Compliment · 1750

COMPLIMENT fait à la clôture du Théâtre Italien, le samedi 14 Mars 1750

de Pierre-Charles Roy

Représentation
≈ 7 min
Distribution
1 femme, 2 hommes
Répliques
59
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Arlequin H 14 ≈ 3 min 2
Mademoiselle Astraudy F 20 ≈ 2 min 2
Monsieur Soly H 25 ≈ 2 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Compliment
Arlequin absent
Mademoiselle Astraudy absent
Monsieur Soly absent
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Compliment

Scène 1

Monsieur Soly, Mademoiselle Astraudy

Monsieur Soly

Haranguer le Public ? Vous ! Quelle extravagance !

Mademoiselle Astraudy

Monsieur, prenez un ton un peu plus radouci.

Monsieur Soly

Vous réglerez mon ton, je pense !

Mademoiselle Astraudy

En faveur de mon sexe un peu de complaisance.

Monsieur Soly

Le sexe en tout pays n'a que trop de puissance ; Dans notre République il n'en est pas ainsi, Tout est dans la même balance.

Mademoiselle Astraudy

Eh bien ! Ne suis-je pas Comédienne aussi ?

Monsieur Soly

La dernière venue ici Me dispute une préférence ?

Mademoiselle Astraudy

Mon âge est, comme on sait, l'âge de l'espérance, Et le Parterre a voulu de tout temps Favoriser le germe des talents : Notre faiblesse attire l'indulgence.

Monsieur Soly

Eût on beaucoup d'expérience, L'indulgence est à désirer.

Mademoiselle Astraudy

Moins j'ai d'acquit, plus je dois l'implorer. Ainsi le Compliment est à ma bienséance.

Monsieur Soly

Ah ! Ah ! Si le Public nous souffre avec bonté, Ce sera par votre éloquence.

Mademoiselle Astraudy

L'éloquence a l'air apprêté, Et contr'elle on est en défense ; Au moins l'ingénuité À mon âge est naturelle ; Quand je promettrai du zèle, Beaucoup de docilité, Ce serment dans ma bouche a lieu d'être écouté.

Monsieur Soly

Votre jeunesse encor !

Mademoiselle Astraudy

Ressource telle quelle.

Monsieur Soly

Dites tout : votre vanité Laisse en arrière la beauté.

Mademoiselle Astraudy

Je ne m'en pique pas, et je me rends justice.

Monsieur Soly

La beauté ne fait pas l'Actrice.

Mademoiselle Astraudy

Le Public seul la forme, et c'est par ses leçons Que dans notre Art nous avançons.

Monsieur Soly

Et les auteurs aussi La belle découverte !

Mademoiselle Astraudy

L'Auteur les prend de loin à loin : Mais pour nous tous les soirs c'est une école ouverte.

Monsieur Soly

On attend vos progrès.

Mademoiselle Astraudy

J'y mettrai tout mon soin.

Monsieur Soly

Croyez-vous en avoir besoin ? Vous dansez ; le mérite est léger et frivole ; Depuis qu'on vous a fait monter Jusqu'à l'honneur de réciter, La présomption vous rend folle.

Mademoiselle Astraudy

La danse est de quelque secours. Sans elle ce théâtre aurait de mauvais jours.

Monsieur Soly

Pour votre compliment, faites la capriole.

Mademoiselle Astraudy

Eh ! Mais, Monsieur, vous m'insultez.

Monsieur Soly

Je vous prie humblement me céder la place.

Mademoiselle Astraudy

C'en est trop, vous empiétez Sur les droits du parterre : il fait justice ou grâce. C'est lui qui nous reçoit, c'est lui seul qui nous chasse.

Scène 2

Arlequin, Monsieur Soly, Mademoiselle Astraudy

Arlequin

Montrons nous. C'est à moi de les morigéner. Qu'est-ce donc ! Que de bruit ! Eh quoi ? Petits Comiques, Qui ne devez que badiner, Parbleu c'est bien à vous de vous passionner Sur le ton des acteurs tragiques ?

Monsieur Soly

Écoutez-moi...

Arlequin

J'ai tout entendu de là-bas. Je vais vous accorder.

Monsieur Soly

Bel arbitre à vrai dire ! Ah !

Arlequin

Vous riez : je ne m'en fâche pas, Car j'aime assez à faire rire. Je sais concilier les plus aigres humeurs, Aux pieds de l'intérêt courber l'antipathie. J'ai mis ces jours passés d'accord deux procureurs,

Mademoiselle Astraudy

Comment ?

Arlequin

Par le profit, boussole des grands coeurs, L'un à l'autre vendit les droits de sa partie. Le lendemain je fis embrasser deux auteurs. .

Monsieur Soly

Le miracle est plus fort.

Arlequin

Après dix ans de guerre À l'aide du sifflet je sus les rapprocher : Tous deux également bafoués du parterre, N'eurent rien à se reprocher. Pour une opulente douairière Deux Gascons allaient s'égorger, Je les rendis amis.

Mademoiselle Astraudy

Eh ! De quelle manière ?

Monsieur Soly

Est-ce en les faisant partager ?

Arlequin

Non, c'est en leur montrant que chez la Trésorière Rien ne restait plus à gruger.

Monsieur Soly

Oui, l'intérêt cessant fait cesser la querelle ; Mais l'intérêt, l'honneur beaucoup plus cher que lui. Nous font disputer aujourd'hui.

Arlequin

Et vous dérangent la cervelle.

Mademoiselle Astraudy

Sans offenser Monsieur.

Monsieur Soly

Sans me faire valoir Aux dépens de Mademoiselle.

Mademoiselle Astraudy

Je voulais donc...

Monsieur Soly

Je veux...

Arlequin

C'est à moi de vouloir.

Monsieur Soly

À vous ?

Arlequin

Et tous les deux rentrez dans le devoir.

Monsieur Soly

Ah ! Pour un Arlequin la phrase est bien hautaine.

Arlequin

Ah ! Nous ne sommes pas ici chez Melpomène. Là les plus grands héros, Turcs, ou Grecs, ou Romains, Européens, ou Mexicains, Sont alternatifs sur la scène ; L'un y succède à l'autre, et chacun a son tour : Ici j'ai toute la semaine, Point de pièces sans moi ; fête ou non, c'est mon jour : Partant je suis dans mon domaine. Et toute la troupe est ma Cour.

Monsieur Soly

Des gestes, des lazzi, science fort profonde ! L'habit, le masque joue.

Mademoiselle Astraudy

Au moins il vous seconde, sans cela vous seriez à bout.

Arlequin

Que d'honnêtes gens dans le monde , De qui le masque impose et dont l'habit fait tout ! Mais voici du Public la dernière audience, Faut-il par nos débats lasser sa patience ? Il adoucit pour nous la rigueur de ses lois, Pour moi surtout, moi qu'il a tant de fois Prévenu de sa bienveillance, J'étouffe sous le poids de la reconnaissance. Je veux bien avec vous mettre en commun mes droits, Quoique sûr de la préséance. Ça parlons ensemble tous trois.

Il sort.

Monsieur Soly

Adieu, grand Orateur, adieu, je me retire ; Vous ne me laissez rien à dire.

Arlequin

Vous décampez aussi, je crois.

Mademoiselle Astraudy

Il ne l'emporte pas sur moi, C'est ce qui me console.

Arlequin

Oui triomphez, ma belle. Que voilà bien l'esprit femelle !

Scène 3

Arlequin

Le défaut d'espace nous oblige de renvoyer au mois prochain le Compliment que Monsieur Roy a composé pour l'ouverture du même théâtre.

Arlequin

Puisque le champ me reste, il faut avec éclat se tirer d'un pas délicat. Messieurs, je suis balourd, confus dans mon langage, Court de mémoire, dont j'enrage, D'autres diraient, un peu distrait, Assez enclin au verbiage, Ainsi que tous porteurs de robe et de bonnet, Mais se connaître en effet Est le chef-d'oeuvre du sage, Et du comédien surtout, dont l'apanage, Est de se croire parfait. Vous nous passez trop de défauts sans doute, Mais nous ne les adoptons pas. Nous nous corrigerons, Messieurs, quoiqu'il en coûte, J'en jure sur ce coutelas. Cet auguste serment est mon plus digne hommage. Je n'en dirai pas davantage. Le discours le plus beau déplaît par la longueur ; Après le créancier, est-il quelque visage Plus maussade qu'un harangueur ?

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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