Tragédie · 1770

Vercingentorixe

de Marquis de Bievre

Représentation
≈ 15 min
Distribution
1 femme, 5 hommes
Répliques
66
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Critognat H 8 ≈ 5 min 3
Sylvie F 19 ≈ 3 min 5
Vercingentorixe H 15 ≈ 3 min 4
Convictolitan H 11 ≈ 2 min 3
Conutodun H 6 ≈ 1 min 2
Catuat H 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Critognat absentabsentabsentabsent
Sylvie absentabsent
Vercingentorixe absentabsentabsent
Convictolitan absentabsentabsentabsent
Conutodun absentabsentabsentabsentabsent
Catuat absentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Vercingentorixe, Conutodun, Éporédorixe, Catuat, Critognat, Convictolitan

Vercingentorixe

Dans ces lieux à l'anglaise, où ma voix vous amène, Il faut de nos malheurs rompre le cours la reine. Amis, vous dont l'esprit est plus mûr mitoyen, Donnez-moi des conseils dignes d'un citoyen ; Et surtout de droguet, dans nos vertus antiques, Rétablissons le sort de mes sujets lyriques. Non, tout n'est pas perdu, j'ai pour moi les Boyens, Les Pictons, les Turons et les Prétocoriens; Et j'ai su que bientôt, aidés des Lémovices, Les Xantons s'uniraient aux Médiomatrices. Avec moins de secours et de bras de fauteuil, Des Romains autrefois je creusai le cercueil. Je sues comme un cochon résister à leurs armes, Et je pues comme un bouc dissiper vos alarmes, Pensez-vous que César les voyant approcher, Ose continuer le siège du cocher ? Parlez, Conutodun ; vous Éporédorixe, Vous répondrez ensuite à Vercingentorixe.

Conutodun

C'est à mon chef Saint-Jean que ma bouche de four Ose dévoiler tout de point en point du jour. Je sais bien viager que le secours approche, Mais nos remparts détruits, nos forts, nos tours de broche Nous instruisent assez qu'après mille hasards, L'ennemi de nos champs s'est rendu maître ès-arts. D'où peut naître, Seigneur, l'espoir qui vous console ? Nous mangeons des chevaux tous crus sur leur parole, Des souris gracieux et des rats de Saint-Maur, Secours vain de Bourgogne aux portes de la mort, Avant que l'ennemi puisse monter en graine Sur nos murs ébranlés qui subsistent à peine, Sur nos forts de la halle et sur nos tours de main. Il faut le prévenir par quelque effort de rein. Usons du droit canon que le temps peut permettre; Confondons cette nuit leur adresse de lettre, Et ne leur faisons point de quartier de soulier, Périssons ou vengeons les Gaules d'écuyer.

Éporédorixe

C'est mon avis, seigneur, et mon coeur de laitue...

Vercingentorixe

Vous, Catuat, parlez.

Catuat

Seigneur, ce point de vue Mérite un examen plus clair de procureur; Le secours ne vient point et César est vainqueur; Le meilleur parti... peut-être est de se rendre.

Critognat

Vous, Catuat, ô ciel ! seigneur, daignez m'entendre; Non, je ne puis souffrir ni ce plan de maison, Ni le noble dessein à la mine de plomb, D'attaquer les Romains dans leur poste royale. Ce dernier me plairait ; mais dans le fond de cale, Si nous y périssons, c'est en vain frelaté Que nous voulons sauver de la captivité Et nos enfants trouvés, et nos femmes de chambre; Et César parvenant à ses fins comme l'ambre, À la patrie entière imposera ses lois. Or moulu, quel sera le perfide Gaulois, Dont l'âme de soufflet assez basse de viole Recevra des Romains pour ses maîtres d'école ? Attendons le secours, il n'est pas loin de nous : César fait dans son camp doubler les gardes fous. Loin de nous attaquer, il songe à se défendre; À de grands coups de fouet il a l'air de s'attendre. Si la faim nous assiège et trompant nos efforts, De nos corps de logis affaiblit les ressorts, De nos pères de bas imitons la constance, Dévorons les soldats qui dans leur défaillance, Ne sont que pour la montre à répétition. Par là bémol, seigneur, du destin d'Ilion Nous sauverons ces murs ; et des prêteurs sur gage N'aurons pas de Calais le flatteur avantage D'asservir sous leurs lois un peuple généreux, Et sur le sol dièse où régnaient vos aïeux.

Convictolitan

Oui, nous sommes, Seigneur, si bas de Ségovie, Qu'un remède d'eau chaude utile à la patrie Ne peut trop s'acheter.

Vercingentorixe

Eh bien ?

Scène 2

Sylvie, Éporédorixe, Vercingentorixe

Sylvie

Ciel ! de mon lit, Prenez garde malade, ô prince ! On vous trahit : C'est Éporédorixe.

Éporédorixe

Ah ! Seigneur !

Sylvie

Oui, barbare, Tu croyais m'abuser par ton air de guitare; Mais plus que toi, Sylvie est adroite en entrant.

Vercingentorixe

Qu'à nos corps épuisés il serve d'aliment : Soldats, obéissez à mon ordre ionique; Qu'on apporte en ces lieux ma table alphabétique.

Scène 3

Un Soldat, Vercingentorixe

Un Soldat

Seigneur, je voudrais bien vous celer et brider Que...

À Sylvie.

Il sort suivi de ses officiers et Convictolitan reste le dernier.

Vercingentorixe

Cours de botanique, et fais tout décider. Madame, pardonnez, je souffre d'allumette, En m'éloignant de vous, mais l'état de mes dettes Dans sa chute de reins se repose sur moi ; Il est bien temps d'arrêt de lui montrer son roi.

Scène 4

Sylvie, Convictolitan

Sylvie

Cher Convictolitan !

Convictolitan

Ô ma chère Sylvie ! Je vole dans la poche au secours d'Alexie.

Sylvie

Qu'avez-vous au plus fort ? Assuré d'être aimé, Vos yeux, ces si beaux yeux, sont éteints rétamé; Vous n'avez plus cet air serein de Canarie. Quoi ! vous me préférez votre ingrate patrie ? Ne peut-on vivre heureux sans elle de dindon ?

Convictolitan

Ah ! Cessez d'arrêter mes pas de rigaudon; Je vois trop de cheval ce qui cause vos peines; Mais ce sang de marron qui circule en mes veines, Doit couler pour la ville où je suis né morveux.

Sylvie

Va, nous savons de Naples où tu portes tes voeux ; Pars de gâteau, cruel ! Laisse-moi.

Convictolitan

Non, Sylvie ; Votre coeur d'opéra fait toute mon envie : Je méritais plutôt d'être plaint comme un oeuf : Pourquoi ce ton salé ? prenez un air de boeuf. Qui ne redouble point mes maux à double entente.

Sylvie

Pardonne au feu grégeois dont brûle ton amante : Hélas ! je sens mauvais ce que tu fais pour moi.

Convictolitan

Voulais-tu m'éprouver ?

Sylvie

Non propre.

Convictolitan

Eh bien ! Pourquoi Souiller nos noeuds coulants par une erreur cruelle ? Notre chaîne de montre est si forte et si belle ! Tu me seras toujours chère de professeur : Oui, toujours.

Sylvie

Je t'entends, j'admire ta valeur; Ne soit point de côté dans la froideur stoïque, Tout parti par le coche est toujours héroïque, En épurant l'amour et son flambeau d'argent. Dans la guerre le sort nous trompe d'éléphant, Et nous joue avec presse : ainsi que notre flamme Soit le coeur de ton coeur et l'âme de ton âme; L'État peut employer d'autres mains de papier, Et dans le sein des arts de ce siècle grossier, Nous vivrons tous les deux à l'abri champenoise.

Convictolitan

Je ne puis très profond vivre sans toi d'ardoise : Mais ne dois-pas rendre un compte de Grécourt De la place de fiacre on m'a nommé la Cour ? Sans ce triste devoir je sécherais tes larmes, J'épargnerais mes jours, et par cent héros d'armes, Il serait répété que Convictolitan, Las d'amour de chercher un trépas éclatant, Eut la force de corps de préférer la vie Pour être de raison aussi grand que Sylvie.

Scène 5

Critognat, Convictolitan, Sylvie

Critognat

C'est trop livrer vos coeurs à ce combat naval; L'amour dans ce héros est un vice-amiral, Lorsqu'il doit de la main défendre sa patrie. Viens, Convictolitan.

Convictolitan

Vous venez de l'entendre... Je te suis, Critognat... Dieux !

Sylvie

Tu n'oublieras pas Ta maîtresse à chanter dans l'horreur des combats ?

Convictolitan

L'amour va m'y conduire, et par sa main divine, Ton image en mon coeur sera peinte ou chopine.

Sylvie

Je suis remise au mois par cet espoir charmant. Adieu...

Convictolitan

Je pars...

Sylvie

Eh bien !

Convictolitan

Sylvie !...

Convictolitan sort entraîné par Critognat ; Sylvie reste seule.

Sylvie

Ah ! Quel moment !

Scène 6

Sylvie

Pendant le monologue les gardes disposent la table du festin.

Sylvie

Ah ! Nous attendrissons les cieux de mon carrosse. Quel serait l'avenir, si le présent de noce Nous réduit solitaire à tant d'affreux tourments... Jette un coup d'oeil de boeuf sur deux tendres amants ! Les mêmes traits de cuir, puissant maître du monde, Ont ouvert de ton coeur la blessure profonde, Lorsque tu vins d'Arbois sur ces bords de chapeau, Déposer en justice un précieux fardeau, Et que la belle Europe interdite, tremblante, Mit le comble du toit à la ruse innocente... Cher Convictolitan, tes derniers mots de rein Ne sortiront jamais de mon esprit de vin. "Ton image en mon coeur sera peinte ou chopine. " Ah ! Crois de Saint-André, que cette ardeur divine A dans mon sein patron nourri les mêmes feux... Mais ces gardes mangers que font-ils en ces lieux ? Je vois les apprêts tout de ce festin barbare. Quel est le coup de pied que ce moment prépare ? Une secrète horreur me glace au chocolat...

Scène 7

Vercingentorixe, Sylvie, Critognat, Conutodun, Catuat

Aux soldats.

On avance la table vers le milieu du théâtre.

Tout le monde s'assied.

Vercingentorixe

Princesse, il fut un temps où les grâces d'état, Les ris de veau jouaient autour de ma couronne. Les jeux de main alors embellissaient mon trône Il plut à verse aux dieux de m'enlever ces biens... Hélas ! Sans eux brouillés que peuvent les humains ? Vous, soldats, avancez la table des matières. C'est votre place aux veaux. Oublions nos misères.

À part.

Sylvie

Mais Convictolitan ne paraît point fermé. Je tremble.

On sort.

À part.

Critognat

Il va venir. Je reste inanimé !...

En servant Sylvie.

Vercingentorixe

Voici ce corps de chasse où logeaient tous les vices. Consolons-nous, amis, reprenons nos sens suisses. Vous, Madame, damée.

Sylvie

Ah ! Seigneur.

Vercingentorixe

Catuat... Cotus... Conutodun...

Conutodun

Ah ! Prince.

Tout le monde mange, excepté Critognat.

Vercingentorixe

Critognat... Dieux ! Je sens fermenter la brûlante amertume... L'amour dans ces plats pieds est-ce ton sang qui fume Hélas ! Sous ces couteaux tranchants du grand seigneur Si ces lambeaux épars... O soupçons pleins d'horreur !

Vercingentorixe

Eh quoi ! Je participe à vos vives alarmes, Et ne puis souterrain commander à mes larmes... Critognat ne dis rien...

Critognat

Je pense mon cheval.

Vercingentorixe

Romps en visière, ami, ce silence fatal.

Critognat

Je voulais vous cacher une action des fermes, Qui pourrait accabler les âmes les plus fermes; Vous l'ordonnez, seigneur, je me livre tournois : Écoutez Critognat... pour la dernière fois. L'ennemi déployait ses enseignes à bière, Par bandes de billard couvrait la plaine entière. Il semblait dédaigner ces lignes à pêcher : En marchant de bijoux je le vois s'approcher. Ah ! Pardonnez, seigneur, à ce soupir de croche, Vous savez qu'il nous a menés battant de cloche : Tous nos meilleurs soldats sont pris de version, Ou taillés de la pierre en pièces de gazon. Et Convictolitan, ce prince sage femme, Dont mille vertus bleu décoraient la grande âme, Ce héros qui parait votre cour à fumier, Tombe percé d'un coup de lance du panier : Je veux le secourir... vains efforts de poitrine, À d'autres coups de vin son malheur le destine. Dieux ! Son sang de piquet coule à gros bouillons blancs Par terre d'opéra les chardons dégoûtants En sont teints bourgeonnés... Un soldat dans sa rage, De Mars, avril, mai, juin, vient consommer l'ouvrage; Sans tête à tête, hélas ! ce prince infortuné Expire... Le Romain, d'un revers galonné La sépare du tronc pour les pauvres malades... Retourne dans tes murs, retourne les salades, Ajoute-t-il... Je crie : Arrête, lâche, un pet, Ou je vais te percer de ce fer à toupet... Un ordre de César commis à la barrière Au zèle du soldat qui porte de derrière La tête du héros près du corps de logis Du traître dont par vous les jours furent proscrits.

Vercingentorixe

Ami, tout mon courage est à bout de chandelle.

Sylvie

Ah ! b, c, d...

Critognat

Seigneur, la suite est plus cruelle. Le même garde meuble à côté du héros, Met la tête de clou de l'auteur de nos maux, Pendant jusqu'aux talons cette scène sanglante, On préparait déjà cette pompe aspirante Que l'on croyait devoir à ses mânes d'osier.

Sylvie

Oh ! p, q...

Critognat

J'avais bien juré comme un charretier Mais c'était en vain points d'arrêter un échange, Devant causer tout haut quelque méprise étrange, Les Romains furieux m'ont empêché mortel, De mettre fin canine à leur dessein cruel; De façon de l'habit que le traître s'enivre Des honneurs qu'en ces lieux on rend aux morts de cuivre. Et que sa cendre chaude est couverte de pleurs... Et dans ces plats pays... Ô comble des horreurs !

Vercingentorixe

Dieux ! Convictolitan !

Il se tue avec le couteau qui lui servait à table.

Critognat

Oui, Seigneur.

Vercingentorixe

Ah ! mon frère.

Conutodun

Cher ami !

Sylvie

Cher amant !

Il se tue.

Vercingentorixe

En faisant de bruyère Ce qu'a fait Critognat, je m'acquitte envers toi ! Dans tes bras séculiers reçois ton frère.

Conutodun

Et moi Je ne veux sur leurs pas d'autres guides de laine.

Catuat

Ah ! De votre main d'oeuvre, ami, guidez la mienne.

Conutodun

Et le courage, ami.

Catuat

L'avez-vous les pieds ?

Conutodun

Non.

Il reçoit la mort de la main de Conutodun, qui se tue lui-même après, Cotus se tue ensuite.

Catuat

Ne me refusez point ; car de conversion, Vous me rendrez enfin un service de table.

Elle fait la révérence et la toile tombe.

Sylvie

Pour moi, quand mes flancs d'oeufs dans ce jour déplorable, Ont reçu quittance le cors de mon amant, Le mien ne sera point souillé par le fer blanc. Je vais me retirer dans ma tente ou ma nièce, Et j'attendrai la mort de la faim de la pièce.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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