À propos · 1895

Au déclin

de Jacques de Nittis

Représentation
≈ 19 min
Distribution
2 femmes, 2 hommes
Répliques
87
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Racine H 40 ≈ 12 min 9
Madame de Maintenon F 14 ≈ 3 min 3
Laure de Naves F 24 ≈ 2 min 3
Manicamp H 5 ≈ 1 min 1
Roi N 4 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Au Déclin
Racine
Madame de Maintenon absentabsentabsentabsentabsentabsent
Laure de Naves absentabsentabsentabsentabsentabsent
Manicamp absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Roi absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
PDF

Au Déclin

Scène 1

Manicamp, Racine

Ils causent.

Manicamp

On vous nommait déjà janséniste et boudeur Car vous nous témoignez, monsieur, quelque froideur. Et l'on ne vous voit guère à la Cour, sans reproche...

Racine

Que voulez-vous, marquis, peu de chose rapproche De ces lieux fortunés un poète vieilli Avec quelque respect qu'il y soit accueilli. Mais, si la Cour et moi faisons mauvais ménage Il n'en faut, malgré tout, accuser que mon âge : Je ne sais presque plus tourner un compliment. Mais chacun, au surplus, s'en console aisément.

Manicamp

Oh ! Pour ce mot, Monsieur Racine, je proteste : Vous êtes admiré des plus fiers sans conteste. Pour frivoles et vains que soient les courtisans Ils ne sont point frappés que par des.mots plaisants Et savent mesurer, remplis de déférence, Du génie à l'esprit toute la différence, Et le nom de Racine est parmi les grands noms !

Racine

Monsieur !...

Manicamp

De vous à moi, nous nous embéguinons ! Ne cherchez plus ici la gaité familière Du temps où souriait, charmante, La Vallière Ni même de celui, plus noble, où Montespan, Hautaine et fastueuse, escortait son amant. Nous sommes vertueux ! L'ennui nous assassine Et nous avons l'aspect grave et l'humeur chagrine. Louis est soucieux : comment ne l'être pas ? La gêne appesantit nos discours et nos pas. Mais vous nous revenez tout à fait ?...

Racine

Non. Peut-être M'en irai-je demain.

Manicamp

Diable ! On ne saurait être Plus pressé.

Racine

Je voulais, au Roi, lire un placet Mon volontaire exil suivra son insuccès.

Manicamp s'éloigne.

Manicamp

Nous en reparlerons ; ce sujet m'intéresse. Excusez-moi. Monsieur ; c'est l'heure de la messe.

Scène 2

Racine

Laure entre sans te voir.

Racine

Ô rêves ! Ô désirs ! Cruels et durs vainqueurs ! Vous, que rien ne saurait étouffer dans les coeurs Où vous dormez, sommeil prudent que tout agite ! Notre sagesse est vaine et n'est que la faillite Des beaux espoirs, qu'enfants, nous conçûmes parfois Lorsque vous nous parliez avec vos douces voix. Nos coeurs sont la forêt où l'ombre s'accumule, Où des oiseaux, qui se sont tus au crépuscule S'éveillent en sursaut, si la brise du soir Fait frissonner le bois. Il suffit d'un espoir Pour réveiller en nous les angoisses passées Les amours d'autrefois, les peines trépassées... Je me leurrais en vain du prétexte menteur De vouloir soulager le peuple et son malheur. À de plus doux objets mon âme s'intéresse Et je suis revenu, poussé par ma tendresse. Ô faible coeur humain ! La fatigue et les ans N'en peuvent apaiser les soucis séduisants. Hélas ! Les vrais amants aiment toute la vie ! Leur âme, large ouverte et jamais assouvie Ne saurait se plier au mol apaisement De la sagesse, sans plaisir et sans tourment. Or, j'ai voulu revoir, tant ce rêve m'oppresse, La douce enfant qui me montra quelque tendresse : Un amour très câlin, pur comme un malin clair Quand, à Saint-Cyr, jadis, elle jouait Esther. Mais, depuis ce temps-là !... L'enfant s'est faite femme Et peut-être, son coeur chanta l'épithalame De quelque amour nouveau ?... J'avais le souvenir, N'ai-je pas eu grand tort, mon Dieu, de revenir? Et pourtant !... Et pourtant, que l'espoir est vivace ! Comme ce bref bonheur de naguère m'enlace : La caresse de ses yeux noirs et de ses mains Dans les miennes ! Depuis, loin des tracas mondains Je voulais oublier tout dans la solitude ...Et, ce regard d'enfant troublait ma quiétude. Se souvient-elle encor qu'elle faillit m'aimer? Le temps inexorable a pu la transformer À tel point que j'aurai peine à la reconnaître ? Ah ! C'est elle ! Mon Dieu ! Ne laissons rien paraître.

Scène 3

Racine, Laure de Naves

Racine

Mademoiselle...

Laure de Naves

Ah ! La bonne surprise ! Et moi, J'avais renoncé presque à vous revoir! Pourquoi Nous négliger depuis si longtemps ?

Racine

Que lui dire Le poète parfois désapprend de sourire... Hélas ! Il ne sait point, coeur toujours agité, Porter la lourde vie avec sérénité ! Or, le moindre souci, broché sur cette trame, Se répercute en longs frissons parmi son âme. ... Et puis, l'âge est venu...

Laure de Naves

La Gloire, n'est-ce pas L'éternelle jeunesse ?

Racine

Au delà du trépas Peut-être ! En attendant, j'aimerais mieux la vôtre : C'est celle de l'amour !...

Laure de Naves

Moi, je choisirais l'autre.

Racine

Ah ! Pouvoir être aimé ! Ce bonheur est sans prix !

Laure de Naves

Ne le pourriez-vous pas ?

Racine

Aurait-elle compris ?

Laure de Naves

Et vous aimez... quelqu'un?

Racine

C'est presque ridicule À dire, moi qui suis tout près du crépuscule !

Laure de Naves

En vérité, monsieur, vous êtes bien pressé De perdre le courage...

Racine

Oh ! Quel rêve insensé ! Où sont les désespoirs et les folles rancunes ? Un vent du large a balayé ces importunes.

Laure de Naves

Vous n'avez pas la foi ?

Racine

Hélas ! non ; j'ai souffert.

Laure de Naves

Alors, je vous comprends !

Racine

Tant de bonheur offert Ne vous le permet pas ! Relie, heureuse, entourée, Ô vous que la douleur n'a jamais effleurée, Non, vous ne pouvez pas savoir l'âpre combat Qui se livre en moi-même, et comme se débat Un être fier et fort, sous l'étreinte pesante Du Destin ! Cette vie aimable et complaisante, - La vôtre maintenant, — fut la mienne autrefois. J'ai connu le triomphe et les câlines voix Et les douces langueurs, les aveux qu'on soupire... ... Et maintenant !... C'est le retour... et je n'inspire Du passé, proche encor, suprême survivant Qu'hommage inattentif, et respect décevant !... Beaux discours, ciselés comme par des orfèvres Les mots que l'on me dit ne partent que des lèvres.

Laure de Naves

Mais la Gloire ?...

Racine

Ah ! Comme on donnerait, volontiers Tout au monde ! Et la Gloire ! Et ses fracas ailiers, Et ce pompeux bonheur, dépourvu d'allégresse... Allez ! Comme on donnerait tout pour la tendresse ! Deux bras qui s'ouvrent !... Mais, c'est tout le rêve humain !

Laure de Naves

Et quand ils font défaut, que tout le reste est vain !

Racine

Elle aime !... C'en est fait !... C'était inévitable ! Il suffit de la voir ! Ô peine inexorable ! Elle aime !... Elle aime !... Et moi, j'en demeure atterré, Quel chimérique espoir m'avait déjà leurré ?

Laure de Naves

Je ne suis plus la même, et je me passionne Aux ténébreux tourments de Phèdre et d'Hermione. Vous pouvez maintenant me dire vos secrets, Car la communauté de peines rend discrets Ceux qui souffrent... Ce sont peut-être des chimères Sur le ciel du bonheur, nuages éphémères ! Et vous serez heureux...

Racine

Ah ! Celle que j'aimais Est morte et je voudrais l'oublier à jamais, Ou, tout au moins, l'aimer comme on aime une morte ! Rien d'elle ne survit ; une étrangère apporte À mon coeur transformé des gestes inconnus. — Ses gestes caressants, que sont-ils devenus ?

Laure de Naves

Mais alors, que t'ont-il ?...

Racine

Ma misère est extrême Car elle ne sait pas seulement que je l'aime !

Laure de Naves

Si vous ne parlez pas !...

Racine

Sourire, elle saurait, Et s'émouvoir aussi, juste comme il faudrait. Un jour, imprudemment, je faillis tout lui dire, M'attirer l'ironique et très gentil sourire... Mais, au dernier moment, je me suis aperçu De mon absurdité...

Laure de Naves

Voyez l'espoir déçu, Cela peut arriver toujours !

Racine

Pas à votre âge Et vos charmes n'ont point à craindre un tel outrage.

Laure de Naves

Hélas !

Racine

Avez-vous des chagrins mystérieux ? Dites-les moi sans crainte, allez ! Je suis..... si vieux Confiez-vous à moi ; ce sont peines légères Sans doute; et vous tremblez d'alarmes passagères? Mon enfant...

Laure de Naves

Hé bien oui ! C'est vrai ! J'aime et j'ai peur !

Racine

Que craignez-vous ?

Laure de Naves

D'être oubliée, en plein bonheur, Après l'aveu, au lendemain de l'espérance ! Racine, croyez m'en, c'est la pire souffrance ! Oh ! Oui, j'aime ! Et je doute, et voudrais oublier. Je ne sais que pleurer et que m'humilier.

Racine

Faites-le devant Dieu qui, seul, guérit les âmes. Sa bonté verse en nous les suprêmes dictâmes. Le hautain réconfort, l'apaisement, l'oubli !

À part, en s'en allant.

Elle sort.

Laure de Naves

Qui sait ! Autour de moi, tout me semble pâli. Voyez-vous, je dois, tant ma douleur est affreuse, Renoncer à l'espoir d'être jamais heureuse, J'entends quelqu'un, je crois; Racine, sans adieu, Au revoir. Sera-t-il au rendez-vous, mon Dieu.

Scène 4

Racine

Après un silence, d'une voix raffermie.

Racine

Si les hommes pouvaient traiter en choses vaines Ces tendres sentiments qui causent tant de peines. Ne chercher en l'amour qu'un doux délassement, Au lieu de s'épuiser — si désespérément! — A poursuivre au delà de leur vaine apparence Les âmes mêmes, en leur manteau d'indifférence! Sans plus m'importuner de ma triste rancoeur, Je veux, souci plus haut que mon propre bonheur, Espoir moins décevant que l'amour et son leurre, Aider au réconfort de ce peuple qui pleure.

Scène 5

Racine, Madame de Maintenon

Il va au-devant d'elle et lui baise la main.

Racine

Ah ! Madame de Maintenon vient justement. Madame, je voudrais vous parler un moment

Madame de Maintenon

Monsieur de Manicamp, au sortir de la messe, Me l'avait dit ; aussi, Racine, je m'empresse Vers celui qui, pourtant, put nous abandonner, Puisqu'une affaire, seule, a su vous ramener.

Racine

Madame, excusez-moi, j'ai vieilli...

Madame de Maintenon

Non, Racine. Et nul ne vous croira ; votre air et votre mine Le démentent.

Racine

Pourtant, sans faire de façons. La vie, à ce sujet, m'a donné ses leçons.

Madame de Maintenon

Comme à chacun de nous. Au lieu qu'on s'en attriste Il faut s'incliner...

Racine

Sans murmurer ?

Madame de Maintenon

Janséniste ! Mais voyons ce qui vous amène. Vous savez Que mes soins amicaux vous furent conservés Malgré l'ingratitude et malgré votre absence ; Et que le Roi, pour vous est plein de complaisance.

Racine

Madame, je voudrais plaider auprès du Roi La cause de son peuple en piteux désarroi. Il ne peut supporter plus longtemps sa misère. Pour remettre un placet, c'est en vous que j'espère.

Madame de Maintenon

Le moment fut très mal choisi. Sa Majesté Doit pourvoir tout d'abord à la sécurité Du royaume.

Racine

Pourtant, le peuple s'exténue À la peine ; et si la misère continue On n'aura plus à protéger que des cercueils.

Madame de Maintenon

En ce moment, votre projet est plein d'écueils ; Le Roi pourrait s'en offenser, comme d'un blâme.

Racine

Mais vous ne doutez point de mon respect, madame. C'est l'intérêt du Roi, qui, seul, me fait parler ; Moi, je crois qu'il ne faut rien lui dissimuler.

Avec un mouvement do frayeur.

Madame de Maintenon

Donnez-moi ce papier, je veux d'abord le lire. Et, dès que je pourrai le faire sans vous nuire, Je vous promets de l'appuyer. Mon Dieu ! Le Roi !

Scène 6

Roi, Madame de Maintenon, Racine

Madame de Maintenon fait un mouvement pour dissimuler le placet. Le Roi les examine, moitié riant, déjà soupçonneux.

Montrant le placet.

Roi

Quel trouble tout à coup ! C'est un complot, je crois. Contient-il un pamphlet dont on me fait mystère, Ou d'un obscur dessein est-il dépositaire ?

Madame de Maintenon

Sire, c'est un placet.

Il baise la main de la marquise.

Roi

Vous avez bien choisi, Pour le remettre, la douce main que voici. Donnez-le moi, Madame, et soyez assurée De tout mon bon vouloir.

Madame de Maintenon

Ah ! Je suis atterrée !

Avec hauteur.

Roi

Mémoire pour le peuple ? Alors, il faut parler. S'agirait-il d'abus qu'on veut me signaler?

Racine

Le seul désir de voir votre règne prospère Autant que glorieux, me fait parler. J'espère Que vous m'excuserez de vous énumérer Les misères d'en bas qu'on vous laisse ignorer. Les champs restent abandonnés et sans culture; Vos paysans ruinés n'ont d'autre nourriture Que le pain d'orge et quelques fruits ; à peine" humains Ils s'en vont mendier le long des grands chemins. Sire, vous avez fait du grand peuple de France Le premier parmi tous ; mais sa longue souffrance Réclame maintenant quelque tranquillité. Ô Sire, vous serez, pour la postérité, Le roi superbe et grand, qui fit la France grande ! Mais le pays lassé vous implore et demande L'apaisement. S'il est partout au premier rang Cela lui coûta trop de larmes et de sang ! Ou le pressure par la gabelle et la taille Pour que vos généraux gagnent une bataille. Le peuple meurt de faim au chant des Te Deum.

Madame de Maintenon

Racine !

À Madame de Maintenon.

Il se retire sans même regarder Racine.

Roi

Vous parlez, ma foi, comme un tribun... Allez! Faites des vers et non des remontrances, J'ai de meilleurs commis pour me parler finances. Vous pourrez, tout au long, lire ce bel écrit !

Elle sort à la suite du Roi.

Madame de Maintenon

Hélas ! Le malheureux ! Je crois qu'il perd l'esprit !

Scène 7

Racine

Une pause.

Racine

Ô Roi ! Si tu montrais le fond de ta pensée ! Vanité tyrannique et toujours encensée Par les nobles valets attachés à tes pas ; Égoïsme intraitable et qui ne rougit pas De bâtir des palais quand le peuple mendie... — Peuple d'esclaves, mais dont la plainte assourdie Peut soudain se changer en longs cris de fureur; Âpre orgueil qui se croit au-dessus de l'erreur; Haine des êtres fiers de leur indépendance, Indulgent seulement pour quiconque l'encense; Seul besoin de splendeur; superbe et vanité C'est tout ce que contient ton âme, en vérité ! Que, pour ta politique et pour ta fantaisie Tout un peuple s'épuise ; et que se rassasie Ta monstrueuse ambition sans s'émouvoir Des appétits d'en bas ; tu ne sais concevoir Que l'or et le gala de ta cour solennelle. Et quand tu protégeas — de façon paternelle Comme l'on dit — les Arts, tu ne voyais en eux Qu'une gloire de plus pour ton règne ruineux. Mais tu n'entends donc pas la houle inassouvie Qui monte, réclamant une part de la vie ? Comme un rocher rompant tout l'effort de la mer, Entre ton peuple et toi,tu mets un mur de fer ! Pour toi, tout ! Et pour lui,l'angoisse et la souffrance! Ô despote ! Crois-tu donc que toute la France C'est toi seul ! Fou d'orgueil, enivré par ton rang, Prodiguant sans remords sa richesse et son sang ? ... Et si, quoiqu'un, venant troubler ta quiétude, Te révèle combien souffre la multitude, Seul, ton orgueil écoute ! Et de mots protecteurs Il te plaît d'offenser tes plus vieux serviteurs. Allons, le coeur frappé d'une double blessure, Je rentrerai, plus las, dans ma retraite obscure

Scène 8

Laure de Naves, Racine

Alors seulement elle voit Racine.

Laure de Naves

Il me trompait ! J'en ai la preuve ! Ah ! Maintenant Je suivrai vos conseils. A l'ombre d'un couvent, J'oublierai dans la paix l'ingrat lâche et frivole Qui brise un coeur de femme et trahit sa parole.

Racine

Enfant, n'y croyez pas. Jusqu'au pied des autels L'amour viendra chanter ses refrains immortels Quand on aime une fois, il faut aimer encore.

Laure de Naves

Vous dites ?

Racine

Au déclin des jours comme à l'aurore Il faut au coeur blessé de nouvelles amours, Et Dieu ne suffit pas... même en priant toujours !

Laure de Naves

Je ne vous comprends plus ! Mais je me désespère ! Conseillez-moi ; tantôt, vous me parliez en père ; J'ai besoin d'un appui ;...

Racine

Vous êtes, mon enfant, À l'aube de la vie et l'amour triomphant Reviendra, digne en tout, de vos jeunes tendresses. Chassez pour votre orgueil, d'inutiles tristesses.

Laure de Naves

Vous êtes mon ami, pourtant...

Madame de Maintenon entre soucieuse, un peu solennelle. Laure demeure muette et clouée sur place par la surprise que lui cause le mot de Racine.

Racine

Je vous trompais Ou plutôt, je me suis leurré. Je vous aimais D'amour !

Scène 9

Laure de Naves, Madame de Maintenon, Racine

Laure de Naves

Mon Dieu !

Madame de Maintenon

Qu'avez-vous fait ? Quelle imprudence! Un tel discours, au Roi ! Mais c'est de la démence ! Vous pouviez, sans retour, nous perdre tous les deux. Quel orgueil vous dicta ces pensers hasardeux ? Laissez agir pourtant mon amitié fidèle. Mais restez à la cour, il le faut, mon rebelle !

Racine

De songes merveilleux, moi, je vous bercerai ; Laure, oubliez l'ingrat ! Je vous consolerai.

Laure de Naves

Malgré la trahison, Racine, j'aime encore...

Madame de Maintenon

J'ai compris maintenant ; c'est elle qu'il adore !

Racine

Madame, c'en est fait, je ne veux pas lutter Et mon coeur méconnu n'a rien à regretter.

Madame de Maintenon

Ô Racine, parfois il est dans l'existence Un jour de deuil où quelque peine plus intense Harcèle et fait plier le coeur endolori. L'avenir, devant nous, paraît tout assombri ! Mais qu'importe, pour vous, le lourd chagrin d'une heure ! Sur les troubles présents, votre gloire demeure Triomphale, éclatante, et durera toujours ! Nos intrigues, nos pleurs et les pâles amours Où notre coeur, parfois, s'amoindrit et succombe, Seront, depuis longtemps, enfermés dans la tombe, Que vous demeurerez, planant sur l'univers ! Ce siècle, tout entier, revivra dans vos vers ! Racine, croyez-vous que jamais on oublie Votre Esther, Bérénice, Andromaque, Athalie ? Pourquoi vous vois-je ici, sombre et désespéré ? La Gloire vous attend !

Racine

Madame, j'en mourrai !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.