Cinquième Dialogue
Été
Louis, Icélie, Léonille
Louis
Ah ! Ma chère Icélie, nous t'apportons toutes les richesses de l'année, des cerises, des fraises, des groseilles et des framboises.
Icélie
Connais-tu la singulière propriété des feuilles de framboises ?
Louis
Non.
Icélie
Tu vois qu'elles sont d'un vert foncé en-dessus et d'un vert très pâle en-dessous ; en botanique ce vert blanchâtre s'appelle glauque.
Louis
Après.
Icélie
Eh bien, ce vert glauque ne prend jamais l'eau ; en trempant cette feuille de framboise dans un verre d'eau, le côté vert glauque ne sera pas mouillé.
Louis
J'essaierai cela tout à l'heure.
Icélie
Cela est certain, jamais le vert glauque ne se mouille; mais travaillons à notre herbier, on ne peut pas dessécher tout à la fois. Donne-moi les feuilles par ordre.
Louis
Avant tout, la cerise ; c'est la reine des fruits rouges... Ah ! J'oubliais que j'ai encore cueilli une branche d'épine-vinette et dont le fruit commence à se faner.
Icélie
J'espère que tu l'as cueillie avec précaution.
Louis
Oh ! Oui, je sais que les piqûres de ces épines sont dangereuses et difficiles à guérir.
Icélie
C'est pourquoi les haies que l'on fait avec cet arbrisseau sont redoutables par leurs piquants. Sais-tu que les fleurs présentent un phénomène très curieux ?
Louis
Non.
Icélie
Les étamines de ces fleurs...
Louis
N'appelles-tu pas étamines les petits filets qui sont dans le coeur de la fleur ?
Icélie
Justement.
Léonille
Et le grand filet qui est au milieu se nomme pistil.
Louis
Ce pistil est terminé par une jolie petite boule.
Icélie
Et c'est cette boule qui devient le fruit.
Louis
C'est drôle ; mais explique-nous donc ce phénomène très curieux.
Icélie
Les étamines sont tellement irritables qu'au plus léger attouchement elles se contractent et se portent rapidement sur le pistil où elles demeurent fixées pendant un certain temps.
Léonille
C'est a peu près comme les feuilles de la sensitive.
Louis
Revenons aux cerises. Devine d'abord comment j'ai pu faire entrer ces deux cerises dans la fente de cette carte ?
Icélie
Je ne le devinerai pas.
Louis
Je vais donc te l'apprendre ; je suis tout fier de pouvoir t'enseigner quelque chose.
Icélie
Et moi je suis charmée de t'avoir cette obligation ; car, même dans les choses de peu d'importance, on doit toujours de la reconnaissance à ceux qui nous instruisent.
Louis
Ma bonne soeur, combien donc nous devons être reconnaissants !... Vois-tu comme je retire cette cerise, et comme je la remets ?
Icélie
Cela est très ingénieux !
Louis
Que ne fait-on pas avec des cerises ! Premièrement on nous en laisse manger à discrétion.
Léonille
Et puis on en fait des confitures.
Louis
Et puis on grimpe sur les arbres pour les cueillir.
Léonille
On fait avec les queues de jolis lacs d'amour.
Louis
Et les noyaux qui brûlent si joliment, qui font un petit feu si doux.
Icélie
On les amasse en Espagne pour cet usage ; on en remplit de grandes bassines d'argent, on les enflamme avec un peu de braise ; c'est là le seul chauffage dont on se serve dans ce beau pays chaud.
Léonille
On fait aussi de ces mêmes noyaux, ainsi qu'avec les noyaux d'abricots, de si jolis petits paniers !...
Louis
J'en sais faire aussi de charmants anneaux, en usant sur une pierre un côté et puis l'autre. On réunit ces anneaux par des anneaux de crins, ce qui forme une très jolie chaîne. Quant aux groseilles, aux framboises et aux fraises, nous ne les avons apportées que parce que nous aimons à les cueillir et à les manger.
Léonille
Maman m'a appris à imiter parfaitement les fraises ananas avec des lisières d'écarlate.
Fin du cinquième Dialogue.
Icélie
Voilà toutes nos fleurs et nos feuilles arrangées, notre séance est finie.