Acte I
Scène 1
Corine, Mélite
Corine
Que notre sort se roule déplorable, Que nous avons le Ciel peu favorable, Non pas le Ciel, mais Amour Un Enfant, Du Ciel, des Dieux, et de nous triomphant, Ores qu'on voit la Nature seconde Renouveler la naissance du monde, Que le Printemps de Zéphyre conduit, Des jeunes fleurs la moisson nous produit, Seules Mélite en tristesse plongées, Seules d'un feu, d'un même feu rongées, Les yeux noyés d'un gros fleuve de pleurs, Nous dévorons nos muettes douleurs, Nulles d'espoir, vu la jeunesse tendre De qui ne peut à nos flammes se prendre, Qui ne se paît que d'enfantins ébats, Encor novice es amoureux combats, Que ferons nous ? Quel conseil je te prie Tempérera cette ardente furie ?
Mélite
Faut se résoudre au vouloir de son choix, Et consulter l'Oracle de sa voix.
Corine
Il n'a ne choix, ne plaisir, ne parole, Régi sans plus d'une constance folle, Ores actif à surprendre un oiseau Par ses gluants, ou dedans le réseau, Qui va tantôt sur le bord de la rive Tendre aux poissons sa ligne déceptive, Je l'ai trouvé mille fois innocent, Un agnelet de sa bouche pressant,
Mélite
Me croiras-tu ? Hier sur la vesprée Je l'aperçus folâtre dans le pré, Courir après son ombre qui fuyait, Si qu'impuissant de l'atteindre il criait Ne plus ne moins que tu ferais la perte De ton troupeau dessus l'heure soufferte.
Corine
Laissons à part son enfance, et me dis Si de ce somme ocieux dégourdi Je restais seule à posséder sa grâce?
Mélite
De force alors tu m'ôtes de ma place, De force alors (ce que je ne crains voir), Quelque autre part il se faudra pourvoir .
Corine
Ne fais pas tant de la dissimulée, Et aperçois le long de la vallée Quelqu'un venir.
Mélite
C'est Caliste, c'est lui, Comme attristé de ne sais quel ennui.
Corine
Tenterons-nous sa volonté dernière Dessus le choix prémédité naguère ?
Mélite
Oui, j'aime mieux à cette fois mourir Que mille morts davantage nourrir.
Scène 2
Corine, Mélite, Caliste
Corine
L'Amour et Pan préservent d'infortune De nos bergers l'espérance commune.
Mélite
L'Amour et Pan, les Grâces et Cypris De nos Bergers gardent le mieux appris.
Caliste
Pourvu que Pan me prenne en sa tutelle, Des autres Dieux je quitte la séquelle.
Corine
Négliges tu le plus puissant des Dieux, Qui te fait vivre et loge dans tes yeux, Qui sait punir la fierté des rebelles, Et guerdonner ceux qui lui sont fidèles ?
Caliste
Vous m'amusez d'un importun discours, Et ce pendant il s'enfuira toujours.
Mélite
Qui s'enfuira ?
Caliste
Mon passereau que j'aime Plus mille fois (je pense) que moi-même.
Corine
Pour un perdu je t'en redonne deux.
Caliste
Autre pourtant que le mien je ne veux, Le plus privé, le plus beau qui se voie, Dessus mon doigt il becquette la proie, D'une cerise il fera trois repas, Et l'appelant me suivra pas à pas.
Mélite
Tu lui fais part des baisers de ta bouche ?
Caliste
Le plus souvent avec moi je le couche.
Corine
Sans redouter, que Nature et l'Amour De tes forfaits te punissent un jour ?
Caliste
Je ne crains rien que le perdre.
Mélite
Encore Ne peux-tu pas refuser, qui t'adore, D'une demande.
Caliste
He ! Que me voulez-vous ?
Corine
Rien que savoir, à laquelle de nous L'affection t'incline davantage.
Caliste
Vous y entrez égales en partage, Car je ne hais personne.
Mélite
Tu sais bien Si de Junon tu voulais le lien, Te marier, laquelle préférée Se choisirait à l'autre conférée.
Caliste
Je m'en vais donc de mon père savoir Laquelle doit la préférence avoir.
Corine
Simplicité ridicule et grossière, Seul tu es juge en semblable matière.
Caliste
Chacune m'aille un bouquet amasser, De mille fleurs rares le compasser, Et au plus beau ma faveur concédée. DessuS le champ la dispute est vidée.
Mélite
Tu le promets ?
Caliste
Oui.
Corine
Jure donc Amour, Sa douce mère, et la céleste Cour.
Caliste
Je vous les jure, à quoi tant de paroles ?
Mélite
Si ce serment, infracteur, tu violes.
Caliste
Ne me croyez jamais.
Corine
Touche en la main.
Caliste
Que de tourments vous me donnez en vain.
Mélite
Tu nous viendras retrouver sans demeure.
Caliste
Premier qu'il soit pour le plus un quart d heure .
Corine
Or sus, allons Mélite, par plaisir En ce bouquet essayer son désir.
Scène 3
Arcas, Mélite
Arcas
Pauvre Berger tu te trompes de croire Que ton amour s'acquière la victoire, Tenu cra[i]ntif en sa flamme couvert, Le coeur sans plus aux complaintes ouvert, Ce petit Dieu qui tous les autres dompte, Est de nature ennemi de la honte, Favorisant ses soldats, qui hardis Suivent le siècle innocent de jadis, Lors que pressez de l'amoureuse rage, Dessus la langue on portait le courage À la beauté qui captifs nous tenait, Si que dés l'heure aux effets on venait : Bel âge d'or, siècle heureux, hé de grâce Reprends chez nous ton empire et ta place, Ô vains regrets ! ô souhaits ocieux ! Mais vois-je pas ce soleil gracieux, Ce parangon des Nymphes bocagères, Cette beauté, l'honneur de nos bergères, A chef baissé qui picore les fleurs ? Oui, je lui vais redire mes douleurs, Lui redonner ma prière zélée, Avec un peu plus d'audace mêlée.
Mélite
Fils de Vénus que dévote je sers, Duquel je prise et révère les fers, Prince des Dieux qui peuples ce grand monde Viens favorable et ma dextre seconde .
Arcas
À la bonne heure elle invoque l'Amour.
Mélite
Et me sauvant la lumière du jour, En ce bouquet où repose ma vie, Me fais par lui triompher de l'envie.
Arcas
L'obscurité de ce propos confus M'étonne autant qu'onc étonné je fus.
Mélite
Je veux avoir premier que je le lie De toutes fleurs une paire cueillie.
Arcas
Elle tend là de sorte ses esprits Que l'on dirait un chef d oeuvre entrepris : le ne saurais te plus voir en la peine, Sans t'assister dédaigneuse inhumaine.
Mélite
Mon cher Arcas depuis quand es-tu là ?
Arcas
Mon cher, ô Dieux le beau nom que voila ! Toi, depuis quand me chéris-tu cruelle ?
Mélite
L'antique erreur te suit perpétuelle Pour me tenir suspecte sans raison, De te haïr.
Arcas
Et sucrer ma poison.
Mélite
Oblige moi parmi ces fleurs nouvelles, De me trier seulement des plus belles .
Arcas
À quel usage ? À quel secret dessein ?
Mélite
Que d'un bouquet.
Arcas
Qui couronne ce sein ? Il n'en faut pas.
Mélite
Pourquoi ?
Arcas
Belle demande, Les deux boutons qu'il recèle friande, Méritent plus, et passent de beauté Tout ce que Flore eut onc de nouveauté .
Mélite
Or sus causeur, dépêche toi, travaille,
Arcas
De quel salaire assuré ?
Mélite
Ne te chaille, Un jour viendra,
Arcas
Que tu feras mourir Le pauvre Arcas pour ne le secourir .
Mélite
Faible je n'ai du secours qui suffise, Non pas à moi,
Arcas
Ô sorcière feintise !
Mélite
Or sus, or sus, mêle tes fleurs ici.
Arcas
Que fussions nous entremêlés ainsi.
Mélite
Adieu Berger, adieu, si je puis chose Qui te rendit la pareille, dispose.
Arcas
Un seul baiser de récompense au moins, Libres ici d'Argus, et de témoins.
Mélite
Je n'entends pas bien clair de cette oreille, Adieu te dis.
Arcas
Ô rigueur nonpareille ! Ô trahison malicieuse, hélas ! Quelque charmeur l'aura pris en ses lacs, Quelque inconnu de ce bouquet s'honore, Moindre que moi, qui possible l'abhorre, Allons savoir, allons vérifier, Qu'onc à [ce] sexe on ne se peut fier.
Scène 4
Mérope, Satire
Mérope
Toutes les fois que je pense au Satire, Pour mon sujet plein d'amoureux martyre, Auquel des deux je ne sais m'attacher, Ou soit de rire, ou soit de me fâcher ; Qui vit jamais une plus grand folie ? Ores que l'âge à la tombe me lie, Comme à bon droit ce plaisant amoureux, De ma beauté s'esclave langoureux, Plus je le fuis, plus je moque sa flamme, Plus l'aveuglé me poursuit, me réclame, Si qu'à la fin tel périlleux erreur Pourrait brutal se tourner en fureur; Mais une pluie éteindra sa luxure : Ah! le voici ce vrai monstre en nature. Mot, je le veux aux altères tenir, Et d'Un appas moqueur entretenir.
Satire
Je te cherchais de tous côtés ma belle,
Mérope
As-tu (dis moi) retrouvé ta cruelle ?
Satire
La retrouver, folâtre à quel propos, D'esprit, de corps également dispos ?
Mérope
Que voulais-tu maintenant ? Qui t'amène ?
Satire
L'ardente soif de voir ma souveraine,
Mérope
Ainsi chacun recherche son pareil,
Satire
Je t'embrassai cette nuit au sommeil.
Mérope
Je t'en livre une, et jeune et plus privée, Que ta beauté martyre captivée .
Satire
Hier j'étais difforme à ton avis, Aujourd'hui beau les Nymphes je ravis .
Mérope
Cela ce fait de peur que de Narcisse, La vanité t'apportât le supplice, Or en un mot la belle de nos bois Pour toi se meurt, elle tire aux abois.
Satire
Tu me repais ou d'un charme, ou d'un songe.
Mérope
Que me revient de t'user de mensonge ?
Satire
Dis moi son nom,
Mérope
Mélite,
Satire
Désormais De la mémoire aux yeux je la remets, Mélite ô dieux, éprise de la sorte ?
Mérope
Jusqu'en son sein si tu veux je te porte.
Satire
Comment cela ?
Mérope
Par coutume le soir, Lorsque la nuit étend son voile noir, De mille amours et des grâces conduite, Elle se va baigner sans autre suite, Dans le cristal d'une source qui est D'arbres cachée au coeur de la forêt, Proche du Pin, où tu sais qu'à Cibèle On sacrifie en la saison nouvelle, Ne manque donc à point nommé d'aller Près de la Nymphe allègre te couler.
Satire
Possible exclus de semblable conquête Tu concevrais jalouse un mal de tête, Qui pour avoir trop osé hasardeux, Me priverait en fin de toutes deux.
Mérope
Non, derechef je jure le contraire, Que tu me plais t'efforçant de lui plaire .
Satire
Bien donc, tantôt, puis qu'ainsi tu le veux, Lavé, peigné, de barbe et de cheveux, Sous ta conduite il faudra que j'essaye De lui guérir cette amoureuse plaie.
Mérope
Adieu Satyre, et la nuit s'avançant ResSouviens toi de me prendre en passant,
Satire
N'en doute pas, adieu ma chère vie, Adieu mon heur, ah ! je brûle d'envie, Un chaud désir me transporte de moi ; Mais patient ores réserve toi A la moisson d'une beauté pudique, Et à charmer son courage t'applique, Parmi tes fruits lui choisissant un don, Vois de paraître à ses yeux quelque Adon.
Acte II
Scène 1
Corine, Mélite
Corine
Jamais bouquet ne fut de son mérite, Qu'Amour lui-même arbitre le visite, De tant de fleurs la rare nouveauté Entre amoureux vaut une royauté : Ô beau bouquet, si ta vertu sacrée, Où de mon mieux l'espérance est ancrée, Fait que je vive en cette élection, Trouve parfait de la perfection, Si tu m'obtiens l'amoureuse victoire, Je garderai plus chère ta mémoire, Que je ne fais du jour que je naquis ; Pour monument de ce bien fait exquis, Un tous les ans à la même journée Se portera sur l'autel d'Hyménée : Or l'heure presse assignée au combat, Et qui ma joie en la sienne rabat, Voici venir Mélite résolue, Comme déjà victorieuse élevé.
Mélite
Je te croyais plus fine à ce jeu là, Ô quel bouquet de novice voilà !
Corine
Montre le tien qui se cache de honte.
Mélite
Mais qui ne peut souffrir qu'on lui affronte Un ennemi de si peu de valeur.
Corine
Il n'en aura que trop à ton malheur.
Mélite
Non pas pourvu qu'on me rende justice.
Corine
Est-ce de fleurs qu'il manque, ou d'artifice ?
Mélite
En tous les deux je le juge imparfait L'ordre et la forme en laquelle il est fait Ne m'a que plus en l'espoir confirmée, De vaincre, et voir Corine supprimée.
Corine
Que de langage, allons vers le coupeau, Où d'ordinaire il mène son troupeau.
Mélite
Holà, ne bouge, un qui fort lui ressemble, Là-bas repose à l'ombre de ce tremble.
Corine
Remarque un peu que nous apercevant, Il gagnerait volontiers le devant.
Mélite
Or sus, courons l'attraper au passage.
Corine
Méchant demeure, où fuirais-tu volage ?
Scène 2
Caliste, Corine, Mélite
Caliste
Vous vous pourriez cent fois mettre en courroux Je ne pensais désormais plus à vous.
Corine
N'en jure point, la vérité notoire Témoigne assez de ta courte mémoire.
Caliste
Car la douleur de l'oiseau m'a transi, Que j'ai perdu naguère en ce lieu ci.
Mélite
Si dans deux jours je m'offre de te rendre Un Passereau plus privé ? Te l'apprendre ?
Caliste
Un plus privé dans deux jours, hé comment ? Depuis deux mois, de moment en moment Toujours après c'est ce que j'ai pu faire.
Mélite
Cela berger, consiste en peu d'affaire. J'ai le secret de les apprivoiser, Veuille sans plus un débat accoiser, Veuille sans plus ta promesse tenue Me couronner de la palme obtenue, Car tu vois trop raisonnable combien En toute sorte il surpasse le sien.
Caliste
L'un et l'autre a si peu de différence, Qu'on ne saurait asseoir de préférence.
Corine
Ce peu qui penche à l'imperfection, Du mien toujours te donne élection.
Caliste
Que voulez-vous que je dise autre chose ? L'égalité me tient la bouche close, Vivons ainsi qu'au précédent amis.
Mélite
D'en accepter une tu as promis.
Caliste
Bien, j'aimerai celle qui plus légère M'ira quérir un peu d'eau la première, Pâmé de soif, tantôt prise à courir Après l'oiseau qui me fera mourir.
Mélite
Ne pense plus à ta perte frivole, Où tu as dit présentement je vole.
Corine
Moi tout de même, or avise au retour De m'adjuger la primauté d'Amour.
Caliste
Ô le grand coup ? Ô la ruse opportune Pour me tirer de leur presse importune ! Mal assuré je n'attendais que voir Les coups sur moi de ces folles pleuvoir : Ores prenons de bonne heure la fuite Pour éviter leur fâcheuse poursuite.
Scène 3
Arcas, Mérope
Arcas
Vous l'avez vu ce prodige mes yeux, Qui dut armer le tonnerre des cieux Vous avez vu la perfide éhontée, À un enfant bouche à bouche affrontée : Ô déloyale ! Ô aveugle en ton choix, Tu as trouvé le mal que tu cherchais, Un apprenti des amoureuses peines, Qui moquera tes espérances vaines, Au lieu qu'en moi du jour au lendemain Hymen romprait ce servage inhumain ; Du moins tigresse aurai-je l'allégeance Que ce rival doit faire la vengeance De ton erreur : mais n'aperçois-je pas, S'acheminer Mérope au petit pas ? Il n'y a point de doute que c'est elle, Qui m'aura vu naguère en cervelle.
Mérope
Comme Amoureux tu t'entretiens toujours, Seul écarté de fantasques discours.
Arcas
Tu le connais sage d'expérience, Qui sais guérir par ta noire science La plus grand part des mortelles langueurs, Sous toi Clotho diffère ses rigueurs, L'averne tremble, et la lampe nocturne Cède au pouvoir d'un charme taciturne : Prête moi donc Mérope le secours, Qu'aux affligés tu concède[s] toujours.
Mérope
N'espère point que ta flamme s'allège, Si tu ne tends à ta rebelle un piège.
Arcas
Quel piège encor ?
Mérope
Ballant de la plier, Eut elle un coeur insensible d'acier.
Arcas
Sinon l'erreur obstiné qui maîtrise Cette beauté de qui la fuit éprise, Je ne voudrais désespérer du tout, Que par le temps nous n'en vinssions à bout.
Mérope
Le connais-tu le rival qu'elle affecte ?
Arcas
Trop, et n'aurais son enfance suspecte, Pourvu que l'âge en un point s'arrêtât, Qui du désir plus outre n'attentat.
Mérope
Nomme le moi.
Arcas
Caliste.
Mérope
Prends courage, Tu forceras la rigueur de l'orage, Caliste neuf en l'école d'amour, Simple, honteux, ne la tiendra qu'un jour ; Or je retourne au moyen que te donne Le paphien de fléchir la félonne, Car qui ne sait qu'à force de bien faits, Les plus ingrats favorables sont faits ? Que peu à peu une pluie qui dure, Cave des rocs la substance plus dure, Beaucoup de gloire, et fort peu de danger Peuvent hardi la nymphe t'obliger.
Arcas
J'exposerai mon honneur et ma vie, Si son service à cela me convie.
Mérope
Écoute donc, un Satire insolent De la ravir machine violent, Lorsque le soir elle voudra seulette Laver au bain sa charmeuse molette, Dans la forêt où ce bouquin paillard A sa coutume observé de hasard, Pour mon devoir j'allais trouver Mélite, Et l'avertir que l'embûche elle évite ; Mais maintenant je juge que tu peux L'occasion prise par les cheveux, Donner secours à ta belle maîtresse, La préservant de si honteuse oppresse, Qui lui fera le courage amollir, Et d'un enfant la mémoire abolir, L'approuves-tu ? Parle, avise, regarde Qu'un de nous deux de l'encombre la garde .
Arcas
Ma voix sans plus se resserre de peur, Que ce ne soit un mensonge pipeur.
Mérope
Tu ne m'as onc menteuse reconnue, Franche toujours, et de fallace nue ; Or te dois-tu ressouvenir où est Une fontaine au coeur de la forêt, Non guère loin de l'arbre de Cybèle, Qui là nos voeux tous les ans renouvelle.
Arcas
Très bien, j'irais à clos yeux de ce pas.
Mérope
Prends néanmoins un modéré compas À te conduire et n'éclore à la hâte Rien d'avortif qui l'entreprise gâte.
Arcas
Devers quelle heure est il bon de marcher ?
Mérope
Lorsque Phoebus commence à se coucher.
Arcas
Je vais tenir ma houlette ferrée, Pour ce duel amoureux préparée.
Mérope
Tu as affaire au plus lâche vilain Qui se vit onc.
Arcas
Aussi je ne le crains, Mais en tous cas la prévoyance est bonne.
Mérope
Tu as raison, va sans dire à personne Ce qui se passe.
Arcas
Adieu Mérope, et crois Que ta faveur ne s'oubliera chez moi.
Scène 4
Mélite, Corine
Mélite
Tiens vitement Caliste,
Corine
Ô la finesse De précéder d'une voix menteresse Celle qui t'a, je prends ses yeux témoins, Plus de dix pas précédé pour le moins !
Mélite
Ce sont discours faciles au parjure, Qui de jamais ne dire vrai conjure.
Corine
Caliste viens (que sert de te cacher ?) Nos différents et ta soif étancher .
Mélite
Reçois la mienne et plus franche et plus nette.
Corine
Là ton envie apparaît indiscrète,
Mélite
Mon beau Caliste, où es-tu mon souci ?
Corine
Allons chercher aux environs d'ici,
Mélite
Écho, répond seule mise en sa place.
Corine
Ta moquerie à la parfin nous lasse.
Mélite
Folles cent fois de se plus amuser A qui ne sait de la victoire user.
Corine
Tels voeux à part des la première vue Qu'on le tiendra surpris à l'impourvu, Faut garrotter ce Protée inconstant, Si que l'Oracle il profère à l'instant.
Mélite
Nous ferons mieux, or de poussière pleine, Et de sueur je cours à la fontaine, Où j'ai le soir appris de me laver.
Corine
Moi cependant mon troupeau retrouver.
Acte III
Scène 1
Satire, Mérope
Satire
Heureuse nuit aux amours favorable ! Nuit des labeurs le charme secourable, Nuit destinée à ma félicité, Qui du cercueil m'aurais ressuscité, Tu es venue ô mère du silence, Qui jà muet de tous côtés s'élance : Avise donc Satire à te munir, D'une vigueur capable de tenir, D'une vigueur amoureuse qui dure, Et te confirme en la grâce future De ce Phoenix de beauté gracieux, Qui te commet à son plus précieux ; Or parvenu à l'huis de ma Sibylle, J'aiguiserai d'une façon subtile Mon sifflement afin de l'appeler, À peu de bruit lui parlant sans parler.
Mérope
J'entends qui c'est, allons tu viens à l'heure, Qui se pourrait appeler la meilleure.
Satire
Ma douce vie, hé bien, n'ai-je tenu Promesse au terme entre nous convenu ?
Mérope
Ta diligence admirable mérite Ce qu'elle aura d'une chaste Charite ; Or sus de loin qu'on suive au petit pas, Si que de l'oeil tu ne me perdes pas, Et où du doigt je fais signe arrêtée, Cours te jeter sur ta proie apprêtée.
Satire
Oncques garrot ne partit plus léger Que tu me vois au signal déloger.
Scène 2
Mélite, Arcas
Mélite
L'infinité de ces gauches présages, Ébranlerait les plus fermes courages, M'acheminant, la funéreuse voix D'une chevêche a soupiré trois fois, Après du pied sur l'herbage glissée, Une couleuvre à longs plis élancée M'a poursuivi avec tant de fureur, Qu'au souvenir je hérisse d'horreur, Trembler aussi la fièvre continue De chaque chose à présage tenue ? Jamais, jamais, l'innocence fera Que mon dessein se parachèvera.
Arcas
J'entr'ois l'accent de quelque voix humaine, Et le bonheur sans doute me l'amène.
Mélite
Mon arc tendu auprès de moi je veux De ce ruban me tresser les cheveux.
Arcas
Oui la voilà, qui sans doute murmure, Diane rends ta lampe plus obscure, Qu'à pas larrons près d'elle parvenu, Tant de beautés je puisse voir à nu.
Scène 3
Satire, Mélite, Arcas, Mérope
Satire
Belle Bergère.
Mélite
Ô Dieux !
Satire
N'aie point peur.
Arcas
Comme adoucit son appeau le pipeur !
Satire
Je suis.
Mélite
N'approche, ou[...]
Satire
Que voudrais-tu dire, Méconnais-tu ton fidèle Satire ?
Mélite
Qui t'a donné l'audace de venir ?
Satire
Ton mandement.
Mélite
Moi ?
Satire
Souffre un peu tenir.
Mélite
Retire toi monstre infect de luxure, Si tu ne veux que je te défigure.
Arcas
Crainte de pis allons la secourir.
Satire
Un baiser pris je consens de mourir.
Mélite
Je baiserai plutôt la Parque blême,
Satire
J'appliquerai la rigueur à l'extrême,
Mélite
À l'aide, au meurtre, on me force, au voleur.
Satire
Me résister t'apporte du malheur.
Arcas
Demeure infâme, arrête, ou je te tue,
Mérope
Arcas aux mains sa parole effectue.
Satire
Au moins entends mes raisons,
Arcas
Quitte la.
Satire
Bien je le veux.
Arcas
Oui forcé.
Satire
La voilà.
Arcas
Tu laisseras tes cornes sur la place.
Satire
Écoute un peu.
Arcas
Mon oreille en est lasse.
Satire
Hélas ! Merci, je me rends, que veux-tu ?
Arcas
Qu'il te souvienne avoir été battu,
Mélite
Tiens le Pasteur que ma part je lui donne.
Mérope
J'entends des coups l'orage qui résonne Dessus le dos de mon bel amoureux, Quelle risée au sortir d'avec eux Je me prépare.
Satire
Au meurtre, on m'assassine, Rompu de bras, de tête, de poitrine, Secours ô Pan, secours, je n'en puis plus.
Mélite
une autre fois ne t'empiège à ta glue.
Arcas
Laissons-le aller.
Satire
Hé je vous en supplie.
Mélite
Non, non, premier ma vengeance accomplie.
Arcas
Va sauve toi, ne nous promets-tu pas ?
Satire
Oui, retrouvé donnez moi le trépas.
Mélite
Ah ! Si la force égalait mon courage, Tu vomirais l'âme pour cet outrage.
Satire
Louve, rufien, quelque jour, quelque jour On vous réserve à beau jeu beau retour.
Scène 4
Arcas, Mélite
Arcas
Je rends Mélite une grâce commune, Tant à l'Amour qu'à ma bonne fortune, D'avoir sauvé du naufrage prochain Ta chasteté, qui résistait en vain, Telle à peu près que la barque qui flotte À la merci des vagues sans pilote, Dessus le point de s'abîmer au fond.
Mélite
Oui, mais Berger tel bienfait se morfond, Perde son lustre et l'on n'a plus de grâce, Quand son auteur la mémoire en repasse, Il ne doit pas même s'en souvenir, Où le mérite est nul à l'avenir.
Arcas
Qui le dirait par forme de reproche ? Qui n'aurait pas à miner une roche, De cruauté, d'orgueil et de mépris ? Qui ne saurait qu'un ingrat a le pris De mes labeurs, de mes fidèles peines, Qui ne saurait qu'au supplice tu mènes Son innocence ? Ah ! Ces points exceptez J'aurai trop tôt mes services vantés, Trop tôt béni l'heure si fortunée Que je sauvé ta pudeur butinée.
Mélite
Entretien-toi d'espérance toujours, Et à son temps réserve mon secours, Tandis je vais divulguer la victoire Qui te promet une immortelle gloire.
Arcas
Sans m'élargir la faveur d'un baiser, Soit, mes yeux ont eu de quoi s'apaiser, De quoi repaître une ardeur curieuse.
Mélite
Qu'avance là ta langue injurieuse ?
Arcas
La vérité.
Mélite
Quelle ?
Arcas
N'importe pas.
Mélite
Dis franchement.
Arcas
J'admirais ce repas Pris de la vue, ah ! Tu veux que d'envie À ce reçoit je soupire la vie.
Mélite
Qu'aurais-tu vu ?
Arcas
Deux montagnes de lait Qu'un beau bouton décore vermeillet.
Mélite
Ô le menteur ! De ma tresse épanchée, J'étais dans l'eau plus qu'à demi cachée, Adieu, adieu.
Arcas
Je te reconduirai, Crainte de pis.
Mélite
Moi donc j'obéirai.
Scène 5
Satire, Mérope
Satire
Meurtri de coups, à peine hélas ! À peine Je puis marcher et ravoir mon haleine, Encore plus affligé de l'affront Qui me demeure imprimé sur le front : Ô fausse vieille ! Ô mille fois traîtresse ! Tu m'as vraiment bien pourvu de maîtresse, Tu m'as joué d'un tour de ton métier, Mais à mon rang je te veux châtier, Si sur le champ de l'attentat purgée, D'un tel soupçon je n'ai l'âme allégée, Or ne pouvant la rejoindre depuis, Je l'attendrai sur le seuil de son huis, J'entr'ois marcher, ce l'est qui s'achemine, Nous jugerons du courage à la mine.
Mérope
Tu es donc là Satire, hé bien, comment Va ton Amour à ce commencement ?
Satire
Très mal.
Mérope
Pourquoi très mal ?
Satire
Ta gausserie Pourrait changer mon amour en furie.
Mérope
Que te faut-il ? est-ce le grand merci De t'avoir fait d'elle jouir ainsi ?
Satire
Je ne veux plus de telle jouissance,
Mérope
On te l'avait livrée en ta puissance, De faire plus le moyen que veux tu ?
Satire
Onc pour un coup, je ne fus tant battu.
Mérope
Ces petits coups qu'une fille desserre Ne sont que fleurs en l'amoureuse guerre.
Satire
Certain pasteur survenu de renfort, Las de frapper m'a rendu comme mort.
Mérope
Malheur pourtant inopiné qui montre. Que tu n'étais que bien sans la rencontre.
Satire
Point, je renonce à semblable amitié, Tâte mauvaise, et juge par pitié, S'ils m'ont battu d'une cruelle sorte.
Mérope
Dedans le coeur tes blessures je porte, Mais tu voudrais induire à te prier.
Satire
Tu n'oserais demain me défier, Donne sans plus avant que je te quitte, Pour me guérir quelque drogue d'élite .
Mérope
Entre dedans je ferai mon pouvoir, Joint qu'à loisir je désire savoir De point en point le progrès de l'histoire, Vu l'accident presque impossible à croire.
Satire
Hélas ! Trop vraie à mon plus grand regret, Tu le sauras, mais tiens le cas secret.
Acte IV
Scène 1
Corine, Mélite
Corine
Pauvre Mélite, ah ! Que je suis joyeuse De te pouvoir informer soucieuse, Sur ce que bruit la commune rumeur, Que tu courus fortune de l'honneur, Que le secours d'Arcas ton plus fidèle T'a conservé ce beau nom de pucelle, Acte de soi si brave et généreux, Qu'il doit atteindre au Ciel des Amoureux Qu'il ne se peut assez louer et dire, Plaise toi donc au vrai me le déduire.
Mélite
Tu te souviens lors de notre départ, Comme chacune eut pris quartier à part, Que de sueur et de poussière pleine, Je résolus d'aller à la fontaine, Où mille fois, et mille en sûreté J'osai fier seule ma chasteté ; Là dans le bain à peine je me plonge, Et pour laver le corps ces bras j'allonge, Qu'un grand Satire élancé plus soudain Que le lion ne court dessus un daim, Vient l'oeil flambant d'une lubrique rage, Par la prière essayer mon courage.
Corine
D'effroi quasi je pâme t'écoutant, Ainsi que mien le cas représentant.
Mélite
J'eus bien ma part d'une frayeur extrême, Et néanmoins retournée en moi-même, À résister ma dextre s'apprêtait, Empoignant l'arc d'arme qui l'arrêtait, Mais ce bouquin me la prévint saisie, De mes refus croissant sa frénésie, Alors qu'à coup ce Persée arrivé, Que mon amour longtemps a captivé, Surprend le montre, et en telle surprise, Bon gré mal gré le contraint lâcher prise, Si qu'il me donne à même temps loisir De châtier le rustre à mon plaisir.
Corine
Mais quel guerdon rémunéra la peine De ce vainqueur que tu fuis inhumaine ?
Mélite
L'offre des biens que je dois posséder Si les parents viennent à décéder.
Corine
Tu l'offensais, car ce bien fait si rare Ne compatit avec un prix avare, Et qui m'aurait conservé cette fleur, La cueillerait bien due à sa valeur.
Mélite
Je tiens l'avis d'un autre tolérable, De toi rien moins seule alors préférable.
Corine
Bon gré mal gré tu viendras toujours là.
Mélite
Allons presser l'Oracle sur cela, Allons savoir la volonté dernière, De qui notre âme a chez soi prisonnière.
Corine
Prends d'un côté, moi de l'autre, de peur Qu'il nous échappe encore ce pipeur.
Mélite
Bien je ferai par le pré mon enceinte.
Corine
Moi par ce bois image de ma crainte.
Scène 2
Caliste
Caliste
Enseignez moi forêts quelque rocher, Creux et secret où me pouvoir cacher, Quelque caverne au soleil inconnue, Telle qu'où fait la Déesse cornue, Son beau Pasteur un siècle sommeiller, Encore là faudrait s'émerveiller, Si je n'avais ma retraite peu sûre : Dieux ! En voici quelqu'une je m'assure, Et comment donc, je vois Corine, et faut Se préparer à un nouvel assaut, L'extrémité d'inventions féconde M'en a fourni la meilleure du monde, Pour l'assurer de l'espoir mal conçu, Et décevoir qui croit m'avoir déçu,
Scène 3
Corine, Caliste, Mélite
Corine
Enfin trompeur, tu nous l'as donné belle Avec ta soif si pressement cruelle, Pour te vouloir au besoin secourir, Et l'une et l'autre alors cuida mourir, Lasses (Dieu sait) sueuses, hors d'haleine : Une autre fois épargne notre peine, Quitte un chemin d'orgueil que tu poursuis, À nous tramer ces Amoureux ennuis.
Caliste
Après beaucoup d'attente, que jà l'ombre Croissant par tout amenait la nuit sombre, Contraint je fus mon troupeau remmener, Et vous devez à l'heure pardonner.
Mélite
Demain, demain je croirai ta défaite, N'en parlons plus, c'est une chose faite, On te pardonne à la charge pourtant De se résoudre à cett' heure constant.
Caliste
Tenez-le ainsi, que du trépied Delphique.
Corine
Garde toi bien d'une sentence inique.
Caliste
Celle qui plus se tiendra de parler, À mon Amour, que sert de le celer ?
Mélite
Qui jamais vit pareille félonie ? Qui jamais vit aucune tyrannie, Nous usurper ce naturel bien fait ? Repense au mal premier que l'avoir fait.
Caliste
Le voulez-vous, ou non, dites Bergères, Que je m'en aille ?
Corine
À ces preuves légères, Qu'elle refuse accepter, ne dois-tu Me couronner du myrte débattu ? Qui vais passer au milieu de la flamme, Si tu le veux chère âme de mon âme.
Mélite
Elle en sera premier lasse que moi, Sus, il suffit, mais borne nous ta loi.
Caliste
Qu'appelez vous borner ?
Corine
S'entend l'espace Du temps préfix, que muettes on passe.
Caliste
Tant que j'impose à ce silence fin.
Mélite
Fais donc veiller nos actions afin Que la première infractaire trouvée Soit de l'espoir de ta grâce privée.
Caliste
N'en doutez point, adieu Nymphes.
Corine
Adieu Puisque la voix chez nous n'a plus de lieu.
Scène 3
Arcas, Tityre, Moelibée
Arcas
Chétif Arcas ta prudence sommeille, Tu entretiens ta torture pareille Au criminel de l'Érèbe dolent, Toujours la roue enflammée ébranlant, Tu es ainsi, tandis que ta poursuite Pense adoucir les rigueurs de Mélite, Veut à pitié l'impiteuse émouvoir, Il faut d'ailleurs t'obtenir ce pouvoir, Il faut dessous l'autorité d'un père Auquel selon Nature elle obtempère, Humiliée en tirer la raison : Ah ! Le voici sortir de sa maison Qui ne saurait refuser ma demande, Si l'équité plus forte lui commande, Si sa vieillesse affecte le repos, Que je te trouve ô Tityre à propos !
Tityre
Brave pasteur des Arcades la gloire, Digne d'un los d'éternelle mémoire, Dis librement ce que pour toi je puis.
Arcas
Tu peux en un guérir tous mes ennuis, Moi pris de gendre appui de ta famille, Car sans mentir j'idolâtre ta fille.
Tityre
Tu me ravis d'aise en ce tien désir, Qui ne saurai de parti lui choisir Plus désirable, et à son avantage, N'eusses-tu pris de fortune en partage Que ta vertu dont l'effet généreux La retira d'un pas si dangereux.
Arcas
Humble à genoux de coeur je te rends grâce, Mais las, hélas ! Une frayeur me glace.
Tityre
Quelle frayeur ? Te doutes-tu de moi, Comme inconstant qui vacille en sa foi ?
Arcas
Je crains qu'elle ait autre part sa pensée.
Tityre
Toute âme ainsi de Cupidon blessée, Se fantastique une jalouse peur, Que je te vais dissiper en vapeur : Mélite ho ! Mélite viens te dis-je : Sais-tu que que c'est ? Ce berger nous oblige De te venir d'épouse demander, Chose que j'ai voulu trop accorder Ainsi que juste, honorable et utile, Avise d'être à mon vouloir docile, Or sus de bouche, et de coeur veux-tu pas Vivre avec lui jointe jusqu'au trépas ? Quel accident la parole t'arrête, Que tu réponds des mains et de la tête ? Ô Cieux ! D'où vient ce désastre soudain, Elle s'efforce à nous parler en vain.
Arcas
Ou c'est un charme, ou (cruelle malice) Du mariage elle fuirait la lice.
Tityre
Crois que plutôt la forte impression De ce péril cause l'affliction, Remis aux yeux de sa vague pensée, Pour voir présente une chose passée, Mais qui là-bas se lamente si fort ?
Arcas
C'est Moelibée,
Moelibée
Ô secourable mort ! Ne fais languir un déplorable père, Qui plus de joie en ce monde n'espère, Sa race unique ores quant à la voix, Pareille au tronc immobile d'un bois.
Tityre
Sur quel sujet lamente Moelibée ?
Moelibée
Sur la parole à celle dérobée, Qui fut l'espoir de ses caduques ans.
Tityre
Donc ma douleur commune tu ressens, Qui désastreux même perte regrette, Contagieuse à ma fille muette;
Arcas
Un sort malin produit là ses effets, Sort qui les sens nous peut rendre imparfaits.
Moelibée
J'allais trouver Mérope la Devine, Pour l'informer de quelque médecine.
Tityre
Tous d'un accord allons la requérir, Et le motif du désastre enquérir.
Scène 4
Mérope, Satire
Mérope
Démons reclus dans la demeure pâle, Par les replis de l'onde stygiale, Par le pouvoir du Prince des Enfers, Par ces pavots que je lui brûle offerts, Venez quittant les gouffres de l'Averne, Vous tenir prêts ici dedans mon cerne, Prêts de punir un bouc luxurieux Qui le futur me représente aux yeux, Ah, le voici qu'une brutale rage À son malheur époint dans le courage :
Satire
Dispos, gaillard, plus propre au jeu d'aimer Qu'oncques, je viens ta promesse sommer, Après l'épine il faut avoir la rose, Tu ne dis mot, pensive à autre chose.
Mérope
De vrai je pense à ta brutalité, À ta folie, à ta stupidité, Qui recevront des coups pour leur salaire, Ne désistant de cet honteux affaire.
Satire
Te moques-tu ?
Mérope
Satyre ton plus sûr Est d'esquiver mon courroux punisseur.
Satire
J'espère avec un long baiser humide Me l'adoucir dédaigneuse homicide .
Mérope
Or sus à coup favorables esprits Apprenez lui que vaut s'être mépris .
Satire
Au meurtre, au meurtre, au secours, on me tue.
Mérope
Cela va bien, mon vouloir s'effectue.
Satire
Pardon Mérope, et je renonce à tout.
Mérope
Non, pour si peu tel crime ne s'absout, Retire toi chère troupe avernale, Va retrouver ta demeure fatale, Et que sa forme en un arbre échangeant, J'aille le fiel de sa haine changeant, Vif à souffrir des tortures extrêmes : Ores convient retournée à moi-même, Expédier ces pasteurs affligés Sur un erreur qui les tient assiégés, Qui les contraint recourir à l'asile De ma science aux innocents utile.
Scène 5
Moelibée, Mérope, Tityre, Oracle
Moelibée
Comme avertie on dirait qu'elle attend, L'oeil dessus nous pitoyable jetant, Abordons là d'une humble révérence ; Sybille en qui pose notre espérance, Un incident nous amène vers toi Pères chétifs.
Mérope
Amis attendez-moi, De la douleur qui vous presse inspirée, Je vais chercher sa cure désirée, Je vais l'avis du destin consulter Et ce qui doit de tel cas résulter, Tandis portez dans le Ciel vos prières, Contre un méchef de vertus singulières.
Tityre
Dieu des Bergers Pan qui prends le souci De leurs troupeaux, et d'eux-mêmes aussi, Grande Pallas, toi fruitière Pomone Qu'à nos méfaits votre bonté pardonne, Ne veuillez pas bénignes déités Rétribuer les tourments mérités, Ne veuillez pas répéter notre offense Sur des enfants, ains dessus l'innocence : Plutôt hélas ! Que plutôt l'un de nous Tombe victime au céleste courroux.
Moelibée
Je tremble au coeur d'entendre ce murmure Qui de Pluton le noir peuple conjure, Qui de Mérope irrite la fureur, Dieux ! La voici, mon chef dresse d'horreur, Ô quels regards son oeil flambants nous darde Pour enfanter du démon qu'elle garde !
Mérope
Pasteurs courage, après bien peu de temps Ce triste hiver vous éclot un printemps, Leur mal parvient d'un charme de silence, Mais volontaire et hors de violence, Es mots suivants l'Oracle vous dira L'auteur, les cieux et qui les guérira.
Oracle
Du plus beau des bergers que sache l'Arcadie, Naguère fut jeté se sort malicieux, Arrêtez moi sa fuite, et telle maladie Prendra fin par celui qui maîtrise les Cieux. Voilà quelle est la volonté divine, Qu'à l'accomplir chacun donc s'achemine.
Moelibée
Hélas ! Supplée à notre infirmité, Qui ne pourrait (double calamité) Jamais trouver, veufs de ton assistance, Le sens obscur de pareille sentence.
Mérope
Allons suivez, que la commune voix Juge à présent du plus beau de nos bois, Allons, d'indice en indice la chose Nous deviendra manifeste déclose, Et du surplus qui doit à ce besoin S'exécuter, j'embrasserai le soin.
Acte V
Scène 1
Vénus, Cupidon
Vénus
Mauvais garçon, volage, incorrigible, Et aux douleurs de ta mère insensible, Quelle malice inhumaine te meut De tourmenter un peuple qui ne veut, Parmi ces bois où l'innocence habite, Que t'honorer pardessus ton mérite ? Que t'obéir tributaire à tes lois, Si ta puissance éprouver tu voulais, Dresse ton vol, aiguise tes sagettes Pour subjuguer les Scythes ou les Gètes, Qui suivent Mars, rebelles à l'Amour, Victorieux choisi là ton séjour Sans outrager (cruauté tyrannique) Nos bons sujets de ce monde rustique, [] Je te défends de les plus molester, Où ne te pense à moi représenter .
Cupidon
Voilà que c'est, l'impression mauvaise Ne me permet rien faire qui vous plaise, Vous condamnez à faute de savoir, L'équité même, ainsi que l'allez voir : Un arrogant porté de vaine gloire Ose en ces bois disputer ma victoire, Fuit deux beautés réduites aux abois, Et sur lui presque épuisant mon Carquois, Reste qu'il s'aille ériger un trophée De ma puissance en ces lieux étouffée : Moi donc atteint d'une juste pitié, Pourrais-je moins l'orgueilleux châtié, Que dissiper la discorde naissante En exauçant une troupe innocente, Afin qu'ici votre Empire et le mien Ferme établis ne redoutent plus rien.
Vénus
Tu as raison, pourvu que tu ne mentes Que le discord chez eux tu ne fomentes, Mais quand as-tu résolu de punir Ce téméraire et au Ciel revenir ?
Cupidon
L'oeuvre de peu s'accomplit sans demeure, Permettez-vous le plaisir d'un quart d heure, À tel spectacle autant délicieux, Et voire plus qu'aucun dedans les Cieux.
Vénus
Mon indulgence accorde ta demande, À ce qu'après où je veux on se rende.
Cupidon
Après je suis entièrement à vous, Qui n'aurez plus de sujet de courroux : Chacun son arc encoche d'une flèche, À qui mieux mieux, que chacun fasse brèche De dans son coeur de rocher aperçu, Du même espoir que Narcisse déçu.
Scène 2
Caliste, Cupidon, Vénus
Caliste
Dieux le péril qu'incroyable j'évite, Un monde armé fondait à ma poursuite Dans le logis paternel, n'échappant Que cette voix, empoignez le méchant L'empoisonneur, le Sorcier, l'infidèle, Qui sous un front modeste de pucelle Ne laisse pas d'user pernicieux D'un sortilège abominable aux Cieux ; Lors élancé du haut d'une fenêtre, Je me recouds à la Parque peut être, De retourner point de nouvelle, il faut Prendre un asile, où se soit ne m'en chaut, Mais où choisir de retraite assurée, Je ne saurai l'âme trop égarée, Suivons où veut le hasard nous mener, Las ! Quel scadron me vient environner, D'enfants ailés ? Chacun l'arc pour son arme, Franc de péril je retombe en un charme, Hélas ! Merci, prenez de moi pitié.
Cupidon
Tu l'obtiendras ton crime châtié.
Caliste
Qu'ai-je commis ?
Cupidon
Qui te cause la fuite ?
Caliste
La juste peur d'une injuste poursuite.
Cupidon
Frappons toujours tant qu'il ait confessé.
Caliste
Ô Cieux ! De coups invisibles pressé Le coeur me fend, et ne sais quelle flamme Coule parmi jusqu'au profond de l'âme, Pardonnez-moi, quiconque soyez vous, Sans me connaître acharnés de courroux.
Vénus
L'âge mon fils mérite qu'on modère Ce châtiment, sa coulpe plus légère .
Cupidon
Pourquoi souvent ne m'excusez vous donc ? Plus faible d'ans vous ne le fîtes onc.
Vénus
Faible de corps tu es fort de malice, Que trop de fois je tolère complice, Or ne fais plus état de me fléchir, Si tu ne veux de peine l'affranchir.
Cupidon
Cruel, ingrat, à genoux remercie La Déité qui de toi se soucie, Voue une offrande à la mère d'Amour, Car tu lui dois la lumière du jour : L'âme au surplus d'un repentir outrée, En réparant l'injure perpétrée, Tu promettras la guérison du sort Des deux beautés qui penchent à la mort, L'une d'épouse à cette heure choisie ; Parle, as-tu pas changé de fantaisie ?
Caliste
Hélas ! Oui si Corine jamais Me recevait en grâce désormais, Je lui serais autant ou plus fidèle, Que le passé dédaigneux et rebelle, Mais qui vous a divulgué l'accident ? Il faut qu'alliez le mortel excédant.
Cupidon
Simple tu vois la Déesse qui donne Aux vrais Amants une heureuse Couronne, Tu vois son fils qu'elle apaise irrité, Pour t'honorer d'un bien non mérité.
Caliste
Donc à ce coup voici la prophétie, Que m'annonçait Corine, réussie, Reste un scrupule en mon âme douteux, Que nos bergers m'accablent impiteux.
Cupidon
Ne le crains pas, je t'ai pris en ma garde, Et votre paix commune me regarde, Allons suis moi, allons leur au devant, Un tel ouVrage imparfait achevant.
Scène 3
Mérope, Mopse, Moelibée, Tityre
Mérope
Ruse tournoie et déguise faussaire, Tu répondras de ta race corsaire, Tu pâtiras de son impiété, Qui sans toi su jamais n'aurait été, Le fils ne suit que l'exemple du père, Partant sortir de nos liens n'espère, Que lui rendu, joint que tout receleur, Au double encourt la peine du voleur.
Mopse
Si je puis dire en quelle part du monde Le misérable à l'heure vagabonde, Que sous mes pieds l'Érèbe s'entrouvrant, Aille mon crime et ma tête couvrant, Hélas ! Chétif plut au vouloir Céleste, Toi hors des dards de la Parque funeste, Conduit en lieu d'assurance bien loin, Que ce mien chef te pleigeât au besoin.
Moelibée
À son défaut il y va de ta vie, L'une pour l'autre en échange ravie, Où la rançon de ta prochaine mort Gît à guérir le venin d'un tel sort.
Mopse
Sains de renom, et purs de conscience, Ni lui ni moi n'eûmes onc la science, Qui périlleuse à tous les animaux, Tantôt envoie, ores chasse les maux, Un seul secret pratiquer je désire, Qu'utile à tous nul ne me puisse nuire.
Tityre
La vérité contraire te dément,
Moelibée
Un faux soupçon l'opprime injustement.
Mérope
Silence amis, faites trêve aux querelles, Une colombe a du bruit de ses ailes Donné l'augure et calmant à la fois, Marque le lieu, le saint lieu dans les bois, Où je prévois l'assistance divine, Sus qu'à genoux désormais on chemine, L'alme Vénus et son fils découverts. À votre mieux tendent les bras ouverts.
Scène Dernière
Mérope, Vénus, Cupidon, Caliste, Corine, Mélite, Arcas, Tityre, Mopse, Moelibée, Satire
Mérope
Double ornement de la Troupe immortelle, Qui de Nature embrasse la tutelle, Faisant durer la race des humains, Nous te joignons nos suppliantes mains Pour apaiser une guerre amoureuse Que tu peux faire en un moment heureuse.
Vénus
Prononce toi mon fils ce jugement, Qui de leurs maux porte l'allègement .
Cupidon
Caliste joint à sa belle Corine, En est la fin comme il fut l'origine : Arcas Mélite aura pour sa moitié, Rare Phoenix d'une ferme amitié, De ce trésor possesseur légitime, Que sa valeur conserva magnanime : Sus donnez vous réciproques la foi, Que veut d'Hymen l'inviolable loi.
Caliste
Chère Corine, hélas ! Je te demande L'oubli premier de ma coulpe trop grande, Ne t'en souviens Bergère, et je promets En récompense être tien désormais.
Corine
Ô agréable ! ô céleste parole ! Par ta vertu tout mon malheur s'envole, Pour t'obtenir je n'estimerai pas Avoir assez enduré d'un trépas, Caliste mien ? Ô Amour ! Je rends grâce À ta bonté, qui tout' autre surpasse.
Mélite
La larme aux yeux, le repentir au coeur, Je te supplie ne garder de rancoeur À ta Mélite, Arcas ma douce vie, Ne soyons plus qu'une âme, et qu'une envie, Et réparons de plaisirs amoureux Le temps perdu qui nous fit langoureux.
Arcas
Ô quel miracle aux neveux incroyable ! Mélite mienne ores d'impitoyable, Vous l'avez fait puissantes Déités, Et le faisant vous me ressuscitez, Si comblé d'heur, si transporté de joie, Que de l'excès, peu s'en faut, je larmoie.
Cupidon
Reste assoupir chez vous autres parents, Ce qui pourrait nourrir les différents, S'entre-promettre une amitié qui dure Également jusqu'à la sépulture.
Tityre
Moi je le veux, Mopse pardonne nous L'effort commis d'un imprudent courroux.
Mopse
Qui se fût pu garder sur l'apparence De même faute en pareille occurrence ? Nul des mortels, vu que le bien présent, D'abolir tout est plus que suffisant.
Moelibée
J'accepterai ma part de cette grâce, Comme coupable avec lui je l'embrasse,
Cupidon
Encor faut-il vous sceller ce bienfait, De ne sais quoi de passe-temps parfait, L'arbre changé que voyez, en Satire.
Satire
Qui hors de terre immobile me tire ? Qui m'a rendu ma figure et ma voix ? Quels nouveaux Dieux habitent dans nos bois ?
Cupidon
Contente toi de ta forme reprise, Sans plus donner à tes vices de prise Sur tes désirs justement châtiés, À l'avenir de la raison liés.
Satire
À ce bandeau je n'en fais plus de doute, C'est le vainqueur que l'Olympe redoute ; Ô Paphien, je proteste à genoux Ne provoquer jamais plus ton courroux, Épris de vieille, ou de jeune qui vive, Tant j'ai souffert pour ma fureur lascive.
Vénus
Allez Bergères à bon heure cueillir Nos fruits plus doux, qui ne peuvent vieillir, Allez germer une suite seconde De beaux enfants qui repeuplent le monde, Allez jouir d'un assuré repos, Et d'un courage allègrement dispos, En notre honneur, sur vos flûtes rustiques, Jusques au Ciel pousser mille cantiques, Nous vous serons favorables toujours, D'heur accomplis en vos saintes Amours.
Mérope
Nous le jurons vénérable Déesse ; Sus que chacun dépouillé de tristesse Vienne à l'envi célébrer ce beau jour, Que tous nos bois ne parlent que d'Amour, De ris, de jeux, de caresses mignardes Que de baisers, et de danses gaillardes, Après avoir dans leurs sacrés autels Remercié les puissants Immortels.