Une Faction de Nuit
Scène 1
Caporal, Blaireau
Au lever du rideau, un garde national est en faction devant la guérite et porte la capote grise par dessus son uniforme. Le factionnaire consulte sa montre avec impatience. Minuit sonne. On entend l'ai delaRetraite,exécuté en sourdine. Un CAPORAL entre par la gauche, suivi de BLAIREAU, en bizet, et d'un autre garde national. Blaireau se place à côté du factionnaire, en grelottant.
Le factionnaire parle bas à Blaireau.
Même jeu.
Le caporal et les gardes s'éloignent.
Caporal
Portez armes ! Présentez armes !... La consigne. Le mot de ralliement. Portez armes ! Armes bras !... En avant, arche !
Le premier factionnaire revient sur ses pas et lui rend sa capote en grelottant à son tour.
Blaireau
Eh ! Camarade !... Eh ! Dites donc, Monsieur Baluchon !... Vous emportez la capote !... La capote revient au factionnaire... Ôtez-vous de là, que je m'y mette.
Ils sortent.
Caporal
En avant, arche !
Scène 2
Blaireau, Chef De Patrouille, Caporal
Avec satisfaction.
Se tournant vers la fenêtre à droite.
Se désignant.
Continuant.
Appelant, à mi-voix.
Il montre son fusil.
AIR de Monsieur Eugène Déjazet.
À lui-même.
À lui-même.
Vivement.
Se rassurant.
AIR Vaudeville, le Frère de lait.
Avec fatuité.
Il indique le balcon du fond.
En ce moment, un jeune homme arrive et semble examiner la maison à droite, comme s'il cherchait à y pénétrer.
Blaireau
J'ai les yeux fendus en amande, Mon teint est pur comme la fleur... Je l'avouerai, ma bouche est assez grande, Et mes cheveux ont, par malheur, De la carotte un peu trop la couleur. Ma joue est fraîch' comme la pomme, J'embaume comme un oranger... Enfin, je joins aux qualités d'un homme Les agréments d'un jardin potager. Il est charmant, le père Baluchon !... Il croit que je vais me livrer, sans capote, à la faction de minuit a deux heures !... La faction la plus grelottante et la plus morfondante... du moins à Sainte-Menehould, ma patrie... ville célèbre par sa charcuterie, et qui renferme une population de... dix mille pieds... ou, si vous voulez, cinq mille âmes... en admettant deux pieds pour une âme, ce qui est le compte ordinaire... car je laisse de côté les jambes de bois... Et dire que c'est moi qui, en ma qualité de chirurgien pédicure, soigne tous les pieds de Sainte-Menehould... à raison de deux francs par tête... ou cinquante centimes par cor... au choix des consommateurs... Pédicure !.. C'est pourtant à cette spécialité chirurgicale que je dois la connaissance de Blanche, ma fiancée, et de Monsieur Batignol, mon futur beau-père... à qui j'ai eu le bonheur d'arracher un oeil... de perdrix !.. Et qui m'a offert la main de sa fille en récompense de celle extirpation... Ô Blanche ! Tu es là, derrière ces rideaux... ponceaux... tu rêves de Blaireau... Blaireau, c'est ceci... Quelle bonne idée j'ai eue ce matin de me faufiler dans les rangs de la garde nationale, dont je ne suis pas encore susceptible, vue prise de ma minorité !... J'ai emprunté le billet de garde d'un ami, qui me l'a cédé avec reconnaissance... car j'avais mes raisons pour factionner sous la fenêtre de ta chambre, ô Blanche, pour passer une nuit, également blanche, à veiller sur toi... Oh ! Si elle pouvait m'entendre !... Justement, son père est sourd comme une lanterne... Blanche !.... Blanchette !... Rien... Elle dort... Ah ! Que n'ai je un luth ou un sistre !... Je lui chanterais un lai... un petit lai... à l instar de nos vieux trouvères... mais je n'ai pour tout instrument qu'une clarinette de cinq pieds... dont j'ignore le doigté... Il faut donc lui chanter sans accompagnement.... Que ne peux-tu m'ouïr, ô toi... qui reposes sous celui de cette maison !... Tu ne penserais plus à cet intrigant de commis-voyageur en soierie... Le sieur Rodillard... ce jeune Antony du commerce, qui essaya l'an dernier de l'enlever à mon nez et à la barbe de son père... Je ne sais pourquoi, mais j'ai des inquiétudes au sujet de ce colporteur de gros de Naples... Hier au soir, j'ai cru le reconnaître au café, entre un grand journal et un petit verre, derrière lequel il se cachait... derrière le journal !... Il serait donc de retour à Sainte-Menehould ?... Bah.. pure vision... Et puis, d'ailleurs, pourquoi le crains-je ? Ne le vaux-je pas ? Les regards de la beauté me l'ont dit assez souvent... Quand ce ne serait que la femme du gros charcutier qui loge en face, au numéro 15... la cousine à Rodillard... Une brune très pittoresque, d'une vingt-cinquaine d années... qui m'a fait venir une fois chez elle, sous le prétexte invraisemblable de visiter ses jolis petits pieds d'amour... et, sans son gros charcutier de mari, par la sambleu !...
Criant.
Le jeune homme s'approche, regarde Blaireau attentivement et fait un geste de surprise.
Blaireau
Hein ? Quel est ce monsieur, qui se promène entre minuit et deux heures ?... Au large !...
Le jeune homme fait un mouvement, comme s'il avait reconnu Blaireau et s'éloigne.
Blaireau
Au large, fichtre !...
Pendant ce temps, le jeune homme a frappé doucement à la porte du numéro 15, au fond, et s'est glissé dans la maison.
Blaireau
Ah ! Mon Dieu ! Mais c'est la tournure de Rodillard !.. Et ce geste qu'il a fait comme pour dire : « C'est mon imbécile de Blaireau qui est en faction !... »
Grelottant.
Le jeune homme sort de la maison, accompagné d'une jeune femme, à qui. il indique Blaireau, puis il s'éloigne à gauche.
Blaireau
Monsieur ! Monsieur !... Eh bien ?... Où est-il donc passé ?... Monsieur !... Ah ! Ah ! Il s'est sauvé... Il venait roucouler sous les persiennes de Blanche... Il m'a reconnu, et il a eu peur... Brocanteur de pont de soie, va !... Brrrr !... J'aurais bien besoin d'une chaufferette... Ah ! Que j'aimerais mieux être devant un bon feu, assis à côté d'une jeune et jolie Sainte-Menehouldienne !... Car c'est une chose unique, je ne sais pas si c'est parce que je suis en faction, il me vient une masse de pensées d'amour.
Prenant l'accent anglais.
Je suppose toujours une espagnole...
La jeune femme, qui s'est approchée, lui touche l'épaule.
Blaireau
Je me figure qu'une belle mystérieuse va venir en catimini me frapper sur l'épaule... ette... et me dire : « Jeune Blaireau, toi avoir charmé moi... » « Moi désire bien fort... »
Se retournant.
À la femme.
La femme lui remet un papier.
Blaireau
Ah !... Au large !... Au 1... Tiens! Tiens ! Tiens !... C'est une femme !... Serait-ce l'espagnole demandée ? Donnez-vous donc la peine de...
La femme pose un doigt sur sa bouche en faisant Chut !... et fait un pas en arrière.
Blaireau
Un billet !...
Même jeu de la femme, qui s'éloigne et rentre au numéro 15.
Blaireau
Un billet... d'où ?
Il se met sous la lanterne et lit.
Avec transport.
II court vers la maison. S'arrêtant.
Se décidant.
Avec explosion.
Prenant le balai qui est près de la guérite.
I1 le plante eu terre en chantant.
II ôte la capote grise, qu'il pose sur le balai.
Il pose son bonnet à poil sur le tout.
Il appuie le fusil sur le mannequin.
Par réminiscence.
Il parle bas au mannequin, puis il entre précipitamment au n° 15, en chantant :
Musique à l'orchestre. — La jeune femme paraît au balcon et fait signe au jeune homme, qui a reparu à gauche, et qui répond, par gestes, qu'il va revenir. Pendant cette pantomime, on entend un chien aboyer, et Blaireau lui répondre à demi-voix : A bas! à bas ! à c'te niche !... Le jeune homme s'éloigne ; Blaireau parait au balcon, et se jette aux genoux de la dame.
Blaireau
C'est la brune ! C'est la charcut... Qu'est-ce que ça veut dire ?... « Mon mari est absent jusqu'à demain... » Mystère et silence !... Venez vite!.. » Un rendez-vous à moi, à moi !.. Une charcutière d'un si beau port ! Qui vient me trouver la nuit, en douillette !.. J'y vole !... Ah ! Fichtre ! Et ma faction ?... Comment faire ?... Bah ! Tout le poste dort... On ne viendra me relever que dans une heure... Mais s'il passe du monde ?... Oh ! Une idée !... Une ressource quinolante !.. Je vas confectionner une sentinelle ! En faction, toi !... La belle nuit, la belle fête ! Ah ! Quel plaisir d'être soldat !... Aux armes ! Citoyens !... Formez vos bataillons !... En lui disant, adieu ! À la grâce de Dieu !... Tiens !... Ça me ressemble... Maintenant... En avant, marchons ! Contre les... Ah !... Et le mot de ralliement ?... Amis, amis, secondez ma vaillance !...
Elle veut le relever.
Elle veut lui parler.
On entend jouer l'air de la Fiancée en sourdine.
Regardant.
La patrouille parait à droite : le chef de patrouille s'arrête, et apprête son arme, comme s'il attendait le qui-vive de la sentinelle.
Blaireau
Ah ! Madame... Laissez-moi me jeter à vos pieds... Non, j'y suis habitué... Laissez-moi vous dire... Ne m'interrompez pas... Laissez-moi vous dire que je vous aime.... Ne m'interrompez pas... que je vous aime comme un aliéné !... Comme un... Ne m'interrompez pas... Qu'est-ce que c'est que ça?.. Chut!.. écoutez... La patrouille !... Je suis frit !...
Le caporal tousse, comme pour avertir la sentinelle.
Blaireau
Eh bien ! Mais il s'arrête !... Il apprête arme !... Il attend le qui-vive !... Il l'attendra quelque temps, le malheureux !...
Toute la patrouille se met à tousser.
Blaireau
Tousse, tousse, va...
11 met sa main devant sa bouche, de façon à diriger sa voix du côté de la sentinelle.
Blaireau
Oh !... Qui vive ?...
Chef De Patrouille
Trouille !...
Le chef de patrouille se détache, s'approche du mannequin et lui donne tout bas le mot de ralliement ; puis, il témoigne, par un geste, qu'il n'est pas dupe de la mystification. Il rejoint ses hommes, commande marche, et la patrouille s'éloigne.
Blaireau
Chef de trouille, avancez au mot de ralliement !
À part.
Haut.
La femme pousse un cri, à la vue d'un homme ivre qui entre en fredonnant, à gauche.
Blaireau
Enlevé !... C'est à recommencer, comme s'il n'y avait rien de fait. Ah ! Madame...
La femme s'élance hors du balcon, et referme la croisée.
Blaireau
Hein ?...
Il frappe aux carreaux. L'homme s'achemine vers la maison n°15.
Blaireau
Quoi donc ?... Quoi donc ?... Quoi donc ?...
L'homme a ouvert et entre.
Blaireau
Qui va là ?... Sac à papier ! C'est le mari !...
La chambre s'illumine tout-à-coup, et l'on voit se dessiner sur les rideaux blancs les ombres du mari et de la femme.
Blaireau
C'est le charcutier !... Je suis farci !... Enjambons... vite, enjambons le balcon... Impossible !...
Scène fantasmagorique.
Le mari, en entrant dans la chambre, dépose son chapeau, met un bonnet de coton sur sa tête, prend ensuite une bouteille, et un verre qu'il remplit et vide deux fois; puis Il boit à même la bouteille. Il trouve alors un sabre sur une chaise, et le montre, en gesticulant, à sa femme, qui vient de paraître.
Blaireau
Autre genre de faction !... Qu'est-ce qui va se passer dans cet intérieur ?...
La femme pose la main sur son coeur, pour protester de son innocence.
Blaireau
Ciel ! C'est mon sabre, que j'ai déposé en entrant !...
Le mari tire le sabre, et le lève sur elle.
Blaireau
Elle proteste ! Elle proteste !
La femme se jette à genoux, en posant sa tête sur ses mains et en sanglotant.
Blaireau
Il va la poignarder !... Il va lui percer le flanc !
Le mari laisse tomber ses bras, le sabre lui échappe, puis il tend les bras à sa femme.
Blaireau
Voilà qu'elle sanglote, pour l'entortiller !...
La femme se relève et se précipite sur le sein de son mari ; ils s'embrassent à plusieurs reprises.- La iumière s'éteint.
Blaireau
Le charcutier caponne !
Marchant sur le balcon de long en long.
La fenêtre de la maison à droite s'ouvre ; une jeune fille s'y montre, tandis que le jeune homme reparaît à gauche.
Blaireau
L'affaire est arrangée... Mais, comment vais-je sortir d'ici, à présent ?... Je ne puis pas passer à travers ce ménage... Sauter ?... Le pavé n'est pas rembourré... Si au moins il passait... un passant... en lui sautant adroitement sur les épaules... Ça lui ferait beaucoup de mal... Ça le tuerait, probablement... mais ça m'obligerait, et... Hein ?.. Qu'est-ce que je vois ?
Il regarde à sa gauche.
La jeune personne disparaît.
Blaireau
C'est ma future !... Ô jalousie !... Elle lève la sienne !... Elle fait signe à quelqu'un !... C'est mon Rodillard !
Le jeune homme lui fait de grandes salutations.
Le jeune homme continue à le saluer. La porte de la maison à droite s'ouvre, et Blanche en sort.
Blaireau
Eh ! Monsieur !... Monsieur Rodillard !... Je vous vois, je suis là... Je vous dis que je suis las de vos assiduités le long de cette maison... et je vous somme de passer au large !
Criant.
La jeune fille va planter un billet sur la baïonnette du factionnaire.
Blaireau
Que vois-je !... Blanche !... Ma future !... Qui sort à pareille heure !... La bienséance a des barrières, et vous passez la barrière, Blanche !
La jeune fille prend le bras du jeune homme, et ils sortent en courant.
Blaireau
Qu'est-ce qu'elle fait donc ?.. Elle empale un papier sur ma baïonnette !
Dans son trouble, il frappe à la croisée en continuant de crier. Le charcutier arrive en pet-en l'air et en bonnet de coton. Il saisit Blaireau au collet.
Blaireau
Eh bien ! Mais, ils s'en vont, bras dessus, bras dessous !... C'est un enlèvement ! C'est un rapt !... Au voleur !... À la garde !... Aux armes !...
Le charcutier le roue de coups. Dans la lutte, ils disparaissent un instant dans la chambre. On entend les coups et les cris. Le charcutier reparaît sur le balcon, tenant, par le collet et par les basques, Blaireau, qu'il lance dans la rue. Resté seul, le charcutier prend une prise de tabac, éternue et rentre tranquillement chez lui.
Blaireau
Oh ! le mari !...
Il montre sa giberne toute aplatie.
Il lit.
Furieux.
Se tournant vers le balcon.
II lit.
Criant.
I1 lance des pierres dans les carreaux, qu'il casse. On ouvre la fenêtre.
Une main s'avance et verse une cuvette sur Blaireau.
Blaireau
Je suis tombé dessus !.. En plein !.. À la hauteur de la giberne !... Je l'avais bien dit, que le pavé n'était pas rembourré... Ah ! Et cette lettre ! Que veut dire ce poulet qu'elle a embroché ?... Voyons... « Monsieur, je vous déteste... » À qui écrit-elle ?... « Vous êtes laid et bête... » C'est à moi qu'elle écrit !... « La cousine de Monsieur Rodillard vous a attiré dans un piège... » Ah ! C'était un piège !... « Où votre sot amour-propre est tombé... » Ce n'est pas mon amour-propre qui est tombé !... Affreux saucissonnier !... Tu me le paieras... Je te réserve un pied de... ta façon !... « Votre rival me conduit chez sa tante, où nous attendrons le consentement de mon père pour vieille marmotte !.. Eh ! Monsieur Batignol !... On nous enlève notre fiancée !... Vite !... Dépêchons, courons après eux... Il ronfle, le vieux !... Attends... Attends... Ah ! Il m'a entendu.
On entend crier : Gare l'eau !
Blaireau
Bon !...
Au comble de la fureur.
S'adressant au mannequin.
Il lui donne des coups : le mannequin tombe.
On entend sonner deux heures et l'orchestre exécute l'air de la Retraite, comme plus haut.
Il ramasse le balai et se rajuste à la hâte.
Il le cherche.
Le caporal entre, suivi de deux hommes, dont l'un vient se placer à côté de Blaireau.
Blaireau
Gare l'eau!... C'est une manière de parler... Corbleu ! Ventrebleu ! Sacrebleu ! Morbleu ! Jarnibleu ! Têtebleu !.. Nom d'un petit bonhomme !... Comment ! On m'attire dans des pièges, on m'enlève ma fiancée, on me fiche par la fenêtre, et on appelle ça une faction !... Et personne n'est venu à mon secours !... Mais, vous, Monsieur, qui me regardez là, planté comme un imbécile !... Bon !... On vient me relever... Vite, relevons le factionnaire... Mon chapeau... Ma giberne... Mon sabre... Ah ! Je sais où il est.
Blaireau
Portez armes !... Présentez armes !.. La consigne.
Il veut remettre son fusil au caporal, qui refuse de le prendre. Il le pose près de la guérite et va pour s'en aller.
Blaireau
Ah ! Je vais vous la donner, la consigne... et avec quelques détails... « Faire passer au large toutes les charcutières et autres commis-voyageurs... Ne pas laisser enlever les jeunes filles de la maison ci-contre, et, surtout, ne souffrir sous aucun prétexte qu'on fiche le factionnaire par la fenêtre. » Voilà la consigne, la voilà !... Je remarque votre étonnement, mais ça ne m'étonne pas... Et maintenant, permettez... Je vais courir après les ravisseurs.
II lui remet un papier.
Caporal
Ah !
Il lit.
Il va pour sortir, le caporal l'arrête et lui fait signe de continuer.
Blaireau
Quoi donc... Le rapport ?... « Le sieur Blaireau est condamné à six heures de violon, a pour avoir déserté sa faction. » Ah bien !.. «Il est condamné encore à six autres heures, pour avoir fait une faction à laquelle il n'avait aucun droit » Ah ! Très bien !... Comment ! On me condamne pour l'avoir montée, et on me condamne pour l'avoir quittée !... Mais c'est injuste... car, enfin, si j'ai eu tort de la monter, j'ai eu raison de la quitter... et au contraire, si j'ai eu raison de la quitter, je n'avais donc pas tort de la monter... Non, je veux dire, si j'ai eu tort de la monter... Ah ! Ma foi ! Allez au diable ! Dès demain, je quitte Sainte-Menehould, et si jamais j'y remets les pieds, je veux bien être traité de...
Caporal
Arche !
L'orchestre reprend l'air de la Retraite. Le caporal et ses hommes défilent. En passant devant le public ; Blaireau s'arrête et chante le couplet suivant.
Air de Préville et Taconnet.
Se reprenant.
Désignant le parterre.
Blaireau
Après chaqu' pièce Il est un prix flatteur Que la salle entièr' nous décerne : Loges, balcon... Non !... Cett' place à mon coeur Rappell' les maux cuisants qu'endura... ma giberne. Mais vous, Messieurs, que j'vois à l'horizon, Vous devez tendr' les bras à ma misère: Car, je l' soutiens, l'homm' qui tomb' du balcon Est, de plein droit, reçu par le parterre... Je suis, d'plein droit, reçu par le parterre. Je vous sais gré de m'avoir coupé le mot.