Compliment · 1750

COMPLIMENT pour l’ouverture du Théâtre Italien, le 7 Avril 1750

de Pierre-Charles Roy

Représentation
≈ 7 min
Distribution
2 femmes, 1 homme
Répliques
44
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Marquise F 19 ≈ 3 min 3
Monsieur Miracle H 16 ≈ 2 min 2
Mademoiselle Astraudy F 8 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Compliment du 7 Avril 1750
La Marquise absent
Monsieur Miracle absentabsent
Mademoiselle Astraudy absent
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Compliment du 7 Avril 1750

Scène 1

Monsieur Miracle, La Marquise, M. Amiracle

Monsieur Miracle

D'un comique pareil se peut-on affoler ?

La Marquise

À mes goûts passagers ne mettez point d'obstacle.

Monsieur Miracle

Les miens qui m'ont mis au pinacle Sont fixes, sont des lois. Voulez-vous exceller ? Êtes-vous mon élève ? Il faut me ressembler.

La Marquise

Quand je dois composer, vous êtes mon Oracle. Pour mes amusements, mon cher Monsieur Miracle, Mon choix, fantasque ou non, vaut-il de quereller ?

Monsieur Miracle

Le bon air jusques-là peut il se ravaler ? Après un mois d'absence, affamé de spectacle, Est-ce aux Italiens qu'on vient se régaler ?

La Marquise

Voulant me réjouir, où fallait-il aller ?

Monsieur Miracle

Chez les Français, morbleu : le succulent Tragique, Farci de sentiments, et fort de politique ; Le haut Comique assaisonné De morale et de pathétique, Voila des aliments pour un goût raffiné. Ici quel est le mets délicat, ou solide ? C'est l'ombre d'un repas ; on en sort toujours vide, C'est du sec, c'est du vent, de la mousse, des riens.

La Marquise

Soit, j'ai moins d'appétit que vous, je soutiens Que ce que vous nommez le plus léger service, Est celui qui souvent amène la gaîté.

Monsieur Miracle

Ici le fruit est mal monté. Qu'ils sont gauches vos gens d'office !

La Marquise

Vous en voulez de loin à ces pauvres acteurs.

Monsieur Miracle

Souvent j'ai pris contre eux la défense des moeurs, Car j'en ai.

La Marquise

Sur ce point chacun vous rend justice.

Monsieur Miracle

N'a t'on pas vu souvent ces ineptes farceurs, Mauvais singes en tout, par leurs froids batelages Dégrader, disloquer les plus grands personnages, Des Grecs et des Romains, des Rois, des Empereurs ; Avec de fausses couleurs Défigurer les ouvrages Des plus célèbres auteurs, Dont le public devrait encenser les images ?

La Marquise

Mais de ces illustres rimeurs La parodie a-t-elle excité les clameurs ? En ont-ils éprouvé du déchet à leur gloire ? Non, l'Agnès de Chaillot chez plus d'un curieux De la tragique Inés rafraîchit la mémoire : C'est Castor et Pollux, ces jumeaux si fameux Immortels l'un par l'autre.

M. Amiracle

Ah ! Quel blasphème affreux !

La Marquise

Calmez-vous : à présent on fait des tragédies Portant en soi leurs parodies ; Et le Théatre Italien Chargerait sans ajouter rien. Mais son silence aux auteurs dramatiques Épargne-t'il les plus âpres critiques ? . Qu'y gagnent ces Messieurs ? Au fond des cabinets, Des feuilles périodiques Vont remplacer les sifflets : Un instant, au théâtre, eût fait couler ces traits : Mais le lecteur, à tête reposée, Savoure l'analyse avec art composée ; Il y voit relever jusqu'aux moindres erreurs : Le public détrompé, rétracte des suffrages Mendiés à genoux chez tant de protecteurs, Ou payés par avance à des clients à gages.

Monsieur Miracle

Mais on peut riposter à ces malins écrits ; On arme sa cabale, on partage Taris : L'Italien déclare une plus rude guerre ; Plaide-t-on contre le parterre ?

La Marquise

Un Phénix tel que vous ne craindra rien de lui

Monsieur Miracle

Je le sais, mais enfin ce lieu choque ma vue.

La Marquise

C'est pour le Compliment que j'y viens aujourd'hui.

Monsieur Miracle

J'ai tant d'aversion pour ce séjour d'ennui, Que j'évite toujours de passer dans la rue. Mais le Compliment fait, je sors.

La Marquise

Quoi, vous me laisseriez ?

Monsieur Miracle

Je pars, ou je m'endors. Commence-t-on bien tôt ?

La Marquise

Oui, l'Orateur s'avance.

Monsieur Miracle

Comment ? C'est une fille !

La Marquise

Oui : la jeune Astraudy.

Monsieur Miracle

Vous vous moquez. Quoi, l'Éloquence. Ici tombe en quenouille !

La Marquise

Un peu de patience : Un pareil choix est souvent applaudi.

Scène 2

La Marquise, Monsieur Miracle, Mademoiselle Astraudy

La Marquise

Bonjour, ma chere enfant, je vous donne audience ; Et Monsieur, qui n'a rien de comparable à lui.

Monsieur Miracle

Comment ! Elle a des yeux, un fort joli visage. Avez-vous de l'esprit ?

Mademoiselle Astraudy

Monsieur, c'est notre usage D'emprunter celui d'autrui.

Monsieur Miracle

Le vôtre vaut mieux, je gage.

Mademoiselle Astraudy

Vous me flattez.

Il sort.

Monsieur Miracle

Non, c'est de bonne foi. Ce qu'on vous a prêté sera, comme je crois, De quelque auteur chétif le doucereux langage. Mignonne, viens demain me haranguer chez moi.

Mademoiselle Astraudy

À quelle heure, Monsieur ?

Scène 3

Mademoiselle Astraudy, La Marquise

Mademoiselle Astraudy

Oh ! le plaisant visage ! Il fait mal le Seigneur.

La Marquise

Vous savez donc qui c'est ?

Mademoiselle Astraudy

Qui ne le connaît pas ?

La Marquise

C'est un grand personnage, Il a quelques écarts, et c'est par là qu'il plaît. Je crois qu'il est parti.

Mademoiselle Astraudy

J'apprêtais son éloge.

La Marquise

Pour moi je demeure ici. Comme Muse, Dieu merci, Je pourrai figurer seule dans une loge.

Mademoiselle Astraudy

Vous êtes Muse : Eh bien, Madame, donnez-nous Dans vos moments perdus quelque nouvelle pièce.

Elle sort.

La Marquise

Ce théâtre est joli, mais déroge à noblesse : Les auteurs sont honteux de travailler pour vous ; Ils semblent se cacher sous terre ; Contents que de l'ouvrage on sente la valeur, Ils ne font point crier du milieu du parterre, L'auteur, qu'on nous montre l'auteur !

Scène 4

Mademoiselle Astraudy

Mademoiselle Astraudy

Messieurs, soit écrivains connus, soit anonymes, Qui pourront réussir à votre amusement, Tous les choix également Nous paraîtront légitimes. Je suis encor bien loin du fin discernement ; Mon âge est ma première excuse ; Et ce n'est point ma voix qui reçoit ou refuse Ce qu'on vient présenter à notre jugement. Vous m'apprendrez à m'y connaître, Et les comédiens les plus accrédités , Ou d'eux-mêmes plus entêtés, Ne trouvent point de meilleur maître. Vos bontés cette année ont surpassé nos voeux, Et depuis que la troupe est introduite en France, On ne se souvient pas d'un succès plus heureux. Le zèle s'accroîtra par la reconnaissance. Si l'avenir le plus doux M'offre de belles années, Je ne les veux que pour vous ; Vos suffrages, seul bien dont mon coeur est jaloux, Rempliront mes destinées ; Eh ! Quelle autre conquête aussi chère pour nous !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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