée !
Madame Talmont
Justine, donnez donc un peu de limonade... avec du citron...
Justine
Oui, Madame...
Elles vont toutes deux pendant les répliques suivantes, servir les rafraîchissements.
Isabelle
Je vais vous aider...
Mademoiselle Brignolet
Je ne saurais trop vous dire, chère amie, combien je vous suis reconnaissante, à vous et à votre mari, d'avoir bien voulu me recevoir...
Madame Talmont
C'est tout naturel...
Mademoiselle Brignolet
Si, si, si, je vous suis reconnaissante pour moi... et surtout pour Célestine.
Madame Talmont
Célestine ?
Isabelle
Pourquoi : Célestine ? Qui est-ce ?
Mademoiselle Brignolet
C'est ma soeur, voyons !
Madame Talmont
Ah ! Celle qui habite rue de la Pomme ?
Mademoiselle Brignolet
Qui habitait.
Madame Talmont
Comment : qui habitait ?
Mademoiselle Brignolet
C'est vrai, vous ne savez pas !... Ah ! Il y a eu tant de choses depuis !... J'ai été obligée de la prendre avec moi...
Madame Talmont
Ah ?
Geste de l'index au front.
Mademoiselle Brignolet
Oui, ma chère amie... Figurez-vous que... Oui, oui, oui, elle finissait par perdre son si peu... Alors, dame, je ne pouvais pas la laisser seule, n'est-ce pas?
Madame Talmont
Bien entendu, je reconnais là votre bon coeur... Et... vous avez pu la placer quelque part ?
Elle boit.
Reprenant, à Madame Talmont.
Mademoiselle Brignolet
Merci, ma petite Germaine... Ah, ça fait du bien !... La placer quelque part ? Eh non... Vous savez, ces sortes de maladies-là, c'est très difficile à caser... et puis, je ne voulais pas me séparer d'elle...
Isabelle
Alors qu'est-ce que vous avez fait ?
Sensation.
Mademoiselle Brignolet
Eh bien, je l'ai amenée ici avec moi... Quand il y en a pour une, il y en a pour deux...
Justine
Mademoiselle a entendu ?
Isabelle
J'entends, j'entends.
Madame Talmont
Mais... où est-elle ?
Mademoiselle Brignolet
Où elle est ? Elle est à la gare... Je l'ai laissée avec Pauline...
Madame Talmont
Pauline ?
Mademoiselle Brignolet
Ma petite nièce... Je n'aurais pas voulu arriver chez vous, à deux personnes, sans Pauline... pour aider un peu au ménage, vous comprenez ?...
Isabelle
Vous avez très bien fait, Mademoiselle Brignolet...
Christiane
Toi, alors, tu exagères !
Bas.
Madame Talmont
Très bien fait, très bien fait... Ah ça, est-ce que je rêve, moi ?
Justine
En somme, si je compte bien, Mademoiselle Brignolet, c'est encore trois Madames...
Madame Talmont
Justine !
Mademoiselle Brignolet
Nous irons les chercher tout à l'heure à la gare, si vous voulez bien...
Isabelle
Pourquoi ne sont-elles pas montées avec vous ?
Mademoiselle Brignolet
À cause de Moustique... et des bagages...
Christiane
Qu'est-ce que c'est que Moustique?
Mademoiselle Brignolet
C'est mon chien... Vous verrez, un adorable petit Ric... Il n'a qu'un défaut : il déchire les rideaux et il aboie toute la journée...
Christiane
Pour les bagages, j'ai ma voiture...
Mademoiselle Brignolet
Vous avez une voiture, Mademoiselle ?... Oh, alors, ça, c'est parfait... si elle est assez grande...
Isabelle
Allons, maman, souris un peu...
Madame Talmont
Ah toi !
Mademoiselle Brignolet
Quand on se déplacé comme ça, on a tellement d'affaires à traîner avec soi... Enfin, ne vous inquiétez pas, si on ne peut pas tout prendre en une fois, on fera deux voyages, voilà tout... Avec une voiture !...
Madame Talmont
En somme, il n'y a que deux personnes à prendre, et les bagages ?
Mademoiselle Brignolet
C'est ça, et puis Moustique le chien... et Bichette la chatte...
Madame Talmont
Et vous êtes sûre que c'est tout ?
Mademoiselle Brignolet
Bien entendu. Je ne voudrais pas vous encombrer... Ah, si j'avais su que vous étiez si grandement logée...
Isabelle
Ça parait comme ça, mais la maison est toute petite.
Madame Talmont
Qu'est-ce que vous faites Justine ?
À Christiane.
Justine
Vous voyez, Madame, Madame voit... Je quitte mon tablier... Je libère le grenier, le garage, la buanderie, le cellier et la tonnelle... et je vais faire mes malles... Mademoiselle voudra peut-être bien m'emmener ?
Isabelle
Mais voyons, Justine...
Justine
Je me suis engagée dans une maison bourgeoise, moi !... Pas dans un capharnaüm !
Madame Talmont
Eh ben, ça alors, c'est le bouquet !
Isabelle
Allons, allons, maman, tu sais bien qu'il y a dans la vie certaines circonstances où il faut accepter avec bonne humeur de petits sacrifices... N'est-ce pas, Christiane ?...
Christiane
Bien sûr... D'ailleurs, moi, tu sais, je ne suis venue que vous dire un petit bonjour en passant...